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Chronique jeunesse : Les plantes carnivores font mouche

Katia Astafieff est une autrice et conférencière spécialisée dans la vulgarisation scientifique. Biologiste de formation, elle allie aujourd’hui ses deux passions : l’écriture et le voyage. 

Elle a déjà écrit deux autres ouvrages, mais pour les adultes : La fille qui voulait voir l’ours (Arthaud, 2022) ainsi que Mauvaises Graines (Dunod, 2021). Elle travaille actuellement au Jardin botanique de Nancy. 

L’illustration de ce roman original est quant à elle assurée par Gilles Macagno, qui est également professeur de sciences et vies de la terre. Il a déjà publié deux ouvrages : Mauvaise réputation et Je t’aide, moi non plus chez Delachaux et Niestlé. 

Encore du pain sur la planche pour la brigade moustiquaire…

Bienvenue dans le monde méconnu et pourtant passionnant des insectes, mais aussi de leurs (très nombreux) prédateurs. Perrick le moustique se voit coller deux affaires de disparition bien opaques. A lui de trouver ce qui est arrivé à Esmeralda, une mignonne petite mouche, ainsi qu’à Elvis, un moustique artiste. 

Les affaires ne sont pas liées et les possibilités très nombreuses dès lors qu’il s’agit d’insectes portés disparus. Surtout quand il va découvrir avec son coéquipier que la liste des suspects s’allonge à cause d’un congrès faisant venir de loin des plantes… carnivores. 

Extrêmement original, drôle et instructif

J’ai adoré lire ce roman policier bourré d’humour et de références qui possède différents niveaux de lecture ! Beaucoup de titres de chapitres sont des références à la culture populaire, les enfants ne les verrons pas, mais les adultes oui : La mort aux mousses, Les dents de la tourbière ou encore Le barbecue était presque parfait. Et encore, le texte en lui-même est également rempli d’autres références qu’un oeul adulte savourera. 

Quant aux jeunes lecteurs, ils dévorerons l’intrigue efficace et extrêmement originale de ce roman. Créer un roman policier pour faire découvrir les plantes carnivores aux enfants, il fallait y penser ! Certaines fin de chapitre ont ainsi quelques informations sur lesdites plantes carnivores (leur provenance, leur mode de « chasse », l’origine de leur nom, etc.). J’ai beaucoup apprécié ces encarts documentés, à tel point que j’aurais aimé en avoir beaucoup plus dans le roman (note aux auteurs et à l’éditeur, si vous faites un second tome). 

Outre l’intrigue policière, classique bien que chez les insectes, on appréciera la complémentarité des illustrations de Gilles Macagno. Ses dessins sont indispensables pour mieux comprendre les plantes carnivores et leur fonctionnement à part. Elles sont d’une créativité sans bornes quand il s’agit de piéger une proie : goutelettes séduisantes à l’apparence de l’eau, odeur entêtante qui attire les insectes, parois glissantes dont il est impossible de remonter… 

Ainsi, oui j’ai adoré ce roman qui se lit très vite, dont les chapites sont courts et efficaces et à la thématique géniale. C’est malin, drôle, décalé, rempli de suspense. Un livre idéal à faire découvrir dès l’âge de 10/11 ans minimum, puis sans restrictions car il y a très peu voir aucun roman jeunesse sur ce sujet qui pourtant passionne les enfants ! Ils adorent le bizarre et l’étrange, ça tombe bien, la nature en regorge ! 

Chronique roman policier : L’homme à l’envers

La première enquête du mythique commissaire Adamsberg !

Le nom de Fred Vargas est assez connu pour que je n’ose pas vous en faire une longue présentation. L’autrice est française, mais avant d’écrire d’excellents et noirs romans, elle est archéologue de profession et travaille au CNRS. Son succès en librairie est fulgurant, dès qu’une nouvelle enquête du commissaire Adamsberg paraît, c’est l’effervescence. Mais l’autrice à succès possède une œuvre rare. D’elle on peux citer : Coule la seine, Pars vite et reviens tard, Quand sort la recluse

L’homme aux cercles bleus est son premier roman mettant en scène son personnage récurrent qu’est Adamsberg. Et c’est un régal de noirceur et de mystère, le tout savamment mené…

La nuit, dans Paris… un cercle

Tout commence de façon ténue et même discrète. Un cercle bleu entoure une cannette. Puis un objet un peu plus gros, puis plus gros… C’est bizarre, c’est étrange. Ce phénomène ne portant préjudice à personne on s’en amuse tout en se questionnant gentiment. Jusqu’à ce que… ce soit un corps que l’on trouve dans un de ces fameux cercles. C’est ainsi qu’entre en scène le taiseux mais vif commissaire Adamsberg, pour qui l’affaire est passionnante bien qu’ardue. Va-t-il parvenir à resserrer l’étaut de la justice autour d’un coupable ?

