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Chronique : Le Passeur

Le passeurVingt ans avant même que le terme « dystopie » n’existe, le passeur était déjà écrit. Un récit initiatique empreint de valeurs et de bon sens à un point extrême.

Si on ne devait citer Lois Lowry que pour un seul de ses romans, ce serait certainement Le Passeur que l’on évoquerait en premier lieu. Paru aux Etats-Unis en 1993 sous le titre The Giver, ce roman destiné à la jeunesse n’a pas pris une seule ride : tous les objets qui y sont évoqués sont intemporels, sans aucun marqueur de temps dans le récit. Le passeur possède cette incroyable force d’être aussi actuel maintenant que dans 20 ans encore…

Le succès de ce récit ne s’est pas démenti en vingt ans d’existence : toujours régulièrement prescrit dans les écoles (américaines, anglaises mais aussi françaises), grand Lauréat de la Newbery Medal… c’est maintenant au cinéma que l’œuvre vient d’être adaptée (sortie le 29 octobre prochain en salles).

Enfin, sachez que Le Passeur n’est qu’un seul titre sur les quatre du cycle Le Quatuor. En France, le tout dernier sort en octobre sous le titre : Le Fils. Il est la suite directe du Passeur et dire qu’il est attendu est un doux euphémisme. Les deux autres volumes du cycle sont totalement indépendants en termes de chronologie et de personnages mais ils se déroulent dans le même univers, il s’agit de Messager et de L’élue.

Le passeur gf tie inUn monde parfait où la vie et ses saveurs sont aseptisés

 Dans le monde de Jonas, tout est pareil : les maisons, la nourriture, l’enfance…. Tout le monde vit dans l’égalité la plus totale. Ce monde ne laisse pas place à la spontanéité, qui est synonyme de danger. Dès la plus tendre enfance, chacun apprend à être précis dans les mots qu’il emploie afin de ne blesser personne, d’être le plus compréhensible possible. Il est interdit de poser des questions personnelles, de même que se vanter est répréhensible.

Tous sont surveillés, sous le regard bienveillant des Sages. Ce sont eux qui passent des messages audio dans la ville quand un vélo est mal garé dans la rue ou si quelqu’un ne respecte pas les règles de courtoisie élémentaires. Les personnes qui sont trop âgées ou les nouveau-nés inadaptés à cette société parfaite sont « élargis ». Enfin, le mensonge est prohibé, de même que les sentiments dans leur ensemble…

L’heure des affectations à sonné

Quand débute le récit, nous suivons les pas de Jonas, un onze-ans comme les autres. Il est très excité à l’idée qu’il saura dans quelques jours quel métier lui a été attribué. En effet, devenir un douze-ans implique de commencer à être formé pour son futur métier.

Le travail de chacun est déterminé par les Sages, qui observent les enfants dès leur plus jeune âge afin de déterminer dans quel domaine ils s’épanouiront le mieux.  Mais ce que Jonas ignore encore, c’est que son profil le destine à un métier unique au sein de sa communauté…

Le passeur vo the giverUne dystopie avant l’heure

A l’heure où les récits d’anticipation sont la grande mode littéraire, Lois Lowry avait au moins vingt ans d’avance sur son temps. En effet, à la lecture du Passeur, on retrouve tous ces ingrédients qui font les sociétés totalitaires du futur : prohibition des sentiments, avenir imposé, mariage sous réserve de compatibilité, l’uniformisation de la société pour le bien collectif…

A la lecture de récits tels que Promise, Divergent, La Cité de l’ombre, Le Tourneur de page ou encore Birth Marked pour ne citer qu’eux, il apparaît clairement que Le Passeur a largement contribué à créer les bases du genre.

Des idées fortes de leur simplicité, c’est ce que propose Lois Lowry avec succès. Impossible de ne pas se sentir happé par l’intrigue et le fonctionnement de cette étrange communauté. Tout n’est que détails, tous importants par la suite.

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Le passeur vo the giver gift editionLes tenants et aboutissants sont au final simples et terriblement efficaces, mais impossible de développer plus l’intrigue sans en dévoiler trop. Je vous laisse donc ici, au tout début de l’histoire, quand Jonas ne sait pas encore ce qui l’attend.

Sachez simplement que le passé est le plus grand trésor de notre culture, et qu’il faut en prendre soin… Les sentiments ne sont pas une honte, ils sont là pour nous rappeler que nous sommes vivants. Et les couleurs… elles sont belles et on ne se rend pas compte à quel point elles sont précieuses. Jonas, lui, le sait.

