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Chronique : Manhattan Marilyn

manhattan-marylinEt si Marilyn Monroe n’était jamais morte ? Et si sa disparition était en étroite relation avec un secret d’Etat si crucial qu’elle devait faire croire à sa propre disparition ?

Paru en mai 2016 dans les excellentes éditions Critic, Manhattan Marilyn est un thriller signé Philippe Laguerre. Peut-être connaissez-vous déjà l’auteur grâce à ses très nombreux écrits sous le pseudonyme de Philippe Ward ? La série Lasser (également chez Critic – voir ici la chronique ActuSF de Lasser, un privé sur le Nil), c’est lui ! C’est également lui le directeur de la fameuse collection Rivière Blanche.

Avec Manhattan Marilyn, l’auteur nous entraîne dans un thriller très efficace, où vous pourrez tomber amoureux de deux choses, tout comme lui : New York, et Marilyn Monroe.

Un démarrage sur les chapeaux de roue

Tout débute très vite dans ce roman noir : nous sommes en train d’assister à ce qui sera les dernières heures de Marilyn Monroe… Elle planifie sa disparition brutale et définitive, car après ce que lui à confié Kennedy sur l’oreiller lors de leur dernière nuit ensemble, il n’y a qu’une mort simulée qui pourrait la sauver d’un réel anéantissement…

Mais cette décision va voir une influence sur la vie de l’ex-Marine Kristin Arroyo, de nos jours. Son grand-père décédé depuis longtemps était un photographe de renom, et lorsqu’elle va tomber sur des clichés inédits de l’actrice, Kristin se retrouve entrainée dans une histoire qui la dépasse totalement et où les services secrets tirent toutes les ficelles…

Se dévore… du début à la fin !

Si vous cherchez un polar efficace, bien écrit, et aux personnages extrêmement bien campés, c’est sur cet ouvrage que vous devriez vous pencher. Plus que la découverte d’un roman, c’est la rencontre avec un nouvel auteur que vous ferrez. Et pour une fois, ça n’est pas un auteur anglo-saxon !

Les chapitres s’enchaînent sans accrocs, l’intrigue avance efficacement, et on pardonne même à l’auteur le côté parfois stéréotypé de ses personnages. Mais quel est donc ce fameux secret d’état qui met en danger la vie de Marilyn Monroe ? Vous verrez, il est très bien trouvé, mais on aurait apprécié que l’auteur en développe plus tous les enjeux et les conséquences qu’il aurait entrainé si il avait été divulgué…

On voit que l’auteur s’est beaucoup documenté sur Marilyn, sa vie, son œuvre, sa psychologie, certaines anecdotes très précises de sa vie… Et même si il s’agit d’un roman, la théorie du complot qui nous est ici servie est très séduisante. On adore, on plonge dedans sans un regard en arrière, et les zones d’ombres qu’a laissées l’actrice derrière elle s’éclairent grâce à l’inventivité de Philippe Laguerre.

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Que vous soyez fans ou non de cette actrice emblématique n’est pas ici la question, vous pourrez tout à fait apprécier le roman sans être versé dans la culture hollywoodienne et tout ce qu’elle représente. Ici, vous avez affaire à une histoire qui en raconte beaucoup d’autres. A la fois critique sociétale et politique, thriller, mais aussi roman d’action, Manhattan Marilyn vous séduira très certainement… en tout cas, c’est chose faite ici !

Dernière petite chose, vous risquez de tomber amoureux de la ville de New York si ça n’est pas déjà fait…

Chronique Jeunesse : Mémé Dusa

Mémé DusaSi votre famille vous cache votre grand-mère depuis de nombreuses années, c’est qu’il y a anguille sous roche… ou plutôt serpent !

Anne Schmauch, auteur jeunesse de son état, arrive dans la collection Pépix de Sarbacane avec Mémé Dusa ! Et pour illustrer le tout, l’illustratrice Katherine Ferrier est là également (c’est elle qui dessine les bd Hôtel étrange !).

Mémé Dusa, c’est l’histoire d’Hélène et de son grand frère Hector qui vont ENFIN rencontrer leur grand-mère durant les vacances… Mais il semblerait qu’elle ne soit pas très commode… et c’est le moins que l’on puisse dire !

Famille et mythologie ne font pas bon ménage

Quand ils prennent le train pour aller voir leurs grands-parents pendant les vacances, Hector et Hélène ne se doutent pas une seule seconde de tout ce qu’ils vont vivre. Personne à part eux ne pourra prétendre avoir passé pareilles vacances… Et pour cause, c’est en pleine Grèce Antique que nos deux héros vont débarquer ! Épopée mythique et folle garantie !

Mémé Dusa insideInattendu et fun !