Passionnant et à l’écriture incroyable

En quelques pages, j’ai été séduite par Fred Vargas et son enquêteur abimé par la vie (oui, encore un mais il échappe à certains lieux-communs). Car oui, l’intrigue est évidemment fascinante et prend immédiatement le lecteur, mais l’écriture fait tout autant. L’autrice arrive à faire osciller son écriture entre phrases d’une vive intelligence et humour noir par petites touches. C’est un fabuleux exercice d’équilibrage qui donne un ton unique à ce polar.

Ainsi, on entre très rapidement dans cet ouvrage atypique. Fred Vargas sait poser une ambiance et les mystères afférents d’une bonne intrigue. Tout fonctionne à merveille : l’ambiance parisienne nocturne délétère, les rumeurs après chaque cercle bleu qui s’ajoute, Adamsberg et ses réparties qui tombent si justement à côté. Tout est parfait, et j’ai adoré du début à la fin cette histoire efficace et très travaillée tout à la fois.

Alors, ai-je aimé ce premier tome des enquêtes du commissaire Adamsberg ? Je pense que vous avez la réponse. Et preuve en est, j’ai acheté tous les autres tomes de la série tant j’ai été séduite ! A vous d’y goûter pour voir si ce type d’ouvrage vous plaît ! Une chose est sûre, il faut tester au moins une fois et se faire son propre avis, d’autant qu’il est difficile de décrire précisément ce qui m’a séduite.

Chronique : De larmes et d’écume

Stéphane Michaka est un auteur français rare, mais à l’œuvre toujours mémorable. Il a écrit la duologie Cité 19 (PKJ, 2015) ou encore le roman dystopique poétique La mémoire des couleurs (PKJ, 2018). Il change encore une fois de style littéraire avec De larmes et d’écume, un roman historique documenté et passionnant.

Comment le Mary Céleste s’est-il transformé en vaisseau fantôme ?

Nous sommes à la fin du 19ème siècle, où nous suivons les pas du jeune Spotty, qui vient de trouver un emploi à la City. Il travaille pour une compagnie d’assurance maritime sous l’égide d’un dénommé Basil Huntley. Un jour, le jeune homme et son supérieur font la rencontre d’un corsaire qui prétend avoir des écrits issus de la Mary Céleste… Le problème, c’est que le bateau a disparu il y a 11 ans avec tout son équipage avant de réapparaitre totalement vidé de ses occupants. Les papiers du vieux corsaire sont-ils authentiques ? Et si c’est bien le cas, vers quoi va les mener cette incroyable découverte qui a déjà fait couler énormément d’encre dans les journaux du monde entier ? Et surtout, pourquoi la disparition de la Mary Céleste obsède-t-elle tant Basil ?

Passionnant et riche en émotions

Encore une fois, Stéphane Michaka réussit à nous surprendre. Il s’était déjà frotté au roman historique avec Cité 19 (bien qu’il soit d’un genre particulier, il vous faudra le lire pour comprendre !) avant de prendre un virage et de pencher pour la dystopie avec La mémoire des couleurs. Avec De Larmes et d’écume, l’auteur replonge dans l’Histoire, et a dû se passionner à faire des recherches pour les besoins de son roman. Et ça se voit.

L’ouvrage est savamment dosé entre le roman d’enquête, le récit historique (bien qu’avec une grande partie de personnages fictifs) et l’aventure. Dès les premières pages, on est dans l’histoire, car il faut avouer que le mystère de ce bateau retrouvé vide de toute vie est incroyable. Dès que vous aurez tous les éléments de départ en votre possession, vous ferez comme Spotty, vous échafauderez toutes les possibilités. C’est le genre de fait divers qui retourne le cerveau, qui vous fait penser à mille et unes hypothèses.

La réponse que propose Stéphane Michaka à ce mystère est passionnante, elle est semble-t-il la plus crédible de toutes les hypothèses échafaudées. Pour cela, l’auteur s’est beaucoup documenté, notamment avec l’ouvrage Ghost Ship : The Mysterious True Story of the Mary Celeste and Her Missing Crew de Brian Hicks (Random House, non traduit en français). Si vous souhaitez creusez le sujet en français, le titre Le fantôme de la Mary Celeste de Valérie Martin a été édité chez Albin Michel.

Si vous voulez être surpris.e par l’intrigue, je vous déconseille fortement de lire la page Wikipédia concernant la Mary Celeste, ce serait gâcher votre plaisir. Mais après lecture du roman, vous verrez à quel point l’auteur s’est attaché à de nombreux détails historiques avérés.

