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Chronique : La singulière tristesse du gâteau au citron

La singulière tristesse du gâteau au citronEntre l’étrange et le merveilleux du quotidien d’une famille américaine où l’un de ses membres possède une étrange capacité culinaire…

De nationalité américaine, Aimee Bender écrit aussi bien des nouvelles que des romans. En France, quatre de ses ouvrages sont parus. La singulière tristesse du gâteau au citron est son ouvrage le plus connu en France. Son œuvre est disponible chez Points en poche et aux éditions de l’Olivier pour les grands formats.

Une héroïne ordinaire aux papilles extraordinaires

Rose, 9 ans, petite fille normale de don état, va connaître une révolution dans son petit monde : le jour où sa mère lui prépare un gâteau au citron, elle ressent quelque chose d’étrange… Il s’agit de ce que ressentait sa mère lors de la préparation du gâteau.

Rose a maintenant la capacité de ressentir les émotions de ceux qui préparent les plats qu’elle mange. C’est ainsi qu’elle découvre que sa mère trompe son père… et il semblerait que cela fasse un petit moment…

Depuis lors, impossible de manger quelque chose de cuisiné de la main de l’homme. Chips industrielles, plats préparés par des machines et autres cochonneries disponibles dans les distributeurs, c’est la seule façon pour Rose de survivre à son terrible don. Mais quel avenir peut-donc être réservé à quelqu’un d’aussi particulier que Rose ? Et qui la croirait si Rose parlait de son étrange don ?

La singulière tristesse du gâteau au citron VOUn roman singulier et quelque peu inclassable

Ancré dans le quotidien d’une famille américaine tout ce qu’il y a de plus normale, ce récit et aussi attachant qu’étrange. En effet, l’histoire de Rose et de sa famille, l’évolution de ses capacités culinaires et leur quotidien sont intéressant, avec de nombreux hauts et bas…

On découvre le développement des « pouvoirs » de Rose au fil des ans, sa façon d’éviter tout repas préparé par quelqu’un…

Mais La singulière tristesse du gâteau au citron nous laisse également beaucoup de questionnements en suspend concernant la famille de notre héroïne. On aurait voulu en savoir beaucoup plus sur les autres membres, notamment en ce qui concerne son frère… C’est en cela que l’ouvrage est inclassable et nous laisse un peu sur notre faim (sans mauvais jeu de mot).

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Ainsi, ce roman est quelque peu à double tranchant : l’idée d’Aimee Bender est tout simplement géniale, et plutôt bien traitée mais reste un peu bancale malgré tout. J’aime l’idée de comment grandit Rose à travers sa plume, et la façon dont elle la rend adulte. Par contre, on ne comprend pas franchement le but final de cette histoire qui se termine de façon un peu abrupte et n’en dit pas assez.

C’est donc un roman en demi-teinte qui nous est ici proposé à la fois original et intéressant, mais avec plein de petites choses qui font qu’il ne restera pas mémorable, dommage.

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Chronique : La Conspiration – Tome 1

La conspiration 1Jeux de dupe à l’échelle mondiale, quand les plus puissantes familles et empires de notre planète se vouent un combat sans merci

Maggie Hall est une auteure américaine, La conspiration est une trilogie jouant sur les codes du complot et des prophéties. De Paris en passant par Istanbul, l’héroïne de cette nouvelle saga pour ados va voyager à travers les pays et ce qui les ont forgés au travers d’une étrange prophétie…

Une vie normale, jusqu’à présent…

Hormis le fait qu’Avery West ait beaucoup, beaucoup déménagé, l’adolescente n’a pas franchement de raisons d’être qualifiée d’extraordinaire. Mais ça, s’était avant qu’on la fasse embarquer pour Paris avec pour excuse, une prophétie la concernant elle et sa famille. Elle pourrait enfin en savoir plus sur son père, dont sa mère ne parle jamais. Il semblerait que ses liens paternels la conduisent sur des chemins aussi tortueux que dangereux… et ce n’est pas moins que sa vie qui est en jeu !

Une accroche efficace….

L’intrigue présentée a tout pour plaire : un roman ado avec pour fond un complot d’ordre mondial où les riches et les puissants de cette planète semblent prêts à tout pour arriver à leurs fins… L’histoire n’est pas nouvelle mais séduit.

D’autant que l’on se demande rapidement ce que fait au milieu de tout cela une adolescente et en quoi son existence peu changer la distribution des cartes de chacun dans ce grand jeu de dupes…

… mais qui ne réussit pas à remplir ses promesses

Il s’avère que très rapidement, l’histoire de La Conspiration est quelque peu « bancale ». Je m’explique : Maggie Hall (l’auteur) nous met immédiatement dans un bain de complots, mensonges et trahisons où il est impossible de se fier à qui que ce soit (sauf peut-être à un beau garçon…). Elle nous lance pêle-mêle une foule d’informations spécifiques à l’univers de son livre, certaines sont bien trouvées, d’autres tiennent moyennement la route et surtout, il y en a trop.

On a du mal à comprendre tous les enjeux et toutes les relations qui lient certains personnages entre eux.

De plus, l’héroïne de cette saga – Avery West – n’est que très peu attachante. Elle suit tout le monde mais ne se forge pas de réel avis sur ce qui l’entoure, et ses réflexions ne sont pas évidentes à suivre. Et surtout, elle est extrêmement malléable : vous pouvez l’emmener sur un vol international sans qu’elle sourcille ou presque tant elle s’adapte vite aux situations.