Zoom livre en VO : Hungry de H. A. Swain

Hungry VONon encore traduit en France, voici une parution américaine qui a l’air vraiment captivante. Hungry vient tout juste de paraître aux États-Unis en juin dernier aux éditions Feiwel & Friends. Cette nouveauté est classée en littérature young-adult dans le genre dystopique. Imaginez-vous un futur où la nourriture est devenue inutile, superflue… grâce à un simple comprimé. Ce futur est-il vraiment un paradis ? C’est que ce propose de développer Hungry, le premier roman à destination des ados écrit par H. A. Swain.

On notera la très belle couverture du roman ; cette fourchette aux extrémités pliées, comme si elle appelait désespérément la nourriture à elle. Un choix graphique simple et extrêmement percutant qui marquera les esprits. Alors, à quand une publication française ?

Quatrième de couverture :

Dans le monde de Thalia, il n’y a plus de nourriture mais cette dernière ne manque à personne, car tout le monde prend des médicaments contre la faim. Thalia et sa famille mènent une vie privilégiée : en effet ses parents sont employés par la compagnie qui a développé ce médicament miracle atténuant les besoins nutritionnels de chacun. C’est lorsqu’elle rencontre un garçon faisant partie d’un réseau clandestin cherchant à rendre sa place à la nourriture, qu’elle réalise qu’il existe un monde totalement à l’opposé du sien. Elle commence également à ressentir la faim, tout comme le garçon. Les cachets ne feraient-ils plus effet ?

Ensemble, ils se lancent à la recherche de la seule chose qui calmera leur faim : de la vraie nourriture. Thalia va alors participer à un voyage qui bouleversera toutes ses certitudes. Mais est-ce qu’une personne comme elle peut vraiment participer à une révolution ?

Merci à Erwan Devos et Hermine Hémon pour leur traduction.

hungry logo

Chronique : La Symphonie des Abysses – Tome 1 – La partition d’Abrielle

La symphonie des abysses 01Un univers magnifique et original en paradoxe total avec ses lois

Dernier roman en date de l’auteur française Carina Rozenfeld, La Symphonie des Abysses et le premier tome de ce qui devrait constituer une duologie. L’ouvrage est paru en février 2014 dans la collection R.

Avec ce nouveau récit, l’auteur traite à nouveau (après Phaenix) une thématique qu’elle affectionne tout particulièrement : la musique, mais aussi l’affirmation et l’émancipation de soi.

Elle a déjà écrit de nombreux romans fantastiques mais essaye toujours de renouveler son genre : romance, fantasy, fantastique, voyage dans le temps… Avec La Symphonie des Abysses nous sommes confronté à une société aux règles totalitaires qui semble évoluer dans notre futur, mais difficile d’en savoir plus tant le voile est pesant sur ce nouvel univers.

Article 2 : Il est interdit de chanter, d’écouter, ou de faire de la musique

Cette règle simple est facile à respecter pout les habitants de l’atoll, sauf pour la jeune Abrielle, forcée de contenir des chants qui la dépasse elle-même. Sans cesse tentée de chantonner et de murmurer des notes, cette dernière vit très mal l’article 2 du règlement, surtout depuis la disparition mystérieuse de son père.

Mais à la moindre incartade, c’est la mort garantie ; Article 3 : Quiconque se livrera à ces activités illicites sera mis à mort. Aussi Abrielle contient-elle son besoin de chanter autant que possible en espérant qu’elle ne faillira pas. Faisant sa part des tâches quotidiennes nécessaires à la communauté et parlant peu, la jeune fille se sent de plus en plus prisonnière… et ça n’est pas le mur gigantesque qui entoure l’atoll qui lui donne cette impression, mais bien ces lois aussi étranges qu’injustes…

Un roman qui fait l’éloge de la force de caractère et de la remise en question

Faut-il suivre aveuglément des lois qui n’ont pas de sens ? Ou qui sont obsolètes ? Peut-on s’affirmer sans que cela ne soit au détriment de la communauté ? Toutes ces questions, Abrielle se les pose de plus en plus… mais elle n’est pas la seule. En effet, le roman se découpe en deux « partitions », celle d’Abrielle, puis celle de Sand et de Cahill, dont je ne parlerais guère sous peine de vous gâcher une bonne partie du plaisir de lecture.

