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Chronique album jeunesse : Chronologie – Une histoire du monde

Un magnifique livre d’Histoire se basant sur les visuels pour aider à mémoriser les événements marquants de notre passé et cela jusqu’à notre présent proche… 

Deux auteurs belges se sont réunis pour créer ce magnifique ouvrage : Roland Lousberg au texte, et Peter Goes et ses magnifiques dessins pour la partie graphique. Le duo d’auteurs nous offre ainsi un ouvrage de référence incomparable pour faire découvrir l’Histoire, la vraie, autrement que par des manuels classiques.  

L’ouvrage est sorti le 5 octobre 2016, aux éditions Milan. C’est parti pour un magnifique voyage dans le temps au travers d’une fresque dense et subtile…  

Il était une fois… le Big Bang

« Les scientifiques pensent qu’il y a environ 13,7 milliards d’années, tout ce que contenait l’Univers était comprimé en un unique point dense et chaud. C’est à partir de ce point que sont nés la matière et le temps, lors d’une gigantesque explosion originelle ».  

Ainsi commence, Chronologie pour ensuite nous emmener aux origines même de la vie sur terre, son évolution, l’apparition des dinosaures, leur extinction, l’arrivée de l’homo sapiens… en bref, tout ce qui fait nos origines.  

Extraordinaire de beauté et de concision  

S’il y a bien une chose extrêmement difficile à réaliser quand on fait un ouvrage de référence de ce type, c’est de compiler, résumer et garder l’essentiel sans se perdre en digressions. Et Chronologie réussit parfaitement son office en résumant rapidement et efficacement les grandes phases de notre Terre ainsi que celles de nos grandes civilisations.  

Vous trouverez également un petit côté imagier et des informations anecdotiques sur les côtés de la grande fresque : à quoi ressemble un rhinocéros laineux ou un tigre à dents de sabre ? Vous le saurez ! 

De même, les infos parsemées un peu partout sont extrêmement intéressantes, vous découvrirez que les plus anciens bateaux découverts ont été fabriqués au Pays-Bas, que la seule des sept merveilles du monde qui subsiste encore de nos jours est la pyramide de Gizeh… et encore une foule d’informations diverses, variées et parfois inattendues.  

Une magnifique double-page est également réservée aux grands explorateurs, et on ne parle pas que de Marco Polo… y sont cités également Frederick Cook, Robert Peary, Iakov Permiakov… et plein d’autres !  

De même, on ne reste pas uniquement en Europe et découvrons la dynastie Ming, les Incas, l’Amérique du Nord au 18ème siècle, la Premières Guerre Mondiale et la Seconde, la Conquête de l’espace… mais l’ouvrage ne s’arrête pas là.  

En effet, là où beaucoup s’arrêtent à nos jours vers les années 2000, et nos très nombreuses avancées technologiques, les auteurs vont plus loin en parlant des attentats du 11 septembre ou encore de ceux de Charlie Hebdo. Ils évoquent la liberté d’expression comme conclusion. La dimension écologique actuelle très préoccupante y est également traitée.  

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Évidemment, le côté graphique de cette Chronologie y est pour beaucoup dans mon coup de cœur. Le format géant de l’ouvrage (38 cm sur 28 cm !), le choix du papier, sa texture, ses couleurs, tout en fait un magnifique objet-livre parfait pour les fêtes de noël. Et son prix est extrêmement correct pour ce qu’il a à nous offrir, l’ouvrage étant à 19,90€.  

Ainsi, si vous cherchez LE livre d’Histoire à offrir, n’hésitez plus, c’est celui-là qu’il faut prendre, tant il est beau et abouti par bien des aspects. C’est le pendant dans le domaine de l’Histoire de l’album scientifique Sous la terre/Sous l’eau, paru chez Rue du monde l’année dernière. Si vous avez ces deux ouvrages chez vous, vos enfants sont parés pour faire de belles découvertes et s’émerveiller durant de longues heures ! 

 

Mes idées de livres à offrir pour Noël 2017 – Albums Jeunesse

Voici venu le temps des listes de Noël ! Comme tous les ans, pour la troisième fois, voici mes suggestions de cadeaux livresques. Attention, ce sont tous d’immense coups de cœur, et je nie toute responsabilité dans vos dépenses de Noël….

Ils ont tous été testés et approuvés par de nombreux clients à la librairie, donc vous pouvez y aller les yeux fermés (ou presque, il faut quand même que vous admiriez les ouvrages).

Voici donc la sélection des albums pour les enfants, de 2 ans jusqu’à 6 ans environ ! Au programme, des histoires toutes mignonnes, un repas avec des méchants, un livre/enquête et un magnifique imagier, et d’autres choses encore !

