Archives du mot-clé interview

Interview de Daph Nobody – Partie 3/3

L'enfant nucléaireJiminy subit de nombreuses transformations aussi bien physiques que psychologiques… comment avez-vous trouvé les idées pour faire « muter » votre personnage dans l’horreur ?

Encore une fois, par logique. L’empathie et l’intensité psychologique ont toujours été les points forts de mes écrits. J’essaye de me glisser dans la peau du personnage et de me poser toutes les questions possibles et imaginables quant à « ce qu’il se passerait SI », et psychologiquement, et socialement, et physiquement.

J’ai étudié les effets secondaires de l’exposition aux substances radioactives, j’ai interrogé une amie qui étudie la médecine par rapport à certains points précis… Je n’ai finalement utilisé que très peu d’informations de toutes celles que j’avais rassemblées en préparation de la deuxième mouture du roman, mais j’avais besoin de ces points de repères, même si mon roman est un roman de fiction qui prend beaucoup de libertés par rapport à la logique scientifique…

IW Enfant nucléaire 04J’ai beaucoup pensé à Edward Scissorhands en décrivant Jiminy, car le personnage du film de Tim Burton est à la fois un monstre et à la fois un personnage fabuleux. Dans le fond, si j’avais écrit Edward aux Mains d’Argent, peut-être l’aurais-je confronté à des tueurs et aurait-il été amené à se servir de ses doigts-ciseaux pour autre chose que pour couper des cheveux, si vous voyez ce que je veux dire. Après, dès lors qu’on installe un élément fantastique, chacun le développera de manière différente. Si Tim Burton vire davantage dans le fantastique, moi je vire naturellement dans l’horreur, parce que mes livres sont des prétextes à critiquer l’extrême violence qui mine notre monde, et que je supporte mal. Je connais bien la violence car j’ai grandi dans un arrondissement violent.

Je ressens le besoin de parler de ce qui me dérange, davantage que de ce qui me plaît. Quand tout va bien, finalement, on n’a pas trop envie de parler, on se contente de jouir en silence. C’est quand quelque chose ne va pas qu’on ouvre sa gueule. Au fond, mes bouquins crient… ou plutôt, ils rient jaune. Parce qu’ils sont empreints d’ironie. Certains lecteurs m’ont écrit qu’ils s’étaient marrés en lisant mes livres. Et j’en étais content, parce que, croyez-le ou non, c’était le but : regarder ce qui ne va pas, mais avec beaucoup d’ironie, et parvenir à en rire tellement ce que j’écris est poussé à l’extrême. Même si je maintiens que mes deux romans sont aussi impossibles que ne l’était le voyage sur la lune de Jules Verne en son temps. Ce n’est qu’une question de temps. Cependant, pour l’heure, ces romans sont volontairement excessifs.

IW Enfant nucléaire 05Les sujets traités sont douloureux, et pour cette raison je ne voulais pas traiter ces récits de manière trop réaliste. Tout comme dans les films d’horreur italiens le sang qui gicle est volontairement d’une consistance et d’une couleur ridicules, pour décrédibiliser les scènes de meurtre à l’arme blanche, parce que s’ils étaient traités de manière trop réaliste, on tomberait dans une horreur insupportable comme dans Hostel, The Human Centipede ou A Serbian Film. un genre de films qui ne cadre pas avec mon éthique personnelle. On ne raconte pas une histoire pour aller le plus loin possible dans la torture, mais pour émettre un regard critique sur un point problématique de la société humaine.

Après, bien sûr, chacun fait ce qu’il veut. Mais j’estime qu’un auteur a une responsabilité vis-à-vis de son lectorat. À ce titre, il ne devrait pas écrire des choses immorales. Un auteur se doit d’avoir une éthique. Il y a des limites à ne pas dépasser. La démocratie, la liberté de penser, ne signifient pas produire des saloperies. Nuance !

La triste fin du petit enfant huître (et autres histoires)Si on a envie de lire des romans dans le même genre que L’enfant nucléaire, que nous conseillez-vous ?

C’est difficile à dire, parce que j’ai voulu, justement, que ce roman ne ressemble à aucun autre… Mais ce qui peut se rapprocher de Jiminy, en tout cas au niveau de l’ambiance et du personnage, c’est La Triste Fin du Petit Enfant Huître et autres histoires, un recueil de poèmes du réalisateur Tim Burton, ou les comic books The Toxic Avenger de chez Marvel et Big Baby de Charles Burns. Mais je ne sais pas s’il y a des romans qui se rapprochent de L’Enfant Nucléaire (Pica Morfal Boy).

Et d’après ce que j’ai compris de mon éditeur, c’est précisément parce que c’est un livre trop différent de ce qui existe, inclassable, qu’il a eu du mal à trouver sa place dans les rayonnages des librairies, et dans les choix des lectrices/lecteurs, et qu’il est aujourd’hui condamné.

La couverture de L’enfant nucléaire n’est autre qu’une œuvre de Kris Kuksi intitulée Original Sin. Je trouve qu’elle colle parfaitement à l’esprit sombre du roman. Avez-vous eu votre mot à dire sur ce choix visuel ? Auriez-vous vu autre chose ?

Je n’ai pas eu le choix de la couverture. En général, un auteur n’a pas le droit de choisir sa couverture, c’est l’éditeur qui choisit. Mais Tibo Bérard de Sarbacane m’a envoyé son idée de couverture pour avoir mon avis, et j’ai beaucoup aimé son choix, cette œuvre de Kris Kuksi (qui m’a envoyé un clin d’œil sur facebook, d’ailleurs, au moment de la parution du livre – c’est parce qu’il avait été convaincu par le sujet du roman qu’il a autorisé Sarbacane à utiliser cette œuvre pour la couverture, ce qui est plutôt flatteur pour moi), même si cela donnait une couverture très noire.

Les cadavres ressucités ancienne éditionTrop noire, peut-être ? Au départ, j’avais en tête une couverture plus colorée. J’aurais repris une scène du roman, celle où Jiminy se met au défi de boire du carburant directement au pistolet d’une pompe à essence. Je voyais bien cette scène en couverture, mais sans aucun public, montrant la solitude de Jiminy, dans un décor crépusculaire, au bord d’une autoroute perdue dans une vaste contrée désertique typique des États-Unis. Et tout ça dans un graphisme semblable à celui de certaines couvertures de romans d’épouvante édités chez J’AI LU, comme Les Enfants du Rasoir de Joe R. Lansdale, Les Cadavres ressuscités de Patrick Whalen, Livre de Sang de Clive Barker (première édition) ou encore La Vallée des Lumières de Stephen Gallagher.

