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Mini-chroniques jeunesse #5 : Une ode à la nature, des gamines survoltées et de l’aventure…

Voici revenu le temps des mini-chroniques jeunesse avec une petite sélection assez hétéroclite. Ces quatre titres furent sympathiques à la lecture, mais ils ont un point commun pour moi, ils ne sont guère mémorables. Certes, on ne peux pas toujours être dans l’excellence, mais aucun n’a réussi à faire vibrer mon petit cœur de libraire jeunesse… Cela arrive. Ils sont toutefois d’assez bonne qualité pour les jeunes lecteurs et trouverons sans mal leurs lecteurs !

L’enbeille – Eric Simard – Syros, collection Mini Soon

Connaissez-vous la collection de très courts romans Mini Soon ? Il s’agit d’une collection d’ouvrages pour les enfants de 9/11 ans pour découvrir le fantastique et la science-fiction avec des texte d’une cinquantaine de pages maximum.
Ici, je vous propose de découvrir la série des Humanimaux créé par Eric Simard qui a rencontré un succès qui perdure encore dans les écoles avec l’Enfaon. Depuis, l’auteur a écrit quantité d’histoires courtes autour de ces fameux Humanimaux ! L’Enbeille, L’Enlouve, L’Enbaleine, etc.

Ici, l’histoire de l’Enbeille est celle d’une petite fille dont les capacités tirées des spécificités de l’abeille lui apportent parfois quelques difficultés au quotidien. Notamment son dard, qui est prêt à piquer violemment quiconque commence à la stresser, ce qui arrive très fréquemment… Elle ne maîtrise que très difficilement son corps, et n’est pas heureuse… d’autant que ses ailes sont bandées et qu’elle n’a jamais pu voler.

Ce court roman est assez touchant (assez mélancolique également), mais toutefois beaucoup moins marquant que le fameux Enfaon. Il plaira toutefois j’en suis persuadée aux jeunes lecteurs car l’aventure se déroule rapidement et avec efficacité !

Marilou et le grand incendie – Valérie Zenatti et Colette Natrella – L’école des loisirs, collection Mouche

Si vous cherchez un petit roman d’aventure mettant en scène des écureuils et des ratons laveurs, vous êtes au bon endroit ! On y suit la jeune Marilou, une petite écureuil qui vit avec ses trois frères et sœurs ainsi que leur maman. Elle n’est plus un bébé, mais pas encore une écureuil adulte… mais un grand incendie de forêt va la forcer à grandir un peu plus vite que prévu !

Pour les enfants qui aiment la nature et les animaux, ce petit roman sera parfait à découvrir dès l’âge de 7/8 ans (tout dépend de leur niveau). L’histoire est sympathique, les illustrations de Colette Natrella se marient parfaitement au texte, elles sont à la fois très classiques et colorées, tout fonctionne.


Alors, certes ce n’est pas un roman mémorable, mais il sera parfait pour les enfants qui commencent à lire de façon fluide et qui désirent lire une jolie histoire d’amitié et d’aventure. Alors, pourquoi pas ?

Punkette & Poupoune – Tome 1 – Les samedis z’électriques – Collection Pépix, Sarbacane

Fraîchement paru dans la fringuante collection Pépix, Punkette et Poupoune est le duo détonnant que forment les filles de Benoît Minville, dont il s’est fortement inspirées pour créer ses deux personnages. Elles sont drôles, complètement fans de rock (comme leur père) et ont beaucoup, beaucoup d’imagination… parfois trop ! Les illustrations sont quant à elles créés par CED, il a déjà scénarisé des bd chez Sarbacane et illustré le Pépix Noé et les animaux très dérangés.

Je dois avouer n’avoir pas eu de coup de cœur véritable pour ce petit roman malgré le vécu fort dont il s’inspire. Punkette et Poupoune sont drôles et attachantes, mais parfois l’histoire devient un peu trop fofolle et décousue à mon goût. Cela est totalement justifié par l’imagination folle des deux sœurs, mais j’ai parfois trouvé ça un peu poussif. Notamment quand il y a un groupe de rock qui s’invite à la maison…
Par contre, mention spéciale aux surnoms trouvés par Vinca à ses trèèèès nombreux doudous. De même, les scènes de « discute » entre les deux sœurs sont assez drôles et vivantes.

Au final, c’est un roman sympathique qui plaira certainement à l’âge ciblé, à savoir les 8/10 ans mais c’est loin d’être mon Pépix préféré… Il lui manque un petit quelque chose.

Belle île en trésor – MOKA – Albin Michel Jeunesse

Voici un petit roman jeunesse sympathique comme MOKA en a le secret. L’ouvrage est illustré par la talentueuse et rigolote Caroline Ayrault, au dessin si reconnaissable.
L’histoire ? C’est bien simple, il s’agit en réalité de trois histoires toutes trois différentes, avec des personnages qui changent. Mais un maître mot régit ces trois courts textes : l’entraide, la compassion, l’amitié… Et cela de façon très joliment amenée à chaque fois.

Dans la première histoire qui donne son titre à l’ouvrage, nous faisons la connaissance de Lucas, un garçon très inventif. Il aime jouer, taper dans un ballon et surtout… s’inventer des histoires ! C’est grâce à ce talent particulier qu’il va redonner le goût de vivre à un de ses camarades de classe très malade. Une très belle histoire d’entraide et d’amitié naissante.

