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Interview de Bertrand Campeis pour sa collection Dimension Uchronie chez Rivière Blanche

Connaissez-vous Dimension Uchronie ? Il s’agit d’un recueil de nouvelles dédiées à ce sous-genre si particulier et fascinant de la science-fiction. Je vous invite ainsi à découvrir la collection ainsi que celui qui a réunit des nouvelles de tous bords pour notre plus grand plaisir…

La bibliothèque de Glow : Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de la Bibliothèque de Glow ?

Bertrand Campeis : Bonjour les lectrices et les lecteurs de la Bibliothèque de Glow ! Je m’appelle Bertrand campeis, j’ai très prochainement l’âge qui est la réponse à la plus grande question de l’univers et je suis un grand amateur d’Uchronie : j’en lis, j’écris des articles dessus, je fais également partie du Prix actuSF de l’Uchronie et maintenant je dirige même des anthologies sur ce thème spécifique. Je suis un énorme acheteur de livres en tout genre, de films, de dessins animés et je loge chez mes deux chats (en échange je leur fournis un lit douillet et plein de croquettes). Pour pouvoir acheter tous les livres et Blu-Ray qui s’entassent dans ma batcave aux merveilles je suis devenu fonctionnaire (J’aurais voulu être Bruce Wayne mais la place est déjà prise, donc je me suis contenté de devenir un grand fan de Batman tout court). Voilà, ça, c’est pour commencer. 🙂

La bibliothèque de Glow : Pouvez-vous expliquer aux lecteurs en quelques phrases ce qu’est l’uchronie ?

Bertrand Campeis :L’uchronie est un mot inventé à partir du mot utopie ! L’utopie c’est un lieu imaginaire (en grec U = Non et Topos = Lieu). L’uchronie c’est une histoire imaginaire qui aurait pu avoir lieu (U = Non et Chronos = Temps). C’est jouer avec le temps en imaginant qu’en changeant un évènement, on crée une autre Histoire. Cela peut aller de la grande Histoire (la plus connue étant Et si les Nazis avaient gagné la Seconde Guerre mondiale) à l’histoire personnelle (la vôtre par exemple ! Et si vous aviez raté le train dans lequel vous avez rencontré votre future copine ? Réussit tel examen auquel vous avez échoué ?) Comme vous le voyez, c’est un jeu de l’esprit avec des combinaisons qui peuvent aller… Jusqu’à l’infini (et au-delà !) Vous avez certainement lu de l’uchronie (en livres, BDs ou même mangas) vu (en films ou dans une série TV) ou même joué (jeu de plateau ou jeu vidéo) sans forcément le savoir 🙂 Si cela vous intéresse, j’ai eu la chance de co-écrire avec Karine Gobled un Guide de l’Uchronie paru chez ActuSF (il a été réédité en 2018 sous une forme réactualisée dans la collection Hélios) qui permet de (re)découvrir l’uchronie.

La bibliothèque de Glow : Comment avez-vous sélectionné les nouvelles de Dimension Uchronie ?

Bertrand Campeis :J’ai fait un appel à textes afin de faire une anthologie baptisée Dimension Uchronie et au final j’ai eu suffisamment de nouvelles pour me dire que je pouvais envisager de faire non pas une mais trois anthologies. Dès le départ, j’ai eu la chance d’être entouré d’ami.e.s qui m’ont donné plus qu’un sacré coup de main : Hermine m’a plus qu’aidé en relisant les nouvelles avec moi et aidée dans la phase de correction avec les autrices et auteurs. Avec son compagnon, Erwan, ils ont traduits les nouvelles étrangères que j’ai acheté au coup par coup. Je dois également beaucoup à Laurence, à Marie Marquez pour leur aide lors des phases de relecture /  correction sur les Bon à Tirer. L’autre personne à qui je dois énormément c’est Tiffanie Uldry, qui m’a fait de superbes couvertures. Et Last but not least Philippe Ward et Jean-Marc Lofficier ont été patients, calmes et m’ont pas mal expliqués comment il fallait bosser. Ces anthologies c’est une première pour moi : j’ai tâtonné, expérimenté, revu souvent ma copie et au final, j’ai eu l’impression de progresser par à coup, grâce aux autrices, aux auteurs, aux personnes qui ont lu l’anthologie et l’ont critiqué (en l’ayant aimé ou pas trop : on est là avant tout pour apprendre de ces erreurs et progresser). Ces anthologies, pour moi c’est avant tout un travail d’équipe, des rencontres, des discussions. Sans l’aide de tout le monde, les anthologies n’auraient pas pu sortir de manière aussi rapprochée (la première est sortie fin 2018 pour le salon de Sèvres, et les deux suivantes pour 2019, l’une pour début juin, l’autre pour Sèvres). Ce fût une expérience gratifiante, exaltante même mais qui nous a laissé sur les rotules (à l’heure où j’écris Dimension Uchronie 2 est bouclé et nous travaillons, Hermine et moi, sur le bouclage du dernier volume).

La bibliothèque de Glow : Les textes sont-ils inédits où ont-ils déjà vu le jour auparavant ?

Bertrand Campeis : Certains textes sont déjà parus ailleurs mais ont été retravaillées pour paraître chez nous. Les trois-quarts sont inédits. Dès le début nous avons fait un mix : rencontre avec des autrices et des auteurs que nous aimions énormément et textes provenant de l’appel à texte. Après un DU 1 comprenant 15 nouvelles, nous sommes partis sur 20 nouvelles pour DU2 et allons maintenir ce chiffre pour DU3 mais avec pas moins de 3 nouvelles étrangères (2 américaines et 1 japonaise si tout va bien). Le but est de se faire plaisir et de montrer la diversité de l’uchronie. Pour celle-ci est un jeu de l’esprit ce qui implique un aspect divertissant. J’adore les uchronies extrêmement intelligentes et nous permettant de réfléchir à notre société, de nous interroger sur notre façon de voir les choses et à côté de cela j’adore des uchronies orientées sur l’action, le divertissement pur. L’important ce n’est pas tant le message (ou l’absence de celui-ci) mais ce que l’on ressent devant une histoire.

La bibliothèque de Glow : Vous proposez également des nouvelles étrangères – comment les avez-vous sélectionnées et acquises ?

Bertrand Campeis : La première nouvelle, Alerte rouge, je l’avais découverte grâce à Eric Henriet, il en parlait dans son essai L’histoire revisitée ou panorama de l’uchronie sous toutes ses formes. Eric étant un ami, il a eu la gentillesse de me faire lire cette nouvelle. ensuite c’est assez Rock N’ Roll, j’ai découvert que l’auteur, Jerry Oltion, tenait un blog et je l’ai contacté, grâce à Hermine Hémon et Erwan Devos, afin de lui proposer d’acheter cette nouvelle. Il a accepté sans problème et voilà !

A partir de là je me suis dit que rajouter des nouvelles étrangère serait un sacré bonus dans les 3 anthologies : j’ai donc contacté Marie Robinette Kowal pour sa nouvelle The lady astronaut of Mars. Là ce la a été beaucoup plus long vu que je suis passé par son cabinet américain, qui m’a envoyé vers une agence française qui gérait ses droits à l’étranger. Cela a été très long (plus de 6 mois dans mes souvenirs) mais nous avons eu la primeur de cette nouvelle (pour la petite histoire l’intégralité du cycle a été achetée par Denoël lunes d’encre et devrait sortir chez nous à l’horizon 2020). Pour la nouvelle d’Aliette de Bodard, je lui ai tout simplement demandé à Sèvres en 2018 si elle avait une nouvelle uchronique à me proposer, elle m’en a envoyé une et Hermine et Erwan ont travaillé d’arrache-pied pour qu’elle sorte dans DU2. La dernière a également été un heureux hasard : Bondye Bon a été signalé par le site Uchronia The Alternate History List qui recense à peu près tout ce qui sort en langue anglaise (c’est d’autant plus méritoire et impressionnant qu’il est géré par une seule personne, Robert Schmunk). Le pitch m’a plu (une révolte d’esclaves américains qui a été sévèrement réprimandé, et c’est un euphémisme, dans les années 1830 réussit dans cette uchronie grâce au… Vaudou ! C’est tout de suite plus pratique quand vous avez une armée de morts pour vous en prendre à vos anciens maîtres…) et là aussi, j’ai négocié directement avec l’autrice. Quand je regarde cela rétrospectivement je me dis que j’ai eu beaucoup de chance ! Et qu’heureusement qu’Hermine et Erwan étaient là pour m’aider à parler avec tout le monde en english fuently.

 La bibliothèque de Glow : J’ai entendu dire qu’un second tome et un déjà un troisième étaient en préparation, pouvez-vous nous en dire plus ?