De l’époque à laquelle se déroule le roman, nous n’en savons rien sinon qu’il y a eu une « pluie de Lune », en effet, le satellite est depuis scindé en deux parties, le reste s’étant écrasé sur la Terre. L’image de cette Lune détruite est l’une des plus belles et des plus prégnantes du roman avec cette fameuse symphonie qui se retrouve dans tout ce qui est vivant.

Sans être clairement définie, nous savons que la Symphonie des Abysses est une sorte de mélange de chants que certains ont la chance d’entendre – comme Abrielle – ce qui fait d’elle une réminiscente et la met en danger.

Des thématiques de société traitées avec originalité

Carina Rozenfeld s’est lancé avec La Symphonie des Abysses dans un genre littéraire auquel elle ne s’était pas encore essayée : la dystopie (du moins, nous en avons quelques indices). Elle en profite pour faire passer des messages on ne peut plus actuels tels que la différence et l’acceptation de cette dernière par les autres.

La question de l’identité sexuelle est également abordée d’une façon extrêmement inattendue et originale qui m’a fascinée. Encore une fois, l’auteur réussit à faire montre d’imagination et nous surprend là où l’on ne l’attend pas. C’est réussi et bien pensé.

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En conclusion, ce premier tome est une vraie réussite, on retrouve l’inventivité si reconnaissable de Carina Rozenfeld. L’atoll et son utilité ne sont toujours pas définis à la fin du roman, nous laissant encore plus perplexe qu’au début. Quel est l’intérêt de ce mur électrifié ? Pourquoi ces règles absurdes ? On ne peut que spéculer joyeusement sur les nombreuses possibilités de scénarios, mais pour avoir des réponses à nos questions, il faudra patienter jusqu’à novembre 2014… En tout cas n’hésitez pas un seul instant à vous lancer dans cette nouvelle aventure bien menée !

Chronique jeunesse : Roby ne pleure jamais

Roby ne pleure jamaisParu en août 2013, Roby ne pleure jamais est une nouvelle de science-fiction sortie dans la collection Mini Syros Soon.

L’auteur, Eric Simard a déjà publié de nombreux écrits de science-fiction pour la jeunesse, on lui doit notamment L’enfaon, Robot mais pas trop, Les aigles de pluie et en octobre dernier Le cycle des destins qui est le premier tome d’une nouvelle saga.

Robots et sentiments : deux termes incompatibles

Roby fait partie d’une des toutes dernières générations de robots, programmé pour ressentir une foule de choses : le froid, la douleur, les nuances du toucher.

Sa mission, prendre soin et distraire la jeune Cyrielle, ses parents étant partis sur la planète Mars. Cependant, être un robot n’a pas forcément que des avantages, et quand Roby accompagne la jeune Cyrielle à l’école, ce dernier est harcelé par des garçons de sa classe. Coups, paroles méchantes, le harcèlement que subit Roby va crescendo sans qu’il ne puisse riposter, en effet, un robot ne peut lever la main sur un humain uniquement si la vie d’un autre être humain est en danger.

Mais à force de frustration et de tensions, Roby va franchir la ligne qu’un robot ne doit jamais franchir, et pour cela, il risque son arrêt définitif.

Une belle leçon sur ce qui défini l’homme

Roby devient ainsi le symbole d’une cause et d’un idéal, dépassant de loin la portée de son acte. Une histoire bien construite, le tout sur le fond d’une légère romance, l’histoire a l’avantage de pouvoir parler aussi bien aux filles qu’aux garçons. A sa manière, ce petit roman fait penser à la nouvelle L’homme bicentenaire d’Isaac Asimov, où la frontière entre l’homme et la machine devient de plus en plus floue et ténue. Le clin d’œil a beau ne pas être perceptible pour les jeunes lecteurs, la voie est tout de même ouverte à la méditation.

On appréciera la réflexion que la lecture de ce petit livre offre aux jeunes lecteurs. A creuser pourquoi pas en classe ; les livres de la collection Mini Syros ayant souvent cet usage dans les écoles, celui-ci offre une belle opportunité à la discussion et au débat. A lire dès l’âge de huit ans environ.

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Chronique : Les sentinelles du futur

Les sentinelles du futurCarina Rozenfeld est une auteur française très prolifique dans le monde de l’imaginaire et du young-adult. Ses derniers romans en date sont Phaenix (deux tomes, collection R chez Robert Laffont) ainsi que la Quête des Livres-Mondes (réédition chez l’Atalante en 2012).

