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Chronique : La fille qui tressait les nuages

Un magnifique roman à l’univers extrêmement onirique où les corbeaux volent la tête en bas…

Second roman de l’autrice Céline Chevet, La fille qui tressait les nuages est paru aux éditions du Chat noir en été 2018. Entre douceur et tragédie, on y découvre l’histoire d’une famille marquée par les drames…

Un mystère qui demeure…

Julian est atterré par la mort de la sœur de son meilleur ami. En effet, elle est morte de façon abrupte, et il en était très amoureux… Malheureusement, cette histoire d’amour ne verra jamais le jour, et nous allons plutôt nous intéresser à ceux qui restent.
Julian, le bon ami de la famille, Souichiro, le frère de la défunte jeune fille, et Akiko, d’une discrétion maladive et camarade de classe des deux garçons. En plus d’être discrète, elle est également d’une curiosité maladive qui va la conduire à découvrir certains secrets de la famille de Souichiro… Pour le meilleur et pour le pire !

Une intrigue réussie et surtout, un bel univers narré avec talent

Plus que son histoire, c’est surtout le style de ce roman qui reste mémorable. Il a beau avoir été écrit par une autrice française, cette dernière a réussit à prendre à son compte le style d’écriture des romans nippons. A la fois pudique et parfois terrible, on navigue entre émerveillement et frissons dans cette histoire qui devient de plus en plus étrange au fil des découvertes d’Akiko.

On retrouve également l’importance pour les événements passés que revêt la culture japonaise. De même, Céline Chevet nous entraîne dans une intrigue mâtinée de légendes (inventées ou non) et d’obscurs secrets de famille… Impossible d’en dire plus, le reste serait trop facile à deviner, mais ce mélange entre fantastique et traditions est savamment mené.
De plus, tout au long de ce beau roman, vous aurez plusieurs révélations d’assez grande envergure, notamment une qui va radicalement changer votre façon de le lire! (et vous obligera peut-être à relire certains passages clés).

Enfin, la particularité de ce roman, c’est aussi ses petites touches d’onirisme bien disséminées. Avec ses avions en papier qui jamais ne touchent le sol et autres faits farfelus alors que tout le reste est normal, ça m’a fait penser au roman Les mots bleus de Félicie de Natalie Lloyd (éditions du Seuil Jeunesse).

Ainsi, ce roman est une très belle découverte. Je dirais même une double découverte car c’est un superbe roman et une autrice de qualité que j’ai ainsi découvert. J’ai hâte de lire d’autres romans de Céline Chevet, si ils sont aussi bons que La fille qui tressait les nuages, ça risque d’être génial !

Une des magnifiques illustrations de Mathew Meyer, un illustrateur de talent qui s’est spécialisé notamment dans les yôkai. (site ici : http://matthewmeyer.net). Je trouve que son univers colle parfaitement au roman de Céline Chevet.


Interview de Bertrand Campeis pour sa collection Dimension Uchronie chez Rivière Blanche

Connaissez-vous Dimension Uchronie ? Il s’agit d’un recueil de nouvelles dédiées à ce sous-genre si particulier et fascinant de la science-fiction. Je vous invite ainsi à découvrir la collection ainsi que celui qui a réunit des nouvelles de tous bords pour notre plus grand plaisir…

La bibliothèque de Glow : Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de la Bibliothèque de Glow ?

Bertrand Campeis : Bonjour les lectrices et les lecteurs de la Bibliothèque de Glow ! Je m’appelle Bertrand campeis, j’ai très prochainement l’âge qui est la réponse à la plus grande question de l’univers et je suis un grand amateur d’Uchronie : j’en lis, j’écris des articles dessus, je fais également partie du Prix actuSF de l’Uchronie et maintenant je dirige même des anthologies sur ce thème spécifique. Je suis un énorme acheteur de livres en tout genre, de films, de dessins animés et je loge chez mes deux chats (en échange je leur fournis un lit douillet et plein de croquettes). Pour pouvoir acheter tous les livres et Blu-Ray qui s’entassent dans ma batcave aux merveilles je suis devenu fonctionnaire (J’aurais voulu être Bruce Wayne mais la place est déjà prise, donc je me suis contenté de devenir un grand fan de Batman tout court). Voilà, ça, c’est pour commencer. 🙂

La bibliothèque de Glow : Pouvez-vous expliquer aux lecteurs en quelques phrases ce qu’est l’uchronie ?

Bertrand Campeis :L’uchronie est un mot inventé à partir du mot utopie ! L’utopie c’est un lieu imaginaire (en grec U = Non et Topos = Lieu). L’uchronie c’est une histoire imaginaire qui aurait pu avoir lieu (U = Non et Chronos = Temps). C’est jouer avec le temps en imaginant qu’en changeant un évènement, on crée une autre Histoire. Cela peut aller de la grande Histoire (la plus connue étant Et si les Nazis avaient gagné la Seconde Guerre mondiale) à l’histoire personnelle (la vôtre par exemple ! Et si vous aviez raté le train dans lequel vous avez rencontré votre future copine ? Réussit tel examen auquel vous avez échoué ?) Comme vous le voyez, c’est un jeu de l’esprit avec des combinaisons qui peuvent aller… Jusqu’à l’infini (et au-delà !) Vous avez certainement lu de l’uchronie (en livres, BDs ou même mangas) vu (en films ou dans une série TV) ou même joué (jeu de plateau ou jeu vidéo) sans forcément le savoir 🙂 Si cela vous intéresse, j’ai eu la chance de co-écrire avec Karine Gobled un Guide de l’Uchronie paru chez ActuSF (il a été réédité en 2018 sous une forme réactualisée dans la collection Hélios) qui permet de (re)découvrir l’uchronie.