Ce que nous propose ici l’auteur, c’est une version romancée de ce qui semble être l’hypothèse la plus probable expliquant la tragédie. C’est narré avec passion, tout en ménageant énormément de suspense. C’est simple, le roman se lit comme un bon policier. Ou comme une belle histoire d’amour (qui m’a mis les larmes aux yeux). De plus, il y a tant de détails historiques passionnants que cette

lecture recèle encore d’autres qualités. On en découvre beaucoup sur le fonctionnement des assurances en pleine mer (oui, les assurances existaient déjà) ou encore sur comment un mystère devient légende à l’aide de langues déliées et de journaux voulant écouler de nombreux tirages.

Et comme toujours avec cet auteur, c’est très bien écrit. Il y a un style certain, une plume qui utilise un vocabulaire simple, mais pas simpliste. C’est très difficile de rendre une telle atmosphère historique avec autant d’érudition sans perdre les lecteurs. Ici, c’est entièrement réussi !

De larmes et d’écumes est donc un véritable bijou de lecture. En quelques pages les faits passés vont vous accrocher comme une ancre arrimée profondément. En quelques chapitres vous allez vous attacher aux personnages plus vrais que nature… Et enfin, vous saurez. A dévorer dès 14 ans, puis sans aucune limite d’âge ! Ce roman pourrait très bien sortir en littérature ado ET en littérature blanche quand il sortira en poche (si quelqu’un me lit… ).

Mise à jour de l’article : ET OUI, c’est bien arrivé puisque De larmes et d’écume et passé en poche chez Pocket adulte ! Une excellente nouvelle.

Chronique polar : Ma sœur est morte à Chicago

Roman policier ou fiction historique très documentée ? Ma sœur est morte à Chicago, c’est un peu tout cela et bien plus encore. L’ouvrage pourrait aussi bien être classé en littérature tant le sujet est vaste et passionnant. Bien qu’il y ait une intrigue policière, la partie historique est si complète qu’il aurait tout aussi bien être classé en « blanche ». Naomi Hirahara a réalisé un travail de documentation considérable qui a duré des années pour aboutir à ce roman, et cela se ressent !

Si vous ne connaissez pas encore cette autrice américaine d’origine japonaise, sachez que ce roman est loin d’être son premier ! Elle a sorti en France de nombreux ouvrages, presque tous aux éditions de l’Aube. Il s’agit de romans policiers avec un personnage récurrent : Mas Arai.

Une mort inattendue qui va bouleverser une famille jusque dans ses fondements

Nous sommes en 1944 et tout au long de ce roman, nous allons suivre la jeune et discrète Aki Ito. Avec ses parents, elle vient d’être libérée des camps d’internements japonais et va à Chicago rejoindre leur sœur, Rose. Cette dernière a pu sortir quelque temps avant eux pour trouver un logement pour toute la famille. Sauf qu’en arrivant à Chicago, tout s’effondre : Rose est morte, tuée par une rame de métro qui l’a renversée. Aucune enquête n’est ouverte, car après tout il s’agit d’une femme japonaise et les forces de l’ordre ont bien d’autres choses à faire.

C’est ainsi qu’entre le deuil et la colère, la petite sœur de Rose, Aki, va tout faire pour découvrir ce qui est arrivé à sa sœur. Aki, celle qui a toujours été sage et discrète quand Rose était transgressive et libre va peu à peu s’émanciper au travers de cette quête de vérité.

Sublime, sombre et passionnant

En découvrant ce texte, je dois avouer que je m’attendais à une enquête policière avec un cadre un peu historique autour, mais rien de plus. Or ici, c’est presque l’inverse, la partie policière est en réalité un prétexte pour découvrir une page d’Histoire totalement méconnue !
Je n’avais jamais lu d’ouvrage sur le sujet des camps de concentrations nippo-américains avant ce roman-ci. Pire encore, je n’en connaissais pas l’existence ! C’est là qu’on se rend compte que l’on ne sait rien et qu’à peine on commence à creuser, on découvre des choses terribles et passionnantes à la fois.

Et c’est au fil des pages que l’on voit ce que donne le travail de plusieurs années de recherches et de documentation de l’autrice. Elle nous décrit avec force détails la vie dans ces camps, comment la population nippone américaine a été complètement spolié de ses biens du jour au lendemain. Comment il leur était interdit de se réunir sous peine d’être arrêtés pour conspiration contre les États-Unis d’Amérique, comment ils devaient jurer ne pas avoir prêté allégeance à l’empire nippon par de nombreux questionnaires de moralité…

Tout cela est conté en parallèle de l’intrigue policière, elle aussi passionnante et pétrie de nombreuses injustices dues au racisme et au sexisme. Il y a d’autres sujets de société très forts dans ce roman, et toujours d’actualité aux U.S.A, mais vous les découvrirez en lisant l’ouvrage. Un « beau » mélange que tout cela… et ça fonctionne en nous offrant un roman complet tant par le contenu que par son intrigue terriblement efficace !

