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Chronique : Margo a des problèmes d’argent

Rufi Thorpe est une autrice américaine, et elle n’en est pas à son premier coup d’essai. Elle a déjà été remarquée aux États-Unis avec son roman The Knockout Queen, finaliste du prix PEN/Faulkner de la fiction en 2021. Avec Margo a des problèmes d’argent, elle débarque en France et signe l’arrivée d’une toute nouvelle maison d’édition sur laquelle il va falloir compter : Le soir venu (le label littérature des éditions Jouvence).

MAJ : L’ouvrage vient tout juste de paraître aux éditions Pocket ! J’ai d’ailleurs reçu une jolie box avec quelques goodies à l’intérieur. Pour voir tout ça, c’est ici.

Un bébé, pas de travail et la vie sociale qui lui tourne le dos…

Quand débute ce roman, il faut avouer que la vie de Margo est un sacré bordel. Elle est une jeune maman de 19 ans qui vient d’accoucher de l’enfant de son professeur de lettres déjà marié. Et clairement, elle ne pensait pas que la vie serait si difficile avec un bébé dans le paysage. Impossible de le faire garder par sa mère qui travaille et encore moins pas son père catcheur qui n’est jamais dans le coin… Elle ne peux donc compter que sur elle-même car son emploi de serveuse n’est plus… elle ne pouvait pas emmener son enfant pendant le service. Elle se retrouve donc avec ses colocataires étudiantes qui n’en peuvent plus des nuits instables du bébé avec un loyer à payer, et sans revenus. Ça pourrait être pire ? Oui, et ça ne va bientôt pas tarder à l’être…

Le portrait d’une jeune femme qu’on ne peux qu’aimer malgré tous les mauvais choix qu’elle fait

Margo peut paraître aussi irresponsable qu’insupportable quand on découvre peu à peu toures les (pires) décisions qu’elle a prises. Et pourtant, elle est extrêmement attachante et maline. Ce livre est un parfait exemple de comment lutter contre les préjugés, car Margo ne va faire qu’essuyer ces derniers tout au long du livre… Une presque ado enceinte, un père catcheur absent, l’abandon des études… elle tombe totalement dans le stéréotype des white trash (cas sociaux blancs américains). Et pourtant, elle va démontrer à son entourage qu’elle peut se prendre en main, elle mais aussi son bébé Bodhi (mais qu’est-ce que c’est que ce prénom ?).

Mais avant de se prendre en main, elle va faire comme des millions de femmes qui tentent de survivre à travers le monde sur… OnlyFans. Et il se peux que très rapidement, ça la dépasse :

J’ai adoré découvrir ce monde totalement méconnu d’internet qui est un véritable business. Et comme Margo, peu à peu on va découvrir tous les secrets de cette plateforme dédiée à un travail du sexe personnalisé. Plus qu’un roman sur les déboires d’une jeune femme, c’est également une véritable analyse de société. A-t-on droit à une seconde chance ? Est-ce que quand la société décide que l’on est un cas social, on le reste pour toujours ? Comment sortir de la spirale de l’injustice sociale quand tout nous enfonce encore et encore ?

Tout cela est plus encore, ce roman drôle et fin nous l’illustre à la perfection. Tous les personnages sont incroyables (ou détestables). Du père catcheur de Margo en passant par l’un de ses étranges clients OF, ils ont tous quelque chose à nous apporter, que ce soit en émotions ou en réflexion.
Ce roman brillant est à mettre entre toutes les mains, que l’on soit de bonne humeur ou pas trop, c’est justement l’occasion de se redonner le sourire ! Vive Margo et sa persévérance créative qui nous emmène loin !

Chronique roman japonais : Journal d’un vide

Emi Yagi est une autrice japonaise, Journal d’un vide est son premier ouvrage. Pour ce premier roman, elle a remporté le prix Osamu Dazai, remis chaque année au meilleur roman japonais. Avant d’être autrice, Emi Yagi est avant tout éditrice pour un magazine féminin.

