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11 romans pour découvrir le Japon

Et si les chats disparaissaient du monde – Genki Kawamura – Pocket

Si vous êtes à la recherche d’un texte étrange, doux et original, celui-ci devrait taper dans le mille. Voici l’histoire d’un homme qui va faire une rencontre peu commune. Il se sait condamné, son médecin vient de lui annoncer qu’il lui reste extrêmement peu de temps à vivre. C’est alors que le Diable fait irruption dans sa vie et lui propose un étrange marché : faire disparaître une chose définitivement de la terre en échange d’un jour de vie supplémentaire.
Ainsi le narrateur accepte-t-il de faire disparaître les montres, les téléphones… mais peu à peu les choses se corsent et le diable lui propose des choix de plus en plus cornéliens. Jusqu’où le narrateur est-il prêt à survivre avant de cesser ces terribles marchés qui rendent le monde moins savoureux ?

J’ai absolument adoré ce roman que je trouve mémorable et d’une beauté inouïe. Comme toujours avec les romans japonais, le style est simple mais de toute beauté. L’histoire peut sembler très triste au premier abord, mais il n’en est rien bien au contraire. Ce très court texte d’à peine plus de cent-cinquante pages est une ode aux plaisirs simples de la vie.

J’ai trouvé sa conclusion absolument parfaite. Aussi belle que douce-amère comme les auteurs nippons savent si bien faire.

Genki Kawamura est plus qu’un auteur reconnu au Japon, il est également producteur. C’est notamment grâce à lui qu’ont pu naître les magnifiques longs-métrage d’animation Le garçon et la bête ou encore Les enfants loups. Son roman Et si les chats disparaissaient du monde… s’est vendu à plus de 1,3 millions d’exemplaires au Japon.

Attention : ce texte est paru précédemment chez Fleuve éditions sous le titre Deux milliards de battements de cœur.

Nââândé !? – Eriko Nakamura – Pocket

Pas vraiment roman mais plutôt un témoignage humoristique sur les différences culturelles entre le Japon et la France, Nââânde est écrit par une japonaise qui vit à Paris.
Et le moins que l’on puisse dire c’est que les deux cultures sont diamétralement opposées. A côté des mesures raffinées et attentionnées des japonais, nous passons pour des rustres ! Pas toujours à juste titre, mais parfois il faut dire que c’est bien mérité.

Ainsi, Eriko Nakamura raconte ses expériences les plus marquantes de japonaise devant se faire à la vie parisienne. J’insiste sur ce point car le point de vue qu’elle a étendu à la France entière est parfois typiquement parisien. Ou alors tout simplement un problème d’éducation concernant la personne qu’elle a rencontré et non pas une spécificité française… Je pense notamment à son mari qui se permet d’ouvrir un paquet de gateau avant le passage en caisse. Ce n’est pas français, ni parisien, c’est malpoli !

Mais la société japonaise a beau être respectueuse, extrêmement codifiée voir prude par certains aspects, nous ne sommes pas prêts à découvrir les fameux « batsu game » (ou jeux punitifs). Au Japon, ces émissions sont absolument culte. Le but ? Ridiculiser le plus possible les candidats au travers d’épreuves terribles. Il y en a notamment une où les candidats sont tirés sur les fesses par un tracteur sur un terrain recouvert de gravillons… « A la fin, leur derrière ressemblait à un steak haché ! » nous raconte l’autrice.
On peut également citer le Takeshi Castle, véritable mélange entre Fort Boyard et Interville à la sauce japonaise. Ou encore « Tunnels no Mina-san no Okagedeshita », une adaptation du jeu vidéo Tetris avec des candidats devant prendre des formes improbables pour passer les murs.
Parallèlement à cela, en France ça ne nous gêne pas de mettre une femme dans le plus simple appareil pour vendre… du fromage. Et effectivement, c’est choquant ! Et ça ne devrait pas l’être uniquement pour Eriko Nakamura…

L’autrice nous parle également de certains phénomènes de société typiquement nippons tels que les Japanese Lolitas, véritable fantasmes aux yeux de quantité de japonais. Elle nous parle également de ses dérives… saviez-vous qu’il est possible d’acheter des uniformes ou des culottes non lavés de jeunes filles ? Disponible dans des sex-shop… et dans des distributeurs automatiques ! Certains japonais sont tellement accros qu’ils vont même jusqu’à escalader les murs pour voler des culottes qui sèchent sur les balcons. Voilà de quoi choquer nous, français !

Et cette sélection d’annecdotes que je vous ait présentées ici ne sont que peu de choses, il y a encore quantité de différences notables entre les deux pays. C’est intéressant de découvrir le point de vue japonais sur notre culture. Mais attention, il est parfois fortement biaisé car l’autrice ne connaît que la vie parisienne et voit les choses par un prisme parfois extrêmement privilégié… Quoi qu’il en soit, on passe un excellent moment, on apprend des choses et c’est tout ce qu’on demande à cet ouvrage. Nââândé !? et aussi et surtout une déclaration de l’autrice à son mari français et à son pays d’adoption, et ça se voit !

Soie – Alessandro Baricco – Folio

Et si c’était un italien qui retranscrivait le mieux l’ambiance du Japon d’antant, le tout sous la forme aux allures de conte initiatique ? C’est ce qu’à réussit à faire Alessandro Baricco avec Soie, un très court roman à la fois hypnotique et sublime qui nous entraîne dans un amour interdit sur fond de commerce de vers à soie…

Suite à une maladie qui touche les vers à soie d’occident, Hervé Joncour va devoir s’approvisionner au Japon, le pays où la soie produite est d’une qualité exceptionnelle. Nous sommes à la fin du 19ème siècle, et le Japon fait montre d’un grand protectionnisme, si grand que vendre des vers à soie à des étrangers et passible d’une peine capitale pour les contrevenants. C’est dans ce contexte délicat et dangereux que Hervé Joncourt met pour la première fois le pied au Pays du Soleil Levant, et ce qu’il va y découvrir va le subjuguer et le forcer à y retourner années après années… et ce n’est pas seulement l’exceptionnelle qualité de la soie issus des vers japonais qui l’attire à chaque fois.

Ce roman aux allures de conte est devenu en quelques mois après sa sortie en 1996 un texte culte. Nous sommes en 2025, et je viens seulement de découvrir ce magnifique texte… Et je comprends pourquoi il est devenus aussi indispensable dans les fonds des librairie. Il possède une narration hypnotique, et nous entraîne dans un pays qui était encore entouré de quantité de mystères à l’époque où se déroule l’intrigue. Et c’est justement cette atmosphère mystérieuse et superbe qu’Alessandra Baricco réussit à retranscrire et à nous faire toucher du doigt.

Un texte parfait donc pour découvrir le Japon autrement et à travers un regard occidental.

Le passe-partout – Masako Togawa – Folio Policier

Pile entre l’étrange Nagasaki et son invité non désiré et l’ambiance inclassable des Belles endormies de Kawabata, il y a Le passe-partout. Véritable intrigue à tiroirs, l’aura de mystère qui entoure ce livre ne s’évapore jamais vraiment… Nous sommes dans la résidence K, habitée uniquement par des femmes seules. Surveillée par deux gardiennes qui se relayent, la Résidence K allie sécurité et autonomie pour chacune de ces femmes que la vie a laissées seules (qu’elles soient célibataires, veuves, jeunes ou retraitées…). Chacune possède la clé de son propre petit appartement, mais un passe-partout existe pour le cas où il y aurait une perte d’un jeu de clés… Sauf que, quand c’est le passe-partout lui-même qui disparaît, que faut-il faire ?

Véritable roman noir aux nombreuses énigmes, Le passe-partout est un de ces romans qui vous mènent en bateau du début à la fin : disparition, meurtre, vol d’un bien précieux, dérives sectaires, manipulation… toutes ces affaires ont un point commun, la fameuse résidence K. Et il n’y a que nous, lecteurs, qui aurons enfin toutes les réponses à ces nombreux mystères.

