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Mini-chroniques #11 : Un retour aux sources, la violence comme quotidien, une enquêtrice canadienne étrange et une analyse fine de la société américaine avec toutes ses contradictions…

Voici venu le retour des mini-chroniques avec quatre ouvrages très différents et pour certains marquants. Je pense notamment au livre de Céleste Ng, La saison des feux, qui est une merveille disséquant tous les travers et les biais que génère la société américaine et sa bien-pensance.

Pour d’autres raisons, le roman de Rebecca Lighieri m’a également énormément plu. Elle sait faire suinter la violence latente en quelques lignes… c’est beau et atroce tout à la fois, comme souvent dans son œuvre…

Chien-Loup – Serge Joncourt – Flammarion

Il s’agit du premier roman de Serge Joncourt que je lis, et j’ai tout particulièrement aimé l’ambiance… Cette poussée lente et douce de la violence… ce danger qui plane et s’affirme au fil des pages. Pour nous mener où ? Et quand ? Chien-Loup se déroule sur deux époques parallèles, dans un petit village du Lot, en pleine zone blanche à notre époque et de l’autre en pleine Première Guerre Mondiale.
La tension est là dans les deux époques, les personnages sont intéressants, on sent qu’ils peuvent basculer à tout moment vers le pire d’eux-même…

Ainsi pour l’atmosphère, c’est une réussite. Pour ce qui est de l’intrigue et de sa finalité, j’ai malheureusement été déçue. Je m’attendais à un paroxysme, une épiphanie… et rien. J’ai eu un sentiment d’inachevé et je suis totalement restée sur ma faim. Dommage.

Je réessayerait certainement de lire un autre roman de cet auteur malgré tout car il a un bon style, de bonnes idées… à voir pour la mise en œuvre.

Il est des hommes qui se perdront toujours – Rebecca Lighieri – P.O.L

Moi qui aime les romans brûlants et glauques qui vont au bout des choses, j’ai été servie. Rebecca Lighieri est une maîtresse dans son genre avec une écriture brutale, pure, parfois insoutenable… mais tellement merveilleuse tout à la fois.
Nous sommes à Marseille, on suit une famille pour qui rien ne va : deux frères et une sœur livrés à eux même, un père violent, une mère passive et effrayée…

Par certains côtés, cette lecture m’a fait penser à L’été circulaire de Marion Brunet. Cette violence crasse, cette haine de tout ce qui n’appartient pas à la communauté des paumés.

Si vous êtes quelque peu sensible, ce livre ne sera pas pour vous. Il y a des scènes d’une rare violence, c’est parfois du génie dans toute son horreur tant c’est pur de brutalité. Et en même temps… c’est fascinant.

Il est des hommes qui se perdront toujours nous conte l’histoire d’une jeunesse totalement oubliée par la société. Perdue avant même d’être née, obligée de s’en sortir par tous les moyens même les plus terribles… C’est beau, violent et merveilleux. Et criant de vérité.

Je vous conseille ardemment de découvrir cette autrice, tous ses romans sont comme celui-ci : atypiques, violents, malsains et captivants. Mon favori restera malgré tout Les garçons de l’été, qui fut une véritable claque littéraire.

Modifié – Sébastien L. Chauzu – Grasset

Voici un petit roman policier atypique qui nous vient du Québec. On y suit une femme qui mène régulièrement des enquête pour sa famille richissime qui a le bras très long.Très très long. Elle a toujours été mise à l’écart par cette dernière, mais dès qu’il s’agit de faire des recherches et de mettre les mains dans le cambouis, elle est là.

C’est ainsi que sa famille, dont elle se tient éloignée le plus possible lui demande d’enquêter sur une mort étrange… C’est ainsi que surgit dans sa vie un jeune homme étrange aux marottes qui le sont plus encore : Modifié. Il ne répond qu’à ce surnom, semble fermé à toute discussion et adore les chasse-neige. En quoi cet adolescent qui s’incruste de plus en plus chez elle et son mari est-il important pour son enquête ?

A la fois drôle et totalement décalé, Modifié est un roman surprenant, autant que le personnage qui lui prête son nom. C’est parfois un peu trop décousu, mais ça passe malgré tout.
Pour ceux et celles qui souhaitent passer un moment sympathique, sans prétention, mais très agréable, c’est l’ouvrage parfait.

Si il y a un jour un autre roman avec la même enquêtrice totalement folle, je suis preneuse !
C’est un peu comme si Agatha Raisin avait pris un aller-simple pour le Québec.