Bertrand Campeis : Un deuxième tome… (ndlr : déjà paru en librairie). Puis un troisième et dernier ! Au final on devrait atteindre 50 nouvelles uchroniques en tout. Le deuxième comporte 20 nouvelles jouant sur énormément de thèmes, que ce soit l’antiquité, le féminisme, le colonialisme, ou une autre façon de penser avec la nouvelle d’Aliette de Bodard. L’important c’est cela, découvrir à chaque fois des thèmes peu traités, ou connus mais traités différemment (celle de Sylwen Norden m’a pas mal marqué) j’ai adoré le texte que m’a proposé Jérôme Akkouche qui joue sur un thème peu traité (le steampunk et le monde de l’art). Jean Rébillat nous a fait une très chouette nouvelle imaginant une Angleterre toujours rattachée à la France par ce qui reste du Doggerland (bras de terre qui reliait l’Angleterre au continent et qui a été englouti dans notre réalité). Celle de Cédric Legentil m’a pas mal marqué car il a très bien cerné la mentalité japonaise (il imagine l’envoi d’un corps expéditionnaire japonais qui combat aux côtés de l’allié français lors de la Première Guerre mondiale, et sa vision est très juste et terrifiante). Il y a de l’humour, que ce soit avec la nouvelle de Gillen où l’Ecosse est devenue indépendante mais n’a plus de whisky ! Pascal Roussel nous régale avec un héros bondissant et très drôle qui libère la France d’une occupation extraterrestre qui a empêché la Révolution Française en 1789… Vu que le steampunk apparaît pas mal, j’ai demandé à Etienne Barrilier de faire une préface pour expliciter celui-ci (Merci à lui). Enfin j’ai eu une chouette nouvelle, jouant sur la thématique du temps, qui est utilisée comme une drogue, par Amélie Bousquet. Elle sortait un peu des sentier battus (je n’ai pas souvent eu l’occasion de lire des nouvelles où on se fait des shoots temporels, en dehors de Chronoreg, roman québécois de Daniel Sernine, donc je l’ai accepté avec plaisir).

Pour la couverture, nous avons décidé de jouer sur un autre possible avec Tiffanie Uldry : Et si le Japon était devenue une république plutôt qu’un empire ? Étant tombé par hasard sur un superbe portrait de Nakano Takeko, j’ai demandé à Tiffanie de me la représenter en Liberté guidant les troupes républicaines vers la victoire lors de la guerre civile de 1868 (qui, dans notre réalité, a vu une éphémère république indépendante d’Ezo exister sur l’île d’Hokkaido. Ici elle persiste et l’emporte). Le but avec cette couverture est de présenter d’autres alternatives, en montrant des femmes qui font l’Histoire, car on les occulte (ou plutôt les invisibilise) trop. et puis cela permettait de sortir de l’image cliché Japon impérial  ^^. La dernière couverture devrait pas mal plaire aussi, cette fois-ci nous découvrirons une autre Amérique.

Vous reprendrez bien un peu d’uchronie ? Au moment où vous lirez ces lignes Hermine Hémon et Bertrand Campeis seront en train de boucler Dimension Uchronie 3 ! Qu’avons-nous gardé pour la fin ? L’espace ! ^^ Partez et découvrez quinze nouvelles uchroniques (dont deux américaines, traduites par Hermine Hémon et Erwan Devos) qui seront vous montrer des réalités effroyables, bouleversantes et bel et bien différentes. Accrochez-vous, là où nous allons, il n’y a plus de routes ! Sortie pour le Salon de Sèvres.

Je rêvais de mettre à disposition du public des anthologies Mammouth : je suis en passe de réussir mon pari. Tout cela je le dois à Philippe Ward et Jean-Marc Lofficier, qui m’ont accueilli et aidé à bras ouverts (et expliqué comment il fallait bosser : j’ai véritablement découvert ce que c’était que l’édition en parlant avec eux. Et dans mon cas je me considère encore et toujours comme un amateur, je fais cela sur mon temps libre et je bénéficie du soutien d’ami.e.s sans qui tout n’avancerait pas aussi vite voire aussi bien). Merci à Hermine, à Marie, à celles et ceux qui ont écrit, qui ont lu ou critiqué l’anthologie. Et j’espère qu’avec cette deuxième anthologie, puis la troisième et dernière, cela permettra de découvrir à quel point l’uchronie permet de se faire plaisir, de vous faire plaisir, et d’apporter en sus d’un bon moment de lecture, un début de réflexion sur d’autres possibles.

Interview de Thomas Pesquet à l’occasion de la parution son ouvrage photo chez Reporters Sans Frontières

A l’occasion de la parution de l’ouvrage photos de Thomas Pesquet dans la très belle collection créée par Reporters Sans Frontières, voici une interview exceptionnelle. Scientifique accompli, pilote, passionné de sciences dans leur ensemble…il est revenu il y a peu de station internationale (ISS) après avoir réalisé la missions proxima, qui durait 6 mois. Thomas Pesquet est une personne qui attire la curiosité, et le livre qui vient de paraître est à son image : accessible et passionnant. Vous pouvez d’ailleurs le trouver dans toutes les libraires ou maisons de la presse (il n’est qu’à 10€) pour découvrir sur papier glacé les magnifiques photos qu’il a réalisées la-haut.

Vous nous avez surpris par votre aisance, votre esprit, la façon dont vous avez occupé ce média (Twitter) comme jamais personne ne l’avais fait auparavant dans votre domaine. Aviez-vous anticipé l’intérêt incroyable que cela a suscité ? Aviez-vous une stratégie de communication prévue à l’avance ?

Thomas Pesquet : Je trouvais ça bête de garder pour soi les magnifiques images de la Terre que nous avions là-haut dans l’ISS (International Space Station). On cherche donc forcément un moyen de partager parce que, moi, quand j’étais petit les réseaux sociaux n’existaient pas. J’allais chez le marchand de journaux acheter mes magasines pour savoir ce qu’il se passait.

J’ai voulu donc partager cela, et c’est alors devenu une façon assez naturelle de communiquer. Il n’y avait aucune stratégie derrière tout cela. Je me disait juste « qu’est-ce qu’aujourd’hui j’ai vu dans le monde ? ». Quelque chose d’intéressant, ou de drôle, ou qui m’émerveille : il faut partager ça.

Cela peut également être quelque chose de drôle, d’amusant qui se passe à la station, ou au sujet d’une expérience scientifique intéressante.

C’est en faisant des photos à la coupola que l’idée m’est venue. Ensuite, ça s’est fait comme ça, naturellement. Je triais et travaillais les photos de 21h00 à 23h00, je réfléchissais à ce que je pourrais en faire avant de les envoyer. Tout cela c’est fait en coopération avec l’agence spatiale au sol, je leur envoyais par mail la photo avec le petit texte à poster.

Et puis, je n’avais pas conscience de ce qu’il se passait pendant ce temps sur Terre, que ça allait enthousiasmer les gens. Je ne voyais pas le retour, c’était un peu à sens unique. C’est en rentrant sur Terre quej e me suis dit que ça avait enthousiasmé les gens et tant mieux ! Cela m’a permis de faire passer un message très positif.

Vous aviez aussi un appareil photo incroyable. Vous l’appelez même « mon Frankenstein » ? Pourquoi cela ?

Thomas Pesquet : Oui ! Alors nous avions beaucoup d’appareils photo différents avec énormément d’objectifs à disposition. Je n’étais pas dut out familier de tout cela, je ne suis pas du tout connaisseur, je suis loin d’être un professionnel de l’image. J’ai appris sur le tas car c’est un sujet qui m’intéressais. L’appareil, c’est une caméra de cinéma ultra HD sur laquelle j’avais installé des objectifs longue focale et je m’en servais comme appareil photo. J’ai pris quelques photos comme ça car elles étaient biens, mais c’est très difficile à réaliser car tout est en manuel donc c’est très long à mettre en place. Mais je me suis bien amusé, la fibre technique est de toute façon chez tout le monde dans l’ISS !

Qu’est-ce qui vous amène à soutenir une cause telle que celle de Reporters Sans Frontières ?

Thomas Pesquet : Oui, ça me tenais à cœur. J’aime faire de belles photos, mais j’aime encore plus faire passer un message à travers elles. Derrière la photo d’une photo peut se cacher par exemple, la pollution, la surexploitation par les hommes de leur environnement. Cela permet de déclencher une réflexion et puis aidera les gens à voir un peu plus loin, à s’interroger.