Une couverture, c’est quelque chose de très personnel. Avant, j’aimais les couvertures très sombres. Aujourd’hui, je les préfère avec des couleurs vives. Une couverture de type comic book aurait aussi convenu à L’Enfant Nucléaire (Pica Morfal Boy). J’aime beaucoup la couverture que Sarbacane a conçue pour Blood Bar, avec la femme qui boit du sang.

Blood Bar 01Vous avez annoncé une suite à Blood Bar sur les réseaux sociaux… pour quand est-elle prévue ? Pouvez-vous nous en dire plus ? Il est aussi question d’une adaptation en bd du premier tome ? Qu’en est-il ?

Alors, l’idée est de sortir Blood Bar 2 en même temps que la bande dessinée de Blood Bar 1. Mais tout a pris du retard parce qu’aucun des dessinateurs qui se sont présentés ne convenait à l’éditeur. Nous cherchons des dessinateurs dans la veine des comic books tels que Preacher, Transmetropolitan ou The Dark Tower.

J’avais un dessinateur prévu à la base, très branché western, ce que je trouvais intéressant pour Blood Bar car ce roman accuse un caractère cow-boy – ce n’est d’ailleurs pas par hasard que j’ai appelé un des personnages principaux Bob Wayne, allusion à John Wayne, et dans son attitude, et dans son habillement, et dans sa démarche, et dans son parler. Mais cet ami dessinateur a eu des soucis personnels et n’a pas pu attaquer le projet, alors que j’ai attendu ses essais pendant trois ans.

Je suis pour l’heure en pourparlers avec Sarbacane pour la suite de Blood Bar. Le problème, lorsque les années passent, c’est que les gens perdent leur motivation. J’ai élaboré le deuxième volume de Blood Bar de telle sorte que s’il ne paraît pas comme une suite de Blood Bar, il peut être retravaillé de manière à constituer un roman à part entière sans la thématique des bars à sang. Avec l’expérience, on apprend à devenir astucieux, parce qu’une carrière littéraire en dépend.

Blood Bar 01 deuxième couvertureLa machine éditoriale est devenue si lente, si complexe, qu’on arrive à peine à faire paraître un livre tous les trois-quatre ans. De nos jours, un Simenon n’aurait pas pu publier un 50ème de son œuvre. Il n’y a plus que les stars qui peuvent produire avec régularité. Et en même temps, ce système d’un roman à chaque rentrée littéraire les dessert parce que les appauvrit. On écrit parce qu’on a quelque chose à dire, pas parce qu’on est sous contrat ou pour l’argent. Dans l’idéal, je veux dire. Et quand on n’a plus rien à dire, il faut avoir la décence et la sagesse de se retirer et de laisser place aux nouveaux…

Beaucoup de romans qui paraissent m’ennuient. Je feuillette les sorties littéraires dans les librairies, et après une heure, j’ai lu deux-trois pages d’une vingtaine de bouquins, et pas un seul ne m’a séduit. C’est terrible à dire, mais de nos jours je m’emmerde royalement. Peut-être, au fond, que j’écris les livres que j’aimerais trouver dans les librairies et que je ne trouve pas.

Je me plonge de plus en plus dans les autobiographies de gens qui ont vécu des histoires difficiles, violentes et douloureuses, que je chronique d’ailleurs sur mon blog daphnobody.blogspot.com. Ces livres-là m’apportent aujourd’hui beaucoup plus que la fiction. Dans un registre plus « fiction », j’aime énormément me plonger dans la bande dessinée aussi. On m’a d’ailleurs dit plus d’une fois que mes romans se rapprochent très fort de l’univers sombre et délirant des comics américains. Donc, Blood Bar 2, en attente…

Académie Balzac logoVotre ouvrage L’enfant nucléaire traverse une mauvaise passe en ce moment : pouvez expliquer à nos lecteurs quels sont les problèmes qu’il rencontre actuellement ?

Comme je le disais, ce roman était trop différent de tout ce qui existe, du coup difficile à classer. L’éditeur a eu du mal à le promouvoir, la plupart des librairies ne suivaient pas, étouffées par des montagnes de best-sellers, eux, très facilement classables et vendables. Ça a découragé la distribution, et le livre est quasi passé inaperçu, même s’il a eu beaucoup d’échos sur des blogs littéraires et sur les réseaux sociaux – il fait d’ailleurs partie aujourd’hui des romans pour lesquels les gens peuvent voter dans le cadre de ma candidature à l’Académie Balzac, donc le roman n’est pas mort, il existe encore.

Je pense qu’il est trop en avance sur son temps. Je suis sûr qu’un jour, quand les problèmes du nucléaire atteindront des limites périlleuses à l’échelle mondiale, ce roman trouvera davantage sa place sur les étals qu’aujourd’hui. Ce ne sera pas la première fois qu’une œuvre rencontre du succès dix ans, vingt ans ou un siècle après sa création. Il faut être patient dans ce métier. Affaire à suivre, donc…

Comment les lecteurs de La Bibliothèque de Glow peuvent-ils vous aider à leur échelle ?

Je crois qu’il n’y a pas de secret. De nos jours, la concurrence dans le marché du livre est telle qu’un nouvel auteur a de plus en plus de mal à se démarquer. Alors, la seule façon de l’aider, c’est de le mettre en avant, de lui consacrer des étals, des vitrines, parler de lui.

C’est psychologique. Si dans une journée une personne entend parler à dix reprises d’un livre, pour peu que la littérature l’intéresse elle ira le feuilleter dans une librairie ou dans une bibliothèque. Ce n’est pas dit qu’elle l’achètera ou l’empruntera, mais sa curiosité de le feuilleter aura été suscitée. Alors qu’un livre dont personne ne parle et qui ne se trouve nulle part, a peu de chances de rencontrer le succès, ou même tout bonnement l’intérêt du public.

