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Chronique jeunesse : Compte les étoiles

Lois Lowry est un auteur américain pour la jeunesse et les ados à l’œuvre prolifique. Il écrit beaucoup, et nombre de ses ouvrages valent le détour. On peux notamment citer Les Willoughby, ou encore Sacrées souris ! Il a également écrit une quadrilogie intitulée Le Quatuor qui a marqué durablement le paysage de la littérature jeunesse et qui comprend le roman Le passeur ainsi que l’Elue pour ne citer qu’eux. 

Savant dosage entre émotion et narration passionnante, tous les romans de Lois Lowry ont quelque chose à nous apporter, et celui-ci en fait partie. Compte les étoiles est d’ailleurs régulièrement prescrit dans les écoles, qu’elle soient françaises ou américaines. 

Le Danemark : petit pays, grande résistance

Nous sommes en 1943, le Danemark vit des heures très sombres car l’ombre des nazis plane sur la capitale et le pays tout entier. La population juive de la ville doit porter un brassard étoilé, les commerces juifs ferment les uns après les autres, des quartiers entiers se vident de leurs habitants… 

C’est dans ce terrible contexte historique que l’on fait la connaissance de la famille Johansen. Les Johansen font du mieux qu’ils peuvent, comme des milliers d’autres familles pendant l’occupation allemande. Faire profil bas, respecter le couvre-feu, ne surtout pas se faire remarquer… Les enjeux sont de taille pour les Johansen, qui vont cacher chez eux l’une des meilleures amies de leur fille Annemarie. Elle est en danger de mort car juive. Mais il est difficile de comprendre tous les enjeux gravissimes de l’époque quand on est une fillette qui n’a même pas dix ans… 

L’occupation vue à travers des yeux d’enfant 

En débutant ce roman, je pensais lire un roman intéressant sur la seconde guerre, mais pas à un tel point. Déjà, le lieu de l’intrigue en lui-même est passionnant. En effet, la Seconde Guerre est souvent contée soit en France, en Angleterre ou encore en Allemagne même. Mais je n’avais jamais lu d’intrigue se déroulant au Danemoark à cette époque. Et pourtant, il y a tant de choses à en dire ! 

Saviez-vous que quand les nazis sont arrivés en 1943 pour soumettre le peuple danois, ces derniers ont préféré détruire leur flotte que de la livrer à l’ennemi ? Que le roi Christian sortait sans aucun garde pour le protéger afin de montrer qu’il n’avait pas peur sous l’occupation ? Ou encore que les scientifiques danois on travaillé d’arrache-pied pour aider à la fuite des juifs hors du pays ? 

Ce que nous raconte Compte les étoiles, c’est à quel point les danois ont résisté d’une facçon à la fois brillante et détournée, un véritable mélange d’astuce et de courage. Tout cela et plus encore nous est conté brillament par la petite Annemarie. Elle ne comprend pas tous les tenants et aboutissants, mais elle sait que son silence dans certaine ssituations est capital. Ce roman, c’est la découverte progressive de ce qu’il se passe à l’échelle de son entourage qui est peu à peu transposé à des enjeux plus grands. 

Pour celleux qui aiment les romans historiques, Compte les étoiles est un indispensable. Touchant et vif en émotions, ce roman est une merveille qui pourrait également plaire à des adultes passionnés par cette période. A découvrir dès l’âge de 11/12 ans environ.

Chronique : Méduse par Jessie Burton

Une réécriture féministe et passionnante du mythe de Persée et Méduse… bien différent du conte d’origine et qui fait réfléchir à nos souvenirs collectifs !

Jessie Burton est une autrice anglaise que j’affectionne depuis presque une dizaine d’années maintenant. La lecture de Miniaturiste a été pour moi une véritable révélation littéraire. Avec Méduse, elle s’essaye à un autre type de roman : la réécriture mythologique à destination des jeunes adultes.

Une fille isolée sur une île austère…

Méduse est une jeune fille dont la vie et celle de ses sœurs a basculé à cause des dieux et de leurs caprices. De leurs désirs et de leurs chantages pour obtenir d’elle ce qu’ils souhaitaient. Loin de la légende que l’on connait tous partiellement, Méduse n’est pas une abomination dont il faut trancher la tête. Non, c’est une fille qui a eu le malheur de se faire remarquer par sa beauté et qui en a payé le prix fort… de nombreuses fois.

Mais ici, Jessie Burton décide de donner la parole à cette presque femme qui fut onnie, oprimée et violentée. Que décidera de faire Méduse quand le beau Persée arrivera sur son île ?