Dou et son doudou – Johan Leynaud – Sarbacane

Voici un nouveau petit héros pour les enfants dès l’âge de 2 ans environ… voici Dou ! C’est un ornithorynque, tout mimi, tout doux, que l’on a envie de câliner. L’histoire de Dou et son doudou est simple : Dou doit aller au lit, mais il ne pourra jamais s’endormir sans son doudou ! Et c’est ainsi que Dou va mettre sans dessus dessous sa chambre pour trouver le fameux doudou… le trouvera-t-il ? Où était-il donc ?

Si vous cherchez une histoire mignonne et douce pour les enfants dès l’âge de 2 ans, cet album tout-carton est parfait ! Les dessins de Johan Leynaud sont aussi simples que doux, les couleurs pastel ajoutent au côté reposant de l’histoire… C’est une petite réussite !

Et la très bonne nouvelle, c’est que Dou et son doudou est le premier ouvrage d’une série… le second est à paraître en janvier, toujours aux éditions Sarbacane.

Imagier caché – Véronique Joffre – Éditions Thierry Magnier

Si vous cherchez un joli imagier pour les petits dès l’âge de 2 ans et des poussières (sous surveillance !), Imagier caché sera le livre idéal. A la fois imagier, petit bestiaire, livre animé (avec des volets à soulever – d’où le besoin de surveillance, sinon il sera en miettes !), c’est un magnifique album. Les feuilles sont cartonnées, vous trouverez un petit volet à soulever à chaque page, les dessins sont très esthétiques, épurés… En bref, c’est un album beau et original à offrir aux enfants !

Pour ceux qui tomberaient sous le charme de cet album, sachez qu’il y en a d’autres dans la même collection qui sont tout aussi beaux : Imagier mouvementé et Imagier mouillé.

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Le festin des affreux – Xavier Salomó – Seuil Jeunesse

Voici un magnifique album jeunesse pour les enfants dès l’âge de 4/5 ans ! Au menu, une histoire de monstres qui vont manger à l’Asperge Pourrie… un restaurant de renom pour les monstres. Chacun a un plat bien spécial, et bien immonde à manger pour nous humain. Certains mangent des mets pourris, d’autres adorent compléter leur repas d’asticots bien croustillants….

Au repas, vous rencontrerez une momie, un loup, une sorcière, un fantôme (qui a de la Dame Blanche en dessert, je trouve ça génial !). Mais, un petit garçon va s’inviter au repas ! Et son menu à lui a de quoi effrayer le pire des affreux… avec au menu des spaghettis, un hamburger et autres régals que les humains adorent !

Cet album est un véritable coup de cœur à lire sans modération aux enfants ! Vous avez un volet à soulever pour chaque monstre (une cloche cachant leur repas) et un descriptif du menu très… détaillé. Les dessins sont superbement fouillés, l’histoire est drôle, l’album est donc un incontournable à avoir dans sa bibliothèque !

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Je ne suis pas ta maman – Marianne Dubuc – De la Martinière Jeunesse

Énorme coup de cœur pour cette histoire douce et tendre d’un écureuil qui découvre une boule étrange et pleine de piquants devant sa maison… et qui éclot ! Dedans, un étrange bonhomme tout poilu et très attachant qui pense que l’écureuil est sa maman.

C’est ainsi que débute une très belle histoire d’amour filial et d’amitié qui sort des sentiers battus. Adapté dès l’âge de 4 ans environ. Vous pouvez retrouver la chronique complète et des photos de l’intérieur de l’album dans le lien ci-dessous.

Yokai ! – Le monde étrange des monstres japonais – Fleur Daugey et Sandrine Thommen – Actes Sud Junior

Si il y a bien un album documentaire qui m’a tapé dans l’œil cette année, c’est celui-là. En grande fan de littérature nippone et de culture japonaise au sens large, je ne pouvais pas passer à côté… Illustrations sublimes, présentation agréable et très intéressante, mythes et croyances japonaises expliquées, tout y est.

Si vous connaissez un enfant (ou même un adulte) passionné de contes et de légendes, le pays du soleil levant en a des milliers. Saviez-vous par exemple qu’il existe quasiment un yokai pour chaque objet du quotidien ? De la tasse de thé en passant par les sandales ou un meuble, tout peut se transformer en yokai si l’objet est délaissé ou malmené et qu’il a plus de cent ans.

Cet album documentaire est donc une idée de cadeau idéal à faire aux enfants dès l’âge de 9 ans environ. Il a le mérite de nous apprendre une foule de choses tout en nous fascinant par ses dessins à la fois mystérieux et réalistes.

