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Chronique : Le rapport chinois

Premier roman de Pierre Darkanian, ce dernier commence fort avec Le rapport chinois. L’éditeur le compare à La conjuration des imbéciles de Toole à la sauce française. Comparaison assumée jusqu’au choix même de la couverture qui a des similitudes avec une ancienne édition parue chez 10/18 il y a de nombreuses années.
N’ayant pas lu ce classique de la littérature, je me rabats uniquement sur l’excellent moment de lecture que j’ai passé pour vous en parler.

Un cabinet aux salariés triés sur le volet

Tugdual est un sacré veinard, il n’a que très peu d’expérience mais ça ne l’a pas empêché d’être repéré par un chasseur de têtes. Ce dernier le recrute pour le prestigieux Cabinet Michard, une entreprise de conseil qui rédige des rapports aidant de grosses entreprises à prendre des décisions d’envergure.

C’est ainsi donc que Tugdual est recruté par le Cabinet Michard pour sept-mille euros par mois. Et le plus beau dans tout ça ? C’est qu’on ne lui demande même pas de travailler… Tugdual reste ainsi des heures à son bureau à ne rien faire. Comment est-ce possible pour un cabinet aussi prestigieux qui a pignon sur rue ?

La quintessence de l’absurde

Lire Le rapport chinois, c’est accepter de plonger tête la première (comme cet homme en couverture) en absurdie. Le travail de Tugdual est étrange, ses rares collègues le sont encore plus et on comprend de moins en moins comment un tel incapable peut gagner autant en faisant si peu (rien, le néant).
Et pour couronner le tout, Tugdual est un personnage à la fois attachant et… très détestable par certains aspects. Il est d’un paternalisme insupportable avec sa bien-aimée Mathilde dont il rebat les oreilles de ses faits de gloire au travail. Travail où il n’a rien à faire…

Et pour sublimer ce rien qui entoure de façon constante la vie de Tugdual, l’écriture de Pierre Darkanian est parfaite. Drôle, caustique, travaillée et d’un style génial. Impossible de ne pas sourire (au minimum) à ses envolées lyriques autour de choses infinitésimales.

« L’idée était excellente. Les mini-viennoiseries étaient à la fois meilleures et moins chères, et s’écouleraient en grande quantité. Tugdual conclut son avant-projet de pré-rapport par des termes qui allaient peut-être faire date dans l’histoire des relations franco-chinoises : « L’avenir de la Chine passe par la mini-viennoiserie. » Relot n’allait pas en revenir ».

Vous sentez poindre l’absurde de la situation et de ce fameux rapport chinois dont on ignore quasiment tout ? et pourtant au fil des chapitres il va devenir un véritable monument. Un dossier d’une ampleur telle qu’il va faire trembler les institutions… Il y est à la fois question de finances de haute volée et de secrets d’entreprise bien gardés… le tout servi par une histoire labyrinthique.

Par un savant mélange d’humour et de savoir, Pierre Darkanian arrive à construire un roman d’une cohérence rare. En effet, sous couvert d’absurde et parfois d’étrange, Le rapport chinois est diabolique. Fort bien mené, pensé à l’extrême, son déroulement sait surprendre. On est loin des romans cousus de fil blanc où toute l’histoire est déjà lue et relue. Ici, vous aurez un style délectable et un intrigue qui l’est tout autant.

Ainsi, Le rapport chinois est pour moi l’un des incontournable de cette rentrée littéraire 2021. Un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) labyrinthique qu’il vous faut connaître si vous avez envie de fraîcheur et de nouveauté. Chose pas toujours aisée à trouver en littérature blanche francophone. Alors, régalez-vous.

EDITEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Mini-Chroniques #10 : Une addiction incontrôlable, une découverte familiale incroyable, une quête d’absolu et un voyage dans une Corée en pleine transformation urbaine…

Voici déjà venu le dixième numéro des mini-chroniques ! Les ouvrages présentés sont tous très différents, mais tous (ou presque) m’ont émue à leur façon… Belle découverte à vous.

Tout sur le zéro – Pierre Bordage – Au Diable Vauvert

Ouvrage paru en 2017, Tout sur le zéro est un roman qui change de ce que nous propose Pierre Bordage habituellement. En effet, l’auteur est surtout connu pour ses récits de science-fiction, notamment avec Les fables de L’Humpur ou encore sa série Wang pour ne citer qu’eux.

Il a tellement d’ouvrages à son actif qu’il est impossible de tous les lister dans cette mini-chronique !

Dans Tout sur le zéro, on suit le parcours de vie de trois accros à la roulette. Trois récits de vie très différents, mais dont la « passion » dévore les économies et la vie de chacun.e.

