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Chronique littérature américaine : Se perdre ou disparaître

Kimi Cunningham Grant, c’est l’autrice du roman Le silence des repentis, un texte qui fut pour moi une véritable claque littéraire. Alors quand j’ai vu que son troisième roman sortait, j’ai été extrêmement impatiente de le découvrir !
En France, ses ouvrages paraissent chez Buchet Chastel avant de sortir en poche chez 10/18. Son second roman Les rancœurs et la terre vient d’ailleurs de sortir en poche.

Enfin, l’autrice est également poétesse, mais nous n’avons pas encore la chance en France de lire cet autre versant de son œuvre.

Les Parcs Nationaux Américains, objet de fascination, d’admiration et de danger…

Avec cette belle entrée en matière, on sait déjà que l’on va avoir notre content de nature sauvage, de survie et de dangers. Vous ne serez pas déçus, c’est une certitude.

Dans ce roman, nous suivons Emlyn, guide forestière de renom dans l’Idaho. Elle est parmi les meilleurs pisteurs de la Côte Ouest, et ça se sait. Mais quand une de ses anciennes connaissance reprend contact pour l’aider à trouver une amie commune disparue dans la vastitude d’un Parc National, elle hésite. Cette personne, c’est Tyler, son ex, qui a failli la faire tuer en pleine nature sauvage il y a quelques années, et la personne disparue est son ancienne meilleure amie…
Mais a-t-elle envie de renouer avec un passé douloureux et des personnes qui ont fait tant de mal à son estime de soi ?

Des difficultés de renouer avec son passé sans régresser

Roman d’aventure au caractère des personnages bien développé, Se perdre et disparaître nous donne à voir une autre facette de l’autrice. Ici, point de huis-clos, mais une intrigue tout de même assez resserées sur peu de personnage. Et surtout, la nature : belle, omniprésente, dangereuse et sauvage.

Dans cette intrigue, il y a un mélange réseau sociaux avec la disparition d’un couple de campeurs stars avec efficacité. Le tout étant hautement crédible grâce aux connaissances de survie en milieu hostile de l’autrice. Les réflexes pour évoluer en territoire quasi-sauvage sont totalement inconnus du tout venant, et lire ce roman, c’est explorer une façon de vivre fascinante et au plus proche de la nature, plus vraie aussi. Comme si notre vie citadine n’était qu’un simulacre et que la vie réelle était là-bas, dans les bois… C’est la sensation que j’ai eu en tout cas en lisant ce texte.

L’histoire de cette disparition de campeurs en début de roman m’a beaucoup fait penser (du moins au début) au fait divers Gabby Petito qui avait mis en émois les Etats-Unis. Il s’agissait d’un couple parti faire un voyage en van à travers les différents différents Parc Nationaux de l’Ouest Américain. Ils documentaient leurs différents point d’arrêts et faisaient des post régulier… tout comme l’amie disparue d’Emlyn. Donc, en lisant le début du roman, je n’ai pu m’empêcher d’y voir une référence (légère) à ce fait divers marquant du pays. Mais comme vous le verrez si vous faites des recherches sur cette affaire et que vous lisez ce roman, il y a des différences notables.
Cependant, il est pour moi impossible de ne pas y voir au moins une référence à cette histoire vraie qui a tant déffrayé la chronique.

Ainsi, bien que Se perdre ou disparaître fasse pour moi référence à ce fait divers, l’histoire diverge fortement et s’attache à un autre problème d’actualité aux Etats-Unis. Je ne vous en dirais pas plus, mais c’est un mal qui gangrène le pays depuis des décennies et qui ne semble en rien diminuer…

Pour ce qui est de mon appréciation personnelle de ce roman, je l’ai apprécié, en partie la plume experimentée de l’autrice pour tout ce qui concerne la nature sauvage. Cependant, je n’y ait pas retrouvé l’âpreté géniale du Silence des repentis. Il y a certes des tensions interpersonnelles et du suspense, mais sans commune mesure avec son premier roman qui pour moi reste le meilleur actuellement.

Alors, faut-il se perdre ou disparaître ? A vous de trouver la réponse, de même que les personnages paumés de cette histoire… Certains sont perdus depuis longtemps, d’autres trouvent un nouveau chemin et d’autres encore se sont égarés parfois volontairement.
A découvrir pour tous les amoureux d’aventure et de nature sauvage, le tout avec des personnages intéressants et parfois tellement réussis qu’ils en deviennent vicéralement détestables.