Ainsi, si vous aimez les bons romans policiers où l’ambiance est incroyable et où vous apprenez plein de choses sur l’Histoire, ce livre est pour vous ! L’intrigue est réussie, mais c’est surtout un fabuleux prétexte pour découvrir une période sombre et inavouée des États-Unis face à ses immigrés japonais. Splendide et nécessaire, à tous points de vue.

Chronique YA : Une nuit de mon enfance

Un roman ado à suspense où les souvenirs ne sont pas forcément ceux que l’on a cru en retenir dans l’enfance… Une plongée effrayante dans les réminiscences du passé.

Gaël Aymon est un auteur pour la jeunesse à l’œuvre reconnue. Il a notamment écrit l’un de mes romans favoris : Et ta vie m’appartiendra, une fabuleuse et terrible réécriture de La peau de chagrin de Balzac pour les ados.
Il a également été nominé pour le prestigieux Prix Mondial ALMA Astrid Lindgren Memorial Award. L’équivalent du Prix Nobel de Littérature en jeunesse !

Avec Une nuit de mon enfance, il revient au genre du thriller et du suspense avec une sombre histoire passée qui remonte à la surface. L’ouvrage est paru en juillet 2023 aux éditions Nathan.

Les souvenirs s’effacent, se transforment ou nous hantent…

Pour Aurore, c’est un peu des trois à la fois. Elle ne se rappelle pas de tout ce qui l’a traumatisée quand elle avait 6 ans, mais une chose est certaine, ça a gâché sa vie. Son erreur de jugement et regard naïf d’enfant on tué quelqu’un.

Comment grandir et vivre avec le poids d’une vie sur la conscience ? Comment se construire et oublier ? Aurore n’y arrive pas et vit avec cette culpabilité depuis plus d’une dizaine d’années maintenant. Mais quand une personne de ce terrible passé rejaillit dans son quotidien, tout remonte. Y compris des choses dont elle n’avait pas conscience à l’époque, l’obligeant à revoir ce traumatisme à travers un autre prisme…

Un roman efficace pour tous les amateurs de secrets de famille

Si vous aimez les romans à chute tels que Nous les menteurs ou encore Qui Ment ? Une nuit de mon enfance pourrait vous plaire car il a un point commun avec les deux ouvrages mentionnés : on ne le lâche pas. On sent bien qu’il y a quelque chose qui cloche dans l’histoire du passé d’Aurore, on le sait même avant elle. Cette nuit terrible au bord d’un lac n’est cependant contée que de son point de vue, donc biaisé. Tout ce qui a trait à l’eau ou aux poissons la taraude, la terrifie, fait remonter en Aurore le pire. Ainsi, dès qu’elle s’approche d’une berge de la Seine, elle se sent mal, alors ne parlons même pas d’y tremper un bout d’orteil (chose qu’elle va être obligée de faire à un moment). Toute sa vie est une sorte de fuite pour ne plus penser à cet événement et en même temps le comprendre pour passer à autre chose.

Peu à peu, on voit des choses qu’Aurore ne voit pas ou n’a pas voulu saisir, et le lecteur se fera un tableau d’ensemble peut-être même avant elle. La construction du roman est en ce sens très réussit car Gaël Aymon joue avec habileté sur les perceptions et les traumas. Cependant, je n’ai pas eu un coup de cœur comme pour Et ta vie m’appartiendra.

Oui, j’ai été happée du début à la fin, mais pas avec autant d’efficacité que dans la réécriture du classique de Balzac. Il m’a manqué un je ne sais quoi pour rendre l’ouvrage vraiment captivant. Peut-être que les choses sont devinables par le lecteurs un peu trop en avance par rapport à Aurore ? De plus, le personnage mystérieux de Trevor m’a mise mal à l’aise. Insaisissable et malaisant, il m’a paru trop antipathique pour mériter autant de bienveillance de tout son entourage. En cela, il y a un certain déséquilibre qui pour moi fait que ça n’a pas entièrement pris.

Alors, que vaut Une nuit de mon enfance ? Je pense que c’est un bon thriller pour ado qui fonctionne plutôt bien. Il m’a cependant manqué un petit quelque chose indéfinissable pour réellement aimer, mais ça fonctionne. La preuve, je l’ai lu en une journée ! Un roman parfait à proposer à celleux qui aiment le suspense, les secrets de famille et les histoires sombres… Dès 14/15 ans.

Chronique Jeunesse : Nils & Zéna – Tome 1 et 2

Une trilogie de romans noirs pour la jeunesse, Nils & Zéna sont dans la place !

Parue en 2017, la série de romans jeunesse Nils & Zéna est sortie chez Pépix. Il s’agit d’une trilogie de romans policiers qui font partie de la très réduite collection Pépix Noir.