La saison des feux – Celeste Ng – Sonatine/Pocket

Second roman de l’américaine Céleste Ng, La saison des feux est le genre de thriller domestique qu’on adore dévorer. Secrets de famille, mystères, non-dits… Ce roman est la quintessence du roman à suspense.
Tout se passe dans une petit ville bourgeoise des Etat-Unis où les gens sont forcément bien sous tous rapport. Les pavillons y sont mignons, tout est rangé et propret, y compris les poubelles. Rien ne dépasse. C’est dans cette ville que débarquent Mia Warren et sa fille… Leur venue va chambouler la vie entière d’une famille dans toutes ses strates du quotidien.

Captivant dès les premières pages, Céleste Ng nous transporte en très peu de mots dans une merveilleuse intrigue.
J’adore les histoires de drames familiaux, et si en plus ça se passe dans une banlieue américaine c’est le jackpot. Mais plus encore que son histoire magistrale, Céleste Ng dissèque la société américaine et sa légendaire bien bienpensance. Elle l’avait déjà fait avec talent dans Tout ce qu’on ne s’est jamais dit (Sonatine/Pocket), mais ici ont est clairement à un autre niveau.

Ce roman conte, dénonce, explique, décortique toute la complexité de la société américaine. C’est impossible de vous retranscrire ici toutes les émotions que j’ai ressenties à cette lecture, le sentiment d’injustice criante… Tout ce que je puis faire, c’est vous conseiller vivement la lecture de cet ouvrage. C’est vibrant d’émotion, criant de vérité et tout simplement inoubliable.
Foncez ! C’était une de mes meilleures lectures de l’année dernière, en 2020 (j’ai mis du temps à la lire, il est paru initialement en 2018).

Par ailleurs, l’ouvrage a été adapté en série sous le nom d’origine de l’ouvrage : Little Fires Everywhere. Bande-annonce ci-dessous avec Reese Witherspoon !

Chronique Jeunesse : Cassidy Blake – Tome 1 – Chasseuse de fantômes

Une nouvelle série fantastique à destination des jeunes lecteurs férus de légendes et de mystères… sans oublier une bonne dose de frissons !

Premier tome d’une trilogie, Cassidy Blake chasseuse de fantômes est paru en début d’année 2020 aux éditions Lumen.

C’est l’occasion pour les plus jeunes de découvrir son autrice talentueuse : Victoria Schwab. Elle a écrit pour les plus grands la trilogie Shades of Magic (excellente), ainsi que la série en deux tomes Vicious. Tous ses ouvrages sont disponibles chez Lumen.

Les éditions Lumen avaient d’ailleurs réalisé un magnifique kit de presse pour le lancement de cette nouvelle saga fantastique : kit à découvrir ICI.

Ne jamais traverser le voile…

Cassidy a une particularité, depuis qu’elle a failli se noyer elle voit des choses que personne d’autre qu’elle ne remarque. Et surtout… son presque passage vers l’autre monde lui a fait gagner un ami en la personne de Jacob. Personne ne le voit, il semble être une sorte d’esprit ou de fantôme qui ne lâche pas Cassidy d’une seule semaine.

Elle ne croise jamais d’autres esprits à hormis Jacob… jusqu’au jour où le travail de ses parents les oblignet à déménager au pays des fantômes : L’Ecosse !

Voici venu le temps des questionnements et des dangers pour Cassidy et Jacob. Le voile entre les mondes semble être beaucoup plus fin dans cette région du monde…

Efficace bien que fort classique

Ce premier tome de série est fort sympathique et regorge de bonnes idées. L’action est rapide, les mystères s’épaississent assez rapidement pour ne pas laisser le jeune lecteur s’ennuyer… Et le tout fonctionne à la perfection.

Et surtout, on en apprend beaucoup sur l’Écosse et ses nombreuses légendes… plus certaines créées par Victoria Schwab, comme la Corneille Ecarlate (pour en savoir plus rendez-vous sur l’article dédié à l’univers du roman).

Ainsi, le tout fonctionne parfaitement, même si c’est un peu trop classique. Le déroulé en devient par certains aspects assez mécanique. Victoria Schwab réussit toutefois à tirer son épingle du jeu, mais je la trouve bien meilleure sur la tranche d’âge des 14/16 ans que sur celle des 11/13 ans.

Malgré tout, ce premier tome m’a plu, et quand j’ai vu que le second opus se déroulerait à Paris, j’avoue avoir eu très envie de le lire !

C’est donc avec curiosité mais sans impatience que j’attends de lire le second tome des aventures de Cassidy Blake. En espérant que l’autrice saura s’approprier un peu plus cet univers entre fantômes et magie obscure… Si elle réussit, cela ne sera plus juste une saga sympathique, mais bien plus !

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Chronique : Se taire ou mourir ?