PS : Après cette lecture, j’ai maintenant très envie de continuer l’immersion en pleine nature avec Et au milieu coule une rivière de Norman Maclean (Rivages) ou encore La rivière pourquoi de David James Duncan (Monsieur Toussaint Louverture), ouvrages mentionnés par le personnage d’Emlyn en début de roman.

EDITEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : La double vie de Dina Miller

Zoé Brisby est une autrice française qui a déjà plusieurs romans à son actif, certains dans le genre feel-good, d’autres dans le genre féminin historique. La double vie de Dina Miller est paru en début d’année 2024.

De ses précédents romans, on peux citer : L’habit ne fait pas le moineau (Le livre de Poche), Plus on est de fous… (Le livre de Poche), Les égarés (Michel Lafon) ou encore Les mauvaises épouses (Le livre de Poche).

Une mission exceptionnellement longue…

Pour la première fois depuis qu’elle fait ce travail, Dina va devoir exécuter une mission de longue durée. Plus difficile encore, il n’est pas question de tuer rapidement et sans bruit un ancien nazi dans un hôtel sordide d’Amérique du Sud… Non, la nouvelle mission demande doigté, sang-froid et anticipation. Dina va devoir exfiltrer un ancien nazi de la ville américain de Huntsville, surnomée Huntsville à cause de son Centre Spatial.

Le but ? Faire qu’il soit jugé comme il se doit pour toutes les horreurs qu’il a commises… Le problème, c’est que l’homme semble être au-dessus de tout soupçon : médecin de profession, il est devenu un élément clé de la course à la conquête spatiale contre l’URSS. Ses travaux sont capitaux pour les Etats-Unis, guère regardants au passé de l’homme et l’ayant même recruté pour cela… De plus, il est marié à une femme aussi douce qu’innocente.

Comment Dina va-t-elle pouvoir tirer son épingle du jeu ou plutôt le nazi de la ville de Huntsville ?

Les crimes de guerre, outil pour de grandes avancées scientifiques ?

Les apparences concernant ce roman sont assez trompeuses, en voyant la couverture on pourrait s’attendre à un roman assez léger, ancré dans l’Histoire. Or, les sujets évoqués sont loin d’être légers : espionnage, exfiltration, crimes de guerre, expériences sur les juifs sous Hitler et sur les populations Noires et pauvres des Etats-Unis… Les U.S.A. étaient prêts à tout pour s’octroyer une avancée par rapport à l’URSS, et c’est cela que dénonce l’autrice dans ce roman. Facile à lire, plaisant, mais pas léger, donc.

Et justement, j’ai adoré ce contrepied (volontaire ?) de l’éditeur de nous offrir en apparence une histoire plutôt distrayante, Zoé Brisby ayant habitué son lectorat à des sujets plus légers. Mais son précédent roman, Les mauvaises épouses laissait déjà présager ce virage littéraire. Là aussi, il se déroulait durant la Guerre Froide, et là aussi, les femmes étaient les personnages centraux que l’Histoire oubliant à chaque fois de retenir… Femmes de soldats, femmes de scientifiques, elles ont tout autant oeuvré pour la nation que leurs maris en leur offrant amour, repas chauds et maisonnées accueillantes.
Zoé Brisby réussit à leur redonner corps et montrer à quel point ces femmes étaient importantes pour le moral de ces hommes qui oeuvraient pour leur patrie.

Mais plus important encore, au travers du portrait réussit de deux femmes qui se découvrent une profonde amitié, c’est l’histoire peu reluisante des avancées scientifiques qui est mise en lumière. En effet, Zoé Brisy s’est documentée pour ce roman, et cela se voit. C’est ainsi que l’on découvre que de grandes avancées scientifiques ont été faites par les scientifiques nazis pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il est tellement plus facile de faire des découvertes sans déontologie et avec des millions d’âmes comme cobayes…

C’est ainsi que l’on découvre l’opération Paperclip, une mission d’exfiltration et de recrutement de plus de 1500 scientifiques nazis pour lutter contre l’URSS. Les avancées sur les psychotropes, les vaccins, la balistique ou encore les armes chimiques se sont faites durant cette période.

La réussite de ce roman tient à cela : le délicat équlibre entre intrigue captivante et Histoire. Et jamais l’un de ces genres ce prend le pas sur l’autre.