La bibliothèque de Glow : Comment avez-vous sélectionné les nouvelles de Dimension Uchronie ?

Bertrand Campeis :J’ai fait un appel à textes afin de faire une anthologie baptisée Dimension Uchronie et au final j’ai eu suffisamment de nouvelles pour me dire que je pouvais envisager de faire non pas une mais trois anthologies. Dès le départ, j’ai eu la chance d’être entouré d’ami.e.s qui m’ont donné plus qu’un sacré coup de main : Hermine m’a plus qu’aidé en relisant les nouvelles avec moi et aidée dans la phase de correction avec les autrices et auteurs. Avec son compagnon, Erwan, ils ont traduits les nouvelles étrangères que j’ai acheté au coup par coup. Je dois également beaucoup à Laurence, à Marie Marquez pour leur aide lors des phases de relecture /  correction sur les Bon à Tirer. L’autre personne à qui je dois énormément c’est Tiffanie Uldry, qui m’a fait de superbes couvertures. Et Last but not least Philippe Ward et Jean-Marc Lofficier ont été patients, calmes et m’ont pas mal expliqués comment il fallait bosser. Ces anthologies c’est une première pour moi : j’ai tâtonné, expérimenté, revu souvent ma copie et au final, j’ai eu l’impression de progresser par à coup, grâce aux autrices, aux auteurs, aux personnes qui ont lu l’anthologie et l’ont critiqué (en l’ayant aimé ou pas trop : on est là avant tout pour apprendre de ces erreurs et progresser). Ces anthologies, pour moi c’est avant tout un travail d’équipe, des rencontres, des discussions. Sans l’aide de tout le monde, les anthologies n’auraient pas pu sortir de manière aussi rapprochée (la première est sortie fin 2018 pour le salon de Sèvres, et les deux suivantes pour 2019, l’une pour début juin, l’autre pour Sèvres). Ce fût une expérience gratifiante, exaltante même mais qui nous a laissé sur les rotules (à l’heure où j’écris Dimension Uchronie 2 est bouclé et nous travaillons, Hermine et moi, sur le bouclage du dernier volume).

La bibliothèque de Glow : Les textes sont-ils inédits où ont-ils déjà vu le jour auparavant ?

Bertrand Campeis : Certains textes sont déjà parus ailleurs mais ont été retravaillées pour paraître chez nous. Les trois-quarts sont inédits. Dès le début nous avons fait un mix : rencontre avec des autrices et des auteurs que nous aimions énormément et textes provenant de l’appel à texte. Après un DU 1 comprenant 15 nouvelles, nous sommes partis sur 20 nouvelles pour DU2 et allons maintenir ce chiffre pour DU3 mais avec pas moins de 3 nouvelles étrangères (2 américaines et 1 japonaise si tout va bien). Le but est de se faire plaisir et de montrer la diversité de l’uchronie. Pour celle-ci est un jeu de l’esprit ce qui implique un aspect divertissant. J’adore les uchronies extrêmement intelligentes et nous permettant de réfléchir à notre société, de nous interroger sur notre façon de voir les choses et à côté de cela j’adore des uchronies orientées sur l’action, le divertissement pur. L’important ce n’est pas tant le message (ou l’absence de celui-ci) mais ce que l’on ressent devant une histoire.

La bibliothèque de Glow : Vous proposez également des nouvelles étrangères – comment les avez-vous sélectionnées et acquises ?

Bertrand Campeis : La première nouvelle, Alerte rouge, je l’avais découverte grâce à Eric Henriet, il en parlait dans son essai L’histoire revisitée ou panorama de l’uchronie sous toutes ses formes. Eric étant un ami, il a eu la gentillesse de me faire lire cette nouvelle. ensuite c’est assez Rock N’ Roll, j’ai découvert que l’auteur, Jerry Oltion, tenait un blog et je l’ai contacté, grâce à Hermine Hémon et Erwan Devos, afin de lui proposer d’acheter cette nouvelle. Il a accepté sans problème et voilà !

A partir de là je me suis dit que rajouter des nouvelles étrangère serait un sacré bonus dans les 3 anthologies : j’ai donc contacté Marie Robinette Kowal pour sa nouvelle The lady astronaut of Mars. Là ce la a été beaucoup plus long vu que je suis passé par son cabinet américain, qui m’a envoyé vers une agence française qui gérait ses droits à l’étranger. Cela a été très long (plus de 6 mois dans mes souvenirs) mais nous avons eu la primeur de cette nouvelle (pour la petite histoire l’intégralité du cycle a été achetée par Denoël lunes d’encre et devrait sortir chez nous à l’horizon 2020). Pour la nouvelle d’Aliette de Bodard, je lui ai tout simplement demandé à Sèvres en 2018 si elle avait une nouvelle uchronique à me proposer, elle m’en a envoyé une et Hermine et Erwan ont travaillé d’arrache-pied pour qu’elle sorte dans DU2. La dernière a également été un heureux hasard : Bondye Bon a été signalé par le site Uchronia The Alternate History List qui recense à peu près tout ce qui sort en langue anglaise (c’est d’autant plus méritoire et impressionnant qu’il est géré par une seule personne, Robert Schmunk). Le pitch m’a plu (une révolte d’esclaves américains qui a été sévèrement réprimandé, et c’est un euphémisme, dans les années 1830 réussit dans cette uchronie grâce au… Vaudou ! C’est tout de suite plus pratique quand vous avez une armée de morts pour vous en prendre à vos anciens maîtres…) et là aussi, j’ai négocié directement avec l’autrice. Quand je regarde cela rétrospectivement je me dis que j’ai eu beaucoup de chance ! Et qu’heureusement qu’Hermine et Erwan étaient là pour m’aider à parler avec tout le monde en english fuently.