Un thriller efficace à destination des ados… ceux qui aiment les ambiances de petites villes glauques à la Riverdale devraient être servis !

Il vient tout juste de sortir aux éditions Nathan, c’est le grand retour de l’autrice américaine Karen M. McManus ! Elle a avait précédemment écrit Qui ment ? (Nathan, 2018) qui avait plutôt bien rencontré son public en France. Ainsi la voilà qui récidive dans la veine du polar young-adult, alors est-ce aussi addictif qu’annoncé ?

Une vie à refaire, un passé à oublier

Les faux-jumeaux Ellery et Ezra viennent de débarquer dans la petite ville de Echo Ridge. Mignonne, proprette, calme… les superlatifs ne manquent pas pour décrire cette petite bourgade typiquement américaine. Mais son passé est lourd : plusieurs meurtres et disparitions ont eu lieu il y a de cela des années, et il semblerait que ça recommence.

Messages menaçants, bal de promo pouvant devenir un théâtre sanglant… le danger rôde rapidement autour des jumeaux, qui n’ont rien demandé. Mais leur mère semble en savoir plus que ce qu’elle prétend sur le passé trouble de la ville… alors, est-ce lié ? Ou y-a-t-il autre chose qui menace Ellery et son frère ?

En férue de drames en tous genre et de fais divers sordides, Ellery décide de mener elle-même l’enquête… peu importe les dangers, la vérité doit éclater. Il ne reste plus qu’à la découvrir…

Un thriller qui fonctionne du début à la fin

J’adore les romans américains se déroulant dans des bourgades à taille humaine… Tout le monde ou presque se connaît, tous les habitants ont un passé commun, un vécu qui les rend plus vrais. Et l’ambiance y est à la fois feutrée et mystérieuse… D’où mon analogie à la série Riverdale qui est pour moi la quintessence d’une ambiance résidentielle à l’américaine avec ses lots de secrets, sa soi-disant tranquilité avant de basculer dans le polar ou le thriller.

C’est cette bascule entre le quotidien tranquille et le côté haché et violent du thriller qui me plaît, et Se taire ou mourir ? réussit parfaitement l’exercice !

On se fait balader de A à Z tout au long du livre malgré les indices, on essaye de trouver nous même (sans grande réussite) le/la coupable de tous ces odieux crimes. Et plus l’étau se resserre plus les idées folles surgissent !

C’est donc ici à la fois un bon thriller, mais aussi un roman à l’ambiance réussie, même si l’accent n’est peut-être pas assez mis dessus. Le terreau qui sert d’intrigue prend bien et fonctionne à merveille. Se taire ou mourir ? Se lit d’une traite ou presque car il possède la qualité de ne pas être trop classique dans son développement, contrairement à d’autres ouvrages où l’on a l’impression que l’auteur suit un schéma de base.

Ici, c’est réfléchi, le passé de chaque personnage est important, creusé et compte pour la suite de l’intrigue. Le tout s’entremêle pour moi avec assez d’efficacité et d’effet de surprise pour que l’on y croie sans avoir trouvé la réponse. C’est donc l’idéal !

Et surtout… mais cette dernière phrase dans le bouquin, elle est juste énorme. Alors, elle n’est pas cruciale pour l’intrigue, mais elle apporte tellement plus d’éléments. C’est tout simplement une excellente idée d’avoir tenu cet indice jusqu’à l’ultime mot de l’ultime page.

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé ce thriller YA. Il est efficace, use de stéréotypes sans en abuser, ce qui rend le tout extrêmement agréable sans pour autant lasser le lecteur. La psychologie de chaque personnage est creusée à souhait. Et l’intrigue policière se tient parfaitement ! Donc si vous souhaitez passer un excellent moment de lecture, c’est le roman parfait. A découvrir dès l’âge de 15 ans minimum.

Mini-chroniques #8 : Un village autarcique, un repas qui tourne mal, une vie qui vaut la peine d’être vécue et des évaporés au Japon

Y a-t-il un lien entre ces différents ouvrages ? Oui, même si il est ténu. Il s’agit avant tout des spécificité d’un pays, ou d’une communauté. Qu’est-ce qui fait que le Japon est ce qu’il est ? Pourquoi un repas familial dans une famille occidentale tournerait mal ? Qu’elle position la femme peut espérer avoir dans certains lieux isolés de tout ? J’ai aimé tous ces livres et j’espère qu’il vous tenterons… Belle découverte.

