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Chronique : Valet de Pique

Un roman noir sur le thème de l’écrivain qui se laisse entraîner par sa part de noirceur. Littérairement parlant, mais aussi littéralement. Du grand Joyce Carol Oates… impossible à lâcher !

On ne présente plus la grande, la très prolifique auteure américaine Joyce Carol Oates. Elle a écrit une quantité folle de romans, s’est essayé à un nombre incroyable de styles et de genres différents… C’est l’auteure à lire/découvrir au moins une fois dans sa vie !

Valet de Pique est son tout dernier ouvrage en date en France, il est paru en mars 2017 aux éditions Philip Rey avec une très belle et sobre couverture. Cette fois-ci, Oates nous entraine dans le relationnel qui lie un auteur à ses œuvres… y compris les plus inavouables.

Andrew J. Rush est le Valet de Pique

Grande star sur la scène du polar, Andrew J. Rush s’ennuie ferme. Sa production actuelle ne le satisfait pas (il me fait penser à James Patterson, est-ce voulu ?), il trouve ses propres écrits à succès passables, mais ne fait pas vraiment ce qu’il aime… Ainsi est né le Valet de Pique.

Un étrange pseudonyme derrière lequel il se cache pour écrire les récits qui l’habitent réellement. Sales, misogynes, sanglants et même vulgaires, les romans du Valet de Pique révèlent une face sombre d’Andrew J. Rush. Il ne trouve du plaisir qu’en écrivant ces romans qu’il cache soigneusement à son entourage, n’assumant pas du tout cette part de lui-même autonome et glauque.

Jusqu’au jour où tout bascule, et où le Valet de Pique prend de l’ampleur dans la vie normalisée de Rush…

Un roman noir qui se dévore d’une traite

Le thème de la dualité qui anime un auteur et ses créations est ici magnifiquement retranscrit par Joyce Carol Oates. Et qui mieux qu’elle peut en parler ? Elle qui possède de nombreux noms de plume quand elle écrit des polars : Rosamond Smith ou Lauren Kelly, et peut-être même d’autres pour ce qu’on en sait !

Ainsi dans ce roman, l’intrigue est aussi simple qu’immédiatement captivante. On entre dans le vif du sujet sans fioritures et ça se dévore ainsi… jusqu’à la fin ! J’adore les romans à l’ambiance noire et sombre, alors avec Valet de pique, j’ai été parfaitement servie. On appréciera la douce perfidie qui monte progressivement au fil des interrogations d’Andrew J. Rush. On aimera l’ambiance feutrée des larcins que nous découvrirons peu à peu… C’est un véritable régal livresque, tant au niveau de l’écriture que de la traduction.

Autre élément très plaisant, le personnage d’Andrew J. Rush écrit à Stephen King sous le nom du Valet de Pique. J’ai adoré le fait que Oates mélange fiction et réalité pour apporter encore plus de prégnance à son roman. Cela m’a d’ailleurs fait penser à un autre livre que j’ai adoré pour son ambiance ancrée dans le monde de l’écriture : Le contrat Salinger.

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Je ne vous en dirais pas plus sur ce roman, sous peine de trop en dévoiler. Sachez simplement que Valet de Pique est un roman noir, et un très bon. Qu’il se lit très vite, qu’il captive, et qu’il nous entraîne avec lui dans ses méandres… Saisissant.

Chronique : Qu’est devenu l’homme coincé dans l’ascenseur ?

quest-devenu-lhomme-coince-dans-un-ascenceurUn recueil de nouvelles étranges qui nous viennent tout droit de Corée ! Dépaysement littéraire garanti…

Kim Young-ha est l’un des auteurs les plus populaires de Corée, où chacun de ses titres est un succès. Il est même traduit en langue anglaise. En France, il reste encore assez peu connu mais gagnerait à l’être… Son œuvre est fascinante, originale, inclassable. Il est notamment l’auteur d’un de mes plus grands coups de cœur littéraire : Quiz Show.

Il a également écrit : L’empire des lumières, Ma mémoire assassine, ou encore La mort à demi-mots.