Nettoyer les tasses, toujours…

Tout commence un beau jour tout à fait normal dans l’entreprise de Mme Shibata. Comme d’habitude, quand il y a des choses qui trainent ou à nettoyer, ces taches incombent tout naturellement à cette dernière. Cela n’a jamais été demandé de façon claire, mais il semble normal que la femme de l’équipe s’en occupe…

Sauf qu’un jour, Mme Shibata en a assez. Lorsqu’on lui fait comprendre que les tasses sales qui trainent doivent être enlevées et néttoyées par ses bons soins, elle lance qu’elle n’est pas en état de le faire. Mme Shibata annonce ainsi sa grossesse pour ne plus avoir à faire ces injustes taches ménagères qui lui ont toujours été attitrées. Sauf que Mme Shibata n’est pas enceinte, mais grâce à cette nouvelle aura, elle va redécouvrir le temps qu’on a pour soi et la liberté… jusqu’à ce que que son mensonge prennent de plus en plus de place…

Un roman étrange et intéressant qui décrypte la société nippone et ses écueils

La société fait rêver par certains de ses aspects, son respect des ainés, ses croyances animistes, sa créativité, sa culture si différente et pourtant passionnante… Mais la société japonaise est également très sexiste envers les femmes. Dans ce pays où la natalité baisse d’années en années face à une population âgée très conséquente, les femmes enceintes sont perçues comme des petits miracles à préserver. Et notre héroïne, Mme Sibata va justement se jouer de cela pour ne plus subir pour un temps les injustices.

Ce roman est écrit comme une sorte de journal de grossesse, avec des chapitres qui comptent le nombre de semaines, on y découvre l’évolution du vide qui prend de plus en plus de place dans le ventre de Mme Shibata. Peu à peu, la société la regarde différemment, elle découvre également ce qu’est avoir du temps pour soi et ne pas rentrer épuisée du travail…

J’ai beaucoup aimé la première partie de ce roman, qui dénonce de façon totalement décalée la société nippone et sa dureté envers les femmes. Cette partie du roman m’a fait pensé à un autre texte qui dénonce l’image que renvoie une femme célibataire au Japon : La fille de la supérette (dans ce roman la narratrice fait croire qu’elle va se marier pour avoir la paix car ses proches sont de plus en plus insistants).
Mais à la différence de La fille de la supérette, Journal d’un vide n’est pas un coup de coeur pour moi. J’ai eu un peu de mal a apprécier les derniers chapitres, que j’ai trouvé laborieux. Cependant, le message reste fort et intéressant pour qui s’intéresse au Japon sous toutes ses formes.

Ainsi, Journal d’un vide permet de découvrir le prisme du sexisme au Japon dans le monde du travail, le tout doublé d’une analyse de ce qui se passe après la naissance. Mme Shibata va en effet échanger avec beaucoup de femmes enceintes, et nombre d’entre elles sont bien seules une fois l’enfant né. C’est un roman à destination ce celleux qui veulent découvrir le Japon autrement, à travers un prisme à la fois caustique, drôle et réaliste par certains aspects.

Chronique : L’été circulaire

Un roman violent sur la misère absolue dans la France d’aujourd’hui… terrible et marquant.

Marion Brunet est une autrice française, elle écrit principalement pour la jeunesse et les adolescents. Elle s’est fait connaître notamment pour son roman Dans le désordre (Sarbacane, collection Exprim’).

Pour la jeunesse, elle a écrit la chouette série de l’ogre : L’ogre au pull vert moutarde, L’ogre au pull rose griotte et L’ogre à poil(s).

L’été circulaire est son premier roman à destination des adultes, il est paru initialement aux éditions Albin Michel avant de sortir il y a peu chez Le livre de poche.

Une famille sans le sous et avec guère de culture…

Nous sommes dans le sud de la France. Pour Jo et Céline, la première éducation, c’est l’école de la vie. Avec des parents qui laissent peu de place aux sentiments (du moins les positifs), les deux sœurs sont livrées à elles-mêmes. La mère est dure, et assez effacée. Le père boit pas mal, et peut vite devenir violent si il n’obtient pas rapidement ce qu’il veut.

 Leurs filles sortent à tout heure, font à peu près ce qui leur chante… Johanna (ou Jo) a quinze ans et même si elle semble totalement déphasée, elle a malgré tout la tête sur les épaules. Tout le monde la trouve cependant bizarre, effrontée, et elle se fait souvent harceler pour être encore sortie des sentiers battus.

Malgré tout, c’est par Céline que le drame va arriver, quand sa mère découvre qu’elle est enceinte… s’ensuit alors les coups du père pour savoir de qui est l’enfant, face à une Céline obstinée et muette…

Comment en est-on arrivé là ? Et que va devenir cette famille déjà fortement dysfonctionnelle ?