La seconde histoire, Joséphine a disparu, nous raconte l’épopée que deux cousines qui ne s’apprécient pas vont vivre pour sauver le doudou de la plus petite. Preuve que les préjugés peuvent être combattus quand on possède une cause commune…

La troisième histoire, Les malheurs d’Hortense – très fortement inspirée du vécu de l’auteur, c’est dit en début d’histoire – nous fait suivre une classe de neige et la quantité de catastrophes qu’ils vont devoir endurer. La maîtresse n’en peux plus. Entre le chauffeur de bus qui veux les larguer à 30 km du chalet et le gérant dudit chalet qui mouline, ça devient très vite compliqué ! Et drôle… pour nous lecteurs.

Un ouvrage parfait à découvrir pour les 8/9 ans environ. Les caractères sont écrits assez gros pour mettre en confiance les jeunes lecteurs, et les illustrations (en couleur) de Caroline Ayrault font le reste… et la magie opère !

Chronique Jeunesse : L’ickabog

Véritable événement international, L’Ickabog est paru en fanfare à la fin d’année 2020. Il signe le grand retour de J.K. Rowling à la littérature de jeunesse, chose qu’elle n’avait pas faite depuis Harry Potter.
Mais J.K. Rowling n’avait pas lâché sa plume pour autant. Elle a publié des polars et plusieurs romans après les aventures du plus célèbres des sorciers : Une place à prendre, ou encore la série de l’inspecteur Cormoran Strike sous le pseudonyme de Robert Galbraith.

La version française de L’ickabog a été traduite par l’autrice Clémentine Beauvais. Elle a écrit quantité de romans pour la jeunesse et les ados : Les petites reines, Comme des images, Songe à la douceur, Brexit Romance… (pour ne citer qu’eux). Un chapitre paraissait chaque jour sur internet, et cela gratuitement pendant le premier confinement. De quoi se distraire avec bonheur durant ces temps qui furent difficiles.

Autre petite chose très sympathique, les jeunes lecteurs.ices ont pu envoyer leurs plus beaux dessins après lecture de l’Ickabog. Vous en retrouverez une sélection en couleur en fin d’ouvrage (et une illustration en fin d’article). De quoi motiver les artistes en herbe…

Mais alors, que vaut donc l’Ickabog, le nouveau roman jeunesse de Rowling ? Une chose est certaine, il était très attendu !

Un monstre légendaire que personne n’a jamais réussi à apercevoir…

Tout commence quand un roi égoïste qui pense de moins en moins au bien être de son peuple et des gens qui le servent persiste dans ses travers. Et surtout, les choses empirent quand ses conseillers proches décident peu à peu de prendre le pouvoir et les richesses du royaume… Comment ? En créant de toute pièces un monstre qui va faire régner la terreur dans le royaume de Cornucopia.

Mais l’Ickabog est-il vraiment une invention des conseiller du Roi Fred ? Ou existe-t-il réellement ?

Un roman qui reprend les codes du conte traditionnel

On peut apprécier l’Ickabog pour la façon dont il est narré, à la façon d’une légende ou d’un conte de fées. Même s’il s’agit d’un texte contemporain, c’est bien une ode aux anciens textes que Rowling nous offre ici.
Malgré ce point très plaisant, je n’ai pas beaucoup aimé l’Ickabog, que j’ai trouvé bien trop manichéen et surtout très moralisateur (façon gros sabots).

L’histoire en elle-même ne m’a spécialement transportée même si je savais que ce n’étais pas du Harry Potter que j’avais entre les mains, je m’attendais à plus. Quelque chose de plus original peut-être ? Ou tout simplement de moins simpliste ?

J’ai trouvé que l’Ickabog n’était pas représentatif de la finesse à laquelle nous a habituée Rowling. La façon dont c’est écrit me donne l’impression qu’elle n’a pas prit son lectorat assez au sérieux… c’est dommage.

Il y a pour moi quelques longueurs inutiles dans le roman, notamment vers la fin. Je ne vous en dit pas plus sur l’intrigue, mais le cheminement final de cette histoire traîne quelque peu en longueur pour n’apporter que peu de choses…

Bien entendu, il ne s’agit là que de mon ressenti et je sais que beaucoup de lecteurs et lectrices de tous âges ont beaucoup aimé L’Ickabog. Pour moi, cela n’a pas fonctionné du tout. J’ai trouvé cette histoire trop « facile », avec des méchants trop méchants, et un roi benêt bien trop agaçant…


Je reste toutefois très curieuse de découvrir le prochain roman jeunesse de J.K. Rowling qui sortira en fin d’année 2021, toujours chez Gallimard Jeunesse of course : The Christmas Pig.

Mini-chroniques #13 : Quatre romans devenus des classiques dans leur genre respectif

Voici quatre romans bien différents, mais leur point commun est d’être devenu, chacun à sa manière, un classique. L’un est ce qu’on appelle sobrement un classique (du roman gothique entre autres), les autres sont ce que l’on nomme des classiques contemporains. Tous ont marqué, et cela de différentes manières… même si cela n’a pas toujours été le cas pour moi en tant que lectrice. Il faut les avoir lu pour se faire son propre avis ! Et vous, en avez-vous lu parmi cette petite sélection ?

Mon chien stupide – John Fante – éditions 10/18

Grand classique de la littérature américaine, Mon chien stupide est paru en 1985 aux États-Unis. On y suit les déboires d’un père de famille qui voit peu à peu sa vie partir dans tous les sens… en tout cas de son point de vue !
J’ai toujours entendu dire que cet ouvrage était drôle, atypique voir génial et pourtant… cette lecture m’a laissée assez dubitative et m’a même franchement déçue.