A peine commencée, l’aventure nous prend pour nous emmener loin dans l’imagination d’Anne Schmauch et ne nous lâche plus. Vous croiserez pêle-mêle : Cerbère, Ulysse, un cyclope, Charon, Hadès… et autres personnages emblématiques de la mythologie grecque.

Tout cela sans oublier la fameuse grand-mère de nos deux héros : Mémé Dusa. Avouons que l’on peut décerner une mention spéciale pour la trouvaille du titre dont le jeu de mots est parfait (la couverture colle également à merveille).

En lisant ce nouveau Pépix, vous découvrirez la mythologie sous un jour inédit… et c’est ainsi que l’on découvre qu’Ulysse est un superbe lâche/menteur/manipulateur ! Et évidemment, Mémé Dusa est également un personnage de choix aux goûts pour le moins particuliers : outre l’art de la sculpture, elle adore les pizzas quatre fromages !

L’ambiance générale de l’ouvrage est top : on se sent tout de suite happé par l’histoire. Les dialogues sont amenés naturellement, de même que les très nombreuses vannes mutuelles entre Hélène et Hector.

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En somme, Mémé Dusa est un bon petit Pépix comme on les aime. Il recèle tous les éléments d’un bon roman jeunesse, et le tout fonctionne très bien. On pourrait se prendre à rêver d’un Pépix similaire avec la mythologie égyptienne… ce serait génial ! En tout cas, l’idée est là, et on la verrait bien déclinée dans le futur à d’autres mythes et légendes…

On espère donc revoir le duo Anne Schmauch/Katherine Ferrier pour de nouvelles aventures… épiques !

Chronique : La cuisinière

La cuisinièreUn roman historique tiré d’une histoire vraie fascinante : celle de Mary Mallon, que les journaux surnommaient à l’époque Mary Typhoïde…

Premier roman de Mary Beth Keane à paraître en France, La cuisinière est un roman historique absolument captivant. Entre le monde de la gastronomie et celui des dispensaires, plongez dans un New York du XIXème magnifiquement dépeint.

Initialement paru aux Presses de la cité, l’ouvrage vient de sortir en poche chez 10/18 il y a peu, c’est l’occasion de se faire plaisir ! Pour le moment, La cuisinière reste le seul roman de l’auteur paru en France.

Une femme qui excelle dans son art, celui de la cuisine

Quand débute notre histoire, Mary est encore jeune et à l’avenir devant elle. Excellente cuisinière, les portes des plus riches maisons s’ouvrent à elle facilement grâce à ses excellentes références. Elle peut tout préparer, concocter, mitonner, et elle le fait avec talent. Mary a donc une relative bonne situation, elle est amoureuse et plutôt heureuse, et elle a des rêves, comme celui d’ouvrir une boutique un jour…

Mais le jour où le Docteur Soper tente de la faire venir de force pour analyses, Mary se braque et fuie. C’est le début d’une longue course-poursuite entre la jeune femme et le médecin, qui est persuadé que Mary transmet la typhoïde aux personnes à qui elle prépare les repas. Harcèlement ou réalité ? Quoi qu’il en soit Mary ne croit pas un instant à cette théorie et va tout faire pour le prouver, quitte à y perdre beaucoup…

La cuisinière gfImmersif et historiquement très intéressant

Le fait que La cuisinière soit un récit historique, c’est très bien. Mais qu’il se base sur l’histoire d’une femme qui a réellement existé, c’est encore mieux. D’autant que cette femme qu’était Mary Mallon est extrêmement peu connue, en tout cas dans notre pays. Son cas est unique en son genre : soupçonnée puis traquée et même séquestrée, tout cela sans qu’elle n’ait jamais son mot à dire.

Evidemment, tout cela est romancé, et très bien articulé par l’auteure. On se retrouve à découvrir à la fois un roman historique mais également un récit policier (surtout en ce qui concerne le suspense juridique de l’intrigue).

La vie de Mary Mallon est loin d’être de tout repos, et même son histoire d’amour avec le seul homme de sa vie sera très mouvementée. On ne peut s’empêcher d’avoir beaucoup d’empathie pour cette femme robuste et tenace que rien n’effraye, pas même les médecins. On l’admire et on la soutien, même quand elle fait des erreurs grossières ou dangereuses pour son entourage. C’est en cela que l’auteur est talentueuse : elle explique les décisions de Mary Typhoïde, qui vues de l’extérieur sont terribles. Mais qui vues du point de vue direct de Mary Mallon sont tout simplement normales ou défensives…

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Pour passer un excellent moment de lecture et découvrir un personnage méconnu de l’histoire, La cuisinière est ainsi un roman parfait. Touchant, réaliste et terrible à la fois, le parcours de cette femme hors du commun ne laissera personne indifférent. Ne passez pas à côté, c’est aussi original que percutant, et c’est une façon de découvrir la médecine de l’époque, ses techniques et ses façons d’investiguer… parfois déontologiquement dérangeantes – mais nécessaires ? – à lire et à méditer.