Alors, ai-je aimé ce roman ? Oui, car il m’a enrichie de quantité de connaissances et informations sur les dessous de la Guerre Froide, le tout avec une histoire qui tient la route. J’adore découvrir des faits pas nécessairement appris dans nos manuels d’Histoire, ça ne donne qu’une seule envie, lire des essais historiques pour en apprendre encore plus.
A l’image du roman Le Prix de Cyril Gely ou encore La dernière reine d’Ayiti d’Elise Fontenaille (Le Rouergue), ces livres ont l’excellente particularité de nous apprendre bien plus que ce qu’on a pu voir en surface à l’école. Ils illustrent à merveille le fait que la curiosité est primordiale pour mieux comprendre notre Histoire… et ne pas oublier. Jamais.

L’édition de poche, parue début 2025.
AUTEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Chronique fantastique : Piranèse

Un roman aussi étrange que labyrinthique… trop labyrinthique peut-être ? 

Susanna Clarke est une autrice d’origine brittanique qui a peu d’ouvrages à son actif, mais qui a su se faire remarquer dès la parution du premier : Jonathan Strange et Mr Norrell en 2007. 

Piranèse signe son grand retour et était très attendu aussi bien en France que dans son pays d’origine. Il a paru aux éditions Robert Laffont en fin d’année 2021 et est traduit par Isabelle D. Philippe. 

Où et quand ? 

Bienvenue dans un monde à nul autre pareil, une enfilade infinie de portes, de voutes, de caches et de pièces en pleine mer sans rien d’autre à l’horizon… C’est le lieu étrange et inexplicable où vit Piranèse. Il catalogue tout ce qu’il croise et découvre dans des dizaines de journaux qu’il tient très précisément à jour. 

Ce roman est en fait son journal le plus récent et nous conte les dernières découvertes en date de Piranèse. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il en fait beaucoup, et que certaines sont extrêmement dérangeantes… 

Mais quel est le but de Piranèse ? Où se trouve-t-il exactement ? Et quand ? Et qui est son mystérieux comparse que l’on ne voit que très peu et qui lui pose quantité de questions aussi précises qu’étranges sur les immenses salles que fouille au quotidien Piranèse ?

Une expérience de lecture plus qu’un roman 

Lire Piranèse c’est accepter de ne pas tout comprendre de ce qu’on va lire, du moins au début. C’est assez expérimental et j’avais d’énormes attentes sur cette lectures car il y a eu énormément d’avis positifs sur les réseaux sociaux à propos de l’ouvrage… Cela d’autant plus que cela faisait plus d’une décennie que Susanna Clarke n’avait rien écrit. Et comme pour Mexican Gothix, je me suis fait avoir… beaucoup de teasing, d’attente et… tout est retombé comme un soufflet pour moi. 

Malgré le côté étrange et hypnotique du roman, cela n’a pas suffit, j’ai eu beaucoup de difficultés à apprécier Piranèse. L’ouvrage m’a d’ailleurs laissé un goût d’inachevé très persistant. Je me suis dit : « tout ça pour ça ? ». Ce fut une grande déception pour moi que de comprendre la finalité du roman… qui ne réserve que peu de surprises pour qui lit régulièrement du fantastique. 

Piranèse est ainsi plus un texte d’ambiance et de style qu’un roman d’intrigue. Si vous partez de ce principe, il y a moins de chances que vous soyez déçu.e je pense. J’ai apprécié l’atmosphère de ce palais gigantesque offrant une successions de salles à l’infini, mais quand peu à peu les révélations se font connaître, c’est un peu léger à se mettre sous la dent… 

A découvrir pour les plus curieux.ses qui veulent s’initier à une expérience littéraire originale mais dont l’intrigue ne se hisse pas au niveau. Dommage.

Photo prise dans le cadre d’une sélection spéciale lectures étranges et/ou effrayantes. Piranèse entrant clairement dans la catégorie bizarre/inclassable/inquiétant à la limite du Lovecraftien.
GENRE : Fantastique
EDITEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : La trilogie La maison des Jeux de Claire North

Claire North est une autrice anglaise à l’œuvre encore assez rare, mais remarquée. L’un des plus connus est Les quinze premières vies d’Harry August, qu’elle a écrit en 2014. De son véritable nom Catherine Webb, elle a écrit plusieurs ouvrages, mais c’est sous le nom de Claire North qu’elle réserve la partie imaginaire de son œuvre… Pour notre plus grand plaisir

Une étrange maison de jeux qui apparaît au fil du temps et des lieux

Le premier tome de cette trilogie de novellas (très courts romans) se déroule à Venise, au 17ème siècle. Mais ne vous y trompez pas. La Maison des Jeux est bien plus ancienne que cela et survit à toutes les époques et à tous les virages simportants de l’humanité. Dans ce tome-ci donc, nous suivons une jeune femme – Thene – mariée à un joueur invétéré qui peu à peu va tout perdre. Mais Thene, sous ses apparences de femme soumise à son mari est bien plus que cela.
Peu à peu, elle va prendre goût au jeu également, mais ce qu’elle va miser et gagner vaudra bien plus que ce que son diable de mari n’a jamais rêvé avoir…

Autre temps, autre lieu, dans le second tome nous sommes dans le Bangkok du vingtième siècle. Une sorte de jeu du chat et de la souris (en plus étendu et élaboré) va avoir lieu. Cette fois-ci, nous ne verrons pas Thene, mais un tout autre personnage : Remy Burke. Il a parié beaucoup sur cette partie qui semble déséquilibrée… Chose normalement impossible car la Maison des Jeux veille.