Oser repenser les mythes

A l’image de l’essai De grandes dents de Lucile Novat qui se proposait de comprendre autrement le conte du Petit Chaperon Rouge, ici Jessie Burton essaie de déconstruire notre imaginaire. Dans notre culture collective, Méduse est une femme à la chevelure en têtes de serpents, elle est bestiale et dangereuse… La tuer serait un bienfait pour tous. Mais… et si Méduse n’était que la victime de la violence des hommes ? (encore une, oui). Et si elle n’était que le produit du pouvoir des hommes exercé sur les femmes ? C’est une injustice que tente de réparer Jessie Burton en remettant en lumière certains faits mythologiques et en réécrivant d’autres, pour enfin donner une voix à Méduse.

« Eh bien, je pense qu’il est moins difficile de s’entendre répéter qu’on est beau quand on est un garçon que quand on est une fille. Lorsque la beauté t’est atrribuée en tant que fille, elle devient d’une certaine façon l’essence de ton être. Elle évince tout ce que tu peux être d’autre. Alors que chez les garçons, elle ne prend jamais le pas sur ce que tu pourrais être par ailleurs« .

Cette mise en évidence de nombreuses injustices fait froid dans le dos et donne envie de relire attentivement nos contes et mythes, et pas la version expurgée s’il vous plaît. Non, il va nous falloir aller à la source des mythes fondateurs pour comprendre que ce que l’on sait est parfois erroné ou déformé.

Bien plus qu’une simple réécriture, ce texte de Jessie Burton est résolument féministe et incitera les plus curieux.ses à se plonger à la source de ces écrits qui font au quotidien notre culture. Pour moi ce roman est à mettre pile entre De grande dents et Résister à la culpabilisation de Mona Chollet. Le travail est immense, mais à force de curiosité et de partages, nous arriverons tracer une route différente…

« Ecoute Persée, crois-en quelqu’un qui sait de quoi il parle : parfois il ne suffit pas de se recroqueviller pour devenir la forme la plus petite, la plus minuscule qui soit. Alors, autant garder la taille que l’on est censé avoir.« 

Ainsi oui, c’est un coup de cœur, mais pas au sens littéraire de la chose. La lecture était très plaisante, mais c’est surtout son fond de soft power féministe qui m’a convaincue. A lire et faire lire dès l’âge de 14 ans environ.

Chronique ado : Vers le bleu

L’histoire drôle et poignante de deux sœurs livrées à elles-mêmes mais dont la joie de vivre et la ténacité vont contrebalancer le destin !

Sabrina Bensalah est une autrice française pour la jeunesse. Vers le bleu est son premier – et remarqué – roman. Sensible, drôle et touchante, voici l’histoire de deux soeurs que la vie a décidé de ne pas épargner. Et pourtant…

Les droits d’adaptation pour le cinéma ont été vendus pour Vers le bleu, ce qui pourrait donner quelque chose de superbe si c’est fait avec autant de douceur et de soin que le roman.

Le titre de l’ouvrage est un hommage de l’autrice à la chanson éponyme de Dominique A.

L’année du bac pour tous les autres, sauf Ornella

La jeune femme a dix-huit ans cette année, mais contrairement à ses camarades de classe elle n’attend pas fébrilement les résultats du bac. Elle ne fêtera pas non plus son obtention puisqu’elle a quitté la terminale en pleine année scolaire pour s’occuper pleinement de sa petite sœur, Noush.

Quand on a une mère qui a le feu aux fesses et qui dépense les allocs en choses superflues et laisse le frigo vide, il n’y a guère de solutions. Jusqu’au jour où elle fait pire encore : elle les abandonne. Cet acte odieux signe la fin des rêves de nouveau départ d’Ornella, la liant inexorablement à sa petite soeur. A peine majeure, mais déjà avec des responsabilités d’adultes… comment Ornella va-t-elle s’en sortir, elles qui vivent dans une misérable caravane et sans un sous en poche ?

Une détresse en forme de bonheur et d’insouciance

L’histoire paraît d’une cruauté extrême et même surréaliste, mais grâce à la force de vivre de Noush, Ornella n’a pas le temps de se morfondre ou de s’inquiéter pour l’avenir. Sa petite sœur, c’est une bombe à retardement qui fait dégâts partout où elle passe. Mais c’est aussi une gamine avec un incroyable bagou qui la rend attachante auprès de tous les gens dont elles font la connaissance.

Cette relation si complexe de grande-sœur/mère avec Noush rend cette histoire encore plus crue et touchante tout à la fois. Les pensées d’Ornella sont en effet bien sombres quand elle pense à sa petite sœur. Et on la comprend : le fait que Noush existe plombe à tout jamais son avenir. Fini les rêves d’études ou d’émancipation. Elle a une gamine de 9 ans à gérer, et c’est un véritable électron libre.

