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Chronique jeunesse : Le renard de Morlange

Une  magnifique histoire au temps des comtes et du servage qui apprend aux plus grands l’humilité de façon… originale

Grand classique de la littérature jeunesse, Le renard de Morlange est un roman très régulièrement prescrit dans les écoles. Son histoire permet de découvrir une époque où les seigneurs dominaient leurs terres d’une main de fer.

Son auteur, Alain Surget à écrit quantité de romans pour la jeunesse. Le succès du Renard de Morlange est tel que les éditions Nathan l’ont édité avec une typographie pour les dyslexiques. C’est cette édition spéciale que j’ai découverte : écartement des lettres plus grand, typographie sans empattement, mots difficiles en couleur… tout est fait pour que la lecture ne soit plus un frein.

Un seigneur haïssable de tous…

Le comte de Morlange a tout pour lui, si l’on pense de façon matérialiste. Pour ce qui est du reste, il n’a aucune qualité humaine : il empêche sa femme de s’épanouir en l’enfermant, écrase les cultures de ses paysans, leur prélève un impôt d’une valeur injuste quitte à les affamer…

Tout cela perdure jusqu’au jour où le conte va faire une rencontre qu’il va amèrement regretter. Ayant malmené un druide dans « sa » forêt, ce dernier lui lance une malédiction : à chaque pleine lune, le seigneur se transformera en renard.

Et rien ne pourra changer cela, sauf s’il arrive à apprendre l’humilité et la noblesse d’esprit. Autant dire que rien n’est pas joué d’avance…

Une superbe histoire au message magnifique

Sous ses airs de fable moyenâgeuse, Le renard de Morlange nous conte une histoire où le grand peut devenir petit. Où le puissant peut se transformer en faible et où les cartes peuvent être redistribuées de façon surprenante.

Outre l’histoire, c’est également l’écriture qui participe pleinement à tenir le lecteur dans cette époque révolue. En effet, Alain Surget use de tout le vocabulaire nécessaire pour nous faire tomber en pâmoison devant son ouvrage. Et ça fonctionne.

C’est tout un vocabulaire bien spécifique qui s’ouvre aux jeunes lecteurs qui vont découvrir le roman : griserie, conter fleurette, pavane, mascarade, suzerain… Tous les mots sont expliqués en bas de page, de quoi enrichir leurs connaissances.

J’ai particulièrement apprécié les phases où le comte de Morlange est un renard. Les descriptions de la nature quand il découvre la vie qu’il y a dans la terre, l’humus… Son émerveillement face à ce corps vif et nerveux qu’il possède mais qu’il ne maitrise pas bien. Le comte devient peu à peu autre

Le renard de Morlange a beau être un roman à destination des enfants dès l’âge de 9 ans, son message ne laissera personne indifférent. Et il a plusieurs niveaux de lecture et même les adultes pourront l’apprécier. A la fois philosophique, historique, il force à la réflexion sur le caractère humain et ce qui peut le faire basculer du bon ou du mauvais côté…

Seul bémol, il est dommage que les éditions Nathan n’aient pas fait un petit dossier explicatif sur l’époque en fin d’ouvrage. Une petite page ou deux auraient suffit comme support… Mais peut-être ont-ils fait un document pédagogique pour les professeurs uniquement ? Quoi qu’il en soit je suis certaine que ça aurait aussi intéressé les jeunes lecteurs pour mieux comprendre l’époque.

Mini-Chroniques #7 : Un anniversaire royal à gâcher, une figure de l’Histoire au parcours inspirant, une dystopie chinoise à faire froid dans le dos et une femme trompée….

Pour une fois, il n’y a vraiment AUCUN rapport entre les livres présentés. Si ce n’est qu’ils ne nécessitaient pas une chronique complète. Mais ils ont tous leur petite particularité, même si je ne les ait pas tous pleinement aimés…

Le premier défi de Mathieu Hidalf – Christophe Mauri – Folio Junior

Cela fait extrêmement longtemps que j’ai lu ce premier tome des aventures de Mathieu Hidalf. Il ne m’en reste donc qu’un souvenir diffus bien que très positif, la mini-chronique semble donc tout indiquée.

Pour faire simple, cette histoire m’avait fait penser à du Harry Potter version délurée, décalée et originale. Le jeune Mathieu Hidalf prenant chaque année un malin plaisir à gâcher la fête d’anniversaire du roi. Et cette année, il va devoir faire encore plus fort que les années précédentes car un complot contre le roi s’organise…

C’est une lecture drôle, qui ne se prend pas au sérieux une seule seconde et qui recèle beaucoup d’imagination. On sent que ce n’est que le début d’une grande saga jeunesse (dont le succès s’est d’ailleurs amplifié au fil des tomes). Et en plus, c’est français ! Ce qui ne gâche rien, bien au contraire.

La révolte – Clara Dupont-Monod – Stock

La seconde partie de vie de l’incroyable Aliénor d’Aquitaine vue par son fils, Richard Cœur de Lion nous est ici magnifiquement romancée par Clara Dupont-Monod. L’autrice du roman Le roi disait que j’étais diable revient sur le sujet d’Aliénor, qu’elle n’a apparemment pas fini d’exploiter de façon romancée… Et c’est une réussite !

On plonge dans l’Histoire, la vraie, comme jamais. Et bien entendu, il y a quelques inexactitudes historiques, Clara Dupont-Monod le sait bien. Mais comme elle le dit si bien, elle n’est pas historienne mais romancière. Alors, si elle souhaite par exemple faire tenir une fourchette (ce qui historiquement n’est pas possible) à Aliénor, rien ne l’en empêche.

Pour ceux et celles qui aiment les purs romans historiques, c’est l’ouvrage parfait. On est transporté par le destin de cette femme qui s’est mariée au Roi de France, en a divorcé (impensable pour l’époque !) et puis s’est remariée avec le Roi d’Angleterre ! Ici, c’est tout particulièrement la seconde partie de sa vie que nous allons découvrir. Sa tentative de retournement du pouvoir en Angleterre, ainsi que sa captivité…

Un paradis – Sheng Keyi – Editions Philippe Picquier

Présenté comme La servante écarlate version chinoise, Un paradis avait tout pour me plaire. Une dystopie chinoise, ce n’est pas tous les jours qu’on en découvre une ! Mais très vite, j’ai été assez perplexe et déçue.