Pour aller plus loin : Découvrez l’histoire de Mary Typhoïde vue du point de vue des services d’hygiène de New-York dans le roman Stupeur, paru aux éditions Lucca en 2021. Chronique ici.

Actualité éditoriale : Quelle Histoire, la collection ludique et incontournable pour faire découvrir l’Histoire aux enfants

Quelle Histoire (2)Quelle Histoire, une collection maline et pratique pour découvrir l’Histoire la vraie, dès quatre ans… et ce sans limites d’âge !

C’est la série de livres documentaires pour la jeunesse qui monte depuis quelques temps, elle est jolie, pratique, très graphique, c’est Quelle Histoire !

Retraçant les plus grandes civilisations de l’Histoire mondiale et ses personnages les plus emblématiques, la collection Quelle Histoire propose un très grand choix de titres, et ce à un prix très correct (5€ chacun, ils sont du même format que les lutins souples de l’école des loisirs). Vous trouverez également toute une partie de la collection dédiée à la mythologie. Et encore, ce n’est que le début, gageons que cette belle série d’ouvrages va encore beaucoup se développer…

J’ai eu la chance de recevoir quelques-uns de leurs ouvrages pour vous en parler, et je dois avouer avoir été totalement conquise ! D’ailleurs, j’en ai commandé une trentaine de titres pour la librairie où je travaille et les enfants accueillent les ouvrages avec beaucoup d’intérêt.

Quelle Histoire (3)Ainsi, j’ai reçu pour lecture : Les Vikings et les Mayas (dans la collection civilisation), Marie Curie et Attila en ce qui concerne les personnages marquants de l’Histoire.

Chaque titre reprend ainsi en une trentaine de pages les moments clés du personnage (ou du peuple) qu’il traite. On en découvre les modes de vies, les divinités, des civilisations présentées. Les phrases sont courtes et comportent beaucoup d’anecdotes facilement mémorisables.

Par exemple, saviez-vous que tous les escaliers construits sur chaque côté des pyramides Maya comportent toutes 365 marches ? De même, saviez-vous que ce sont les Mayas qui ont découvert le concept du chiffre 0 ?

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Concernant Marie Curie, saviez-vous qu’elle avait remporté le Prix Nobel de Physique ET le Prix Nobel de Chimie ? Ou encore que sa fille Irène avait suivit ses traces et avait elle aussi fait de grandes découvertes (en remportant également un Prix Nobel de Chimie).

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Les deux femmes ont par ailleurs activement participé aux soins des combattants durant la Première Guerre Mondiale en conduisant les P’tites Curies (ces véhicules transportaient du matériel de radiologie).

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Sur Attila aussi nous découvrons plein de choses… Il parlait le latin, était considéré beaucoup comme un descendant direct des dieux, mais était également… diplomate ! Oui, il a beaucoup de conquêtes à son actif, mais l’art de la diplomatie était loin de lui être étranger…

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On découvre aussi que son tombeau n’a jamais été retrouvé, de même que son somptueux palais… Et les circonstances de sa mort sont restées très étranges (il est mort durant sa nuit de noces)…

Ainsi, Quelle histoire est une collection qui regorge d’anecdotes. Elle se propose de donner des informations clés et d’autres secondaires très intéressantes et surtout aisément mémorisables. Le graphisme est également un des points forts de la collection : très simple, extrêmement coloré et graphique (on pense notamment aux animations flash), on est facilement conquis par l’univers. De plus, les personnages ont beau être extrêmement simplifiés dans leurs traits et expressions, ils sont malgré tout très bien retranscrits, on les reconnaît très facilement !

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A chaque fin d’ouvrage, vous retrouverez également une frise chronologie récapitulant tout ce qui a été conté précédemment. Les dernières pages sont consacrées à des mini jeux où on demande au jeune lecteur de rappeler de certains points clés de l’ouvrage. C’est une façon ludique et plaisante de voir si les informations ont bien été transmises ! Selon l’ouvrage, vous trouverez également un mini cherche et trouve ou encore un jeu des sept différences, ou encore un labyrinthe…

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En somme, cette collection est si bien pensée et ludique que je ne peux que vous la conseiller à vous et vos enfants. Vous pouvez commencer à leur lire les ouvrages Quelle Histoire dès l’âge de 5 ou 6 ans, même si évidemment ils ne saisiront pas tout. L’usage plein et entier de cette collection se fera cependant entre 7 et 10 ans.Quelle Histoire (1)