Peut-être mes attentes étaient-t-elles trop élevées ? Ou alors suis-je totalement passée à côté de ce texte ? Je l’ignore. Mais en dehors de quelques répliques bien senties et pleines d’esprit, pour le reste, ce fut pour moi une lecture très dispensable…

Si vous tombez sur cet article et que vous avez lu et aimé Mon chien stupide, j’en parlerai avec plaisir pour mieux comprendre le succès de ce roman.

Les amants du Spoutnik – Haruki Murakami – éditions 10/18

Si vous connaissez déjà un peu l’œuvre du japonais Haruki Murakami, vous savez qu’elle est à la frontière de l’étrange et d’une normalité toute relative. Encore une fois c’est le cas avec Les amants du Spoutnik qui nous conte l’histoire d’une très étrange disparition…

J’ai lu cet ouvrage il y a des années, mais j’en garde un souvenir à la fois très positif et éthéré. Pour ceux et celles qui aiment les romans où tout n’est pas expliqué, les histoires d’amour atypiques, et voyager entre le Japon et la Grèce ce roman est un bel inclassable.

Je ne suis pas sûre que ce roman soit le plus à-propos pour découvrir l’auteur car il ne fait pas parti des plus accessibles de son œuvre. Le mieux serait peut-être de commencer par Kafka sur le rivage ou encore La ballade de l’impossible. Plus récemment, sa saga en deux tomes Le meurtre du Commandeur vaut également le détour.

Les Hauts de Hurle-Vent – Emily Brontë – Le livre de Poche

Classique parmi les classiques, je n’ai pas la prétention de faire une chronique sur un tel monument de la littérature. Je vais simplement parler de mon ressenti.
J’ai apprécié cette histoire, même si je sais de façon certaine que je n’ai pas détecté toutes les symboliques dont s’imprègne l’ouvrage. De même que j’ai eu beaucoup de difficulté à entrer dans l’histoire…

Je pense qu’il faudrait que je lise d’autres ouvrages des sœurs Brontë ainsi que d’autres titres dits gothiques pour pouvoir les apprécier pleinement. Par exemple Les Mystères d’Udolpho de Ann Radcliffe ou encore Le Moine de Matthew Gregory Lewis. A suivre…

Dix petits nègres – Agatha Christie – Le livre de poche

Bien que renommé en 2020 sous le titre Ils étaient dix, j’ai une ancienne édition de ce classique de la littérature policière avec le titre, donc je le présente avec ce dernier. D’autant plus que je pense que c’est une erreur que d’occulter celles qui ont été commises par le passé, les cacher sous le tapis et faire comme si elles n’avaient jamais existé n’est pour moi pas la solution.
En effet le terme nègre est évidemment offensant, mais cette partie de notre histoire ne doit pas être oubliée sous peine de ressurgir plus tard… Il aurait peut-être été judicieux de conserver ce titre tout en remettant dans son contexte son utilisation. Expliquer par le biais d’une préface qu’il est le reflet d’une époque, d’une pensée révolue… Faire table rase est un déni total de ces erreurs. Voilà pour mon avis sur le changement de titre.

Ce fut le premier roman d’Agatha Christie que j’ai lu, et j’ai adoré son ambiance feutrée, et empreinte de mystère. Les personnages sont nombreux mais très réussis, impossible de les confondre. En quelques lignes à peine, on les cerne et on devine leur caractère propre.
L’idée de les faire tomber un par un comme des mouches alors qu’ils sont dans une petite maison sur une île c’est du grand art.
J’ai dévoré l’ouvrage de bout en bout et une chose est certaine, ce n’est pas pour rien que cet ouvrage a un tel succès depuis sa sortie. Tout est réussi, simple, efficace, mais totalement redoutable.

Pour ceux qui aiment les romans de cosy-crime mais qui ne se sont pas encore essayé à l’œuvre d’Agatha Christie, je ne peux que vous le conseiller !

PS : Pour l’anecdote, saviez-vous que des mathématiciens ont mis au point une formule qui permet de déterminer le coupable dès le début du roman ? Tout cela en fonction du lieu de transport des personnages en début d’intrigue et du type d’endroit où se déroule cette dernière. Je trouve ça incroyable.

Chronique : Made in Gangnam

Une plongée sombre et fascinante dans l’élite coréenne et son impunité

Premier ouvrage de Ju Won-kyu à paraître à France, Made in Gangnam est un roman aux allures de polar sociétal. Il est paru aux éditions Picquier en mai 2021.

Pour écrire ce roman, l’auteur à infiltré l’un des nombreux clubs huppé de la capitale coréenne. Ce qu’il y a découvert lui a donné une matière fascinante et terrifiante pour ce texte inspiré donc de faits réels.

Un massacre dans un hôtel encore non inauguré

Tout débute avec une scène de crime aux nombreuses victimes, dont certaines très célèbres. Que s’est-il passé lors de cette soirée de débauche ? Impossible de le savoir, mais il est du devoir du planificateur d’entrer en scène. Son but ? Offrir une mort acceptable aux yeux du public afin de cacher la terrible et sale réalité des soirées VIP où absolument tout peut se passer…

Bienvenue dans le quartier de Gangnam qui le jour est une fourmilière d’hommes d’affaires pressés et se transforme la nuit en terrain de débauche sans aucune limite.

Un pan de la société coréenne qui ne cesse de surprendre

Comme toujours avec la Corée, ses nombreuses spécificités sociales ne cessent de captiver. Ici, c’est le monde feutré et dangereux de la nuit chez les ultras privilégiés qui est analysé. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est aussi fascinant qu’étonnant. Voir dérangeant.

Ju Won-kyu nous initie à un univers que l’on ne soupçonne même pas et dont les codes ne sont maîtrisés que part une minuscule partie de la population qui s’élève au-dessus du commun des mortels.

