Archives du mot-clé hanté

Chronique : Hidden Pictures

Vous ne regarderez plus jamais un dessin d’enfant de la même manière après cette lecture !

Hidden Pictures est un roman à classer entre le suspense fantastique et l’horreur, l’ouvrage est paru chez Bragelonne en septembre 2022. Il s’agit du second ouvrage de Jason Rekulak à paraître en France, son premier était publié chez Actes Sud sous le titre La forteresse impossible.
Sur la couverture française, on peut lire un bon mot de Stephen King qui nous conseille vivement l’ouvrage. A-t-il raison ? Pour moi, OUI. J’ai adoré ce livre du début à la fin.

Une réinsertion en douceur

Mallory Quinn est jeune, à peine la vingtaine, mais elle a déjà un lourd passé derrière elle. Ancienne accro à l’héroïne et autres substances hautement addictives, la jeune femme est en rémission depuis vingt mois. Tout semble donc être sur la bonne voie pour elle. Et pour ajouter une autre bonne nouvelle, son parrain vient de lui trouver un job d’été parfait : garder un petit garçon de 5 ans dans une grande maison avec piscine au sein d’une petite ville chic.

Le cadre idéal pour repartir du bon pied dans la vie… Et d’ailleurs, au début tout se passe bien. Il y a juste une chose qui gêne un peu Mallory, mais ce travail est en or, et elle est prête à fermer les yeux sur les dessins de plus en plus étranges que fait le petit Teddy… Mais jusqu’à quand ?

Une intrigue diabolique, maline et captivante !

En quelques pages, Jason Rekulak m’a happée dans son monde. Cette petite ville américaine proprette, cette famille aisée dans ce beau quartier, sa piscine, son cadre idéal… J’adore les mystères, et je les trouve encore plus savoureux quand ils ont lieu dans des quartiers à l’image de Wisteria Lane. Je m’en fait une image de perfection qui cache quelque chose d’étrange, louche, voir même pourri. Comme ça va être le cas ici… Je m’arrête là pour ce qui est de vous « vendre » l’intrigue. Je vous laisse découvrir le reste par vous même. Sachez simplement que l’ambiance et l’intrigue m’ont attrapée en très peu de pages, dessins compris.

Oui, ce sont les dessins de Teddy le noeud du problème qui enfle pour Mallory. Le petit Teddy dessine des choses très classiques au début du roman, mais peu à peu ses personnages deviennent de plus en plus glauques et flippants. C’est cette montée en puissance douce et insidieuse vers l’horreur que j’ai le plus apprécié, ça et une belle surprise dans l’intrigue aux trois-quart de l’ouvrage.
Beaucoup d’indices sont disséminés dans l’ouvrage, mais saurez-vous les voir ? Les déceler ? Les sentir ? Rien n’est moins sûr !

Pour une fois, j’ai donc réussit à être surprise par une intrigue qui a su sortir des sentiers battus et rebattus. Jason Rekulak a su me mener par le bout du nez, et je n’ai rien vu venir, si ce n’est un malaise croissant. Bravo à lui, c’est un régal jusqu’à la toute fin, qui est juste parfaite.

Hidden Pictures est donc un roman à l’intrigue géniale et à l’efficacité redoutable. Pour moi, ça a fonctionné à merveille du début à la fin. Jason Rekulak a su dès la toute première page insinuer du bizarre, et ensuite, c’est impossible à reposer. Merci à lui pour la nuit blanche, j’ai adoré. Mention spéciale aux dessins, qui sont vraiment aussi importants que le texte pour cette intrigue. Ils participent grandement à l’atmosphère glauque qui se diffuse de plus en plus tout au long du roman…

Un petit dessin creepy… le premier d’une longue série…

AUTEUR :
EDITEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Chronique ado : Mon beau grimoire

Il ne fait pas bon harceler une jeune fille qui n’a rien à perdre… surtout quand elle décide de se lancer dans la magie noire pour se venger…

Chrysostome Gourio est un auteur français qui écrit pour la jeunesse et les ados mais aussi les adultes. On lui doit notamment Rufus le fantôme (Sarbacane, Pépix), Wilma la vampire (Sarbacane, Pépix) ou encore La brigade des chasseurs d’ombres (Sarbacane, Exprim’). Mon beau grimoire est paru en 2021 dans la très bonne collection d’horreur pour les 14 ans et plus chez Casterman : Hanté.