Une histoire d’amour – Gilles Bachelet – Seuil Jeunesse

Le dernier Gilles Bachelet est arrivé, et comme d’habitude, il ne manque pas de créativité ni d’imagination ! Cette fois-ci, l’histoire est celle de Georges et Josette, deux gants en plastique qui vont tomber amoureux à la piscine (comprendre le lavabo, quand on fait la vaisselle). Découvrez leur vie commune au travers de ses hauts et ses bas, des enfants et des bobos (il n’y a que la scène où l’on découvre que Georges a trompé Josette qui m’a laissé perplexe car je la juge inutile pour la construction de l’histoire…). Bref, la vie de tous les jours transposée avec des gants très attachants !

Comme toujours, les dessins de Gilles Bachelet sont extraordinaires. Inventifs, regorgeant de détails, impossible de ne pas tomber sous le charme… Et à force de le lire et de le relire, vous découvrirez des références que vous n’aviez pas vues avant. Il y a même des clins d’œil faits à ses anciens ouvrages. Dès 5 ans.

Qui est le coupable ? – Le manoir – Aurore Damant et Pascal Prévot – Milan

Dans le genre livre-enquête qui fait participer les enfants à fond, la collection Qui est le coupable ? chez Milan est géniale ! Le concept est simple et fait beaucoup penser au jeu Qui est-ce ? En deux pages seulement, vous devez trouver qui a commis un méfait ! 15 personnages sont des coupables potentiels, et si vous êtes bien attentif, vous pourrez deviner qui se cache derrière chaque forfait ! (il y a la solution à la fin de chaque mini enquête). Personnellement, j’ai testé le manoir, mais il y a aussi l’école, les pirates ou encore le château.

C’est simple, bien mené, et c’est adapté au enfants dès l’âge de 6/7 ans environ (avec un peu d’aide), et cela jusqu’à 9 ans. Et dernière petite info qui est un vrai plus : chaque personnage peut être caché par un petit volet intégré à la couverture. Ainsi, quand vous éliminez un suspect, il n’est plus visible ! (comme dans le Qui est-ce ?). Le concept est donc aussi simple qu’efficace et demande aux lecteurs de faire preuve d’attention. C’est excellent et c’est à offrir aux enfants sans réserve. C’est l’un de mes albums préférés de cette année.

Chronique album jeunesse : Mordicus un jour, Mordicus toujours

Que se passe-t-il quand le Grand Méchant Loup prend sa retraite et qu’il part en vacances avec l’un de ses arrières petits-enfants ?

Conté drôlement par Didier Lévy (Je vole comme une patate, A la recherche de Shen Shan, Le jour de l’âge de raison…) et illustré magnifiquement par Marie Novion (Panpi & Gorri), voici Mordicus un jour, Mordicus toujours !

Les deux auteurs avaient déjà travaillé ensemble en 2015 sur une histoire mettant en scène Mordicus : La véritable histoire du grand méchant Mordicus.

Mais que tout le monde se rassure, pas besoin d’avoir lu ce premier opus pour apprécier pleinement le second : Mordicus un jour, Mordicus toujours ! qui vient tout juste de paraître en juin 2017. C’est un régal…

Des vacances sous haute-tension pour Félix…

Félix, c’est l’un des très très nombreux arrières petits-enfants qu’a Mordicus, le terrible loup. Ex-Ennemi public n°1, il fait toujours aussi peur là où il passe… comme cela va être le cas durant leurs vacances !

En effet, très rapidement le petit Félix va soupçonner son grand-père d’avoir mangé l’épicière du camp de vacances. En tout cas, tout le monde en est convaincu et il n’en faut pas beaucoup plus à Félix pour le croire aussi ! La réputation de son arrière grand-père le précédant, il est très probable qu’il l’ai en effet dévorée…

Mais Mordicus n’en démord pas, il n’a boulotté personne, et tant pis si personne ne le crois !

Un album super mignon et drôle qui traite avec humour le thème du « grand méchant loup »

Tout dans cet album concoure à l’aimer, à le lire… et le relire ! Tout d’abord parce que l’histoire est géniale. Elle dose savamment humour, suspense (l’a-t-il mangée finalement cette brave épicière ?) et divertissement.

Les dessins au crayon de couleur de Marie Novion sont tout simplement sublimes… Jugez plutôt !

La page avec la devanture de la boutique en particulier m’a fait flasher. Les détails, les couleurs, tout est d’un profond esthétisme. On n’a qu’une envie, découvrir une aussi jolie devanture dans la vraie vie…

A propos de l’histoire : pour une fois, ça fait du bien de voir un « grand méchant loup » pas si méchant, et qui surtout n’est pas là pour terrifier les petits et les grands. Tout ce qu’il veut, c’est jouer de la guitare et passer de bonnes vacances ! Bref, on ne joue pas sur les peurs des petits, bien au contraire puisqu’on tord le cou aux idées reçues. Mordicus n’est PAS (enfin, plus) méchant.