Le courage qu’il faut aux rivières – Emmanuelle Favier – Le livre de poche

Le moins que l’on puisse dire sur ce livre, c’est qu’il est très atypique. Le sujet l’est tout autant puisqu’il est question des vierges sous serment, ou vierges jurées. L’autrice a fait beaucoup de recherches avant d’écrire son roman. Et son autre spécificité qui ajoute à l’intérêt et au mystère, c’est qu’il n’est jamais daté ou géographiquement situé. Le mystère reste entier…

L’histoire est celle de Manushe, un femme qui vit dans une petite communauté basée sur le patriarcat. Elle a dû renoncer à être une femme pour pouvoir « s’élever » au rang d’homme, elle a dû jurer de rester vierge et de ne jamais avoir d’enfants…  Pourquoi une telle décision ? Le déclencheur pour Manushe a été la demande en mariage d’un homme beaucoup plus vieux qu’elle, la seule forme de refus possible en ce cas est une transition vers un statu d’homme. Rien d’autre n’est toléré.

Ce roman est très intéressant bien que contenant parfois des longueurs. L’ambiance y est pesante, mystérieuse à souhait, c’est une de ses grandes qualités. Au final, c’est une belle histoire d’amour doublement atypique qui nous est ici offerte, j’ai beaucoup aimé. La fin quant à elle mérite d’être mentionnée car elle est parfaite bien que très mélancolique… Un ouvrage curieux à lire pour se dépayser à tous points de vue.

Le discours – Fabrice Caro (ou Fabcaro pour les intimes) – Folio

Paru il y a peu au format poche, Le discours était à sa parution en grand format un grand succès de librairie. Succès dû autant au nom que s’est taillé l’auteur qu’à la qualité de son travail original et grinçant (son plus connu Zaï Zaï Zaï Zaï ou encore l’excellent Et si l’amour c’était aimer ? toutes deux des bd).

Le discours reprend l’univers toujours un peu à côté de la plaque mais plaisant de l’auteur. C’est avant tout dans la narration qu’est la grande force de Fabcaro (tout comme c’est le cas pour ses bd, le texte prime largement sur le dessin). Alors forcément, un roman semblait être la suite logique de cet auteur atypique.

Pour moi, Le discours fut un moment plaisant de lecture, pas mémorable, mais tellement grinçant qu’il fait sourire. On y retrouve toutes les caractéristiques narratives et stylistiques de Fabcaro. Donc si vous aimez ses bd, vous aimerez son roman, même si il a parfois quelques longueurs et joue un peu trop sur les mêmes ressorts. C’est le défaut du format roman, qui oblige à diluer parfois l’humour si percutant à l’origine.

Quoi qu’il en soit, on passe un bon moment de lecture même si ce ne sera pas le coup de cœur de l’année de mon côté. Parfait pour ceux qui aiment l’humour noir ou rire, tout simplement !

Dieu me déteste – Hollis Seamon – 10/18

Ce bouquin… je l’ai lu il y a tellement longtemps que je serais incapable de vous faire un résumé correct. MAIS. J’avais passé un super bon moment entre tragédie contemporaine et humour adolescent qui veut se bruler les ailes.

Tout essayer de ce que la vie a à offrir avant qu’elle se termine. Une sorte de Nos étoiles contraires un peu moins dans les clous, moins lisse, plus rock. Enfin, c’est comme ça que je le vois car je n’ai jamais lu/vu Nos étoiles contraires.

Bref, impossible à présenter, mais c’était super à lire. J’espère vous avoir donné envie avec cette mini-chronique qui ne mérite même pas le nom.

Les évaporés – Thomas B. Reverdy – J’ai Lu

Si vous vous intéressez au Japon et à ses différents phénomènes de société que l’on ne retrouve que là-bas (les hikkikomori – voir le roman éponyme sur ce sujet inhérent au Japon – ou encore les fameux évaporés), ce roman vous intéressera.

Qui sont ces fameux évaporés ? Des personnes qui ont décidé pour des motifs très différents de quitter les leurs : famille, amis, à jamais perdus. Certains parce qu’ils avaient des créances auprès d’usuriers, d’autres pour fuir une réalité difficile…

C’est ainsi que le roman débute avec Yukiko qui fait appel à Richard pour retrouver son père disparu. La police nippone ne s’intéresse pas à son cas, et il n’y aura pas d’enquête de leur part pour le retrouver… les évaporés sont monnaie courante au Japon.

Entre le roman et le document, nous voici plongé dans l’histoire sociétale d’un pays au milles fractures et mystères. J’ai adoré Les évaporés pour son atmosphère, et également pour cette facette méconnue qu’il dépeint. Un beau roman à découvrir pour toute personne désireuse de s’ouvrir à d’autres cultures et façons de penser le monde.

Chronique : La Reine sous la neige

Un roman poétique, sensible et délicat qui nous plonge dans une Angleterre où la Reine n’est plus… mais où son esprit perdure.