Avec les sentinelles du futur paru en août dernier aux éditions Syros dans la collection Soon, Carina Rozenfeld renoue avec la science-fiction et les voyages temporels !

Notre Terre en 2359

Le tableau de notre planète dans quelques siècles est peu optimiste : la végétation a disparu, de même que la faune. La planète est toxique pour ses habitants, les mers ont tué depuis longtemps les poissons et autres multitudes de forme de vie qui y régnaient. La Terre se meurt à petit feu et devient un poison pour elle-même tant elle a été détériorée.

Mais selon les sentinelles du futur mandatées par l’Académie, l’avenir de l’humanité sera radieux. Comment cela peut-il être envisagé et comment le savent-ils ? Grâce à un passage temporel qui permet aux fameuses Sentinelles de voyager et de visiter le futur dans 300 ans exactement.

 En  2659 la végétation a reprit sa place, les hommes peuvent de nouveau sortir grâce à l’air qui n’est plus pollué, la population y est pérenne, heureuse grâce aux sphères blanches. Que sont les sphères blanches ? Nul ne le sait, les Sentinelles on juste découvert qu’elles sont ce qui a sauvé l’homme de l’extinction et qu’elle apparaîtrons en…2359.

C’est dans cette ambiance fébrile que vit le jeune Elon, élève de l’Académie grâce ses aptitudes exceptionnelles. Quand notre histoire commence, cela fait quelques semaines que les sentinelles ne sont pas revenues faire leur rapport afin d ‘alimenter les cours d’histoire du futur. Mais quand elle reviennent, leur nouvelles vont créer un véritable cataclysme au sein de l’Académie… le futur est à feu et à sang…

Quand le passé tente de sauver le futur

L’histoire des Sentinelles du Futur est un savant mélange de science-fiction à petite dose, de personnages très plausibles et charismatiques ainsi que d’un peu de romance (les garçons n’en seront pas allergiques).

L’idée de voir deux époques et deux personnages se compléter fonctionne très bien. D’autant que l’intrigue démarre vite et que le mystère des sphères blanches est totalement insoluble jusqu’au dernier moment.

Encore une fois, Carina Rozenfeld réussi à nous séduire par sa plume en nous montrant un nouveau pan de ses nombreux imaginaires. Après être avoir fait du fantastique, de la romance, de la fantasy urbaine, son incursion dans la science-fiction jeunesse est réussie.

On adorera ses personnages, qui sont encore une fois réussit, réalistes et qui collent bien à ce que peuvent dire les adolescents. On aimera également les petites bonnes idées qui parsèment le roman et qui ajoutent de la force et du crédible à l’histoire : le Japon à disparu dans ce roman, les Japonais ne vivant qu’entre eux pour préserver leur traditions, leur mœurs et leur lignée… C’est le cas de Micko, l’un des personnages principaux, dont la vie est régie par ces problématiques.

Enfin, sans avoir de réel twist, la conclusion de l’histoire est très bien trouvée. Le mélange des temps futurs et passés se faisant de plus confus tant leur histoire est liée. Un joli petit tour de force qui nous fera apprécier ce roman.

Les sentinelles du futur est un one-shot, et cela est parfait ainsi. Résolument destiné à la jeunesse, c’est un roman qui peut initier à la science-fiction les lecteurs de treize ans environ. Efficace et touchant, ce récit vous donnera même envie d’en lire un autre sur les voyages dans le temps : Le voyageur imprudent de Barjavel étant souvent cité…

Actualité éditoriale : Les sentinelles du futur, le nouveau roman de Carina Rozenfeld à découvrir le 5 septembre prochain !

Les sentinelles du futur (couverture provisoire)Carina Rozenfeld a une actualité très dense en 2013, la preuve avec la sortie d’un nouveau roman de sa plume en septembre : Les sentinelles du futur.

A paraître aux éditions Syros dans la très qualitative collection Soon, il s’agit d’un one-shot de science-fiction destiné aux lecteurs dès l’âge de 13 ans environ. Voyages dans le temps et modifications temporelles sont au programme, et on a hâte ! En voici déjà la couverture (encore provisoire, mais ça donne une idée du style graphique, original et esthétique).