J’ai la chance d’être là et de pouvoir dire ce que je veux alors, d’observer et d’avoir accès l’intégralité du monde… ce n’est pas le cas partout. J’ai la chance de pouvoir partager cette information qui est libre, pas contrôlée, auquel tout le monde à accès. C’était grâce à cette position un peu spéciale que j’ai eu pendant six mois que j’ai pu soutenir une telle cause, qui est belle à défendre.

Est-ce que ce long séjour dans l’espace a changé quelque chose en vous ?

Thomas Pesquet : Je pense que oui, notamment deux choses.

La première, c’est une conscience environnementale accrue. Elle s’est développée pendant ce vol spatial. Cela m’a permis de comprendre le réchauffement climatique, mais également d’autres phénomènes qui se passent à l’échelle du globe. On connait le chiffres, les statistiques… mais voir ces choses en vrai, ce n’est pas la même chose. On a la tête un peu trop collée sur la feuille, cela m’a permis de prendre un peu de recul. De voir la fragilité de l’atmosphère, de la Terre, du fait que l’on y voit tout de suite les activités de l’homme… Ce n’est vraiment pas que de la théorie, on peut se dire « ça ne me concerne pas vraiment, la réalité, on ne sait pas si c’est elle est comme ça… », mais là-haut, on n’a pas le loisir d’avoir cette réflexion là car c’est devant nous. On le voit. Cela donne forcément une conscience écologique plus aiguë.

Le deuxième point, qui n’est pas réellement un changement m’a fait comprendre que TOUT se fait en collaboration. On ne peut rien faire tout seul dans son coin. Un projet international demande la bonne volonté de tout le monde, de se dépasser, de faire quelque chose qui dépasse également l’échelle individuelle.

Il n’y a pas de grand projet aujourd’hui qui ne soit pas international. Je le savais quelque pas, mais le vivre dans la station spatiale m’a conforté dans cette idée.

Vous parliez des plats que vous avez emmené avec vous, vous aviez fait gouté de la langue de bœuf et du poulet au vin jaune à vos collègues spationautes. C’est quand même hallucinant de penser que vous avez mangé du poulet au vin jaune de Thierry Marx dans la Station Spatiale Internationale avec vos collègues russes et américains.

Thomas Pesquet : Ce n’était que pour les grandes occasions. Ce genre de repas est loin d’être la norme dans la station, le reste était un peu moins séduisant. Mais ce genre de repas était encore plus un échange en réalité, avec les collègues.

Moi je n’ai pas fais grand chose, j’ai juste fait chauffer le plat de Thierry Marx, ça s’était dans mes cordes ! Et on a discuté, échangé, c’est cela aussi se découvrir dans une équipe internationale. Ce n’est pas que le travail. Il y a aussi toutes ces choses.

Qu’est ce qui vous a le plus surpris à votre entrée dans la station internationale ?

Thomas Pesquet : Premièrement, c’est la vue. J’avais vu des vidéos, des photos, je les ai partagées… mais voir ça en vrai, ce n’est pas du tout la même chose. C’est là que l’on se rend compte quel a Terre, ce n’est pas juste une couleur, elle est phosphorescente, c’est super beau. On ne peut pas le rendre en photo ni en vidéo et ça, de le voir en vrai c’est vraiment fascinant. C’est de cela dont je me rappelle au début. La Terre n’est pas qu’une couleur, elle luit.

Vous aviez emmené avec vous l’intégrale de Saint-Exupéry dans l’espace, avez-vous eu le temps de le lire ?

Thomas Pesquet : J’ai pu découvrir Citadelle que je n’avais pas encore lu, je l’ai commencé, il est sur ma liste de choses à faire.

Y a-t-il des odeurs dans l’ISS ?

Oui, il y a des bruits, celle de la ventilation forcée notamment. Il n’y a pas de convection, les gaz ne se mélange pas il faut donc forcer la ventilation en permanence. Donc il y a le bruit sourd du ventilateur, qui fait déjà 50 à 60 décibels, ce qui est assez élevé tout de même.

Après, les odeurs, c’est quand je suis arrivé du côté américain, bizarrement, je trouvais que ça sentait l’encens. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est ce que ça m’a évoqué. Une odeur un peu forte, après je ne l’ai plus sentie ou peut-être m’y suis-je habitué… Il y a juste une fois où en passant dans la station en étant resté longtemps côté russe, et en revenant vers l’avant que j’ai à nouveau surpris cette odeur là. Je ne suis pas capable de l’expliquer.

En réalité, ça ne doit pas sentir très bon dans la station spatiale, mais je me souviens surtout de l’encens.

Avez-vous déjà envie de repartir, comme les grands marins qui font de grandes courses en solitaire ?

Thomas Pesquet : Oui, c’est vrai, c’est un peu la même chose. C’est vrai que ce qui est étrange, c’est cette transition : pendant 6 mois, l’ISS c’était mon quotidien, mon monde, presque rien d’autre n’existait. On avait bien sur des contacts avec, la Terre de façon régulière, mais la Terre reste virtuelle pour nous. Mais c’est surtout l’ISS qui nous occupe toute la journée : les programmes, scientifiques…

Et puis tout d’un coup, on se retrouve au sol et paf, on retrouve des gens que l’on a pas vu depuis 6 mois. On voit alors tous les jours beaucoup de gens, on a plus l’habitude, l’ISS qui était notre réalité devient complètement virtuel, et la Terre qui était virtuelle redevient la réalité. Le changement est un peu bizarre effectivement ça prend du temps de se réadapter.

On est contents de revenir sur Terre car il y a plein de choses qui nous manquaient, mais c’est vrai qu’assez rapidement on pense à repartir…

Quand on est dans l’espace, on a des supers-pouvoir : on peut voler, déplacer des charges énormes… Rentrer sur Terre, c’est comme perdre ces supers-pouvoirs de super-héros. Cela ne fait plaisir à personne bien sûr.

Interview de Julien Messemackers pour son roman Ceux qui savent

Rencontre avec Julien Messemackers, l’auteur du thriller paru le 1er juin aux éditions Anne Carrière : Ceux qui savent, qui fut un coup de cœur ! (la chronique est ici !)

La Bibliothèque de Glow : Pouvez-vous conter votre parcours aux lecteurs ?

Julien Messemackers : J’ai l’impression d’avoir fait tout ce dont je n’étais pas fait pour : j’ai réalisé des courts-métrages plutôt ratés puis j’ai été le pire stagiaire régie qu’on ait vu et enfin, j’ai longtemps travaillé chez les agents où j’ai fait toutes les plus grosses bourdes! Depuis quelques années, mon alimentaire se consacre à trouver des romans adaptables à l’écran et je m’y reconnais un peu plus.  A coté de cela, je n’ai jamais arrêté d’écrire et c’est ce cheminement de longue haleine – et plus introspectif – que je considère comme mon vrai parcours.

La Bibliothèque de Glow : Comment en êtes-vous venu à l’écriture de ce premier roman ?

Julien Messemackers : Avant ce roman, j’ai énormément écrit le soir en rentrant chez moi durant mes longues années dans ma peau de “salary man”; j’ai pondu des nouvelles, des synopsis, imaginé la bible d’une série sur les agents artistiques et d’autres projets qui n’ont jamais vu le jour. Puis il arrive un moment où ce que l’on a à faire sortir de soi devient une urgence intérieure. C’est dans cet état d’esprit que j’en suis venu à ce roman.

La Bibliothèque de Glow : Y a-t-il eu un déclic qui vous a donné l’idée de cette histoire ?

Julien Messemackers : Le fameux déclic… L’”insight” comme disent les anglo-saxons. C’est un livre qui me l’a donné : à la recherche de bouquins à adapter pour un réalisateur, je m’étais laissé égarer dans la S-F de Michael Marshall Smith et en lisant l’un de ces romans, j’ai eu la vision d’un personnage, puis d’une situation. Je tenais mon histoire. Mais je cherche toujours un livre à adapter pour le réalisateur en question… Des idées?

La Bibliothèque de Glow : En combien de temps avez-vous écrit Ceux qui savent ?

Julien Messemackers : Le premier jet, en trois mois (j’avais déjà une trame), puis il y a eu plusieurs réécritures étalées sur un an.

La Bibliothèque de Glow : Pourquoi avoir choisi le thème de la génétique pour votre thriller ?

Julien Messemackers : Le thème s’est imposé de lui-même, avec ce que je voyais à en tirer : de façon détournée, je l’utilise pour parler de la notion de différence, par exemple. D’un point de vue dramaturgique et romanesque, la génétique est un matériau inépuisable et fascinant. Cela peut rebuter car on pense manipulation médicale, etc. mais au travers de ce prisme, il y a tout à re-raconter de l’être humain.

La Bibliothèque de Glow : Avez-vous dû faire beaucoup de recherches ?