Outre l’intrigue bâtie de main de maître, c’est avant tout l’ambiance étrange et sombre de la résidence K qui est extrêmement réussie. On se croirait vraiment dans cet immeuble à la fois protecteur et austère, dont la dualité perdure tout au long du roman. C’est une très bonne lecture qui saura vous surprendre, d’autant que ce texte n’est pas une nouveauté et a été écrit en 1962. Ce n’est qu’en 2022, soit soixante ans plus tard, qu’on le découvre en France grâce aux éditions Denoël. Au Japon, Le passe-partout est d’ailleurs devenu un classique du roman policier et a même remporté le plus précieux des prix dédié au genre : le prix Edogawa Ranpo.

Son autrice, Masako Togawa a écrit par la suite plus d’une trentaine de romans à succès (pourvu qu’ils arrivent un jour en France !) est devenue actrice, scénariste, patronne de boîte de nuit et une icône féministe gay. Une femme incroyable dont le parcours nous est totalement méconnu en France !

Et pour l’anecdote, Masako Togawa était chanteuse de cabaret avant de devenir autrice. Le passe-partout a d’ailleurs été écrit pendant les pauses entre ses passages sur scène.

Les belles endormies – Yasunari Kawabata – Le Livre de poche

Voici un des textes les plus emblématiques de la littérature nippone, il est également l’un des plus étranges et des plus malaisants… L’histoire est bien simple : imaginez une maison un peu particulière qui n’est ni un hôtel, ni une vulgaire maison de passe. Non, ici, vous pouvez dormir toute une nuit à côté d’une adolescente endormie sous l’effet de puissants narcotiques. Les règles sont aussi simples que strictes, vous pouvez certes les toucher et les serrer dans vos bras, mais il est totalement interdit d’aller plus loin.

C’est ainsi que nous découvrons le vieil Eguchi, qui va passer la porte de cet étrange établissement pour la première fois. Il est assez sceptique au début, mais une première nuit va lui faire redécouvrir des souvenirs et sensation enfouies depuis des décennies… Mais certaines questions vont le tarauder tout au long du roman, ces jeunes demoiselles sont elles consentantes ? Pourquoi sont-elles déjà plongées dans les bras de Morphée quand il arrive ? Et pourquoi faut-il réserver des jours à l’avance ? Et comment l’établissement peut-il être sûr que les pensionnaires d’une nuit vont bien respecter les règles ?

Que de questions et très peu de réponses. Lire Les belles endormies, c’est avant tout découvrir une écriture surannée, une atmosphère bien spéciale dûe à la fois à une époque, et à une littérature qui lève très peu le voile sur ce qu’elle conte.
C’est un roman à la fois hypnotique et passionnant qui nous aide à mieux comprendre le passage du temps, les regrets et la beauté parfois futile des jeunes années… Mais se prendre d’affection pour le vieil Eguchi (de presque 80 ans) s’avère pour moi difficile. Il a des côtés franchement détestables et gênants, mais je trouve que cette expérience de lecture est à faire pour découvrir un versant important de la littérature nippone.

Pour moi, c’est l’une des oeuvres japonaises les plus dérangeantes que j’ai pu lire car son narrateur est imprévisible… Elle me marquera durablement malgré le fait que je n’ai pas été à l’aise avec le concept même de ces fameuses belles endormies…

Nagasaki – Eric Faye – J’ai Lu

L’ouvrage n’est certes pas écrit par un auteur japonais, mais il a selon moi toute sa place dans cette sélection. Il nous aide à découvrir un pan de la société nippone intéressant voir même fascinant. Pourquoi cela ? Tout simplement parce que Nagasaki est tiré d’un fait divers incroyable. Eric Faye s’est inspiré de cette histoire vraie relaté dans les journeaux nippons en 2008 pour écrire ce court roman. J’ai découvert par hasard ce roman, mentionné dans l’ouvrage La gueule-du-loup de Eric Pessan, un auteur pour la jeunesse et les ados qui a déjà écrit sur le Japon.

Nagasaki a paru en 2010 aux éditions stock et a remporté le prestigieux Grand Prix du roman de l’Académie Française la même année.

Quelle est donc l’histoire qui se cacher derrière Nagasaki ? Celle d’un homme qui découvre au fil des jours que des objets sont déplacés dans sa maison. Yaourts manquants, niveau du jus de fruits qui baisse… L’homme décide d’installer une webcam à son domicile pour comprendre ces mystérieuses disparitions et déplacements. Ce qu’il va découvrir dépasse l’entendement : une femme vit chez lui à son insu depuis presque une année…

Eric Faye se propose ici de nous plonger dans la psychologie des deux personnages, comme deux facettes de cette maison occupée alternativement par l’un et l’autre. L’ouvrage se concentre avant tout sur cet homme qui pense avoir des hallucinations au début et qui peu à peu réalise qu’il se passe autre chose sans savoir expliquer quoi. On voit ses tatonnements, ses interrogations, mais également ses états d’âme car il va regretter un de ses gestes.
Le dernier tiers de l’ouvrage est quant à lui consacré à la femme qui a habité clandestinement chez lui. On y découvre son cheminement (romancé par l’auteur ou réel ? je ne sais point), son parcours de vie et ce qui l’a amenée à vivre chez un autre en se cachant chaque jour.

Nagasaki est une belle et triste histoire comme le Japon en a plein, avec son lot de regrets, de mélancolie et de beauté malgré tout. Quant à Eric Faye, il a su capter l’esprit nippon et ses étrangetés du quotidien… Seul bémol, j’ai parfois trouvé les personnages un peu trop vulgaires par rapport à ce que j’ai déjà pu lire dans la littérature japonaise, il est extrêmement rare de les voir aussi nerveux/familliers dans leur langage. Mais à part ça, on est dans l’ambiance.

PS : Pour aller plus loin, sachez que Nagasaki a été adapté en bd (one-shot) aux excellentes éditions du Lézard Noir. Je vais très certainement me pencher sur cette version illustrée du roman dont l’histoire me fascine de façon durable.

Le tambour Ayakashi – Yumeno Kyûsaku – Picquier

Si vous aimez les histoires sur fond de légendes et de malédiction, Le tambour Ayakashi est pour vous ! L’auteur est un habitué des romans étranges s’inspirant d’anciennes malédiction reportée sur des personnes inconséquentes. L’un des plus grand livre de la littérature japonaise est d’ailleurs écrit par Yumeno Kyûsaku, il s’agit du labyrinthique et inclassable Dogra Magra écrit en 1935 (rien que le nom, on dirait une formule magique). Dogra Magra est un livre que j’ai lu il y a une quinzaine d’années, elle compte l’histoire d’un homme qui lit un manuscrit qui rend fou. J’avoue que je n’avais pas compris grand chose…
Ici, on retrouve les thématiques chères à l’auteur : l’étrange, les légendes, les malédictions qui poursuivent les hommes qui ne savent pas retenir leur avidité… Et ce court roman fonctionne à merveille.

Le tambour Ayakashi a été traduit en France en 2003 seulement, et ce n’est que maintenant en 2025 qu’il est remit au goût du jour par Picquier. Et qu’elle bonne idée ! Là où Dogra Magra est complexe et parfois même incompréhensible, on retrouve ici la quintessence des thématiques chères à Yumeno Kyûsaku. Et clairement, c’est une histoire qui fonctionne ! Le texte a été écrit en 1926, et pourtant il est d’une belle modernité.

Clairement, ce court roman m’a réconciliée avec l’oeuvre de Yumeno Kyûsaku. J’étias restée pendant une quinzaine d’années sur une note assez négative, ayant tellement peiné à lire et encore plus à comprendre Dogra Magra. Pour moi, Le tambour Ayakashi est une sorte de préquelle plus simple et plus pure des idées que souhaite porter l’auteur. On est dans un Japon historique aux traditions et aux croyances prégnantes, et c’est passionnant !