Quatrième de couverture : 2359. La Terre est à l’agonie. Les erreurs passées de l’humanité l’ont menée au seuil de sa propre disparition. Pourtant, à New York, les Sentinelles du Futur, une poignée de femmes et d’hommes habilités aux voyages temporels, l’ont promis : l’avenir est radieux, il faut y croire, ils l’ont vu de leurs propres yeux. Mais cet Espoir auquel s’accroche l’humanité est brutalement anéanti quand les Sentinelles du Futur reviennent d’une de leurs missions avec ce terrible message : dans trois cents ans, des extraterrestres attaquent la Terre, une Terre sans défense car pacifiée. Le Passé pourra-t-il alors sauver le Futur ?

Chronique : Nox – Tome 2 – Ailleurs ?

Nox - tome 2Baisser de rideau sur un univers cruel et captivant qu’il est difficile de quitter…

Second et dernier tome de la courte série Nox d’Yves Grevet, nous retrouvons les personnages appartenant à un monde aux allures d’apocalypse, aussi bien au niveau écologique que social.

Ainsi rejoignons-nous Lucen, Firmie, Ludmilla et Gerges… les événements s’entremêlent pour nous amener lentement vers une fresque finale mémorable.

De retour dans la Nox poisseuse…

A la toute fin du premier tome nous quittions Lucen en très fâcheuse posture : dénoncé à la police par ses propres parents, son amie Firmie en début de grossesse et personne pour les aider…

A peine débuté, le roman nous entraîne dans les coins les plus dangereux de la Nox : dans des forêts où sont exploités les condamnés à mort. Avant d’être exécutés, ces derniers doivent effectuer des travaux forcés (et souvent mortels) pour permettre à ceux d’en haut d’être alimentés en gaz. Les plus « chanceux » voient leur temps de travaux allongés et leur échéance vers le mort reculée, c’est ce qu’essaye de faire au maximum Lucen, qui doit à tout prix rejoindre Firmie, en début de grossesse.

La vie n’est pas rose non plus pour Gerges, ancien meilleur ami de Lucen, qui ressent de plus en plus le besoin d’exister à travers les yeux de son père, mais semble jamais y parvenir. Ce cercle infernal le pousse à prendre une voie de plus en plus sombre pour enfin trouver grâce à ses yeux…

Pour Ludmilla, la jeune fille vivant en haut, loin de la Nox, au contraire de ce que l’on pourrait croire, son existence est elle aussi menacée. Ses actions contre l’ordre établi ont été remarquées par les deux camps et ces derniers comptent bien se servir d’elle du moment que cela sert leur cause.

Beaucoup d’oppression pour les personnages, mais aussi pour le lecteur. Il est vraiment très difficile de décrocher de ce dernier tome de Nox, vous voilà prévenus….

Intrigues et faits imbriqués pour un tableau remarquable… et grave

Tout au long de ce second tome, en passant d’un chapitre à l’autre (et donc d’un personnage à l’autre) on n’est happé au point d’en oublier tout ce qui se passe autour de nous. Complètement captivé par les risques de mort permanente de Lucen, les risques encourus par Firmie pour s’en sortir et donner une chance de vivre à leur futur enfant…

La construction du roman mérite elle aussi une attention toute particulière. En effet, Yves Grevet a réussi à créer une intrigue où tout fait a une influence sur le destin d’un autre personnage, le tout en étant crédible. Terriblement crispant et diablement efficace.

Il faut en convenir, Nox nous fait avoir une fascination malsaine sur le pire de la nature humaine (en particulier dans le premier tome avec le personnage de Gerges, dont on voit la descente aux enfers, mais ça n’est pas le seul) : impossible de détacher les yeux vers ces suites de misères qui tombent sur les différents protagonistes.

Magnifiquement sombre, Nox est un portrait à l’acide d’une possible société future si l’on en vient à être extrêmement pessimiste (ou réaliste et un tant sois peu imaginatif ?). Il sublime la moindre action dénuée d’intéressement. Heureusement, la furieuse envie de vivre de ces héros nous donne à nous aussi un certain regain d’optimisme.

Sublime, touchant, magnifique, les superlatifs manquent tant ce livre est pour moi une réussite. Il a réussi à m’emmener ailleurs, au point d’en oublier le reste, et pour cela, bravo !