Un duo improbable et atypique

Nils est un crack en informatique, très renfermé sur lui-même, sa rencontre avec Zéna va le changer. Zéna est une adolescente très vive d’esprit dotée d’une mémoire photographique elle a pour animal de compagnie un corbeau acariâtre.
A eux deux, ils peuvent tout faire ou presque ! Et justement, leur quartier va bientôt avoir besoin de leur courage et de leur vivacité d’esprit. Il semblerait que quelque chose se trame dans leur ville, mais impossible d’en savoir plus… tout ce que l’on sait, c’est que le manoir abandonné du coin vient mystérieusement d’accueillir un nouveau propriétaire…

Sympathique pour qui souhaite découvrir le genre policier

Nils & Zéna, c’est le genre de série idéale pour faire découvrir un genre pas si usité que cela en jeunesse : le policier pur. Oui, il y a quantité de romans qui mélangent enquête et mystères dans une ambiance relativement familière, rassurante. Ici cependant, on est dans du vrai premier polar avec une histoire relativement réaliste (ou presque) et assez sombre, ce qui est rare en jeunesse pour les 9/11 ans.


Il est ici question de harcèlement, de menaces, de pauvreté (Nils est issu d’une famille qui n’a quasiment aucun moyens financiers), de différence et de dealers (de vêtements !) qui effrayent le quartier. On est donc bien loin d’une ambiance Club des Cinq ou Alice Détective ! Le tout se déroule dans une atmosphère très urbaine, entre résidence pavillonnaire un peu à l’écart et grandes barres d’immeubles. D’où le fait que je pense que ce genre de roman noir est assez rare en littérature jeunesse. Il fallait essayer, mais je ne suis pas certaine que cela ait fonctionné car la collection Pépix Noir référence très peu d’ouvrages.

Personnellement, j’ai trouvé ces deux premier tomes intéressants, mais je n’ai pas été prise par l’élan général de l’intrigue. En effet, je trouve qu’il y a un écart très creusé entre l’âge ciblé et les thématiques. Nils & Zéna est relativement violent, avec des scènes parfois un peu brutales (enlèvement, séquestration, menaces, animal tué…) qui créent un décalage entre le contenu et l’âge ciblé. D’où peut-être le fait que la série n’ai pas pas franchement trouvé son public ? (je n’ai aucun chiffre de vente, c’est uniquement une supposition et un ressenti de lectrice).
Je comprends que l’autrice et l’éditeur aient eu envie de proposer autre chose, un texte plus sombre, plus mature que ce que l’on voit en jeunesse habituellement. Une idée louable, mais il semblerait que cet essai ne soit pas concluant.

Ainsi, Nils et Zéna est une série qui se lit vite et qui se veut efficace, ce qu’elle est. Cependant, je n’ai pas réussit à franchement apprécier l’intrigue et je m’arrête à la lecture des deux premiers tomes sur trois. Les romans font passer un bon moment de lecture, mais sans éclat, mais il n’est pas facile de sortir du lot tant la production est titanesque chez les 8/11 ans !

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TRANCHE d´ÂGE :

Chronique jeunesse : La fille qui parlait ours

Un magnifique roman aux allures de conte initiatique aux accents slaves. Et si le bonheur était au bout de notre nez plutôt qu’au fin fond de la forêt ?

Paru en début d’année 2022, ce roman initiatique est le second de l’autrice anglaise Sophie Anderson à paraître en France. Le premier, La maison qui parcourait le monde s’inspirait déjà des mythes et légendes slaves pour servir son intrigue. Ici encore, on retrouve un mélange de contes et traditions des pays de l’Est, de même qu’une magie étrange et belle tout à la fois…

Comment vivre avec des pattes d’ours ?

La jeune Yanka s’est toujours questionnée sur ses origines. Elle n’a ni père ni mère, mais une femme qui a décidé de la recueillir quand elle était encore tout bébé. Mais malgré tout cet amour prodigué au fil des années, Yanka sent comme un trou dans sa poitrine.

Où sont ses parents ? Pourquoi l’ont-ils abandonnée ? D’où vient-elle ? Et où est son véritable foyer ?

Elle s’est toujours sentie à part à cause de son passé inconnu. Même au village, elle a peu d’amis et subit parfois moqueries et remarques sur sa différence. En effet Yanka est grande et forte, c’est d’ailleurs de là qu’elle tient son surnom : Yanka l’ourse.

Mais le jour où elle se réveille avec des pattes d’ours à la place des pieds, elle décide de partir en quête de ses origines véritables. Peu importe la réponse, tout sera mieux que l’ignorance…

Magnifique et onirique

Ce roman fait partie des textes que l’on lit lentement. Non pas parce qu’il est complexe (ce n’est d’ailleurs pas le cas) mais parce que chaque page apporte son lot de messages et de beauté. Tout y est une de à la nature et ses merveilles, au partage, à l’amour… Et quantité d’autres choses qui rendent la vie plus belle. Résumer cet ouvrage est impossible, mais je peux vous parler de la sensation qu’il m’a laissée une fois terminé.