Je n’ai pas aimé l’écriture, même si elle se justifie tout naturellement car l’ouvrage est narré par une jeune femme un simple d’esprit qui ne comprend pas tout ce qu’on lui impose. Elle a été mise dans une sorte de clinique clandestine à bébés. Inséminée, on attend ensuite qu’elle accouche pour vendre le nourrisson, et on recommence jusqu’à ce que son corps s’épuise. Et comme elle est simple d’esprit, elle n’est même pas rémunérée, considérée uniquement comme un ventre fécondable, contrairement aux autres femmes qui elles sont venues par nécessité, elles sont payées par chaque bébé viable qu’elle « fournissent ».

Notre jeune narratrice se fait régulièrement abuser, agresser, tout étant écrit de son point de vue, rien n’est crument dit, mais on comprend qu’il se passe quelque chose de terrible. C’est une enfant dans un corps d’adulte qui nous raconte son calvaire…

Le roman est clairement dérangeant et c’est voulu, mais je n’ai pas réussi à adhérer à cette dystopie, bien trop terrible (et peut être trop réaliste ?). On appréciera les jolies aquarelles en couleur réalisées par l’autrice pour la version française de son roman. Elles sont superbes.

Martine est sur Gleeden – Martine S. – Editions de La Martinière

Peu mémorable, mais certes sympathique sur le moment. On y suit les « aventures » d’une femme d’une cinquantaine d’année dont le couple bat de l’aile. Son mari la trompe, elle décide de se venger en allant voir ailleurs elle aussi… mais ce n’est pas comme ça que les choses vont se passer.

Avec des noms de chapitres tels que « Martine va au sex-shop », « Martine à la piscine » ou encore « Martine Reporter », on ne peux s’empêcher de penser à la célèbre série pour enfants version salace… Mais ici, rien de cru, c’est plus une réflexion sur le couple quand on passé le cap de la cinquantaine. Je me suis sentie très éloignée de Martine pour de nombreuses raisons, mais avant tout parce que l’histoire est assez plate malgré une écriture drôle et vive. Lecteurs curieux, passez votre chemin…

Chronique Jeunesse : Les enquêtes de Lottie Lipton

Une série de romans policier 100% British et mystérieuse pour les jeunes lecteurs !

Connaissez-vous Lottie Lipton ? C’est une petite fille déjà très vive pour son âge qui vit avec son oncle au British Muséum, un musée mondialement connu. Elle adore décrypter les codes secrets et se rendre utile… pour peu qu’on l’écoute !

Les deux premiers tomes des aventures de Lottie Lipton sont ainsi parus simultanément en juin 2017, aux éditions Père Castor.

Les romans sont écrits par Dan Metcalf, un auteur britannique, ce sont ses premiers à paraître en France. Il n’y a pas d’ordre particulier pour découvrir la série.

Bienvenue dans le monde fascinant et feutré du British Muséum 

Chers enfants lecteurs, connaissez-vous le British Muséum ? C’est l’équivalent anglais du Louvres. Il s’agit d’une institution gigantesque retraçant des millénaires d’histoire sur tous les continents…

Et pour le découvrir, qui de mieux que l’aide de Lottie Lipton ? Agée d’une dizaine d’années, elle a la chance de vivre dans les murs du British Muséum avec son oncle qui y travaille. Ses parents étaient de brillants archéologues avant de disparaitre.  

Mais Lottie a beau avoir une dizaine d’années seulement, elle sait déjà très bien ce qu’elle veut devenir. Elle a décidé de suivre les traces de l’inspecteur Blade, le héros du magazine Enquêtes et mystères !

Et ça tombe bien car de nombreuses énigmes sont à résoudre dans les deux ouvrages…

Intelligent et vif… comme Lottie !

Si vous êtes à la recherche d’une série de romans policiers pour l’âge de 8/9 ans, Lottie Lipton est une héroïne à découvrir absolument. J’ai trouvé cette série assez rafraichissante pour qu’on s’y intéresse sérieusement. Elle est dynamique, intelligente, et propose au lecteur de résoudre lui-même une partie des énigmes.

Vous avez d’ailleurs un carnet de notes et un crayon attaché à chaque ouvrage, la panoplie parfaite de tout détective. Les ouvrages sont joliment présentés, donnant un vrai effet collection à ce début de série. Chaque livre possède de grands rabats et un élastique ce qui le rend très joli esthétiquement et qui donnera envie de les avoir dans la bibliothèque !

Au programme dans ces deux premiers tomes : décryptage, codes secrets, langage morse, devinettes, charades…

Dans Les secrets de la pierre d’Egypte, nous découvrons le début d’un grand jeu de piste inscrit discrètement sur la Pierre de Rosette. Celui qui le déchiffre jusqu’au bout trouvera le trident de Neptune.

Et dans La malédiction du chat du Caire, une statuette a disparue ! La plus importante de toute la collection : il s’agit d’une statue de chat dorée magnifique fabriquée au temps de l’Ancienne Egypte. Alors qu’elle devait être la pièce maitresse de la collection, son emplacement sous verre est vide. Lottie Lipton se lance dans une enquête express pour retrouver la statuette car… elle n’a qu’une heure pour la retrouver ! Sinon, c’est le poste de son oncle qui sera sur la sellette.

Dans ces deux romans, on use de tous les prétextes pour inciter les lecteurs à se creuser les méninges ! Les chapitres sont très courts, la typographie assez grosse pour que la lecture soit aisée… c’est le genre de lecture idéale pour le courant du CE2.

De plus, les illustrations typiquement british de Rachelle Panagarry sont parfaites pour habiller l’histoire.

Conclusion ? La série Lottie Lipton est à avoir dans sa bibliothèque, juste à côté des Maisie Hitchins. Vivement la suite de ses aventures… en Angleterre, il y en a déjà six !

AUTEUR :
EDITEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : Scott est mort

Une glaciologue et son équipe sont en Antarctique, planchant sur le travail de toute une vie, mais une tempête approche et les empêche de forer… l’occasion de repenser au passé, de se souvenirs de ce que l’on a mal fait, même si il est trop tard pour réparer car… Scott est mort. 