Dans l’opus final, le tableau prend enfin forme. Nous sommes à notre époque, en tous lieux, et certains personnages vus précédemment refont surfance… de manière inattendue.

Une trilogie à la fois mystérieuse et géniale

J’ai adoré dès les premières pages cette trilogie de Claire North. En très peu de temps, on est dans une ambiance enveloppante qui allie mystère, étrangeté et Histoire. Mon tome préféré de la trilogie restera le premier opus car j’ai trouvé le personnage de Thene et l’époque dans laquelle elle évolue absolument parfaits. Claire North écrit à merveille, et nous avons la chance d’avoir une très bonne traduction assurée par Michel Pagel.

Il est difficile de développer sur l’univers de La Maison des Jeux, car une grande partie de l’intérêt de cette histoire réside dans son mystère latent. Je vais donc rester en surface dans cette chronique censée vous venter les mérites de la trilogie.

Premièrement, elle se dévore. Les trois tomes font chacun à peine cent-cinquante pages chacun. Cela se lit vite, bien, avec un plaisir de lecture évident.

Deuxièmement, je n’avais jamais lu un texte de SFF qui mélange à la fois fantastique, géopolitique et technologie et… autre chose. C’est un mélange étrange qui fonctionne à merveille, mais même si cela a l’air simple au premier abord, Claire North a réalisé un travail titanesque. Elle réusit à nous abreuver de détails, de nuances et d’une atmosphère particulière sans jamais nous perdre. Et pourtant, bien que courts, les ouvrages sont très denses en informations. Beaucoup de symboliques, de savoirs et de données sensibles actuelles se mélangent pour donner quelque chose de plus grand encore.

Troisièmement, les personnages sont incroyables. Même les plus calculateurs pourrons vous sembler géniaux tant ils anticipent les coups. C’est la partie la plus plaisante des romans pour moi : le calcul. La prise de risque. Les enjeux qui montent en puissance au fil des tomes. Vous découvrirez ainsi que La Maison des Jeux permet de parier à peu près tout sauf de l’argent, bien trop vulgaire.

Ainsi, j’ai vraiment adoré cette trilogie fantastique qui brasse différentes catégories de l’imaginaire. C’est original, délectable, malin, un véritable plaisir de lecture qui change vraiment de ce qu’on peux lire habituellement en SFFF.

Chronique YA : Vortex – Tome 1 – Le jour où le monde s’est déchiré

Il est paru lors de la rentrée littéraire ado, en août 2022, et gageons qu’il reste longtemps dans les rayonnages des librairies. Voici le premier roman d’Anna Benning à paraître en France. Lors de sa sortie allemande, l’ouvrage s’est vendu à plus 100 000 exemplaires en quelques semaines. Certes, les ventes ne sont pas gage de qualité, mais c’est tout de même révélateur d’un intérêt certain de la part des lecteurs.ices ! Et ce succès est-il mérité ? La suite dans cet article !

De multiples déchirures dans le monde

Le monde tel qu’on le connaît n’existe plus depuis des décennies, plus précisément depuis le Grand Amalgame et la survenue des Vortex. Ces portails apparus mystérieusement permettent de voyager à travers le monde instantanément. Mais se placer à travers les vortex n’est pas donné à tout le monde et ceux qui s’y risquent ont eu une formation très spéciale. Et même parmi les plus entrainés, il y a des disparitions, des blessés et des morts. Les voyages en vortex sont donc très risqués et nécessitent une maîtrise de tous les instants.
C’est dans ce monde que vit Elaine, 14 ans et bientôt participante à la grande Course de Vortex. Son classement déterminera son avenir dans cette société très hiérarchisée et qui fait la chasse aux Amalgamés (aussi nommés Splits). Qui sont-ils ? Des êtres humains dangereux qui lors du Grand Amalgame ont fusionné avec la nature : la Terre, l’Eau ou encore le Feu. Les Vortex sont la seule façon de les poursuivre efficacement. Il faut donc qu’Elaine soit dans les premiers si elle veut devenir une coureuse de vortex et venger la mort de sa mère, tuée par des Splits.