Cette société fermée et élitiste est terrible avec les femmes, considérée comme de vulgaires objets. Tout au long de ce roman noir, on découvre à quel point elles n’ont absolument aucun droit sur leur corps ni même sur leur vie… Et à quel point leur métier est terriblement dangereux. Elle sont soumises aux moindres caprices des stars ou hommes d’affaire pour qui elles offrent leurs charmes. Et même si elles sont consentantes, il réside une forme de torture et de soumission terribles qu’elle se doivent de subir.

C’est donc au travers de deux personnages phares diamétralement opposés que nous découvrons peu à peu le système qui sévit dans le microcosme qu’est Gangnam.

L’un est un planificateur, il modèle à sa guise la réalité de la mort de ses clients pour la rendre entendable à tous.

L’autre est Jae-myeong, un policier qui n’a pas la noblesse de sa fonction. Accro au jeu, pétri de défauts qui le font plonger un peu plus dans l’addiction… Il est superstitieux au point de croire que coucher avec une prostituée avant de jouer lui portera chance. Mais ça ne lui donne que plus de dettes encore, et son salaire ne pourra jamais combler le gouffre financier qui se profile. Sauf si il monnaie le fait de fermer les yeux sur certaines affaires gênantes.

Ces deux hommes diamétralement opposés sont très complémentaires et nous aident à mieux comprendre les grands paradoxes de ce quartier. Si dynamique le jour et brûlant la nuit.

Le Gangnam nocturne est pourri jusqu’à l’os, et cela encore plus que ce que l’on croit quand on découvre qu’un planificateur est capable de plus de cœur qu’un flic endetté du district. C’est pourtant bien ce qu’il se passe ici, où tout ce qui touche de près ou de loin Gangnam semble étendre son influence malsaine…

Ainsi ce roman noir est une incursion instructive et passionnante dans un des quartiers les plus chauds de la capitale sud-coréenne. Dès que l’on bascule dans la face nocturne de Gangnam, tout se transforme, et pas nécessairement en bien…

On aurait aimé en savoir encore plus sur ce monde si particulier et déconnecté que l’auteur nous fait découvrir au travers de son expérience d’infiltré. Peut-être dans un prochain roman ?

La petite remarque en plus : Saluons la très belle couverture réalisée qui fait penser à Inception. Je la trouve très originale et réussie.

Chronique jeunesse : Kaimyo – Tome 1 – Le nom des morts

Un roman doux et touchant qui enveloppe la ville de Paris de culture japonaise au travers d’énigmes…

Paru récemment aux éditions Gulf Stream, voici Kaimyo, l’un des derniers romans en date de Bertrand Puard, un auteur très prolifique. Mais l’auteur a également d’autres cordes à son arc puisqu’il est aussi directeur de collection, scénariste ainsi qu’animateur radio.
Parmi ses nombreuses œuvres, on peut citer Les effacés (série en 6 tomes), Les aventuriers de l’étrange (10 tomes) ou encore L’Archipel (trois tomes). Il écrit pour tous les âges et a une prédilection pour l’aventure et le fantastique ! Le premier tome de Kaimyo confirme d’ailleurs cet amour pour ces deux genres…

A la découverte d’une tradition japonaise méconnue

Au Japon, quand une personne décède, on lui attribue un kaimyo, un nom honorifique. Ce nom permet à l’âme du défunt de ne pas errer parmi les vivants. Et justement, ce nom honorifique, Rieko n’a jamais eu la chance pouvoir l’offrir à ses parents. Cette blessure du passé l’ayant marqué à tout jamais, il a décidé de créer son entreprise. Une société qui offre des services très spéciaux : enquêter sur les morts mystérieuses et retracer leur contexte.
Le travail peu commun de Rieko lui a permis de faire fortune au Japon grâce à son sérieux et son excellence. A cinquante ans, il décide de s’ouvrir à de nouveaux horizons et d’exercer en France son étrange métier. Mais aura-t-on besoin de ses services dans ce pays si différent du Japon ?

Voici un roman passionnant qui se dévore, entre le genre fantastique et policier.

Une histoire étrange et belle tout à la fois

Dans l’offre pléthorique de la littérature de jeunesse, Kaimyo est un roman qui détonne. A la fois beau, onirique et très original, on se plonge en très peu de pages dans l’histoire étrange de Rieko.
Il est rare de voir un personnage de cinquante ans comme héros d’une histoire jeunesse, c’est pourtant le cas ici, et ça fonctionne à merveille ! Certes, Rieko réussit à s’entourer de la jeune Nouria, mais ce n’est pas elle le centre de cette intrigue.
Rieko est le personnage clé à tous les temps : ses enquêtes en France vont le mener vers son passé, son présent et son avenir… C’est très bien amené, tout en douceur et émotion.

J’ai énormément apprécié la partie enquête de ce roman, quand Rieko arrive sur un lieu où quelqu’un est mort et doit trouver des indices. Tout est décrit avec efficacité, pudeur, passion… c’est une réussite. La cible a beau être des lecteurs dits « jeunesse », je suis persuadée qu’un public adulte pourrait sans problème apprécier Kaimyo. L’écriture de Bertrand Puard est très belle, travaillée et sait captiver avec aisance…
Tous les ingrédients sont réunis pour que ça fonctionne, et cela d’autant plus que l’intrigue dans son ensemble est très originale. De quoi attirer les curieux qui ont déjà lu beaucoup d’histoires et qui recherchent quelque chose de différent.