D’origine allemande, Anne von Canal est une autrice peu connue en France. Avec Scott est mort, il s’agit de son second ouvrage. Auparavant, elle avait sorti le roman Ni terre ni mer, également aux éditions Slatkine & Cie.

Une tempête se prépare…

Hanna, glaciologue de son état, est avec une équipe très réduite pour réaliser la consécration d’un travail de toute une vie pour elle et ses collègues. La tension est palpable, et chacun a tout intérêt à ne pas faire de vagues… car 24h/24 avec des collègues est un exercice difficile. Surtout quand les conditions climatiques sont extrêmes…

C’est dans ce climat glacial et ce lieu hostile à l’homme qu’Hanna apprend une terrible nouvelle : Scott est mort. Qui était Scott ? Un amour perdu ? Non. Une amie très chère à Hanna… Sa mort va faire ressurgir en elle de nombreux souvenirs d’enfance et d’adolescence avec en fil rouge leur but commun : explorer ensemble l’Antarctique comme Roald Amundsen et Robert Falcon Scott en leur temps…

Une ode à l’enfance et l’innocence perdue

Bien que déstabilisant par moments, Scott est mort est un texte qui a su me plaire, sinon me toucher. En effet, Hanna est une femme de caractère, qui s’est battue des décennies entières pour en arriver à cette mission de forage… mais elle n’a pas réussit à atteindre son rêve avec sa meilleure amie Fido, surnommée Scott. Ce nom de Scott lui a été donné suite à leurs jeux où elles se refaisaient encore et encore les plus grands moment de la conquête de l’Antarctique par l’homme. Hanna faisait Amundsen, et Fido, Scott. Pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire de ces grands explorateurs du début du XXème siècle, je vous propose de vous reporter sur wikipédia (nombreux liens en fin d’article). Mais pour faire bref, dans la course au Pôle Sud, Amundsen a gagné… mais Scott est mort sur le chemin du retour avec toute son équipe. Ainsi, apprendre pour Hanna cette mort prématurée d’une amie a quelque chose de particulier quand on connaît son surnom et tout le sens qu’il y a derrière…

C’est ainsi que l’on vogue entre les différents forages de la calotte glaciaire et les très nombreux souvenirs d’enfance d’Hanna. Parfois, c’est un peu brouillon et on mélange les différentes époques des souvenirs, mais rien d’insurmontable.

Le seul point un peu noir de ce roman, c’est qu’il laisse un vrai goût d’inachevé, à l’image de la relation étrange qu’on eue Hanna et Fido. Cela est très certainement voulu de la part de l’autrice, nous n’avons pas toutes les réponses sur Fido et pourquoi elle a coupé les ponts aussi abruptement avec Hanna. Mais j’aurais aimé en savoir un peu plus, avoir au moins un début d’explication.

Plus que pour son intrigue, c’est avant tout pour son ambiance qu’il faut lire Scott est mort. J’aurais d’ailleurs apprécié qu’il y ait plus de développement sur le travail d’Hanna et de son équipe. On voit très bien que le décor est posé, on s’imagine tout de suite là-bas, mais on apprend très peu sur leur travail et les enjeux qui vont avec.

Voici donc un roman agréable à lire bien que parfois nébuleux. Vous aurez une histoire simple (un peu trop ?), fluide, qui a le mérite de se dérouler dans un cadre original. Sympathique même si peu mémorable…

Pour aller plus loin :

EDITEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Interview de Bertrand Campeis pour sa collection Dimension Uchronie chez Rivière Blanche

Connaissez-vous Dimension Uchronie ? Il s’agit d’un recueil de nouvelles dédiées à ce sous-genre si particulier et fascinant de la science-fiction. Je vous invite ainsi à découvrir la collection ainsi que celui qui a réunit des nouvelles de tous bords pour notre plus grand plaisir…

La bibliothèque de Glow : Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de la Bibliothèque de Glow ?

Bertrand Campeis : Bonjour les lectrices et les lecteurs de la Bibliothèque de Glow ! Je m’appelle Bertrand campeis, j’ai très prochainement l’âge qui est la réponse à la plus grande question de l’univers et je suis un grand amateur d’Uchronie : j’en lis, j’écris des articles dessus, je fais également partie du Prix actuSF de l’Uchronie et maintenant je dirige même des anthologies sur ce thème spécifique. Je suis un énorme acheteur de livres en tout genre, de films, de dessins animés et je loge chez mes deux chats (en échange je leur fournis un lit douillet et plein de croquettes). Pour pouvoir acheter tous les livres et Blu-Ray qui s’entassent dans ma batcave aux merveilles je suis devenu fonctionnaire (J’aurais voulu être Bruce Wayne mais la place est déjà prise, donc je me suis contenté de devenir un grand fan de Batman tout court). Voilà, ça, c’est pour commencer. 🙂

La bibliothèque de Glow : Pouvez-vous expliquer aux lecteurs en quelques phrases ce qu’est l’uchronie ?

Bertrand Campeis :L’uchronie est un mot inventé à partir du mot utopie ! L’utopie c’est un lieu imaginaire (en grec U = Non et Topos = Lieu). L’uchronie c’est une histoire imaginaire qui aurait pu avoir lieu (U = Non et Chronos = Temps). C’est jouer avec le temps en imaginant qu’en changeant un évènement, on crée une autre Histoire. Cela peut aller de la grande Histoire (la plus connue étant Et si les Nazis avaient gagné la Seconde Guerre mondiale) à l’histoire personnelle (la vôtre par exemple ! Et si vous aviez raté le train dans lequel vous avez rencontré votre future copine ? Réussit tel examen auquel vous avez échoué ?) Comme vous le voyez, c’est un jeu de l’esprit avec des combinaisons qui peuvent aller… Jusqu’à l’infini (et au-delà !) Vous avez certainement lu de l’uchronie (en livres, BDs ou même mangas) vu (en films ou dans une série TV) ou même joué (jeu de plateau ou jeu vidéo) sans forcément le savoir 🙂 Si cela vous intéresse, j’ai eu la chance de co-écrire avec Karine Gobled un Guide de l’Uchronie paru chez ActuSF (il a été réédité en 2018 sous une forme réactualisée dans la collection Hélios) qui permet de (re)découvrir l’uchronie.