Et puis, je n’ai pas pu m’empêcher de craquer pour le petit personnage attachant qu’est Félix, arrière petit-fils de Mordicus… Mais surtout mi-loup et mi-renard de son état ! Sa trogne est super mignonne, et l’illustratrice à su créer un petit héros adorable que l’on n’est pas près d’oublier… Ce serait génial de le revoir un jour dans une autre histoire…

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Alors, est-ce que cet album est un coup de cœur ? OUI. Il sort des sentiers battus, on rit beaucoup, on admire les dessins, l’histoire est rafraichissante… Tout y est pour faire plaisir aux petits lecteurs dès l’âge de 5 ans ! Est-ce que je vais le commander à la librairie pour en vendre des palettes ? OUI !


EDITEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : Le Premier

Ce roman est une véritable tuerie, dans tous les sens du terme !

J’ai découvert il y a peu Nadia Coste grâce à son roman Le premier, paru chez Scrinéo en 2015. Et franchement, je ne regrette qu’une seule chose : ne pas l’avoir lu avant ! Dans ce roman qui débute en pleine préhistoire, nous découvrons l’histoire de deux frères de sang que tout oppose… Cette haine va les amener à des actes d’une violence rares… et fascinante !

Depuis cette parution, Nadia Coste a écrit de nombreux romans : L’effet ricochet (Seuil Jeunesse), L’empire des Auras (Seuil Jeunesse), Les élémentaires (Castelmore). Elle a également écrit en 2014 Ascenseur pour le futur (Syros), qui est chroniqué ici sur le blog.

Une haine qui traversera les siècles…

Úrr est d’une jalousie maladive envers son frère Vaïn. Il a tout ce qu’il rêve d’avoir : il sera bientôt considéré comme un homme par le clan, il prendra bientôt la femme qu’ Úrr rêve d’avoir pour lui, il excelle à la chasse, tout le monde l’adore…

C’est ainsi que Úrr va suivre Vaïn lors de la chasse en solitaire qui doit faire de lui un homme… et le tuera. Mais Vaïn n’est pas vraiment mort et Úrr quant à lui devient autre chose qu’un homme… Ainsi commence l’histoire d’une haine ancestrale entre deux frères que tout oppose, et qui traversera les siècles…

Fascinant dans l’horreur et le sang

Dire que j’ai adoré Le Premier est un euphémisme. Ce roman a été une p***** de claque ! C’est plus qu’un coup de cœur, c’est un roman qui restera gravé dans ma mémoire tant je l’ai trouvé magnifique de noirceur…

Avec Le Premier, Nadia Coste nous propose sa version des origines de certains être surnaturels, et son imagination est florissante. Jamais Nadia Coste n’utilise les termes habituels tels que vampire ou loup-garou, et je trouve cela très intelligent. Car en effet, ces termes n’existaient pas à l’époque ou Vaïn et Úrr évoluent.

Elle ne nous épargne rien : ni les scènes sanglantes, ni les passages descriptifs et charnels… Son écriture est crue, violente, pure, comme  l’époque à laquelle tout commence. La façon dont elle nous entraine au fil des siècles jusqu’à l’époque de Rome est un beau tour de force. Alors que l’on pense que Úrr est le mal incarné, peut-être qu’une autre vision des choses viendra à vous au fil des chapitres.

C’est peut-être là le meilleur tour de force de l’auteure : nous faire détester et aimer les pires personnages possibles au travers de leurs quêtes personnelles.

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Alors, si vous ne savez pas quoi lire en ce moment et que vous cherchez un bouquin qui vous prend aux tripes, Le Premier est ce qu’il vous faut. Ce roman est superbe, violent, intelligent, captivant…

Nadia Coste y mélange avec talent l’Histoire, la vraie, et fantastique… Dès 15/16 ans pour les ados, et parfait pour les adultes !

Chronique : L’éducation de Stony Mayhall

De la difficile condition de mort-vivant

Daryl Gregory est un auteur de science-fiction et d’imaginaire qui nous vient des Etats-Unis. Plusieurs de ses romans sont déjà parus en France : Nous allons tous très bien merci (Le Bélial’), After party (Le Bélial’) et enfin L’éducation de Stony Mayhall qui vient de paraître chez Pocket.

Avec L’éducation de Stony Mayhall, Daryl Gregory signe un roman unique et inclassable sur le statut de mort-vivant et ce qu’il implique d’un point de vue social. Intrigué ?