 La bibliothèque de Glow : J’ai entendu dire qu’un second tome et un déjà un troisième étaient en préparation, pouvez-vous nous en dire plus ?

Bertrand Campeis : Un deuxième tome… (ndlr : déjà paru en librairie). Puis un troisième et dernier ! Au final on devrait atteindre 50 nouvelles uchroniques en tout. Le deuxième comporte 20 nouvelles jouant sur énormément de thèmes, que ce soit l’antiquité, le féminisme, le colonialisme, ou une autre façon de penser avec la nouvelle d’Aliette de Bodard. L’important c’est cela, découvrir à chaque fois des thèmes peu traités, ou connus mais traités différemment (celle de Sylwen Norden m’a pas mal marqué) j’ai adoré le texte que m’a proposé Jérôme Akkouche qui joue sur un thème peu traité (le steampunk et le monde de l’art). Jean Rébillat nous a fait une très chouette nouvelle imaginant une Angleterre toujours rattachée à la France par ce qui reste du Doggerland (bras de terre qui reliait l’Angleterre au continent et qui a été englouti dans notre réalité). Celle de Cédric Legentil m’a pas mal marqué car il a très bien cerné la mentalité japonaise (il imagine l’envoi d’un corps expéditionnaire japonais qui combat aux côtés de l’allié français lors de la Première Guerre mondiale, et sa vision est très juste et terrifiante). Il y a de l’humour, que ce soit avec la nouvelle de Gillen où l’Ecosse est devenue indépendante mais n’a plus de whisky ! Pascal Roussel nous régale avec un héros bondissant et très drôle qui libère la France d’une occupation extraterrestre qui a empêché la Révolution Française en 1789… Vu que le steampunk apparaît pas mal, j’ai demandé à Etienne Barrilier de faire une préface pour expliciter celui-ci (Merci à lui). Enfin j’ai eu une chouette nouvelle, jouant sur la thématique du temps, qui est utilisée comme une drogue, par Amélie Bousquet. Elle sortait un peu des sentier battus (je n’ai pas souvent eu l’occasion de lire des nouvelles où on se fait des shoots temporels, en dehors de Chronoreg, roman québécois de Daniel Sernine, donc je l’ai accepté avec plaisir).

Pour la couverture, nous avons décidé de jouer sur un autre possible avec Tiffanie Uldry : Et si le Japon était devenue une république plutôt qu’un empire ? Étant tombé par hasard sur un superbe portrait de Nakano Takeko, j’ai demandé à Tiffanie de me la représenter en Liberté guidant les troupes républicaines vers la victoire lors de la guerre civile de 1868 (qui, dans notre réalité, a vu une éphémère république indépendante d’Ezo exister sur l’île d’Hokkaido. Ici elle persiste et l’emporte). Le but avec cette couverture est de présenter d’autres alternatives, en montrant des femmes qui font l’Histoire, car on les occulte (ou plutôt les invisibilise) trop. et puis cela permettait de sortir de l’image cliché Japon impérial  ^^. La dernière couverture devrait pas mal plaire aussi, cette fois-ci nous découvrirons une autre Amérique.

Vous reprendrez bien un peu d’uchronie ? Au moment où vous lirez ces lignes Hermine Hémon et Bertrand Campeis seront en train de boucler Dimension Uchronie 3 ! Qu’avons-nous gardé pour la fin ? L’espace ! ^^ Partez et découvrez quinze nouvelles uchroniques (dont deux américaines, traduites par Hermine Hémon et Erwan Devos) qui seront vous montrer des réalités effroyables, bouleversantes et bel et bien différentes. Accrochez-vous, là où nous allons, il n’y a plus de routes ! Sortie pour le Salon de Sèvres.

Je rêvais de mettre à disposition du public des anthologies Mammouth : je suis en passe de réussir mon pari. Tout cela je le dois à Philippe Ward et Jean-Marc Lofficier, qui m’ont accueilli et aidé à bras ouverts (et expliqué comment il fallait bosser : j’ai véritablement découvert ce que c’était que l’édition en parlant avec eux. Et dans mon cas je me considère encore et toujours comme un amateur, je fais cela sur mon temps libre et je bénéficie du soutien d’ami.e.s sans qui tout n’avancerait pas aussi vite voire aussi bien). Merci à Hermine, à Marie, à celles et ceux qui ont écrit, qui ont lu ou critiqué l’anthologie. Et j’espère qu’avec cette deuxième anthologie, puis la troisième et dernière, cela permettra de découvrir à quel point l’uchronie permet de se faire plaisir, de vous faire plaisir, et d’apporter en sus d’un bon moment de lecture, un début de réflexion sur d’autres possibles.

Chronique album jeunesse : Les petits sentiers d’Obaasan

Ou comment découvrir les petits plaisirs de la vie par une grand-mère nippone…

Paru en mai 2016 aux éditions Picquer Jeunesse, Les petits sentiers d’Obaasan nous décrit l’art de vivre, les habitudes, d’une grand-mère japonaise. Le texte est signé Delphine Roux (déjà chroniquée ici pour [Kokoro], Bonne nuit, Tsuki-san !, et même interviewée ici), l’illustration très fine est quant à elle réalisée par Pascale Moteki (qui avait fait les dessins de Bonne nuit, Tsuki-san !).