Ainsi, l’intrigue est extrêmement bien pensée et saura surprendre ses lecteurs. Et surtout… c’est captivant. Je pense surtout à la conclusion du premier tome qui est insoutenable ! De plus, l’histoire d’amitié entre un homme de cinquante ans et une adolescente qui se retrouvent sur une passion commune est très belle. L’idée de la transmission, de ce qu’on laisse derrière nous quand on part… Kaimyo est un roman qui fait réfléchir à quantité de thématique peu abordées en littérature jeunesse/ado.
Il faut maintenant attendre la fin de l’année pour avoir la suite de Kaimyo… courage, ça vaut le coup ! A découvrir dès l’âge de 13 ans environ.

Chronique : Deux enquêtes de Lilith Tereia

La beauté des îles… l’évasion… et des dangers mortels.

Connaissez-vous le sous-genre littéraire nommé « noir azur » ? Peut-être pas et pour cause, il est nommé ainsi par Patrice Guirao et se veut doté d’une spécificité : l’insularité pacifique. Idée intéressante qui si elle réussit à se développer peut donner quelque chose de plus grand.


Ainsi donc, les deux romans qui constituent les enquêtes de Lilith Tereia font partie de ce sous-genre. Bienvenue à Moorea et ses paysages de cartes-postales où l’horreur trouve également sa place !

Une journaliste qui fouille partout et surtout où elle ne devrait pas…

Des cadavres retrouvés autour d’un mystérieux bûcher ou encore de nombreuses disparitions sur une île vivant en huis-clos, voici ce qui vous attend dans les enquêtes de Lilith.
Elle est journaliste à La Dépêche de Papeete et s’investit à fond dans son travail, quitte prendre tous les risques pour trouver les réponses là où parfois la police piétine.
Elle a les contacts, connaît tout le monde ou presque et est connue comme le loup blanc ce qui l’aide grandement dans ses investigations !

Une ambiance plaisante mais des intrigues qui laissent quelque peu à désirer

J’ai adoré découvrir le concept de polar noir azur, mais j’ai été contrariée de découvrir que ces deux romans n’étaient pas à la hauteur de mes attentes de lectrices.
Tout d’abord, le personnage de Lilith est bien trop stéréotypé : une femme forte, parfois rebelle, très intelligente et immensément belle bien sûr (et tatouée, ce qui n’est pas du goût de tout le monde). Pas de pression pour celles qui ne collent pas à cette image…

De plus, la partie policière m’a également peu emballée. Au début du premier tome, Le bûcher de Moorea, j’étais très enthousiaste à l’idée de découvrir un nouveau genre, un nouvel auteur, etc. Mais j’ai été fortement déçue car Lilith n’est pas la seule à être un stéréotype, et l’intrigue policière ne se tient pas au point de captiver le lecteur…

Et je fais les mêmes reproches au second tome, Les disparus de Pukatapu, tout cela sans parler de la vulgarité gratuite dont sont parsemés les livres. Je trouve que le vocabulaire vulgaire parfois utilisé assouvi plus un fantasme de l’auteur qu’une réelle recherche de style.
Seul côté intéressant, le fait que l’on bascule dans l’étrange à un certain point de l’intrigue, tout particulièrement dans ce second tome dont le final est bien trouvé.

Une chose est toutefois plaisante, c’est l’intégration légère d’un peu de surnaturel et de croyances locales. On en apprend un peu plus quelques légendes et la notion de « mana » que nous appelons en occident « sixième sens ». Cette facette des romans apporte une touche d’originalité fort bienvenue, j’aurais même apprécié en apprendre encore plus sur cette culture dont on ne connaît quasiment rien.

Pour conclure, ces deux tomes ne sont pas mauvais en soi, mais ils ne correspondent absolument pas à ce que je recherche dans un polar qu’il soit noir azur ou non. Je trouve que les deux enquêtes policières qui nous sont ici offertes n’offrent pas assez d’allant ni de suspense pour tenir en haleine. De plus, le personnage de Lilith ne m’a pas séduite car je la trouve trop créée de toutes pièces pour être crédible.
Je m’arrêterais donc là avec les aventures de cette journaliste un peu trop badass, si il y a un troisième tome, ce sera sans moi !

TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : L’ère des miracles – Tomes 1 & 2

Une saga futuriste qui mélange grands mythes et fantastique dans un univers sf avec réussite. Mais…

Richelle Mead est une autrice américaine à l’œuvre très prolifique : Vampire Academy, c’est elle ! Mais également la saga Succubus, ou encore Cygne Noir

Avec sa série L’ère des miracles, l’autrice nous propose une œuvre ambitieuse et originale qui joue avec les légendes, les mythes et autres croyances. Un curieux mélange très efficace. Seul bémol et pas des moindres : la trilogie n’a que deux tomes de parus que ce soit en France ou en langue originale. La raison ? Les ventes pas assez conséquentes de la saga pourtant très bien accueillie par les lecteurs…

Des meurtres rituels comme début de piste

Tout débute avec une série de meurtres liés à des castes religieuses très différentes. Nous suivons Justin March, un enquêteur de génie – dont la psychologie altérée lui fait entendre des voix bizarres – qui a été exilé pour de mystérieuses raisons… mais les crimes qui sévissent sont si atypiques que l’on fait de nouveau appel à lui.

Pour assurer sa protection, une soldate nommée Mae Koskinena est mandatée, ce qui est vécu comme une punition pour la jeune femme.