Peu à peu, on découvre leur quotidien, leurs petits mensonges pour voler une heure de jeu au casino, pour tirer de l’argent sur le compte joint discrètement pour ceux qui sont en couple…
Mais le jeu est plus qu’une passion, c’est une véritable drogue. Et le fait de gagner ne calme pas les ardeurs, bien au contraire, elle les pousse à jouer encore plus gros…

C’est un roman intéressant qui explique bien je pense ce qu’il se passe dans la tête des joueurs et joueuses de casino. Cette addiction est dure à comprendre d’un oeil extérieur, mais ce roman aide à s’en faire une idée plus précise. Dommage cependant que cette fine analyse n’apporte pas grand chose au roman. C’était donc une lecture sympathique, mais pas mémorable…

La forêt aux violons – Cyril Gely – Albin Michel

Second roman de l’auteur belge Cyril Gely, La forêt aux violons est paru en début d’année 2021 aux éditions Albin Michel.
Son premier ouvrage, Le Prix, racontait l’histoire du Prix Nobel de Chimie de 1946 et la grande Histoire derrière… C’était passionnant, et très bien documenté.

Avec La forêt aux violons, l’auteur nous propose une histoire aux allures de conte sans jamais tomber dans le merveilleux, mais toujours à sa frontière… Onirique et touchant, voici l’histoire d’un apprenti luthier, Antonio, dont le but ultime est de créer le violon absolu. L’instrument qui sublimera la musique comme jamais elle ne l’a été… Mais pour cela, il lui faudra s’armer de patience et trouver le bois parfait.

La forêt aux violons est un très beau roman qui reprend les codes du conte dans son style d’écriture, son univers… C’est une véritable réussite ! J’ai tout aimé dans ce roman : le personnage de cet apprenti surdoué en lutherie qui détruit tout violon ne lui semblant pas parfait en tous points, la narration originale, la conclusion étonnante et très réussie…

C’est un beau roman, facile à lire mais pas simpliste. Il vous fera passer un excellent moment de lecture si vous aimez l’histoire de destins peu communs.

Héritage – Dani Shapiro – Les Arènes

Dani Shapiro est une autrice et essayiste américaine qui a énormément d’œuvres à son actif, mais très peu en France.

Héritage nous raconte l’histoire de sa filiation : elle a découvert par hasard que son père n’était pas son père biologique.
La nouvelle est violente, elle qui a toujours grandit avec la certitude que ses parents étaient ses parents, qui a grandit baignée par la culture juive… Une fois l’information digérée, elle décide de la prendre à bras le corps et de mener l’enquête sur ce mystérieux père biologique…
Et surtout le mystère de sa conception, car à l’époque où est née Dani Shapiro, la fécondation in vitro n’était absolument pas réglementée, et il n’était pas rare d’avoir recours au mélange de sperme… Des scientifiques jouaient au apprentis-sorciers et cela sans aucun garde-fou. C’est assez incroyable de découvrir ce que l’autrice a exhumé : à la fois aberrant et fascinant.

Outre le côté biologique de ses origines, Dani Shapiro va tenter de retrouver ce fameux père biologique et nouer un lien sinon affectif au moins ténu pour mieux comprendre le contexte de sa naissance.

Véritable cheminement psychologique très personnel, Héritage est un ouvrage passionnant sur la quête des origines de l’autrice. Son histoire est touchante, sa façon d’exposer les choses est à la fois factuelle et pleine d’émotion. C’est un livre à part qui m’a profondément plu et dont je ne pensais pas autant me passionner. Entre le récit journalistique et le témoignage, Héritage est un ouvrage à découvrir !

Au soleil couchant – Hwang Sok-yong – Editions Philippe Picquier

Pour ceux et celles qui s’intéressent à la Corée et à ses profondes transformations sociales et urbaines, Au soleil couchant pourrait bien les intéresser.

On y suit un homme au crépuscule de sa vie qui regarde par-dessus son épaule et se demandant si l’urbanisation de Séoul à laquelle il a activement participé était toujours une bonne chose. Interrogations, remise en question, ce court roman est l’occasion de découvrir une Corée méconnue dont l’âme se perd parfois dans les grandes constructions moderne au détriment des petits quartiers aux allures de villages dont certains ont été expropriés.

C’est très mélancolique, mais j’ai aimé découvrir cette facette méconnue de la Corée. Cet ouvrage ne plaira pas à tout le monde, il faut dire qu’il ne s’y passe pas beaucoup de choses. Mais son intérêt réside dans ce qu’il raconte du pays et de sa fuite en avant.