Julien Messemackers : Beaucoup mais en fin de compte, les recherches n’ont pour but que de rendre l’action vraisemblable. Créer un univers romanesque – ou scénaristique – crédible dans un domaine que l’on ne connait pas demande un gros travail en amont, et ce n’est pas forcément la partie la plus agréable de l’écriture.

La Bibliothèque de Glow : Est-ce que votre roman à pour vocation de « dénoncer » les manipulations génétiques et autres dérives ?

Julien Messemackers : Je trouve que plus un livre cherche à dénoncer, moins ça marche… En allant le plus loin possible dans sa représentation, le roman met en scène un cauchemar puis c’est à chaque lecteur de se faire sa propre opinion sur les idées qu’il développe.

La Bibliothèque de Glow : Ce qui arrive dans votre roman n’est pas encore arrivé… mais pensez-vous que ce sera le cas très bientôt ?

Julien Messemackers : Qui sait si ce n’est pas déjà le cas? Seuls ceux qui savent le savent.

La Bibliothèque de Glow : Même question pour le hacking, comment avez-vous mis à jour cet univers secret ?

Julien Messemackers : Ça s’est nourri au fur et à mesure et jusqu’aux dernières épreuves, j’ai fait des ajouts en glanant de nouveaux éléments. Un nombre incalculable de petites choses accumulées se retrouvent disséminées dans le récit pour lui donner la texture de la réalité, mais il fallait que ça reste fluide et ne pas trop en faire pour trouver le juste équilibre entre réel et fiction.

La Bibliothèque de Glow : Avez-vous des titres de référence sur la génétique à nous conseiller ?

Julien Messemackers : Quitte à vous décevoir, aucun… J’ai nourri mes recherches autrement que par les livres sur le sujet. Je ne voulais pas faire un thriller scientifique. Je ne compte pas les articles scientifiques, études, mémoires universitaires et émissions débusqués sur Internet ou à la télévision pour façonner des pans entiers de l’histoire. A titre d’exemple, je me suis intéressé à l’étude de Dunedin en Nouvelle-Zélande. Ce qui m’intéresse en premier lieu, ce sont les enjeux humains.

La Bibliothèque de Glow : La maladie orpheline dont souffre Hélène existe-t-elle réellement ?

Julien Messemackers : A vous de le découvrir… Où est le vrai, où est le faux, c’est l’une des clés de lecture de ce roman.

La Bibliothèque de Glow : Y a-t-il un personnage en particulier que vous affectionnez ?

Julien Messemackers : Un bon méchant, c’est important et j’espère lui avoir accordé toute l’affection qu’il mérite mais je suis attaché à chacun des personnages.

La Bibliothèque de Glow : La fin de votre roman est terrible ! Avez-vous prévu une suite ? Ou préférez-vous laisser le lecteur cogiter sur cette belle conclusion ?

Julien Messemackers : Que ce soit dans un film, un livre ou une série, je suis toujours déçu par les fins qui n’en sont pas vraiment alors j’ai conçu le roman comme un one-shot avec un vrai dénouement qui apporte les réponses. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Une fois que la boite de Pandore est ouverte, on ne peut plus la refermer et le destin de l’un des protagonistes qui s’apprête à basculer, pourrait bien tous nous précipiter dans l’abime.

Julien Messemackers sera par ailleurs en signature à la Librairie Royaumes (paris 13ème) le vendredi 30 juin prochain, dès 19h00, à l’ocasion du Pari des libraires.

Interview de Marie-Lorna Vaconsin pour Le Projet Starpoint

A l’occasion de la parution de son premier roman : Le Projet Starpoint – tome 1 – La fille aux cheveux rouges (lire la chronique complète ici), Marie-Lorna Vaconsin revient avec nous sur les sources même de sa saga.

Glow : Pourriez-vous vous présenter aux lecteurs de La Bibliothèque de Glow ?
Marie-Lorna Vaconsin : Bonjour aux lecteurs de la Bibliothèque de Glow ! Je suis ravie de vous rencontrer et pour me présenter, je dirais que je suis moi aussi une lectrice et que c’est parce que je suis fan de saga, de séries, de gros livres qu’on retrouve le soir après y avoir pensé toute la journée que j’ai eu envie d’écrire le mien.

Glow : Comment vous êtes-vous tournée vers l’écriture ?
Marie-Lorna Vaconsin : J’écris depuis que je suis toute petite – des poèmes, des mini romans, des nouvelles mais c’est à  l’adolescence que j’ai pris l’écriture comme un refuge.  C’est à cet âge là que j’ai perdu la possibilité de m’échapper par le jeu. Avec ma soeur, on avait construit un jeu de rôle qui se déroulait dans un  monde parallèle, avec des personnages récurrents, des villes, des missions d’espionnages. On y passait tout notre temps et, en grandissant, les gens se sont mis à nous regarder bizarrement. Alors, nous avons arrêté de jouer et c’est là que j’ai vraiment commencé à écrire.

Glow : Comment l’idée même du Projet Starpoint vous est-elle venue ?
Marie-Lorna Vaconsin : Je voulais trouver une façon d’expliquer scientifiquement la réalité du monde parallèle de mon enfance. Je voulais écrire un roman qui explique comment, pour de vrai, chacun d’entre nous pouvait basculer dans un autre monde – et pas seulement des héros lointains.
Et puis, je voulais parler d’adolescents aussi. De leurs problèmes, de leurs préoccupations de lycée, de leur façon de tomber amoureux. Je voulais rappeler ce que c’est que de chercher le regard de l’autre dans un couloir à la pause de 10h, de chercher une silhouette dans la foule devant le lycée…

Glow : Combien de temps l’écriture du premier tome vous a-t-elle prise ?
Marie-Lorna Vaconsin : Il a maturé en moi depuis des années – depuis que je suis petite à vrai dire. J’en ai écrit des tas de versions successives, mais j’ai mis un an à écrire cette version là.

Glow : Avez-vous eu à démarcher beaucoup d’éditeurs avant que votre texte ne soit retenu ?

Marie-Lorna Vaconsin : Non, pas beaucoup, parce que je savais que mon éditeur était fan de littérature « Young Adult ». Je savais qu’il était, comme moi, fan d’À la croisée des mondes et qu’il recherchait un auteur de ce genre. Alors je lui ai directement envoyé le manuscrit et je n’ai pas cherché d’autre éditeur.

Glow : Comment l’idée de « glisser » entre les mondes grâce à « l’angle mort »vous est-elle venue ?

Marie-Lorna Vaconsin : A cause de l’expression « l’angle mort » qui m’a toujours fascinée. Quand j’étais petite, j’entendais les adultes dans la voiture qui disaient « attention à l’angle mort » ou « untel n’a pas vu l’angle mort » et j’imaginais des gens coincés dans un no man’s land géométrique… J’essayais de dessiner l’angle mort, de l’imaginer en 3D, de l’apprivoiser; je jouais avec les miroirs pour voir à quel moment il commençait, à quel moment il s’arrêtait. J’avais l’impression que c’était comme un « Triangle des Bermudes au petit pied ».

Glow : Il est également beaucoup question de sciences dans votre roman (mathématiques, physique, chimie, biologie…), prendra-t-elle une place encore plus importante à l’avenir ?
Marie-Lorna Vaconsin : Pas plus, mais pas moins. « Le projet Starpoint » est le nom d’un projet scientifique conduit par le père de Pythagore. La recherche scientifique est un fil rouge au travers des trois tomes qui trouvera sa résolution à la fin de la série. A travers l’aventure, le lecteur devient lui-même un peu chercheur en physique quantique.

Glow : La couverture de votre roman est magnifique (et fait d’ailleurs penser à l’univers de Jules Verne)… avec-vous participé à sa conception ?

Marie-Lorna Vaconsin : Merci ! Moi aussi je la trouve magnifique ! C’est un tatoueur de « yeaaah studio » qui l’a réalisée. Ma seule petite contribution se trouve dans les cercles du bas que le designer a mis en couleur : ce sont des  mini bouts de la carte de l’autre monde que j’ai dessinée.

Glow : Le premier tome de la saga se lit très vite et garde encore bien des mystères… pour quand est prévu le second opus ?
Marie-Lorna Vaconsin : L’année prochaine, à peu près à la même période que le tome 1. C’est à dire, vers mars 2018.

Glow : Où pourrons-nous vous rencontrer prochainement ? (salon, dédicace, etc).