C’est donc une série de livres très abordable et très originale qui vous est ici proposée. A découvrir absolument, et à partager ! En plus, autre argument auquel je tien beaucoup : Quelle Histoire est un petit éditeur, et je trouve cela génial de pouvoir tirer vers le haut des maisons d’éditions méconnues dont le travail mériterais d’être beaucoup plus plébiscité…

En tout cas, la collection se développe de mois en mois, et de nouveaux titres sont constamment à paraître. Parmi les derniers en date : Rosa Parks, Beethoven, Pocahontas, la légende de Thésée…

Quelle Histoire (5)

Pour aller plus loin :

En numérique : Quelle histoire, c’est aussi des applications. Vous pouvez retrouver l’Histoire de France, Cléopâtre, la légende d’Ulysse ou encore l’histoire de Bouddha en version animée parfaite pour les tablettes numériques.

Jeu de cartes : Si vous aimez les jeux en famille, l’éditeur a pensé à tout ! En effet, Quelle Histoire a créé un jeu de cartes très facile et rapide d’utilisation où l’on apprend en s’amusant. Son nom : Tempo Chrono. Le but est de mettre chaque carte au bon endroit sur la frise chronologique constituée au fil de chaque tour. Le fonctionnement est comme celui du jeu Timeline pour les plus grands, mais avec un graphisme résolument enfantin et certainement plus attractif pour les petits. Et encore une fois, son prix est très correct : 7,50€

Chronique : Ma vie à la baguette

Ma vie à la baguetteAttention, nouvelle pépite en vue !

Paru aux éditions Thierry Magnier en août 2015, voici Ma vie à la baguette, le tout premier roman de Chloé Cattelain ! Et le moins que l’on puisse dire concernant ce premier ouvrage, c’est qu’il est maîtrisé de main de maître… L’auteur aime la Chine et la connaît comme personne : elle a appris le mandarin, est partie vivre en Chine quelque temps, et a même eu le temps de devenir championne du monde de karaoké en 2003 !

Dans ce roman, vous découvrez le monde Kevin, un jeune français aux origines chinoises, tiraillé entre le pays dans lequel il est né et où il vit au quotidien et celui auquel il doit ses origines…

Une famille soudée, mais qui cache de nombreux secrets

Kévin a beau être né en France, ça n’est pas plus évident ou plus simple pour lui. Il serait né en Chine puis arrivé en France, cela aurait été pareil… Des remarques, des blagues sur son physique et sa culture éminemment asiatiques. Au quotidien, c’est fatiguant et quelque peu décourageant également…

Et puis, il y a Laura, la jolie et surprenante camarade de Kévin, qui en pince énormément pour elle. Mais rien n’est simple à l’adolescence, et cela d’autant plus lorsque l’on se sent tiraillé par ses origines chinoises et bloqué par un père qui ne voit que la réussite scolaire comme échappatoire pour ses enfants.

Ajoutez à cela le mystère d’une mère défunte qui a laissé derrière elle de nombreux secrets sur sa famille et ses actes passés en République Démocratique de Chine et vous aurez un aperçu du tableau dépeint avec art par Chloé Cattelain.

Hautement recommandable

Ce tout premier roman est une véritable merveille ! On navigue entre deux pays, deux cultures, deux modes de pensée radicalement différents. Le solide bagage culturel que Chloé Cattelain s’est créé en allant en Chine y est sans aucun doute pour quelque chose. Le personnage de Kévin, tout comme elle, parle couramment le mandarin. Son petit frère se débrouille également, mais un peu moins bien.

Alors quand il s’agit pour la famille Zhang de se rendre en Chine à chaque vacances, ils sont parfaitement immergés ! Mais au fil du temps, la partie de la famille restée en Chine répond de moins en moins aux questions curieuses et pressantes de Kévin concernant certains points obscurs sur sa famille. Il sait qu’il a besoin de mieux connaître sa mère et son passé pour avancer et choisir son propre avenir, mais tout semble se liguer contre lui.

Cette histoire destinée aux adolescents est une magnifique ode à la découverte d’une autre culture que la nôtre et pousse également à la réflexion. Que l’on soit tiraillé par nos différentes origines ou non, ce roman est de ces textes qui parlent et qui résonnent dans les pensées du lecteur. C’est ainsi que nous sommes également ballotés entre la France et la Chine au gré des chapitres.

Mais Ma vie à la baguette n’est pas seulement un récit sur l’adolescence et l’identité, c’est aussi un roman qui permet de mieux comprendre ce qu’est la Chine, et à quel point la censure y est encore très présente.