Les trois K, ou l’horreur du harcèlement personnifiée

La jeune Perséphone a un lieu d’habitation peu commun, sa maison est au beau milieu d’un cimetierre. A cause de cela seulement, elle est harcelée. Certains de ses camarades la prénomment « la sorcière », lui jettent des mots atroces à la figure. Perséphone n’en peut plus d’être une victime. Alors quand on lui propose de devenir actrice de son destin et de se venger par le biais de la magie noire, elle n’hésite pas. Quel qu’en soit le prix. Et il est terriblement lourd…

Parfait pour qui aime les histoires qui finissent mal

Vous aimez les fins pas toutes roses ? Les héros et antihéros qui en bavent ? Les contes de la crypte font partie de vos pulps préférés ? Mon beau grimoire est fait pour vous. Il y a une telle violence latente dans ce roman que ça en fait peur… ça tombe plutôt bien puisque qu’on est dans une collection horrifique !

Le format très court de la collection Hanté fait encore une fois preuve d’efficacité. C’est rapide, terrible et conclu avec une efficacité redoutable. D’autant que l’auteur adore tout ce qui touche à la mort et à ses archétypes. Il a déjà mis en scène (pour des lecteurs beaucoup plus jeunes) quantité de personnages qui vont de pair avec les ténèbres… Mais ici, on s’adresse à des 14 ans et plus et ça se voit !

C’est sombre, glauque et il est difficile de définir une frontière nette entre le bien et le mal. Perséphone souffre, c’est indiscutable, mais cela lui donne-t-il le droit de faire souffrir ? Là est toute la question ! A réserver aux fans d’histoires horribles dignes des meilleurs Chair de poule, le contenu sensible en plus.

Chronique Jeunesse : Raymond le démon – Tome 1 – Où est le mal ?

Avez-vous déjà lu le journal intime d’un démon pour enfants ? Quand ce sera fait vous allez avoir peur que Raymond réussisse à avoir sa promotion…

Luc Blanvillain est un auteur qui s’est installé dans le paysage éditorial français depuis une bonne petite dizaine d’années. Il écrit aussi bien pour la jeunesse que pour les ados sans oublier les adultes. Il écrit énormément, je suis donc loin d’avoir lu tous ses ouvrages… Mais à chaque fois, je tombe sous le charme de son humour décapant et de son écriture toujours très juste. Le journal de Raymond le démon ne fait pas exception…

Parmi ses précédents romans, je peux notamment vous citer Crimes et jeans slims, un excellent roman policier pour la jeunesse qui ne manque pas d’humour. Ou encore Journal d’un nul débutant, absolument charmant comme j’aime… Cette fois-ci, avec Raymond, vous allez avoir de belles surprises… ! Vous avez déjà lu le journal intime d’un démon, vous ?

Une promotion à la clé…

Raymond est un démon… démoniaque. Rien de lui a encore résisté, et une belle carrière est en train de s’esquisser pour lui. C’est d’ailleurs le moment pour lui de faire un coup de maître afin d’avoir LA promotion dont il rêve depuis des millénaires. En effet, être démon pour enfants n’est pas très excitant ni épanouissant… Mais s’il réussit à mener sur la mauvaise pente la jeune Anne-Fleur Berzingue, il deviendra démon pour dictateurs et autre personnages détestables. Le rêve donc.

Mais ce dont il ne se doute pas encore, c’est que cette très chère Anne-Fleur est ADORABLE. Elle ne pense jamais à mal, aime son prochain et serait prête à tendre l’autre joue si elle était giflée… Autrement dit, Raymond a un problème de taille avec elle. Il va donc tout mettre en œuvre pour que la parfaite jeune fille se transforme en véritable rebelle et plus encore…

Une réussite hilarante !

Encore une fois Luc Blanvillain réussit à me faire rire et à créer une histoire originale, ce qui n’est pas chose aisée en jeunesse. Beaucoup de choses ont été faites, mais cette idée de démon pour enfants en attente d’une promotion est fort bien trouvée. Et tout aussi bien développée.