Addictif en peu de pages

En quelques courts chapitres, on plonge dans l’intrigue originale et maline de l’autrice. Au premier abord, on peut la trouver assez classique (ce qui est le cas), mais très vite il n’est plus seulement question de vortex qui déplacent d’un point A à un point B, et ça devient autrement plus captivant, pour ne pas dire renversant par moments.

Dès lors que l’on voyage en quatre dimensions, c’est une lecture assez exaltante qui sait surprendre son lectoat même si certains éceuils ne sont pas évités. Ce n’est pas gênant en soi car l’autrice a su créer son propre style et univers. Parmi ses nombreuses bonnes idées, je retiens surtout celle de la ville de Sanctum. Magnifique de beauté et sylvestre dans chaque aspect de son existence. C’est beau, et les images qu’on se fait à cette lecture sont tout simplement magiques.

Il y a quelques bonnes révélations bien efficaces qui sont savament disséminées et bien dosée, ce qui rend l’intrigue de plus en plus dingue au fil des chapitres. Mais à aucun moment on a un sentiment de précipitation comme dans certains romans dits haletants où tout est balancé en fin d’ouvrages. Ici, Anna Benning pose quelques petites « bombes » qui rendent l’intrigue à la fois surprenante et surtout durable. On ne sait pas toujours quand ça va nous tomber dessus, et rien que pour cela c’est agréable.

La notion de bien est de mal semble par ailleurs très claire dans Vortex, qui est écrit entièrement du point de vue d’Elaine. Mais peu à peu, les questionnements vont affluer, aussi bien pour elle que pour nous lecteurs, qui avons une vision très partiale de son univers. Quoi qu’il en soit, ça fonctionne à merveille !

A découvrir dès l’âge de 14 ans, pour ceux qui aiment les dystopies à la façon de Divergente et La Faucheuse ! On y retrouve le côté addictif de ces deux séries emblématiques du genre. A confirmer avec le second tome, mais le premier est pour le moins très prometteur.

Chronique ado : L’affaire Jennifer Jones

Grand classique contemporain de la littérature ado, ce roman a de quoi intriguer, voir choquer. Son histoire ? Celle d’un groupe de petites filles parties s’amuser au bord d’un lac, mais à leur retour, il y en avait une en moins…


L’affaire Jennifer Jones est paru aux éditions Milan dans la percutante collection Macadam en 2006. Dès sa parution, il est devenu un indispensable de tout rayon ado.

Comment de (ré)adapter à un monde dont on ignore tout ?

Jennifer Jones est une jeune femme qui découvre le monde extérieur avec curiosité et appréhension. Elle a purgé sa peine pour meurtre, car oui, c’est elle qui a tué sa camarade alors qu’elle avait à peine une dizaine d’années. Une enfant qui a tué une autre enfant, ça paraît incroyable, et pourtant c’est arrivé.


Mais même les pires crimes méritent d’être lavés si la peine a été purgée. C’est le cas de Jennifer Jones qui découvre la vie en société. Sa remise en liberté va défrayer la chronique et les journalistes vont tout faire pour la retrouver et avoir l’exclusivité… Mais Jennifer Jones n’existe plus, car avec sa peine, la jeune femme a droit à une nouvelle vie, une nouvelle identité et un nouveau départ. Mais y a-t-elle vraiment droit ? L’opinion publique va-t-elle juger bon de laisser Jennifer vivre sa vie, elle qui a brusquement stoppé celle d’une fillette de son âge ?

Un roman social noir et passionnant

L’ouvrage a beau être référencé en littérature ado, il peut se lire parfaitement par des adultes. C’est un très bon thriller psychologique qui nous raconte la vie d’une meurtrière après qu’elle ait purgé sa peine. On y parle réinsertion, seconde chance (et l’idée d’une seconde chance existe-elle aux yeux du tribunal de la bien-pensance ?), fuite en avant et droit au bonheur.