On y traite notamment des manifestations de la place Tian’anmen de 1989 (ou plutôt des massacres), mais également de la politique de désinformation toujours d’actualité en Chine… Par exemple si vous tapez Tian’anmen sur le Google chinois, jamais vous ne trouverez les images de chars écrasant un étudiant qui on fait le tour du monde. En effet, la Chine bloque toutes les recherches gênantes pour proposer aux internautes une version édulcorée ou même aucune information du tout.….

C’est aussi cela la Chine : un pays complexe et fascinant aux mœurs et à la politique qui le sont tout autant. Ce n’est pas pour rien que ce cher Kévin Zhang lui-même s’y perd et que l’on suit ses pas avec enchantement et curiosité ! Après une telle lecture, on ne peut souhaiter qu’une seule chose : que Chloé Cattelain réitère l’exploit et nous fasse découvrir une autre facette de la Chine dans un prochain roman, qui sait ? Quoi qu’il en soit, c’est une merveilleuse lecture qu’il ne faut rater sous aucun prétexte !

Chronique : Conversion

ConversionUn étrange mal frappe les élèves de l’école très élitiste St Joan, à Danvers… où puise-t-il ses origines ?

Il est paru aux éditions Albin Michel en avril dernier, voici Conversion un roman écrit par l’américaine Katherine Howe. L’auteur a un parcours et une histoire très atypique qui fait de ce roman un récit à part. En effet, elle est une descendante d’Elizabeth Howe, une des plus célèbres accusées du fameux procès des sorcières de Salem.

Katherine Howe est devenue historienne et s’est spécialisée dans l’époque qui a vu naître ce procès incontournable de l’histoire américaine. Conversion est un roman qu’elle a mis deux ans à écrire et qui fait le parallèle entre l’Histoire du procès des Sorcières de Salem (et comment le village de Salem en est arrivé là) et l’histoire qui se déroule dans l’école très sélective St Joan, de nos jours. Au premier abord, nous ne trouverons aucune similitude… et pourtant…

St Joan, établissement pour jeunes filles très prisé et image même de la réussite

Le cadre privilégié dans lequel évolue Colleen (notre narratrice) est merveilleux. De très bons professeurs y dispensent leurs cours, le bâtiment en lui-même en impose quand on passe devant ses gargouilles et ses vitraux anciens. En substance, c’est le genre d’endroit où l’on rêverait d’étudier pour mettre les meilleures chances de son côté et prétendre par la suite aux meilleures universités du pays…

Mais St Joan va devenir très rapidement un lieu où certaines de ses élèves présentent d’étranges troubles d’ordre physique et/ou psychologique… que s’y passe-t-il réellement ?

En parallèle à l’histoire de Colleen se déroulant en 2012 à Danvers, nous découvrons l’histoire d’Ann Putnam en 1706. Personnage historique qui a réellement existé, Ann Putman a été un des témoins les plus importants du procès des sorcières de Salem.

Un sujet atypique et captivant

Les ambiances mettant en scène des établissements scolaires très ancrés dans une culture traditionnelle (port d’un uniforme, règles strictes, bâtiments superbes et austères…) me laissent rêveuse. Alors si en plus, l’Histoire, la vraie est également invitée dans l’intrigue, c’en est d’autant plus plaisant !

Katherine Howe nous dépeint ici une lente descente aux enfers pour les élèves et les professeurs de St Joan, ainsi que la tempête médiatique que tout cela implique. Le réalisme et l’efficacité de son roman sont d’autant plus appréciés quand on sait que Conversion s’inspire directement d’un fait divers réel.

En effet, au printemps 2012, seize lycéennes de la ville de Le Roy ont été victimes d’étranges symptômes physiques énigmatiques. Beaucoup d’hypothèses différentes ont été avancées pour expliquer cet étrange mal (ces mêmes hypothèses se retrouvant au fil du roman). Conversion est ancré dans ce fait divers qui a énormément fasciné aux États-Unis. Tout le monde aime les mystères, alors quand l’étrange et l’inexplicable s’invitent dans notre société, on est entraîné par cet effet de masse… et c’est ce que retranscrit méthodiquement Katherine Howe.

A lire pour (re)découvrir l’Histoire américaine

Avec Conversion, on découvre l’histoire du procès des sorcières de Salem du point de vue d’Ann Putnam, la seule femme de l’affaire a avoir présenté des excuses publiques pour ses actes, et surtout ses paroles… Si l’on connaît l’histoire des États-Unis et plus particulièrement celle du procès, la lecture est fluide. Par contre pour ceux qui auraient quelques lacunes sur cette période, situer les personnages peut s’avérer difficile au début. Une petite révision des faits avant de plonger corps et âme dans la lecture peut donc être nécessaire.