A découvrir pour l’ambiance historique très bien développée, de même que pour la partie tragique et assez reconnaissable qu’aime mettre l’auteur dans son oeuvre. En clair, c’est à découvrir !

La librairie Tanabe – Miyabe Miyuki – Picquier

Si vous aimez les librairies poussiéreuses et un peu surannées, ce recueil policier doux et mystérieux pourrait bien vous plaire. Il a beau être actuellement épuisé, il est encore facilement trouvable sur le réseau d’occasion. Au programme, cinq histoires policières qui ont toutes un point commun : il s’agit du libraire qui résout les mystères grâce à un sens de l’observation peu commun.

Pour moi, c’est à classer entre La librairie Morisaki de Satoshi Yagisawa et Un café maison de Keigo Higashino. Ces cinq nouvelles sont vraiment immersives, douces, malgré des crimes ou des mystères omniprésents et très plaisantes.

Les histoires sont courtes, à peine une quarantaine de pages chacune, et à chaque fois, Monsieur Iwa est le point commun de toutes ces petites affaires irrésolues ou étrange.
Un squelette découvert, une mort étrange qui laisse des indices très bizarres où il est question d’un livre et de circulation routière, et d’autres affaires plus ou moins corsées.
Monsieur Iwa, le libraire, pose les bonnes questions, est doté d’une culture encyclopédique et d’un sens de la déduction peu commun.

Ce recueil est ainsi un véritable petit plaisir littéraire. Sans prétention, fort érudit, amusant, parfois sombre et poussiéreux, La librairie Tanabe est doté d’une ambiance délectable. Parfait pour les fans de cosy crime et de Japon, un mélange pas si souvent rencontré dans les étagères des librairies ou des bibliothèques…

Petit plus culture : Chose fascinante, saviez-vous qu’au Japon certains ouvrages étaient vendus avec une garantie de remboursement ? Le dernier quart des pages du livre était scellé dans une enveloppe. Si le lecteur renvoyait à l’éditeur le livre sans avoir touché à l’enveloppe, cela signifiait qu’il ne l’avait pas trouvé suffisament intéressant pour le terminer et on le remboursait. Malin !

Seins et oeufs – Mieko Kawakami – Actes Sud, Babel

Il y a souvent dans les romans japonais quelque chose d’assez réucurent : les conclusions étranges ou ouvertes. C’est bien le cas ici de Seins et oeufs. Ce que l’on peux trouver frustrant ou inaccompli d’un point de vue occidental est pourtant chose courrante dans les romans nippons (entre autres). Cela illustre parfaitement à quel point ce n’est pas la destination qui compte mais le voyage littéraire que l’on fait. Et une chose est sûre, Seins et Oeufs est un roman étrange qui interroge la perception qu’ont les femmes japonaises d’elles-même.

L’histoire est celle de Makiko, dont l’obsession est de se faire refaire les seins. Pourquoi ? Elle ne le sait pas vraiment elle-même, mais elle va absolument tout faire pour mener son projet à bien. Sa fille d’une douzaine d’années ne comprend quant à elle pas du tout ce besoin impérieux de changer d’apparence, d’autant qu’elles n’ont pas les moyens de financer ce genre d’opération. Alors, crise de la quarantaine ? Besoin de sentir à nouveaut belle et/ou désirée ? Diktat de la société de l’apparence ? Quoi qu’il en soit, Makiko désole sa fille et sa soeur, mais leur permet au passage d’avoir un autre regard sur elles-mêmes…

J’ai beaucoup aimé cet étrange et inclassable roman bien qu’il n’ait pas de véritable conclusion. Il y a dedans des réflexions de la fille de Makiko, devenue muette volontaire car en conflit permanent avec sa mère. Il y a également des dialogues très réussis et bien envoyés où les femmes font face à leurs nombreux paradoxes (vouloir être belle pour soi, est-ce une réalité ou cela passe-t-il nécéssairement pas le regard des hommes ?).

« Ouais, ben je m’excuse mais elle ne me saute pas aux yeux la différence. Ce que je sais, c’est que je ne suis pas heureuse avec mes petits pois, et que j’ai bien le droit de rêver d’en avoir de gros nibards si je veux, c’est mon problème à moi, point barre ! C’est toi qui vient tout compliquer avec tes histoires de mentalité masculine ! Ce ne serait pas plutôt toi qui est garantie cent pour cent pure mentalité masculine ? Parce que je vais te dire, moi, quand je couche avec un garçon, même s’ils sont tout petits, je pense à autre chose qu’à regretter de ne pas en avoir de plus gros sous prétexte que ça l’exciterait plus. Ca, c’est pour quand je suis seule avec moi-même, et pour moi seule : je me regarde et je me trouve plate et j’aime pas c’est tout. Moi et personne d’autre ».

Ceci n’est qu’un extrait absolument génial de deux femmes dont la vision du corps est totalement opposée, du moins en apparence…

Ainsi donc, Seins et oeufs est un roman étrange qui interroge la féminité et le désir de – se – plaire. Un roman à la fois doux et surprenant qui est assez inclassable mais m’a beaucoup plu. Si vous tombez dessus un jour, penchez-vous donc dessus ! (l’ouvrage est actuellement épuisé au moment où j’écris ces lignes – janvier 2025).

Okuribi – Renvoyer les morts – Hiroki Takahashi – Belfond

Quel roman étrange et sombre ! Okuribi est un mélange entre l’enfance avec son inhérente innocence et – très paradoxalement – une illustration de notre part de noirceur. Le plus dérangeant dans ce roman, c’est que quasiment tous les personnages principaux sont des préadolescents, à peine sortis de l’enfance.

Nous sommes dans une petite ville rurale du Japon, où l’on va suivre le jeune Ayumu qui vient de quitter la capitale. Il découvre son école, ses nouveaux camarades qui ont l’air plutôt sympathiques… et Akira. La forte tête de l’école, celui qui moleste ceux qui ne lui conviennent pas. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que enfants comme enseignants le craignent… Mais étonnament, Ayumu semble passer au travers de la violence lattente d’Akira. Du moins, pour le moment.

Quoi qu’il en soit, j’ai adoré l’ambiance et j’aurais même aimé que l’auteur aille plus loin dans le développement de ses personnages, c’était un peu trop court (et c’est un peu cher 20€ les 110 pages, non ?). Un direct poche ou un semi-poche aurait pu être plus acceptable.

Ainsi, l’amosphère de ce roman est réussie, il nous entraîne on ne sait où tout en sachant que c’est vers l’obscurité… la question est plutôt de savoir comment, et non pas si…

Par contre, même si je comprends la référence à Battle Royale, elle me paraît un peu poussive de la part de l’éditeur, de plus, ils ont fait une énorme faute sur la quatrième de couverture en se trompant sur le prénom du personnage principal… c’est un peu dommage. Plutôt à présenter comme un roman noir sociétal que comme la terrible dystopie qu’est Battle Royale.

L’affaire Midori – Karyn Nishimura – Picquier

Pour continuer à découvrir le Japon par un biais plus sociétal, L’affaire Midori sera parfait. Comment un infanticide peut-il être une conséquence du drame de Fukushima ? C’est ce que tente d’expliquer l’autrice au travers de son roman inspiré directement de faits réels.
L’affaire Midori, c’est l’histoire fictive (mais inspirée de faits réels) d’une femme qui n’a pas su quoi faire quand elle est devenue mère célibataire. La honte était trop forte, le retour à la maison impossible et les aides sociales presque inexistantes. Pire encore, la honte que la société lui impose continuellement a grignoté le peu de confiance en elle que cette femme aurait pu avoir…
L’histoire nous est contée du point de vue d’une journaliste qui n’est pas l’autrice (mais qui pourrait car elle travaille elle-même comme correspondante au Japon pour la presse).