La bibliothèque de Glow : Comment avez-vous sélectionné les nouvelles de Dimension Uchronie ?

Bertrand Campeis :J’ai fait un appel à textes afin de faire une anthologie baptisée Dimension Uchronie et au final j’ai eu suffisamment de nouvelles pour me dire que je pouvais envisager de faire non pas une mais trois anthologies. Dès le départ, j’ai eu la chance d’être entouré d’ami.e.s qui m’ont donné plus qu’un sacré coup de main : Hermine m’a plus qu’aidé en relisant les nouvelles avec moi et aidée dans la phase de correction avec les autrices et auteurs. Avec son compagnon, Erwan, ils ont traduits les nouvelles étrangères que j’ai acheté au coup par coup. Je dois également beaucoup à Laurence, à Marie Marquez pour leur aide lors des phases de relecture /  correction sur les Bon à Tirer. L’autre personne à qui je dois énormément c’est Tiffanie Uldry, qui m’a fait de superbes couvertures. Et Last but not least Philippe Ward et Jean-Marc Lofficier ont été patients, calmes et m’ont pas mal expliqués comment il fallait bosser. Ces anthologies c’est une première pour moi : j’ai tâtonné, expérimenté, revu souvent ma copie et au final, j’ai eu l’impression de progresser par à coup, grâce aux autrices, aux auteurs, aux personnes qui ont lu l’anthologie et l’ont critiqué (en l’ayant aimé ou pas trop : on est là avant tout pour apprendre de ces erreurs et progresser). Ces anthologies, pour moi c’est avant tout un travail d’équipe, des rencontres, des discussions. Sans l’aide de tout le monde, les anthologies n’auraient pas pu sortir de manière aussi rapprochée (la première est sortie fin 2018 pour le salon de Sèvres, et les deux suivantes pour 2019, l’une pour début juin, l’autre pour Sèvres). Ce fût une expérience gratifiante, exaltante même mais qui nous a laissé sur les rotules (à l’heure où j’écris Dimension Uchronie 2 est bouclé et nous travaillons, Hermine et moi, sur le bouclage du dernier volume).

La bibliothèque de Glow : Les textes sont-ils inédits où ont-ils déjà vu le jour auparavant ?

Bertrand Campeis : Certains textes sont déjà parus ailleurs mais ont été retravaillées pour paraître chez nous. Les trois-quarts sont inédits. Dès le début nous avons fait un mix : rencontre avec des autrices et des auteurs que nous aimions énormément et textes provenant de l’appel à texte. Après un DU 1 comprenant 15 nouvelles, nous sommes partis sur 20 nouvelles pour DU2 et allons maintenir ce chiffre pour DU3 mais avec pas moins de 3 nouvelles étrangères (2 américaines et 1 japonaise si tout va bien). Le but est de se faire plaisir et de montrer la diversité de l’uchronie. Pour celle-ci est un jeu de l’esprit ce qui implique un aspect divertissant. J’adore les uchronies extrêmement intelligentes et nous permettant de réfléchir à notre société, de nous interroger sur notre façon de voir les choses et à côté de cela j’adore des uchronies orientées sur l’action, le divertissement pur. L’important ce n’est pas tant le message (ou l’absence de celui-ci) mais ce que l’on ressent devant une histoire.

La bibliothèque de Glow : Vous proposez également des nouvelles étrangères – comment les avez-vous sélectionnées et acquises ?

Bertrand Campeis : La première nouvelle, Alerte rouge, je l’avais découverte grâce à Eric Henriet, il en parlait dans son essai L’histoire revisitée ou panorama de l’uchronie sous toutes ses formes. Eric étant un ami, il a eu la gentillesse de me faire lire cette nouvelle. ensuite c’est assez Rock N’ Roll, j’ai découvert que l’auteur, Jerry Oltion, tenait un blog et je l’ai contacté, grâce à Hermine Hémon et Erwan Devos, afin de lui proposer d’acheter cette nouvelle. Il a accepté sans problème et voilà !

A partir de là je me suis dit que rajouter des nouvelles étrangère serait un sacré bonus dans les 3 anthologies : j’ai donc contacté Marie Robinette Kowal pour sa nouvelle The lady astronaut of Mars. Là ce la a été beaucoup plus long vu que je suis passé par son cabinet américain, qui m’a envoyé vers une agence française qui gérait ses droits à l’étranger. Cela a été très long (plus de 6 mois dans mes souvenirs) mais nous avons eu la primeur de cette nouvelle (pour la petite histoire l’intégralité du cycle a été achetée par Denoël lunes d’encre et devrait sortir chez nous à l’horizon 2020). Pour la nouvelle d’Aliette de Bodard, je lui ai tout simplement demandé à Sèvres en 2018 si elle avait une nouvelle uchronique à me proposer, elle m’en a envoyé une et Hermine et Erwan ont travaillé d’arrache-pied pour qu’elle sorte dans DU2. La dernière a également été un heureux hasard : Bondye Bon a été signalé par le site Uchronia The Alternate History List qui recense à peu près tout ce qui sort en langue anglaise (c’est d’autant plus méritoire et impressionnant qu’il est géré par une seule personne, Robert Schmunk). Le pitch m’a plu (une révolte d’esclaves américains qui a été sévèrement réprimandé, et c’est un euphémisme, dans les années 1830 réussit dans cette uchronie grâce au… Vaudou ! C’est tout de suite plus pratique quand vous avez une armée de morts pour vous en prendre à vos anciens maîtres…) et là aussi, j’ai négocié directement avec l’autrice. Quand je regarde cela rétrospectivement je me dis que j’ai eu beaucoup de chance ! Et qu’heureusement qu’Hermine et Erwan étaient là pour m’aider à parler avec tout le monde en english fuently.

 La bibliothèque de Glow : J’ai entendu dire qu’un second tome et un déjà un troisième étaient en préparation, pouvez-vous nous en dire plus ?

