Chronique : Songe à la douceur

songe-a-la-douceurUn roman doux comme une friandise, plein d’innocence et de beauté, non dénué d’un côté fleur bleue tout à fait charmant.

Pour présenter Clémentine Beauvais, on peut citer ses romans, les nombreux prix littéraires qu’elle a reçu, mais il faut avant tout mettre l’accent sur la chose qu’elle maîtrise avant tout : l’art de l’écriture.

Depuis quelques années maintenant, ses écrits ont le vent en poupe, et une fois qu’on les a lus, on comprend tout à fait pourquoi ! Clémentine Beauvais est créative, et extrêmement drôle à travers une plume aussi mordante qu’agile.

Parmi les nombreux titres qu’elle a écrits, on peut citer : Les petites reines (énorme coup de cœur ici sur le site), Comme des images (l’un de ses premiers écrits coup de poing, également gros coup de cœur), Carambol’Ange (roman pour la jeunesse, dès 9 ans), Les Royales Baby-sitters (un roman jeunesse totalement barré, dès 9 ans).

Avec Songe à la douceur (paru chez Sarbacane, dans la collection Exprim’), Clémentine Beauvais fait un nouveau pas dans la créativité avec une idée de base extrêmement pointue : proposer un roman en vers libres s’inspirant librement d’Eugène Onéguine, d’Alexandre Pouchkine. Dit comme cela, ça peut déstabiliser ou effrayer le lecteur potentiel… mais c’est absolument génial !

Un amour de jeunesse perdu, puis retrouvé… sur la ligne 14 (violet clair)

Une romance contrariée, terminée avant même d’avoir pu commencer, voici à quoi se résume l’histoire de Tatiana et Eugène. Ils avaient 14 ans, mais la vie, le destin et un drame les a séparés. Cette rencontre fortuite dans le métro est-elle l’occasion pour eux de reprendre leur histoire où ils l’avaient laissée ? Elle, est obsédée par le peintre Caillebotte, et lui est obsédé par Tatiana, qu’il ne pensait pas revoir un jour…  Alors, quel avenir pourrait se profiler pour eux ? L’avenir nous le dira…

Une ode à la beauté des choses simples et essentielles qui font aimer la vie

Intemporel ou presque, beau et cru à la fois, Songe à la douceur est un ouvrage à nul autre pareil. Moi qui craignait que le côté vers libres ne créée un blocage à la lecture, c’est en fait tout le contraire.

L’écriture est fluide, aisée, on navigue entre les vers avec aisance, le tout aidé par la plume légère de Clémentine Beauvais… Jugez plutôt des premiers vers :

« Parce que leur histoire ne s’était pas achevée au bon endroit, au bon moment,

                Parce qu’ils avaient contrarié leurs sentiments,

Il était écrit , me semble-t-il, qu’Eugène et Tatiana se retrouvent

Dix ans plus tard,

                Sous terre,

Dans le Meteor, ligne 14 (violet clair), un matin d’hiver. »

 

Voilà pour la beauté des vers proposé en début de roman. Mais vous y trouverez également une facette plus drôle, mais également plus crue, comme l’illustre ce passage :

« Eugène essaya de se raisonner :

                               Il est assez normal de ne pas trouver,

                               Sur Internet,

                               De détails spécifiques quant aux relations

Intimes des gens. Qu’est-ce qu’il aurait pu espérer ?

« JE NE SUIS PAS CONTRE LA SODOMIE, déclare

Tatiana Reinal ». <Cliquez pour ouvrir>

                Ce n’était pas une attente réaliste. »

Ceci n’est qu’un des nombreux exemples que l’on peut trouver de l’humour sans bornes de l’auteure.

On appréciera également le style narratif et les jeux de flash-back et de cliffhanger utilisés tout au long du roman. Cela est fait de telle sorte que l’on se sent immédiatement happé par l’intrigue  que forment Tatiana et Eugène malgré eux… Ils sont beaux et extrêmement humains, avec leurs blessures, leurs traumas cachés sous des simples échanges de textos. Mais nous lecteurs avons accès à quelque chose de génial et de triste à la fois… leurs pensées inavouables (je pense notamment à la fameuse scène du Musée d’Orsay, mais pas seulement).

…..

Songe à la douceur est le genre d’ouvrage aussi beau qu’inclassable, magnifiquement écrit. Doux, sucré, merveilleux, mais également avec un côté acide et mordant… Il est à découvrir dès l’âge de 15 ans environ, puis sans aucune limite d’âge, car il n’y a aucune restriction pour découvrir une si jolie plume…

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