Marie-Lorna Vaconsin :

  • Aux Imaginales d’Epinal du 18 au 21 mai
  • A la Librairie Royaumes à Paris 13ème le 3 Juin
  • à Bordeaux le 6 juin, à la Libraire de la Comédie.
  • Libraire Oblique à Auxerre le 10 juin
  • Libraire Coiffard à Nantes le 17 juin
  • Saint Maur en poche 24/25 juin

 

Interview de Christophe Lambert pour son roman Soul Breakers

Autour de quelques questions choisies, Christophe Lambert répond à propos de son tout dernier roman en date : Soul Breakers.

L’histoire nous plonge à l’époque de la Grande Dépression (aux États-Unis), où nous suivons Teddy, un jeune homme prêt à tout pour sauver sa petite sœur d’une mystérieuse malédiction… La chronique complète ici.C’est un roman captivant aux allures de road-trip sur fond de fantastique.

La bibliothèque de Glow : Vous êtes-vous beaucoup documenté sur la Grande Dépression pour écrire ce roman aux allure de road-trip fantastique ?
Christophe Lambert : Les recherches ont été moins importantes que pour Swing à Berlin ou Lever de rideau sur Terezin car la partie historique est vraiment à l’arrière-plan du récit… Ma principale source documentaire a été Une histoire populaire des Etats-Unis par Howard Zinn. Pour se mettre dans l’ambiance des années 30, rien de tel que les photos de Dorothea Lange (photo à droite).

Concernant la séquence se déroulant dans les abattoirs de Chicago, ma principale source d’informations était un roman très documenté : La jungle de Upton Sinclair. A côté de ce roman, Germinal ressemble à Disneyland…

La bibliothèque de Glow : Pourquoi avoir choisi cette période et ce pays en particulier ?
Christophe Lambert : Je suis un grand admirateur de John Steinbeck, John Fante (mon Duca Moreno ressemble beaucoup à son Bandini), etc. Je voulais écrire sur cette période depuis longtemps, mais je n’avais pas encore trouvé d’angle d’attaque… Et puis j’ai pensé à une troupe de forains maléfiques et tout s’est enclenché…

La bibliothèque de Glow : Quel personnage avez-vous pris le plus de plaisir à faire vivre à travers votre plume ?
Christophe Lambert : Duca, parce qu’il est exubérant et attachant (du moins, je l’espère)… Le méchant (Sirius) est classique mais c’est toujours amusant à écrire, ce genre de personnage… Ah, si, j’ai un petit faible pour le vieux shérif « red neck » ; il a quelques bonnes réparties…

La bibliothèque de Glow :  Combien de temps vous a pris l’écriture de ce roman de presque 600 pages ?
Christophe Lambert : Une année scolaire, c’est à dire dix mois… Mais comme je faisais d’autres choses en même temps, on va dire cinq mois à temps complet !

Paroles de libraires (2) – Guilaine Spagnol pour la librairie La Dimension Fantastique

La Bibliothèque de Glow : Peux-tu nous raconter ton parcours avant d’avoir ouvert La dimension fantastique ?

G. Spagnol : J’ai voulu travailler dans les métiers du livre dès l’âge de 15 ans, alors après le BAC L j’ai fait un DUT Information-communication options Métiers du livre à Saint-Cloud (Paris X).  Là j’ai clairement compris que pour moi, c’était la librairie ! J’avais 20 ans après ces deux années d’études, et je ne me sentais pas prête à chercher du travail (trop peu de pratique, et le théorique ne vous apprend pas à bien vous jeter à l’eau…), donc j’ai fait un Brevet professionnel de librairie à l’INFL pour avoir deux ans d’expérience sur le terrain.

J’ai été apprentie à la Librairie Nouvelle d’Asnières-sur-Seine, où je me suis occupée surtout des rayons BD, jeunesse et Littérature de l’Imaginaire, mais où j’ai aussi été formée à à peu près tous les rayons d’une librairie généraliste.

J’ai ensuite enchaîné avec un remplacement de 6 mois à L’arbre à lettres Denfert-Rocherau (aujourd’hui La petite Lumière), puis sur 4 mois au rayon jeunesse du Virgin des Champs-Elysées. Là je me suis rendue compte que les grandes surfaces culturelles, c’était pas fait pour moi ! J’ai donc trouvé du travail dans une librairie généraliste rue Saint-Paul, la librairie Charlemagne, où je m’occupais de la pochothèque et des bandes dessinées. Elle a fermé un an et demi après ça.

Enfin j’ai travaillé près de deux ans à la librairie Comme un roman, dans le 3ème arrondissement de Paris, où je m’occupais de la littérature, de la bande dessinée et des littératures de l’imaginaire. Ce dernier travail a été formateur, j’assistais beaucoup la gérante, et je m’occupais de nombreux rayons importants. C’est en faisant le point sur mon expérience et mes envies que j’ai tout lâché pour créer ma propre librairie ! (et grâce au soutien de mes proches, surtout, que j’ai pu y arriver)

La bibliothèque de Glow : Quel symbole se cache derrière le nom de la librairie ?

G. Spagnol : La librairie fait d’abord référence à l’ouvrage de Barbara Sadoul La dimension fantastique (Librio), un recueil de contes fantastiques (Gautier, Hoffman, etc…). Ensuite le mot Dimension fait référence au fait que notre librairie aborde plusieurs dimensions littéraires : Bd et roman, et le fantastique souligne le fait que nous sommes spécialisés dans les littératures de l’imaginaire (dont le fantastique).

La bibliothèque de Glow : Quel type de clientèle passe la porte de ta librairie ?

G. Spagnol : Elle est assez variée : pas mal d’enfants, surtout pour les mangas (et quelques romans et BD), pas mal d’étudiants (surtout pour les littératures de l’imaginaire), mais je dirais que notre cœur de clientèle a entre 25 et 45 ans, les passionnés de l’imaginaire viennent de tous les milieux, pour la BD ce sont surtout des cadres et des professions artistiques.

La bibliothèque de Glow : Quel est Le produit que l’on ne trouve que dans TA librairie ? (ou presque)

G. Spagnol : Certainement la collection (presque) complète des Terry Pratchett dans leur format originel de l’Atalante ! (ce qu’il en reste : vite, achetez-les avant qu’ils soient tous remaquétés !).

Vous trouverez également un de mes livres préférés, totalement (et injustement) méconnu : L’épouse de bois (voir chronique ici sur le blog) de Terri Windling. Je vois que je suis la seule en Ile de France, et qu’on est trois sur Place des librairies pour le pays, alors j’imagine que c’est LE Livre qu’on ne trouve presque que chez moi ^^.

La bibliothèque de Glow : Peux-tu nous présenter les derniers ouvrages qui t’ont marquée ?

G. Spagnol : Un ouvrage à destination des adultes et des ados : La série Lockwood and Co de Jonathan Stroud. Passez outre les couvertures peu attractives, le contenu est top : Stroud nous emmène dans une sorte de Ghostbusters londonien, bourré d’humour anglais, de dialogues burlesques et de descriptions savoureuses ! L’intrigue n’est pas en reste, son univers est superbement bien construit, ses personnages sont attachants et consistants (aux caractères bien trempés) et l’auteur mène le suspense avec brio.

L’espace d’un an, de Becky Chambers : un space opéra très très différent de ce à quoi on est habitué ! L’histoire se déroule sur… l’espace d’un an (!) dans le vaisseau Le voyageur, foreur de trous de ver dans l’Union Galactique. J’aime comparer ce roman à la série Firefly de Joss Whedon pour les dialogues – géniaux, drôles ou touchants, les rapports humains sont très bien décrits – mais aussi à la série des années 90 Farscape : la cohabitation entre différentes espèces de la galaxie, parmi lesquelles l’espèce humain à du mal à s’imposer…, n’est pas de tout repos, mais il est génial de découvrir chaque race, et chaque histoire qui se cache derrière. J’ai vraiment pris du plaisir à lire ce roman, c’était agréable et enrichissant, réellement passionnant, j’attends une suite avec impatience !

Enfin une bande dessinée : Les effroyables missions de Margo Maloo, de Drew Weing chez Gallimard BD. J’avais découvert cet artiste avec son superbe « En mer » aux éditions ça et là, et il revient avec une bande dessinée fantastique qui ravira autant les enfants que les adultes : on y suit Charlie, pré-ado rondouillard, teneur d’un blog journalistique très pointu et collectionneur à ses heures, qui emménage avec ses parents dans un vieil hôtel délabré de la mégapole d’Echo City. Manque de bol, son placard abrite un monstre, lequel lui choure des figurines pendant la nuit ! On va lui donner le contact de Margo Maloo, enquêtrice, mais aussi médiatrice entre le monde des humains et celui des créatures fantastique. C’est une BD complètement décalée, que l’on dévore d’une traite ! Ne pensez pas qu’elle ne convient qu’aux enfants et ados, les adultes y trouveront aussi leur compte.