Bertrand Campeis : Un deuxième tome… (ndlr : déjà paru en librairie). Puis un troisième et dernier ! Au final on devrait atteindre 50 nouvelles uchroniques en tout. Le deuxième comporte 20 nouvelles jouant sur énormément de thèmes, que ce soit l’antiquité, le féminisme, le colonialisme, ou une autre façon de penser avec la nouvelle d’Aliette de Bodard. L’important c’est cela, découvrir à chaque fois des thèmes peu traités, ou connus mais traités différemment (celle de Sylwen Norden m’a pas mal marqué) j’ai adoré le texte que m’a proposé Jérôme Akkouche qui joue sur un thème peu traité (le steampunk et le monde de l’art). Jean Rébillat nous a fait une très chouette nouvelle imaginant une Angleterre toujours rattachée à la France par ce qui reste du Doggerland (bras de terre qui reliait l’Angleterre au continent et qui a été englouti dans notre réalité). Celle de Cédric Legentil m’a pas mal marqué car il a très bien cerné la mentalité japonaise (il imagine l’envoi d’un corps expéditionnaire japonais qui combat aux côtés de l’allié français lors de la Première Guerre mondiale, et sa vision est très juste et terrifiante). Il y a de l’humour, que ce soit avec la nouvelle de Gillen où l’Ecosse est devenue indépendante mais n’a plus de whisky ! Pascal Roussel nous régale avec un héros bondissant et très drôle qui libère la France d’une occupation extraterrestre qui a empêché la Révolution Française en 1789… Vu que le steampunk apparaît pas mal, j’ai demandé à Etienne Barrilier de faire une préface pour expliciter celui-ci (Merci à lui). Enfin j’ai eu une chouette nouvelle, jouant sur la thématique du temps, qui est utilisée comme une drogue, par Amélie Bousquet. Elle sortait un peu des sentier battus (je n’ai pas souvent eu l’occasion de lire des nouvelles où on se fait des shoots temporels, en dehors de Chronoreg, roman québécois de Daniel Sernine, donc je l’ai accepté avec plaisir).

Pour la couverture, nous avons décidé de jouer sur un autre possible avec Tiffanie Uldry : Et si le Japon était devenue une république plutôt qu’un empire ? Étant tombé par hasard sur un superbe portrait de Nakano Takeko, j’ai demandé à Tiffanie de me la représenter en Liberté guidant les troupes républicaines vers la victoire lors de la guerre civile de 1868 (qui, dans notre réalité, a vu une éphémère république indépendante d’Ezo exister sur l’île d’Hokkaido. Ici elle persiste et l’emporte). Le but avec cette couverture est de présenter d’autres alternatives, en montrant des femmes qui font l’Histoire, car on les occulte (ou plutôt les invisibilise) trop. et puis cela permettait de sortir de l’image cliché Japon impérial  ^^. La dernière couverture devrait pas mal plaire aussi, cette fois-ci nous découvrirons une autre Amérique.

Vous reprendrez bien un peu d’uchronie ? Au moment où vous lirez ces lignes Hermine Hémon et Bertrand Campeis seront en train de boucler Dimension Uchronie 3 ! Qu’avons-nous gardé pour la fin ? L’espace ! ^^ Partez et découvrez quinze nouvelles uchroniques (dont deux américaines, traduites par Hermine Hémon et Erwan Devos) qui seront vous montrer des réalités effroyables, bouleversantes et bel et bien différentes. Accrochez-vous, là où nous allons, il n’y a plus de routes ! Sortie pour le Salon de Sèvres.

Je rêvais de mettre à disposition du public des anthologies Mammouth : je suis en passe de réussir mon pari. Tout cela je le dois à Philippe Ward et Jean-Marc Lofficier, qui m’ont accueilli et aidé à bras ouverts (et expliqué comment il fallait bosser : j’ai véritablement découvert ce que c’était que l’édition en parlant avec eux. Et dans mon cas je me considère encore et toujours comme un amateur, je fais cela sur mon temps libre et je bénéficie du soutien d’ami.e.s sans qui tout n’avancerait pas aussi vite voire aussi bien). Merci à Hermine, à Marie, à celles et ceux qui ont écrit, qui ont lu ou critiqué l’anthologie. Et j’espère qu’avec cette deuxième anthologie, puis la troisième et dernière, cela permettra de découvrir à quel point l’uchronie permet de se faire plaisir, de vous faire plaisir, et d’apporter en sus d’un bon moment de lecture, un début de réflexion sur d’autres possibles.

Chronique album jeunesse : Chouette !

Une toute nouvelle génération de livres animés arrive, et elle est fantastique !

Les éditions Albin Michel se lancent pleinement (et avec talent) dans le livre animé. Mais attention, on ne vous parle pas ici de flaps, de volets à soulever ou de matières à toucher diverses, mais d’un livre interactif qui nécessite l’ouvrage papier et… une tablette ! Il vous suffit de télécharger l’application Histoires Animées (gratuite, on la trouve sur Google Play ou l’App Store), et c’est parti ! Pour le moment, deux titres sont sortis en mai 2016 : Copain ? et Chouette ! Et à votre service, 150 animations visuelles et sonores, vous aurez donc de quoi faire !

Pour cet album magnifique, on découvre les illustrations de Léna Mazilu, elles sont belles, douces et colorées… ambiance magique assurée.

Une chouette… à lunettes !

Tout débute avec une toute petite, toute mignonne chouette. Elle se réveille et elle trouve près d’elle… une paire de lunettes ! A qui sont-elles donc ? Pour le découvrir, elle part à la rencontre des animaux de la forêt… Des chauves-souris, un hérisson, des lucioles, un ours… que de beau monde dans la forêt en pleine nuit !

Un livre magnifique et original sublimé par la réalité augmentée 

La collection des Histoires Animées signe un véritable renouveau dans le monde de la littérature jeunesse, et je pèse mes mots. Cette technologie existe depuis quelques années maintenant, mais jamais elle n’avait été aussi bien mise en application, il s’agit de la réalité augmentée. Les animations sont bien faites, parfaitement intégrées à l’histoire, de même, les bruitages sont également géniaux.

Présentation de la collection Histoires Animées par Les Mums.

On adorera passer ses doigts partout sur la tablette pour trouver toutes les animations et bruitages. Certaines sont évidentes, mais d’autres sont extrêmement bien camouflées, il faut donc avoir l’œil !