Chronique : Salina

Le grand retour de Laurent Gaudé dans le roman initiatique. Dans une Afrique fantasmée qui ressemble à l’univers de La mort du Roi Tsongor

Laurent Gaudé est un auteur français à l’œuvre très prolifique. Il écrit aussi bien des romans, que de la poésie ou du théâtre. D’ailleurs, Salina était une pièce de théâtre écrite en 2003 avant de devenir un roman en 2018. Et il est magistral.

Par ailleurs, vous connaissez certainement un des ouvrages de Laurent Gaudé : Le soleil des Scorta, Eldorado, ou encore Ouragan et mon préféré par-dessus tout : La mort du roi Tsongor (qui pour moi se déroule dans le même univers que Saline, ou un très ressemblant).

Un fils en quête d’un lieu de sépulture pour sa défunte mère…

Salina est morte. Elle était exilée, oubliée de tous ou haïe, sauf d’une personne : son seul et unique fils. Elle lui a tout appris, à survivre dans le désert, à s’y repérer… Maintenant qu’elle n’est plus là, il est de son devoir de trouver un lieu de repos digne de celle qu’a été sa mère. Une femme rebelle et indépendante qui aura bravé les conventions par amour, et qui n’a rien eu en retour… ou presque.

Un texte court et mémorable

Salina a beau ne faire que cent-cinquante pages à peine, cela est bien suffisant pour s’imprégner de l’ambiance particulière de ce texte. A la fois mythe, roman d’amour, légende, quête initiatique, récit… Salina est extraordinaire. Dans beaucoup de moments, j’ai retrouvé la beauté de la tragédie chère à Laurent Gaudé, tout comme dans La mort du Roi Tsongor (un texte qui fut une révélation pour moi).

Le désert, comme je l’imagine dans le roman…

On est dans une sorte d’Afrique imaginaire, sans nom, sans époque, juste pleine de ses légendes qui traversent oralement les générations et les villages.

Le fils de Salina va-t-il trouver un lieu de sépulture à la hauteur de ce qu’à été cette femme pour lui ? Va-t-il avoir le courage de la transporter par-delà les territoires qu’il connaît ? Vous aurez toutes les réponses à ces questions… et la conclusion en est magnifique.

J’imagine parfaitement cette ville dont parle Laurent Gaudé. Avec ses barques qui suivent la légende orale de Salina contée par son fils, et qui au fil de l’histoire grossissent les rangs. Avec son étrange et mystérieuse île-cimetière, qui ne s’ouvre uniquement si on a conté l’histoire du défunt avec éloquence et sincérité…

……..

Si vous êtes à la recherche de beauté, de poésie et de magnificence tout en simplicité, Salina sera pour vous. On ressort grandit d’un conte onirique comme celui-là. Et on y repense souvent… Merci Laurent Gaudé pour ce texte, cela faisait des années que j’en attendais à nouveau un comme cela.

Chronique : Sérotonine

Le nouveau Houellebecq est arrivé ! Pour les fans, c’est l’occasion de s’extasier sur son écriture et son style provocateur… pour d’autres, c’est un peu le désenchantement.

On ne présente plus Michel Houellebecq, auteur français qui a chaque nouveau livre créé l’événement dans les médias et l’affolement (merci à lui) dans les librairies. On se souvient tous de la sortie de Soumission et l’énorme polémique qui a suivi, car paru quasiment en même temps que le drame de Charlie Hebdo.

Houellebecq est effectivement un auteur qui provoque, mais qui questionne aussi. En tout cas, une chose est certaine, il ne laisse personne indifférent.

Un antihéros dépressif pour narrateur  

Si vous respirez la joie de vivre, Sérotonine devrait vous calmer pour un moment. On y suit un homme âgé d’environ une cinquantaine d’années, ingénieur agronome de son état, il fait le point sur sa vie. Il a toujours vécu dans l’opulence, gagnait un salaire confortable, vivait dans un très grand appartement tout près de la Motte Picquet Grenelle et donc de la Tour Eiffel. Il a vécu pendant des années avec une femme d’origine japonaise, Yuzu. Ils se sont quittés depuis peu, c’est ainsi que le narrateur fait le point sur sa vie, ses amours ratés, ses nombreuses conquêtes.

Il décide de refaire un dernier tour de ses femmes qui ont croisé son chemin, et pour certaines, la route de son cœur… Et pour aller mieux (ou moins bien, c’est selon), il prend un antidépresseur : le Captorix.

Et comme notre narrateur est en grande dépression, le tout respire à fond la joie de vivre.