Jennifer Jones et son lourd passif sont passionnants. Vous aurez également le droit aux explications de ce qu’il s’est passé autour du fameux lac. Mais plus qu’un bon roman noir à suspense, L’affaire Jennifer Jones est un fabuleux roman social. Par de nombreux aspects, il m’a fait penser à l’oeuvre réaliste et documentée de Kerry Hudson. La pauvreté, le fait de devoir survivre aux échecs répétés de ses parents, la mère toxique, manipulatrice, qui traine son enfant dans de nouvelles « maisons » à chaque nouveau petit copain…

J’ai trouvé qu’il y avait un réel écho entre le roman d’Anne Cassidy et le travail de Kerry Hudson. Avant même que ce roman soit un thriller ou un polar, c’est avant tout un terrible portrait de l’Angleterre et de ses laissés pour compte. Pour Kerry Hudson, c’était plus précisément dans l’Ecosse des années 80. On y retrouve les même luttes, les mêmes thématiques et des personnages ballotés et malmenés par la vie. A plus d’un titre, Jennifer Jones est en fait tout autant bourreau que victime…

Mais je m’égare, et il est temps pour moi de laisser se terminer cette chronique. Il n’y a que deux choses à retenir : c’est un roman marquant et fulgurant. Et c’est bien plus qu’un « simple » polar, ce roman est une véritable analyse de la société et de ses dysfonctionnements.


A quand une sortie poche chez les adultes pour ce titre ? Je suis certaine qu’il trouverait son public et irait parfaitement à côté des romans sociétaux de Kerry Hudson par exemple.

Chronique ado : Ma part de l’ours

Un roman survivaliste aux allures de retour à l’état sauvage…

Second roman de Marine Veith, Ma part de l’ours est paru chez Sarbacane en novembre 2022. Son précédent ouvrage était également paru chez Sarbacane, dans la collection Exprim’. Il s’agissait d’un ouvrage sur la migration : Ceux qui traversent la mer reviennent toujours à pied, paru en 2020.

Réunion familiale au sommet

Nous sommes sur une route escarpée, dans les Pyrénées. Nous découvrons Tim, 13 ans et Aurore, 20 ans. Ils sont sur la route pour rejoindre leur mère. Elle ne vit pas avec eux car elle est internée depuis la disparition de leur père. Ainsi, c’est Aurore qui gère tous les aspects de leur vie au quotidien, la charge mentale, les difficultés financières, la crise d’adolescence de son petit frère… Aurore gère tout et plus encore.
Mais lorsque leur voiture se retrouve prise au piège en pleine montagne sans aucune possibilité de faire demi-tour, la vie d’Aurore et Tim va basculer. Ils vont faire une première rencontre stimulante, puis une autre, encore plus incroyable qui va leur donner confiance en l’avenir… Mais qu’elle est cette rencontre ?

Un roman aux allures de récit initiatique

L’idée d’un roman formateur qui va forger deux antihéros un peu perdus me plaisait beaucoup. Alors, quand en plus il est question de nature et de liberté, j’ai été encore plus emballée par l’histoire. Malheureusement, j’ai attendu tout au long de l’histoire un événement qui n’est jamais vraiment arrivé. Je ne sais pourquoi, mais j’attendais un point de bascule. Pas nécessairement une révélation fracassante, mais quelque chose qui bouleverse à jamais nos héros. En un sens, c’est effectivement le cas, mais cela à manqué d’envergure pour moi.

Cependant, la révolution pour les personnages est bien là, bien que trop lattente à mon goût. Je ne puis bien évidemment pas vous en dire plus, mais il est clairement ici question de révolution silencieuse. D’ailleurs, il y a toute une partie anti-système et hors des conventions qui m’a séduite, même si je trouvais que l’on allait au final pas assez loin.
Ce qui m’a déplu en réalité c’est que l’on se retrouve dans un entre deux jamais clairement défini. Certes il y a du changement dans la psychologie des personnages, ainsi que dans leur façon de voir le monde, mais ce ne fut pas suffisant à mon goût.

En somme, Ma part de l’ours fut pour moi une lecture décevante. Ce n’est pas à cause du texte selon moi, mais plus à cause des attentes que j’avais. J’avais une image plus « thriller » de ce roman, ce qui n’est absolument pas le cas. Si vous êtes cependant à la recherche d’un roman proche de la nature et qui questionne sur notre place dans la société, vous êtes au bon endroit. Dès 14 ans.

Chronique YA : Sombres citrouilles

Un roman noir et très sombre qui dénonce les secrets de famille qui pourrissent durant des décennies…

Dans le monde de la littérature jeunesse, Malika Ferdjoukh est une figure incontournable. Elle écrit aussi bien pour les primaires que pour les adolescents (ses romans ados se lisent aussi avec plaisir quand on est grand !).
C’est une autrice que j’ai découvert sur le tard, mais dont je dévore gentiment l’oeuvre petit à petit. Ici, avec Sombres citrouilles, je ne savais pas à quoi m’attendre, ce roman a de quoi surprendre à tous points de vue.