Des nouvelles étranges, loufoques, et parfois même frustrantes

Si vous aimez les nouvelles de Dino Buzzati ou de Kafka, le recueil ici proposé par les éditions Picquier pourrait vous séduire… Voici ma petite sélection des deux nouvelles les plus marquantes de ce petit recueil qui en contient quatre au total :

Qu’est devenu l’homme coincé dans l’ascenseur :

Rarement j’aurais lue une nouvelle aussi… frustrante ! Et pourtant je l’ai adorée. Cette journée commence très mal pour le narrateur. Problème de rasoir, d’ascenseur, de bus…

Un homme est coincé dans l’ascenseur, le narrateur descend les escaliers et croise cet homme à qui il promet de prévenir immédiatement les secours. Mais personne ne semble l’écouter quand il sort de son immeuble pour alerter les gens… La loi des séries s’applique avec acharnement dans cette nouvelle d’une trentaine de pages. Attention, la fin pourra en frustrer certains…

Vampire :

Quelle étrange nouvelle que celle-ci ! Elle semble en partie autobiographique en plus d’être fantastique… Ce qui ajoute à la sensation d’étrangeté.

Tout commence avec une lettre envoyée à… Kim Young-Ha lui-même ! Car c’est lui le narrateur de cette curieuse nouvelle.

Une femme lui fait part de ses soupçons quant à la condition étrange de son mari, écrivain de métier, tout comme lui. Au fil des mois et des années de vie commune, la femme est persuadée qu’il lui cache quelque chose et mène son enquête.

J’ai adoré cette nouvelle ! Kim Young-ha possède le don rare de créer des histoires très simples, captivantes et extrêmement fluides. Son phrasé est efficace, les pages s’enchainent sans mal… Vampire est le parfait exemple de son talent. Avec art, il nous transporte dans un ailleurs proche de notre réalité ou peu à peu l’étrange et les questionnements s’installent.

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Qu’est devenu l’homme coincé dans l’ascenseur ? est donc un bon petit recueil de nouvelles 100% coréennes. Seul bémol, les nouvelles ont beau être très plaisantes à lire, on les oublie au final assez vite, excepté les deux que je vous ai présentées qui restent un peu plus en mémoire…

Quoi qu’il en soit, c’est le type d’ouvrage parfait pour découvrir la littérature coréenne car il est rapide à lire, facile d’accès et pu cher (6,50€).

Enfin, il ne faut pas oublier qu’en Corée, le format de la nouvelle est très courant contrairement à la France où c’est le roman qui prime. Alors, c’est le genre d’ouvrage parfait pour s’imprégner de cette culture.

Chronique : Voici venir les rêveurs

voici-venir-les-reveursLe rêve américain : but ultime d’une famille camerounaise qui a tout quitté pour le vivre pleinement

Imbolo Mbue, c’est un nom qui ne vous dit peut-être rien pour le moment, et c’est normal, Voici venir les rêveurs est son tout premier roman. Mais il a beau être son premier ouvrage, il a été un véritable phénomène éditorial, aussi bien aux États-Unis que dans le monde entier… tous les éditeurs s’en sont littéralement arraché les droits de traduction à la fameuse Foire du livre de Francfort en 2014. En France, ce sont les éditions Belfond qui ont décroché le droit de traduire et de publier son roman.

L’histoire forte et belle d’immigrés qui vivent à travers le prisme du rêve américain

Jende est un homme travailleur. Pour vivre pleinement le fameux rêve américain et amener sa famille du Cameroun aux États-Unis, il est prêt à tout. A travailler comme un fou. A suer sang et eau. A cumuler plusieurs travails. A mentir à l’immigration… Mais jusqu’où est-il prêt à aller pour créer le meilleur avenir possible à ses enfants et offrir la vie de rêve que sa femme adorée mérite tant ?

Un roman puissant et captivant, aux personnages terriblement attachants

La vie et l’histoire de Jende sont absolument passionnantes. On s’attache à cet homme qui souhaite le meilleur pour lui et sa famille. Qui est prêt à tout pour sauver les apparences et faire rêver ceux qui ont eu la malchance de rester au pays.

La femme de Jende, Neni est également une battante admirable, luttant continuellement pour porter à bout de bras sa famille. Sa personnalité est incroyable, surprenante, charismatique. On aimerait tous avoir la force de Neni tant elle subjugue par ses actes inattendus et osés parfois.

L’histoire de ce couple incroyable et fort nous est ici disséquée sous tous les angles. On en apprend énormément sur le Cameroun et l’image qu’ils ont des États-Unis là-bas. On y découvre également les terribles et cruelles traditions qui perdurent encore… Et Imbolo Mbue sait de quoi elle parle puisqu’elle-même est camerounaise.

La vision qu’elle nous offre des États-Unis est ainsi bien loin du paradis rêvé par tant de personnes (qu’elles soient camerounaises, ou d’ailleurs…). Lucide, terrible, réaliste, le concept du rêve américain y est ici totalement revu et corrigé.