Si vous aimez la littérature de jeunesse, le nom de François Place vous parle nécessairement. Il est l’un des auteurs phare de la maison Gallimard même si tous ses ouvrages ne sont pas exclusivement chez eux. On peut citer Le vieux fou de dessin (souvent prescrit dans les écoles primaires) ou encore La douane volante.

Mais la particularité de ce grand monsieur de la littérature de jeunesse, c’est qu’il est également illustrateur. C’est lui qui a fait les couvertures de la plupart des romans de Michael Morpurgo (Le royaume de Kensuke, Le roi de la forêt des brumes, etc.).

Il est également l’auteur et illustrateur d’une série de premières lectures chez Folio Cadet : Lou Pilouface.

La reine sous la neige est son dernier roman en date, il est à destination des préados.

Une atmosphère étrange plane sur l’Angleterre

Une violente tempête s’abat sur Londres, et c’est une quantité de vies qui s’en trouvent bouleversées. Et en premier lieu, celle de Samantha qui devait faire escale à Londres avant de retrouver sa famille… mais elle devra rester plusieurs jours et se débrouiller par elle-même. Et ce n’est que le début des ennuis, l’adolescente est seule car personne ne l’a accompagnée dans ce voyage et pire encore, elle se fait rapidement voler son téléphone portable…

En parallèle, on suit une enquête menée par deux policiers anglais censés résoudre le mystère d’un tigre enfuit d’un zoo… et ils ont intérêt à le retrouver rapidement sous peine de fâcheuses conséquences !

Mais ce n’est pas la seule histoire à s’enrouler autour de la présence fortuite de Samantha, et comme vous allez le découvrir, tout n’est peut-être pas hasard, mais destin ?

Un roman atypique extrêmement plaisant à lire…

Impossible de cataloguer ce roman, mais est-ce vraiment nécessaire ? Bien sûr que non. Ce qu’on peut en dire, c’est qu’il s’agit d’une belle histoire où tout s’entremêle savamment au fil des pages… le tout teinté de réalisme magique à peine saupoudré.

Il ne s’agit pas d’un roman policier, ni d’un roman d’aventures à proprement parler, même si il y a bien du suspense et un mystère à résoudre.

Avant tout cela, La reine sous la neige, c’est d’abord un style, une ambiance, une atmosphère. L’univers de François Place est aussi beau que rassurant pour celui/celle qui le lit. On se régale de voir découler un hasard, puis un autre, puis un autre… jusqu’au portrait d’ensemble réussit d’une histoire originale qui fonctionne bien.

Plus qu’une histoire, c’est donc une écriture et un univers particuliers que vous découvrirez. J’ai beaucoup aimé cet ouvrage même si au final j’en garde un souvenir diffus. Il faisait partie des belles surprises que j’ai pu découvrir en fin d’année 2019 (mais que je ne chronique que maintenant).

Alors si vous aimez vous faire surprendre, si la particularité ne vous fait pas peur, ce roman est pour vous. Il est touchant, très poétique et laisse planer un doute sur le fait – ou non ? – qu’il y a toujours un peu de merveilleux dans le quotidien.

Her Majesty the Queen inspects 1st Battalion the Welsh Guards at Windsor. The Queen, Colonel-in-Chief, accompanied by The Duke of Edinburgh, and The Prince of Wales, accompanied by The Duchess of Cornwall, presented New Colours to the 1st Battalion Welsh Guards at Windsor Castle today, before joining the regiment and their guests at a Regimental Garden Party in the castle grounds.

Pour en savoir plus :

C’est dans ce roman que j’ai découvert que la Reine avait des avantages parfois étranges ! Elle possède ainsi tous les cygnes sauvages qui vivent au bord de la Tamise (il faut qu’ils ne soient pas marqués). Et en creusant un peu le sujet j’ai aussi découvert qu’elle n’avait pas besoin de passeport pour voyager et qu’elle n’a pas de permis de conduire !

Pour en revenir aux animaux, suite à un texte datant de 1324 qui nous vient d’Edouard II, « le monarque possède de fait les baleines et esturgeons pris en mer ou n’importe où dans le royaume« .

Ce texte n’ayant jamais été supprimé, si il prenait l’envie un jour à la Reine de demander le fruit de la pêche de certains bateaux, elle le pourrait ! Tout cela dans un périmètre limité à 5 km des côtes du Royaume-Unis, mais tout de même, c’est déjà bien assez. Voilà pour les étranges avantages octroyés quand on est monarque du Royaume-Uni.