Un roman noir plus qu’un polar

Avant de continuer, je tiens à préciser que malgré la collection dans laquelle est catalogué le roman- à savoir « policier » – il ne s’agit pas du tout d’un polar ou d’un thriller. Nous sommes dans le plus pur style du roman noir. Ici, pas de suspense à couper au couteau, mais une intrigue qui suit la vie de cette famille en détresse à tous points de vue.

Manque d’argent, de culture, on sent qu’il est impossible pour eux de s’élever un tant soit peu de leur condition. Dès qu’il arrive quelque chose de bien à un voisin, on le hait, on le jalouse, et on ne se remet surtout pas en question…

Je ne sais pas comment Marion Brunet a fait pour coller comme cela à ce qui m’a semblé être la réalité, mais elle a réussi un coup de maître. Ecriture efficace, à l’acide, d’une cruauté à la hauteur de ce que la société fait subir à Céline et Jo…  C’est beau et violent à la fois. Si vous aimez les romans ancrés dans la société et ce qu’elle a de plus sombre, L’été circulaire pourrait vous intéresser et vous plaire.

Alors, certes ce n’est pas un polar, mais ça se lit comme tel. On meurt d’envie de savoir ce que vont devenir ces deux gamines larguées par la vie et qui sont constamment livrées à elle-même. Céline en particulier, dans sa naïveté absolue et son manque d’envie pour tout en devient touchante… Mais ma préférée restera Jo, une véritable héroïne que le monde ignore… Mais vous, vous saurez que c’en est une rien qu’en la découvrant… Superbe de noirceur.

Chronique : Os de lune

Un roman onirique et curieux à nul autre pareil. Entre New York et un monde surréaliste nommé Rondua. La quête étrange des os de lune commence…

Os de lune est devenu aux États-Unis un classique dans le domaine de l’imaginaire. Roman encensé par Neil Gaiman (dont il a d’ailleurs fait la préface), premier tome d’une saga qui en compte sept au total. Jonathan Carroll a déjà été publié en France aux éditions Pocket et Denoël, mais cette réédition d’Os de lune est l’occasion de faire la (re)connaissance d’un nouvel imaginaire.

Personnellement, c’était la première fois que j’entrais dans l’univers si particulier et pourtant fluide de l’auteur… et je n’ai qu’une envie, retourner à la frontière entre notre monde et Rondua…

Une vie agréable et paisible…

Cullen est une femme qui a la chance de pouvoir dire que sa vie est heureuse. Un mari génial et aimant, une petite fille adorable, un appartement au cœur de New York… Il y en a pour qui la vie est plus difficile. Après avoir vécu avec son mari en Italie quelque temps, les voici de retour à New York après avoir eu leur premier enfant… c’est alors que surviennent les rêves. Étranges, d’un réalisme inquiétant et d’une bizarrerie propre aux rêves, Cullen ne peux s’empêcher de trouver ses rêves excessivement réels. Comme si ils avaient une prise sur elle dans le réel à force de les retourner dans tous les sens…

Bienvenue à Rondua, un étrange monde où Cullen est en quête des Os de lune, affublée d’étranges personnages : un chien géant, un petit garçon nommé Pepsi, entre autres…

Un roman particulier que l’on ne souhaite pas quitter

Il faut l’avouer, malgré l’étrangeté (et peut-être même à cause) du roman tout du long, il est très difficile de quitter les personnages d’Os de lune.

Entre la partie réaliste et onirique, mes moments favoris sont pour moi ceux où Cullen est ancrée dans sa vie réelle. Les personnages sont tellement vrais ET attachants que l’on a qu’une envie, les découvrir plus encore…  Je pense notamment à Cullen elle-même, dont le parcours n’a pas été facile et qui devient de plus en plus étrange, mais également à son meilleur ami et voisin : Eliot. Il a pour moi quelque chose de fascinant dans sa façon d’être, ses répliques, son rôle au sein du roman. Je ne saurais l’expliquer clairement, mais Eliot a été mon personnage favori de ce merveilleux livre, plus que Danny le charmant mari de Cullen. Sans oublier un autre voisin de Cullen, beaucoup plus étrange et inquiétant… mais je vous laisse le découvrir.