Voici venir les rêveurs, c’est également l’histoire d’un scandale, celui de la chute de Lehman Brothers (en 2008). On assiste à la déchéance d’une puissance que l’on croyait immuable ; et comment ces trafics vont influer sur des petites vies qui semblent si insignifiantes pour certains…

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Ce roman est relativement passé inaperçu dans la presse et les médias, et c’est fort dommage. Belfond croit beaucoup en ce roman, et l’on comprend sans problème pourquoi une fois la lecture achevée. Imbolo Mbue nous offre un grand plaisir de lecture tout en nous permettant de nous attacher à des personnages forts émotionnellement. On est fébrile à l’idée de savoir ce qu’il va arriver à ces petites gens qui travaillent pour les plus grands… Un grand roman, ne passez pas à côté.

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EDITEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : [Kokoro]

kokoroUn livre différent à lire, à appréhender et à apprécier qui nous conte l’histoire d’une famille à travers des mots simples du quotidien… au Japon.

Delphine Roux est une auteur française dont l’univers est fortement lié au pays du Soleil Levant, comme le montrent ses ouvrages : Les petits sentiers d’Obaasan ou encore Bonne nuit, Tsuki san !. [Kokoro] est son tout premier roman.

[kemuri, fumée]

Voici l’histoire courte mais touchante d’un frère et d’une sœur : Koichi et Seki. Traumatisés par la disparition de leurs parents lors d’un incendie, chacun a depuis fait sa vie avec plus ou moins de réussite. Mais cela n’efface en rien la blessure qu’ils portent au fond d’eux… Cela peut-il changer ? Et si oui, comment s’émanciper de cette douleur continuelle qui donne l’impression de subir sa vie plutôt que de la vivre ?

[monogatari, histoire]

Triste, belle et étrange, [Kokoro] est une histoire qui prend son sens après l’avoir entièrement terminé, et en y repensant par la suite. Chaque chapitre (qui fait moins d’une page à chaque fois) est présenté par un mot japonais, accompagné de sa traduction. Ces mots sont ancrés dans le quotidien, nous montrent les choses simples de la vie et leur possible complexité pour les protagistes terrassés par la douleur.

Koichi n’a jamais vraiment fait son deuil, tandis que Seki, elle, semble vivre vite sa vie pour oublier son passé…

L’extrême brièveté des chapitres aide à s’imprégner de chaque mot présenté. Comme si on se devait de penser à son importance quotidienne. Qu’il s’agisse du vent (kaze), d’une fenêtre (mado), de maquillage (kesyou), tout est pensé, réfléchi.

Au début de la lecture, on pense découvrir un ensemble décousu de définitions, mais peu à peu, le tout se relie pour former une mélancolique et belle histoire.

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A conseiller à ceux qui aiment déjà le Japon, ses effluves, et son esprit. Ce court roman étant loin d’être conventionnel, certains resterons sur leur faim, mais ceux qui sont habitué à cet « esprit japonais » sauront que la fin d’une histoire au Japon n’en est pas vraiment une…

Quoi qu’il en soit, si vous êtes à la recherche d’un beau et doux récit, [Kokoro] pourrait bien faire flancher votre cœur à sa lecture. Petit conseil : ne le lisez pas d’une traite. Savourez plutôt quelques pages par jour, pas plus, sous peine de ne pas saisir toute sa poésie, et sa douce magnificence…

Seule petite remarque, je trouve l’ouvrage un peu cher pour ses 115 pages : il est à 12,50€.

AUTEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Actualité éditoriale : La rentrée littéraire 2016 des éditions Picquier

En dehors des gros tirages et des livres très attendus de cette rentrée, il y a quelques romans qui méritent que l’on s’y attarde, que l’on se penche dessus avec un intérêt tout particulier. Ils seront beaucoup moins médiatisés, mais tout aussi tentants que d’autres.

Alors, pour découvrir une autre rentée littéraire, les éditions Philippe Picquier me semblent absolument parfaites. Et pour cette rentrée 2016, ils ont deux belles nouveautés très tentantes…

Jardin arc-en-ciel (2)Le jardin arc-en-ciel de Ito Ogawa  – Parution le 2 septembre 2016

Cet ouvrage annonce le grand retour d’Ito Ogawa en France ! Il s’agit de son troisième roman à paraître chez nous. Elle s’était fait connaître grâce à son roman touchant et culinaire : Le restaurant de l’amour retrouvé, qui avait beaucoup marqué les esprits par son côté très universel et plein de simplicité. C’est un roman qui avait su plaire à un public féminin et masculin, et qui fait partie de ces livres extrêmement positifs et bienveillants. Elle a par la suite sorti un autre roman nommé Le ruban, je ne l’ai pas encore lu, mais je dois avouer qu’il ne m’avait pas vraiment tentée.