Chronique bd : Dans les yeux de Lya – Tome 1 – En quête de vérité

L’histoire d’une jeune femme déterminée en quête de vérité sur les zones d’ombres de son accident qui lui a coûté l’usage de ses jambes… Lya trouvera-t-elle les réponses à ses questions qui l’occupent depuis des années ?

Parue en mai 2019 aux éditions Dupuis, En quête de vérité est le premier tome d’une série de bd qui sortirons sous le titre Dans les yeux de Lya.

Le scénario est signé Carbone (La boîte à musique, série de bd en trois tomes), et l’illustration est de Justine Cunha, il s’agit de son premier ouvrage.

Un terrible accident pour démarrer dans la vie

Lya est une jeune femme dynamique, elle arrive à bout de toutes les adversités, et cela malgré son handicap. Au contraire même, c’est son handicap qui lui donne la force d’aller toujours plus loin. C’est ainsi que pour connaître la vérité sur son accident, elle décide de faire des études poussées en droit. Pourquoi ? Afin d’être embauchée dans le cabinet qui s’est occupé de l’affaire il y a des années, et découvrir l’identité du conducteur à qui elle doit son fauteuil roulant…

Mais évidemment, rien n’est aussi simple, et un stage au cabinet ne suffira peut-être pas à extraire un dossier – elle va s’en rendre compte – aussi bien protégé…

Une bd à suspense qui fonctionne

Immédiatement on est pris par l’histoire de Lya et par son besoin de réponses. Les personnages sont aisément reconnaissables, tout y est efficace. Les graphismes épurés sont très beaux, très travaillés, et c’est un plaisir de lire une bd qui nous plonge directement au coeur de l’intrigue.

Cependant, le développement est un peu plus long et traîne un peu en longueur. Pourquoi ? Etant donné qu’il s’agit d’un premier tome, celui-ci est donc très introductif… peut-être un peu trop justement. Vous n’apprendrez rien sur l’affaire de Lya ici, ce tome étant consacré uniquement à l’acquisition du fameux dossier. On se perd dans des circonvolutions pendant un assez long moment, et quand ça devient enfin intéressant… c’est la fin ! Dommage…

En somme, cette bd est intéressante et bien ficelée, mais on peut regretter l’absence de la moindre réponse (ou début de réponse). Nous sommes désormais obligés d’attendre le second tome pour en savoir un peu plus… mais avec rien à se mettre sous la dent, pas sûre que l’on y revienne…

Chronique rédigée pour le site ActuSF.

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Chronique : Disparaître

Un roman qui se dévore comme un thriller !

Mathieu Menegaux est un auteur français, il a déjà écrit des ouvrages ayant été remarqués, notamment : Est-ce ainsi que les hommes jugent ? ou encore Je me suis tue (Grasset, puis Points). Avec Disparaître, l’auteur nous propose un nouvel ouvrage que l’on ne lâche pas une seule seconde… à tel point qu’on en oublie tous ses potentiels défauts…

Un cadavre retrouvé nu, sans aucune marque distinctive…

Tout débute avec la découverte du corps d’un homme sur une plage, au sud de la France : rien ne permet de le relier à une quelconque affaire de meurtre ou d’avis de disparition… Son existence est un mystère total qu’un enquêteur va devoir vite résoudre. Il est mis sous pression par un maire qui a peur de voir les bénéfices de la belle saison s’envoler à cause d’une mauvaise publicité…

En parallèle, nous suivons à Paris l’ascension fulgurante d’une jeune femme à qui un avenir aussi acharné que brillant est promis. Elle a réussit à sortir de sa gangue provinciale, a grimpé tous les échelons pour atteindre l’excellence dans l’univers cruel de la finance. Rien de la fera lâcher prise tant l’ambition de la réussite la dévore… En quoi son histoire nous intéresse ?

Une intrigue diablement efficace, qu’importe les nombreux écueils !

Je ne pense pas que Disparaître sera mon roman de l’année, mais il a une qualité indéniable qui compte pour moi : il se dévore.

Les personnages sont extrêmement stéréotypés, le monde de la finance (que je ne connais que par ses légendes) doit l’être également, mais… qu’importe. On passe un excellent moment de lecture, impossible de lâcher l’ouvrage et l’affaire qui nous préoccupe tant c’est précis, chirurgical. Disparaître a toutes les qualités du bon page-turner : chapitre courts, alternance de points de vue, twists de fin de chapitre… Et ça fonctionne.

Alors, oui, il y a beaucoup de défauts à cette histoire, en particulier sur ses personnages, qui semblent parfois être des caricatures… Et il est dommage que cet enquêteur et sa psychologie ne soient pas plus creusés, il avait l’air fort intéressant. Mais on pardonne tous les défauts flagrants de cet ouvrage grâce au talent d’imagination de l’auteur (même si le dénouement se devine avant, on s’en délecte).