Je peux aussi citer : L’éducation de Stony Mayhall de Daryl Gregory, La maison dans laquelle de Mariam Petrosyan, Les légions de poussière de Brandon Sanderson (et toute son œuvre), Arslan de M.J. Engh, Les enfermés de John Scalzi, Les fiancés de l’hiver de Christelle Dabos ou encore Le sentier des astres de Stefan Platteau. Fiou.

La bibliothèque de Glow : Quel est ton genre de l’imaginaire favori ?

G. Spagnol : Initialement la Fantasy – depuis que je suis ado – , mais plus le temps passe et mois j’ai de genre favori : j’essaye surtout de trouver mes auteurs favoris, tous genres confondus.

La bibliothèque de Glow : Quel est ton livre préféré de tous les temps ?

G. Spagnol : C’est très dur ça… il sont deux ex-aequo… et l’un d’entre eux n’est pas vraiment du fantastique (bien qu’il y en ai un tout petit petit peu…) il s’agit de Jane Eyre de Charlotte Brontë. J’adore le relire. Le second c’est A la croisée des mondes de Philip Pullman, j’en garde un souvenir tellement émouvant, il a eu une telle emprise sur moi, que je ne peux pas éviter de le citer. (Bon, il y aurait pu y avoir Gagner la guerre de Jaworski ou même Harry Potter, mais non. Je les pose juste là 😉 )

La bibliothèque de Glow : Vous organisez beaucoup de dédicaces au sein de La dimension Fantastique, quelles sont les prochaines à venir ? (ndlr : les dédicaces mentionnées ci-dessous sont passées).

G. Spagnol : Alors que j’écris ces mots, nous attendons la venue de Brandon Sanderson dans deux jours : je suis joie ! Sinon nous recevons fin octobre les dessinateurs des BD de Science-fiction Sébastien Goethals (Le temps des sauvages) et alberto Jimenez Alburquerque (Letter 44), puis Samantha Bailly et Miya pour un manga de fantasy (Alchimia), et enfin Elian Black’Mor et Carine-M pour Spooky et les contes de travers, livre illustré aux accents burtoniens.

Le mois prochain nous avons l’honneur de recevoir les auteurs américains de SF Paolo Bacigalupi (La fille automate) et Ann Leckie (La justice de l’ancillaire), mais aussi Nicolas Fructus pour Gotland. On vous réserve bien d’autres surprises avant la fin d’année !

La bibliothèque de Glow : Autre chose à ajouter ?

G. Spagnol : Continuez de lire, qu’importe l’univers littéraire, faire marcher son imagination c’est bon pour le moral et le caractère !

Interview de Victor Dixen pour sa saga Phobos

Phobos

Bonjour Victor, peux-tu te présenter aux lecteurs de La Bibliothèque de Glow ?

Victor Dixen : Je suis romancier et noctambule – la nuit est mon territoire d’inspiration, mon pays pour ainsi dire.

Phobos 1Comment est née la première idée de Phobos ?

Victor Dixen : L’effervescence de ces dernières années autour de la conquête spatiale en général et de Mars en particulier me fascine. Pour la première fois depuis que l’homme a marché sur la Lune, un autre monde est à portée de main humaine. Cela fait rêver – surtout la nuit, quand on regarde les étoiles.

Quelle était-elle ?

Victor Dixen : La première idée était très simple : la technologie actuelle permet de partir pour Mars, mais pas d’en revenir. Le rêve est donc en aller simple, sans espoir de retour – même s’il vire au cauchemar…

Combien de temps entre cette toute première idée et le résultat final ?

Victor Dixen : Une année, avec beaucoup de recherche sur l’astronomie et la technologie spatiale, pour donner à cette histoire toutes les couleurs de la réalité : le monde de Phobos, c’est déjà le nôtre.

Phobos 2 définitiveT’es-tu inspiré du projet Mars One et/ou du projet Mars 500 pour la psychologie de tes personnages ainsi que leur histoire ?

Victor Dixen : Plusieurs projets privés proposent en effet de prendre en charge la conquête de Mars, dont ces deux-là. Ils ont été moins médiatisés en France qu’à l’étranger. Reste que des dizaines de milliers de personnes ont postulé pour partir en aller simple. Qu’est-ce qui pousse quelqu’un à partir en abandonnant tout derrière lui ? Comment prend-on une telle décision ? Et surtout, qu’espère-t-on trouver à l’arrivée ? Ces questions sont au cœur de mon roman, et de chacun des passagers du Cupido.

Certaines télé-réalité t’ont-elles inspirées également ?

Victor Dixen : Je ne suis pas moi-même un gros consommateur de télé-réalité, mais même sans regarder ces émissions nous baignons dans la mise en scène permanente du réel et du soi. C’est le paradigme de notre époque, depuis les réseaux sociaux jusqu’aux selfies : il est impossible d’y échapper. Dans Phobos, j’ai poussé le curseur un peu plus loin – mais si peu !

Phobos origines

Comment ton texte est-il arrivé entre les mains de Glenn Tavennec ? (ndlr : responsable de la collection R)

Victor Dixen : J’ai pensé à la collection R en commençant à écrire Phobos, car ce roman me paraissait pouvoir s’y insérer parfaitement. Je connaissais Glenn et lorsque je lui ai parlé de cette histoire il a été emballé, ainsi que Constance et Fabrice avec qui il travaille.

 As-tu pu participer aux différentes étapes de réalisation de la couverture ?

Victor Dixen : J’essaye toujours de participer à l’élaboration des couvertures de mes livres, du choix de l’artiste à celui de la composition, car je considère que c’est comme l’affiche d’un film, le sourire d’un visage : le premier point de contact avec les futurs lecteurs.

En combien de tomes as-tu prévu cette saga ?

Victor Dixen : Phobos comportera 3 tomes… (mise à jour : il en comporté 4 au final + un préquel) si le programme Genesis ne m’élimine pas avant que j’aie eu le temps de dévoiler toute la vérité ! (ndlr : Le troisième tome de Phobos est à paraître pour le 24 novembre 2016).

Ma collection des quatre tomes de la saga Phobos, en effet, depuis l’interview il y a eu les fameux trois tomes d’écrits, et même un quatrième ! Il existe également un préquel avec Phobos Origines
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TRANCHE d´ÂGE :

Interview de Gu Byeong-mo pour son roman Les petits pains de la pleine lune

Les petits pains de la pleine lune pocheLa bibliothèque de Glow : Pourriez-vous raconter votre parcours aux lecteurs de La Bibliothèque de Glow ?

Gu Byeong-mo : Bonjour. J’ai toujours mené une vie discrète, tout ce qu’il y a de plus ordinaire, une vie sans aventure qui s’écarte très peu du banal. Ma famille est un peu compliquée et par réaction, j’ai toujours été poursuivie par l’idée de vivre une existence modèle, d’être comme tout le monde, c’était une véritable obsession.

C’est pourquoi, suite à mes études universitaires, je me suis fait embaucher dans une entreprise, me suis mariée, ai eu des enfants, bref, j’ai accepté docilement le cycle de vie classique que suivent la majeure partie des gens. Mais depuis quarante ans, j’ai toujours cette envie d’ailleurs, et finalement, créer un monde nouveau en écrivant des romans est devenu pour moi un moyen de voyager.

La bibliothèque de Glow : Les petits pains de la pleine lune est un beau récit initiatique, comment son univers si dur et particulier vous est-il venu à l’esprit ?

Gu Byeong-mo : Le thème et l’idée de ce roman, je les dois à « la maison en pain d’épices » qui apparait dans le conte Hansel et Gretel des Frères Grimm. Dans cette maison vit une très méchante sorcière. Hansel et Gretel sont des pauvres enfants abandonnés par leurs parents et qui risquent de se faire assassiner par la sorcière. Dans mon enfance, j’ai vécu une menace à peu près semblable à la leur, et j’ai éprouvé la même angoisse de mort, mais en ce qui me concerne, il n’existait pas de magicien pour me protéger. C’est la raison pour laquelle j’ai offert au personnage de mon roman un magicien capable de lui fournir un refuge, même s’il n’est que provisoire.

Les petits pains de la pleine lune (korean version)La bibliothèque de Glow : Une boulangerie magique et un peu sorcière, ça a de quoi faire rêver… et si vous ne deviez acheter qu’une seule pâtisserie de cette boutique que vous avez créé, laquelle serait-ce ?

Gu Byeong-mo : Au premier coup d’œil, c’est un espace de rêve, mais beaucoup des pâtisseries proposées dans cette boutique sont en décalage avec la réalité de la société humaine. Si j’avais un budget suffisant, j’achèterais un exemplaire de chacune des pâtisseries, mais ce serait seulement par curiosité car je n’aurais jamais l’occasion de les utiliser. Les lecteurs qui ont lu ce roman me disent souvent qu’ils auraient surtout besoin d’un « Financier sosie » pour envoyer leur double à leur place au bureau ou à l’école.