Tout est une question de visibilité. Les majors de l’édition achètent des étals, des encarts dans les journaux, des affichages dans les métros et sur les quais de gares… Les petits éditeurs n’ont pas les moyens de se payer telles opérations, par conséquent les jeunes auteurs peu connus ont peu de chances d’obtenir de la visibilité, et se retrouvent noyés dans un océan de best-sellers garantis.

 Autre chose à ajouter ?

Mon prochain roman – et c’est un scoop – s’intitule Pop Life Killer et paraîtra bientôt chez Rebelle Editions.

C’est un roman très différent des précédents. Très énigmatique. Une sorte de labyrinthe psychologique qui mène d’un personnage à un autre… à moins que ce ne soit d’un personnage à lui-même…

Interview de Daph Nobody – Partie 2/3

Blood Bar 01Dans L’enfant nucléaire, Jiminy est un véritable prodige de la nature mais va très vite devenir instrumentalisé… n’est-ce pas le processus inverse que vous avez voulu créer dans Blood Bar ?

C’est vrai qu’AALIANA est littéralement « fabriquée »… pour servir les intérêts de l’État et du commerce de sang, tandis que JIMINY est « né prodige » et devient des années plus tard instrument du gouvernement et d’autres individus aux desseins exécrables.

En même temps, il y a un point commun entre les deux personnages, et qui rejoint une idée-maîtresse des deux romans ainsi que le regard que je porte sur le monde. AALIANA, tout comme JIMINY, sont des personnages innocents, au cœur pur, qui ne causent du mal que parce qu’ils y sont contraints par des gens ignobles, ou parce qu’ils agissent en réponse à des pulsions qui habitent toute espèce animale (l’instinct de survie, l’instinct de prédation…) et qui, même chez l’être humain, peuvent resurgir dans des situations extrêmes. On a bien vu ce que des soldats parviennent à perpétrer comme horreurs dans une guerre, alors que dans la vie de tous les jours ce sont des gens comme tout le monde.

Dans un contexte où peur et violence deviennent paroxystiques, l’humain peut se mettre à torturer, à violer des femmes ou même des hommes, à massacrer des enfants, sans aucun scrupule ou cas de conscience. Et lorsqu’il rentre au pays, si tant est qu’il n’est pas traumatisé par toute cette horreur qu’il a vécue, il retrouve sa femme et ses enfants et redevient un homme normal, un mari aimant et un père modèle. Ce fut flagrant lors de la Deuxième Guerre Mondiale, avec ces généraux allemands qui ont fui en Amérique du Sud et se sont reconstruit une vie normale avec un autre nom, comme si de rien n’était. Alors que certains avaient balancé des enfants parfois vivants dans les fours, en Amérique du Sud ils étaient connus pour être très gentils avec les enfants, par exemple. C’est fou, non ?…

Dans Blood Bar et L’Enfant Nucléaire, les deux protagonistes sont L'enfant nucléaire exprimeux aussi confrontés à des situations extrêmes, inhumaines, et leur animalité refait alors surface. Mais autant dans la relation entre Jiminy et Leia, que dans l’épilogue d’Aaliana, on trouve beaucoup de tendresse et de simplicité, et on découvre ces personnages dans leur état normal, qui est naturellement doux, amène, paisible. Pour en revenir à ce dont je parlais il y a un instant, ce point qui m’importait dans le regard que je porte sur le monde…

Quand on y pense, dans les deux romans, ce sont les personnages les plus innocents qui survivent et s’en sortent. Tous les autres meurent, ou sont anéantis. D’où l’importance des épilogues dans les deux romans, épilogues pour lesquels je me suis battu car au départ l’éditeur n’était pas convaincu, mais pour moi ils donnent tout leur sens aux romans. Si les romans s’étaient arrêtés avant l’épilogue, ils seraient toujours cohérents, mais leur sens profond serait très différent. Aaliana et Jiminy parviennent à se sauver tous les deux. Quand ce sont au final les deux plus belles personnes qui réchappent à la mort, on peut dire qu’il s’agit d’un happy ending.

Pourquoi autant de noirceur dans ce roman ? Qu’est-ce qui vous a poussé à créer une ambiance aussi glauque (et il faut l’avouer, fascinante) ?

En fait, j’ai écrit ce roman avec le plus de logique possible. Nous savons parfaitement que dans notre monde, lorsque     quelqu’un possède un talent, que ce soit une aptitude sportive, artistique, scientifique… on finit par l’exploiter à mauvais escient, à violer toute éthique pour faire de ce quelqu’un un « monstre ». Imaginez que quelqu’un ait le pouvoir de Jiminy… FORCÉMENT les gouvernements vont tenter de mettre la main dessus pour se débarrasser de déchets qu’ils ne parvenaient pas à éliminer depuis des plombes, FORCÉMENT des assassins vont s’en servir pour faire disparaître les corps de leurs victimes, FORCÉMENT quelqu’un va l’exploiter financièrement pour en faire un show hollywoodien. J’ai écrit ce roman en pensant « sois logique et imagine un personnage qui aurait un tel don dans un monde comme le nôtre au 21ème siècle ». Les scènes et les rebondissements sont venus tous seuls… En tout cas, dans un deuxième temps. En effet, pendant des années ce livre est resté dans un tiroir, parce que j’étais parti sur l’idée d’une success story, où Jiminy devenait une superstar à Hollywood, point barre. Mais après 150 pages, je me suis dit : et puis quoi ? Il devient une star, et qui en a quelque chose à foutre ??? Alors ce roman a été oublié dans un tiroir de mon bureau et de mon crâne… jusqu’à ce qu’un jour, après la publication de BLOOD BAR, je me dise : et si Jiminy ne devenait pas une star, mais tombait dans les mains de personnes mal-intentionnées comme on en rencontre tant en une vie sur Terre… Le reste s’est élaboré de manière très fluide, par simple logique. Sombre logique peut-être, mais simple logique quand même.

IW Enfant nucléaire 03Je crois aussi que ce qui assombrit terriblement le roman sont les parties qui traitent de politique. Là encore, je dirais qu’à mes yeux il est important qu’un roman reflète son époque.

Dans cette optique, il me paraissait difficile d’évoquer les États-Unis des années 2000 sans faire indirectement allusion à l’administration Bush et à toutes les horreurs, magouilles et escroqueries qui ont symbolisé ces deux mandats présidentiels occupés par un des pires êtres humains que la planète ait jamais connu. Je ne sais même pas comment ce type peut encore se regarder dans une glace.