Mais comment peut-on justifier un acte aussi terrible qu’un infanticide ? On ne peux pas, mais ce n’est pas ce que cherche à faire l’autrice:journaliste. Son but est d’expliquer ce qui a mené cette femme à l’acte le plus terrible qu’une mère puisse commettre, et la société est bien loin d’être innocente.

Par exemple, saviez-vous que pour obtenir un test de grossesse précocre au Japon vous devez fournir vos coordonnées complètes ? Peu de femmes non mariées sont prêtes à le faire et préfèrent donc attendre… au risque de perdre un temps précieux.

Ou encore que le gouvernement japonais a beaucoup « joué » avec les chiffres pour que la catastrophe de Fukushima paraisse beaucoup moins terrible qu’en réalité ? Ils ont relevé le seuil d’exposition radioactive pour cela. Il est désormais acceptable d’être exposé à vingt millisieverts par an pour la population, soit le seuil maximal imposé aux travailleurs du nucléaire ! Grâce à ce petit tour de passe-passe, seulement 2,7% de la surface de la Préfecture de Fukushima est inhabitable.

Qu’au Japon, l’image que l’on donne de nous est plus importante que tout le reste ? Que notre bien-être passe après ? Que l’on doit toujours montrer une face positive même si c’est éreintant ?

C’est là tout le paradoxe passionnant de ce pays, à la limite de la schyzophrénie. Comme le dit si justement l’autrice en fin d’ouvrage :

« J’aurais tant aimé me défaire de ces obsessions, par moments au moins, profiter de l’autre face du Japon, la plus importante, la plus visible, la plus agréable, celle du Japon de la politess, de la fidélité, de la serviabilité, de la gentillesse, du civisme, de la propreté, de la ponctualité, de la qualité, et même de la perfection ».

Mais aimer le Japon, c’est accepter son versant très sombre et rigide jusqu’à la cruauté dans certains cas, comme dans cette fameuse « affaire Midori ».

Ce texte est pour moi entre l’essai, le roman journalistique et l’introspection. Un mélange qui nous donne à voir une partie moins connue du Japon et pourtant essentielle. Une sorte de face cachée et sombre qui fait partie intégrante de ce Japon adoré et parfois même fantasmé.

Chronique roman japonais : Le restaurant des recettes oubliées – Premier service

Paru chez Nami en avril 2023 et chez J’ai Lu un an plus tard, Le restaurant des recettes oubliées est une petite série de romans japonais. Pour la version poche, les éditions J’ai Lu croient tellement en l’ouvrage qu’ils ont sorti un version normale et une édition collector reliée avec jaquette. Pour le moment, trois tomes sont parus en France, mais il y en a déjà d’autres au Japon…
Gros succès éditorial aussi bien au Japon qu’en France (ou ailleurs), cette série nippone vous fera voyager tant d’un point de vue culinaire que culturel.

Un restaurant sans devanture difficile à trouver…

Si vous atterrissez dans le restaurant tenu par la famille Kamogawa, c’est que vous n’êtes pas là par hasard. En effet, pour s’y rendre il faut déjà avoir vu le petit encart publicitaire qui paraît dans le journal local. Ensuite, il vous faudra être assez intrigué pour vous déplacer, puis ensuite trouver l’adresse exacte du lieu car personne ne semble le connaître. Que ce soit les habitants du quartier ou les taxis qui sillonnent la ville, personne ne connaît le restaurant.
Si vous surmontez tous ces obstacles, vos pas emmènerons peut-être jusqu’à la porte de ce petit restaurant qui ne paie pas de mine. Pas de devanture, pas d’enseigne, rien n’indique qu’un restaurant de qualité séjourne ici, et pourtant…

Y pénétrer, c’est découvrir un endroit refuge merveilleux où vous pourrez vous régaler de hauts mets comme de plats très populaires. Mais surtout, tout au fond, au bout d’un petit couloir du restaurant, il y a le bureau d’enquête. Si vous avez la nostalgie d’un plat et que vous souhaitez en retrouver la saveur et les souvenirs qui y sont associés, vous êtes à la bonne porte !

Mignon, mystérieux, délectable

Et voilà encore un roman japonais qui vous fera passer un bon moment ! On peux sans peine classer celui-ci dans les feel-good book nippons comme il y en a beaucoup actuellement : Un jeudi saveur chocolat (Nami), Tant que le café est encore chaud (Lgf/Albin Michel), Au prochain arrêt (Actes Sud), La bibliothèque des rêves secrets (Nami/J’ai Lu) ou encore Le gardien des souvenirs (Nami). Ces romans ont un point commun : un lieu qui sert de catalyseur à de nombreux personnages et va changer leur vie à plus ou moins grande échelle.
La pionnière dans ce genre entre le feel-good et la tranche de vie japonaise étant Ito Ogawa et son merveilleux Restaurant de l’amour retrouvé, véritable long-seller depuis sa parution.

Et clairement, ce sous-genre de la littérature nippone n’est pas pour déplaire, mais je vous déconseillerais d’en lire plusieurs de ce genre à la suite car un c’est un peu itératif. Mais c’est le genre de lecture absolument parfaite quand vous avez un peu le vague à l’âme et que vous recherchez de la douceur…

Ainsi, Le restaurant des recettes oubliées ne déroge pas à la règle de ce sous-genre en nous faisant découvrir plusieurs personnages aux vies bousculées et remplis de regrets. Le lieu et ceux qui l’ont créé vont concourir à guérir ladite personne de ses blessures, le tout avec le style nippon qui équilibre mélancolie et baume au cœur. L’idée est simple : le clients viennent pour se délecter à nouveau d’un plat qui a marqué un épisode de leur vie (parfois lointain), le restaurateur va quant à lui tout faire dans un délai de deux semaines pour retrouver les ingrédients et la façon exacte dont le plat a été préparé à l’époque. L’objectif ? Revivre ce moment, le chérir et en profiter encore une fois.

Cette lecture fut pour moi agréable, et j’ai surtout adoré le mélange cuisine/enquête. C’est surprenant et ça fonctionne à merveille. Ce ne fut pas un coup de coeur, mais j’ai adoré me plonger dans cet univers à la fois intriguant et très rassurant. Clairement, on est dans la catégorie des romans doudous faciles à lire quand on a une panne de lecture ou qu’on a envie de quelque chose d’un peu léger.

Ainsi, ce premier service du Restaurant des recettes oubliées était un bon moment de lecture. Vous avez envie de douceur dans ce monde de brute ? Vous aimer les chats ? Vous adorez manger, qui plus est quand il s’agit de plats japonais ? Laissez-vous transporter le temps de quelques heures dans ce restaurant rustique qui regorge de trésors…

Chronique roman japonais : Journal d’un vide

Emi Yagi est une autrice japonaise, Journal d’un vide est son premier ouvrage. Pour ce premier roman, elle a remporté le prix Osamu Dazai, remis chaque année au meilleur roman japonais. Avant d’être autrice, Emi Yagi est avant tout éditrice pour un magazine féminin.

Nettoyer les tasses, toujours…

Tout commence un beau jour tout à fait normal dans l’entreprise de Mme Shibata. Comme d’habitude, quand il y a des choses qui trainent ou à nettoyer, ces taches incombent tout naturellement à cette dernière. Cela n’a jamais été demandé de façon claire, mais il semble normal que la femme de l’équipe s’en occupe…

Sauf qu’un jour, Mme Shibata en a assez. Lorsqu’on lui fait comprendre que les tasses sales qui trainent doivent être enlevées et néttoyées par ses bons soins, elle lance qu’elle n’est pas en état de le faire. Mme Shibata annonce ainsi sa grossesse pour ne plus avoir à faire ces injustes taches ménagères qui lui ont toujours été attitrées. Sauf que Mme Shibata n’est pas enceinte, mais grâce à cette nouvelle aura, elle va redécouvrir le temps qu’on a pour soi et la liberté… jusqu’à ce que que son mensonge prennent de plus en plus de place…

Un roman étrange et intéressant qui décrypte la société nippone et ses écueils

La société fait rêver par certains de ses aspects, son respect des ainés, ses croyances animistes, sa créativité, sa culture si différente et pourtant passionnante… Mais la société japonaise est également très sexiste envers les femmes. Dans ce pays où la natalité baisse d’années en années face à une population âgée très conséquente, les femmes enceintes sont perçues comme des petits miracles à préserver. Et notre héroïne, Mme Sibata va justement se jouer de cela pour ne plus subir pour un temps les injustices.