J’ai trouvé qu’une fois cette lecture achevée, j’étais complète. Qu’un message important était passé entre mes mains, mais qu’il me fallait un temps considérable pour l’intégrer. C’est un sentiment diffus mais prégnant, un roman marquant au message fort, mais qui infuse lentement dans celui qui le lit…

Je pense que tout le monde pourrait lire ce roman destiné à la jeunesse et y trouverait son compte. Toutes les épreuves que traverse Yanka peuvent s’adapter à celles de la vie quotidienne. Mais chaque problème ayant sa solution, Yanka trouve la force de lutter contre l’adversité. Et je pense que lire cet ouvrage peut donner quelques clés à ceux qui pourraient se sentir bloqués dans leur vie.

Tout est extrêmement métaphorique dans ce roman, j’y ait souvent perçu différents degrés de compréhension, et c’est ce qui le rend si beau…

Lire ce roman, c’est se plonger dans une aventure onirique d’une poésie infinie. Chaque légende créé par Sophie Anderson apporte son lot de réflexion et d’introspection, mais également d’aventure. On y découvre par ailleurs des personnages joyeux au charisme indéniable… Mention spéciale au furet Moustache et à la maison, deux des personnalités les plus fortes de l’œuvre selon moi. La maison ne parle pas, mais elle a un merveilleux caractère qui la rend extrêmement attachante. Et Moustache… c’est le coup de foudre absolu !

Pour moi, les meilleurs romans sont ceux aux messages ancrés dans la trame de fond, et clairement La fille qui parlait ours en fait partie. Et si en plus il y a une maison à pattes de poule dans l’histoire, c’est le coup de cœur garanti ! Je n’ai pas lu le précédent roman de l’autrice, mais clairement j’ai très envie de m’y plonger.


Alors, si vous avez envie de rêve et d’aventure, de légendes et de regrets mêlés, vous êtes au bon endroit. C’est beau et sublime et ça se découvre dès l’âge de 11 ans. Mais le message de ce roman peu se découvrir à tout âge…

Chronique Jeunesse : Les enfants des lumières

Quand l’Histoire prend vie grâce à une courte série immersive dans le monde de l’imprimerie… captivant !

Voici une série historique de deux ouvrages écrits à quatre mains qui saura passionner les fans d’Histoire. La saga Les enfants des lumières est en réalité une réédition car La plume de l’ange était déjà paru chez Nathan en 2011, de même que L’encrier du diable (Nathan, 2011). Les ouvrages étaient en poche initialement, puis ont été réédités en grand format en 2016 par l’éditeur, avec des couvertures que je trouve beaucoup moins avenantes… Depuis, malheureusement, les ouvrages ont été épuisés et Nathan n’a pour le moment pas prévu de les rééditer. C’est fort dommage car il s’agit d’une série de qualité dont je vais vous vanter les mérites !

Dans le microcosme d’une librairie familiale

Nous sommes en France, au 18ème siècle, dans le monde feutré de l’imprimerie et de l’édition. Cela n’en a pas l’air, mais à l’époque il était très risqué d’être imprimeur et libraire… Ce qu’on publiait pouvait nous mener tout droit à Vincennes (prison de l’époque). C’est d’ailleurs ce qui va arriver au père de l’héroïne de la série : Judith Amelot.
Pourquoi je parle à la fois d’imprimeur et de libraire ? Tout simplement parce qu’à l’époque les deux métier intrinsèquement liés. Celui qui éditait, corrigeait et imprimait était également celui qui vendait. De nos jours, ces aspects du monde du livre sont totalement séparés, mais il est passionnant de découvrir le fonctionnement de l’époque.

C’est ainsi que nous découvrons le quotidien passionnant de Judith, fille d’imprimeur. Elle va devoir déjouer les nombreux complots qui entourent la publication d’un titre pour sauver sa famille et la vie de son père.

Immersif, réussit et passionnant

Cette saga en deux tomes est absolument passionnante, on y découvre tout un pan des us et coutumes de l’époque le tout amené avec efficacité. Que l’on soit passionné d’histoire ou non, il y a de tout dans ces romans : de l’action, du suspsense, une enquête rondement menée et des personnages charismatiques car bien campés.
En somme, c’est une réussite.

Dans le second tome, le format du roman est différent. Là où La plume de l’ange est un roman des plus classiques, L’encrier du diable est quant à lui uniquement composé d’échanges épistolaires. Il fait suite directement à La plume de l’ange. Plus court que le premier, on y retrouve cependant les mêmes qualités. Et comme vous serez déjà familliers des personnages qui s’échangent ces nombreuses lettres, vous entrerez aisément dans l’intrigue.