Stony, un bébé pas comme les autres

Les circonstances de la naissance de Stony Mayhall restent floues. De même que la façon dont il a grandit. En effet, Stony n’est pas un enfant comme les autres… il est né zombie. Caché, choyé, aimé par une famille profondément unie, Stony va se construire à travers le prisme d’êtres totalement vivants et normaux. Quel avenir attend Stony ? Comment lui-même se perçoit-il à travers ces référents si différents de lui ? Un magnifique roman spéculatif sur la condition de zombie…

Un roman inattendu et inclassable dont on se souviendra longtemps

Si vous en avez assez des romans post-apocalyptiques où le mot zombie est synonyme d’invasion, d’hécatombes et d’explosions et de tirs à tout-va, ce roman est fait pour vous. Tous les stéréotypes du roman de survie vous seront ici épargnés. L’éducation de Stony Mayall est une sorte de roman/essai sur la condition de mort-vivant. Comment se faire accepter des vivants ? Comment les « convertir » au mode de pensée zombie ? Peut-il y avoir une conciliation entre le monde des vivants et celui des non-vivants ?

Le schéma narratif du roman est lui aussi surprenant. On ne sait jamais où veux nous emmener Daryl Grégory. Impossible de savoir ce qu’il a décidé pour son héros aux chairs mortes ainsi que pour ses camarades zombies.

C’est un roman touchant qui saura vous atteindre grâce à ses histoires dans l’histoire. Profondément humain, drôle parfois, souvent déroutant, vous ne resterez pas indifférent. Stony est incroyable, et les différentes parties du roman qui recoupent sa vie sont aussi différentes que percutantes. Sa façon d’être est également très attachante, notamment quand il se force à manger pour faire croire à sa famille qu’il aime les plats qu’on lui prépare… ! Vous découvrirez aussi bien une enfance heureuse au fin fond d’une ferme isolée, qu’une terrible prison sans oublier une « vie de cavale »… Stony a de multiples vies, et elles sont toutes passionnantes.

Vous y trouverez également tout un pan politique et religieux aussi intéressant qu’inattendu. En effet, les zombies de Daryl Gregory ne se cantonnent pas à mordre. Ils réfléchissent, argumentent, on des opinions politiques sur leur condition et leurs possibilités d’évolution. Cette facette du roman y est extrêmement développée et bien traitée.

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L’éducation de Stony Mayhall, c’est de la philosophie version zombie, mais également de la très bonne littérature. Un roman absolument inclassable qui nous offre une histoire merveilleuse, humaine, triste parfois, mais inoubliable assurément. A lire pour découvrir une autre façon de traiter le thème surexploité des mort-vivants et s’émerveiller de découvrir que tout n’a pas encore été fait, la preuve !

Chronique album jeunesse : L’histoire perdue

Le grand retour de l’illustrateur talentueux Xavier Salomó !

Nous l’avions découvert lui et son trait si caractéristique avec l’album OFF ; il revient avec un tout nouveau titre : L’histoire perdue, paru au Seuil Jeunesse. Ici, nous retiendrons (outre les dessins magnifiques) une narration extrêmement originale et drôle.

Xavier Salomó est un illustrateur d’origine espagnole, il a étudié à l’école Massana de Bologne et l’histoire de l’art à l’université Autónoma. Meritxell Martí est quant à elle docteur en sociologie de l’art et des nouvelles technologies. Elle enseigne à l’université ouverte de Catalogne et vit à Barcelone.

Une histoire modifiée en temps réel par… le dessinateur

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire d’Eva, et elle a décidé en ce jour particulier de se vêtir de sa jolie robe bleue… Mais l’illustrateur en a décidé autrement et lui fait mettre un T-shirt blanc et un pantacourt kaki. Mais ce n’est que le début des contrariétés pour le narrateur, car l’illustrateur a décidé de n’en faire qu’à sa tête et ne va pas écouter une seule fois ses directives.

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Narrativement singulier… et délicieux !

Alors que l’on s’attend à un contenu relativement classique, on découvre une histoire totalement inattendue ! En effet, le texte et l’image n’ont absolument rien à voir, l’illustrateur ayant décidé de ne pas tenir compte des descriptions et instructions qui lui sont données. Ce paradoxe est tout à fait original et bien trouvé, et cela rend l’histoire unique. Je n’ai jamais lu une telle idée parmi les très nombreux albums jeunesse que j’ai pu découvrir… En cela, bravo aux auteurs pour cette trouvaille !

En ce qui concerne les illustrations de Xavier Salomó, on retrouve son trait si beau et caractéristique. C’est détaillé, coloré, vivant, simple et en même temps fouillé… On ne peut que tomber sous le charme de son dessin. Et puis… les surprises qu’il nous réserve sont nombreuses !

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Ainsi, l’idée narrative est si originale qu’elle prime presque sur l’histoire elle-même. J’ai tellement adoré l’entrée en matière de L’histoire perdue que j’aurais voulu que la narration opposant illustrateur/narrateur continue tout au long de l’histoire. Mais cela aurait peut-être été difficile à mettre en œuvre, d’où un retour à une histoire mise en scène de façon classique pour la conclusion de l’album.