Mais alors, y a-t-il une lumière au bout du tunnel de cette existence précaire ? Vous verrez bien en lisant Vers le bleu. Cela peux paraître étrange, mais même quand les deux soeurs sont au fond du trou, il n’y a que lumière et joie grâce à Noush. Même quand le destin s’acharne et que rien ne semble vouloir fonctionne pour elles. Ce boulet de petite soeur est aussi un formidable tremplin vers la vie…

Je ne sais pas contre pas à partir de quel âge on peux apprécier et avoir assez de recul pour lire Vers le bleu. Je dirais aux alentours de 15 ans pas avant, car l’écriture est parfois dure, cruelle. Et Sabrina Bensalah n’épargne pas les difficultés vécues par ses personnages. Mais c’est aussi magnifique, c’est le genre d’ouvrage qui vaut le détour pour son message de fond, et sa lumière cachée derrière l’ammoncelement de nuages.

Alors oui, lisez Vers le bleu. C’est le premier roman de cette autrice, mais pour les avoir presque tous lus (il ne me reste que Diabolo Fraise à découvrir) c’est aussi son plus percutant. Il y a un petit côté Marion Brunet et son Eté circulaire dans cet ouvrage qui m’a énormément plu. Un mélange de soleil et de misère combiné aux jours heureux de l’insouciance enfantine… percutés par la dureté de la réalité.

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Chronique : Nos corps jugés

Catherine Cuenca est une autrice pour la jeunesse très prolifique. Elle a écrit nombre d’ouvrages devenus depuis des références pour les libraires ou l’Éducation Nationale. La marraine de guerre (Le livre de poche jeunesse), Celle qui voulait conduire le tram (Talents Hauts), La Reine Margot : Du mariage au massacre (Oskar)… et tant d’autres !

L’un de ses derniers ouvrages, Nos corps jugés, nous montre l’énorme avancée qu’a réalisée Gisèle Halimi d’un point de vue juridique pour toutes les victimes de viols.

Une avancée juridique énorme pour les femmes

Voici l’histoire de Myriam, une adolescente heureuse et insouciante qui croque la vie à pleines dents. Elle est à fond dans ses études pour avoir la mention au bac, ses parents étant très stricts. Mais cela ne l’empêche pas de rêver à des sorties ou des soirées. Ainsi, un soir elle fait croire à ses parents qu’elle est chez une amie et va à une fête, c’est là qu’elle fait la rencontre de Frank. Il est gentil, attentionné et semble très intéressé par Myriam. Ils décident de se revoir, mais les choses vont très mal tourner après qu’il l’invite à boire un café chez lui…

La jeune femme garde ce lourd secret, mais impossible pour elle de faire comme avant. Ses notes sont en baisse, elle évite ses amis et ses parents et joue constamment le rôle de la jeune fille heureuse qu’elle n’est plus. Myriam a été violée, mais ce même mot ne lui vient pas à l’esprit. Elle est formatée par une éducation où la notion de consentement n’existe pas et où la femme est forcément fautive quelque part.

Avant le retentissement du Procès d’Aix, le viol n’était traité que comme un délit… Choquant n’est-ce pas ? C’est grâce aux avancées de l’avocate Gisèle Halimi que les femmes vont peu à peu réussir à faire entendre leur voix. C’est ainsi que l’histoire de Myriam au premier plan rencontre celle de cette énorme avancée juridique pour les femmes. Une époque pas si lointaine puisque le viol est un crime seulement depuis le 23 décembre 1980.

Un ouvrage coup de poing nécessaire plus que jamais

Il est bon de découvrir des ouvrages comme celui de Catherine Cuenca à l’heure où l’obscurantisme et le patriarcat tentent encore et toujours de nous arracher les droits que l’on a durement acquis. Le féminisme se bat au quotidien contre cela, et l’ouvrage de Catherine Cuenca est là pour nous rappeler que ces acquis sont toujours fragiles. Et surtout Nos corps jugés illustre à quel point la libération de la parole est une épreuve, mais qu’il est toujours possible de se faire aider malgré les obstacles.