Si aujourd’hui le monde vit dans la peur, la paranoïa, l’horreur, si on se fait tous fouiller dans les aéroports et les gares comme si on était tous des terroristes – moi ça me coupe l’envie de voyager –, si on est tous sur écoute, surveillés sur internet et fichés, c’est à cause de lui. Avec George W. Bush, un nouveau monde est né. Et ce monde-là est absolument immonde. Pour certains religieux, le monde d’aujourd’hui représente l’avènement de Satan sur Terre. Après, on en pense ce qu’on veut… Moi je me contenterai de dire que le monde d’aujourd’hui est en train d’exploser, de vivre ses derniers jours, et qu’à l’issue d’une troisième guerre mondiale plus redoutable et ravageuse que toutes les guerres que la Terre ait jamais connues, un nouveau monde se reconstruira, avec très peu de survivants mais beaucoup de paix et de raison. Le monde que nous connaissons aujourd’hui est infernal, et à ce titre George Bush est aussi « respectable » qu’Adolf Hitler. Il y a trop de fous et de salauds qui nous ont gouvernés en quelques milliers d’années…

IW Enfant nucléaireOn comprend rapidement que le nucléaire est pour vous un enjeu de taille à travers votre roman. Pouvez-vous nous expliquer votre position sur ce sujet ?

Elle est compliquée. Je pense que dès le départ on aurait dû envisager d’autres sources d’énergie que celle-là. On a le sentiment que, même si ça a occasionné énormément de recherche scientifique, le nucléaire était malgré tout la solution de facilité. En outre, à l’époque où tout ce système s’est mis en place, on n’avait pas un regard « ecolo » sur les choses, on gaspillait, on testait, c’était l’apogée de l’industrialisation, et on ne pensait pas aux conséquences de quoi que ce soit. D’où l’effet de serre accru, l’amiante, le bisphenol A, le silicone cancérigène…

Aujourd’hui, c’est un peu difficile de dire : très bien, on boucle toutes les centrales nucléaires du monde demain matin au petit déjeuner ! Force est d’admettre que la demande en énergie au 21ème siècle est colossale, et que sans le nucléaire pour l’instant, on ne peut pas fournir en électricité tous les foyers des pays industrialisés. Rien qu’une ville comme Las Vegas consomme une énergie faramineuse, peut-être autant que la Belgique tout entière. Alors, dans l’absolu, contre le nucléaire, OUI. Mais ça ne peut pas se faire du jour au lendemain. Le mieux était de ne jamais se lancer dans le nucléaire… et surtout pour fabriquer des bombes ! Rien que les bombes que l’on a fait exploser à titre de test, que ce soit pour le compte de la France, des États-Unis ou de la Russie, ont causé des dégâts que la nature mettra des siècles à réparer. Et je ne parle même pas d’Hiroshima et de Nagasaki, qui ne sont que la partie visible de l’iceberg…

Il faut savoir aussi que le nucléaire a une place importante dans le milieu de la médecine. Que faire des déchets nucléaires émanant quotidiennement des hôpitaux ? Ce sont, quantitativement parlant, les déchets les plus lourds à porter. Supprimer du jour au lendemain les radios, les scanners, tout ce qui implique des substances radioactives ? Ces dernières années, on a supprimé les thermomètres à mercure pour les remplacer par des thermomètres électroniques, ce qui est une première mesure pour éviter des déchets radioactifs… mais minime et risible par rapport aux quantités de déchets radioactifs qui s’entassent un peu partout chaque jour qui passe. C’est mieux que rien, mais on est loin du compte.

IW Enfant nucléaire 02Vu la conjoncture technologique actuelle, il faudra plusieurs décennies pour remplacer le nucléaire par d’autres sources d’énergie. D’autant plus que le lobby du nucléaire fait pression pour qu’on conserve les centrales nucléaires, parce que c’est une affaire qui rapporte des milliards.

Même Fukushima n’y a rien fait. L’Allemagne a cependant entamé sa sortie du nucléaire, mais elle-même qui ouvre le bal ne prévoit cette sortie que pour 2022, et au coût de plusieurs centaines de milliards. C’est donc un investissement de poids. Et comme on le sait, on préfère investir dans l’armement, la guerre, que dans les choses positives ou humanitaires. Parce que le mal est plus rentable que le bien, et cela ce n’est pas de la négativité de ma part, mais une réalité incontestable. Sans doute parce que le mal est plus spectaculaire, et le bien plus discret. Quand on me dit que je suis sombre, je réponds que le monde est bien plus sombre que moi ; après tout, moi je n’ai jamais volé, violé, tué, massacré, empoisonné qui que ce soit. Décrire une réalité sombre et être une réalité sombre, ce n’est pas pareil. Comme je le répète souvent, il ne faut pas confondre le regardant et le regardé. Si je décris le plus terrible accident de voiture dans les moindres détails, ce n’est pas ma description qui est horrible et qui a tué des usagers de la route, c’est l’accident lui-même.

Mais je m’égare. C’est un défaut d’écrivain, je suppose.

Donc, pour revenir à la question… Le problème est qu’il est trop tard pour faire marche arrière en un claquement de doigts. On peut faire marche arrière, mais ça prendra du temps. À moins que nous acceptions tous de renoncer à notre confort technologique, à n’allumer nos lampes, ordinateurs, télévisions, qu’une heure par jour voire deux jours par semaine. Mais accepterions-nous ce régime-là ? Parce que dès qu’on a une panne de courant d’une heure, tout le monde râle déjà. Alors, il faut être cohérent… On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Nous sommes tous prisonniers de notre confort matériel et technologique, et beaucoup sont prêts à changer les choses à condition que ça n’affecte pas d’un poil leur mode de vie. Ce qui est pratiquement impossible, comme nous le savons. Sans quelques petits sacrifices, on ne résout rien.

AUTEUR :
GENRE : Interviews
EDITEUR : ,
TRANCHE d´ÂGE :

Interview de Daph Nobody – Partie 1/3

Daph NobodyPourriez-vous nous raconter votre parcours ? Comment en êtes-vous venu à devenir auteur ?