L’histoire d’une grand-mère que l’on aurait tous aimé avoir…

Au travers de quelques mots forts, on nous propose de découvrir Obaasan (grand-mère en japonais). C’est par le point de vue d’une petite fille de huit ans que l’on découvre cette grand-mère affectueusement nommée Obaasan.. Conté de façon douce et enfantine, cet album est un magnifique prétexte pour apprécier les petits plaisirs simples que nous offre le quotidien.

Un bel album pour faire découvrir le Japon aux plus jeunes

Grâce à cette histoire sous forme d’album aux parties très courtes (ou double page tout au plus), on découvre ce qu’est le quotidien au Japon par excellence. La première partie nous conte la rencontre de la petite fille (la narratrice) avec Obaasan, puis on passe au portrait de cette grand-mère attachante. Puis vient la découverte de la machiya (maison en bois typique des centres-villes japonais), puis les douceurs telles que le gâteau thé matcha dont la recette est incorporées à l’histoire même !

Pour ceux qui ont lu le court roman de Delphine Roux intitulé [Kokoro], on reconnaît bien là sa mise en page. Comme dans son roman, elle se sert d’un seul mot de vocabulaire (et sa traduction en japonais qui l’accompagne) pour introduire le thème principal de son chapitre. Et encore une fois, ça fonctionne très bien.

Et même si c’est un peu triste et mélancolique, ma partie préférée reste Le départ (出発). La dernière partie enfin, sur la joie (喜び) est elle aussi très plaisante. On y parle avec une poésie infinie du dernier voyage d’Obaasan « Obaasan est partie à cent deux ans coudre des guirlandes de nuages dans le ciel de Kyoto ». C’est fou comme c’est beau et triste à la fois…

Enfin, les illustrations fines et précises de Pascale Moteki illustrent à merveille cet ouvrage qui fait honneur au Japon. Seul petit bémol, je trouve que les yeux d’Obaasan ont parfois un côté dérangeant. Elle n’a jamais de blanc d’œil ou de pupille, et ça fait un peu peur je trouve… (cf image ci-contre) mais c’est bien là ma seule remarque sur le dessin que je trouve très beau par ailleurs.

En somme, pour tous les parents amoureux du Japon et qui souhaitent transmettre cette passion par tous les moyens, cet album est idéal. A lire aux enfants dès l’âge de 6 ans minimum, puis à savourer sans modération aucune !

Chronique : La fille de la supérette

Coup de cœur pour ce roman nippon charmant et atypique.

Premier roman de Sayaka Murata à paraître en France, La fille de la supérette est un roman court, mais charmant qui vient tout juste de paraitre aux éditions Folio. Il était auparavant sorti aux éditions Denoël sous le titre Konbini (nom des petits supermarchés ouverts 24h/24 et 7j/7 au Japon).

Une jeune femme en décalage profond avec la société

Keiko est employée dans le même konbini depuis 18 ans, et elle ne se voit changer de travail pour rien au monde. Mais sa famille et ses proches ne sont pas du tout du même avis… Là où tous ceux et celles de son âge ont trouvé mari ou femme et ont même des enfants, Keiko stagne dans l’univers rassurant et lumineux du konbini. La pression de son entourage peut-elle la faire changer pour qu’elle s’accomplisse enfin aux yeux des autres ?

Aussi beau que très mélancolique

J’ai beaucoup aimé ce roman atypique et pas nécessairement évident à proposer. Tout d’abord parce qu’il parle du Japon et des strates et codes complexes de cette société, mais pas seulement. En effet, Keiko est totalement inadaptée socialement, c’est peut-être pour cela d’ailleurs – paradoxalement – qu’elle est l’une des meilleures employée du magasin. Elle n’a jamais d’avis propre, mais agit constamment par mimétisme. Elle copie le ton de son patron ou de sa collègue, s’insurge quand ils le font, s’agace quand ils le sont… Mais jamais elle n’initie un comportement. De même, elle a apprit par cœur le manuel de l’employé du konbini et se considère comme un simple rouage plus que comme un individu à part entière… Elle a tellement peur que son « imposture » soit découverte qu’elle va jusqu’à regarder dans les casiers la marque des vêtements de ses collègues afin d’en acheter des similaires. Tout cela, encore une fois pour mieux rentrer dans le fameux moule.

« Mon organisme ainsi alimenté par les denrées de la supérette, il me semble faire partie des meubles, au même titre que les étagères de produits ou la machine à café ».

Couverture de la première version de La fille de la supérette paru sous le titre Konbini chez Denoël.

Keiko n’a jamais eu de petit ami, et cela pose problème à sa famille, qui craint de la voir finir vieille fille, sans descendance… Comme si c’était le pire scénario possible pour eux. Et c’est bien le cas, mais pour Keiko, cette situation est parfaite, elle ne demande rien à personne et veut continuer à être heureuse dans son petit konbini et son minuscule studio. Et c’est là que l’on découvre peu à peu jusqu’où Keiko est prête à aller pour qu’on la laisse tranquille…
C’est à la fois courageux et triste (vous découvrirez par vous-même), mais il faut se rendre compte de la pression qu’elle subit : tous les jours ou presque elle a des remarques sur son travail à temps partiel, son absence de mari ou d’enfants dans sa vie. Cela doit être pesant, surtout quand on s’aperçoit que cela rend sa famille très malheureuse… sa sœur va jusqu’à pleurer quand elle se rend compte que Keiko semble sans espoir à ce sujet.