En très peu de pages, on est absorbés par l’histoire de Myriam, sa détresse, les nombreuses épreuves qu’elle va traverser, parfois à des endroits inattendus. C’est poignant, très réaliste, on ne peux que se mettre à la place de cette jeune fille en détresse qui fait tout pour donner le change. C’est le genre d’ouvrage qui se dévore car on a tellement envie d’en connaître la fin que plus rien ne compte. On veut savoir comment l’adversité peut être vaincue, où se situent les pièges que la société nous tend…

C’est un ouvrage passionnant que j’ai donc dévoré. Tant par le sujet que par les personnages criants de réalisme, Nos corps jugés est un roman nécessaire. Il est à découvrir dès l’âge de 14 ans environ mais aussi pour toutes celles et ceux qui veulent en connaître plus sur notre histoire judiciaire, le MLF et quantité d’autres choses encore.

A la découverte des Chroniques de Zi

Une saga de fantasy pour la jeunesse ambitieuse et qui fonctionne de façon originale

Débutées en 2017, Les chroniques de Zi viennent de voir paraître en février 2020 le cinquième et dernier tome de la saga. Jean-François Chabas signe ici une intrigue menée de main de maitre, se jouant de références de l’imaginaire mélangée à sa propre créativité.

Pour ceux qui ne connaissent pas cet auteur, sachez qu’il a écrit quantité de textes pour la jeunesse, et cela pour tous les âges : Aurélien Malte (Le livre de poche), Les lionnes (L’école des Loisirs) ou encore La colère de Banshee (Casterman).

Le début d’une épopée épique

Tout commence avec un terrible enlèvement. Celui d’un prince qu’une sorcière décide de s’approprier. De lui, nous ignoreront tout pendant une quinzaine d’années au moins…

Dans le temps présent, nous suivons le jeune Phelan, un garçon brave bien que peu doué pour l’art du combat. Il s’est mis en tête de quitter père et mère pour sauver une princesse disparue depuis quelques jours dans les terribles Monts Jaunes. Terribles pourquoi ? Car les Monts Jaunes sont habités depuis des millénaires par un terrible Ogre. Rien ni personne n’a réussit à le faire disparaître… mais ce n’est pas ça qui arrêtera Phelan, tombé amoureux de cette fameuse princesse en un seul échange de regards.

C’est ainsi que débutent les étranges Chroniques de Zi… Qui est Zi ? Mystère absolu… pour le moment !

Une intrigue qui prend son temps pour se développer…

Au premier abord, on pourrait croire que cette saga est une énième série de fantasy pour les 12/14 ans à sortir régulièrement dans le paysage éditorial. Et bien oui… et non !

Les chroniques de Zi sont bien plus qu’elles ne le paraissent au premier abord. En effet, il y a tant d’indices semés sur la route, tant de références (petites ou géantes) aux contes de fées que très rapidement, on est pris dans les aventures de Phelan et de son ami Turi.

En effet, le premier tome met un peu de temps à démarrer, mais une fois qu’on est ferré, c’est un véritable régal de lecture ! La première partie est d’ailleurs géniale à lire, et le changement de ton dans la seconde fait perdre un peu le rythme, mais on s’y retrouve vite.

Chaque tome se concentre plus particulièrement sur un des personnages de la saga et nous permet d’en apprendre plus sur chacun d’entre eux… Et peu à peu, les mystères s’éclaircissent, mais pas toujours. Quoi qu’il en soit, on sent que l’auteur a beaucoup travaillé l’histoire de ses personnages en amont. Rien n’est laissé au hasard, et c’est plaisant.

On n’échappe pas à certains stéréotypes tels que ceux d’une princesse forcément sublime et désirable – bien que celle-ci soit débrouillarde – mais on lui pardonne ces quelques maladresses. Pourquoi ? Car tout ça fonctionne, et diablement bien qui plus est !

Dans les deux premiers tomes, c’est assez linéaire, vous aurez droit à une suite de péripéties certes intéressantes mais assez classiques. Dans le troisième opus cependant, on passe à un autre niveau. Que ce soit en termes d’intrigues ou de développement d’univers, on sent que l’auteur s’approprie vraiment son univers à partir de ce volume… Il se fait plaisir avec quantité de bonnes idées et nous transporte avec lui.

Ainsi, vous avez d’un côté le pays des Mille Lacs, qui ressemble à notre Moyen-Âge occidental tel que nous le connaissons. De l’autre, vous avez le Royaume des Trois Vagues qui semble s’inspirer de la culture Maori (l’auteur a créé tout un vocabulaire très dense pour épaissir le réalisme de ce peuple créé de toutes pièces). C’est original et très réussit, notamment lorsque l’on découvre enfin le Royaume des Trois Vagues de façon concrète et non plus par les on-dit…

C’est ainsi que peu à peu, la trame se tisse et nous offre une épopée de fantasy qui a su s’émanciper des classiques du genre. A la fois familier mais original, Les chroniques de Zi est une bonne saga à découvrir. En tout cas, ses trois premiers tomes sont un vrai régal de lecture… et gageons que la suite le soit aussi !  