J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce premier tome des aventures de Raymond (la suite est prévue pour l’été 2022). Les dialogues sont savoureux et ne manquent pas de piquants… Et surtout, l’auteur réussit à bien mener sa barque et à surprendre ses lecteurs au fil de l’intrigue. C’est très bien joué… J’ai adoré.

Il y a toujours ce savant mélange entre écriture travaillée et humour très piquant, c’est devenu pour moi la signature des romans de Luc Blanvillain. De l’humour, de la tendresse et toujours une plume travaillée tout en sachant s’adresser à un jeune public (ne pas prendre les jeunes lecteurs pour des idiots en les infantilisant par exemple).
Pour moi, cet ouvrage est à classer pile entre La troisième vengeance de Robert Pouttifard de J.C. Mourlevat et Les Willoughby de Lois Lowry pour ce qui est de l’humour débordant.

Difficile de rentrer plus dans le détail sous peine de trop en dire, je vous demande juste de me faire confiance, ce petit roman est une réussite. Il s’adresse aux lecteurs et lectrices dès l’âge de 9 ans jusque 11 ans environ. Et en tant qu’adulte, j’ai passé un excellent moment, alors je gage que ce sera le cas aussi pour les enfants ! Alors vivement la suite…

Chronique : A la découverte de Kitaro le Repoussant

Il est étrange, bizarre, entouré de créatures fantasmagoriques, affublé d’un pull magique qu’il n’enlève jamais et accompagné d’un œil sur pattes qu’il dit être son père… et un rire oppressant l’accompagne partout où il va : « ge ge ge… » Voici Kitaro le repoussant !

Pour ceux qui aiment le folklore japonais, Kitaro le repoussant est un classique parmi les classiques à découvrir d’urgence. Écrit et dessiné par Shigeru Mizuki dans les années 60, la saga comporte 11 tomes, tous disponibles en France aux éditions Cornélius. Elle n’est pas complète comparé à la version originale, mais rien ne nous permet d’espérer. Et elle n’a pas pris une seule ride malgré les soixante ans passés depuis les premières publications.

Si l’œuvre de Shigeru Mizuki vous passionne – et il y a de quoi – il a également écrit La trilogie du Kappa, ainsi que 3 rue des mystères tous très représentatifs de son œuvre. Il y a également un magnifique Dictionnaire des Yôkai paru aux éditions Pika qui vaut le détour… c’est un bijou d’édition et d’illustration. Un indispensable pour tout fan de Japon qui se respecte.  

Une histoire pour en conter des centaines d’autres devenues légendes

Du point de vue de l’époque, les aventures de Kitaro étaient révolutionnaires. Un auteur qui s’approprie tout le folklore de son pays pour le retranscrire sous forme d’un mange d’aventure, c’est original. Et extrêmement audacieux ! C’est en partie grâce à lui que toutes les légendes autour des yôkai ont été remises au goût du jour. Alors qu’elles étaient en sommeil et quelque peu perdues, Shigeru Mizuki les a remises au goût du jour.

Et encore aujourd’hui, son héros Kitaro bénéficie d’une excellente popularité : figurines, jeux, adaptation en animé (plusieurs fois : une dans les années 70, une dans les années 2000 et encore une plus récemment), jeux… Kitaro est partout. Un bel espace lui était même dédié dans la superbe exposition Enfers et fantômes d’Asie en 2018 au Quai Branly.

A l’image des nombreux yokai qu’il a permis de (re)découvrir, Kitaro est lui aussi devenu une légende à part entière !

Des aventures mettant en avant les légendes nippones…

Chaque tome de la série (inutile de chroniquer les ouvrages un par un) est ainsi un recueil de plusieurs petites aventures. Souvent, un yokai interfère avec une communauté humaine – village ou famille – et piège certains de ses membres. C’est ainsi qu’arrive le jeune Kitaro… et il réussit à prendre les malins esprits à leur propre pièges ! Mais cela n’est pas sans dangers, et de nombreuses aventures auraient pu lui être fatales s’il n’était pas épaulé par son père (le petit œil souvent posé sur son épaule) et très malicieux de nature…

Ainsi une batte de base-ball ensorcelée va mettre en péril des dizaines de vies, une enfant kidnappée par des yokai va servir un noir dessein… et quantité d’autres obscures aventures vous attendent.