La bibliothèque de Glow : Est-ce que les contes de fées vous on aidée à tisser votre récit ?

Gu Byeong-mo : Depuis toujours, je m’intéresse beaucoup aux mythes, aux contes, aux légendes, et dans plusieurs de mes romans suite à celui-ci, je me suis approprié ces contes pour les transformer et les réinterpréter.

La bibliothèque de Glow : Lesquels vous ont ainsi inspirée ?

Gu Byeong-mo : En septembre 2015, je viens de publier un recueil de nouvelles que j’ai écrit en prenant comme concept principal « la réinterprétation des contes ». Certaines nouvelles reprennent des idées des contes d’Andersen comme Les souliers rouges , La petite fille aux allumettes, d’autres s’inspirent des écrits des Frères Grimm comme Le géant aux cheveux d’or, La petite gardeuse d’oies, Le prince grenouille, La sage Élise. Je les ai réinterprétés et reconstruits d’un point de vue moderne. Je pense que tous ces contes doivent vous être familiers, j’aimerais que beaucoup de lecteurs s’intéressent à mon ouvrage et le lisent, et peut-être ainsi paraîtra-t-il un jour en France.

La bibliothèque de Glow : En France, nous vous connaissons uniquement pour deux ouvrages : Fils de l’eau et Les petits pains de la pleine lune. En avez-vous écrit d’autres ? Que racontent-ils ? 

Gu Byeong-mo : Je publie presque un nouveau roman par an. Ils traitent en général avec ironie de l’égoïsme et des maux de la société, j’essaie par le biais du réalisme magique de faire une critique de la dure réalité et de l’injustice de notre société.

Les petits pains de la pleine luneLa bibliothèque de Glow : La Corée est l’invitée d’honneur du prochain Salon du Livre en France, viendrez-vous à l’événement pour rencontrer vos lecteurs français ?

Gu Byeong-mo : Pour qu’un auteur coréen soit présent à un salon du livre international, il faut d’abord qu’il y soit invité. En général, on sélectionne des auteurs déjà connus, prometteurs en Corée dont les nombreux ouvrages ont été traduits et publiés dans les pays européens et anglophones. En ce qui me concerne, je ne suis pas encore un auteur assez réputé pour ça (je crois que je ne mérite pas encore d’être invitée dans un salon du livre international J ). Si vous, lecteurs, me soutenez et réclamez avec force ma présence auprès des Editions Philippe Picquier, cela pourrait faire flancher les éditeurs coréens… !

La bibliothèque de Glow : Autre chose à ajouter ?

Gu Byeong-mo : Je vous remercie d’avoir apprécié mon roman.

Aujourd’hui, en Corée, les petites librairies traditionnelles ferment les unes après les autres, seules quelques grandes librairies gérées par des grandes entreprises et qui vendent aussi en ligne parviennent à survivre. C’est pourquoi je suis profondément émue d’apprendre qu’en France, il existe encore des blogs tenus par des libraires, et que des gens continuent à venir acheter des livres dans des librairies indépendantes.

La bibliothèque de Glow : Un immense merci à Yeong-hee et Mélanie Basnel pour avoir assuré cette traduction. Sans elles, cette interview n’aurait jamais eu lieu. Merci également aux éditions Philippe Picquier et à son attachée de presse d’avoir permis cet échange avec Gu Byeong-mo.

위저더 베이커리 의 작가 구병모와의 인터뷰

Les petits pains de la pleine lune (korean version)글로우의 도서관 »이라는 블로그의 독자들에게 작가님이 걸어온 길을 이야기해 주세요.

안녕하세요? 저는 굉장히 평범하고 눈에 띄지 않는 생활을 했습니다. 일탈과 모험이 부족한 삶을 살았습니다. 가정환경이 좀 복잡했고, 그 반작용으로 더욱 남들과 똑같이 모범적인 삶을 살아야 한다는 강박에 시달렸습니다. 그래서 학교 다니고 졸업 후엔 취직해서 회사 생활을 하고 결혼과 출산이라는 인생 사이클을 순순히 받아들였습니다. 물론 마음속은 늘 지금이 아닌 다른 어딘가로 떠나고 싶다고, 40년째 생각해 오고 있습니다. 소설을 쓰면서 소설 속 새로운 세계를 만드는 것이 결국 제가 선택한 여행 방법인 것 같습니다.

 

위저드 베이커리가 하나의 아름다운 성장 소설인데요, 어디서 어떻게 이렇게 독특하면서도 잔인한 작품세계의 영감을 얻게 되었는지요?

소재와 발상은 그림형제 민담집의 [헨젤과 그레텔]에 나오는 ‘과자로 만든 집’에 빚지고 있습니다. 그러나 그곳에는 나쁜 마녀가 살고 있지요. 헨젤과 그레텔은 부모에게선 버림받은, 마녀에게선 살해 위협을 당하는 가엾은 아이들입니다. 저는 유년기에 헨젤과 그레텔과 크게 다르지 않은 위협 속에서 그들과 비슷한 심정을 느꼈습니다. 그 시절의 제게는 저를 피신시켜줄 마법사가 없었습니다. 그래서 소설 속 주인공에게는 잠깐이나마 그를 피신시켜줄 마법사를 선물했습니다.

 

Les petits pains de la pleine lune poche마술적이고 신기한 제과점, 이건 정말 모두가 꿈꿀만한 공간인데요… 작가님이 창조한 이 제과점에서 만약 작가님이 한 상품만을 산다면 어떤 상품을 고르시겠어요?

얼핏 꿈같은 공간이지만 그곳에서 파는 과자들은 인간의 보편적인 사회 규준에 적합하지 않은 것들이 많습니다. 저는 예산만 넉넉하다면 호기심에 한 개씩 모든 종류를 다 털어 올 것 같습니다. 그러나 어디까지나 호기심, 실제로 제가 그것을 사용하는 일은 없을 것입니다. 읽으신 분들은 주로 학교나 회사에 대신 보낼 ‘도플갱어’가 많이 필요하다고 하셨습니다.

 

옛 동화들이 작가님의 이야기를 구성하는데 도움이 되셨는지요?

신화, 민담, 전설 등은 언제나 관심의 대상입니다. 실제로 이후 창작한 많은 소설들에서 동화의 모티프를 변형 및 재해석했습니다.

 

Les petits pains de la pleine lune특히 어떤 동화들에서 영감을 받았는지요?

프랑스에 소개되지 않은, 2015년도 9월의 따끈따끈한 신간에서 저는  ‘동화 변형’을 전체 콘셉트로 잡고 연작소설집을 발표했습니다. 여기에는 안데르센 동화의 [빨간구두]와 [성냥팔이 소녀]를 재해석한 소설들이 실려 있고, 그림형제 민담집에서는 [거인의 황금 머리카락] [거위지기 소녀] [개구리 왕자] [영리한 엘제] 등을 뽑아 현대적 관점에서 해석하고 재구성하였습니다. 역시 여러분께 친숙한 동화들일 것으로 생각됩니다. 많은 분들께서 관심 갖고 지켜보아 주시면 언젠가 또다시 프랑스에서 출간이 가능했으면 좋겠습니다.

 

프랑스에는 현재 작가님의 두 작품 (위저드 베이커리와 아가미)만이 알려져 있는데 이외에 다른 작품들도 쓰셨는지요? 그럴경우 어떤 내용들을 이야기하는지요?

거의 매년 신작을 발표하고 있습니다. 주로 사회와 인간의 병리현상과 이기주의를 풍자하거나,

부당한 사회 구조를 비판하는 리얼리즘 소설을 환상문학의 코드로 접근하여 풀어나갑니다.

 

내년 2016년 파리 도서전에 한국이 주빈국인데 혹시 작가님도 프랑스 독자들을 만나기 위해서 오시는지요?

한국의 작가가 국제도서전에 가는 경우는 보통 초청을 받아서, 이때 한국 내에서 명망 있고 전도유망하며 기존에 영미권 및 유럽권 등 외국으로의 번역 수출이 활발했는지 등이 기준이 됩니다.

저는 한국 내에서의 명성이 아직 그렇게까지 높지 않습니다. (국제도서전에 초청을 받을 자격이 아직 충분치 않은 것 같습니다^^) 독자님들께서 필립피키에 출판사에 열화와 같은 성원과 요청을 보내주시면 한국 출판사의 마음이 움직일지도 모릅니다…!!

 

다른 하실 말씀이 있다면 ?