Chronique : Marche ou crève

Carrie, Christine, Salem, Misery, La peau sur les os, La ligne verte… autant de romans emblématiques de l’œuvre du maître de l’horreur, Stephen King ! Mais je suis loin d’avoir tout lu et j’ai fait la découvert récemment d’un de ses romans les plus populaires : Marche ou crève. Sorte de dystopie où des ados courent jusqu’à la mort pour remporter un potentiel magot, Marche ou crève est un roman violent et glaçant.

L’ouvrage est paru en 1979, mais c’est seulement en 2018 que l’on entend parler d’une future adaptation cinématographique !

Mieux que le marathon…. La longue marche

Ils sont cent sur la ligne de départ… il n’en restera plus qu’un à la fin. Interdiction de marcher à moins de 6,5 km/h sous peine d’avertissement. Au bout de trois, vous êtes mort. Pas de pause, pas de repos. Vous satisferez vos besoins – manger, pisser, etc – en marchant. Autant dire que les paramètres rendent La longue marche très brève, quelques jours à peine.

Voici les principes de base qui régissent La longue marche. Tous les ans, ils sont très exactement cent à y participer. Le gagnant remportera une énorme somme d’argent ainsi que tout ce qu’il souhaite. C’est pour cela qu’il y a toujours autant de participants d’années en années…

C’est ainsi que nous suivons Ray Garraty, originaire du Maine (comme Stepehen King), personnage principal de cette terrible histoire, il porte le numéro 47 dans la course.

Ancienne couverture de Marche ou crève aux éditions J’ai Lu.

Un roman cru à l’extrême

Bien avant la mode des dystopies, Marche ou crève avait déjà tous les ingrédients qui en font une excellente. Des règles rigides au point d’être mortelles, une société qui se délite mais dont ignorera tout ou presque en dehors de la terrible Longue marche…

Nous allons ainsi suivre la course de Ray Garraty du début jusqu’à… la fin de son parcours. Réussira-t-il ? Sera-t-il éliminé comme les 99 autres participants ?

La narration de Marche ou crève a beau être tapissée de dialogues, il y a énormément de passages à vides où Ray cogite. Il a beau avoir presque une centaine d’adversaires, son pire ennemi reste lui-même. Mettre un pas devant l’autre devient de plus en plus dur, surtout quand on commence malgré tout à se lier d’amitié aux autres marcheurs… Certains vont être tués par balle sous ses yeux, d’autres vont connaitre une fin plus terrible : hémorragies, crampes mortelles, évanouissement, délires…

C’est un roman très dur que celui-ci car on sait qu’il n’y aura pas de fin heureuse, que Ray gagne ou non, ce qu’il vit dans cette course est terrible, traumatisant. Il faut bien avouer que c’est le genre de livre qu’on ne lâche pas, on veut connaitre l’issue le plus vite possible pour Ray et ses concurrents ! La moindre phrase qu’ils partagent les humanise incroyablement. Certains sont d’ailleurs très jeunes (ce sont tous des ados) mais l’approche d’une mort imminente les rend lucides, admirables pour certains.

Marche ou crève est donc une très bonne dystopie, même si sa conclusion m’a quelque peu laissée sur ma faim. J’aurais aimé que Stephen King développe un peu plus sa fin, pour moi, il manque un dernier petit chapitre afin d’être parfait.

Ce roman reste toutefois excellent, mais c’est loin d’être mon préféré de l’auteur. Je préfère quand il s’essaye au fantastique et au surnaturel avec Simetierre ou Christine.  

Chronique : U4 – Stéphane

Voici l’aventure de Stéphane, une adolescente courageuse qui va tout faire pour survivre dans une France post-apocalyptique.

La série U4 a été un énorme succès de librairie à sa sortie en août 2015. Pour rappel, il s’agit d’une série pour ados écrite par quatre auteurs français différents. Chacun d’entre eux devait donc faire évoluer son héros ou son héroïne dans une France post-apo… Les quatre histoires sont toutes indépendantes mais se recoupent (voir dans cet article dédié pour les explications plus approfondies).

Vous n’avez pas d’ordre à respecter pour lire U4. Vous pouvez lire un seul livre, ou deux ou tous, peu importe vous aurez une histoire complète. Si vous voulez en savoir plus sur le fonctionnement de la saga, n’hésitez pas à consulter cet article spécialement rédigé pour l’occasion.

Comment survivre dans cette nouvelle version de notre monde ?