Pour ce qui est de la partie onirique du roman, elle prend au fil des chapitres de plus en plus de place, textuellement et dans l’esprit de Cullen. Jonahtan a réussit à créer quelque chose d’aussi bizarre que logique dans son roman, jamais je n’avais lu de rêve aussi bien écrit. Je vous laisse juge de cet extrait, mais je trouve qu’il reflète parfaitement l’esprit fou/tangible de Rondua :

« Je regardai l’île qu’il m’indiquait. Etait-elle le Rondua d’un autre rêveur, ou une simple parcelle de terre au milieu d’un océan rose, où les rochers pleuraient et les nuages veillaient sur des vaches en métal à voix humaine ? »

Il faut dire également que la traduction réussie de Nathalie Duport-Serval et Danielle Michel-Chich fait merveille car le texte d’origine ne devait pas être aisé à traduire.

……..

Os de lune, c’est donc une histoire magnifique et surprenante sur tous les plans, qu’ils soient réalistes ou non. Jonathan Carroll sait fasciner son lecteur grâce à des personnages et une intrigue fortes. Je n’ai qu’une envie, en savoir encore plus sur Rondua et le devenir de Cullen, son mari et sa petite fille. Les derniers chapitres étaient si forts en émotions et en surprises de taille que je m’en rappelle encore… Aussi inclassable que génial.

Ce premier tome peut se lire de façon relativement indépendante car on nous propose une fin, mais je rêve de lire la suite !

TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : La mère des eaux

Un thriller fantastique et fou qui tire ses origines dans ce que la magie vaudou a de plus sombre…

Après Les enfants de Peakwood, Rod Marty revient ! Auteur français découvert par les éditions Srcinéo, La mère des eaux est son second roman. On y sent plus d’assurance et de maturité que dans le premier. Plus de noirceur également. Je vous laisse aviser, mais pour moi, c’est un véritable coup de cœur.

Il était une fois… dans une petite ville isolée de Louisiane : Lamarre

Emily et Chris forment un couple idéal. Ou presque. Leur manque d’enfant commence à peser, en particulier pour Emily qui a perdu tout espoir à force fausses-couches à répétition… Pour Emily, qui est fille adoptive, c’est encore plus difficile à accepter que pour d’autres…

Alors, quand arrive une lettre en provenance de la ville de Lamarre et qu’on lui annonce qu’elle hérite de la propriété de sa mère, Emily veux y aller immédiatement. Surtout que sa mère biologique n’est pas décédée, mais bien vivante ! Une surprise de taille pour la jeune femme. Mais sa mère est totalement vidée, il n’y a plus d’âme en elle, uniquement une enveloppe qu’il faut nourrir et changer… Emily doit donc s’occuper d’elle maintenant, et peut-être rester à Lamarre ?

Les habitants y sont si accueillants, gentils, prévenants… pourquoi ne pas rester vivre dans cette douce petite ville à l’écart du stress de la grande ville ? Surtout que peu à peu, on commence à promettre à Emily l’idée qu’un enfant d’elle puisse naître dans cette ville aux caractéristiques uniques. Comment ? Pourquoi ? Beaucoup de questions s’amoncellent aux portes de Lamarre… oserez-vous les franchir ?

Un roman sombre comme il faut…

Lire ce roman, c’est se retrouver dans un autre endroit, et même un autre siècle. Lamarre est une ville si isolée de tout qu’on dirait que le temps s’y arrêté. Ce qu’on y découvre est bien loin de ce qu’on aurait pu imaginer au premier abord.

Je m’attendais toutefois à un récit sombre, et j’ai justement adoré La mère des eaux pour cela. Ça fait du bien de lire un roman dont l’atmosphère est proche du récit horrifique. Sous tension constante, parsemé de visions étranges, violentes, parfois érotiques… Emily se perd peu à peu dans les méandres de la petite ville de Lamarre.

L’ambiance est lente, lancinante, invasive… on sent réellement le mal-être qu’engendre peu à peu la ville sur le couple. Rod Marty a gagné en maturité au niveau du développement de son décor. Beaucoup plus fin, efficace que dans son précédent roman. C’est délectable !

Et surtout, on en apprend énormément sur la magie vaudou. Dans ce roman, il est question de Mami Wata, la Reine des eaux. Elle peut vous donner beaucoup si vous la servez comme il se doit… sinon elle reprend tout, et pire encore. Si vous commencez d’ailleurs à chercher un peu qui est Mami Wata sur le net, vous trouverez énormément de sites web dédiés au vaudou (haïtien, africain…). J’avoue avoir tellement aimé que j’aurais voulu en savoir plus cette culture magique si bénéfique et dangereuse à la fois.