L’aspect des romans qui ma le plus séduite (en dehors de l’écriture fluide et bien travaillée), ce sont tous ces faits de l’Histoire que l’on ignore. Tout est bon pour découvrir de nouvelles choses. Ainsi, saviez-vous que l’ouvrage de Rousseau l’Émile a été menacé de ne jamais paraître car s’attaquant trop frontalement à la religion ?
Que lors d’un procès, les rumeurs et les soupçons étaient considérés comme des quarts et des huitièmes de preuves ? Ainsi additionnés lors dudit procès, ils pouvaient devenir des preuves à part entière si l’on réunissait assez de ouï-dire et de soupçons…
Et bien entendu, cela n’est qu’une toute petite partie de ce que vous pourrez découvrir, sans parler de tout l’aspect techniques d’impression qui est très développé (et passionnant !).

Vous l’aurez donc compris, la saga des Enfants des lumières est une petite pépite parfaite pour découvrir l’Histoire. Il n’est pas nécessaire de lire les deux ouvrages pour apprécier l’intrigue, le tout premier peut tout à fait se suffire à lui-même. Pour moi, La plume de l’ange est d’ailleurs le meilleur. Quel dommage que les éditions Nathan aient épuisés les deux ouvrages ! Une réédition en poche serait absolument parfaite et je suis certaine que les ouvrages trouveraient leur public…
Il est dommage d’avoir fait du poche en 2011 puis du grand format à 15€ en 2016 pour ensuite épuiser le texte définitivement de nos jours. Je ne suis cependant pas dans les arcanes du monde de l’édition et ne connais rien aux enjeux… je sais juste qu’en tant libraire, j’aurais eu beaucoup de plaisir à faire passer ces textes de qualité.

Pour ceux et celles qui mettent la main dessus, bravo à vous et bonne lecture ! A découvrir dès l’âge de 12/13 ans environ.

Chronique : Leur sang coule dans tes veines – The twisted tree – Tome 1

Le premier tome d’une série mêlant mythologie nordique, huis-clos aux allures de thriller fantastique, le tout avec un petit soupçon d’horreur loin d’être désagréable…

Paru tout début 2022, Leur sang coule dans tes veines (The twisted tree en VO) est le premier tome d’une duologie fantastique. En très peu de pages, vous serez plongé dans les nombreux mystères que cache la jeune Martha… pour certains malgré elle.

Il s’agit du premier roman de l’autrice anglaise Rachel Burge à paraître en France.

Un pouvoir étrange et malaisant…

Martha a un pouvoir aussi incroyable que très singulier. Elle peut ressentir les émotions vives ou lointaines d’une personne rien qu’en touchant ses vêtement. En fonction du tissu, de la matière, de la façon dont est conçu l’habit, elle pourra vous connaître de différentes manières. Certaines matières captent un aggloméra d’émotions, d’autres exsudent des sentiments à vif, d’autres infusent doucement au fil de la vie de leur propriétaire…

Vous l’aurez compris, le pouvoir de Martha est unique, incroyable et passionnant tout à la fois. A cause de ce dernier, elle est totalement perdue et a tenté à plusieurs reprises d’en parler à sa mère… Cette dernière à fait la sourde oreille. C’est ainsi que Martha décide d’en parler avec Mormor, sa grand-mère vivant sur une petite île très peu fréquentée de Norvège. Mais ses nombreuses lettres restent sans réponses…

C’est ainsi que Martha va elle-même en Norvège pour tirer les choses au clair. Elle est intimement persuadée que sa mère lui cache quelque chose et que sa grand-mère pourra répondre à ses très nombreuses questions…

Un huis-clos efficace à l’ambiance réussie

Plus que l’histoire, que j’ai trouvé assez classique dans son déroulement, c’est l’ambiance qui m’a fait le plus apprécier cet ouvrage. Rachel Burge réussit à créer sa propre version des contes et légendes nordiques pour les mettre au service de son histoire. C’est pour moi cela la vraie réussite.

Et surtout, l’autrice n’a pas peur d’abimer son héroïne, de la faire souffrir, la perdre par moments, et même la mutiler (vous en saurez très rapidement plus dès les premières pages). Martha ne manque ni de courage, ni de curiosité, et c’est pour cela que c’est une héroïne appréciable. Elle affronte l’adversité et ses nombreuses peurs au fur et à mesure que son histoire se complique, se densifie…

Leur sang coule dans tes veines est un thriller fantastique young-adult qui se déroule en huis-clos, réussit qui plus est. J’ai beaucoup aimé découvrir peu à peu la petite maison de Mormor, ses secrets enfouis, ses indices inquiétants… Les mystères qui s’épaississent à l’image de la neige qui s’entasse au fil des heures.