Stéphane est une adolescente qui vit à Lyon. Enfin… depuis le mystérieux et terrible virus qui a tué 90% de la population, on peut plutôt parler de survie. Fille d’un grand épidémiologiste, elle a un peu plus de connaissances sur le virus U4 que les autres, mais pas assez pour savoir ce qu’il s’est passé.

Ce qu’elle espère de tout cœur, c’est que son père va revenir la chercher. En attendant, la jeune femme est livrée à elle-même, se rationne, et sort le moins possible de leur appartement… Mais le danger rôde partout, même dans des visages amis. Que va bien pouvoir faire Stéphane si son père ne vient pas la chercher ? Et que cache cette mystérieuse réunion dont elle a eu vent, à Paris ? Et n’est-ce pas un voyage qui pourrait s’avérer mortel ?

Un roman post-apo terriblement efficace !

Vincent Villeminot est un auteur à la plume dynamique, acérée, et avec cet opus de la saga U4 on sent qu’il est parfaitement à l’aise. Toujours sous tension, le danger rôdant en permanence, on évolue avec précaution dans cet univers dont on ne connaît pas les codes. Tout ce que l’on sait, c’est que Stéphane va être amenée à rencontrer Jules, Yannis et Koridwen et qu’à eux quatre, ils peuvent changer les choses.

Mais comment ? Quelle fin peut être possible pour Stéphane ? Car il y a une chose essentielle à retenir : chaque fin est différente dans U4, et c’est justement ce qui en fait toute la saveur. Les quatre personnages principaux sont liés, mais pas dépendants les uns des autres au point de vivre la même fin ! (Pour ceux qui auraient lu la fin de Koridwen, que je trouve la meilleure de toutes, ils comprendront).

Ainsi, entre road-trip et roman post-apo 100% survivaliste, on se plonge sans réserve dans l’univers âpre et cruel de U4. Stéphane y est un personnage intéressant car très indépendant mais fragile, sans jamais le montrer à quiconque.

Enfin, le fait qu’elle ai une vision différente des autres sur le virus nous fait découvrir des pistes de réflexions intéressantes !

………

En somme, l’histoire de Stéphane est très intéressante. Pleine d’action, de moments parfois durs (j’ai vraiment eu peur pour elle à certains passages…) et cruels, on découvre une héroïne simple mais forte, crédible. Même si j’avoue avoir préféré l’histoire de Koridwen, j’ai beaucoup aimé la partie de Stéphane. Il est certain que je lirais les autres aventures de la saga U4, il me reste Jules et Yannis.

Chronique : Blackwing – Tome 1 – La marque du corbeau

Un roman de fantasy âpre et brut de décoffrage qui plaira aux amateurs du genre tout en le renouvelant habilement

Ed McDonald est un auteur anglais, il travaille à Londres en tant que maitre de conférences. Blackwing est son premier roman a paraître en France, aux éditions Bragelonne en avril 2018. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’ouvrage a reçu un accueil dithyrambique dans son pays d’origine, encensé par les plus grandes revues du genre : Fantasy Book Review, SF Books, British Fantasy Society… etc.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est mérité. Explications.

Un anti-héros futé et bourru

Bienvenue dans le monde de Ryhalt Galharrow, chasseur de primes au bord de la faillite, il accepte quantité de missions pourries pour payer son train de vie (qui consiste surtout à boire sa paye). Mais il a un atout dans sa poche : il est l’une des rares personnes a avoir survécu à la Désolation, et c’est justement là que l’emmène sa prochaine mission. Assisté par un de ses tatouages à l’effigie d’un corbeau qui prend vie (en sortant littéralement de son corps !) à chaque fois qu’un message important de son mystérieux commanditaire s’annonce, Ryhalt n’est pas au bout de ses peines (et souffrances…).

Mais ce qu’il ignore encore, c’est que la suite des événements va se précipiter pour lui et son équipée brinquebalante. Au programme : survivre à un complot qui touche le royaume dans ses plus hautes sphères, trouver une femmes aux pouvoirs extraordinaires et surtout : survivre.

Et tout cela, c’est sans compter sur l’invasion prochaine des mystérieux et terribles Rois des Profondeurs…

Un univers ultra-développé au service d’une intrigue de premier ordre

Pour ceux qui sont fatigués de lire le même genre d’histoires de fantasy, Blackwing est la série parfaite à se mettre sous la dent. Son héros a beau avoir beaucoup baroudé et représenter l’archétype même du chasseur de prime fatigué, arriviste; mais au bon cœur malgré tout, Ed MacDonald va bien plus loin dans le traitement de ses personnages. Ils sont tous particulièrement intéressants et drôles dans leurs manière brusques voir carrément sales parfois.