Enfin, pour ceux qui n’ont pas envie de lire l’ouvrage à haute voix, l’application peut également s’en charger ! Bref, tout est fait avec énergie. C’est bien pensé, joli, malin… on ne peut que tomber sous le charme de cet album dont les dessins sont magnifiques. Et voir les dessins prendre vie ne le rend que plus beau encore.

En bref, cet album est absolument magnifique. Ne passez pas à côté, je vous le conseille pour des enfants de 3 à 5 ans environ, mais en tant qu’adulte j’ai moi-même été émerveillée de découvrir une si belle alliance entre livre papier et technologie.

Espérons qu’Albin Michel développera cette collection, elle a tous les atouts pour fonctionner en librairie. Par ailleurs, je trouve le prix très correct pour le produit proposé, à savoir 15 euros. Alors, à quand de nouvelles histoires animées ?

Lecture de Chouette ! en réalité augmentée, c’est tout simplement magique…

Ma rentrée littéraire 2018 – Partie 1/2

Tous les ans, les libraires reçoivent des palettes de romans qui sortent tous à la même date, c’est la fameuse rentrée littéraire. Un phénomène bien français aussi fascinant que… très frustrant ! Impossible de lire les 567 romans de la rentrée, voici donc mon avis sur les 1,76% de romans de la rentrée que j’ai pu lire…

La femme de Dieu – Judith Sibony – Stock

La présentation faite pour La femme de Dieu était engageante. L’histoire d’un homme qui a une – énième – amante, sa femme a l’air de tout ignorer, tout comme leur fille unique… mais cette amante risque de briser l’équilibre fragile de la famille. Lui est un auteur de pièces de théâtre de renom, son amante elle, sort de nulle part… Et elle veut une seule chose de son amant : un enfant qu’elle chérira. Pourquoi ? Nul ne le sait, pas même elle, dont le besoin d’enfant issu des gènes de son amant est le but ultime… Et tous les moyens sont bons pour elle afin de parvenir à ses fins… y compris les plus tordus.

Pour être honnête je m’attendais à un roman original, mais pas retors. Et pourtant, La femme de Dieu est un livre qui m’a dérangée. Il n’a pas de véritable but selon moi, ne nous raconte rien, et il est rempli de lieux communs et de stéréotypes… Et surtout, je l’ai trouvé assez malsain. Quand on découvre jusqu’à quelles extrémités est prête cette femme pour avoir un enfant, c’est perturbant… Et puis, les ficelles tirées par l’auteure sont parfois un peu grosses…

En somme, la femme de Dieu fut un roman sur lequel je misais quelques espoirs, mais qui ont rapidement été soufflés.

Vivre ensemble – Émilie Frèche – Stock

Avant de vous faire lire la chronique de l’ouvrage, je tiens à préciser que j’ai lu et apprécié ce roman AVANT de connaître toute la polémique qu’il y a autour. D’ailleurs, suite au scandale suscité par la parution du roman, les éditions Stock ont du insérer un encart dans l’ouvrage afin de calmer les esprits. Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur l’affaire en question, je vous laisse lire ces quelques liens :

Je vais donc uniquement parler du livre et de son intrigue, et pas du scandale qui s’y rapporte.

Vivre ensemble, c’est l’histoire d’un couple qui s’aime passionnément, et qui décide d’emménager ensemble suite aux attentats du 13 novembre. Cette attaque en plein Paris a pour eux été une véritable claque qui leur a fait prendre conscience qu’il fallait profiter de l’instant présent. Déborah a eu un fils d’un précédent mariage, Léo. Pierre a également eu un fils d’une union précédente : Salomon. C’est donc à quatre qu’ils vivent, dans un appartement de Paris. Et très vite, on sent venir des tensions au sein de la famille recomposée…

D’ailleurs, la scène d’ouverture donne tout de suite le ton : on y découvre Salomon tenant un couteau de cuisine et menaçant tout le monde car il a été contrarié par une petite phrase…

Mais là où Emilie Frèche surprend, c’est dans le déroulement de son roman, on sent qu’un drame se prépare, mais impossible de deviner sous quelle forme… Ainsi, Vivre ensemble est un roman sous tension, que l’on pourrait presque assimiler à un thriller domestique.

Efficace, redoutable. C’est assurément une des belles surprises de cette rentrée, mais il faut mettre de côté la polémique qui l’entoure pour l’apprécier.

La papeterie Tsubaki – Ito Ogawa – Editions Picquier

Ce roman fabuleux de tendresse signe le grand retour d’Ito Ogawa. A placer au même niveau que Le restaurant de l’amour retrouvé (qui était une merveille), ce roman nous fait découvrir le métier désuet et passionnant d’écrivain public au Japon.

On y suit Poppo, une jeune femme d’à peine 25 ans qui vient de perdre « l’Ainée » comme elle l’appelle tendrement. C’était sa grand-mère, et maintenant qu’elle est partie, Poppo décide de reprendre la papeterie familiale. Elle y vend quantité d’articles, mais exerce également le métier plus confidentiel d’écrivain public. Si vous cherchez quelqu’un qui pourra vous rédiger une lettre pour écrire à une ancienne amante, ou que vous souhaitez refuser une demande d’emprunt tout en restant poli, ou encore imiter l’écriture d’un parent décédé pour réconforter celui qui vit encore, vous êtes à la bonne porte.

Tout y est décrit avec précision, chaque geste, chaque encre, chaque type de stylo/plume/crayon utilisé est décrit, de même pour le papier. Il y a une énorme charge symbolique dans chaque choix fait pour écrire une lettre, même le timbre a son importance… Tout cela sans oublier la quantité de formules rituelles différentes pour chaque situation.

L’esprit du Japon transparaît à merveille dans ce roman, c’est tout simplement un roman-doudou. On se sent bien entre ses pages, on savoure chaque histoire humaine qui va nous faire un nouveau talent de Poppo… C’est un petit bijou de délicatesse, et il ne faut donc pas vous en priver ! Un des plus beaux/doux romans de la rentrée….

« Le timbre devait être humecté avec des larmes de chagrin pour une lettre triste, et avec des larmes de joies pour une lettre gaie« .

PS : Pour ceux qui savent lire le japonais, vous trouverez chaque lettre écrite par Poppo à l’intérieur du roman.