Plus qu’un roman, La fille de la supérette est pour moi une critique de la société (et pas uniquement nippone) qui nous impose ses carcans. Quand une femme a passé la trentaine et qu’elle n’est pas en couple, c’est forcément qu’il y a un problème. Non. Cela peut être un souhait même si il n’est pas majoritaire dans notre société. Quelle que soit l’époque, cela a d’ailleurs toujours été mal vu…
Pour moi, c’est un roman sur la résilience, la différence et le fait de l’assumer, ou non.

A la fois tendre, touchant et très mélancolique (comme les japonais savent faire), ce roman atypique vous touchera en plein cœur. Je l’avoue, j’aurais moi aussi voulu rester plus longtemps dans l’ambiance chaleureuse et bruyante du petit konbini de Keiko… C’était un peu trop court, mais tout a été dit dedans, il ne servait à rien de rallonger l’histoire.
Je vous conseille donc avec plaisir cet ouvrage atypique et attachant, comme l’est le personnage décalé de Sayaka Murata (qui elle aussi a travaillé longtemps dans un konbini !).

Chronique : Mes chats écrivent des haïkus

Un très joli album illustré pour les amoureux de poésie, de Haïkus… et de chats !

Nouvel ouvrage du japonais Minami Shinbô, Mes chats écrivent des haïkus est à paraître aux éditions Picquier le 2 novembre prochain (2017). Au programme donc, des haïkus (des poèmes très courts) 100% dédiés aux félins !

Ce n’est pas la première fois que l’auteur se lance dans la création de haïkus tout en les illustrant. En France, il a déjà écrit Haïkus de Sôseki à rire et à sourire et Haïkus de chats, tous parus aux éditions Picquier.

Un ouvrage à dédier aux amoureux fous de chats !

Vous aimez les chats ? Ou le Japon ? ou la poésie ? Ou peut-être les trois à la fois ? Cet ouvrage en couleur et à la couverture soupe pourrait bien vous séduire…

Au travers d’une trentaine de haïkus, c’est le quotidien des chats qui entourent Minami Shinbô qui nous est conté. Une odeur, un ressentit, un bruit de train qui passe au loin…

L’auteur essaye de se mettre à la place du chat, d’interpréter au mieux ce qu’un félin pourrait exprimer au travers d’un haïku. Et c’est plutôt réussi ! En quelques mots à peine, on savoure, on découvre un monde de calme, de sérénité et de contemplation.

Libellules rouges et avertisseur d’incendie…
Jeu de cache-cache.

L’un de mes haïkus préférés est le suivant :

Voilà qu’il lape

le bleu glacé

tandis que l’aube blanchit

Ainsi que celui-ci :

Magnolias blans

et dans le lointain

un bruit de train

 

Ceux qui ne sont pas habitués aux haïkus pourraient être déstabilisés par un format aussi succin, mais point d’inquiétude ! En fin d’ouvrage, vous trouverez une explication plus approfondie du contexte culturel ou du message qu’a souhaité faire passer l’artiste.

Chaque haïku est accolé à son texte original, en japonais. Chaque dessin de Minami Shinbô a été réalisé avec soin, précision, pour coller le plus parfaitement possible au haïku créé. Comme c’est expliqué en fin d’ouvrage, le but est que l’image soit aussi importante que le texte.

La menthe-poisson
puanteur nostalgie
et jolies fleurs

Enfin, mention spéciale au haïku dédié au chat et à son lapin de neige, j’ai trouvé l’illustration absolument sublime. La posture du chat est si parfaite qu’elle pourrait être une photographie, un instantané. Ce haïku est très beau, mais également très mélancolique tant dans son texte que par son visuel…

…..

En somme, c’est un ouvrage parfait à offrir facilement à ceux que l’on aime. Bien que très simple, Mes chats écrivent des haïkus revêt un caractère particulier, entre calme et beauté, pour nous aider à mieux apprécier ce qui nous entoure… De plus, les couleurs extrêmement vives utilisées par Minami Shinbô se prêtent parfaitement à l’univers qu’il s’est créé.

Pas besoin d’être un amateur « pointu » de poésie ou de littérature pour apprécier pleinement ce joli livre !

Mon illustration de chat préférée <3

Chronique : Ohan

L’histoire tragique d’un homme dont l’indécision a dévoré la vie…

Considéré comme le chef d’œuvre absolu de l’auteure japonaise Uno Chiyo, Ohan est devenu un classique. L’ouvrage fait à peine 120 pages, mais elle a mis une dizaine d’années à l’écrire ! Chaque mot y est réfléchit, pensé, pesé.

L’un de ses ouvrages avait déjà été publié en France : Confession amoureuse, toujours disponible aux éditions Denoël.

Un homme qui navigue de plaisirs en plaisirs…

Le « héros » de cette histoire est un homme qui toujours est guidé par con plaisir et son insouciance. Partagé entre Ohan et Okayo, l’une étant sa femme, et l’autre sa maitresse, notre narrateur n’a jamais su se décider, ce qui l’oblige à se mettre dans des situations invivables.

Il laisse toujours la force des choses prendre les décisions à sa place… mais un jour, peut-être regrettera-t-il son éternel tiraillement…

Un roman diffus, qui nous fait découvrir le Japon des années vingt

Après lecture, je n’arrive pas à vous dire si j’ai aimé ou non Ohan. Je sais que le personnage principal m’a agacée au plus haut point par ses actes (ou plutôt son manque d’actes !). Il se moque de tout et de tous, n’a aucune idée des conséquences et reste le plus possible en retrait tout en ne pensant qu’à lui.