Autre fait culturel intéressant, Conversion fait très souvent référence à un classique de la littérature américaine au travers de l’œuvre d’Arthur Miller : Les sorcières de Salem. En France, il est beaucoup moins lu et étudié, mais les nombreuses mises en abîme entre le roman de Miller et celui de Katherine Howe sont bien trouvées et apportent une belle profondeur à l’intrigue générale.

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La conclusion du roman est plutôt aboutie, mais on aurait pu aller encore un peu plus loin dans l’explication même si celle fournie par Katherine Howe est tangible, elle n’est pas assez développée selon moi.

Conversion est ainsi un bon roman à lire pour approfondir ses connaissances d’un point de vue historique, mais pas seulement. C’est aussi un bon récit à suspense qui retranscrit assez fidèlement un fait divers qui avait fait grand bruit… Enfin, il ne faut pas oublier que la narratrice est une adolescente avec des problématiques de son âge, ce roman peut ainsi être lu aussi bien par des adultes que par des jeunes adultes !

Articles de presse sur l’affaire Le Roy :

Cette chronique a été rédigée pour le site ActuSF.

Chronique : D.Gray-Man reverse – Volume 1

D Gray-man reverse 1Un recueil de nouvelles à réserver aux fans ultimes de la saga

Gray-Man est une série de mangas créé par Katsura Hoshino traitant d’exorcistes et de leur combat continuel contre des démons, les akumas. Il s’agit d’un shônen fantastique aux inspirations à la fois gothiques et steampunk où l’on suit les aventures d’un jeune exorciste : Allen Walker.

En France tout comme au Japon, il y a pour le moment 24 tomes publiés. Par ailleurs, une série animée du même nom a été créée.

En 2012 et 2013, les éditions Glénat, fortes du succès de la saga, décident d’éditer les D. Fray-Man reverse, deux recueils de nouvelles qui complètent l’histoire de certains personnages et permettent de les découvrir sous un nouveau jour.

 Trois nouvelles pour approfondir le passé d’Allen et des autres personnages

Dans ce premier volume de D. Gray-Man reverse, vous retrouvez trois textes : Le voyage d’un clerc, Le village de la sorcière et Bak Chan Capriccio.

Ces trois histoires permettent d’en savoir plus sur le passé d’Allen et son arrivée en Angleterre, Yû Kanda et l’un de ses combats contre les akumas et enfin sur Bak Chan.

Les fans de la série ont de grandes chances d’avoir vu l’animé en plus d’avoir lu les mangas, et c’est là que le bât blesse. En effet, deux de ces nouvelles sont déjà présentes dans la série animée, les lire sous forme de nouvelle n’apporte ainsi que peu d’intérêt.

L’écriture de ces nouvelles est bien traitée, mais les histoires en elles-mêmes n’apportent qu’un intérêt limité. La meilleure de ces trois nouvelles est selon moi Le village de la sorcière, c’est celle qui revêt le plus d’intérêt et qui permet de se pencher sur d’autres personnages qu’Allen. On y trouve un rythme, une action et une intrigue qui rendent le tout intéressant. Les deux autres textes sont beaucoup moins indispensables.

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En conclusion, ce premier tome de D. Gray-Man reverse est à réserver à des lecteurs fans de la série très avertis. Si vous avez vu l’animé, ce livre ne vous apportera aucune nouveauté car il reprend trait pour trait certains épisodes. Par contre, si vous n’avez lu que les mangas, cet ouvrage peux vous apporter un réel plus quant à la découverte du passé de quelques personnages sélectionnés.

Quoi qu’il en soit, ce livre est à réserver à des fans absolus car même si les histoires peuvent êtres inédites pour certains, elles ne méritent pas non plus que l’on s’y attardent très longuement.

EDITEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : Les Brumes de Grandville

Les brumes de Grandville 01Un luxueux domaine dans la France de l’après-guerre où un amour singulier va naître…

Premier roman de Gwendoline Finaz de Villaine, Monotropa Uniflora inaugure une nouvelle série en trois tomes… chez un tout nouvel éditeur. En effet, l’ouvrage est le premier paru chez B. Éditions et se destine à un lectorat de jeunes adultes.

L’auteur a un parcours très artistique : participations à des comédies musicales, travail d’auteur-compositeur, et maintenant écrivain. A l’occasion de la sortie du livre, un clip a été réalisé par l’auteur sous le nom Mort ou vivant interprété par Sacha Tran que vous pouvez retrouver ici sur le site You Tube (à vous de juger si vous le trouvez à votre goût, mais personnellement, je ne suis pas une férue de comédies musicales). Les paroles et la composition de cette chanson sont signés par l’auteur elle-même.

L’histoire est celle d’une romance impossible entre une jeune femme et un jeune homme inaccessible de par son rang, mais également à cause de son état… entre deux mondes.