J’ai adoré découvrir le mythe pensé par Rod Marty pour expliquer les origines de la ville de Lamarre. Dans le roman, on alterne entre notre époque et une autre, une centaine d’années avant. Tout est bien ficelé pour nous amener jusqu’à la conclusion parfaite concoctée par Rod Marty.

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En conclusion, La mère des eaux est un roman parfait si vous aimer vous faire peur, être captivé par une ambiance étrange, malsaine et fascinante à la fois.

Rod Marty se révèle enfin avec ce roman de qualité qui plaira aux fans d’horreur et de fantastique !

PS : Petite mention spéciale pour la couverture que je trouve absolument parfaite pour le roman. Je n’ai d’ailleurs pas pu m’empêcher de penser à un autre roman d’horreur qui utilise la couleur verte comme base, avec une petite chapelle en fond… ça vous parle ?

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Chronique : Le royaume des cercueils suspendus

Un roman pour ados moins facile d’accès que la plupart, mais qui nous offre une histoire aussi belle que cruelle…

Paru en octobre 2014 dans la collection Epik (réunissant les livres de l’imaginaire à destination des ados) du Rouergue, ce roman de Florence Aubry est aussi poétique qu’inclassable.

Son auteur, Florence Aubry, est connue dans le domaine de la littérature à destination des adolescents. On lui doit notamment : Le garçon talisman, Biture express, Nola ou encore La main de l’aviateur.

Une société aux mœurs étranges et implacables

Les Bâas sont un peuple où les traditions prédominent, tout est rituel, croyances. L’une de leurs traditions les plus importantes étant la Cérémonie. Pour le groupe d’amis que forment Xiong, Huang, Lou-ki et Leï, il s’agit d’un tournant dans leur vie… Surtout pour l’un d’entre eux, car la Cérémonie va révéler qu’il n’est pas né Bâa, ne possède pas le Don, et qu’il n’a aucun droit de vivre parmi ce peuple.

Condamné à mort par ceux qu’il a toujours connus, Hang n’a jamais douté d’être un Bâa… Mais le voici juché à flanc de falaise avec une seule ration de nourriture et un cercueil suspendu qui l’attend sagement… Voici l’histoire d’amitiés indéfectibles, de jalousies funèbres, de haines entre les peuples… Quel sentiment prédominera dans cette histoire ?

Un roman étrange au rythme lancinant

Très inspiré de la culture asiatique par certains aspects, Le royaume des cercueils suspendus est un roman difficile d’accès. Il est plus complexe qu’il n’y paraît, mais si vous vous y accrochez assez longtemps, vous découvrirez une histoire magnifique qui en vaut la peine.

Il faut avouer que le rythme de départ est très lent, j’ai même faillit décrocher durant les cinquante premières pages. Mais peu à peu, on découvre les enjeux qui lient ce cercle d’amis…

L’histoire de Leï en particulier à su m’atteindre avec force. Quand on découvre peu à peu ce qui se trame autour de sa personne on se prend d’affection pour la jeune fille et son destin. Et on lit avec anxiété la suite de son histoire… pour la dévorer jusqu’à l’ultime page !

Florence Aubry a le don de l’intrigue, mais aussi du style. Son univers est beau, bien que âpre, fascinant tant il est empli de rituels… On aurait d’ailleurs aimé en apprendre encore plus sur le peuple des Bâas car on en sait très peu au final sur eux. Mais ce n’est pas grave, conserver une part de mystère dans ce genre d’univers littéraire reste un plaisir.

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C’est donc un bon roman à destination des ados qui nous est ici offert. Bien écrit, avec un peuple singulier, des destins croisés et une mythologie fouillée. A réserver à ceux et celles qui veulent découvrir un récit plus recherché que ce qu’offre l’édition pour ado en général. Il faut insister pour découvrir ce livre, et ça n’est pas forcément un mal ! Dès 14 ans environ.