En plus de cette partie à suspense omniprésente, il y a également tout un pan de romance qui peu à peu prend place… mais jusqu’où ? A vous de le découvrir…

Et je ne vous ai pas non plus parlé des très nombreuses (et parfois cachées) références à la mythologie nordique. Un régal. Et encore, je suis sûre de ne pas avoir décelé tous les indices, même si j’étais assez fière d’en reconnaître quelques-uns.

C’est d’ailleurs pour cela que je trouve si dommage que l’éditeur ait mis cette phrase d’accroche en haut de la couverture : « Descendante d’Odin, fille d’aujourd’hui« . Je trouve qu’à cause de cette dernière, on nous gâche toute la partie découverte de l’histoire. Même la couverture a su garder sa part de mystère (ce qui n’était pas chose aisée), je trouve dommage de nous priver de cette découverte que nous, lecteur.ice nous aurions fait nous-mêmes au bout de quelques chapitres, voir plus car les indices sont extrêmement ténus au début…

Quoi qu’il en soit, cette lecture fut extrêmement agréable et sous tension tout à la fois. C’est réussit, assez prenant rapidement… bref, ça fonctionne parfaitement à mes yeux. Je vous conseille cette lecture dès l’âge de 13 ans, ce sera l’idéal ! Le plus : on fait une belle incursion dans la culture norvégienne, particulièrement dans sa mythologie et ses monstres.

Il y a une suite déjà parue en VO, mais vous pouvez tout à fait vous arrêter là si vous le souhaitez. Ce premier tome nous offre une vraie conclusion (même si quelques interrogations ne sont pas résolues) et ne vous oblige en rien à lire la suite si vous en avez assez des séries…

Chronique : Poulets Grillés – Tome 1

Si vous ne connaissez pas encore les fameux Poulets Grillés, vous allez vous régaler ! Sophie Hénaff, son autrice, est responsable de la rubrique humoristique chez Cosmopolitan. Poulets Grillés est son premier roman, elle a gagné quantité de prix avec ce dernier : Polar en série, Prix Arsène Lupin ou encore celui du Prix des lecteurs du Livre de Poche (catégorie policier).
Par ailleurs, Poulets Grillés est actuellement en cours d’adaptation pour la télévision, et j’ai hâte de voir ça.

Une brigade spéciale de supers-flics nuls réunie

Impossible de les virer, impossible de travailler avec eux, alors autant tous les réunir au même endroit où ils ne feront de tort à personne. Voici la brigade d’Anne Capestan, une flic d’élite elle aussi mise au placard. Leur but ? Ne pas faire de vagues et leur refiler toutes les affaires non résolues que l’on ne peut clore… Le but de cette brigade n’est autre que d’absorber tous les échecs des autres brigades afin d’améliorer les statistiques. Quant à ces fameux « poulets grillés », on sait déjà qu’ils ne feront pas des étincelles, et ce n’est même pas ce qu’on leur demande… Juste de courber l’échine et de pointer tous les jours au bureau.

Mais Anne Capestan a d’autres projets et compte bien faire ressortir le meilleur de ses bras cassés de collègues. Sait-on jamais… ils pourraient par hasard résoudre une affaire pas trop compliquée ou deux…

Déluré, malin et très drôle

Clairement, cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un roman aussi détonnant et original. L’essence même du roman est bien le genre policier, mais à la sauce clairement humoristique. Impossible de ne pas sourire en voyant l’agglomérat de bras cassés qui compose l’équipe de Capestan. Entre le flic qui porte tellement la poisse que ses collègues ne veulent plus bosser avec lui et la collègue devenue romancière à succès en s’inspirant de son travail de policière Capestan a du pain sur la planche…

Le mélange entre intrigue et humour grinçant est bien dosé. Là où l’on pense avoir affaire à un ouvrage dont le style prime sur l’intrigue, c’est tout l’inverse ! Cela n’en a pas l’air au premier abord, mais Poulets grillés a une intrigue policière qui peu à peu tisse sa toile à merveille. C’est bien amené et assez subtil pour qu’on ne voie pas venir le pot aux roses trop vite ! Et surtout, quel régal que les dialogues concoctés par Sophie Hénaff… elle réussit à donner un petit air pince-sans-rire à ses personnages, c’est juste parfait.

Alors, oui, lire Poulets grillés c’est avant tout pour se distraire et passer un bon moment de lecture entre humour et suspense. Mais la construction du roman est tout aussi importante que son style corrosif à l’humour noir. Si vous avez envie de dévorer un livre génial et atypique, le tout sans prétentions, c’est le roman parfait.

Poulets grillés a deux suites : Rester Groupés et Art et Décès.