Ce roman est écrit comme une sorte de journal de grossesse, avec des chapitres qui comptent le nombre de semaines, on y découvre l’évolution du vide qui prend de plus en plus de place dans le ventre de Mme Shibata. Peu à peu, la société la regarde différemment, elle découvre également ce qu’est avoir du temps pour soi et ne pas rentrer épuisée du travail…

J’ai beaucoup aimé la première partie de ce roman, qui dénonce de façon totalement décalée la société nippone et sa dureté envers les femmes. Cette partie du roman m’a fait pensé à un autre texte qui dénonce l’image que renvoie une femme célibataire au Japon : La fille de la supérette (dans ce roman la narratrice fait croire qu’elle va se marier pour avoir la paix car ses proches sont de plus en plus insistants).
Mais à la différence de La fille de la supérette, Journal d’un vide n’est pas un coup de coeur pour moi. J’ai eu un peu de mal a apprécier les derniers chapitres, que j’ai trouvé laborieux. Cependant, le message reste fort et intéressant pour qui s’intéresse au Japon sous toutes ses formes.

Ainsi, Journal d’un vide permet de découvrir le prisme du sexisme au Japon dans le monde du travail, le tout doublé d’une analyse de ce qui se passe après la naissance. Mme Shibata va en effet échanger avec beaucoup de femmes enceintes, et nombre d’entre elles sont bien seules une fois l’enfant né. C’est un roman à destination ce celleux qui veulent découvrir le Japon autrement, à travers un prisme à la fois caustique, drôle et réaliste par certains aspects.

Chronique polar : Ma sœur est morte à Chicago

Roman policier ou fiction historique très documentée ? Ma sœur est morte à Chicago, c’est un peu tout cela et bien plus encore. L’ouvrage pourrait aussi bien être classé en littérature tant le sujet est vaste et passionnant. Bien qu’il y ait une intrigue policière, la partie historique est si complète qu’il aurait tout aussi bien être classé en « blanche ». Naomi Hirahara a réalisé un travail de documentation considérable qui a duré des années pour aboutir à ce roman, et cela se ressent !

Si vous ne connaissez pas encore cette autrice américaine d’origine japonaise, sachez que ce roman est loin d’être son premier ! Elle a sorti en France de nombreux ouvrages, presque tous aux éditions de l’Aube. Il s’agit de romans policiers avec un personnage récurrent : Mas Arai.

Une mort inattendue qui va bouleverser une famille jusque dans ses fondements

Nous sommes en 1944 et tout au long de ce roman, nous allons suivre la jeune et discrète Aki Ito. Avec ses parents, elle vient d’être libérée des camps d’internements japonais et va à Chicago rejoindre leur sœur, Rose. Cette dernière a pu sortir quelque temps avant eux pour trouver un logement pour toute la famille. Sauf qu’en arrivant à Chicago, tout s’effondre : Rose est morte, tuée par une rame de métro qui l’a renversée. Aucune enquête n’est ouverte, car après tout il s’agit d’une femme japonaise et les forces de l’ordre ont bien d’autres choses à faire.

C’est ainsi qu’entre le deuil et la colère, la petite sœur de Rose, Aki, va tout faire pour découvrir ce qui est arrivé à sa sœur. Aki, celle qui a toujours été sage et discrète quand Rose était transgressive et libre va peu à peu s’émanciper au travers de cette quête de vérité.

Sublime, sombre et passionnant

En découvrant ce texte, je dois avouer que je m’attendais à une enquête policière avec un cadre un peu historique autour, mais rien de plus. Or ici, c’est presque l’inverse, la partie policière est en réalité un prétexte pour découvrir une page d’Histoire totalement méconnue !
Je n’avais jamais lu d’ouvrage sur le sujet des camps de concentrations nippo-américains avant ce roman-ci. Pire encore, je n’en connaissais pas l’existence ! C’est là qu’on se rend compte que l’on ne sait rien et qu’à peine on commence à creuser, on découvre des choses terribles et passionnantes à la fois.

Et c’est au fil des pages que l’on voit ce que donne le travail de plusieurs années de recherches et de documentation de l’autrice. Elle nous décrit avec force détails la vie dans ces camps, comment la population nippone américaine a été complètement spolié de ses biens du jour au lendemain. Comment il leur était interdit de se réunir sous peine d’être arrêtés pour conspiration contre les États-Unis d’Amérique, comment ils devaient jurer ne pas avoir prêté allégeance à l’empire nippon par de nombreux questionnaires de moralité…

Tout cela est conté en parallèle de l’intrigue policière, elle aussi passionnante et pétrie de nombreuses injustices dues au racisme et au sexisme. Il y a d’autres sujets de société très forts dans ce roman, et toujours d’actualité aux U.S.A, mais vous les découvrirez en lisant l’ouvrage. Un « beau » mélange que tout cela… et ça fonctionne en nous offrant un roman complet tant par le contenu que par son intrigue terriblement efficace !

Ainsi, si vous aimez les bons romans policiers où l’ambiance est incroyable et où vous apprenez plein de choses sur l’Histoire, ce livre est pour vous ! L’intrigue est réussie, mais c’est surtout un fabuleux prétexte pour découvrir une période sombre et inavouée des États-Unis face à ses immigrés japonais. Splendide et nécessaire, à tous points de vue.

Chronique Fantasy : La Guerre du pavot – Tome 1

Rebecca F. Kuang est une autrice américaine d’origine chinoise. Elle a fait ses études à Cambridge, et elle a par ailleurs fait sa thèse sur la littérature de propagande en Chine durant la seconde guerre sino-japonaise. Et justement, on a beau être dans un univers de fantasy, l’autrice s’inspire énormément de l’histoire de la Chine et du Japon au travers d’un prisme guerrier. Accrochez-vous, c’est le genre de roman qui marque et qui réussit à surprendre ses lecteurs.ices.

Une héroïne d’une force mentale rare

Rin est une jeune femme qui en a bavé depuis sa plus tendre enfance. Elle vit avec son oncle et sa tante depuis presque toujours, maltraitée, parfois affamée par ces derniers. Son rêve : intégrer la prestigieuse école de guerre du pays, Sinegard. Mais pour cela il faut beaucoup d’argent ou alors des compétences et un savoir exceptionnel. Savoir qui justement ne peux s’obtenir qu’en ayant les plus coûteux précepteurs… et donc il faut de l’argent.
Comment Rin va-t-elle pouvoir amasser autant de connaissance en travaillant jour et nuit pour son oncle qui l’exploite ? Tout cela sans parler du fait qu’elle est sans le sou…

C’est ainsi que l’on découvre une héroïne qui part de rien et qui va tout dévaster sur son passage… pour notre plus grand plaisir.

Un roman flamboyant et incroyable

Dès les premières pages, on sent que l’on trempe dans un roman à la fois sombre et cru. L’écriture de R.F. Kuang (et l’excellente traduction de Yannis Urano) ne nous épargne aucun détail sale de la guerre ni tous les sacrifices que va consentir Rin (bienvenue dans la grimdark fantasy). Rien que la scène d’ouverture vous donnera un bon aperçu de la teneur du roman : brutal, magnifique et incroyable.