Un roman certes, très bien écrit, mais dont le contenu est aussi déprimant que dérangeant

Quand on est un lecteur passionné, on est curieux. J’ai donc voulu tenter de lire pour la première fois un roman de Houellebecq. J’avais eu tellement d’échos différents depuis de nombreuses années qu’il était pour moi important de tester, de me forger ma propre opinion.

Ainsi, je trouve que Michel Houellebecq est un auteur intéressant, mais qu’il n’est pas fait pour moi. Son écriture est en effet faite de fulgurances intéressantes, il écrit bien, certes. Mais ça ne suffit pas, pour moi l’écriture ne doit pas remplacer l’histoire. Et d’histoire ici, il n’y en a guère. On passe d’amantes en amours perdus du narrateur (qui ressemble beaucoup à Houellebecq dans sa vision du monde, entre auteur et narrateur la ligne est très finie !).

Ce qui m’a vraiment déplu, ce n’est pas cette introspection et cette quête de soi, que j’ai trouvée intéressante, mais certaines, pour le moins choquante. Pêle-mêle, vous trouverez : de la zoophilie, des partouzes, de la pédophilie très suggérée, et les mots bite et chattes qui reviennent beaucoup trop souvent. Alors si le génie de l’écriture c’est ça, je passe mon chemin…

Seule chose réellement intéressante et touchante, Houellebecq a extrêmement bien parlé d’une chose : le malaise de nos agriculteurs.rices français.es. Leurs difficultés croissantes pour s’en sortir, leur envie d’en finir pour ne plus avoir à payer les traites, les taxes, les impôts. La pression des grands distributeurs pour brader leurs produits, bradant au passage leur qualité de vie ou leur vie tout court pour les cas les plus difficiles.

Il a su pressentir le mouvement qu’allait être celui des Gillets Jaunes. Cette scène où les agriculteurs commencent à bloquer des routes et des pompes à essence pour manifester leur raz le bol général face aux coups durs. Pour cela en effet, il est doué. Il sait capter l’essence de notre société pour anticiper certaines de ses réactions, et ça ce n’est pas donné à tout le monde.

Pour ceux qui s’interrogent sur ce qu’est la sérotonine, il s’agit d’un neurotransmetteur. Il semblerait qu’elle soit un facteur qui entre en jeu dans la dépression. Tout dépend de la quantité présente, mais elle influe directement sur notre état d’esprit, tout comme la dopamine.

Ainsi, Sérotonine est un roman intéressant, mais trop provocateur à mon goût. On appréciera toutefois l’analyse de l’auteur sur notre société française, notamment sur sa force agricole. Notre agriculture est une force… et nous sommes en train de la tuer à petit feu. Dommage qu’il y ait trop de digressions amoureuses, de déprime ambiante, et de scènes malsaines. En tout cas, l’expérience n’était pas inintéressante.

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Chronique : Je suis le genre de fille

Un roman aux allures de journal écrit à la première personne qui nous fait découvrir le quotidien d’une femme très indécise.

Nathalie Kuperman est une auteure française, elle écrit aussi bien pour les adultes que pour les enfants. Son dernier roman en date, Je suis le genre de fille est paru chez Flammarion en mars 2018.

Si vous ne connaissez pas son œuvre, on peut citer : Nous étions des êtres vivants (Folio), J’ai renvoyé Marta (Folio), ou encore Petit déjeuner avec Mick Jagger (Points) chez les adultes. Du côté des enfants, on lui doit la série de premiers romans Zélie et Poison (déjà 6 tomes de parus), et elle a également écrit une dizaine de romans dans la collection Mouche de l’école des Loisirs.

Les réflexions pêle-mêle d’une femme à qui la vie ne sourit guère…

Voici l’histoire d’une femme, la quarantaine, divorcée, elle a une fille de 14 ans – Valentine – en garde alternée avec son père… Rien ne semble aller dans sa petite vie plate et morne. Pas d’amour à l’horizon, beaucoup de tracas, d’interrogations, de remarques qu’elle se fait à elle-même…

Je suis le genre de fille est entre le roman et le récit de vie, empli de ressentis, réflexions diverses que se fait la narratrice au fil de ses journées.

… selon elle

Mais pour être honnête, je n’ai pas trouvé cette narratrice attachante, loin de là. Et ce qu’elle avait à dire ne m’a pas paru pertinent non plus.

Au contraire, je l’ai trouvée agaçante au possible. A se plaindre pour la moindre petite chose que n’importe qui d’autre aurait laissé couler, à se lamenter sur sa vie qu’elle juge injuste envers elle.