Un immense domaine bourgeois, des domestiques à profusion et une nouvelle professeure de musique

Quand débute le récit, Apollonie franchit les portes du domaine de Grandville. Orpheline élevée chez les sœurs, la jeune femme excelle dans le domaine de la musique qu’elle a appris toute jeune. Piano, chant classique, solfège… Apollonie à de nombreuses cordes à son arc. Quand elle débarque à Grandville grâce aux recommandations de sa tante qui y travaille également, Apollonie découvre un univers tout en retenue et en faux-semblants. Les sœurs jumelles dont elle doit faire l’éducation musicale sont tout sauf dociles et sont bien décidées à lui compliquer autant que possible sa tâche…

Tout cela sans parler du retour du fils prodigue revenu tout juste de la guerre : le bel Hector. Troublant, charismatique, toutes les femmes tombent sous son charme… y compris Apollonie.

Jeu de dupes et surnaturel… dans une ambiance superbement retranscrite

Peu après que l’environnement de Grandville ait été décrit avec adresse, Apollonie se retrouve confrontée au fantastique : une voix venue d’elle ne sait où lui parle quand elle s’apprête à aller dormir. Ce fantôme lui veut-il du mal ou cherche-t-il autre chose ?

C’est à partir de ce moment que tout bascule : Apollonie se découvre une affection particulière pour cet esprit qui communique avec elle. En parallèle à la partie imaginaire du roman, la vie au sein du domaine est également de plus en plus intéressante. On y découvre les différents valets, cuisinières, et autres petites mains au service de la Comtesse, le tout nous offrant une belle fresque. Ceci n’est pas sans faire penser à l’ambiance de la série Downtown Abbey (se déroulant presque à la même époque à 8 ans près) ou plus largement à ces romans où la domesticité prend une place importante dans l’histoire.

Les travers de chacun rendent l’histoire plus prégnante, plus réelle, et c’est avec plaisir et curiosité que l’on se plonge dans cette époque révolue mais qui fait toujours rêver.

Plus on avance dans l’intrigue et plus le côté fantastique de l’œuvre prend de la place, une romance impossible s’installant entre Apollonie et le fameux esprit qui hante le domaine… C’est parfois un peu trop fleur bleue à mon goût, mais on se laisse malgré tout prendre au jeu des sentiments et des personnalités si différentes créées par l’auteur. C’est ainsi une romance réussie sur de nombreux plans.

Ainsi, même si certains revirements sont attendus, le tout reste extrêmement plaisant à lire.

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Donc, si vous avez envie de lire une belle histoire d’amour avec un soupçon de surnaturel à l’époque des Années Folles avec une forte influence de la Belle Époque… c’est le roman idéal. Dès l’âge de 14 ans environ.

Et pour ceux qui se demandent ce que signifie le mystérieux titre Monotropa Uniflora, je vous conseille de jeter un œil sur le nom latin d’une certaine plante… Le second tome de la série est actuellement en préparation, et ici, nous l’attendons avec impatience !

Chronique : Les Autodafeurs – Tome 2 – Ma soeur est une artiste de guerre

Les autodafeurs 02Un second tome sanglant et explosif !

Marine Carteron est l’heureuse auteur d’une série détonante : Les Autodafeurs. Le premier tome est paru en mai dernier, et le second tome vient tout juste de paraître en octobre 2014. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que sa série a su séduire très rapidement aussi bien les libraires que les blogueurs…

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce second tome est très largement à la hauteur de l’attente !

Un complot 2.0 d’ordre mondial

Suite logique et immédiate du premier tome, on retourne sans difficulté dans l’intrigue. Les problèmes de Gus et Césarine ne font que commencer : leurs grands-parents sont morts en essayant de protéger des éléments clés de la Confrérie. Leur mère est dans le coma, et Gus est sous surveillance policière par le biais d’un bracelet électronique.

Dire que contrecarrer les plans des Autodafeurs va être compliqué relève de l’euphémisme…

Le complot visant la maîtrise des connaissances au niveau mondial a débuté, et même si la lutte semble inégale, elle nous réserve quelques surprises. Il se pourrait bien que la Confrérie possède quelques armes secrètes qu’elle ignore elle-même, notamment en la personne de Césarine ou encore de Néné…

Les Autodafeurs CésarineVous pensez-être prêts ? Rien n’est moins sûr !

Une fois le tableau de la situation dressée, place à l’action et aux révélations. Espionnage, biologie de pointe, piratage informatique, chantage, tous les moyens sont bons pour Gus, Césarine et Néné. Si vous pensez avoir tout lu, vous êtes bien loin du compte car de belles surprises nous sont concoctées dans ce second tome. Impossible de s’ennuyer une seule seconde, chaque phrase est soit drôle, soit terriblement efficace, l’écriture étant l’énorme point fort de Marine Carteron.