On se dit que la vie de cet homme ne sert à rien, qu’il est inutile à la société sinon rendre son entourage malheureux… et on ne sait pas à quel point !

La fin du roman est quant à elle mémorable, que l’on aime ou non l’histoire qui nous est contée. J’ai trouvé cela d’une tristesse infinie. J’aurais tellement voulu que le narrateur change sa façon d’être. Jusqu’au bout, on a envie de se persuader que le pire n’arrivera pas…

J’ai apprécié découvrir le Japon d’antan avec ses ruelles, ses petites maisons, ses commerces, ses filles de joies… L’ambiance retranscrite tout au long du roman nous plonge aisément dans l’époque.

……

En somme, Ohan est un roman atypique, très littéraire, et bien qu’il ait été écrit il y a soixante ans, son histoire reste tout aussi réaliste et poignante. Son rythme est assez lent, mais on lit avant tout cette histoire pour découvrir autrement le Japon et ses classiques.

Ohan fut pour moi une découverte littéraire intéressante mais pas décisive. Je ne suis pas certaine du ressenti que m’a laissé ce livre hormis un sentiment diffus de tristesse et d’agacement mêlés. Sa conclusion cependant reste absolument inoubliable : belle et triste, comme les japonais en ont le secret…

Chronique : La péninsule aux 24 saisons

La péninsule aux 24 saisons - Mayumi InabaUn roman doux, tendre et contemplatif qui nous plonge dans un Japon rural et simple

Second roman de Mayumi Inaba à paraître en France, La péninsule aux 24 saisons est paru aux éditions Picquier en mars 2018.

Elle s’était déjà fait remarqué en France avec son précédent roman 20 ans avec mon chat.

Une ode à la nature dans ce qu’elle a de plus beau

Dans ce roman lent et doux, nous suivons le quotidien d’une femme qui décide de quitter la grande ville de Tokyo quelque temps. Elle est auteure, et peux donc travailler ailleurs qu’à son appartement. C’est ainsi qu’elle décide de partir sur une petite presque-île, où elle possède une petite maison tout ce qu’il y a de plus simple…
La voici partie à la (re)découverte d’elle-même et du rythme des saisons, qui sont bien plus nombreuses que les 4 que nous connaissons. Voici les 24 saisons, celles qui vont lui permettre de savourer le temps qui passe et tous les bienfaits que la nature nous apporte…

Une histoire agréable, mais parfois un peu trop contemplative

Comme souvent avec les roman nippons, on est dans la grâce de l’instant, de ses bienfaits. Ici, c’est exactement cette saveur du moment présent qui est retranscrite, mais tout au long du roman.

La narratrice conte l’écoulement lent de ses journée, ses relations avec ses voisins (dont certains ont une histoire, un vécu très intéressant voir touchant), ses petits rituels. Peu à peu, elle prend du recul face à son passé de femme citadine et pressée (ce qui donne d’ailleurs envie de faire de même !).

« Les journées que je passe dans la péninsule sont comme les blancs de ma vie. J’en ai par-dessus la tête des journées remplies du matin au soir de choses à faire. Je voudrais ici autant que possible des journées en blanc.« 

Mais malgré ce retour aux sources, j’ai trouvé que le roman avait quelques passages à vide assez longs. Mais je comprends tout à fait l’idée de l’auteure, qui a voulu nous signifier un écoulement du temps différent. Moins dans le vif, et plus dans la saveur de l’instant…

« Le sommeil vient au bout de quelques secondes, un sommeil dense comme le miel« .

Quoi qu’il en soit, l’écriture de Mayumi Inaba est un régal. A l’image de l’histoire de sa narratrice, elle est douce, belle, simple. Rien à redire là-dessus, c’est un texte réussi pour moi de ce point de vue.

…..

Cette lecture n’est malgré tout pas un coup de coeur, même si il revêt de très nombreux points positifs. J’ai eu beaucoup de mal à terminer l’ouvrage à partir des deux tiers, dommage.

Quoi qu’il en soit, le message de La péninsule aux 24 saisons est emprunt de positivité et ne donne qu’une se

ule envie : se trouver une maisonnette pour trouver enfin le temps de prendre soin de soi, et de ce qui nous entoure… Et rien que pour cela, c’est un bon roman.

La péninsule aux 24 saisons - Mayumi Inaba

Ma rentrée littéraire 2018 – Partie 1/2

Tous les ans, les libraires reçoivent des palettes de romans qui sortent tous à la même date, c’est la fameuse rentrée littéraire. Un phénomène bien français aussi fascinant que… très frustrant ! Impossible de lire les 567 romans de la rentrée, voici donc mon avis sur les 1,76% de romans de la rentrée que j’ai pu lire…

La femme de Dieu – Judith Sibony – Stock

La présentation faite pour La femme de Dieu était engageante. L’histoire d’un homme qui a une – énième – amante, sa femme a l’air de tout ignorer, tout comme leur fille unique… mais cette amante risque de briser l’équilibre fragile de la famille. Lui est un auteur de pièces de théâtre de renom, son amante elle, sort de nulle part… Et elle veut une seule chose de son amant : un enfant qu’elle chérira. Pourquoi ? Nul ne le sait, pas même elle, dont le besoin d’enfant issu des gènes de son amant est le but ultime… Et tous les moyens sont bons pour elle afin de parvenir à ses fins… y compris les plus tordus.