Si vous ne connaissez pas encore ou très peu les romans de Malika Ferdjoukh, laissez vous tenter par Le club de la pluie ou encore Les quatre soeurs pour commencer doucettement. Une fois que vous êtes ferré, Sombres citrouilles sera tout indiqué.

Un anniversaire à ne pas louper

Aujourd’hui, c’est la l’anniversaire du grand-père, figure emblématique et patriarcale de la famille Coudrier. Impossible et interdit de manquer l’événnement sous peine de représailles, notamment de la part de Mamigrand. C’est ainsi que peu à peu, tous les membres de la famille Coudrier arrivent sur le domaine, les enfants, les petits-enfants… tous forment une famille éclectique et étrange, déjà fortement marquée par le deuil. Plus encore qu’il n’y paraît.
Alors quand un corps est retrouvé parmi les cirtrouilles du jardin par les marmots, c’est le début d’un mystère qui va aller en s’épaississant…

Sombre à souhait, noir comme rarement

J’ai adoré ce roman polyphonique et happant mettant en scène des enfants issus d’une famille bourgeoise rurale. On y découvre l’ambiance si particulière et délétère des secrets de famille, des choses inavouables, des petits arrangements… et quantité d’autre choses.
Au travers du rages d’Hermès, Madeleine, d’Annette, Colin-Six ans, et quantité d’autres personnages qui gravitent, vous allez découvrir la véritable histoire. Celle que la famille Coudrier ne voudrait pas que vous connaissiez. Celle que les petits-enfants eux-mêmes ignorent, mais que vous lecteurs vous allez découvrir.

C’est extrêmement sombre, j’insiste sur ce point car au travers de ce polar intimiste et famillial, Malika Ferdjoukh dénonce. Elle dénonce la bien-pensance, l’amour sacrifié sur l’autel du qu’en diras-t-on, le racisme de ces bonnes familles rurales blanches et qui entendent bien le rester. C’est terrible de cruauté tout en étant pour moi extrêmement réaliste.

L’autrice a su dépeindre avec talent les portraits de ces deux grand-parents taiseux aux nombreux secrets. Et l’image de la grand-mère affectueuse va vite se fissurer, de même que celle du grand-père gentil et discret…

Lire Sombres citrouilles, c’est être à l’image de ces enfants et voir nos certitudes voler en éclats.

Ainsi, pour ceux et celles qui aiment les romans noirs, les mystère insolubles en apparence et les personnages incroyables de réalisme, vous êtes à la bonne porte. Entrez donc dans le cercle restreint des Coudrier, en tentez de vous y faire accepter, pour le meilleur et pour le pire… Dès 14/15 ans.

Chronique roman graphique : La vie rêvée de Willow

Un roman graphique au début engageant mais qui ne réussit pas à transformer l’essai

Paru début 2023 dans la nouvelle collection Hachette Romans Graphiques, La vie renversée de Willow est un one-shot. On y suit le destin de Willow qui va se retrouvé chamboulé par la découverte d’un étrange livre…
Les dessins et le texte sont réalisés par Tara O’connor

Une vie normale chamboulée

Willow Sparks est une adolescente qui n’est pas très à l’aise dans sa peau. Elle ne se sent pas à sa place, a très peu d’amis, et subit des moqueries de la part de certains. Mais un jour, elle découvre à la suite d’un énième harcèlement une pièce secrète dans la bibliothèque où elle travaille… et dedans, un livre qui va bouleverser sa vie.

Une histoire totalement oubliable et dispensable

J’ai lu ce roman graphique il y a moins d’un mois et pourtant, je n’en ai gardé quasiment aucun souvenir. La jeune Willow est un personnage intéressant bien que peu attachant, de même que les autres personnages qui font cette intrigue. Tout est traité en surface, et comme c’est un one-shot, on a peu de temps pour apprendre à les aimer suffisamment avec leurs failles et leur détresse. Pour moi, ce fut en tout cas une lecture sans affect malgré le sujet délicat du harcèlement.

Que dire de plus ? En ce qui concerne la partie fantastique de l’ouvrage, elle est assez commune. Nombreuses sont les intrigues où un personnage se voit offrir la possibilité de changer son existence pour quelque chose de meilleur (en apparence). Mais ici, rien de bien marquant ni de captivant. De plus, les dessins de Tara O’connor ne sont pas non plus à mon goût, ce qui n’aide pas à apprécier cet ouvrage.