Ce duo improbable va se glisser dans le microcosme des sectes religieuses, mais cela ne va pas se faire sans heurts. Un univers passionnant s’ouvre à vous…

Un univers dense et fascinant

Richelle Mead a une maîtrise en religion comparée, et ça se voit. Bien que les religions dont elle parle soient créés de toutes pièces, elle s’inspire très fortement des mythes et légendes de notre histoire. Vous le découvrirez au fil des pages… c’est de plus en plus en plus flagrant quand on avance dans l’intrigue.

Et cela jusqu’aux derniers chapitres où une belle révélation vous attend si vous ne connaissez pas sur le bout des doigts la mythologie… (en tout cas, je fus étonnée !).

Pour ce qui est de l’univers créé par l’autrice, il est très intéressant, dense et extrêmement cohérent. On sent que tout a été réfléchi de bout en bout et qu’elle n’a pas tout développé et qu’elle a encore de quoi nous immerger dans ce monde futuriste mais pétri de croyances ancestrales… Un paradoxe intéressant traité avec originalité.

Et le tome deux poursuit dans cette voie…

Le second tome poursuit les enjeux du premier avec une tension qui monte… surtout que certaines révélations nous font revoir notre façon d’appréhender les personnages. Et cela de façon radicale.

Cependant, j’ai abandonné la lecture de La couronne de l’Elue une fois que j’ai appris que cette trilogie n’en serait jamais une… En effet l’éditeur de Richelle Mead aux Etats-Unis a décidé de ne pas donner suite aux deux tomes car les ventes ne sont pas au rendez-vous malgré la qualité de l’œuvre. C’est franchement dommage et même regrettable que les fans de la série qui s’y sont engagés et l’ont appréciés soient abandonnés, surtout qu’il ne manquait qu’un seul volume.

C’est donc contrariée que j’ai décidé de laisser les personnages passionnants de Richelle Mead, de même que son univers… la frustration est grande.

Ainsi, la saga de L’ère des Miracles méritait le détour, ne serait-ce que pour ses thématiques rarement abordées en sf, mais l’arrêt brutal du cycle et rédhibitoire. C’est tellement dommage…

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Mini-chroniques jeunesse #2 : De l’imaginaire sinon rien !

Ils sont quatre romans tous très différents, mais avec un point commun : on s’évade dans un autre monde, l’imaginaire est omniprésent ! Féérie, monstres en tous genres ou encore concours culinaires d’ogres, il y en a pour tous les goûts…

Magic Faïnn – Aventures à New York – Slalom

Paru en 2020 aux éditions Slalom, Magic Faïnn est écrit par Fanny Gordon, alias Véronique Delamarre Bellégo et Pascale Perrier. Ce n’est pas la première fois que les deux autrices travaillent ensemble, elles avaient notamment écrit Le Bureau des Fantômes (que j’avais beaucoup apprécié).

Dans Magic Faïnn, la magie sert de prétexte pour découvrir la ville de New York au travers des yeux de trois préadolescents.

Tout débute avec une punition quelque peu sévère que doivent subir les trois adolescents : ranger de fond en comble la réserve décrépite de leur pensionnat. La punition ne sera pas levée tant qu’ils n’aurons pas tout rangé et mis au propre… Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il y a du travail !

Mais à peine débuté le grand ménage, le trio va tomber sur un étrange petit être : un magicien minuscule qui tient dans la paume de la main. Ils ne le savent pas encore, mais cette découverte va bouleverser leurs plans de rangement… et leur vie !

Cette lecture a beau remplir tous les critères d’un roman jeunesse qui fonctionne, je n’ai pas été transportée par l’histoire…

Premièrement, les personnages, notamment celui du magicien Faïnn Kalindor, sont très stéréotypés et n’arrivent pas à créer une émotion particulière.

Deuxièmement, j’ai trouvé que ce roman dans son ensemble manquait fortement de naturel. On dirait qu’il y avait un cahier des charges à remplir, et que certains éléments devaient absolument y figurer. Le tout manque de fluidité, et les infos intéressantes que les lecteurs vont découvrir sur New York sont parfois amenées de façon trop « scolaire ».

Enfin, l’histoire n’apporte pas grand chose aux lecteurs… c’est le genre de roman où l’on ne peux guère en dire grand chose. Ni bon, ni mauvais, il est là, il existe et c’est tout. Dès 9 ans.

L’ogre et sa princesse aux petits oignons – Sabrina Inghilterra – Didier Jeunesse

Atypique et étrange, voici l’histoire d’un ogre qui aime tant les plaisirs de la bonne nourriture qu’il vit parmi les humains pour se délecter de leurs meilleurs mets. Mais chez les ogres, il est vu d’un très mauvais œil car bien trop différent d’eux. Pas assez cruel, vorace… bref pas assez ogre.

Mais à l’occasion d’un grand concours de cuisine, le monstre décide de retourner aux sources et de prouver qu’il est le meilleur cuisinier de son espèce ! Quitte à renouer avec ses mauvais côté 100% ogre…

Je n’ai pas su quoi penser de cette lecture… elle est certes originale, mais il y a une facette qui m’a quelque peu mise mal à l’aise. Il faut avant tout mettre ça sur le côté très « brut » de l’ogre, certes, mais malgré cela il y a un quelque chose qui m’a déplu. Je n’arrive cependant pas à mettre le doigt dessus alors… impossible d’être plus claire. Dès 9 ans.

Peur de rien – Stéphane Gisbert & Alice A. Morentorn – Sarbacane, collection Pépix

Comme toujours avec les romans Pépix, voici un univers original et déluré à découvrir pour les lecteurs de 9/10 ans ! Dans Peur de rien, nous faisons la connaissance du jeune Kévin qui n’a VRAIMENT peur de rien.