Quoi qu’il en soit, cet album est un véritable coup de cœur ! Il est original, il est beau, d’un format assez grand pour profiter comme il se doit des dessins. A réserver aux enfants dès l’âge de 5 ans, et ce jusqu’à 6 ans car le style n’est pas évident à comprendre pour les plus petits. En tout cas, bravo aux auteurs pour cette réussite originale et inclassable ! A quand une autre histoire mettant joliment en scène la dualité entre l’histoire et le dessin ?

TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : Darkwind – Tome 1 – Mécanique infernale

Un roman ado à l’ambiance énigmatique entre steampunk et époque victorienne.

Ecrit par Sharon Cameron, Darkwind est une saga historico-fantastique en deux tomes parus chez Bayard Jeunesse. Les deux tomes sont d’ores et déjà parus et disponibles en France. Sharon Cameron est une auteure américaine, il s’agit de sa première saga traduite en France, elle a cependant écrit deux autres ouvrages.

Un oncle fou et étrange dont l’argent est l’objet de convoitise

Angleterre, 19ème siècle. Nous découvrons la jeune Katharine au sortir de l’adolescence. Elle vit avec son atroce et vénale tante, qui est également sa tutrice, ses parents étant décédés. La tante de Katharine décide de se servir d’elle pour soutirer de l’argent à un parent éloigné : l’oncle Tulman.

L’objectif donné à Katharine est simple : passer une semaine au manoir de Darkwind et faire constater la folie de son oncle afin de le diagnostiquer incapable. Ce qui permettrait à la tante de la jeune fille de jouir pleinement et impunément de la fortune familiale…

Mais ce que va découvrir Katharine à Darkwind est beaucoup plus compliqué que ce qu’elle croit. Manipulée, tantôt choyée tantôt malmenée, Katharine va découvrir quelque chose d’incroyable et de fou à Darkwind… Sa décision décidera de l’avenir du manoir et des personnes qui y travaillent. Quel choix la jeune femme fera-t-elle ?

Un récit intéressant même si trop nébuleux par certains côtés

L’histoire de Katharine semble bien simple au premier abord, mais assez vite, les enjeux vont gagner en intensité… mais aussi parfois en complexité. Difficile de comprendre ce qu’il se passe au manoir de Darkwind avant d’avoir terminé le premier tome. Certes, c’est une volonté de l’auteure, mais ce manque de précisions tout au long du roman est parfois plus un handicap qu’une façon de captiver le lecteur…

L’intrigue de fond de Darkwind est ainsi relativement intéressante, mais bien trop lente à se développer. L’intérêt le plus remarquable du roman est selon moi son mélange d’Angleterre victorienne et de steampunk, où l’on découvre des automates doués de vies… On en sait au final très peu sur ces automates, leurs origines et leur fonctionnement, mais ils sont centraux dans l’histoire.

De même, le personnage de l’oncle Tulman a beau être important, il reste très en marge et plein de mystères, y compris pour Katharine. Katharine quant à elle est une héroïne sympathique mais qui ne transcende pas le lecteur. Elle ne nous donne pas envie de la suivre au bout du monde (ou au-delà de la Manche)… Elle a un passé difficile et fait tout pour s’en sortir, mais malgré tout cela, elle n’est pas plus attachante.

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En somme, Darkwind – Mécanique infernale est un roman introductif à double tranchant : très mystérieux, attisant la curiosité, mais également trop long à s’imposer. L’histoire est assez intéressante, mais pas au point de vouloir absolument découvrir la suite… On trouve tous les ingrédients qui font qu’un roman ado fonctionne potentiellement (intrigue, fantastique, soupçon de romance…), mais ça ne prend pas ! Dommage.

Chronique : Boudicca

Un roman historique qui nous fait découvrir la vie et le destin de la reine des Icènes : Boudicca. Fascinant, inattendu et d’une beauté rare… découvrez l’Histoire d’une autre manière avec la plume aérienne de Jean-Laurent Del Socorro !

Après avoir remporté en 2015 le prestigieux Prix Elbakin.net pour Royaumes de vents et de colères (éditions ActuSF/J’ai Lu) qui était son premier roman, Jean-Laurent Del Socorro revient !

Il vient tout juste de paraître aux éditions ActuSF, voici le second roman, très attendu de l’auteur avec Boudicca. Nous suivrons dans ce roman original la vie complète – de sa naissance à sa mort – de la reine Boudicca, qui a vécu vers 30 après J.-C.