Outre ce folklore méconnu venu du Japon, les aventures de Kitaro sont un délice avant tout pour le merveilleux dessin que nous offre Shigeru Mizuki. A la fois dense, fouillé, bizarre… sombre et beau !

C’est la quintessence même de l’esprit nippon : entre vieilles légendes ancrées dans la culture et un esprit plus contemporain. C’est l’une des raisons du succès de cette saga : son intemporalité, mais également son aisance à glisser entre les veilles croyances d’hier et d’aujourd’hui.

Alors pour tous ceux et celles qui aiment les histoires retorses, sombres, parfois glauques, la série des Kitaro est à avoir absolument dans sa bibliothèque. Les avoir chez soi est du plus bel effet (magnifiques dos colorés, et papier à l’odeur extrêmement plaisante…).

La chanson thème de Kitaro (qui est reprise quelle que soit l’époque de l’anime).
Immédiatement dans l’ambiance avec cette tour aux inquiétants occupants…
Un luxe de détails incroyable à chaque pages !

Chronique : Shadow House – Tome 1 – La Rencontre

Et si ce qui nous hante pouvais nous piéger dans un manoir sombre, très sombre…

Paru en mars 2017, voici La Rencontre, le premier tome de la série horrifique Shadow House. En France, ce sont les éditions Hachette qui publient la saga. A l’écriture, nous découvrons Dan Poblocki, un auteur américain spécialisé dans les nouvelles horrifiques.

Des adolescents que tout oppose réunis dans l’horreur

Poppy est une jeune fille abandonnée à l’âge de 5 ans, elle vit dans un orphelinat… Elle voit une étrange fille dans le miroir depuis sa plus tendre enfance. Parfois, la fille du miroir lui donne d’étranges objet durant son sommeil…

Dylan et Dash sont deux jumeaux au caractère très différent, ils ne semblent pas avoir de réels problèmes sinon qu’ils se disputent systématiquement. Azuma est une jeune fille qui a perdu sa sœur dans une forêt, au Japon. Depuis, son souvenir la hante quotidiennement… Marcus quant à lui est un fou de musique. Fou à tel point qu’il entend dans sa tête une étrange mélodie depuis tout petit. Si on le prive de musique, c’est comme si on le coupait d’oxygène.

Rien ne semble les réunir, et pourtant, tous les cinq vont recevoir une étrange invitation à rejoindre le manoir de Larkspur. Mais ce qu’ils vont y découvrir est bien loin de leurs attentes…

Dans une ambiance parfaitement flippante…

Pour ce qui est de l’ambiance, Shadow House est parfait. Ceux qui ont entre 11 et 13 ans et qui souhaitent se faire peur devraient être satisfait de l’atmosphère rendue par le roman. Terrible manoir aux pièces changeantes, enfants masqués terrifiants, incendies qui démarrent et s’estompent d’eux-mêmes, indices étranges, voix…

En ce qui concerne l’intrigue… je suis beaucoup plus réservée. La Rencontre est un roman qui use de tous les codes possibles du roman d’horreur : manoir gigantesque, sombre, et isolé. Personnages ayant des visions étranges, un passé lourd… L’intrigue en elle-même est assez sombre, mais assez lente. On comprend vite que les cinq adolescents ont un point commun qui peut vite les rendre vulnérables.

Ce premier tome manque malgré tout de surprises. Pour ceux qui sont déjà familliers des films/séries/romans d’horreur, Shadow House ne revêt pas de caractère exceptionnel.

Le roman n’est d’ailleurs pas sans faire penser à la saga Miss Peregrine et les enfants particuliers avec ses nombreuses photos d’enfants étranges en noir et blanc…

…..

Alors, livre objet marketing (la fabrication de la couverture est originale) ou série de livres vraiment captivante ? Difficile à dire à la lecture de ce premier tome car on apprend très peu de choses. Seul les derniers chapitres révèlent une petite surprise, mais pas au point de trouver la lecture mémorable.

Affaire à suivre plus amplement à la sortie du second tome, mais j’avoue être quelque peu sceptique…