PS** : Un second tome avec la même narratrice est prévu pour la rentrée littéraire de 2020, le titre sera La république du bonheur.

Les voyages de sable – Jean-Paul Delfino – Le Passage

Si je vous dit que ce roman raconte l’histoire d’un homme dont la vie commence à Marseille il y a 250 ans… jusqu’à maintenant ? Me croirez-vous ? Voici le récit de Jaume, un homme qui est dans l’incapacité totale de mourir… lui-même ignore comment une telle chose est possible, mais cela fait plus de deux siècle qu’il vit malgré lui. Il a tout vécu, tout connu, baroudé par delà le monde, rencontré l’amour, été trahi, assassiné, battu, exclu… il a également eu ses moments de gloire.

Tout cela, Jaume décide de le raconter au tenancier d’un petit bar, situé Rue Saint-André des Arts, un homme nommé Virgile. Depuis des années que Jaume fréquente le bistrot, il n’a jamais lâché qu’un ou deux mots. Mais ce soir, dans l’hiver froid de Paris, il décide de raconter son incroyable histoire…

Si vous rêvez de voyage, d’aventure et de passion, vous êtes au bon endroit. Les voyages de sable est une histoire à la Highlander (pour le côté narrateur immortel) qui nous transporte. C’est empli de poésie, d’amour, de beauté… On passe de l’Afrique à l’Amérique du Sud sans oublier l’Europe… c’est un merveilleux tour du monde et une fresque historique qui a tout pour transporter.

Anatomie de l’amant de ma femme – Raphaël Rupert – L’Arbre Vengeur

Si il y a bien un roman de la rentrée auquel je n’ai pas compris grand chose (notamment la fin !), c’est bien celui-là ! Le début était pourtant aussi drôle qu’attrayant : un homme découvre dans l’un des nombreux journaux intimes de sa femme qu’elle a un amant.

Dans tous ses carnets, il n’est mentionné qu’une seule fois ! Mais qui est-il ? Et qu’à-t-il de plus que lui exactement ? Est-la la longueur de ses attributs ? La largeur ? Autre chose ? Cet homme essaye de comprendre ce qui attire sa femme chez cet amant et en fait une véritable fixation. Tantôt drôle, tantôt tragique, c’est un roman assez inclassable… Au final, malgré un début très drôle, je n’ai pas réussi à m’approprier ce roman. Et surtout, les dernières pages sont tellement barrées que je n’ai pas bien compris si le narrateur était dans un rêve ou dans la réalité…

Chronique : Les sœurs Hiroshima

Un roman magnifique et très percutant nous retraçant la terrible réalité qu’a subi la ville d’Hiroshima le 6 août 1945. Un véritable classique au Japon à découvrir enfin en France. Inspiré du récit d’une survivante de la tragédie…

Mariko Yamamoto est une auteure japonaise. Son roman, Les sœurs Hiroshima est un véritable classique au Japon, le voici enfin en France, publié aux éditions Bayard en septembre 2017.

L’histoire d’une tragédie que personne ne doit jamais oublier

Voici le début d’une nouvelle journée, nous sommes au Japon, dans les environs de la ville d’Hiroshima. Nous découvrons deux sœurs qui vivent en très bonne entente. Toujours à s’entraider, à faire de sprojets sur la comète où elles rêvent d’ouvrir une petite entreprise ensemble… pourquoi pas un restaurant ? Ou autre chose ? Akiko et sa grande sœur (nous n’aurons jamais son prénom) sont inséparables… jusqu’à l’explosion.

Leur petit village soufflé. Des maisons effondrées, des villageois blessés ou morts… Voici le récit de la lutte pour la survie écrit du point de vue d’Akiko.

Ne jamais oublier

Le roman a beau avoir été écrit par Mariko Yamamoto, ce roman est issu d’un entretien qu’elle a eu avec la vraie Akiko. Cette survivante de la bombe H a témoigné auprès de l’auteure, mais a refusé pendant de très nombreuses années de voir son récit publié. Ce qui l’a fait changer d’avis ? Le devoir de mémoire. Akiko a décidé qu’il fallait que son histoire et celle de sa sœur (et de toutes les victimes) soit connu pour qu’une telle horreur ne se reproduise jamais.

Très pudique et intimiste, on navigue entre les souvenirs d’enfance heureuse des deux sœurs et leur présent aux allures d’apocalypse. Au début, on est perdu, comme elles. On ne comprend pas immédiatement que c’est la bombe qui a frappé, la description faite par Akiko étant très floue. Elle est totalement déstabilisée et perdue… comme nous en la lisant.

Plus qu’un roman, c’est donc un récit et un témoignage que l’on découvre ici. Une fois que l’on sait cela (grâce à l’introduction), tout est exacerbé : l’injustice, la souffrance, la peur… Seul bémol quant à cette introduction, elle nous raconte comment se termine l’histoire. On aurait pu se passer de cette information et avoir une suite d’analyse de l’œuvre dans un épilogue…

….

Terrible et touchant à la fois, Les sœurs Hiroshima est donc un très beau roman. Il est en effet nécessaire et devrait être lu par tous, en tout cas c’est le souhait d’Akiko. La réalité des choses est parfois difficile, mais il vaut mieux la connaître que l’occulter.

A découvrir dès l’âge de 13 ans minimum.

Chronique : Les filles de Roanoke

Un roman glaçant et addictif. Une histoire mystérieuse aux allures gothiques… vous ne reviendrez pas indemne de Roanoke…

Amy Engel est une auteure qui écrit aussi bien à destination des adolescents que des adultes. En France, sa série The Book of Ivy (deux tomes) est sortie en 2015 aux éditions Lumen.