Une figure de l’Histoire totalement méconnue

De Boudicca, je n’avais jamais entendu parler avant de découvrir cet ouvrage. Qui était-elle ? La reine des Icènes, c’est-à-dire du peuple qui occupait en partie ce qui est maintenant la Grande-Bretagne.

L’histoire de Boudicca, c’est celle d’une femme charismatique, courageuse et qui était prête à tout pour son peuple. Faisant front aux injustices là où les autres baissaient la tête, se battant quand tout le monde avait abandonné…

C’est l’histoire d’une femme que l’on a envie de suivre au bout du monde. Guerrière farouche et impétueuse, mais aussi mère aimante et amante douce envers son mari… Dans ce roman, nous la suivons à chacun de ses pas, dans ses erreurs, ses coups de sang, ses malheurs. Rien n’est oublié, et c’est peut-être pour cela qu’elle est aussi belle et attachante.

L’histoire d’une femme qui a marqué son temps par son courage

Ce roman, c’est pour moi un double tour de force. Premièrement, car je ne connaissais pas le personnage historique qu’était Boudicca et que le sujet en soi ne m’attirait pas nécessairement. Jean-Laurent Del Socorro a réussit non seulement à m’intéresser à une histoire, mais à l’Histoire.

Le second tour de force est la suite logique de cette réflexion : je connais très peu l’Histoire, la vraie, mais l’auteur a réussit à m’y intéresser à tel point que j’ai voulu en savoir plus après la lecture. J’ai appris une foule de choses en lisant un roman fluide, épique et magnifiquement écrit.

Ainsi, on découvre que l’un des César qui a régné sur Rome était bègue. Une tare qui à l’époque aurait dû l’éloigner du pouvoir à vie. On fait également la connaissance de Néron, le dernier empereur à avoir régné sur l’Empire Romain. La description qui est faite de lui dans le roman fait froid dans le dos tant il paraît dangereux, fourbe et instable.

Mais revenons-en à Boudicca. Dans ce roman fort bien construit, vous la suivrez de ses premiers pas jusqu’à son tout dernier soupir. Les chapitres sont relativement courts, et on avance vite dans le temps en faisant parfois des bonds de plusieurs mois ou années (normal, vu la contrainte du nombre de pages).

L’écriture de l’auteur fait des merveilles. C’est beau, fort, et d’une fluidité qui rend le tout remarquable. Pas un seul temps mort pour ce roman, que ce soit l’enfance de cette enfant/reine ou ses luttes guerrières rien n’est ennuyeux et tout est découverte émerveillée.

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Si vous voulez être surpris par une lecture atypique, transporté par des croyances en des dieux ancestraux où les druides avaient un immense pouvoir, ce roman est pour vous. Symboles forts, personnages charismatiques, élans héroïques… que de beauté brute dans ce roman ! C’est une pépite à découvrir très vite donc…

Chronique : England’s Lane

Tout le monde a ses petits secrets… et les habitants d’England’s lane ne font pas exception…

Écrivain anglais, Joseph Connoly nous offre le portrait coloré des habitants d’une rue commerçante du nord de Londres : England’s Lane. Entre ambiance surannée, intrigues et roman historique, les commerçants des petites boutiques on de bien nombreux secrets…

Si vous ne connaissez pas encore Joseph Connoly, voici une petite liste non exhaustive de ce qu’il a écrit : S.O.S, Embrassez qui vous voudrez, N’oublie pas mes petits souliers

Bienvenue à England’s lane…

…une petite rue commerçante où il ne se passe rien. Enfin, seulement en apparence. De la femme du quincailler, au boucher en passant par le vendeur de bonbons, chacun à son petit (ou très gros) secret… Et en cette année 1959, beaucoup de choses vont basculer pour les habitants de cette rue plutôt tranquille.

Une ambiance surannée agréable mais qui ne suffit pas à nous faire aimer littéralement ce roman

L’atout principal de ce roman aux élans historiques d’après guerre, c’est son atmosphère un tantinet vétuste. L’odeur de la paraffine dégagée par les chauffages, les coquets étalages de confiseries Cadbury… ce sont ces petits détails qui font tout l’esprit d’England’s lane. Mais, l’ambiance savamment dosée du roman ne suffit pas à créer une alchimie suffisante pour être accaparé par la lecture…

En effet, les personnages d’England’s lane sont trop stéréotypés, trop naïfs ou trop marqués par un unique trait de caractère. Le boucher respire la pédanterie et la suffisance de façon constante, Milly est le stéréotype de la femme débrouillarde et soi-disant indépendante (elle se décrit elle-même comme une « femme capable » à longueur de chapitres), le confiseur quant à lui fait preuve d’un manque de réaction flagrant à tous les niveaux de sa vie, il subit.