9.5/10

Chronique jeunesse : Le tourneur de page – Tome 1 – Passage en Outre-Monde

Le tourneur de pages 01Une dystopie pour la jeunesse réussie

Écrit par l’auteur Muriel Zürcher, Le Tourneur de Page est le premier tome d’une trilogie parue aux éditions Eveil et découvertes. Le second tome de la série vient de paraître en octobre dernier. Elle a notamment écrit Youpi ! Oups ! Beurk (éditions Nathan), Papa Yaga (Oskar), ou encore Papa est un super héros (Rageot).

Le tourneur de page, adapté dès l’âge de 12-13 ans, est une dystopie nous contant l’histoire d’Alkan, un jeune garçon qui pour avoir bravé les interdits de sa société, va devoir franchir le point de non-retour… et changer par la même occasion le destin de nombreux membres de son entourage…

Tout commence avec de la créativité…

Dans la Bullhavre, pour vivre heureux vivons soumis. Soumis aux règles aussi nombreuses qu’étranges du Manuel auxquelles tous les habitants sans exceptions doivent se conformer. Mais c’est grâce à toutes ces règles que les habitants ont la chance d’habiter dans le seul endroit au monde ayant survécu à la catastrophe ayant anéanti le monde extérieur. En effet, pour permettre à la nature extérieure de se régénérer, il est strictement interdit aux habitants de sortir de la Bulhavre. Alors, pour que cela perdure, personne n’a l’idée même de se poser des questions. Hormis peut-être l’esprit vif et curieux d’un enfant comme Alkan par exemple.

Il est interdit de fabriquer et de créer des objets, mais le jeune homme va tout de même le faire en bravant de nombreux interdits du système… ce faisant, il va faire la rencontre la plus inattendue qui soit : celle d’une personne très âgée. Et cette rencontre va changer son avenir et celui de la Bulhavre pour toujours…

Ainsi Alkan découvre un autre monde, de nouvelles amitiés et de nouveaux enjeux, au-delà de la Bullhavre.

Des narrateurs et des points de vue très différents

Les différents chapitres du roman nous permettent non seulement de voir Alkan évoluer au sein de son petit monde, mais également de découvrir l’envers du décor de la cité.

Ainsi faisons-nous la connaissance de personnages forts (et parfois sombres) tels qu’Iriulnik, Rustor, ou encore Toache qui gèrent la partie occulte de la Bulhavre à différents niveaux. Et une chose est certaine, ils sont tous aisément identifiables et charismatiques.

Un univers riche et captivant apportant une vraie réflexion au jeune lecteur

Le tourneur de Page a la capacité d’attirer très vite l’attention de son lecteur grâce à son univers à la fois unique et simple à comprendre. Destiné à un lectorat d’environ 12-13 ans minimum, on ne peut s’empêcher de penser parfois à l’univers de la série de Jeanne DuPrau : La cité de l’ombre (4 tomes, Folio Junior).

Au fil des chapitres, ont se laisse emporter dans une machination à une échelle plus grande que ce que l’on supposait au début de l’ouvrage. Car bien plus qu’une simple aventure, Muriel Zürcher apporte également une réflexion à de nombreux niveaux à son lecteur (tout comme Jeanne DuPrau).

Jusqu’où pouvons-nous influer sur la vie des gens pour leur apporter le bonheur ? Être triste est-il un mal dont il faut absolument se débarrasser, au même titre qu’une maladie ? Le libre-arbitre est-il important s’il menace le bonheur de tous ?

En soi, romancer sur une société futuriste qui fait tout pour que ses habitants atteignent le bonheur tout en cachant de nombreux travers n’est absolument pas nouveau. Cela est d’autant plus d’actualité avec les très nombreuses parutions du même type qui sortent depuis le blockbuster Hunger Games. Cependant, le Tourneur de page peut se vanter de ne pas tomber dans les nombreux écueils possibles pour un roman de ce type. Il ne révolutionne pas le genre, mais traite de façon très juste une thématique intéressante avec des personnages crédibles et aisément attachants.

Et chose étonnante, ce roman est à la fois très « jeunesse » dans le sens où les personnages sont assez jeunes et réagissent comme tels mais également très mature dans les messages qu’il souhaite faire passer.