Tous les chapitres commencent par « Je suis le genre de fille… ».

Ainsi on a « Je suis le genre de fille à tenir la porte », puis lire la plainte de la narratrice comme quoi personne ne la lui tient à elle la porte et qu’elle en a marre. Mais que si elle ne la tient pas à quelqu’un, elle s’en veux et s’excuse…

« Je suis le genre de fille qui, pour rien au monde, n’irait fouiner dans les affaires de sa fille », mais en fait, c’est ce qu’elle décide de faire. Uniquement pour savoir de quelle façon sa fille la perçoit… Mais en fait elle change d’avis quand sa fille vient lui parler. Elle n’a aucune parole, aucun avis propre et change systématiquement d’opinion sur tout et n’importe quoi.

« Je suis le genre de fille très hypocondriaque », car oui, notre narratrice fume, et beaucoup. Mais elle a peur d’avoir un cancer et fait une pléthore d’examens médicaux pour se rassurer. Parfois des tests de santé très poussifs où elle attend les résultats pendant des semaines avec anxiété jusqu’à être invivable.

C’est à cause de ses nombreux traits de caractère exaspérants, ses opinions très arrêtées mais en fait non, ses revirements, cette quarantenaire n’est pas attachante…

…….

J’ai trouvé ce roman très dispensable, non pas parce qu’il est ancré dans le quotidien (c’est justement cela qui m’intéressait), mais parce que sa protagoniste principale est absolument crispante et inintéressante. Dommage, car il avait tous les attributs pour plaire, en apparence…

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Chronique : Les garçons de l’été

Un roman happant qui ne vous lâche pas une seule seconde, tel un requin vorace. Plongez corps et âme dans une histoire sombre à souhait…

Paru initialement en grand format aux éditions P.O.L, Les garçons de l’été est un roman génial et assez inclassable. Il aurait très bien pu entrer dans la catégorie « romans noirs », mais c’est finalement en folio, dans la collection blanche qu’il paraît en poche au mois d’avril 2018.

Il s’agit officiellement du premier roman de l’auteure française Rebecca Lighieri… Mais en réalité, elle a écrit une dizaine d’ouvrages sous le nom d’Emmanuelle Bayamack-Tam (parmi lesquels Si tout n’a pas péri avec mon innocence, Je viens ou encore Une fille du feu).

Sous son pseudonyme, elle a également écrit un autre roman, toujours aux éditions P.O.L : Husbands. Il a l’air également assez sombre…

L’histoire de deux frères qui ne vivent que pour et par le surf

Voici l’histoire de Zachée et de Thadée. Deux frères très différents mais dont la passion commune les transcende, les lie de façon unique : le surf. Ils sont constamment emplis de ce besoin viscéral de se mesurer au plus belles vagues, aux plus beaux et plus difficiles spots…

Mais un jour, le drame va frapper sous la forme d’un requin. De la jambe de Thadée, il ne reste que quelques lambeaux de peau… Personne ne le sait encore mais ce terrible événement signera la fin du bonheur pour une famille entière. Et révèlera le pire chez certains membres de cette famille aisée à qui tout souriait jusque là…

Glaçant, captivant et absolument mémorable

Je dois l’avouer, j’ai d’abord pris ce roman à cause de son bandeau très accrocheur : « Du Stephen King à la française ! ». Même si j’y allais avec curiosité et envie, j’avais peur d’être déçue, mais c’est tout le contraire qui s’est produit. Les garçons de l’été est une merveille de noirceur… Je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi poussif en termes de détails et de faits glauques, mais ça ne m’a pas dérangée tant c’est bien amené.

L’atout majeur de ce roman, c’est sans aucun doute ses nombreux personnages. Ils sont tous distinguables facilement, l’auteure réussissant à nous les faire aimer (ou détester) en quelques pages seulement.

Par exemple, la mère de Thadée et Zachée – Mylène – m’a horripilée au plus haut point (ce qui veux dire que l’auteure a réussi son coup !). Elle est tellement coincée, rigide et hautaine qu’on a qu’une envie, la gifler. Constamment en adoration devant ses fils, tout particulièrement son ainé Thadée qu’elle couve de façon étouffante, elle est un cliché ambulant. Mais on sent que c’est une volonté de l’auteure et qu’il ne s’agit pas là d’un écueil dans lequel elle serait tombée.

Mais tous les autres protagonistes du drame sont également magistraux. Nous avons le point de vue de chacun à tour de rôle, et au fil des chapitres le portrait d’ensemble devient de plus en plus sombre…

Ainsi découvrons-nous ce qu’il se passe dans la tête du frère de Thadée, de leur père Jérôme (plus complexe qu’il n’y paraît), de Cindy la petite amie de Thadée, ou encore de Ysée, la petite sœur étrange des frères surfeurs.