Chronique : Tony Hogan m’a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman

Le quotidien d’une famille à qui la vie ne fait pas de cadeaux. Une magnifique et terrible histoire entre misère sociale et pleurs, coups, le tout parfois parsemé de rares éclats de rires…

D’origine écossaise, Kerry Hudson est une auteur qui monte, qui monte… Pour le moment, elle n’a que deux ouvrages publiés en France. Tony Hogan m’a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman est son premier ouvrage, très inspiré de son enfance entre HLM et Bed end Breakfast. Son second ouvrage, La couleur de l’eau est paru en 2015 aux éditions Philippe Rey et a remporté le très prestigieux prix Femina.

Son œuvre se distingue par son réalisme dur et froid, où les personnages sont souvent jeunes mais déjà très abimés par la vie… Et pourtant, c’est magnifique, beau à en faire mal, et terriblement accrocheur.

L’Ecosse des années 80 : ses drogués, sa misère sociale… et au milieu de tout cela, la famille Ryan

Bienvenue dans le monde de Janie Ryan, fraîchement venue au monde, elle est déjà ballotée d’instituts en HLM avec sa jeune maman d’une vingtaine d’années. Entre une grand-mère qui met sa fille à la porte, une mère accro à la boisson et des « tontons » qui viennent souvent en visite, la vie est loin d’être rose…

Bref, l’Ecosse des années 80 est un monde dur et sur le fil où il faut jongler entre les chômeurs, les dealers, les menaces pour un regard de travers et autres joies… Mais la mère de Janie a beau être jeune, elle sait se débrouiller pour que sa fille ne soit pas (trop) dans le besoin, quitte à faire confiance aux mauvaises personnes.

Ames sensibles, s’abstenir, la réalité est beaucoup difficile à appréhender que la fiction, surtout quand on sait que l’auteur s’inspire en partie de sa propre enfance.

Magnifique dans la saleté en la déchéance…

Lire un roman tel que celui-ci, c’est accepter de ne pas savoir où l’auteur va nous mener. C’est découvrir un monde sale et glauque pourtant bien présent, et ce toujours à notre époque. C’est observer le quotidien d’une famille qui vit (très mal) d’aides sociales et joue continuellement la carte de la débrouille.

J’avoue avoir eu beaucoup de mal à me prendre d’affection pour la maman de Janie (je n’ai d’ailleurs pas réussi), qui se nomme Iris. Totalement irresponsable, changeant tout le temps d’avis comme de maison ou de mec. Sanguine, versatile, très fière, Iris ne semble tirer aucune leçon de ses très nombreuses erreurs… Sa fille Janie a beaucoup plus de jugeote et de suite dans les idées que sa mère… jusqu’à un certain point.

Ainsi, nous suivons l’histoire de la famille Ryan du point de vue de Janie (de sa naissance) jusqu’à son adolescence.

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C’est d’une infinie tristesse, on a le cœur balloté entre les bouteilles de bière vides de maman, les seringues de tonton et l’argot extrêmement fleurit de chacun. Et pourtant, on découvre une Janie débordante de vie, curieuse, demandeuse d’autre chose pour elle. Va-t-elle l’obtenir ? Vous devrez lire ce sublime roman pour avoir le fin mot de l’histoire…

Quoi qu’il en soit, c’est un roman qui fait vibrer, qui nous rend inquiet pour ses nombreux personnages hauts en couleurs. L’œuvre de Kerry Hudson sera à surveiller de très près à l’avenir, car ses deux romans sont pour moi de magnifiques pépites à ne rater pour rien au monde…

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Chronique : England’s Lane

Tout le monde a ses petits secrets… et les habitants d’England’s lane ne font pas exception…

Écrivain anglais, Joseph Connoly nous offre le portrait coloré des habitants d’une rue commerçante du nord de Londres : England’s Lane. Entre ambiance surannée, intrigues et roman historique, les commerçants des petites boutiques on de bien nombreux secrets…

Si vous ne connaissez pas encore Joseph Connoly, voici une petite liste non exhaustive de ce qu’il a écrit : S.O.S, Embrassez qui vous voudrez, N’oublie pas mes petits souliers

Bienvenue à England’s lane…

…une petite rue commerçante où il ne se passe rien. Enfin, seulement en apparence. De la femme du quincailler, au boucher en passant par le vendeur de bonbons, chacun à son petit (ou très gros) secret… Et en cette année 1959, beaucoup de choses vont basculer pour les habitants de cette rue plutôt tranquille.