Si vous vous demandez d’où sort le titre original de ce second tome : Ma sœur est une artiste de guerre, il vous faudra chercher du côté du grand stratège Chinois de la guerre Sun Tzu. En effet, Césarine ne jure plus que par L’art de la guerre, dans lequel elle retrouve toute sa logique, y allant continuellement d’une citation chaque fois parfaite pour la situation.

Et cet art de la guerre va être fort nécessaire dans cet opus car tout s’accélère : fini les entraînements au dojo et place aux vrais combats. De même, vous êtes prévenus, mais cette fois-ci, le sang va couler…

Encore et toujours, les parties écrites par Césarine sont selon moi les meilleures. D’une logique implacable et d’une sensibilité inattendue, la jeune fille va faire montre de sentiments inconnus d’elle auparavant. Encore une fois, elle réussi à nous surprendre et à nous faire sourire grâce à sa façon de voir les choses. Son monde est d’une beauté simple, et elle fera tout pour le préserver. Et c’est celle qui fait le moins l’exposition de ses sentiments qui justement va nous en communiquer perpétuellement.

« Sara faisait une grande maison qui souriant avec deux bonhommes très moches sous un énorme soleil qui souriait. […] Comme ce n’était pas très logique, je lui ai expliqué que ce n’était pas possible parce que le soleil était une étoile […] et donc qu’ils ne pouvaient pas sourire. »

Ceci n’est qu’un petit extrait, mais voici la teneur des pensées qui traversent quotidiennement Césarine. C’est beau et touchant.

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Mais ce second opus, c’est également des scènes plus intenses, plus violentes aussi bien physiquement que verbalement (Gus accuse le trop-plein d’émotions et d’injustices). En bref, cette suite est une petite perle explosive à ne manquer sous aucun prétexte ! Courage et patience pour le troisième tome prévu au printemps 2015.

Actualité éditoriale : The Big Sky, l’arrivée en France d’un cycle littéraire mythique dans l’Ouest Américain

En novembre 2013, les éditions Actes Sud lançaient une The big sky 01toute nouvelle collection : L’Ouest, le vrai. Passée plutôt inaperçue, la collection s’est ouverte sur deux titres l’année dernière : Terreur apache de W.R. Burnett et Des clairons dans l’après-midi d’Ernest Haycox. Depuis octobre 2014 avec The Big Sky, Actes Sud n’avait rien sorti au sein de ce nouveau label estampillé 100% U.S et grands espaces.

La collection est dirigée par Bertrand Tavernier, dont voici la présentation (qui donne fortement envie) :

« La série “L’Ouest, le vrai” veut faire redécouvrir ces auteurs aujourd’hui oubliés ou méconnus (du moins en France), dans des traductions inédites. Tout à la fois films et livres, j’ai choisi ces romans pour l’originalité avec laquelle ils racontent cette époque, pour leur fidélité aux événements historiques, pour leurs personnages attachants, le suspense qu’ils créent… mais aussi pour leur art d’évoquer des paysages si divers dont leurs auteurs sont amoureux : Dakota, Oregon, Texas, Arizona, Utah, Montana… l’Ouest, le vrai, quel irrésistible dépaysement !« 

The big sky 02Ainsi vient d’arriver The Big Sky de A.B. Guthrie, un cycle de six tomes qui nous plonge dans une Amérique belle et profonde, proche de la nature. Les deux premiers tomes de la série viennent de sortir chez Actes Sud, il s’agit de La captive aux yeux clairs (premier tome) et La route de l’Ouest (grâce auquel A.B. Guthrie a remporté le Prix Pulitzer en 1950). Ces deux romans ont d’ailleurs été adaptés à l’écran et sont devenus de mythiques westerns grâce au réalisateur Howard Hawks. Par ailleurs, les deux premiers ouvrages de cet ambitieux cycle ont déjà été édités en 1947 pour le premier tome et en 1956 chez Denoël. La suite n’a jamais été traduite en France.

En attendant de vous donner notre avis sur cette série aux couvertures sublimes et séductrices, voici la quatrième de couverture du premier tome de la saga :

Boone Caudill et ses amis trappeurs rejoignent une expédition vers le Haut-Missouri, vaste région sauvage où vivent les Indiens Black Foot. Teal Eye, une jeune Indienne, fait partie du voyage. Ce roman foisonnant et prenant nous immerge dans la vie des trappeurs et leur commerce avec les Indiens – mais aussi avec des hommes d’affaires sans scrupules. Howard Hawks tira de ce roman magnifique un de ses chefs-d’œuvre (1952) et un des plus grands westerns de l’histoire du cinéma.

AUTEUR :
GENRE : Littérature
TRANCHE d´ÂGE :