L’univers en particulier est très dense, et ont sent que l’on n’en a pas vu le dixième dans ce premier tome. La fusion entre sciences et magie (notamment avec la mystérieuse et terrifiante Machine de Nall) est savamment dosé pour nous donner une histoire qui tient très bien la route.

De plus, l’auteur a créé quantité de monstres et créatures toutes plus terribles les unes que les autres pour étoffer la mythologie du monde du Royaume du Dortmark et de la Désolation.

Et en ce qui concerne la géopolitique de l’univers, on découvre les terribles Rois des Profondeurs (qui font beaucoup penser à des Cthulhu en puissance) sont tout simplement imbattables… Et quand on pense que Ryhalt Galharrow ne peux pas mordre plus la poussière, il en reprend plein dans les dents.

En somme, c’est une intrigue menée de main de maître qui nous est ici offerte sur un plateau grâce aux éditions Bragelonne. Il nous tarde de découvrir le second tome de cette saga qui s’annonce épique à tous points de vue. Que ce soit au niveau de la mythologie, de la créativité ou des dialogues (savoureux, il faut bien le dire), nous avons été conquis ! Alors… à quand la suite ?

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GENRE : Fantasy
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Chronique : Qui a peur de la mort ?

Un roman d’anticipation mémorable qui mélange magie, post-apo et tant d’autres choses qu’il est impossible de tout énumérer… Découvrez le continent Africain comme vous ne l’avez jamais lu !

Premier roman de l’américaine Nnedi Okorafor d’origine nigériane à paraître en France, Qui a peur de la mort ? est paru en octobre 2017 aux éditions ActuSF. Mais une chose est certaine ce ne sera pas le seul… Aux Etats-Unis, elle a déjà écrit plus d’une douzaine de romans, dont une partie ont été primés : Binti a reçu le prix Hugo et le prix du Nebula du premier roman court. Elle a également eu le prix World Fantasy pour Qui a peur de la mort ?

Pour la petite histoire, Qui a peur de la mort ? est tout d’abord paru aux feues éditions Panini, dans la collection Eclipse en 2013. Ces dernières ont mis la clé sous la porte, et le texte de Nnedi Okorafor s’est perdu avec. Mais grâce aux éditions ActuSF, ce texte majeur de l’imaginaire connaît maintenant une seconde vie !

Autre bonne nouvelle, HBO a acquis les droits en vue d’une adaptation en série télé.

Quel destin pour Onyesonwu, enfant du viol et de la guerre ?

Elle n’était pas destinée à exister ou à naître, mais la fatalité en a décidé autrement. Notre histoire commence avec un énième conflit entre les Nurus et les Okekes. Les Nurus sont persuadés d’être supérieurs aux Okekes et cherchent à les dominer par tous les moyens…

C’est ainsi que violée par des guerriers Nurus ennemis, ayant traversé le désert enceinte, Najiba, une Okeke, accoucha sans aucune aide… Elle a traversé des villes hostiles avec son bébé avant de trouver un endroit qui les accueillerait toutes les deux : Jwahir. Voici pour l’histoire de la naissance d’Onyesonwu qui porte sur elle la marque du viol de par sa couleur de peau métissée. Maintenant, place à l’Histoire elle-même.

Au commencement de cet étrange roman, il y a la mort du père adoptif et bien aimé d’Onyesonwu… et son enterrement qui va tourner au cataclysme dans la ville de Jwahir.

Un roman initiatique fort aux symboliques mémorables

Pour ceux qui aiment les récits qui forgent et abiment leurs héros, c’est LE roman parfait. Si les histoires lisses et peu mouvementées vous lassent, vous êtes au bon endroit. C’est simple, Qui a peur de la mort ? est un roman qui frappe, qui salit, et qui laisse une empreinte mémorable chez son lecteur.

De nombreuses scènes y sont mythiques. Certaines sont d’une dureté difficilement supportable (viols, morts, excision…), d’autres d’une beauté unique (amour, sacrifice, force). Une chose est sûre, vous ne resterez pas indifférent face à une telle œuvre.

Nnedi Okorafor se fiche totalement des genres qu’elle utilise et use de tout sans réserve pour servir son propre style et cheminement. Il y a de la magie, des croyances, des guerres, une déesse qui trace les destins : Ani. Et surtout, il y a un apprentissage de longue haleine, un voyage initiatique, une guerre qui se profile… L’histoire peut sembler assez classique dans les grandes lignes, mais détrompez-vous, son traitement, son écriture, tout y est unique.