Une ambiance surannée agréable mais qui ne suffit pas à nous faire aimer littéralement ce roman

L’atout principal de ce roman aux élans historiques d’après guerre, c’est son atmosphère un tantinet vétuste. L’odeur de la paraffine dégagée par les chauffages, les coquets étalages de confiseries Cadbury… ce sont ces petits détails qui font tout l’esprit d’England’s lane. Mais, l’ambiance savamment dosée du roman ne suffit pas à créer une alchimie suffisante pour être accaparé par la lecture…

En effet, les personnages d’England’s lane sont trop stéréotypés, trop naïfs ou trop marqués par un unique trait de caractère. Le boucher respire la pédanterie et la suffisance de façon constante, Milly est le stéréotype de la femme débrouillarde et soi-disant indépendante (elle se décrit elle-même comme une « femme capable » à longueur de chapitres), le confiseur quant à lui fait preuve d’un manque de réaction flagrant à tous les niveaux de sa vie, il subit.

Pourtant, la lecture débutait bien. On découvre une petite rue aux allures un peu bourgeoises et définitivement british, des personnages anglais comme il faut, des intrigues et des secrets entre voisins… Toute une promesse était contenue dans ce roman et pourtant, ça s’arrête là. Outre les personnages très marqués du roman, l’histoire ne raconte rien de bien particulier, et c’est bien là que le bât blesse.

Ma dernière remarque concernera l’écriture, beaucoup trop décousue. En effet, on passe du point de vue d’un personnage à un autre avec seulement un saut de ligne ! On comprend parfois alors un peu tard qu’il ne s’agit plus du même narrateur… C’est très déstabilisant durant les premiers chapitres car très abrupt. De même, les tournures de phrases et la façon qu’ont les différents personnages de parler sont parfois maladroites. Ce n’est pas mal écrit, mais on entre vite dans la répétition et les lieux communs et il y a beaucoup de fioritures pour donner un style qui est au final inexistant.

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En somme, England’s lane est un roman qui recelait de nombreuses promesses à mes yeux mais qui n’en a tenu aucune au final… Dommage, mais il arrive qu’un roman et un lecteur se ratent.

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Chronique : Le testament d’un enfant mort

Le testament d'un enfant mortOu le déclin de l’humanité…

Les éditions du passager clandestin lancent depuis janvier une nouvelle collection : les Dyschroniques. Elle réunira des nouvelles de science-fiction ou d’anticipation écrites par des auteurs du genre.

En janvier, les trois premiers livres issus de cette collection de nouvelles sont sortis en librairie : Le testament d’un enfant mort de Philippe Curval, La tour des damnés de Brian Aldiss, Un logique nommé Joe de Murray Leinster et Le mercenaire de Mack Reynolds.

Dans le testament d’un enfant mort (paru pour la première fois en 1978 dans l’anthologie Pardonnez-nous vos enfances) nous découvrons le futur tragique qui va rattraper l’humanité… Son auteur, Philipe Curval, est une des références de la science-fiction française et ce depuis le début des années 50. On lui doit notamment : Cette chère humanité, Lothar Blues ou encore L’homme qui s’arrêta : journaux ultimes.

La vie vaut-elle la peine d’être vécue ?

Dans un futur proche, l’humanité a un gros problème : les naissances régressent peu à peu, cela à un niveau tel que l’effet commence à inquiéter sérieusement de nombreux scientifiques et autres autorités. Pour déterminer quel est ce fléau qui empêche l’humanité d’être pérenne, un scientifique décide d’étudier un enfant à naître et va tenter de comprendre quel mécanisme empêche des milliers de nouveau-nés de voir le jour…

Il apparaît rapidement que la vie telle qu’elle est perçue par les bébés à naître ou à peine nés ne vaut tout simplement pas la peine. En effet, quel intérêt que de vivre dans un monde sans avenir ? Où il faut être en lutte constante ? Pourquoi sortir de cette matrice où l’on est si bien pour atteindre un monde froid et grand ?

Une nouvelle sombre qui invite à la réflexion

Le testament d’un enfant mort nous explique à travers les pensées désordonnées d’un nouveau-né (retranscrites par le médecin qui l’étudie) pour quelles raisons se dernier décide de na pas s’accrocher à la vie, mais plutôt de « l’accélérer », de la brûler par les deux bouts pour en finir au plus vite. Ce phénomène est nommé hypermaturité.