Avec Le jardin arc-en-ciel, on sent qu’Ito Ogawa va renouer avec les ingrédients qui l’avaient rendue si populaire dans son pays et ailleurs ! D’ailleurs, l’ouvrage est déjà sélectionné pour Le Prix du roman Fnac 2016.

Cette parution s’annonce donc sous les meilleurs auspices, et je suis personnellement convaincue qu’elle va être géniale.

Jardin arc-en-ciel (1)Présentation de l’éditeur :

Izumi, jeune mère célibataire, rencontre Chiyoko, lycéenne en classe de terminale, au moment où celle-ci s’apprête à se jeter sous un train. Quelques jours plus tard, elles feront l’amour sur la terrasse d’Izumi et ne se quitteront plus. Avec le petit Sosûke, le fils d’Izumi, elles trouvent refuge dans un village de montagne, sous le plus beau ciel étoilé du Japon, où Chiyoko donne naissance à la bien nommée Takara-le-miracle ; ils forment désormais la famille Takashima et dressent le pavillon arc-en-ciel sur le toit d’une maison d’hôtes, nouvelle en son genre.

Il y a quelque chose de communicatif dans la bienveillance et la sollicitude avec lesquelles la famille accueille tous ceux qui se présentent : des couples homosexuels, des étudiants, des gens seuls, des gens qui souffrent, mais rien de tel qu’un copieux nabe ou des tempuras d’angélique pour faire parler les visiteurs ! Tous repartiront apaisés. Et heureux.

Pas à pas, Ogawa Ito dessine le chemin parfois difficile, face à l’intolérance et aux préjugés, d’une famille pas comme les autres, et ne cesse jamais de nous prouver que l’amour est l’émotion dont les bienfaits sont les plus puissants. On réserverait bien une chambre à la Maison d’hôtes de l’Arc-en-ciel !

Soudain, j'entends la voix de l'eauSoudain, j’ai entendu la voix de l’eau de Hiromi Kawakami – Parution le 6 octobre 2016

Peut-être connaissez-vous déjà Hiromi Kawakami, elle est l’auteur de très nombreux romans aux éditions Picquier : Les années douces, Le temps qui va, le temps qui vient ou encore Les 10 amours de Nishino, c’est elle !

Je n’ai encore jamais rien lu de cette auteur, mais je dois avouer que le résumé de sa nouveauté est extrêmement tentant et me rend curieuse… Affaire à suivre donc…

Présentation de l’éditeur :

Le roman se déroule à Tokyo en 2013. La narratrice Miyako, 55 ans, et son frère Ryo, 54 ans, tous deux célibataires, retournent vivre dans la maison de leur enfance. Très vite, le lecteur découvre l’amour incestueux qui unit les deux personnages, et suit la narratrice dans les va-et-vient d’une pensée qui retrace l’histoire familiale.

Il est question du petit magasin de papier hérité par leur oncle que Myiako et Ryo appelaient « Papa », de Takeji, leur père biologique et apprenti au magasin, de leur mère, fille illégitime d’une maîtresse.

L’auteur tisse ainsi la toile délicate des relations familiales, l’équilibre fragile d’un amour, celui d’une soeur et d’un frère en retrait du monde et dont la tranquille existence est secouée d’événements historiques – l’attentat au gaz  sarin du métro de Tokyo de 1995 auquel échappe de justesse Ryo ou encore le tremblement de terre de 2011 -. Ils décident un jour de vendre la maison familiale.

Le roman d’une styliste qui tisse sous nos yeux la toile ténue de l’existence et n’en révèle le murmure qu’avec pudeur à un lecteur qui retient son souffle. Cet ouvrage a reçu le prix Yomiuri.

Chronique : Prête à tout

Prête à toutParu aux États-Unis en 1993, puis chez Pocket en 1995, enfin réédité en 2015 par les éditions Philip Rey en 2015 pour enfin revenir en poche en mai 2016… voici le roman Prête à tout signé par l’américaine Joyce Maynard.

