Chronique : La peau des rêves – Tome 3 – Les chimères de l’aube

La peau des reves 03De retour dans le monde torturé et lyrique de Charlotte Bousquet sur fond de conte de fées…

La peau des Rêves est une série de romans en quatre tomes parue aux éditions Galapagos. Mais les ouvrages fonctionnent toutefois par paire, bien qu’il y ait un fil conducteur tout le long des quatre tomes. Un cinquième ouvrage est prévu sous forme de roman graphique, mais cela est encore à l’état de projet, rien de plus.

Les chimères de l’aube nous offre une nouvelle histoire de Najma (ou Ximena), la femme prisonnière aux tatouages vivants.

Le mythe de la petite sirène revisité à la manière post-apocalyptique

Nous voici donc dans un Berlin en ruines pour découvrir la vie de la jeune Anja : une sirène à la voix pure. Cette dernière est aussi belle que fragile, mais elle ne supporte pas ce qu’elle est : une mutante, cachant constamment les quelques écailles qui montrent sa différence, pourtant belle. Son seul avantage notable selon elle : sa voix, dont elle use beaucoup au gré des concerts qu’elle donne avec son petit groupe, Tor. C’est d’ailleurs l’une des seules distractions que peuvent s’offrir les mutants avec toutes les horreurs auxquelles ils sont confrontés au quotidien.

Mais la rencontre hasardeuse de Nadja avec un mens (un non mutant) va bouleverser sa vie ainsi que sa façon de voir les choses… et de se voir elle-même. A un tel point qu’elle est prête à renier tout ce qu’elle est pour lui plaire. La lente descente aux enfers commence pour elle…

Une fable contemporaine d’une extrême cruauté

Les personnages féminins de Charlotte Bousquet sont toujours emprunts d’une force cachée sous des apparences frêles. Anja ne fait pax exception à cette règle, même si on voit beaucoup plus ses très nombreuses fragilités (psychologiques et physiques) tout au long de ce premier opus contant sa vie.

Ce roman nous montre la frontière bien mince entre amour aveugle et amour véritable et sain. Anja va en effet se bruler les ailes (ou plutôt les écailles) à la poursuite d’une chimère qui lui causera bien des maux au fil des pages. On assiste à des scènes toutes plus dégradantes les unes que les autres pour elle, mais difficile de dire ce que nous aurions fait à sa place… On se rend vite compte que la relation destructrice dans laquelle elle s’est lancé corps et âme n’est pas de celle dont on revient indemne.

En terme de style, nous retrouvons tout ce qui fait un écrit typique de Charlotte Bousquet. Sa prose est toujours aussi fluide que belle… un vrai régal pour une âme de lecteur.

On lit des extraits de paroles que l’auteur affectionne et ayant une signification spéciale provenant de groupes tels que Lacrimosa, Die Toten Hosen, Silbermond… mais aussi Franz Schubert. A écouter pourquoi pas, au gré de la lecture.

Les chimères de l’aube est une belle et terrible métaphore qui éveille les consciences tout en pouvant choquer parfois. A conseiller à partir de quinze ans, guère avant à cause de certaines scènes vraiment terribles. Mais loin d’être un défaut, cette plume dérangeante nous pousse à voir les choses sous un angle frontal, brut.

Charlotte Bousquet dénonce, illustre, montre les écueils dans lesquels toute personne pourrait tomber par passion (homme ou femme, d’ailleurs) ; le fantastique et le monde déchiré qui en font la toile de fond deviennent alors accessoires… et parfaits.

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