L’écriture de cette nouvelle peu paraître déstabilisante au premier abord, en effet elle est issue des travaux de retranscription des pensées chaotiques du nouveau-né. Le monde n’est centré que sur lui-même, jusqu’à en oublier ses enfants.

L’enfant qui nous écrit ces lignes est à la fois désespéré et vindicatif, sa soif de disparaître de cette terre devenant aussi puissante que sont besoin d’être reconnu… L’humanité se développe de plus en plus jusqu’à en oublier paradoxalement ses enfants, ces derniers n’étant qu’un moyen pour s’étendre, le sentiment d’amour disparaissant… alors à quoi bon vivre dans un monde aussi laid et morne que celui-ci ?

Portrait d’une société qui se délite à son niveau le plus primaire, cette courte nouvelle nous offre un portrait sinistre de l’humanité future. Une nouvelle aussi étrange que fascinante qui plaira à tous les amateurs d’apocalypses sociales ou la fin s’annonce aussi lente qu’inexorable… Le genre de texte qui ne s’oublie pas facilement, et c’est tant mieux. Site de l’auteur : www.quarante-deux.org. Chronique rédigée pour le site ActuSF.

Chronique : Le dernier jardin – tome 1 – Ephémère

Le dernier jardin 01

Terrifiant et envoûtant, le monde de Lauren DeStefano vous fera voir « l’humain » sous un angle terrifiant…

Premier roman de l’américaine Lauren DeStefano, Ephémère est le premier tome de la série Le dernier jardin, publié aux éditions Castelmore. Sa jeune auteur nous dresse une dystopie effroyablement réaliste…surtout pour la gent féminine. Attention, l’addiction n’est pas loin.

Les femmes sont l’avenir de l’homme

Le monde que Rhine connaît est très différent du nôtre. Nous ne savons pas à quelle époque se déroulent les faits, tout ce que l’on sait, c’est que l’homme à voulu « améliorer » les générations futures. Il a réussit. Il n’y a plus aucun virus, plus de maladie, de cancer.
Mais le prix à payer pour cette révolution biologique fut découvert trop tard, deux décennies plus tard : désormais tous les garçons meurent à l’âge de vingt-cinq ans, les jeunes femmes à vingt ans.
Ce bouleversement de l’espérance de vie va faire de la vie des femmes un véritable cauchemar. Enlevées de force et vendues comme épouses à de riches hommes, elles sont forcées à l’enfermement au nom de la survie de l’espèce. Et malheureusement pour Rhine, elle va faire partie des élues…

Un huis-clos magnifiquement angoissant

L’intégralité du roman se déroule dans la demeure où est enfermée Rhine avec deux autre jeunes filles. Elles vont toutes les trois être mariées et devenir alors des sœur-épouses et devoir honorer leurs devoirs conjugaux…
Difficile d’en dire plus sans en dévoiler trop, aussi allons nous nous concentrer sur le style du roman et ses personnages.

Écrit à la première personne par Rhine, elle incarne la féminité dans toute sa force et sa noblesse. Loin d’être prête à se soumettre à qui que se soit, elle essaye dès le premier jour de s’évader de sa prison dorée sans y parvenir… L’écriture, très fluide, nous fait partager les pensées de Rhine, ses sentiments versatiles envers ceux qui l’entourent, et ses désirs de vivre en liberté le peu de temps qu’il lui reste à vivre.

Mais l’histoire de notre héroïne ne serait pas aussi savoureuse sans la présence de ses deux sœurs épouses : Cecily et Jenna. Leur personnalité influence subtilement l’intrigue, laissant une Rhine et un lecteur perpétuellement sur le qui-vive.
Faux-semblants, jeux d’influence, récolte de faveurs auprès de leur époux, les jeunes mariées vont devoir composer afin d’être la favorite et ainsi avoir un peu plus de liberté…

En somme, Ephémère est une perle qui se dévore littéralement et réussit à faire naitre de fortes émotions à sa lecture. Sublimement terrible, le monde de Lauren DeStefano est à la fois dérangeant et fascinant pour la simple et bonne raison qu’il est très réaliste.
On n’attend qu’une seule chose, la suite, elle vient de sortir le 21 février dernier aux États-Unis. Patience donc, et très bonne lecture. Le tome 2, Fugitive, sortira le 17 août prochain.

Dans la même série (cliquez sur l’image pour lire la chronique) :

Le dernier Jardin 02