Chronique : L’Enfant Nucléaire (Pica Morfal Boy)

L'enfant nucléaireUn roman choc aussi fascinant que dérangeant qui mérite le détour

Écrit par l’auteur belge Daph Nobody, L’Enfant Nucléaire est son second roman, paru en 2012 dans la collection Exprim’. Il avait précédemment écrit Blood Bar dans la même collection en 2009.
Ce roman fait partie des récits inattendus qui nous tombent parfois dessus et qui se transforment en indispensables.
L’Enfant Nucléaire est un inclassable pourra en choquer certains et même déplaire tant tout ce qu’il y a de moche en ce monde y est condensé, mais il est également d’une originalité et d’une lucidité rares.

Pica : Appétit morbide pour des substances non comestibles

Avant de commencer le roman, nos yeux tombent sur cette définition d’un mot que nous n’avions jamais croisé auparavant. Le pica existe : c’est une vraie maladie, cette définition a été tirée du Larousse. Nous y trouvons également le mot morfal, beaucoup plus répandu et connu.
Ces deux termes accolés nous donnent déjà une idée de ce dont il est question puisque le sous-titre du livre est Pica Morfal Boy…

C’est ainsi que, dès la première page, nous faisons la connaissance de l’étrange américain Jiminy Waterson, un garçon qui, déjà tout-petit, mangeait et avalait tout ce qui était à sa portée : papier-peint, bouts de murs et même bouteille entière d’eau de javel… !
Les médecins ne savent pas d’où vient cette incroyable résistance digestive, mais Jiminy, devenu adolescent, se lance dans un road trip avec son meilleur (et seul) ami Alex pour vendre la seule chose qu’ils possèdent : le don incroyable de Jiminy.
Et d’un ami qui sache « le vendre », Jiminy en a besoin. Avec son physique biscornu et peu engageant, il n’attire pas vraiment : cheveux gris et gras, dents noires, haleine repoussante… il y a du travail avant de devenir une vraie star.

Voilà comment Jiminy en est venu à tenter de faire des spectacles grâce à son « don », Alex lui faisant office d’agent. Mais les deux compères maraudent et perdent plus d’argent qu’ils n’en gagnent vraiment, entre les frais d’essence et de nourriture (du moins pour Alex). Jusqu’au jour où l’avenir leur sourit en la personne de Gerald, le gérant d’un restoroute miteux. Il voit venir l’aubaine d’ameuter une foule de client grâce au spectacle culinaire de Jiminy… moyennant un pourcentage, bien entendu !

En parallèle aux aventures d’Alex et Jiminy, un convoi de déchets nucléaires est en cours d’acheminement. Or, la destination finale est une petite ville dont les habitants doivent être chassés. Les politiques n’ont pas trouvé mieux que d’enfouir les déchets radioactifs que la société actuelle produit sous un hameau perdu des États-Unis. On vous laisse faire l’association d’idées…

Un récit glauque au possible dont l’attrait est pourtant indéniable

Daph Nobody ne fait pas dans la dentelle. Son truc à lui, c’est de nous montrer l’ironie morbide du monde qui nous entoure. Vous pensez être au fond du trou ? C’est que vous n’avez pas assez creusé ! Pour moi, c’est un peu la morale de l’Enfant Nucléaire et du monde tel qu’il y est décrit. Quant à savoir s’il est aussi sombre que cela en réalité… Allez savoir, mais c’est bien possible !

En effet, à chaque fois qu’il arrive quelque chose de bien aux deux adolescents, une tuile leur tombe dessus… Si ça ce n’est pas de l’humour noir ! On en vient à croiser les doigts pour eux. C’est un roman sombre, certes, mais jusqu’à quel point ? A vous de le découvrir. Vous verrez combien il est agréable de se laisser surprendre par un récit.
Politiques véreux, policiers peu recommandables et autres personnages aussi influents que dangereux… le tableau est parfaitement dans le thème : sinistre et désenchanté.

Un road-trip aux allures de descente aux enfers

Le parcours de Jiminy est semé d’embuches, mais on s’attache sans mal à ce personnage tenace et singulier. En effet, notre antihéros morfal est le seul sur lequel les événements ne semblent pas avoir de prise (ou presque). Et pourtant, c’est celui qui en bave le plus, dans tous les sens du terme. Respecté, adulé, détesté, instrumentalisé… Jiminy sera tout et rien à la fois durant son parcours avec Alex.

Autre élément très intéressant de l’intrigue, Jiminy évolue. Au sens physique du terme. Cela commence tout doucement… puis va en s’accélérant à force de manger de la terre, de la peinture, des cassettes vidéo et autres objets non comestibles. Et plus son spectacle fonctionne, plus il faut étonner une foule qui fait de la surenchère. Vers quoi cette transformation va-t-elle l’amener ?

Enfin, dernier élément sur lequel mettre l’accent, L’enfant Nucléaire n’est pas qu’un roman fantastique qui pousse une maladie à son point le plus extrême. C’est aussi et avant tout un roman politique. Il nous pousse à nous interroger sur la notion de bien commun et de mal. Où commence une bonne action quand elle se fait au détriment d’autres personnes ? On y découvre également toutes les machinations politiques que Daph Nobody a concoctées pour nous et qui s’emboitent parfaitement à l’intrigue. Et même si certains faits sont aisés à pressentir, d’autres sont aussi surprenants que bien amenés.

Alors, que penser de L’Enfant Nucléaire ? Pour moi, c’est un livre d’un genre inclassable : sombre comme je n’en ai rarement lu et comme j’aimerais en lire plus. Il y a souvent trop de concessions dans les récits, ce qui les rend bons mais pas excellents. L’Enfant Nucléaire est un livre mémorable comme il en faudrait plus et c’est ce que la collection Exprim’ s’emploie à faire.

Bravo à Daph Nobody pour ce roman cinglant, triste et beau à la fois. Son écriture désabusée nous entraîne dans une aventure dont on ignore tout ou presque, sinon qu’elle est folle et sinistre. A lire dès l’âge de 15 ans minimum.

Saluons également la sublime couverture de l’artiste Kris Kuksi, dont l’œuvre intitulée Original Sin colle parfaitement à l’ouvrage de Daph Nobody.

L'enfant nucléaire original sin

2 réflexions au sujet de « Chronique : L’Enfant Nucléaire (Pica Morfal Boy) »

    1. glowmoonlight

      Bonjour Mymy, je suis vraiment ravie d’avoir pu te donner envie de lire ce livre… tu m’en diras donc des nouvelles, n’est-ce pas ?

      Bien à toi,

      Glow

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