Je crois que je suis devenu auteur par solitude. J’ai été très coupé du monde dans mon enfance, et l’écriture a été un moyen de communication qui remplaçait les échanges oraux, physiques… bien qu’il ait fallu des années pour avoir des lecteurs et donc pour que cela devienne de la communication à proprement parler. Ma première lectrice fut ma mère. Elle doit d’ailleurs être la seule à saisir tout ce que je raconte en filigrane dans mes livres, parce qu’elle a avisé mes souffrances de près. Donc, je pourrais dire aussi que je suis devenu écrivain par souffrance. Ou parce qu’il n’y avait rien d’autre à faire, vu que lorsqu’on grandit dans une famille sans le sou, il n’y a pas beaucoup d’activités accessibles. La Belgique a une grande tradition du livre d’occasion, et acheter des livres était plus ou moins le seul « artifice » que nous pouvions nous permettre. Quand j’étais gosse, un magazine pour enfants s’achetait l’équivalent de 10 cents, une bande dessinée 1 à 2 euros, un livre de poche 50 cents. À ce prix-là, on pouvait se permettre d’aller une fois par mois faire des achats. Mais c’était tout. Pas de télévision, pas de vacances, pas de cinéma (en dehors des sorties scolaires, je crois n’avoir pas été plus de cinq fois au cinéma entre mes 6 et 12 ans), rien de ce qui coûtait plus de 5-6 euros.

Danse macabreAlors, bien sûr, on ne devient pas écrivain juste parce qu’on est seul et qu’on souffre. Il y a des lectures qui vous marquent, et qui, dans un contexte favorable à ce type de discipline, permettent de définir la tendance stylistique et de genre d’un futur auteur. Je crois qu’on ne peut devenir écrivain que si on découvre au préalable des auteurs qui s’inscrivent comme une révélation – pour ne pas dire une révolution – dans votre vie et dans votre mode de pensée. J’écris depuis l’âge de sept ans, mais à cet âge-là, il n’y avait pas encore d’écrivain qui m’avait frappé, qui avait bouleversé ma vision des choses.

Ce n’est qu’à l’âge de douze ans que j’ai découvert la littérature d’épouvante, et que j’ai compris dans quel genre littéraire j’allais travailler. Si je n’avais pas découvert ces livres qui m’ont tant fasciné (Danse Macabre de Stephen King, Ghost Story de Peter Straub, Livres de Sang de Clive Barker, Les Enfants du Rasoir de Joe R. Lansdale, L’Heure des Chauves-Souris de Leigh Nichols…), je ne me serais peut-être pas mis à écrire en vue d’être publié. Ghost StoryÀ côté de ces auteurs dits de « genre », j’aime aussi Boris Vian, Marguerite Duras, Catherine Breillat, Hervé Bazin… mais même si je passe un agréablement moment avec un de leurs romans dans les mains, je ne peux pas dire que ce soient eux qui m’aient donné l’envie d’écrire. Ils ont été des plaisirs isolés, mais pas une stimulation. Ils me sont d’ailleurs très exotiques, tant par la forme que par le fond. Alors que lorsque je lis un roman d’épouvante anglo-saxon, ça me parle, je m’y retrouve complètement, il pense ce que je pense. Maintenant, à la question de savoir pourquoi je suis attiré par cette littérature très spécifique, je n’ai pas d’autre réponse que « parce que c’est comme ça ». Il faut de tout pour faire un monde. Certains naissent avec la vocation de juriste, d’autres avec celle de danseur, d’autres encore avec celle de vétérinaire. Eh bien, il faut croire qu’il y a des gens qui naissent avec la vocation d’écrire des romans fantastiques ou à suspense. Je crois qu’il y a des questions qu’il ne faut pas trop se poser, parce qu’elles font perdre plus de temps qu’autre chose.

Livre de sang 01Tout psychanalyser est une erreLivre de sang ancienne éditionur. L’important, c’est de créer, quelle que soit notre nature, quels que soient nos goûts et nos aspirations. Tout ce que je peux dire, c’est que cette littérature me parle parce qu’elle présente une grande intensité psychologique, qu’elle creuse dans l’âme humaine pour en dénuder les strates les plus obscures et pour tenter d’expliquer les accès de brutalité difficilement compréhensibles d’un point de vue logique et rationnel, sauf si on part du postulat que l’homme est un animal féroce à l’instar de l’alligator ou du requin. J’ai toujours essayé de comprendre l’être humain dans son penchant pour faire le mal, dans son plaisir de faire la guerre, d’envahir, de conquérir, de détruire, et cette littérature-là est celle qui m’apporte le plus de réponses sur le problème des « pulsions » et de l’existence potentielle d’une entité maléfique que certains appellent « Satan » et d’autres la « folie » sous toutes ses déclinaisons psychiatriques. J’essaye de comprendre pourquoi on trouve autant de cruauté dans notre monde, mais plus je cherche, moins je trouve. L’espèce humaine est à mes yeux la plus grande énigme de l’Histoire universelle. Ça peut paraître bizarre, mais j’ai le sentiment de mieux saisir Dieu que je ne saisis l’être humain… J’ai récemment vécu une histoire assez terrible avec une secte jéhoviste-sataniste à Lyon, et cette mésaventure à la perversité insoutenable m’a profondément affecté. J’en arrive à me demander si parce que je m’intéresse aux côtés obscurs de l’être humain, cette Intelligence à la source de la vie ne me propulse pas sur des sentiers qui mènent aux gens les plus ténébreux qui soient en ce monde… Je ne crois pas au hasard. Il n’y a pas de hasard. Comme l’a si bien dit je-ne-sais-plus-quel auteur : « Le hasard est la seule manière que Dieu a trouvée pour agir en toute discrétion »…

Les enfants du rasoirLes enfants du rasoir ancienne éditionJ’espère ne pas m’être trop égaré de la question de départ… Pour résumer ce dernier point : est-ce parce que j’écris des choses assez sombres que ma vie est sombre ? Ou est-ce parce que ma vie est sombre depuis ma petite enfance que j’écris des choses relativement sombres ? Le fait est qu’il y a toujours eu beaucoup de ténèbres dans ma vie, et que je ne peux pas en faire abstraction. De la même manière, on ne peut pas ignorer le fait d’avoir un pied bot, même si ça n’empêche pas de marcher ou de construire une maison. C’est quelque chose qu’on traîne avec soi du jour où l’on naît à celui où on part pour le Grand Voyage Intersidéral. La vie, c’est apprendre à apprivoiser ses handicaps et les injustices du destin.