Se balader dans un cimetière lugubre en pleine nuit ? Pas de problème. Défier un monstre qui a survécu à des décennies d’affrontements ? Même pas peur non plus ! Kévin est unique en son genre et étonne tout le monde par son courage… ou sa témérité ?

Dans le catalogue Pépix, je trouve que Peur de rien est un peu à part. Il est en effet pour les enfants entre neuf et dix ans, cependant son contenu est un peu plus sombre qu’à l’accoutumée.

On y parle harcèlement, problèmes de quartiers, vie désargentée… C’est intéressant d’aborder ces thèmes dans des romans pour la jeunesse.

J’ai passé un moment agréable à cette lecture même si ce n’est pas un coup de cœur. Je pense que c’est le roman parfait pour ceux qui aiment l’aventure, le frisson et le fantastique tout à la fois ! Peur de rien fera moins peur qu’un Chair de Poule, mais peut être une lecture idéale pour commencer à se faire un peu peur gentiment…

Après Minuit -Tome 1 – Trop de sel dans les pâtes – Clémentine Mélois & Rudy Spiessert – L’école des Loisirs, collection Mouche

Comment un plat de pâtes trop salées peut mener à la découverte la plus insensée sur sa maîtresse ? C’est simple, Romy et sa petite sœur ont très soif durant la nuit à cause du plat de pâtes bien trop salées préparées par le père… Ils se lèvent donc pour aller boire un verre d’eau et… entendent un étrange bruit. Qui va les mener à une terrible découverte : leur maitresse se transforme en loup-garou !

Mais cette découverte n’est que l’arbre qui cache la forêt…

Si vous recherchez un court roman qui mélange frissons légers et aventure pour les enfants de CE1/CE2 ce roman est PARFAIT ! A la fois drôle, mystérieux, intriguant… il fera passer un bon moment de lecture aux jeunes lecteurs friands d’enquête.

Et la bonne nouvelle, c’est que ce n’est que le premier tome !  

Et saluons au passage les très colorées et jolies illustrations de Rudy Spiessert. Je n’ai d’ailleurs pas résisté à l’idée d’en partager avec vous car je les trouve magnifiques.

Belle découverte donc, et n’hésitez pas à faire découvrir cette nouvelle série dans la collection Mouche, elle est top moumoute. J’ai d’ailleurs hâte d’en découvrir la suite… même si je n’ai plus huit ans depuis longtemps.

Chronique Jeunesse : Jefferson

Un roman jeunesse époustouflant de justesse et de finesse d’esprit, le tout au service d’une intrigue policière originale !

Jean-Claude Mourlevat est un auteur qui écrit à la fois pour les enfants, les ados et même les adultes. Parmi ses ouvrages les plus marquants, on peut citer La rivière à l’envers (qui m’a fait pleurer par sa beauté rare), Le combat d’hiver (au final saisissant, à l’intrigue magistrale), chez les adultes ont peut citer Et je danse aussi coécrit avec Anne-Laure Bondoux.

Une histoire épineuse…

Tout allait bien pour Jefferson, il s’était préparé un bon repas, était prêt à recevoir un ami dans quelques heures… et se rendait tranquillement chez le coiffeur. Sauf qu’en arrivant chez ce dernier, il ne découvre qu’un cadavre !

Jefferson réagit très mal dans le vif de la situation, il enlève la paire de ciseaux coincée dans la gorge de son coiffeur préféré… et se retrouve injustement accusé de meurtre. C’est donc apeuré et en fuite que Jefferson quitte le salon de coiffure, sa maison et finalement sa ville. Son objectif, prouver son innocence en retrouvant le meurtrier. Une affaire d’autant plus délicate qu’il est poursuivit par la police et déjà coupable aux yeux de tous… ou presque.

Un roman sociétal puissant sous couvert d’une histoire policière

Vous pensez avoir à faire à un énième roman jeunesse ? Original, mais pas extraordinaire ? Détrompez-vous. Tout dans Jefferson mérite qu’on s’y attarde et qu’on y réfléchisse sérieusement.

Déjà, le roman est très original : l’histoire de Jefferson se déroule dans un pays habité par des animaux. Mais il est possible de passer la frontière et d’arriver en territoire humain. Et les deux peuples se parlent et se comprennent. S’apprécient-ils ? Cela est délicat, car les humains sont loin d’avoir renoncé à leurs défauts, notamment celui de manger de la viande.

Ainsi, il y a trois échelles dans la société dépeinte par Mourlevat. Tout en haut, les êtres humains, juste en dessous, les animaux anthropomorphes doués de parole comme Jefferson, et en troisième position, les animaux que nous connaissons, sans parole ni pensée.

Il est ainsi très malaisant pour les animaux doués de raison de voir les humains manger leurs congénère sans aucun égard ni regret. Ainsi, des touristes animaux qui visitent le pays des humains passent-ils devant des abattoirs sans le savoir… terrible. Mais le pire, c’est encore au restaurant, où certains ont l’indélicatesse de leur faire des blagues douteuses sur un potentiel lien de parenté avec la viande qu’ils pourraient ingérer… Eurk.

L’univers dépeint, parfois seulement esquissé par Mourlevat est assez dense, et extrêmement intéressant. C’est ce qui rend toute l’histoire de Jefferson et de son enquête fascinantes. Dans la résolution de cette intrigue, tout est lié et savamment bien déroulé. C’est une réussite totale aussi bien en termes d’écriture que d’histoire.

Mais même si Jefferson est un petit hérisson tout mignon aux habitudes charmantes, l’âge du lectorat n’est pas celui que j’imaginais initialement. En effet, l’histoire est assez dense, de même que son intrigue et ses enjeux ce qui le rend idéal à partir de 12 ans minimum. Il y a toute une dimension philosophique qui interroge fortement : faut-il manger les animaux ? Pour paraphraser le titre de l’ouvrage de Safran Foer. Est-ce moral ?