Il est juste curieux que l’ouvrage soit proposé en tant que roman et non pas comme un thriller, car il en possède tous les codes du genre. Peut-être est-ce pour ne pas dépayser le lectorat habituel de l’auteur ? Je ne saurais dire…

Quoi qu’il en soit, si vous êtes à la recherche d’un roman terrible, tragique, captivant et poignant, embarquez dans l’histoire de Disparaître. Vous ne serez pas déçus du voyage…

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Chronique : Dans les angles morts

Un roman d’ambiance dense et prenant aux allures de polar…

Premier roman d’Elizabeth Brundage à paraître en France, Dans les angles morts est un livre à part. Paru en janvier 2018 chez Quai Voltaire, l’ouvrage est à la fois un roman noir, un polar à haute teneur psychologique et un magnifique portrait de l’Amérique rurale des années 70/80. Bienvenue donc dans la petite ville de Chosen…

Un terrible meurtre à la hache 

Tout débute avec un mari paniqué qui vient de découvrir le cadavre de sa femme dans son lit, une hache en pleine tête. Qui a bien pu commettre un crime aussi terrible et violent ? Pour quels motifs ? Et dire que leur fille Franny est restée pendant des heures dans la chambre d’à côté, si proche du cadavre de sa mère…

C’est ainsi que l’on part à la découverte du couple que formaient Catherine et George, des relations qu’ils avaient avec leurs proches, leurs collègues… et comment un tel drame a pu se nouer. Hautement psychologique, regorgeant de portraits humains fascinants, Dans les angles morts est un roman parfait et captivant…

Bienvenue dans la petite ville de Chosen…

Chosen : cette ville, Catherine n’a jamais désiré y vivre, et encore moins habiter dans la maison que George leur a trouvée pour eux et leur fille Franny. Surtout quand on connaît le terrible passif de la famille qui y a vécu avant eux. Comme si le malheur était attiré par cette vieille ferme solide mais singulière…

On commence donc à découvrir Chosen, ses habitants, le couple George/Catherine, les mécanismes qui constituaient leur quotidien, leurs habitudes… et leurs travers.

Dans cet ouvrage, que l’on peut assimiler à du roman noir (pas franchement du polar ni du policier), la psychologie des personnages est absolument primordiale. Ils sont d’une profondeur insondable, complexes… vivants. On découvre leurs aspirations, leurs regrets, leurs rancœurs… et peu à peu, un portrait se brosse.

On navigue alors entre le monde professoral et artistique de George et celui beaucoup plus terre à terre de Catherine, qui gère le plan domestique. On alterne également entre l’année 1978, où les Hale habitaient encore leur ferme laitière avant de faire faillite et 1979, quand les Clare se sont installés.

L’un des points les plus positifs de ce roman dense mais fluide, ce sont ses personnages. Ils sont extrêmement précis et clairs dans notre esprit quand on lit leurs descriptions, leurs perceptions… Chacun est minutieusement décrit, chacune de leur pensée décryptée, expliquée, ce qui les rend terriblement réalistes. Parmi les plus touchants, on peut citer la fragile Willis, le charismatique Eddy, et la petite Franny… Ils sont uniques et terriblement touchants.

Et sans parler d’attachement, la complexité de ce qu’il se passe dans la tête de George et de Catherine est également magnifiquement bien pensé. On monte crescendo en puissance, avec de petits détails, puis peu à peu d’autres choses sont amenées et on en vient presque à trouver tout ce que nous écrit Elizabeth Brundage « normal » et logique… malgré tous ses aspects terrifiants.

……

Pour ceux qui aiment les romans d’ambiance où l’on peut se faire hypnotiser par certains personnages (je pense aux superbes frères Clare en écrivant ces lignes…), Dans les angles morts est pour vous. Mélange de genres, flirtant parfois avec l’étrange (quelques lignes à peine sur 530 pages !).

C’est une très belle escapade dans l’Amérique profonde et rurale des années 70 qui ne vous laissera pas indifférent.

Chronique : Douze ans sept mois et onze jours

Un très bon roman à destination de la jeunesse qui mélange nature writing, et aventure mâtiné de suspense… 

Vous qui aimez la jeunesse et la littérature ado, vous devez déjà connaître le très prolifique auteur français Lorris Murail. On lui doit une quantité impressionnante de romans, tous particuliers et mémorables, chacun à sa façon. On peut ainsi citer : GOLEM (PKJ), Les cornes d’ivoire (PKJ), Shanoé (Scrinéo), L’horloge de l’apocalypse (PKJ), L’expérienceur (École des Loisirs).