Pour être honnête je m’attendais à un roman original, mais pas retors. Et pourtant, La femme de Dieu est un livre qui m’a dérangée. Il n’a pas de véritable but selon moi, ne nous raconte rien, et il est rempli de lieux communs et de stéréotypes… Et surtout, je l’ai trouvé assez malsain. Quand on découvre jusqu’à quelles extrémités est prête cette femme pour avoir un enfant, c’est perturbant… Et puis, les ficelles tirées par l’auteure sont parfois un peu grosses…

En somme, la femme de Dieu fut un roman sur lequel je misais quelques espoirs, mais qui ont rapidement été soufflés.

Vivre ensemble – Émilie Frèche – Stock

Avant de vous faire lire la chronique de l’ouvrage, je tiens à préciser que j’ai lu et apprécié ce roman AVANT de connaître toute la polémique qu’il y a autour. D’ailleurs, suite au scandale suscité par la parution du roman, les éditions Stock ont du insérer un encart dans l’ouvrage afin de calmer les esprits. Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur l’affaire en question, je vous laisse lire ces quelques liens :

Je vais donc uniquement parler du livre et de son intrigue, et pas du scandale qui s’y rapporte.

Vivre ensemble, c’est l’histoire d’un couple qui s’aime passionnément, et qui décide d’emménager ensemble suite aux attentats du 13 novembre. Cette attaque en plein Paris a pour eux été une véritable claque qui leur a fait prendre conscience qu’il fallait profiter de l’instant présent. Déborah a eu un fils d’un précédent mariage, Léo. Pierre a également eu un fils d’une union précédente : Salomon. C’est donc à quatre qu’ils vivent, dans un appartement de Paris. Et très vite, on sent venir des tensions au sein de la famille recomposée…

D’ailleurs, la scène d’ouverture donne tout de suite le ton : on y découvre Salomon tenant un couteau de cuisine et menaçant tout le monde car il a été contrarié par une petite phrase…

Mais là où Emilie Frèche surprend, c’est dans le déroulement de son roman, on sent qu’un drame se prépare, mais impossible de deviner sous quelle forme… Ainsi, Vivre ensemble est un roman sous tension, que l’on pourrait presque assimiler à un thriller domestique.

Efficace, redoutable. C’est assurément une des belles surprises de cette rentrée, mais il faut mettre de côté la polémique qui l’entoure pour l’apprécier.

La papeterie Tsubaki – Ito Ogawa – Editions Picquier

Ce roman fabuleux de tendresse signe le grand retour d’Ito Ogawa. A placer au même niveau que Le restaurant de l’amour retrouvé (qui était une merveille), ce roman nous fait découvrir le métier désuet et passionnant d’écrivain public au Japon.

On y suit Poppo, une jeune femme d’à peine 25 ans qui vient de perdre « l’Ainée » comme elle l’appelle tendrement. C’était sa grand-mère, et maintenant qu’elle est partie, Poppo décide de reprendre la papeterie familiale. Elle y vend quantité d’articles, mais exerce également le métier plus confidentiel d’écrivain public. Si vous cherchez quelqu’un qui pourra vous rédiger une lettre pour écrire à une ancienne amante, ou que vous souhaitez refuser une demande d’emprunt tout en restant poli, ou encore imiter l’écriture d’un parent décédé pour réconforter celui qui vit encore, vous êtes à la bonne porte.

Tout y est décrit avec précision, chaque geste, chaque encre, chaque type de stylo/plume/crayon utilisé est décrit, de même pour le papier. Il y a une énorme charge symbolique dans chaque choix fait pour écrire une lettre, même le timbre a son importance… Tout cela sans oublier la quantité de formules rituelles différentes pour chaque situation.

L’esprit du Japon transparaît à merveille dans ce roman, c’est tout simplement un roman-doudou. On se sent bien entre ses pages, on savoure chaque histoire humaine qui va nous faire un nouveau talent de Poppo… C’est un petit bijou de délicatesse, et il ne faut donc pas vous en priver ! Un des plus beaux/doux romans de la rentrée….

« Le timbre devait être humecté avec des larmes de chagrin pour une lettre triste, et avec des larmes de joies pour une lettre gaie« .

PS : Pour ceux qui savent lire le japonais, vous trouverez chaque lettre écrite par Poppo à l’intérieur du roman.

PS** : Un second tome avec la même narratrice est prévu pour la rentrée littéraire de 2020, le titre sera La république du bonheur.

Les voyages de sable – Jean-Paul Delfino – Le Passage

Si je vous dit que ce roman raconte l’histoire d’un homme dont la vie commence à Marseille il y a 250 ans… jusqu’à maintenant ? Me croirez-vous ? Voici le récit de Jaume, un homme qui est dans l’incapacité totale de mourir… lui-même ignore comment une telle chose est possible, mais cela fait plus de deux siècle qu’il vit malgré lui. Il a tout vécu, tout connu, baroudé par delà le monde, rencontré l’amour, été trahi, assassiné, battu, exclu… il a également eu ses moments de gloire.

Tout cela, Jaume décide de le raconter au tenancier d’un petit bar, situé Rue Saint-André des Arts, un homme nommé Virgile. Depuis des années que Jaume fréquente le bistrot, il n’a jamais lâché qu’un ou deux mots. Mais ce soir, dans l’hiver froid de Paris, il décide de raconter son incroyable histoire…

Si vous rêvez de voyage, d’aventure et de passion, vous êtes au bon endroit. Les voyages de sable est une histoire à la Highlander (pour le côté narrateur immortel) qui nous transporte. C’est empli de poésie, d’amour, de beauté… On passe de l’Afrique à l’Amérique du Sud sans oublier l’Europe… c’est un merveilleux tour du monde et une fresque historique qui a tout pour transporter.