Pourtant, la lecture débutait bien. On découvre une petite rue aux allures un peu bourgeoises et définitivement british, des personnages anglais comme il faut, des intrigues et des secrets entre voisins… Toute une promesse était contenue dans ce roman et pourtant, ça s’arrête là. Outre les personnages très marqués du roman, l’histoire ne raconte rien de bien particulier, et c’est bien là que le bât blesse.

Ma dernière remarque concernera l’écriture, beaucoup trop décousue. En effet, on passe du point de vue d’un personnage à un autre avec seulement un saut de ligne ! On comprend parfois alors un peu tard qu’il ne s’agit plus du même narrateur… C’est très déstabilisant durant les premiers chapitres car très abrupt. De même, les tournures de phrases et la façon qu’ont les différents personnages de parler sont parfois maladroites. Ce n’est pas mal écrit, mais on entre vite dans la répétition et les lieux communs et il y a beaucoup de fioritures pour donner un style qui est au final inexistant.

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En somme, England’s lane est un roman qui recelait de nombreuses promesses à mes yeux mais qui n’en a tenu aucune au final… Dommage, mais il arrive qu’un roman et un lecteur se ratent.

EDITEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : L’homme qui mit fin à l’Histoire

L'homme qui mit fin à l'histoireUne novella mélangeant science-fiction et Histoire en se penchant sur une période fort sombre et méconnue de l’humanité…

Ken Liu est auteur sino-américain, et outre le fait qu’il écrive beaucoup, il a traduit de nombreux textes, et il est également juriste et informaticien. Oui, rien que ça. Il a également été récompensé par les prestigieux Prix Hugo et Nebula.

En France, nous ne connaissons pour le moment que deux de ses œuvres : La Ménagerie de papier et L’homme qui mit fin à l’histoire, tous deux au Bélial’. Avec L’homme qui mit fin à l’histoire, Ken Liu signe un texte court mais magistral qui remet en perspective un épisode atroce de l’histoire chinoise et nippone.

Une nouvelle méthode révolutionnaire pour retranscrire l’Histoire

Deux scientifiques viennent de finaliser une technologie qui va bouleverser la face du monde, et de l’Histoire. En effet, il on créé un procédé qui permet de revisiter une période de l’Histoire, n’importe où et n’importe quand. Seul impératif, une seule personne peut en être le spectateur et ne peut en aucun cas interférer, et plus personne ne peux la revisiter ensuite. Mais cela laisse tout de même un immense potentiel d’investigation. Plus de secrets d’États, de mensonges ou de manipulation des manuels d’Histoire.

C’est ainsi que pour prouver que la machine fonctionne, les deux scientifiques décident de se pencher sur la période 1936-1945, dans la province chinoise du Manchoukouo où le Japon a fait vivre les pires horreurs aux chinois, sur leur propre territoire.

Un pan terrible et méconnu de l’Histoire mis à la portée de tous

On connaît une certaines des atrocités que porte en son sein l’histoire de l’humanité : génocides, guerres fratricides, secrets atroces bien cachés par certaines autorités… Et connaissez-vous plus particulièrement l’Unité 731 ? Si non, Ken Liu vous fera découvrir tout une partie de l’histoire de l’Asie que nous occidentaux ne connaissons que très peu.

Pour résumer, créée en 1932, l’Unité 731 était une unité militaire japonaise de recherches, elle se concentrait sur tout ce qui avait trait à la bactériologie. Elle prit ses quartiers en Chine, dans le Manchoukouo et… enlevait en masse des hommes, des femmes (parfois enceintes), des enfants. Ils testaient divers virus sur eux, les obligeaient à se transmettre des virus en les forçant à des rapports. Ils les forçaient à sortir par des températures négatives, les arrosaient et attendaient que leurs membres gèlent pour ensuite les briser… Ils pratiquaient des vivisections…  Et cela, ce n’est qu’une partie des atrocités perpétrées par l’Unité 731.

Plus incroyable encore, ce n’est qu’en 2002 que je Japon reconnait enfin officiellement les actes perpétrés par son unité. Le pays a été couvert durant des décennies par les États-Unis, qui on profité des avancées scientifiques faites grâce à ces abominations…

Grâce à cette novella de sf, Ken Liu nous ouvre les yeux sur des actes pas si lointains de l’humanité. Il nous offre un  court texte mémorable et magnifique sur le concept du voyage dans le temps et de la façon dont la réalité peut-être biaisée en fonction de qui la regarde.

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C’est beau, fort, immonde et terrible à la fois. C’est le genre d’ouvrage dont on se rappelle pour toujours une fois lu. C’est une lecture nécessaire et instructive qui nous offre une autre vision de ce que l’on appelle la science-fiction. A ne pas rater, je vous promets une lecture mémorable que vous aimiez le genre sf ou non.