A travers ce roman brossant une quantité folle de tranches de vies différentes et de témoignages, Joyce Maynard nous propose une vision du monde des médias qui montre toute sa dangerosité autant que son attrait… Se basant sur des faits ayant réellement existé, l’histoire est absolument passionnante. Par ailleurs, le livre tiré de ce fait divers a lui-même inspiré un film, du même nom réalisé en 1995 par Gus Van Sant.

Si vous ne connaissait pas encore cette auteur d’origine américaine, sachez qu’elle a une production littéraire très régulière. Elle a par ailleurs eu une relation avec J. D. Salinger – de trente-cinq ans son ainé – dont elle a tiré un roman : Et devant moi, le monde.

Un beau couple heureux et bien sous tout rapport

Suzanne Maretto, belle et jeune mariée, heureuse, intelligente, ambitieuse, une belle maison, un mari aimant… elle possède tout ce qu’on rêverait d’avoir. Et pourtant, Suzanne n’est pas heureuse : elle souhaite par-dessus tout être une présentatrice télé. Célèbre, vénérée, c’est son un souhait qu’elle fait tout pour atteindre depuis son plus jeune âge. Toujours pondérée, travailleuse, motivée, soignant à un point extrême son apparence, Suzanne percera dans le monde de la télé, tout le monde en est persuadé. Mais un drame va tout changer. Suzanne rentre chez elle un soir et retrouve son mari mort, son sang noyant la moquette. Sa vie vole en éclats, mais pas nécessairement comme on l’imaginerait…

Un bon livre qui se dévore comme un roman noir

Pour une première incursion dans l’univers de Joyce Maynard, j’ai trouvé cette lecture extrêmement plaisante et accrocheuse. On découvre une Amérique pleine d’apparences, de paillettes, ainsi que toutes ses déviances liées aux médias.

La narration est aussi originale qu’addictive grâce à des chapitres extrêmement courts narrés par un personnage différent à chaque fois. Au total, c’est plus d’une vingtaine de personnages qui peu à peu dressent le portrait du couple parfait que forment Suzanne et Larry. Et peu à peu, ce sont les zones d’ombres, les étrangetés qui ressortent. Puis une forme de doute s’installe concernant la personnalité de Suzanne, ses aspirations, son caractère, ses pulsions…

La montée en puissance latente, les nombreuses découvertes que l’on fait au fil des pages sont très bien tournées. Nous ne sommes jamais dans la révélation incroyable, bien au contraire. L’écriture est tournée de façon à ce que les questionnements et les doutes s’installent peu à peu dans l’esprit du lecteur. C’est encore mieux qu’une révélation soudaine. On réfléchit, on doute, on y repense…

Pour écrire ce roman, Joyce Maynard s’est directement inspirée de l’affaire Gregory Smart. Quand elle a commencé à écrire Prête à tout, elle n’avait pas tous les tenants et aboutissants de l’affaire. Elle dit d’ailleurs dans la postface qu’elle a tout fait pour ne pas se renseigner plus afin de ne pas être influencée. Lors de l’écriture de l’ouvrage, le jugement n’était pas prononcé, et elle s’est laissé uniquement porter par ses personnages pour écrire. Et quand on voit le résultat final dans la réalité et les différentes motivations de chacun, on constate de Joyce Maynard n’était malheureusement pas loin de la triste réalité…

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Au final, Prête à tout est un excellent livre, entre littérature et récit à suspense. Il s’agit d’un bon roman à l’américaine qui se dévore d’une traite ou presque ! Parfait par exemple comme lecture d’été.

Chronique : Le grand projet de Domenico Maccari dit le Copiste, peintre sans talent

Le grand projet de Domenico Maccari dit le copiste sans talentUn mystérieux roman ayant pour lieu d’intrigue un village italien battu continuellement par les vents…

Tout juste paru dans la catégorie roman à destination des adultes chez Thierry Magnier, voici un ouvrage aussi étrange qu’inclassable : Le Grand Projet de Domenico Maccari dit le copiste, peintre sans talent. Son auteure, Gaïa Guasti est déjà connue sur la scène littéraire pour sa série ado La voix de la meute (trois tomes), elle a également écrit d’autres romans indépendants.