« C’est dingue ça, quand même, grognait-il […] : des spaghettis au basilic, du gratin dauphinois, des pizzas quatre saisons, des tartes aux framboises, des omelettes aux pommes de terre, des gâteaux à la noix, des soupes de lentilles corail avec du lait de coco, des crêpes à la confiture, des pommes, des poires, des abricots, des poêlées de champignons, des salades de tomate, des croissants, des tagliatelles au pesto, des crèmes à la vanille, des fraises, des melon, du riz, de la purée, des petits pois, du velouté du potiron, du chocolat aux noisettes… et ça leur suffit pas ! Ils trouvent que c’est pas assez, alors ils tuent les animaux pour les bouffer ! Je comprends pas… »

Ainsi, Jefferson est un roman que l’on peut assimiler à de la fantasy animalière, mais sans le côté fantastique que l’on y découvre habituellement. Plus sérieux et terre à terre par certains côtés, ce roman jeunesse offre une réelle réflexion sur notre société et ses écueils.

 Jefferson est donc un petit inclassable, mais quelle belle découverte !

PS : Saviez-vous que les bébés hérissons se nommaient des choupissons ?

Chronique Jeunesse : Trois romans de William Steig à découvrir

Connaissez-vous William Steig ? Je pense que vous seriez tenté de dire non, et pourtant… je pense que oui !

Pourquoi ? Car cet auteur jeunesse n’est rien d’autre que le créateur du monstre et de l’album jeunesse nommés Shrek ! (paru lui aussi aux éditions Gallimard Jeunesse, cf image en fin d’article ).

Ici, je vais vous présenter trois de ses romans dans la collection Folio Junior. Parfaits pour découvrir la fantasy animalière quand on a environ 10 ans.

L’île d’Abel

Voici l’histoire d’une petite souris prénommée Abel. Il est marié, très amoureux et part pique-niquer avec sa chère et tendre épouse Amanda.

Sauf que… une tempête arrive violemment et oblige le couple à se cacher dans une grotte avec d’autres animaux. Mais à cause d’un coup de vent qui va emporter l’écharpe de sa femme, Abel va prendre tous les risques et tenter de la récupérer. Il ne va malheureusement jamais retrouver le chemin de la grotte et se retrouver isolé sur une île, seul au monde. Une sorte de Castaway ou de Robinson Crusoé version enfants !

Petit roman attendrissant rempli de bon sens et d’humour, l’histoire d’Abel vous fera parfois sourire, d’autres fois attendrir…

C’est un véritable roman de survie pour les enfants. Abel va faire preuve d’ingéniosité et de persévérance pour s’en sortir, surtout qu’il va rester de très longs mois sur l’île…

Ce n’est pas mon préféré des trois romans, mais il m’a malgré tout fait passer un moment agréable.

Dominic

Ici nous avons affaire à un conte philosophique qui nous narre le voyage de Dominic, un chien qui décide de quitter sa maison du jour au lendemain pour partir découvrir le monde.


C’est curieux, attendrissant et assez original. Dominic, c’est en fait une réécriture de Candide pour les enfants selon moi. De nombreux messages et symboliques parsèment ce court roman philosophique.

Chaque rencontre que Dominic va faire est pour lui l’occasion de réfléchir au mieux à comment faire le bien autour de lui. Cela peut sembler un peu niais de présenter les choses comme ça, mais c’est un personnage profondément bon qui semble au-dessus de toute corruption.

Que ce soit la richesse, l’oisiveté ou tout autre chose, Dominic n’est jamais atteint et trouve toujours une parade.

L’éditeur suggère cette lecture à partir de 9 ans, mais je pense qu’il n’est pas aussi aisé à lire qu’il n’y paraît. Alors 9 ans, pourquoi pas, mais il pourra se savourer jusque 11 ans environ.

Le vrai voleur

Voici mon préféré des trois petits romans de William Steig ! Pourquoi ? Parce que le personnage principal est une oie, et qu’il y a une enquête policière à la clé !

L’histoire est celle d’un des membre les plus fiables du royaume : Gauvain l’oie est Gardien en chef du Trésor Royal, et c’est le seul à détenir les clés de la chambre forte du palais. Un poste prestigieux mais qui est également lourd de responsabilités…

Sauf que : depuis peu, il semblerait que de petites choses aient disparu du trésor royal. Au début, c’était une pièce, puis un autre, puis de la joaillerie… Jusqu’à ce que les disparitions deviennent très visibles.


Et comme Gauvain l’oie est le seul à avoir accès au trésor fermé à double-tour, c’est forcément elle qui est accusée !
Seul problème, elle est totalement innocente, mais n’a aucune preuve pour appuyer ses dires…

Cette histoire est ma favorite des trois romans de William Steig, déjà car le personnage est une oie, et ensuite car l’histoire est maline, touchante. De plus, les illustrations de l’auteur sont magnifiques. Rien que le dessin de couverture avec cette petite oie toute fière de son travail, sa posture confiante… c’est adorable !


Mais surtout, l’histoire d’une bataille contre l’injustice est lancée pour que Gauvain sauve ses plumes, mais ce n’est pas une affaire évidente… Cette histoire courte d’à peine soixante-dix pages plaira aux enfants qui aiment les mystères et les enquêtes.

Alors, qui est le vrai voleur de cette histoire ?

Et voici le fameux Shrek original, bien plus terrifiant que celui que l’on connait tous !