Si vous avez envie d’épique, de batailles et de magie (latente, étrange et incontrôlable) c’est le roman parfait. Bien que l’ouvrage s’intitule La guerre du Pavot, cette dernière n’a lieu qu’à partir de la seconde moitié de l’ouvrage. Les trois cent premières pages étant dédiées à la formation de Rin ainsi qu’à celle de ses camarades.

L’autrice a fait preuve d’une incroyable créativité dans son histoire, ce qui réussit à la rendre vraiment unique. Dans la première partie de l’ouvrage, vous avez toute la cession « formation » des élèves. Les entrainements, l’intégration (ou non) de Rin parmi les autres, l’apprentissage difficile et injuste qui mène à l’art de la guerre… Et seulement ensuite, vient la fameuse guerre du pavot.

J’ai adoré les deux parties du roman, même si j’ai toujours eu une préférence pour les phases d’apprentissage et de transmission (que ce soit dans les romans ou dans les films). Mais ici, même la partie martiale du roman m’a plu. On y parle stratégie, manipulation, coups de génie, horreurs de la guerre…
L’autrice s’étant directement inspiré de l’histoire de la Chine et du Japon pour son roman. Nous sommes cependant bien dans un monde créé de toute pièce, le royaume de Rin étant le Nikara et le pays de l’ennemi se nommant Mugen (il s’agit d’une petite île face aux grandes terres du Nikara).

L’ouvrage fait presque six cent pages, mais il se dévore à une vitesse ahurissante. D’ailleurs, c’était une si bonne lecture que j’ai vraiment tout fait pour en ralentir le rythme… je ne voulais pas quitter Rin et ses coups de folie bravaches, ni même sa verve et son panache. J’ai vraiment tout aimé dans ce premier tome très complet et magnifique…

Je ne puis que vous conseiller de lire ce premier tome de la trilogie de la Guerre du Pavot. L’ouvrage a paru en 2020 en grand format, et est depuis disponible en poche chez Babel, la collection de poches d’Actes Sud. Cependant, une ombre plane sur ce magnifique roman… l’éditeur n’a toujours pas annoncé la publication de la suite. Alors, Actes Sud Exofictions a-t-il toujours les droits pour sortir la suite de la saga ? Rien n’est moins sûr… (MAJ les livres ne sont plus dispos chez Actes Sud, qui a perdu les droits d’exploitation. Réédition du premier tome en mai 2025 chez De Saxus)
Une chose est certaine cependant, c’est que l’ouvrage n’a pas nécessairement rencontré un public aussi large qu’il aurait dû. Cette couverture n’est pas inesthétique, mais elle ne donne pas non plus envie de se précipiter sur le roman. Je la trouve trop sombre, pas assez épique comparé au contenu de l’ouvrage. Actes Sud n’est clairement pas un éditeur pour ce type d’ouvrage, ou alors ils auraient dû « casser » cette image élitiste qu’on associe immédiatement à la maison d’édition…

Ainsi donc, la suite possible en France de La guerre du pavot reste pour le moment en suspend… Peut-être pourrait on espérer qu’une autre maison d’édition se penche sur le sujet ? Après tout, R.F. Kuang va bientôt être publiée chez De Saxus pour son roman Babel. On peux toujours rêver d’une reprise et d’un redémarrage de sa trilogie chez eux (MAJ bis, cette chronique écrite en mai 2024 était prémonitoire). Clairement, cette saga mérite d’avoir une seconde chance en France, elle est trop exceptionnelle pour être abandonnée !

La magnifique couverture de la réédition du premier tome de La Guerre du Pavot prévue pour mai 2025 chez De Saxus. Cette publication va être épique : en plus de la quantité limitée, le papier sera de qualité supérieure et la couverture a été choisie par l’autrice elle-même comme étant sa favorite parmi toutes les publications qu’a connu ce titre.
AUTEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : Karasu Kids – Tomes 1, 2, 3

Une série de romans pour la jeunesse qui se propose de faire découvrir le Japon autrement

La série des Karasu Kids est parue chez Larousse en juin 2022. Son but ? Faire découvrir la culture nippone aux plus jeunes au travers des aventures d’un groupe d’enfants. Cela commence comme une enquête et se transforme en quête pour empêcher l’éveil de monstres mythiques et millénaires…

Aymeric Jeanson est l’auteur de cette petite série de romans. Il également éditeur et se passionne également pour la bd, ce qui explique les quelques planches de type manga que l’on retrouve dans les romans Karasu Kids.

Auren, l’illustrateur, est nourri depuis toujours par la pop culture japonaise, et cela se voit dans son œuvre. C’est lui qui a créé tout l’univers graphique des Karasu Kids.

Tout commence à Hokkaido

Bienvenue sur l’île d’Hokkaido, où vont se dérouler d’étranges événements qui vont bouleverser la vie de quatre enfants. Mais au début de cette histoire, ils ne se connaissent pas vraiment, et pour d’autres ne s’apprécient guère. Mais par la force des choses, la petite équipe va devenir Les Karasu Kids, un quatuor d’enfants qui vont tenter de sauver la vie qu’ils connaissent. En effet, des esprits ancestraux sont à l’œuvre, et ils sont fort mécontents. Ce que l’on pense être une catastrophe écologique est en réalité la manifestation de ces créatures millénaires. C’est là qu’interviennent les Karasu Kids !

Une lecture qui m’a peu emballée

J’ai lu premier tome de la saga avec une légère curiosité, mais je demandais clairement à être convaincue. Moi qui adore le Japon et sa culture et qui suis libraire jeunesse, cette série avait tout sur le papier pour m’emballer. Et pourtant, ça n’a pas pris. J’ai insisté en lisant entièrement le second tome, qui ne m’a pas plus séduite. J’ai alors entamé le troisième opus, et me suis arrêtée au premier tiers du roman : à quoi bon acharner si l’on n’aime pas ?

Mais alors, qu’est-ce qui pour moi a pêché dans cette nouvelle série de romans ? J’ai du mal à le définir précisément. Il y a de l’aventure, on en apprend (un peu) sur le Japon et sa culture, en particulier sur ses mythes et créatures issues de l’imaginaire. Les chapitres sont courts, il y a quelques illustrations, ce qui est parfait pour les 9/10 ans.

J’ai eu un mal fou à m’attacher aux personnages et à les apprécier, d’ailleurs je n’ai jamais vraiment réussit, sinon je n’aurais pas abandonné ce troisième tome. J’ai trouvé leurs dialogues parfois trop « scolaires », répondants à une problématique, mais sans qu’on croie en l’existence de ces personnages. En un mot, pour moi, ils manquaient d’âme. C’est d’autant plus dommage quand on voit que le duo qui a créé la série et passionnée par le Japon. Mais pour moi, il manque un liant, un élément qui aurait fait basculer l’histoire vers quelque chose de plus vivant, plus entrainant.

L’idée d’insérer quelques pages de type manga dans les romans est très sympathique, à tel point que je trouve dommage qu’il n’y ait pas eu plus de planches. On en retrouve entre six et sept par roman alors que ça aurait pu être un vrai argument si il y en avait eu plus.

L’une des choses qui m’a plus cependant, c’est ce mélange entre fantastique et écologie. Je m’explique, les créatures ancestrales qui sont réveillées le sont par des perturbations d’ordre écologique. Ainsi, Les Karasu Kids deviennent des protecteurs de l’environnement en luttant contre les méfaits de ces créatures (qui ne sont pas nécessairement mauvaises et qui subissent l’activité humaine). Cet aspect de la série et bien amené et m’a bien plu.

Ainsi, je ne saurais pas dire exactement ce qui m’a déplu personnellement dans cette saga, mais elle est pour moi totalement dispensable. Cela ne remet pas en question le travail et la passion des auteurs pour le Japon, bien entendu. C’est simplement que je n’y ait pas trouvé mon compte et que je trouve qu’il y a mieux pour cette tranche d’âge. sur la même thématique : Yôkai de Thibault Vermot chez Sarbacane, par exemple. Ou encore Le jeu d’Hiroki d’Eric Senabre chez Didier Jeunesse sont des romans parfaits pour découvrir de façon distrayante le Japon et sa culture incroyablement dense.