Avec ce nouveau roman, on navigue entre le récit historique, le merveilleux, l’étrange, le social… C’est un mélange de genres qui nous amène à découvrir l’histoire d’une petite ville où le vent ne cesse jamais et où les habitants on adapté leur mode de vie à cette étrangeté météorologique. C’est aussi un lieu où le temps ne semble pas s’écouler de la même manière que partout ailleurs…

Une tramontane incessante dans un village insignifiant en apparence

Bienvenue à Santamutine, petit village italien sans prétentions… mais dont l’histoire est aussi étrange qu’originale. Tirant sa source sur de très nombreuses générations, vous découvrirez l’histoire des fondateurs de Santamutine, mais aussi de leurs très nombreux descendants. Des familles qui se nouent, se déchirent, des rencontres inattendues, l’Histoire qui s’en mêle…

Sans oublier cette étrange et puissante tramontane qui oblige les enfants du village à être lestés de poids pour se déplacer sous peine de s’envoler pour un voyage sans retour… Voici l’histoire d’une ville sur plusieurs générations, et elle est pour le moins hors du commun.

Une histoire prometteuse…

Il faut avouer que tout les éléments concourent à donner envie de lire ce récit. Une présentation très accrocheuse, un récit à très forte connotation historique, une foule de mystères à élucider au fil des générations… Un peu de magie, de sciences, d’énigmes, d’histoires d’amour improbables et surtout une foule de secrets.

De même, la couverture de Joëlle Jolivet correspond parfaitement à l’ambiance étrange du récit : entre réalisme et merveilleux… sans oublier une once de mystère. Et pourtant, la lecture de ce nouveau roman de Gaïa Guasti m’a laissée sur ma faim. Explications.

… qui malheureusement s’essouffle peu à peu car trop entremêlée

Une fois plongé dans l’univers de Santamutine au bout de quelques dizaines de pages, on s’habitue aux chapitres extrêmement courts (pas plus de quatre ou cinq pages), mais un peu moins aux changements d’époques brutaux. Il n’est pas évident, de faire l’association entre un personnage et une époque. Parfois, le temps de cerner l’époque concernée, le chapitre se termine déjà.

De plus, les personnages sont confondent trop facilement pour nous lecteur, ce qui gêne la lecture car on se reporte très (trop) régulièrement à l’arbre généalogique en fin d’ouvrage (heureusement qu’il était là, sinon, la compréhension générale du récit aurait été beaucoup plus laborieuse). Tous les noms sont à consonance italienne et rend le tout très délicat pour savoir qui est qui : Francesco Torre, Cosimella Salvetti, Marina Santassi, Antonio Torre, Marco Guardonovo…

En ce qui concerne l’arbre généalogique, bien qu’il soit extrêmement utile, il revêt un défaut de taille : il nous révèle trop tôt certains éléments clés de l’intrigue. Mais on ne peut pas tout avoir…

Par ailleurs, en tant que libraire, je me pose une vraie question quant à ce livre : où le ranger en librairie ? Dans le rayon littérature adulte généraliste ? Dans le rayon imaginaire ? En historique ? (moins plausible selon moi, mais c’est une piste). Son graphisme fait penser à de la littérature jeunesse ou ado, et j’aime cette façon, de bousculer les codes, surtout en littérature générale, où les chartes graphiques des éditeurs sont très policées, trop rigides. Mais ce roman-ci m’oblige à me poser une foule de questionnements concernant sa place en librairie, car à quel type de lecteurs pourra-t-il plaire ? Et où son public potentiel pourra-t-il avoir les meilleures chances de le trouver ?

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Et en ce qui concerne le fameux projet de ce cher Domenico Maccari, à vous d’en juger, mais j’ai trouvé que le final était assez décevant. Tout s’articule autour de ce fameux rêve de Domenico (qui y consacrera sa vie et plus encore) et pourtant… on reste sur notre faim. C’est dommage, d’autant que l’univers créé par Gaïa Guasti est absolument bien campé, et décrit avec talent.

Son ambiance et ses nombreuses curiosités m’on beaucoup fait penser à l’univers des Ferailleurs d’Edward Carey mais aussi à la saga jeunesse La Maison Sans-Pareil d’Elliot Skell. Cet univers était le vrai point positif de ce récit, mais il ne suffit pas pour apprécier pleinement les (trop) nombreuses intrigues de l’histoire.

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Chronique : La vie rêvée des plantes

La vie rêvée des plantesLe végétal comme idéal de vie, et même comme mantra

Écrit par l’auteur coréen Lee Seung-U, La vie rêvée des plantes est l’un de ses ouvrages les plus connus en France, il enseigne la littérature coréenne à l’université de Chosun. En France, d’autres romans de lui sont parus, même si ils sont encore peu nombreux : Ici comme ailleurs (Folio), Le vieux journal (Serge Safran éditeur), ou encore Le Regard de Midi.