8/10

Chronique : BZRK – tome 1

BZRK - Tome 1Bienvenue dans le monde incroyable et repoussant du corps humain à l’échelle nano…

 Nouveau roman événement de Michael Grant, BZRK est une trilogie dont le premier tome vient de paraître aux éditions Gallimard Jeunesse en septembre dernier. Michael Grant est un auteur mondialement connu pour sa série pour adolescents Gone (cinq tomes, série en cours, Pocket Jeunesse), il est le mari de l’auteure K. A. Applegate, avec qui il a écrit la série de sf pour la jeunesse Animorphs (Folio Junior) et Everworld (Gallimard Jeunesse).

Au programme, des nanotechnologies capables de prendre le contrôle de votre corps : un œil comme porte, et les nanobots font leur office en manipulant les nerfs de votre matière grise pouvant même aller jusqu’à vous rendre totalement fou…

Et pour ceux qui se le demandent, BZRK signifie berserk, une référence à la mythologie nordique (désigne des guerriers qui rentrent dans une fureur telle qu’elle les rend invincibles), on en sait guère plus à ce propos hormis que c’est sous ce nom que se regroupe ceux qui sont du bon côté de la barrière.

Mais c’est quoi les nanotechnologies exactement ?

Pour ceux qui ne sont pas familiers des sciences, une petite explication de ce que sont les nanotechnologies s’impose. En voici une définition : la nanotechnologie regroupe la recherche sur les principes et propriétés existant à l’échelle nanométrique, c’est-à-dire au niveau des atomes et des molécules (source : http://www.actu-environnement.com). Un des objectifs principaux des nanotechnologies est de créer des nanomachines.

Une fois ce postulat intégré, nous pouvons nous attaquer au monde créé par Michael Grant autour de ces technologies. Dans BZRK il existe deux types de robots, les nanobots (issus d’éléments biologiques) et les nanobots (issus de la pure mécanique). Ces machines sont le nerf d’une guerre à l’échelle mondiale.

En effet, le groupe BRZK lutte pour le libre arbitre et l’initiative individuelle alors que leur ennemi, les jumeaux Armstrong prônent une pensée unique et veulent créer un « homme nouveau » en manipulant le maximum d’individus par le biais des technologies nanos.

Un renouveau dans le young adult ?

Avec cette nouvelle série, Michael Grant frappe fort en nous proposant un tout nouvel univers. En effet, le thème des nanotechnologies n’a été que très peu utilisé en littérature mais on peut tout de même citer Isaac Asimov avec le voyage fantastique, ou encore destination cerveau.

L’univers nano qui nous est ici offert est violent, d’ailleurs, le corps s’appelle la viande pour les lignards, ceux qui manipulent les nanorobots, et cela quel que soit leur camp.

Si renouveau il y a, il réside uniquement dans la thématique abordée, car malheureusement, BZRK ressemble franchement trop à une énième lutte entre le bien et le mal. D’un côté, un mégalo richissime (les jumeaux peuvent-être considérés comme une seule personne car ils sont fusionnés) qui veut contrôler le monde et les pensées, de l’autre un regroupement d’irréductibles qui savent ce qui se trame en secret et luttent jusqu’à la mort.

C’est fort dommage, mais je n’ai pas l’impression qu’il y ait plus de profondeur derrière cette intrigue développée dans le premier tome. Cela est d’autant plus fâcheux que certaines scènes du roman restent mémorables, je pense notamment à celle de l’avion au tout début du roman, digne d’un film d’action, les images défilent dans la tête du lecteur pour donner une magnifique impression en fin de chapitre.

Au niveau des personnages, malgré un effort de développement, certains manquent tout de même de profondeur, notamment le fameux Bug Man, l’ado le plus doué pour manipuler un nombre de nanorobots impressionnant. Ses motivations, bien qu’expliquées, restent tout de même nébuleuses.  Il en est de même pour le jeune Noah Cotton, nouvelle recrue du BZRK, on comprend ses motivations, mais sans être totalement emballé.

En somme, ce premier tome de la série BZRK donne un tableau très mitigé. Le début était vraiment explosif et captivant, mais on glisse vite vers un terrain beaucoup plus connu, en particulier au niveau de la trame principale de l’histoire.

C’est très dommage aux vues de ce qu’aurais pu faire Michael Grant d’un univers encore vierge de toute œuvre du même genre ou presque… Affaire à suivre malgré tout avec le second tome, mais nous avons le temps, car il n’est pas prévu avant octobre 2013 Outre-Atlantique…

Chronique : Nox – tome 1 – Ici-bas

Nox - tome 1Plongez dans un nouvel univers dense, obscur, unique.