Anatomie de l’amant de ma femme – Raphaël Rupert – L’Arbre Vengeur

Si il y a bien un roman de la rentrée auquel je n’ai pas compris grand chose (notamment la fin !), c’est bien celui-là ! Le début était pourtant aussi drôle qu’attrayant : un homme découvre dans l’un des nombreux journaux intimes de sa femme qu’elle a un amant.

Dans tous ses carnets, il n’est mentionné qu’une seule fois ! Mais qui est-il ? Et qu’à-t-il de plus que lui exactement ? Est-la la longueur de ses attributs ? La largeur ? Autre chose ? Cet homme essaye de comprendre ce qui attire sa femme chez cet amant et en fait une véritable fixation. Tantôt drôle, tantôt tragique, c’est un roman assez inclassable… Au final, malgré un début très drôle, je n’ai pas réussi à m’approprier ce roman. Et surtout, les dernières pages sont tellement barrées que je n’ai pas bien compris si le narrateur était dans un rêve ou dans la réalité…

Actualité éditoriale : Ito Ogawa en signature exceptionnelle le 16 mai 2018 à la Librairie Fontaine Villiers !

C’est une auteure dont je porte avec enthousiasme l’œuvre depuis de nombreuses années, dont l’un des ouvrages fait partie de mes préférés de tous les temps (oui ! rien que ça !). Cela fait des années que je conseille sont roman Le restaurant de l’amour retrouvé (paru aux éditions Picquier) et des années que les lecteurs/clients m’en reparlent, et cherchent le même genre d’ouvrage. Car il faut bien le dire, Le restaurant de l’amour retrouvé est un petit chef d’œuvre.

Alors, que vous l’ayez lu ou non, c’est l’occasion pour vous de découvrir/rencontrer Ito Ogawa pour sa venue exceptionnelle en France ! Ainsi voici les informations à retenir.

Venue d’Ito Ogawa à la Librairie Fontaine Villiers

le mercredi 16 mai 2018 de 17h00 à 19h00

Pour ceux qui n’habitent pas en région parisienne, vous pourrez également la rencontrer à Auxerre (elle vient à l’origine pour cet événement) lors du Festival Caractères (lien ici).

Si vous ne connaissez pas du tout cette auteure, vous pouvez découvrir la chronique du Restaurant de l’amour retrouvé rédigée il y a plusieurs années sur le blog. Ce livre fait partie de mes préférés… Elle a également écrit : Le ruban, et Le jardin arc-en-ciel, tous aux éditions Picquier. Ito Ogawa va également avoir une nouveauté à paraître lors de la rentrée littéraire 2018 : La papeterie Tsubaki, toujours aux éditions Picquier (prévision août 2018).

Chronique : Les sœurs Hiroshima

Un roman magnifique et très percutant nous retraçant la terrible réalité qu’a subi la ville d’Hiroshima le 6 août 1945. Un véritable classique au Japon à découvrir enfin en France. Inspiré du récit d’une survivante de la tragédie…

Mariko Yamamoto est une auteure japonaise. Son roman, Les sœurs Hiroshima est un véritable classique au Japon, le voici enfin en France, publié aux éditions Bayard en septembre 2017.

L’histoire d’une tragédie que personne ne doit jamais oublier

Voici le début d’une nouvelle journée, nous sommes au Japon, dans les environs de la ville d’Hiroshima. Nous découvrons deux sœurs qui vivent en très bonne entente. Toujours à s’entraider, à faire de sprojets sur la comète où elles rêvent d’ouvrir une petite entreprise ensemble… pourquoi pas un restaurant ? Ou autre chose ? Akiko et sa grande sœur (nous n’aurons jamais son prénom) sont inséparables… jusqu’à l’explosion.

Leur petit village soufflé. Des maisons effondrées, des villageois blessés ou morts… Voici le récit de la lutte pour la survie écrit du point de vue d’Akiko.

Ne jamais oublier

Le roman a beau avoir été écrit par Mariko Yamamoto, ce roman est issu d’un entretien qu’elle a eu avec la vraie Akiko. Cette survivante de la bombe H a témoigné auprès de l’auteure, mais a refusé pendant de très nombreuses années de voir son récit publié. Ce qui l’a fait changer d’avis ? Le devoir de mémoire. Akiko a décidé qu’il fallait que son histoire et celle de sa sœur (et de toutes les victimes) soit connu pour qu’une telle horreur ne se reproduise jamais.

Très pudique et intimiste, on navigue entre les souvenirs d’enfance heureuse des deux sœurs et leur présent aux allures d’apocalypse. Au début, on est perdu, comme elles. On ne comprend pas immédiatement que c’est la bombe qui a frappé, la description faite par Akiko étant très floue. Elle est totalement déstabilisée et perdue… comme nous en la lisant.

Plus qu’un roman, c’est donc un récit et un témoignage que l’on découvre ici. Une fois que l’on sait cela (grâce à l’introduction), tout est exacerbé : l’injustice, la souffrance, la peur… Seul bémol quant à cette introduction, elle nous raconte comment se termine l’histoire. On aurait pu se passer de cette information et avoir une suite d’analyse de l’œuvre dans un épilogue…

….

Terrible et touchant à la fois, Les sœurs Hiroshima est donc un très beau roman. Il est en effet nécessaire et devrait être lu par tous, en tout cas c’est le souhait d’Akiko. La réalité des choses est parfois difficile, mais il vaut mieux la connaître que l’occulter.

A découvrir dès l’âge de 13 ans minimum.