J’ai particulièrement apprécié la personnalité d’Onyesonwu, sa pugnacité, ses capacités à se jouer de l’adversité sont impressionnantes. Elle n’est jamais aussi belle que dans la difficulté… c’est une véritable belle héroïne de roman. J’ai surtout aimé ses phases d’apprentissage et son enfance/adolescence.

De plus, le vocabulaire très spécifique à l’univers de Nnedi Okorafor et à sa culture nigériane nous aide immédiatement à nous plonger dans cette Afrique post-apocalyptique. On apprend énormément de choses, on est touchés en plein cœur par certaines scènes, c’est aussi beau que terrible.

…..

C’est donc un roman incontournable à lire absolument si vous voulez un dépaysement garanti et une intrigue bien loin d’être cousue de fil blanc. Entre violence et onirisme, magie et rites de passage, c’est une véritable plongée dans l’inconnu.

Sachez enfin que ce roman peut se lire comme un tome unique, mais qu’il y a un second tome de paru aux Etats-Unis : The book of Phoenix.

Chronique : Les Décharnés – Une lueur au crépuscule

Ou comment une invasion de morts-vivants éveillera le meilleur (et surtout le pire) chez l’être humain…

Paul Clément est un jeune auteur français qui peu à peu creuse son trou dans le monde du roman fantastique, plus particulièrement dans la branche zombie. Pour le moment, il a deux romans à son actif, Les Décharnés et Creuse la mort, tous deux chez Post apo éditions.

Avec Les Décharnés, Paul Clément signe un roman efficace et très crédible sur le point humain… à faire froid dans le dos !

Une journée tranquille et ensoleillée en Provence…

…avant le bain de sang. Patrick, vieil agriculteur de métier et misanthrope par principe va assister à une scène aussi terrible qu’incroyable. Un immense carambolage mettant à feu et à sang la route passant près de sa propriété. Seul « bémol », les gens victimes de cet accident hors-norme n’en ont pas fini avec la vie et sont devenus des zombies assoiffés de sang…

La cause ? Nous l’ignorons, tout ce que l’on sait, c’est que Patrick est censé survivre dans sa petite maison de Provence alors qu’elle est entourée de plusieurs centaines de zombies. Mais il n’a pas que sa simple carcasse à sauver des dents pourries des zombies, il doit également protéger la fillette qu’il vient d’arracher à une mort certaine… Comment peuvent-ils s’en sortir ?

Efficace et happant !

Je dois avouer avoir eu du mal à rentrer dans le roman au niveau des 60 premières pages. Le huis-clos avec les zombies me semblait très long… limite insoutenable, mais on peut y voir la volonté de l’auteur. Donc, en cela c’est réussit.

Mais le plus intéressant survient après. Quand Patrick et la petite fille qu’il a sauvée réussissent à s’enfuir de la ferme. L’interaction avec d’autres êtres humains est inévitable… et dangereuse.

C’est surtout dans les relations et la psychologie humaine que Paul Clément révèle tout son talent. Voir Patrick se confronter à tout un panel d’hommes et de femmes a quelque chose de stimulant et de très intéressant. Quelles seront les réactions d’untel face à une remarque ? Qui représente la loi et l’ordre dans ce genre de situation où tout semble partir en lambeaux ? Qui résistera à la tentation de faire absolument tout ce qu’il veut ?

Pour l’écriture, j’avoue ne pas franchement aimer la façon dont parle Patrick. La narration étant à la première personne, c’est Patrick qui narre au lecteur ses aventures post-apocalyptiques. Alors, certes, c’est un homme qui commence à avoir de la bouteille, son langage est familier donc sa façon de parler/écrire est tout à fait logique, il s’agit juste d’une question de goût pour ma part.

Mais on peut facilement passer outre l’écriture car elle est surpassée sans problème par l’intrigue. C’est nerveux, sous tension, et on ne sait jamais comment chacun va réagir et quand la mort frappera… ni sous quelle forme. Les Décharnés a beau être violent et empli d’hémoglobine – roman de survie post-apo oblige – vous y trouerez également de beaux sentiments : l’amour, le courage existent encore, même si ils sont devenus extrêmement rares. Les sentiments humains sont au premier plan dans ce roman qui devrait plaire à tout amateur de roman impliquant une invasion zombie.

……

Bref, une fois l’histoire lancée, ça ne s’arrête plus ! Si vous aimez les romans qui se dévorent (comme un cerveau !), les intrigues bien ficelées et même parfois cruelles, vous êtes au bon endroit. Les récits de ce genre sont habituellement l’apanage des auteurs américains, mais Paul Clément réussit à relever le défit avec adresse, et même mieux que certains. Bravo à lui !