Nouvelle série d’Yves Grevet, Nox (éditions Syros) renoue avec ce qu’affectionne tant l’auteur : un futur sombre, où il faudra lutter pour avoir le moindre droit. Ainsi retrouvons-nous comme dans sa trilogie Méto, des personnages que la vie n’a pas épargnés.

Plus sombre mais aussi plus mûr que Méto, Nox nous entraîne au plus sombre de l’âme humaine, où les amitiés que l’on pensait indestructibles peuvent se défaire très facilement, et où la place dans la société est décidée dès la naissance, sans aucune possibilité d’évolution pour ceux qui sont au plus bas de l’échelle…

Dis-moi où tu habites et je te dirais ta position dans la société…

La Nox… ce brouillard qui fait vivre un calvaire à tous ceux qui n’ont pas la chance d’habiter à une altitude assez élevée. Les gens du petit peuple y sont nés, et y meurent dans l’indifférence la plus totale de la part de ceux d’en haut. En effet, la classe sociale est déterminée par l’altitude où vit chacun sur la colline. En bas, pas d’électricité sans effort, ainsi chacun pédale pour produire sa propre lumière, et marche avec des chenillettes pour accumuler de l’énergie pour plus tard.

Enfin, règle la plus terrible, toutes les filles doivent être enceintes avant l’âge adulte sous peine de devenir des parias…

C’est dans cette cruelle société que vit Lucen, un jeune homme né en bas, dans la fumée constante qui tue à petit feu tous les habitants. Il a une petite amie, Firmie, et comme tout le monde, va bientôt essayer d’avoir un enfant, sous peine qu’on lui impose une autre jeune fille, plus complaisante.

Lucen a également des amis, qui en sont à peu près au même stade que lui. L’un, Gerges a son père qui travaille dans la milice, organisme corrompu jusqu’à la moelle censé faire régner l’ordre, mais qui sert plutôt les propres intérêts de ce qui y travaillent. Il y a également ses amis Maurce et Jea. Ils sont toujours ensemble, malgré les années, mais jusqu’à quand ?

En parallèle à cette intrigue du bas, nous découvrons la jeune Ludmilla, issue de la classe aisée, et dont le point de vue qu’elle a de la société est sur le point d’évoluer.

Ah, et chose utile à préciser, il est strictement interdit au gens du bas de monter en haut…

Une histoire aussi sombre que saisissante

Alors que dans Méto Yves Grevet y allait de façon assez temporisée, dans Nox, il se laisse toute latitude. En cela, son univers est des plus dérangeant : violent, injuste et terriblement oppressant, nul ne peu faire confiance à personne dans le monde de Nox. Et c’est la dureté de cet univers qui le rend si fascinant.

La description de la milice de Nox en particulier est très sombre, censée protéger les citoyens, cette dernière préfère les racketter, les faire vivre dans la peur, et même user d’une violence souvent extrême. Dois-t-on y voir une extension de ce que pense l’auteur de notre propre société ? Les désillusions s’accumulent en tout cas pour certains personnages…

Ainsi, certaines scènes, diaboliquement réussies, nous font glisser lentement dans l’horreur de la « douce » violence. Le point de vue de ces personnages se laissant aller à ces accès est maitrisé avec art, nous faisant presque comprendre ce qui les a amenés à cette extrémité.

Le traitement des personnages est également très réussi, on y sent très vite les différents rapports de force et contraintes qui les animent. Le détail est poussé jusqu’aux prénoms : Lucen, Marha, Hectr, tous les prénoms de ceux d’en bas ont une lettre en moins, comme s’ils étaient moins que des êtres humains… il en est de même pour les aliments, des ersatz, le meilleur étant gardé par ceux d’en haut.

Évidemment on sent une révolte se profiler chez certains, mais sous quelle forme se présentera-t-elle ? Sera-t-elle sourde ? violente ? Quels en seront les leaders ? Une réponse se dessine, mais sans certitude, Yves Grevet nous ayant habitué à toujours nous surprendre, on en attend pas moins de lui maintenant.

Profondément révolté, ce roman laisse transparaître tous les travers d’une société qui se meurt et qui pourrait malheureusement être la notre si l’on se laisse gagner par le scepticisme.

Un bel ouvrage qui fait réfléchir, et qui surtout se dévore très vite ! Difficile d’attendre la suite, qui ne devrait par arriver avant un an.

9/10