Mais en août 2017, les éditions Autrement ont choisi de nous montrer une autre facette de cette auteure en publiant Les filles de Roanoke ; un ouvrage très surprenant, d’une finesse inattendue et d’une maîtrise diabolique…

Une lignée de femmes qui on souffert, souffrent et souffriront

Roanoke est plus qu’une maison, un lieu ou un nom de famille. C’est une identité dont il est impossible de se détacher, qui réside comme un poids sur les épaules…

Il y a des années de cela, c’est la leçon qu’a appris à ses dépends Lane, qui va s’est retrouveé à Roanoke par la force des choses… Le suicide de sa mère l’a conduite ainsi chez ses grands-parents, qu’elle n’a jamais connus. Étrangement, sa mère a toujours tenu à cloisonner les différents pans de sa vie…

Ainsi, quand Lane a débarqué à Roanoke elle y découvre tout : son étrange, froide et distante grand-mère, son grand-père toujours travailleurs et jovial… et sa cousine Allegra. Totalement folle et libre, Allegra n’en fait toujours qu’à sa tête. Enfin, avant, car maintenant elle est surtout portée disparue.

C’est ainsi que de nos jours, Lane, qui a tout fait pour fuir la touffeur épaisse et oppressante de Roanoke se retrouve à devoir y retourner… Pourquoi avoir fui il y a des années ? Qu’est devenue Allegra ? Que renferme Roanoke ? Pourquoi la lignée de la famille semble frappée d’une malédiction ?

Un roman merveilleux et terrible où passé et présent s’entremêlent

Dès les premières pages, nous sommes piégés. Comme Lane, on se retrouve à Roanoke sans vraiment comprendre ce qui nous tombe dessus. Et peu à peu, une idée voit le jour… terrible mais bien là. A-t-on raison de penser cela ? Nul ne sait, vous serez obligé de continuer à lire l’histoire de la lignée des Roanoke pour tout savoir et tout comprendre.

Le roman a beau être totalement réaliste, son atmosphère est si travaillée et unique, qu’on frôle le fantastique sans jamais y être. Paradoxal ? me direz-vous, mais c’est exactement ce qu’il s’y passe. Moiteur étouffante, sous-entendus glaçants, sentiments complexes, indicibles et anormaux… voici tout ce que Les filles de Roanoke va essayer de vous faire ressentir. Et bien plus encore…

Les chapitres alternent entre passé et présent sous les noms de : « Alors » et « Maintenant ». Le tout est entrecoupé de l’histoire de chaque fille Roanoke en maximum deux pages. Peu à peu, on découvre l’arbre généalogique de la famille… et ses secrets.

C’est un excellent roman qui nous entraîne dans les méandres d’une famille aisée et torturée. Si vous souhaitez lire un roman qui vous prend aux tripes, qui vous restera en mémoire, c’est LE livre qu’il vous faut. Impossible à lâcher, personnages extrêmement prégnants et mémorables (j’ai d’ailleurs comme Lane, un énorme faible pour Cooper l’un des plus fascinants personnages de cette histoire).

Et surtout, Amy Engel est si talentueuse qu’elle réussit à nous glisser quantité d’indices que l’on ne voit pas… mais que l’on redécouvre à la relecture ! Ils sont parfois extrêmement ténus, mais diablement bien placés. C’est si bien caché et disséminé qu’on se demande comment elle a fait pour nous les faire lire sans qu’on réagisse…

« Je me demande une nouvelle fois ce qu’il sait vraiment. Il a toujours été observateur, son regard dépasse ce que les gens sont disposés à dire. Et il a grandit dans les ténèbres, il sait ce qu’elles dissimulent au grand jour. Contrairement à la plupart des gens, il n’a pas peur des zones d’ombre ».

……

A la fois roman, thriller, reflet d’une société parfois abandonnée à elle-même dans les campagnes américaines, on ne peut que saluer le talent d’Amy Engel. Sa saga pour ados The book of Ivy était très bien, mais avec Les filles de Roanoke, elle nous offre un tout autre niveau d’écriture. C’est le genre de roman que l’on n’oublie jamais vraiment, qui vous colle à la peau et qui vous force à y repenser… MAGISTRAL.

Chronique album jeunesse : Graou n’a pas sommeil

Graou est une ourse comme les autres à un détail près… elle n’arrive pas à hiberner et ne rêve que d’une chose, courir dans la neige !

Il vient tout juste de paraître en France aux éditions Nathan, voici Graou n’a pas sommeil ! Cet album aussi graphique que mignon nous vient tout droit de Finlande. Au texte, nous découvrons Kaisa Happonen, et à l’illustration Anne Vasko.

Une ourse mignonne qui sort du lot !

Graou est une petite ourse aussi mignonne que tout à fait normale. Elle a le même pelage que les autres, adore les airelles comme tous les ours… Mais, voici venu le temps d’hiberner, et là, les choses se compliquent, car Graou n’a pas sommeil. Mais alors, pas du tout !

Elle aura beau essayer pendant des heures, le sommeil ne vient pas. Non, ce qu’elle souhaite, c’est courir dans la neige est voir les étoiles… Que va-t-elle décider ?

Un bel album sur la différence et l’acquisition de l’indépendance…

Graou est une ourse qui ne rentre pas dans le moule que la société des ours lui « impose », qu’à cela ne tienne ! Graou décide d’être elle-même et de suivre ses désirs… C’est un bel album sur la différence et l’indépendance, comme quoi on peux bien assumer ce que l’on est sans la validation des autres.

Outre ce message à l’écho sociétal, l’histoire de Graou est tout simplement craquante ! Sa petite bouille d’ourse totalement éveillée avec les yeux grands ouverts y est pour beaucoup. Il y a peu de texte, mais il est extrêmement bien choisi et pensé, vous ne pourrez que tomber sous le charme !

……….

Graou n’a pas sommeil est une belle histoire, à la fois drôle, belle, mignonne et positive. A lire aux enfants dès l’âge de 4 ans environ.

PS : Il est marqué au dos du livre qu’une application est disponible pour découvrir l’univers de Graou en réalité augmentée. Un plus produit qui nous a rendus curieux et enthousiastes ! Malheureusement, il faut croire que notre tablette est déjà obsolète… Il est difficile de trouver l’application (le site de Nathan nous dit qu’il y a un QR code sur le livre, mais nous ne l’avons pas trouvé…), mais une fois celle-ci débusquée, impossible de l’installer. Il semblerait que notre tablette Samsung soit « non compatible » avec ce que propose l’application.

Dommage, j’aurais beaucoup aimé testé Graou n’a pas sommeil en réalité augmentée. D’autant que d’autres éditeurs ont des applications du même genre pour leurs albums et qu’elles fonctionnent parfaitement sur notre tablette…