Chronique jeunesse : Ma sœur Mongsil

Un classique de la littérature jeunesse coréenne arrive en France ! Découvrez l’histoire de la Guerre des deux Corées contée du point de vue terrible d’une petite fille…

Premier roman jeunesse paru aux éditions Decrescenzo, Ma sœur Mongsil est un véritable classique en Corée du Sud. A tel point qu’une fondation/musée lui est consacrée là-bas. Pourquoi un tel succès ? Cela peut certainement s’expliquer grâce au fait que l’ouvrage a l’ambition réussie de conter la Guerre des deux Corées du point de vue d’une enfant forcée de devenir adulte très tôt…

La traduction est assurée par deux traducteurs (comme souvent pour la langue coréenne) Park Mihwi et Jean-Claude Decrescenzo lui-même.

Mongsil ou l’incarnation de l’abnégation

Corée, années 1950. Mongsil est très jeune, mais elle a déjà le sens des responsabilités. Elle a dû suivre sa mère qui s’est remariée mais elle est est traitée comme une esclave par sa belle-famille… et les choses ne vont pas s’arranger à la naissance de sa demi-sœur.

La jeune fille va devoir faire preuve de courage et d’abnégation comme jamais, d’autant que la guerre approche à grands pas…

La grande Histoire contée au travers de la petite…

Lire ce roman, c’est découvrir (ou faire découvrir) l’histoire de la Corée aux plus jeunes. Parfait pour des lecteurs d’environ 11/12 ans, ce roman est idéal pour les curieux.ses d’Histoire. Il nous conte les événements vus de l’intérieur. Toute la misère et la dureté qui ont frappé le pays durant cette période… Je pense notamment à une scène absolument poignante du roman quand Mongsil part à Busan avec son père pour faire la queue à l’hôpital pour qu’il se fasse soigner (image ci-dessous). Impossible à oublier… et quand on sait que c’est ce qui s’est réellement produit, ça fait froid dans le dos.

Ce que l’on peut apprécier dans ce roman, c’est que la dureté de la vie en Corée à cette époque ne nous est pas épargnée. Bien au contraire, elle y est totalement développée, décrite parfois crument mais elle est nécessaire. Impossible d’édulcorer l’Histoire si on veut être au plus près de la vérité. Ainsi, même si l’ouvrage est destiné à la jeunesse, beaucoup de choses y sont expliquées au travers du destin chancelant de Mongsil.

J’ai ainsi beaucoup apprécié cet ouvrage destiné à la jeunesse mais qui n’est pas dénué d’intérêt pour un adulte qui s’intéresse à la Corée et à son histoire récente. Saluons également au passage les très jolies illustrations de Lee Chul-soo qui sont parfaites pour l’ouvrage.

Mini-chroniques #13 : Quatre romans devenus des classiques dans leur genre respectif

Voici quatre romans bien différents, mais leur point commun est d’être devenu, chacun à sa manière, un classique. L’un est ce qu’on appelle sobrement un classique (du roman gothique entre autres), les autres sont ce que l’on nomme des classiques contemporains. Tous ont marqué, et cela de différentes manières… même si cela n’a pas toujours été le cas pour moi en tant que lectrice. Il faut les avoir lu pour se faire son propre avis ! Et vous, en avez-vous lu parmi cette petite sélection ?

Mon chien stupide – John Fante – éditions 10/18

Grand classique de la littérature américaine, Mon chien stupide est paru en 1985 aux États-Unis. On y suit les déboires d’un père de famille qui voit peu à peu sa vie partir dans tous les sens… en tout cas de son point de vue !
J’ai toujours entendu dire que cet ouvrage était drôle, atypique voir génial et pourtant… cette lecture m’a laissée assez dubitative et m’a même franchement déçue.

Peut-être mes attentes étaient-t-elles trop élevées ? Ou alors suis-je totalement passée à côté de ce texte ? Je l’ignore. Mais en dehors de quelques répliques bien senties et pleines d’esprit, pour le reste, ce fut pour moi une lecture très dispensable…

Si vous tombez sur cet article et que vous avez lu et aimé Mon chien stupide, j’en parlerai avec plaisir pour mieux comprendre le succès de ce roman.

Les amants du Spoutnik – Haruki Murakami – éditions 10/18

Si vous connaissez déjà un peu l’œuvre du japonais Haruki Murakami, vous savez qu’elle est à la frontière de l’étrange et d’une normalité toute relative. Encore une fois c’est le cas avec Les amants du Spoutnik qui nous conte l’histoire d’une très étrange disparition…

J’ai lu cet ouvrage il y a des années, mais j’en garde un souvenir à la fois très positif et éthéré. Pour ceux et celles qui aiment les romans où tout n’est pas expliqué, les histoires d’amour atypiques, et voyager entre le Japon et la Grèce ce roman est un bel inclassable.

Je ne suis pas sûre que ce roman soit le plus à-propos pour découvrir l’auteur car il ne fait pas parti des plus accessibles de son œuvre. Le mieux serait peut-être de commencer par Kafka sur le rivage ou encore La ballade de l’impossible. Plus récemment, sa saga en deux tomes Le meurtre du Commandeur vaut également le détour.

Les Hauts de Hurle-Vent – Emily Brontë – Le livre de Poche

Classique parmi les classiques, je n’ai pas la prétention de faire une chronique sur un tel monument de la littérature. Je vais simplement parler de mon ressenti.
J’ai apprécié cette histoire, même si je sais de façon certaine que je n’ai pas détecté toutes les symboliques dont s’imprègne l’ouvrage. De même que j’ai eu beaucoup de difficulté à entrer dans l’histoire…

Je pense qu’il faudrait que je lise d’autres ouvrages des sœurs Brontë ainsi que d’autres titres dits gothiques pour pouvoir les apprécier pleinement. Par exemple Les Mystères d’Udolpho de Ann Radcliffe ou encore Le Moine de Matthew Gregory Lewis. A suivre…

Dix petits nègres – Agatha Christie – Le livre de poche

Bien que renommé en 2020 sous le titre Ils étaient dix, j’ai une ancienne édition de ce classique de la littérature policière avec le titre, donc je le présente avec ce dernier. D’autant plus que je pense que c’est une erreur que d’occulter celles qui ont été commises par le passé, les cacher sous le tapis et faire comme si elles n’avaient jamais existé n’est pour moi pas la solution.
En effet le terme nègre est évidemment offensant, mais cette partie de notre histoire ne doit pas être oubliée sous peine de ressurgir plus tard… Il aurait peut-être été judicieux de conserver ce titre tout en remettant dans son contexte son utilisation. Expliquer par le biais d’une préface qu’il est le reflet d’une époque, d’une pensée révolue… Faire table rase est un déni total de ces erreurs. Voilà pour mon avis sur le changement de titre.

Ce fut le premier roman d’Agatha Christie que j’ai lu, et j’ai adoré son ambiance feutrée, et empreinte de mystère. Les personnages sont nombreux mais très réussis, impossible de les confondre. En quelques lignes à peine, on les cerne et on devine leur caractère propre.
L’idée de les faire tomber un par un comme des mouches alors qu’ils sont dans une petite maison sur une île c’est du grand art.
J’ai dévoré l’ouvrage de bout en bout et une chose est certaine, ce n’est pas pour rien que cet ouvrage a un tel succès depuis sa sortie. Tout est réussi, simple, efficace, mais totalement redoutable.

Pour ceux qui aiment les romans de cosy-crime mais qui ne se sont pas encore essayé à l’œuvre d’Agatha Christie, je ne peux que vous le conseiller !

PS : Pour l’anecdote, saviez-vous que des mathématiciens ont mis au point une formule qui permet de déterminer le coupable dès le début du roman ? Tout cela en fonction du lieu de transport des personnages en début d’intrigue et du type d’endroit où se déroule cette dernière. Je trouve ça incroyable.