Mon parcours a été un peu désordonné. Parce que ma jeunesse avait été difficile, et que j’avais été fortement défavorisé par rapport aux autres autour de moi, j’avais perdu toute confiance en moi. J’avais donc fait une croix sur des études supérieures, me disant que de toute façon j’allais échouer. S’en sont suivies des années très difficiles psychologiquement, où je ne trouvais pas ma place et où je sombrais, même si j’écrivais énormément, beaucoup plus qu’aujourd’hui. Et puis, poussé par un employé de l’Office National de l’Emploi à Bruxelles, à 25 ans j’ai entamé des études à la Faculté de Lettres, que j’ai réussies haut-la-main, et ces années universitaires ont complètement changé ma vie. C’est là que toute ma vie actuelle s’est mise en place. Pendant mes études, j’ai commencé à publier des livres, à travailler pour des maisons de production de films, à faire du théâtre… C’est entre 2000 et 2004 que tout s’est joué pour moi. Depuis, je n’ai jamais arrêté de travailler dans les domaines de la littérature, du cinéma et du théâtre… trois déclinaisons qui se complètement bien, je trouve.

 

L'enfant nucléaireLe pica est une maladie fort méconnue, comment en êtes-vous venu à la découvrir ?

Il y a des choses que j’ai découvertes par de curieux biais. A mes 20 ans, sentant que mes connaissances dans la langue française étaient assez pauvres, je me suis mis à lire le dictionnaire de A à Z. De cette manière, j’ai découvert des mots que je n’avais jamais entendus. Je les mémorisais, les classais dans un dictionnaire d’analogies que je me constituais au fil de cette lecture, afin de pouvoir retrouver des mots rares assez facilement. C’est ainsi que j’ai découvert les mots PICA et MORFAL. J’aimais la résonance de ces mots ; je suis très sensible aux sonorités. Et lorsque j’ai appris leur signification, je les ai associés, et ça a donné PICA MORFAL BOY. J’aimais ce titre, parce que ça donnait un aspect comic book américain, presque superhéros. D’une certaine manière, Jiminy est plus qu’un antihéros, c’est un antisuperhéros ou un superantihéros. Oui, c’est donc par le truchement d’un dictionnaire que j’ai découvert cette maladie. C’est amusant, non ? J’ai commencé à écrire ce roman il y a 17 ans sur base de ce titre, de cette association de mots. Les mots sont puissants. Un seul mot peut vous inspirer une saga tout entière. C’est le cas de Blood Bar, dont je suis en train d’écrire la suite.

AUTEUR :
EDITEUR : ,
TRANCHE d´ÂGE :

Interview de Manchu, illustrateur 100% SF

home_manchuManchu est un illustrateur connu et reconnu dans le monde de l’imaginaire, en particulier dans la branche sf. Des centaines de couvertures de romans et bandes-dessinées de science-fiction ont étés réalisées par sa patte extrêmement reconnaissable. A l’occasion d’une exposition de ses œuvres à la Galerie Daniel Maghen à Paris qui débutera le vendredi 7 juin, la Bibliothèque de Glow a pu lui poser quelques questions sur son travail, ses inspirations…

Bonjour Manchu, pourriez-vous vous présenter et nous conter votre parcours en premier lieu ?

Terrien mâle âgé de 57ans terrestres (n’ayant jamais franchi le puits de gravité de sa planète) biologiquement entièrement d’origine avec juste une modification mécanique apportée à la vision consistant en l’apport d’un système d’optique adaptative passif….
Je dessine depuis que je sais tenir un crayon, passage de 4 ans à l’école Brassart à Tours. Début ensuite dans le dessin animé à la DIC (sur les  designs d’Uly48113-1sse 31) et ensuite avec la production Procidis : Il était une fois … l’Espace, designs et décors). Pas mal de travaux publicitaires dans les ‘80s (dont des illustrations pour le CNES et l’ESA) et rencontre avec Gérard Klein (directeur de collection Ailleurs et Demain et LdeP) qui me permet de débuter mon travail sur les couvertures de romans avec la collection Histoires de….  Depuis quelques années les couvertures d’albums de BD chez Série/Delcourt et les couvs de romans chez les éditeurs, sont ma principale activité. Collaboration importante avec la revue Ciel et Espace dans les ‘90s (Space Art), je travaille aussi de temps en temps pour l’Association PLANETE MARS (dont je fais partie) sur des illustrations décrivant l’exploration humaine de MARS….

Bon, cela ne doit pas être la première fois que l’on vous pose cette question, mais… pourquoi un pseudonyme ? et pourquoi Manchu ?

A l’école de dessin Brassart, mes potes me surnommaient Fifi Manchu (j’étais fan des films Fu Manchu avec Boris Karloff) le surnom est resté et s’est transformé en pseudo Manchu.

48114-1Pourquoi vous êtes-vous tourné vers les illustrations de science-fiction ?

L’élément déclencheur a très certainement été le film 2001 que j’ai vu en ‘68 et l’année suivante APOLLO 11, ré-initialisation du cerveau à partir de ce moment là vers l’astronomie/ astronautique / SF ….Ensuite il y a eu les Comics US (Fan du Silver Surfer), Métal Hurlant , les grands illustrateurs américains Mead, Bonestell, McCall, Berkey, Harris et d’autres… et surtout Christopher Foss, THE Boss (21st Century Foss m’a passablement anéanti quand je l’ai découvert !)

Quelles sont les œuvres qui vont ont donné cette envie de sf ? (livres, films, illustrations, etc…)

En vrac: Toutes les collections de romans SF des ‘70s, les films: 2001, Planète Interdite et les autres de cette époque, série TV The Invaders

48108-1Comment se passe la réalisation d’une illustration ? Avec quels outils travaillez-vous ? (manuels ? numériques ? un mélange des deux ?)

Je travaille en traditionnel (pinceau, brosse, acrylique, huile sur papier) depuis quelques temps avec l’aide de softs pour créer des volumes, des perspectives (imparable pour distribuer la lumière et les ombres…). Sinon, processus classique: lecture du roman, propositions de divers roughs N/B à l’éditeur, execution de l’illustration en commençant par une esquisse N/B au format final et passage ensuite à la couleur en commençant par les seconds plans pour finir par les premiers plans (c’est schématique mais en gros c’est ça).