Dans ce roman paru il y a maintenant 4 ans, Lorris Murail nous offre un mélange surprenant d’action, de suspense tout en nous proposant de (re)découvrir la nature d’un autre œil…

Abandonné au fin fond d’une forêt, dans le Maine…

Une cabane spartiate, une carabine, un livre de Thoreau, quelques conserves… C’est tout ce que possède maintenant Walden, dont le père l’a abandonné ici sans autre forme de procès. C’est un violent apprentissage de la vie auquel est confronté le jeune homme…

Que va-t-il faire pour s’en sortir ? Pourquoi son père lui fait-il traverser une épreuve aussi terrible ?

Entre le récit d’apprentissage et le thriller psychologique, Lorris Murail nous ballade de fausse-piste en traquenard…

Un roman qui détonne dans son style unique

Si vous souhaitez découvrir ou faire découvrir dès l’âge de 13 ans un livre qui sort vraiment des sentiers battus, celui-ci sera parfait !

Plusieurs genres littéraires sont mélangés avec talent par Lorris Murail : le fameux nature writing (faisant l’éloge de la beauté de la nature à chaque instant), le thriller avec le jeune Walden se démenant corps et âme pour survivre et peut-être un jour comprendre le geste cruel de son père… Tout cela étant mis au service d’un roman dit « pour ados » très efficace. Mais, personnellement je le conseille également aux adultes.

De plus, si vous êtes friands de twists et autres apparences trompeuses, vous en aurez tout votre content. Tout cela sans oublier les personnages : ils sont peu nombreux, mais très intéressants. Il y a le père de Walden, bien sûr, mais également cette mystérieuse femme… dont je ne dirais rien de plus, mais qui m’a fascinée.

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Le style incisif, sans artifices de Lorris Murail s’adresse ainsi à tous, sans exceptions. Pour ceux qui aiment les histoires qui ont du sens, de la profondeur, un message derrière la lecture-plaisir, c’est l’ouvrage parfait. Et ce retour aux sources bien que violent pour le héros de cette histoire n’est pas sans nous procurer un dépaysement plaisant…

Chronique album jeunesse : Qui est le coupable ? – Le manoir

Un concept de livre-enquête absolument génial dans sa mise en œuvre ! Entre le jeu Qui est-ce et l’album policier pour les enfants dès 8 ans.

 La collection Qui est le coupable ? publiée chez Milan arrive avec son quatrième titre, et cette fois rendez-vous dans un manoir !

Écrit par Pascal Prévot et illustré par Aurore Damant, voici donc 15 enquêtes à découvrir avec à chaque fois son coupable… Saurez-vous le démasquer grâce aux cases de la couverture qui s’ouvrent et se ferment à volonté ?

Une idée de livre géniale, inventive et motivante !

Alors que le premier ouvrage de la collection Qui est le coupable ? est paru en octobre 2015, ce n’est que maintenant que je découvre cette série d’ouvrages ! Et pour avoir testé celui qui vient de sortir sur le thème du manoir (ave fantômes, vampires, armures hantées et monstres à la clé), je peux vous assurer que c’est absolument génial.

C’est inventif, malin, ludique, très bien mis en œuvre. J’ai testé toutes les enquêtes, et elles sont vraiment bien réalisées ! En une double-page seulement, vous découvrez une enquête complète : un mystère à élucider, et des témoins qui peu à peu vous aident à éliminer les suspects… jusqu’à ce qu’il ne vous reste qu’un seul coupable potentiel ! La conclusion de chaque mystère vous révèle enfin le coupable, pour vérifier que vous êtes bien sur le bon personnage.

Qui est le coupable – Couverture avec les petits volets amovibles.

Il y a des traces de pas dans la boue… cela ne peux donc pas être un fantôme, mais peut-être est-ce l’armure ? Vous voyez comment ça fonctionne ? C’est simple, on fait appel aux capacités de réflexion et de déduction des enfants pour trouver le fautif.

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En somme, Qui est le coupable ? est une série d’albums interactifs géniaux. Il faut absolument que vous découvriez ces livres. Ils sont très malins, donnent envie de lire et attisent la curiosité des jeunes lecteurs ! C’est dès l’âge de 7/8 ans environ, et il y a d’ores et déjà quatre ouvrages avec quatre thèmes différents : L’école, le manoir, le château, et les pirates !

Un grand bravo aux auteurs pour cette série de livre, pour mois, c’est un véritable coup de foudre. Je ne me lasse pas de les conseiller à la librairie depuis que je les connais, et les clients en sont très contents, que demander de plus ? D’autres albums dans la même série !