Une histoire familiale trouble et torturée

Dans ce roman assez inclassable, entre histoire de famille, rivalités amoureuses et jalousies, nous découvrons le jeune Kihyon, qui nous conte à la première personne son histoire.

Toute l’histoire commence avec l’histoire du frère de Kihyon, qui était l’enfant adulé de la famille avant de perdre ses jambes à l’armée. Mais même depuis cette perte irréparable, tout le petit monde de Kihyon tourne autour de son frère… Kihyon l’a toujours envié : sa façon d’être, sa vie, son appareil photo… et même sa petite amie Sunmi.

Mais depuis la création de sa petite entreprise, Kihyon se voit dans l’obligation d’espionner sa propre mère. Et ce qu’il va découvrir sur sa famille et ses secrets est très… surprenant.

Un récit étrange, merveilleux et d’une douce noirceur où l’amour gouverne tout

Difficile voir impossible de vous faire un résumé de cet ouvrage aussi plaisant que troublant. L’univers et la prose de Lee Seung-U possède un charme indescriptible et enjôleur qui est et restera unique.

Entre ce père qui ne vit que pour ses plantes, cette mère qui par amour, est prête à porter son fils sur son dos pour l’emmener voir des prostituées et Kihyon qui malgré ses obsessions cède à l’amour filial, l’histoire nous mène sur des chemins insoupçonnés.

Tout ce que l’on puis dire, c’est qu’il y a beaucoup d’amour dans ce roman. Un amour fou, sans bornes ni limites qui entraîne nos personnages au-delà de leurs limites connues. C’est beau, et d’un incroyable onirisme.

La façon dont l’auteur parle des plantes et de leur relationnel presque érotique à l’homme est juste merveilleuse. On se sent autre en lisant ses lignes, en particulier vers la dernière partie du roman.

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Si l’histoire que je vous présente n’en dit pas assez pour vous, tentez cette lecture pour sa douce latence, son écriture épurée. Cet ouvrage est une belle introduction à l’œuvre de Lee Seung-U et à la littérature coréenne plus largement. Ça ne donne qu’une seule envie, découvrir d’autres ouvrages dans le même univers et dans un style similaire…

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Actualité éditoriale : La Dénonciation, l’ouvrage qui a réussit à fuir la Corée du Nord

La dénonciationIl s’appelle Bandi, l’auteur de Corée du Nord qui a réussit à faire passer ses écrits dans celle du Sud. L’histoire de ses manuscrits est incroyable : il a réussit a leur faire traverser la frontière Nord-Coréenne en les dissimulant dans des livres de propagande communiste. Depuis, ses écrits ont été diffusés en Corée du Sud, et maintenant, ce sont les éditions Philippe Picquier qui vont les éditer en France.

L’ouvrage, qui est un recueil de sept nouvelles (La Fuite, La ville des spectres, L’Orme trésor, Si près si loin, Pandémonium, La scène et Champignon rouge), se propose de dresser un portrait à charge de ce pays si mystérieux et implacable qu’est la Corée du Nord. Le nom de Bandi (qui signifie luciole) est bien entendu un pseudonyme, l’auteur risquant sa vie en écrivant sur son pays. D’autant qu’il est toujours dans le Nord, sans possibilité d’en sortir.

L’histoire de Bandi, comme le dit si bien l’éditeur français, ressemble beaucoup à celle de Soljenitsyne en son temps, prix Nobel de littérature en 1970, l’auteur Russe avait été banni de l’URSS à cause de son roman contre le régime.

Les éditions Picquier publient ainsi ce recueil au mois de mars 2016, et rien que l’histoire de l’ouvrage est fascinante, il nous tarde maintenant d’en découvrir le contenu ! Une chose est sûre, cela devrait être passionnant.