저의 소설을 재미있게 읽어주셔서 고맙습니다.

한국에서는 대기업이 운영하는 대형 인터넷 서점 외에 작은 서점들이 줄줄이 문을 닫는 형편입니다.

그래서 서점 블로그 문화가 있고, 서점을 찾는 손님들이 꾸준히 계시다는 말씀에 깊은 감명을 받았습니다.

 

Interview de Chris Bradford pour sa série Bodyguard

Bodyguard 1 - L'otageLa Bibliothèque de Glow : Comment l’idée originale de Bodyguard vous est-elle venue ?

Chris Bradford : « Le meilleur garde du corps, c’est celui que personne ne regarde » : c’est une phrase que j’ai entendu à la radio, et c’est elle qui m’a donné l’idée de la série. Donc, les ados peuvent être d’excellents gardes du corps. Et encore plus lorsqu’on est une fille ! Personne ne s’attend à ce qu’une adolescente soit garde du corps…

D’ailleurs, quand on est une femme garde du corps, on gagne beaucoup plus que les hommes. Certains se demanderont si les femmes sont assez fortes pour ce travail, et quand je visite les écoles, j’aime prouver aux élèves que c’est effectivement le cas.

Les techniques décrites à l’intérieur de mon roman existent et fonctionnent réellement. Quand j’ai fait des recherches pour mes livres, j’ai suivi un entraînement professionnel de garde du corps. En tant que garde du corps, il faut toujours avoir une conscience aiguë de son environnement. Mes personnages doivent ainsi savoir repérer des systèmes de surveillance cachés. (ndlr : L’auteur nous montre alors que depuis le début de l’interview il nous a filmés à notre insu grâce à une fausse cannette de Coca-Cola. L’œil de la caméra est minuscule !).

Chris BradfordLa Bibliothèque de Glow : Pouvez-vous nous parler des prochains titres de la série à paraître ?

Chris Bradford : Le second tome de la saga Bodyguard se nomme La rançon et sortira en septembre 2015 en France. En VO, c’est Penguin Books qui édite mes romans. Dans le deuxième titre de la série, vous pourrez découvrir de nouvelles techniques de combat.

Dans le troisième tome, qui s’intitule Embuscade (ndlr : titre provisoire) le sujet est la protection des enfants d’un ambassadeur français en Afrique.

Les histoires de Bodyguard sont tout à fait indépendantes, mais il y a tout de même une intrigue transversale. Les actions décrites sont plausibles, réalistes et j’ai fait le maximum de recherches possibles pour coller le mieux possible à la réalité. De même, mes personnages sont très travaillés, tout est fait pour les rendre vrais.

Bodyguard 1 voLa Bibliothèque de Glow : Comment avez-vous construit vos personnages ainsi que leur tempérament ?

Chris Bradford : Il faut savoir que je m’inspire beaucoup de personnes que je connais pour construire mes personnages. Ils ont tous leurs forces et leurs faiblesses, ils faut qu’ils soient très complets dans leur façon d’être afin d’être les plus vrais possibles.

Pour moi, le personnage de Charlie est une sorte de modèle. Il est mystérieux et on a très envie de découvrir son passé (ndlr : le personnage de Charlie est en chaise roulante). Vous aurez d’ailleurs toutes les réponses le concernant dans le quatrième tome.

Chaque tome de la série est centré sur un personnage et son passé en particulier. Le second tome est ainsi axé sur Lin, la jeune chinoise. De plus, vous en apprendrez plus sur l’organisation des Bodyguard ainsi que sur le Colonel… Car il ne faut pas oublier que recruter des enfants en tant que gardes du corps revêt un aspect immoral.

La Bibliothèque de Glow : Avez-vous déjà en tête l’intrigue générale des six tomes de la série ?

Chris Bradford : Quand je trouve une bonne idée, je l’exploite jusqu’au bout. Mais uniquement si cette dernière vaut le coup, il faut qu’elle soit excellente. Cependant, la fin ne sera peut-être pas exactement telle que je la prévois dans mes idées, mais y ressemblera fortement. C’est uniquement lorsque l’idée est bonne que j’ai une idée générale.

Enfin, il ne faut pas oublier que j’insère des éléments importants au fil des tomes, et que certains seront très important beaucoup plus tard… Je dois donc me rappeler absolument de tout ce que j’insère dans mon histoire. Si je donne un gadget à l’un de mes héros, il ne faut pas que j’oublie de l’en débarrasser si je veux rendre le tout intéressant.

Bodyguard 2 voLa Bibliothèque de Glow : Où se situe votre série dans le temps ?

Chris Bradford : Vous l’aurez constaté, le président américain est d’origine latino. On peut donc s’imaginer dans un futur très proche. J’ai avant tout fait ce choix car je ne souhaitais pas mettre la famille Obama dans mon histoire. Tout le monde se demande si le prochain Président des Etats8unis sera blanc ou noir, un homme ou une femme… j’ai donc choisi de prendre un président d’origine latino.

La série est très proche de notre présent, elle imagine ce qui pourrait potentiellement se passer. Mes idées concernent souvent un danger qui rôde, que l’on sent venir. Quand le livre paraît, il arrive que le danger soit déjà là, en l’occurrence avec les attaques terroristes qui viennent de survenir (ndlr : l’auteur fait référence aux attentats de Charlie Hebdo).

La Bibliothèque de Glow : Comment se déroule une journée-type pour vous ?

Chris Bradford : J’écris sur mon pc de façon quotidienne de Huit heures du matin à six heures du soir. Il faut absolument que j’aie terminé le chapitre avant la fin de la journée. La plupart du temps, pendant toutes ces heures de travail, je suis assis et je réfléchi et je me regarde le nombril, ce sont uniquement dans les deux dernières heures que j’écris.

Bodyguard 3 voLa Bibliothèque de Glow : Combien de temps avez-vous vous mis à écrire le premier tome de la série ?

Chris Bradford : J’ai eu l’idée il y a quatre ans. Il a tout d’abord fallu que je termine ma série Young Samuraï (Collection Baam). J’en ai profité pour faire beaucoup de recherches et puis j’ai fait ce stage de trois semaines de formation de garde du corps. Comme il s’agissait du premier roman de la série, il m’a fallu faire deux mois de recherches supplémentaires, un mois pour fixer l’idée générale de la série et puis six mois pour l’écrire.

En général, j’écris un livre par an, tout en faisant des tournées dans les classes, de la promo etc (Je passe 2/3 mois par an à faire des tournées).

La Bibliothèque de Glow : Pourquoi avoir voulu absolument obtenir ce diplôme de garde du corps ?

Chris Bradford : C’était important pour moi en tant qu’auteur. Quand je vais dans les écoles, que je parle et que je fais des lectures d’extraits, je veux que les enfants croient vraiment en moi. Je ne veux pas qu’ils pensent que l’ouvrage n’est pas réaliste, ou qu’ils croient que je ne sais pas de quoi je parle.

En dehors de cela, cette formation était tout simplement passionnante : elle a beau être courte (trois semaines), elle a fondamentalement changé ma façon de vivre. Par exemple, je ne me positionne plus de la même façon dans un restaurant ou une pièce, je réfléchi à l’endroit le moins dangereux où se placer. Je regarde de façon automatique où se trouvent les sorties, etc. Mais je ne suis pas paranoïaque, je sais aussi m’amuser !

La Bibliothèque de Glow : Avez-vous déjà d’autres projets en cours ?

Chris Bradford : Alors oui… et non. En fait, j’ai deux autres nouvelles idées, mais je dois avant toute chose terminer la saga Bodyguard. La première idée est celle d’un scénario. La seconde est un projet de trilogie dont l’idée de départ est venue grâce à un titre de livre écrit par quelqu’un d’autre.

Pour ma série Young Samouraï, elle a été directement inspirée de mon expérience. Je fais des arts martiaux depuis l’âge de huit ans et j’ai toujours rêvé d’être un samouraï ou un ninja.

La Bibliothèque de Glow : Avez-vous des projets d’adaptation au cinéma ou à la télévision pour Bodyguard ?

Chris Bradford : Effectivement, il y a un projet de série télévisée en cours de réflexion. Pour le moment, rien n’est encore concret, il faut donc croiser les doigts !

La Bibliothèque de Glow : Avez-vous un art martial de prédilection ?

Chris Bradford : Tout à fait, il ‘agit du Ninjutsu. Si vous êtes une femme, je vous conseille d’essayer le Jujitsu, vous pouvez retourner la force de l’ennemi contre lui-même. C’est ça qui est bien dans les arts-martiaux, c’est fait pour tout le monde et vous pouvez vous protéger et protéger les autres, comme un… garde du corps !