Quand il s’agit de couvertures à réaliser pour un livre quel processus suivez-vous ? Avez-vous un résumé du livre afin de coller au mieux à l’histoire ? autre chose ?

Tous les cas de figure se présentent, résumé, brief, roman complet, discussion avec l’auteur. Mais ce que je préfère c’est la lecture du roman complet pour s’imprégner de l’histoire, de l’ambiance. quelquefois, je trouve l’idée de couverture sur une phrase ou une description….

Combien de temps en moyenne vous prend la réalisation d’une illustration ?

En gros une semaine, + si le visuel est compliqué.

En dehors du domaine littéraire, pour quelles autres occasion avez-vous dessiné/peint ?

Visuels pour le CNES, l’ESA, réalisation de fresques à plusieurs illustrateurs sur différents festivals, couvertures et designs pour la BD.

48075-1On va pouvoir découvrir vos œuvres originales dès le 7 juin prochain à la Galerie Daniel Maghen, comment ce projet est-il né ?

Cela fait quelques années que je connais la galerie et Daniel, mais bon je n’étais pas décidé à vendre sauf à quelques rares occasions (c’est aussi simple que ça), mais l’année dernière, j’ai confié une illustration à Olivier pour le Bookshow, pour voir si ça allait partir !, c’est parti ensuite il y a eu un truc chimique compliqué dans mon cerveau (sans doute lié à l’âge !) qui m’a dit que c’était peut être le moment de “disperser” ce qu’il y avait dans mes cartons… Daniel et Olivier attendaient patiemment, tapis dans l’ombre, sournois qu’ils étaient Hé! Hé!, que le processus arrive  à terme  et je ne regrette vraiment pas cette collaboration que je souhaite continuer.

Phil

48060-1

Interview exclusive d’Andrea Cremer à l’occasion de la sortie du second tome de Nightshade.

Andrea Cremer  Interview d’Andrea Cremer, l’auteure de la série pour adolescents Nightshade.

Paris, le 3 novembre 2011 : La Bibliothèque de Glow a été invitée par les éditions Gallimard afin d’interviewer Andrea Cremer, l’auteur de la série de bit-lit Nightshade. En plus de son métier d’écrivain, Andrea Cremer exerce toujours son métier d’origine : professeur d’histoire.

La série a été traduite dans 27 pays différents. Le premier tome de la série s’est vendu à plus de 15 000 exemplaires en France, et le second tome sort en librairie le 4 novembre. C’est dans une ambiance chaleureuse et un cadre idyllique qu’a eu lieu cette rencontre enrichissante par bien des aspects.

La bib. de Glow : Pour commencer, quelles ont étés vos motivations à l’écriture d’une série telle que Nightshade ?

Andrea Cremer : Et bien j’ai toujours écrit, et ce depuis toute petite, mais jamais de façon à penser que je pourrais en faire un métier viable. C’est un accident de cheval qui a été pour moi une sorte de déclencheur à l’écriture de façon sérieuse. J’ai été immobilisée pendant plus de douze semaines et n’aimant pas perdre de temps, j’ai décidé de l’employer au mieux en écrivant. Avant cela, j’écrivais surtout des courtes histoires et des nouvelles.

nightshade tome 1La bib. de Glow : Quel type d’œuvres vous ont inspirée ? Quelles ont étés vos sources de documentation ?

Andrea Cremer : J’adore la fantasy en général, mais sans être spécialement fan des loups-garous. Ce sont plus les loups qui me fascinent, ayant vécu dans le Wisconsin et étant souvent dehors, proche de la nature il m’est tout naturellement venu à l’esprit de prendre ces animaux comme personnages principaux. Pour ce qui est de la documentation, je me suis plongée dans de nombreux ouvrages sur le mode de fonctionnement des meutes, leur sociabilité, etc. Les émissions de National Geographic ont étés également très enrichissantes.

La bib. de Glow : Y a-t-il des personnages fictifs ou des personnes de votre entourage qui vous ont inspirée ?

Andrea Cremer : En ce qui concerne le personnage de Calla, je ne me suis inspirée d’aucun personnage ou personne de mon entourage en particulier. Quand j’ai voulu écrire Nightshade, la seule chose dont j’étais sûre, c’était de la personnalité de Calla, de ses aspirations, de ses envies, de sa morale.

Il est toutefois possible que j’aie été légèrement influencée par une de mes séries préférées : Buffy contres les vampires ; ce côté femme qui en veut, volontaire, prête à tout risquer pour les autres, Calla représente ces valeurs. Pour les autres personnages de la série, je ne me suis inspirée de personne en particulier, sauf en ce qui concerne celui d’Ansel, le petit frère de Calla qui ressemble étrangement au mien ! (rires).

nightshade tome 2 frLa bib. de Glow : Avez-vous eu des propositions d’adaptations à l’écran pour votre série ? et si oui, y a-t-il un projet en cours ?

Andrea Cremer : Alors, oui, j’ai eu des propositions de rachat des droits pour une adaptation à l’écran, mais je n’en ai pas encore acceptée. Car il faut savoir qu’aux Etats-Unis, quasiment tous les livres à succès édités voient leur droits rachetés par des superproductions sans pour autant qu’une adaptation voie le jour, ainsi beaucoup de livres ont vus leur droits vendus sans aucun projet derrière… c’est pourquoi je préfère attendre de voir qu’un vrai projet naisse avant de penser à vendre les droits pour une adaptation à l’écran. En tout cas, c’est à l’étude et ça me plairait énormément !

La bib. de Glow : Les bloggeurs et les fans ont eus de nombreuses réactions concernant la fin insoutenable du premier tome où Calla abandonne Ren au profit de Shay, ont-ils eu une influence sur le triangle amoureux Ren – Calla – Shay et l’issue du second tome ?

Andrea Cremer : Non, pas du tout car le second tome était déjà finalisé quand le premier est sorti. Les fans n’ont donc eu aucune influence sur les choix de Calla et les miens.

J’adore partager mon enthousiasme avec les fans, c’est très enrichissant mais Calla a fait le choix de rester avec Shay : pour vivre, elle a tout quitté pour suivre son amour et sauver sa vie. Dans le second tome c’est l’inverse qui va arriver : Calla va devoir tout risquer pour sauver Ren, celui qu’elle a quitté. (Le troisième et dernier tome sera la réponse à nombre de questions : Calla a-t-elle finalement choisi Ren ou Shay ? Nous le saurons début 2012, Andrea Cremer voulant ménager son suspense).