Mes idées de livres à offrir pour Noël 2015 – Romans adulte

Il n’y a pas de raison que les enfants et les adolescents soient les seuls gâtés en livres pour Noël !  Voici ma sélection pour vous adultes, vous y trouverez du polar hyper efficace, du roman contemporain en Amérique profonde ou encore de la bonne sf rétro-futuriste…

Retour à Little WingRetour à Little Wing – Nickolas Butler – Éditions Points :

Un magnifique roman ayant pour théâtre l’Amérique profonde, la vraie. Le récit nous parle d’amitiés perdues et retrouvées, d’amours définitivement disparus également, mais sans être niais ou fleur bleue. Tout commence avec un faire-part de mariage où tous les vieux amis sont invités. Il y a ceux qui n’ont jamais quitté Little Wing et d’autres qui on fait le tour du monde, on connu le succès et ses excès. Ce mariage qui a lieu, c’est le point d’encrage qui mélange passé et présent, regrets et bon vieux temps ramenés au goût du jour. Retour à Little Wing est un formidable roman sur l’amitié et tous les sentiments qui y sont mêlés, mais également sur la beauté cachée des petites bourgades perdues de l’Amérique… Magnifique.

MiniaturisteMiniaturiste – Jessie Burton – Gallimard, Du monde entier :

Dans l’atmosphère feutrée de La jeune fille à la perle, voici un magnifique premier roman à découvrir d’urgence. Nella Oortman jeune fille issue d’une famille modeste de la campagne se retrouve propulsée à Amsterdam où elle va y découvrir son mari, sa nouvelle maison et sa belle-famille. Ce qu’elle ignore en entrant dans l’une des plus riches demeures de la capitale, c’est que son mari a de très lourds secrets, de même que son austère belle sœur… Quelle sublime ambiance pour ce roman qui nous fait découvrir une nouvelle auteur de la scène littéraire ! C’est une perle à découvrir absolument et à offrir à son entourage tant Miniaturiste est d’une beauté particulière… Lire la chronique sur le site par ici.

Les neiges de l'éternelLes neiges de l’éternel – Claire Krust – Éditions ActuSF :

Imaginez un Japon féodal teinté d’imaginaire et de fantasmagorie où les dieux et les fantômes coexistent avec les mortels. Ce roman original découpé en cinq parties liées inextricablement vous propose une incursion dans un univers original, dur et froid. Vous découvrirez le quotidien d’une riche famille de daimyo (noblesse japonaise) confrontée à la maladie, la vie difficile d’une courtisane sans aucune perspective d’avenir, l’histoire d’un esprit dont la longévité détruit l’humanité… Ces cinq récits possèdent une âme et une écriture qui fascinent. Claire Krust réussit à nous transporter dans un univers merveilleux et cruel à la fois en quelques phrasés bien tournés. En somme, voilà une nouvelle auteur sur laquelle compter dans le paysage de l’imaginaire francophone ! Et le livre est si beau qu’il fera un très beau cadeau de fin d’année…

Le contrat SalingerLe Contrat Salinger – Adam Langer – Éditions Super 8 :

Si vous cherchez un super bon polar qui vous fera passer une (ou plusieurs) nuit(s) blanches tant il est passionnant : le voici ! Tout commence avec un auteur de polars passé de mode qui passe un étrange contrat avec un singulier homme d’affaires… Les personnages sont passionnants, leurs réactions tout autant. L’intrigue se déroule dans le monde de l’édition, ce qui rend le tout encore plus trépidant quand on est fou de livres sous toutes leurs formes. Le rythme est extrêmement soutenu, sans aucun passage à vide, et il est très difficile de décrocher une fois lancé… Bref, c’est LE roman policier à offrir (et à s’offrir). Pour ceux qui aiment les polars bien ficelés c’est parfait, pour ceux qui aiment les récits à suspense sans hémoglobine, c’est parfait aussi ! Même ceux qui ne sont pas férus de polars pourraient bien apprécier…

Quiz ShowQuiz Show – Kim Young-ha – Éditions Philippe Picquier :

En cette année 2015, Kim Young-ha est pour moi la nouvelle révélation de la littérature étrangère à ne rater sous aucun prétexte. Enfin, pas si nouvelle que cela il faut l’avouer, mais c’est cette année que j’ai pu découvrir son œuvre prolifique et passionnante. Dans ce récit, nous découvrons le parcours initiatique de Minsu, un jeune homme dont le quotidien bascule peu à peu… Totalement ancré dans le réel, Quiz Show joue sur les codes d’une génération bercée par les écrans et les forums bâtis par Internet. L’intrigue est magnifiquement menée ; entre sociétés secrètes et quête de soi, Kim Young-ha nous fait réfléchir et pique notre curiosité. C’est l’un des rares livres qui une fois terminé nous pousse à y penser, à y repenser… Pour conclure, c’est un merveilleux coup de cœur. A classer à côté du grand Haruki Murakami pour le style et l’ambiance, mais ne vous y trompez pas : Kim Young-ha possède sa propre signature, et elle est captivante !