La vie renversée de Willow est donc un roman graphique qui m’a beaucoup déçue. Je lis très peu de bd et autres formats illustrés, et j’avoue être très difficile. Alors les ouvrages passables, très peu pour moi. Ne perdez pas non plus votre temps avec cet ouvrage !
Âge du lectorat : dès 14 ans.

Chronique Jeunesse : L’enfant des ombres

Un roman sombre, très sombre, qui se déroule dans un internat quelques semaines avant la Toussaint… ambiance angoissante et mystérieuse à souhait.

En ce moment, j’essaye de lire autre chose que des nouveauté, d’alterner entre ce que l’on appelle le fonds (ouvrages de plus de deux ans) et l’office (les nouveauté pures). Et parfois, quand on est libraire, on en a marre de ne lire QUE des nouveautés. On a bien envie de faire une petite pause dans toutes ces parutions pléthoriques et de se poser devant un bon vieux livre.

C’est ainsi que je redécouvre le fonds de l’Ecole des Loisirs, une maison d’édition qui justement base le ciment et même les fondations de son catalogue dans le fonds, et ils ont bien raison. D’autant qu’ils ont un magnifique catalogue dans lequel il y a de quoi faire sur toutes les thématiques et pour tous les âges. C’est ainsi que je tombe un peu par hasard sur L’enfant des ombres, l’ancienne édition de 1994, quand les couvertures ne donnaient pas franchement envie de s’y mettre, à la lecture. Heureusement, ils ont changé la maquette depuis, comme vous pouvez le constater en fin d’article, plus esthétique mais aussi plus flippante il faut l’avouer.

Moka est un auteur emblématique du catalogue de l’Ecole des Loisirs, mais on connaît aussi d’autres de ses ouvrages, plus actuels, comme les Kinra Girls ! Mais avec L’enfant des ombres, autant vous dire qu’on ne va pas rire une seule seconde, certains vont même certainement flipper.

Un pensionnat comme tant d’autres, les mystères en plus

Tout commence avec Morgane, une élève qui a peu d’amis, discrète, pas super bien dans sa peau. Depuis quelque temps, elle voit des ombres. Seul problème, personne d’autre qu’elle ne les voit, alors un peu dur de la croire… Mais peu à peu, les fameuses ombres prennent en consistance autour de Morgane, qui tait ses inquiétudes à tous sauf à son amie la plus proche (également la seule). Des ampoules se cassent de plus en plus dans l’établissement, donnant encore plus de place aux ombres pour s’étaler, bientôt Morgane se sent acculée… Jusqu’à ce qu’elle décide de prendre le problème autrement, au détriment de tous les autres élèves du pensionnat…

Ambiance sombre et bizarre à souhait

Dire que j’ai adoré l’ambiance de ce roman est un véritable euphémisme. C’est simple, la prégnance de ces ombres, leur pouvoir qui s’accroit, tout concourre à nous offrir une atmosphère incroyablement sombre. Il y a des passages qui ont même réussit à me surprendre car je ne m’attendais pas à lire ça dans un roman destiné aux 13 ans et plus (un meurtre à coup de fourchettes dans la gorge, promis ce n’est pas gâcher l’intrigue que de vous le dire).

Petit à petit, les ombres resserrent leur emprise sur Morgane et sur l’établissement tout entier, à tel point qu’un groupe se forme pour mener l’enquête en secret. Nous sommes dans un pensionnat à l’ancienne où les filles et les garçons ne se mélangent pas, alors ils décident de se retrouver le soir clandestinement. Cette ambiance de club secret scolaire, ça aussi j’adore.

Je n’en dirait pas plus sur l’intrigue, mais ce roman vaut le détour pour ce qu’il transmet comme sensation de lecture. On navigue entre l’étrange, le bizarre, puis le carrément très flippant par moments. J’ai été à tel point séduite par l’histoire et l’ambiance que j’ai été un peu surprise de la fin abrupte du roman.
J’ai trouvé qu’il manquait un chapitre ou deux pour bien terminer « proprement » l’histoire. Ici, en quelques pages, c’est terminé, sans guère de développements. J’insiste sur le fait que ce n’est pas des réponses qui manquent, j’aime l’idée qu’on se fasse sa propre idée de la fin. Non, ce qui m’a manqué, c’est une conclusion un peu plus diluée et non pas deux ou trois pages qui clôturent presque deux-cent pages de suspesne angoissant. C’est juste cet aspect là qui m’a un peu déçue.

Cependant, si vous cherchez un roman flippant qui se déroule en huis-clos, L’enfant des ombres sera parfait pour vous faire passer une bonne mauvaise soirée ! Dès 13 ans, et pas pour ceux qui ont peur de leur ombre.