D’ailleurs, la partie narrative d’Ysée, qui arrive en toute fin de roman est très intéressante. Elle m’a beaucoup fait penser à des écrits tels que Le bizarre incident du chien pendant la nuit ou Les Autodafeurs avec le personnage de Césarine. Leur point commun ? Une narration extrêmement originale car leur héros est atteint d’autisme. Et même si ce n’est officiellement pas le cas d’Ysée, elle a certaines caractéristiques autistiques flagrantes qui la rendent singulière et attachante.

Outre la grande qualité du roman apportée par ses personnages, les nombreux changements de genres sont pour beaucoup dans le caractère unique de l’ouvrage. On passe d’un roman de littérature dite « blanche » au policier voir au thriller psychologique avant de basculer dans un flottement où le fantastique est également possible. Bref, le lecteur n’a aucun répit, et cela à aucun moment.

Petit détail sur le thème principal du roman, le surf. Il y a quantité de termes issus de ce sport, et que l’on soit passionné ou non, ce n’est pas un frein à la lecture. Je ne connais aucunement le surf, ni ses figures, ni ses lieux-phares ou son vocabulaire, mais ça n’a jamais bloqué ma compréhension du roman. On voyage avec Thadée, Zachée et Cindy sur l’océan comme si nous y étions, l’auteure a dû énormément se documenter pour arriver à ce niveau de précision.

Enfin, il y a une grande dimension symbolique dans ce roman, notamment au niveau biblique, entre autres choses… Et ces nombreux parallèles et références aux mythes sont très intéressants et ajoutent encore à la qualité de ce texte déjà prégnant. Sans parler de tout ce que vous trouverez en sachant lire entre les lignes.

…….
Ainsi, vous l’aurez compris au travers de cette longue chronique, Les garçons de l’été m’a porté un coup au cœur comme rarement j’en ai eu pour un livre. Ce roman-chorale d’une famille en plein éclatement est marquant, grandiose et saura surprendre ceux qui oseront le lire…

J’ai donc hâte de retomber dans l’univers de Rebecca Lighieri !

Chronique : Un funambule

L’histoire d’un jeune homme à la vie très trouble… une lecture qui laisse le lecteur désemparé et perdu… comme son personnage.

Dernier roman en date du romancier français Alexandre Seurat, Un funambule est paru aux éditions du Rouergue en janvier 2018. Il y a quelques années, il avait écrit le génial et terrible roman tiré d’un fait divers : La maladroite.

Avec Un funambule, il signe un roman étrange et inclassable. Il s’agit de son troisième ouvrage.

Un jeune homme en perte de repères

Un homme seul. Une enveloppe sur la table. Des billets de train. Une réunion familiale. Un échange de regards gênés de la part de ses parents. De nombreux flash-back, des souvenirs décousus… Vers où l’histoire de ce jeune homme nous mène-t-elle ?

Nébuleux, trop nébuleux…

Un funambule est le genre de roman que l’on découvre avec curiosité car son résumé est atypique… mais c’est un roman ne réussit pas à faire mouche pour moi.

L’histoire de ce jeune homme (dont on ne connaitra jamais le nom) à qui rien ne réussi est assez déstabilisante. Il jongle entre la réalité, ses désirs, ses échecs… peut-être est-ce de là que vient le titre du roman. Toujours à l’entre-deux, jamais sûr de ses choix, nous découvrons un homme qui subit plus qu’il ne vit. Et dès lors qu’il entreprend quelque chose, il le rate, à force de ressasser le passé.

L’ambiance est réussie, on ne peut pas le reprocher à Alexandre Seurat. Il parvient à nous faire ressentir l’atmosphère pesante, l’incompréhension qui monte dans l’esprit du protagoniste principal…

Mais j’ai trouvé cela trop nébuleux. On ne comprend pas tout, même si la conclusion est assez explicite.

……

Difficile de mettre des mots dessus, mais Un funambule est un roman qui m’a mise mal à l’aise. Il n’est pas glauque, ni sombre, juste terriblement triste et labyrinthique. C’est une expérience de lecture qui m’a déplu personnellement car trop dispersée, mais rien ne dit que ça ne pourra pas plaire à d’autres.

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Chronique : La mère des eaux

Un thriller fantastique et fou qui tire ses origines dans ce que la magie vaudou a de plus sombre…

Après Les enfants de Peakwood, Rod Marty revient ! Auteur français découvert par les éditions Srcinéo, La mère des eaux est son second roman. On y sent plus d’assurance et de maturité que dans le premier. Plus de noirceur également. Je vous laisse aviser, mais pour moi, c’est un véritable coup de cœur.