La bib. de Glow : Comment avez-vous pensé l’univers de Nightshade ? Ses institutions et ses hiérarchies sont très détaillées, avez-vous tout créé ou avez-vous eu des sources d’inspiration ?

Andrea Cremer : Je suis professeur d’histoire, et ma spécialité est l’époque entre le 15ème et le 18ème siècle : spécialisée dans la période de l’inquisition et des chasses aux sorcières. Ces événements m’ont beaucoup inspirée pour créer les différentes castes de sorcières et la chronologie des origines de l’histoire.

La guerre de Nightshade commence en 1405, mais les humains ne se rendent pas compte de la présence d’êtres surnaturels, sauf quand de grandes batailles surgissent et transparaissent dans leur monde er dans leur histoire. Ainsi, la chasse aux sorcières et les persécutions ont-elles commencées à cette période : la magie ambiante étant trop évidente pour que les hommes ne s’en rendent pas compte. (Ces préludes annoncés pour le courant 2012-2013 promettent beaucoup, d’autant plus qu’Andrea Cremer est historienne, ajoutant à l’intérêt de l’histoire et à son réalisme, autant dire que l’on en attend beaucoup à leur sortie).

nightshade tome 3La bib. de Glow : Comment votre texte a-t-il été accueillit par les éditeurs ? Combien de maisons d’éditions avez-vous contactées avant d’être publiée ?

Andrea Cremer : Il faut savoir que le système pour être publié aux Etats-Unis est différent de celui que vous connaissez. Il faut obligatoirement avoir un agent qui « vend » vos livres aux éditeurs. J’ai eu assez de chance car mon texte n’a été refusé que deux fois avant d’être choisi  à la publication par un éditeur. J’ai fini d’écrire Nightshade en 2008, signé avec mon agent en 2009 et avec une maison d’édition la même année.

La bib. de Glow : Hormis Nightshade, avez-vous d’autres projets en cours ? Pouvez-vous nous en dire plus ?

Andrea Cremer : Effectivement, j’ai d’autres projets : certains concernent Nightshade, d’autres de nouveaux écrits. Pour Nightshade, en plus des trois tomes qui composent la série il y aura deux préludes qui sortiront. Ils se dérouleront à la période des origines de la guerre.

Pour les autres projets, j’ai écrit un livre de steampunk qui sortira en janvier 2013, il s’appellera The inventor’s secret. L’histoire se déroulera aux Etats-Unis au 19ème siècle. La guerre d’indépendance a échoué et les Anglais qui possèdent des machines de guerre surpuissantes continuent l’oppression, de même que les français et les espagnols. Les personnages sont des jeunes ados et enfants résistants qui ont décidés de se dresser contre l’ennemi commun.

J’ai également écrit un roman en collaboration avec David Levithan qui sortira lui aussi en 2013 : il raconte l’histoire d’un garçon invisible que seule une jeune fille peu voir. Il s’intitulera The Invisibility Curse. (L’auteur, un ami proche d’Andrea Cremer a d’ailleurs publié un livre pour adolescents chez Gallimard dans la collection Scripto sous le titre : Will et Will).

La bib. de Glow :Vous avez-écrit exclusivement des livres pour adolescents (Young-adults), avez-vous des projets d’écritures pour les adultes ?

Andrea Cremer : Et bien, j’ai déjà écrit pour les adultes, mais il s’agissait d’articles concernant l’histoire pour des revues et non pas des romans. Pour le moment je ne souhaite pas écrire pour un public adulte, je trouve le public adolescent bien plus enrichissant et stimulant, il donne une constante motivation à l’auteur que je suis !

Vous pouvez donc vous plonger dans ce second tome maintenant que l’univers d’Andrea Cremer a un peu moins de secrets pour vous. Le troisième et dernier tome de la série sortira quand à lui au printemps 2012. Merci à Mme Frédérique Cuissot et aux Éditions Gallimard pour leur proposition d’interview. Et merci à Andrea Cremer pour son enthousiasme à répondre aux questions, et pour m’avoir accordée cette interview emplie de bonne humeur.

Chronique : Hygiène de l’assassin

Hygiène de l'assassinJ’ai vraiment apprécié la majorité des livres d’Amélie Nothomb (comme Acide Sulfurique ou Antéchrista), mais j’ai exécré celui-ci, et heureusement que ça n’était pas ma première expérience de l’auteure. 

L’histoire et son concept étaient intéressant, mais l’auteur a poussé trop loin l’horreur et l’insalubrité avec des mots (en cela l’effet voulu est atteint et magnifiquement réussi)… je dois avouer que sur la fin chaque page me coûtait.

Je vais tout de même vous donner le concept du livre qui était pourtant intéressant… une sorte d’enquête immiscée dans une interview : un grand écrivain vit ses dernières semaines sur terre, et c’est ainsi qu’avant sa disparition, il se fait interviewé par quatre journalistes. Et c’est au fil des interviews que l’on découvre le grand écrivain Prétextat Tach (auteur d’autant plus reconnu qu’il est peu lu). Un personnage excentrique, imbu de lui-même jusqu’à l’excès, et de la cuisine encore plus, comme le prouve sa corpulence… Ainsi le décor est posé, les journalistes et les propos odieux (bien tournés tout de même, il faut l’avoue) se succèdent.

Mais de mon avis, tout est trop dans ce livre : trop glauque, trop cru, trop odieux, trop sale pour faire de ce roman une beauté dans la laideur. Même si j’ai adoré le côté progressif de l’interview et de l’intrigue, l’histoire est selon moi trop malsaine.  

Pour finir, ce qui ajoute à mon sentiment de déception, c’est cette fin précipitée, légèrement bâclée qui même si elle était inattendue, n’en est pas moins inachevée.

Il manque trop de chose à cette œuvre pour que ça tienne la route, rendant le tout d’un surprenant ridicule…

Vous l’aurez compris, je ne porte pas ce livre au rang de mes préférés, même s’il aura au moins eu le mérite de ne pas laisser indifférent. En cela, Amélie Nothomb a joué de main de maître. 

GENRE : Littérature
TRANCHE d´ÂGE : ,