Chronique jeunesse : Kaimyo – Tome 1 – Le nom des morts

Un roman doux et touchant qui enveloppe la ville de Paris de culture japonaise au travers d’énigmes…

Paru récemment aux éditions Gulf Stream, voici Kaimyo, l’un des derniers romans en date de Bertrand Puard, un auteur très prolifique. Mais l’auteur a également d’autres cordes à son arc puisqu’il est aussi directeur de collection, scénariste ainsi qu’animateur radio.
Parmi ses nombreuses œuvres, on peut citer Les effacés (série en 6 tomes), Les aventuriers de l’étrange (10 tomes) ou encore L’Archipel (trois tomes). Il écrit pour tous les âges et a une prédilection pour l’aventure et le fantastique ! Le premier tome de Kaimyo confirme d’ailleurs cet amour pour ces deux genres…

A la découverte d’une tradition japonaise méconnue

Au Japon, quand une personne décède, on lui attribue un kaimyo, un nom honorifique. Ce nom permet à l’âme du défunt de ne pas errer parmi les vivants. Et justement, ce nom honorifique, Rieko n’a jamais eu la chance pouvoir l’offrir à ses parents. Cette blessure du passé l’ayant marqué à tout jamais, il a décidé de créer son entreprise. Une société qui offre des services très spéciaux : enquêter sur les morts mystérieuses et retracer leur contexte.
Le travail peu commun de Rieko lui a permis de faire fortune au Japon grâce à son sérieux et son excellence. A cinquante ans, il décide de s’ouvrir à de nouveaux horizons et d’exercer en France son étrange métier. Mais aura-t-on besoin de ses services dans ce pays si différent du Japon ?

Voici un roman passionnant qui se dévore, entre le genre fantastique et policier.

Une histoire étrange et belle tout à la fois

Dans l’offre pléthorique de la littérature de jeunesse, Kaimyo est un roman qui détonne. A la fois beau, onirique et très original, on se plonge en très peu de pages dans l’histoire étrange de Rieko.
Il est rare de voir un personnage de cinquante ans comme héros d’une histoire jeunesse, c’est pourtant le cas ici, et ça fonctionne à merveille ! Certes, Rieko réussit à s’entourer de la jeune Nouria, mais ce n’est pas elle le centre de cette intrigue.
Rieko est le personnage clé à tous les temps : ses enquêtes en France vont le mener vers son passé, son présent et son avenir… C’est très bien amené, tout en douceur et émotion.

J’ai énormément apprécié la partie enquête de ce roman, quand Rieko arrive sur un lieu où quelqu’un est mort et doit trouver des indices. Tout est décrit avec efficacité, pudeur, passion… c’est une réussite. La cible a beau être des lecteurs dits « jeunesse », je suis persuadée qu’un public adulte pourrait sans problème apprécier Kaimyo. L’écriture de Bertrand Puard est très belle, travaillée et sait captiver avec aisance…
Tous les ingrédients sont réunis pour que ça fonctionne, et cela d’autant plus que l’intrigue dans son ensemble est très originale. De quoi attirer les curieux qui ont déjà lu beaucoup d’histoires et qui recherchent quelque chose de différent.

Ainsi, l’intrigue est extrêmement bien pensée et saura surprendre ses lecteurs. Et surtout… c’est captivant. Je pense surtout à la conclusion du premier tome qui est insoutenable ! De plus, l’histoire d’amitié entre un homme de cinquante ans et une adolescente qui se retrouvent sur une passion commune est très belle. L’idée de la transmission, de ce qu’on laisse derrière nous quand on part… Kaimyo est un roman qui fait réfléchir à quantité de thématique peu abordées en littérature jeunesse/ado.
Il faut maintenant attendre la fin de l’année pour avoir la suite de Kaimyo… courage, ça vaut le coup ! A découvrir dès l’âge de 13 ans environ.

Chronique ado : Warcross – Tomes 1 & 2

Une série en deux tomes absolument géniale et addictive ayant pour fond les jeux-vidéo et le hacking !

Marie Lu est une autrice américaine dont l’œuvre fut remarquée à l’origine pour sa trilogie Legend (Castelmore/Le livre de poche Jeunesse). Depuis, elle a fait son chemin avec d’autres romans jeunesse et séries pour ados… Parmi elles, la duologie Warcross. Deux tomes terriblement efficaces qui nous transportent de l’univers d’un jeu qui prend le pas sur la réalité et qui ressemble fortement à League of Legends !

Quelques pages pour plonger dans un autre monde baigné de technologie…

Bienvenue dans un monde qui ressemble très fortement au notre, à ceci près que tout le monde porte des lunettes connectées NeuroLink, créés par le génie de l’informatique Hideo Tanaka. A quoi servent-elles ? A se plonger à corps perdu dans le jeu le plus populaire au monde et de loin : Warcross.
Son fonctionnement est simple, deux équipes s’affrontent pour récupérer l’artefact de l’équipe ennemie, la première qui réussi à gagné.

Le jeu est devenu extrêmement populaire dans le monde entier et les NeuroLink servent maintenant à bien plus que simplement jouer à Warcorss. On peut quitter sa réalité pour voir d’autres mondes à travers ses NeuroLink et s’évader… dépenser, etc.

C’est dans ce monde à la pointe que vit Emika, une petite crack en informatique qui va pirater la finale mondiale de Warcross. Cet acte va faire basculer sa vie à tout jamais et la faire connaître à des milliards de personnes dans le monde.

Accrocheur, dynamique, addictif… vous voulez d’autres adjectifs pour vous convaincre ?

En très peu de pages, on plonge dans l’intrigue de Warcross comme si avait chaussé nous-même des NeuroLink. L’intrigue que Marie Lu dessine peu à peu pour ses lecteurs est maline, subtile, savamment dosée… Entre thriller technologique et roman d’action, Warcross ne nous laisse pas une seconde de repos. Et cela est valable pour les deux tomes que comporte la série.

J’ai adoré les très nombreux clin-d’oeils fait au jeu League of Legends, auquel je joue beaucoup. Ainsi retrouve-t-on des références, notamment au niveau des noms des joueurs : Jena ou encore Asher (qui ressemble à Ashe, un personnage de LoL). De même, le fonctionnement du jeu en lui-même est très similaire à LoL, et pour ce qui est de l’engouement mondial, c’est aussi le cas dans notre monde ! La seul différence, c’est qu’il n’y a pas d’équipe de LoL mixte contrairement à Warcross. Dommage.

L’intrigue de loin ce que l’on pourrait imaginer au premier abord, Warcross n’est qu’une sorte de très jolie façade rutilante… mais vous découvrirez tout cela en lisant la saga. Car vous allez la lire, n’est-ce pas ?

Les deux tomes de cette saga sont extrêmement différents mais complémentaires. Dans le premier, c’est la découverte, l’émerveillement, l’action qui monte au fil des matchs. Dans le second, c’est beaucoup plus tendu, feutré et les enjeux sont encore plus énormes qu’une finale mondiale de Warcross. Comment est-ce possible ? A vous de le découvrir !

J’ai par ailleurs également beaucoup apprécié la légère romans qui parsème les ouvrages. Pas centrale, mais bien présente, elle apporte un petit goût d’interdit et de rêve parfaitement dosé pour faire rêver…

Vous avez donc compris, Warcross est une série ado courte, géniale et impossible à lâcher. Pour moi, c’est une série de fonds à avoir dans toute bonne bibliothèque quand on aime la litté ado/jeunesse. De plus, le côté hacking et jeux-vidéo est un mélange pas assez exploité pour ce lectorat, qui en est très friand. A découvrir dès l’âge de 13 ans.

Dans le même genre, je vous conseille la série en cinq tomes La Cité, aux éditions Rue du Monde, d’une originalité folle et très mystérieuse…