Il était une fois… dans une petite ville isolée de Louisiane : Lamarre

Emily et Chris forment un couple idéal. Ou presque. Leur manque d’enfant commence à peser, en particulier pour Emily qui a perdu tout espoir à force fausses-couches à répétition… Pour Emily, qui est fille adoptive, c’est encore plus difficile à accepter que pour d’autres…

Alors, quand arrive une lettre en provenance de la ville de Lamarre et qu’on lui annonce qu’elle hérite de la propriété de sa mère, Emily veux y aller immédiatement. Surtout que sa mère biologique n’est pas décédée, mais bien vivante ! Une surprise de taille pour la jeune femme. Mais sa mère est totalement vidée, il n’y a plus d’âme en elle, uniquement une enveloppe qu’il faut nourrir et changer… Emily doit donc s’occuper d’elle maintenant, et peut-être rester à Lamarre ?

Les habitants y sont si accueillants, gentils, prévenants… pourquoi ne pas rester vivre dans cette douce petite ville à l’écart du stress de la grande ville ? Surtout que peu à peu, on commence à promettre à Emily l’idée qu’un enfant d’elle puisse naître dans cette ville aux caractéristiques uniques. Comment ? Pourquoi ? Beaucoup de questions s’amoncellent aux portes de Lamarre… oserez-vous les franchir ?

Un roman sombre comme il faut…

Lire ce roman, c’est se retrouver dans un autre endroit, et même un autre siècle. Lamarre est une ville si isolée de tout qu’on dirait que le temps s’y arrêté. Ce qu’on y découvre est bien loin de ce qu’on aurait pu imaginer au premier abord.

Je m’attendais toutefois à un récit sombre, et j’ai justement adoré La mère des eaux pour cela. Ça fait du bien de lire un roman dont l’atmosphère est proche du récit horrifique. Sous tension constante, parsemé de visions étranges, violentes, parfois érotiques… Emily se perd peu à peu dans les méandres de la petite ville de Lamarre.

L’ambiance est lente, lancinante, invasive… on sent réellement le mal-être qu’engendre peu à peu la ville sur le couple. Rod Marty a gagné en maturité au niveau du développement de son décor. Beaucoup plus fin, efficace que dans son précédent roman. C’est délectable !

Et surtout, on en apprend énormément sur la magie vaudou. Dans ce roman, il est question de Mami Wata, la Reine des eaux. Elle peut vous donner beaucoup si vous la servez comme il se doit… sinon elle reprend tout, et pire encore. Si vous commencez d’ailleurs à chercher un peu qui est Mami Wata sur le net, vous trouverez énormément de sites web dédiés au vaudou (haïtien, africain…). J’avoue avoir tellement aimé que j’aurais voulu en savoir plus cette culture magique si bénéfique et dangereuse à la fois.

J’ai adoré découvrir le mythe pensé par Rod Marty pour expliquer les origines de la ville de Lamarre. Dans le roman, on alterne entre notre époque et une autre, une centaine d’années avant. Tout est bien ficelé pour nous amener jusqu’à la conclusion parfaite concoctée par Rod Marty.

…….

En conclusion, La mère des eaux est un roman parfait si vous aimer vous faire peur, être captivé par une ambiance étrange, malsaine et fascinante à la fois.

Rod Marty se révèle enfin avec ce roman de qualité qui plaira aux fans d’horreur et de fantastique !

PS : Petite mention spéciale pour la couverture que je trouve absolument parfaite pour le roman. Je n’ai d’ailleurs pas pu m’empêcher de penser à un autre roman d’horreur qui utilise la couleur verte comme base, avec une petite chapelle en fond… ça vous parle ?

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Chronique : Le vertige des falaises

Un roman étrange prenant place sur une petite île loin de tout ou chacun à sa manière renferme un secret… parfois pesant.

Le vertige des falaises est le dernier roman en date de Gilles Paris, il est paru chez Plon en avril 2017. Il signe le retour de l’auteur après quelques années de pause. Le nom de Gilles Paris vous dit peut-être quelque chose ? C’est certainement grâce au roman Autobiographie d’une courgette (adapté au cinéma sous le même titre).

Il a également écrit les livres suivants : Papa et maman sont morts, L’été des lucioles, et Au pays des kangourous.

Marnie, une jeune fille bien solitaire…

Que cache le caractère indépendant, taciturne et parfois très dur de Marnie ? Elle a 14 ans, n’a jamais quitté son île, et veux mordre la vie à pleines dents… Mais son passé et son présent pèsent déjà énormément sur son existence. Son père est mort tragiquement dans un accident de voiture, et sa mère a un cancer en phase terminale…

On sent une ambiance extrêmement pesante sur l’île, est-ce seulement à cause de la famille de Marnie et de son lourd passé à chaque génération ? Ou les habitants gardent-ils autre chose au fond d’eux ?

Malaise sur l’île

Malgré une ambiance très bien campée, difficile de cerner clairement les tenants et aboutissants du roman Le Vertige des falaises… En effet, le roman a beau être sombre, il est également très naïf dans son développement. Certaines attitudes des personnages sont prévisibles, d’autres assez incompréhensibles ou gratuites… Cela donne un portrait global assez peu clair de l’œuvre.

Certes, il y a de nombreux secrets à découvrir : aussi bien concernant la famille de Marnie vivant dans son immense villa d’acier (nommée Glass) surplombant l’île, que chez les habitants. Certains sont même si insignifiants qu’on s’interroge sur l’utilité de les découvrir.

Je l’avoue, je n’ai pas réussi à être totalement transportée par ce roman dont les élans maritimes et solitaires auraient pu me plaire. Trop sombre sans justification, recelant assez peu de surprises, j’ai trouvé ce roman assez peu mature. J’ai eu du mal à m’attacher à Marnie, trop ambivalente, sauvage (même si c’est également sa plus grande force).

Certains passages laissent assez interrogatifs quant à leur but final. Gilles Paris exploite différentes matières de réflexion pour laisser lecteur songeur. Mais jamais il ne retraite de certains personnages ou de leurs actes étranges… Est-ce pour nous perdre ? Nous faire tomber dans une fausse piste ?

Je n’ai pas la réponse, mais c’est assez frustrant. C’est dommage car j’ai vraiment aimé l’ambiance, mais je m’attendais à une intrigue bien plus ample, plus dévastatrice en termes de révélations.

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En somme, pour moi, Le vertige des falaises est un roman très dispensable. J’aurais adoré aimer ce livre, mais ça a été finalement un rendez-vous manqué… Mais cela ne m’empêchera pas de découvrir de façon plus approfondie l’œuvre de Gilles Paris qui m’intrigue tout de même.

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Chronique : Felicity Atcock – Tome 2 – Les anges ont la dent dure

Un second opus à la hauteur… et même plus savoureux !

Si vous ne connaissez pas encore Sophie Jomain, c’est l’auteur française à ne pas manquer du moment (et ce moment dure, dure !). Ses romans sont souvent plongés entre imaginaire et romance, et ses héros sont extrêmement attachants et charismatiques. Elle a notamment écrit la saga Les étoiles de Noss Head.

Poulets et malédictions…

Felicity Atcock, vendeuse de délicieux chocolats dans la petite ville de Bath n’a vraiment pas une vie tranquille… A peine se remet-elle des nombreuses révélations concernant les anges, les vampires et les entre-deux qu’elle se voit menacée. Sous la forme d’un poulet cloué à sa porte. Un poulet mort, bien sûr… Qui donc peut lui en vouloir ? Et pour quelles raisons ?

Il semblerait que ce soit une personne en lien avec une sorcellerie des plus noires… Heureusement (on non), Felicity est toujours chaperonnée par son bel ange Terrence qui va voler à son secours, de même que le mystérieux Stan…

Plus délicieux, plus savoureux, on en redemande !

Incroyable mais vrai, je commence à franchement apprécier la romance fantastique grâce à Sophie Jomain. Son univers est bien travaillé, et elle l’approfondit encore avec de très nombreuses nouveautés et développements bien amenés.

L’intrigue a beau être assez aisée à deviner, on appréciera la façon qu’a de nous embarquer l’auteur dans son univers. Dans un mélange entre sensualité, magie et suspense on est extrêmement bien servis ! Sans oublier une bonne dose d’humour également.

Et cerise sur le gâteau, les personnages sont de plus en plus fouillés et révèlent peu à peu leurs secrets. On n’est bien loin de tout savoir sur eux, et on apprécie chaque fragment de leur personnalité…

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En somme, ce deuxième tome confirme les impressions laissées par le premier. Felicity Atcock est une série de bit-lit addictive, drôle et emplie de charmes… dans tous les sens du terme.

D’autant que la fin de ce second tome vous laissera sur votre faim, et vous n’aurez qu’une seule envie, vous précipiter sur le troisième opus de la saga… ! C’est donc un coup de cœur confirmé.

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