Et même si parfois elle a une petite crise de panique, celle-ci ne dure jamais assez longtemps pour qu’elle soit un personnage réaliste avec des sentiments crédibles. Les autres personnages m’ont laissé le même sentiment artificiel et trop effacés, sans réelle vie au travers des lignes…

Pour ce qui est de l’intrigue, même si on en comprend les enjeux dans les grandes lignes, il est difficile de s’y intéresser vraiment car celle-ci est assez prédictible. De plus l’auteur ajoute sans cesse de nouvelles informations et énigmes, ce qui en fait un jeu de piste assez peu aisé à suivre. D’autant que vous ne serez pas spécialement soufflé par les twists et les retournements de situation, c’est dommage.

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Vous l’aurez compris, La Conspiration est un ouvrage pour lequel je n’ai eu aucun affect, quel que soit le plan (écriture, personnage ou intrigue). Il trouvera peut-être son public parmi des ados qui aiment le mélange young-adult et secrets à la Da Vinci Code mais il y a d’autres ouvrages bien mieux ficelés dans le même style selon moi. A charge de revanche pour la collection R, qui en général sait surprendre et même créer des tendances littéraires.

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Chronique : Il était deux fois dans l’Ouest

Il était 2 fois dans l'OuestLes vacances sur fond de grands espaces, d’indiens, de serpents, de cow-boy fous… et d’amour !

Voici l’un des petits derniers de Séverine Vidal, paru simultanément avec le roman ado Quelqu’un qu’on aime dans la collection Exprim’. Il était 2 fois dans l’Ouest est quant à lui paru dans la collection jeunesse Pépix. Le nom de cette auteur pour la jeunesse vous dit peut-être quelque chose ? C’est normal, on lui doit déjà un beau nombre d’ouvrages : La drôle d’évasion, On n’a rien vu venir, La meilleure nuit de tous les temps, Philo mène la danse… pour ne citer que cela.

En ce qui concerne les illustrations, elles sont signées Anne-Lise Combeaud, elle a déjà illustré des ouvrages chez Gulf Stream ou encore Actes Sud Junior.

Plongée immédiate dans l’aventure

D’un côté, vous avez Luna, fraîchement débarquée aux États-Unis pendant les grandes vacances. D’un autre, vous avez Josh, un véritable indien Navajo ! Ces deux là vont vivre des aventures incroyables, et même dangereuses…

Au programme : un plateau de tournage en plein Monument Valley, de dangereux prédateurs, des croyances et des esprits… mais aussi une imagination débordante ! Bienvenue dans le monde coloré et vivant de Séverine Vidal !

Il était 2 fois dans l'Ouest insideUn agréable roman à deux voix

Si on devait choisir un seul mot pour définir ce récit, ce serait Aventure. Ouais, la vraie. La fascination des grands espaces et de leurs nombreux dangers sont parfaitement décrits, mais aussi illustrés.

On se prend très vie d’intérêt pour le récit de ces deux jeunes qu’à priori tout oppose (culture, langue, style de vie…). Chaque chapitre alterne entre Luna et Josh, et les points communs qu’ils se trouvent (parfois sans se l’avouer) sont en réalité très nombreux ! Excepté peut-être pour Odette, le doudou de Luna, Josh lui n’a rien de semblable et trouve même cela un peu étrange…

La façon dont l’histoire est narrée rend le tout attractif pour un jeune lecteur, et surtout cela plaira aussi bien aux garçons qu’aux filles ! Le petit « plus » vraiment sympa ici étant que l’on découvre quelques traditions et termes des indiens navajos au travers du récit de Josh, mais aussi grâce aux bonus. Et surtout, il n’y a jamais de temps mort, tout s’enchaine très vite et avec efficacité, pas le temps de s’ennuyer.

Enfin, il ne faut pas oublier les illustrations très réussies d’Anne-Lise Combeaud, certaines doubles-pages sont absolument superbes, je pense notamment à la toute dernière de l’ouvrage, démesurée et superbe.

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C’est donc un bon roman pour les enfants qui vous est ici proposé par les éditions Sarbacane, comme habituellement. A conseiller sans modération aux amateurs de westerns, et de déserts sans fin… mais aussi aux autres ! Dès 9 ans.

Chronique : Le Dernier Jardin – Tome 2 – Fugitive

Le dernier Jardin 02Un dangereux road-trip dans les Etats-Unis dévastés du futur…

Second roman de Lauren DeStefano à paraître en France, Fugitive est également le deuxième tome de sa saga Le Dernier Jardin. L’ouvrage est paru en août 2012 aux éditions Castelmore, le label ado des éditions Bragelonne.

Toujours aussi addictif et violent

Suite directe du premier tome, nous suivons les pas de Rhine, tout juste enfuie de sa prison dorée où elle était censée finir ses jours et enfanter. Elle a pu s’évader in extremis avec Gabriel, un jeune serviteur du domaine dont elle est tombée amoureuse… La fuite était sa seule chance de survie quand on sait la fascination qu’a son beau-père pour ses yeux et qu’il était prêt à la disséquer pour en percer le mystère.

Mais à peine le rêve d’évasion se concrétise-t-il, que déjà de nouveau dangers surviennent. Le monde dont Rhine a été isolée est toujours aussi violent et cruel que jamais, comme vont le prouver les lignes qui suivent.

D’une prison vers une autre….

A peine commençons-nous à respirer pour Rhine et Gabriel que déjà le jeune couple retombe entre les griffes de personnes peu recommandables. Au lieu d’un manoir aseptisé, c’est un cirque glauque où les plaisirs de la chair sont omniprésents. Entre drogues pour oublier leurs conditions d’esclave et autres substances peu recommandables, Rhine se pose encore une fois comme une victime.  Alors saura-t-elle faire les bons choix pour retrouver son frère et la maison de leurs parents décédés ?

Le mot de la fin n’est pas pour tout de suite !

Ce second tome a beau être aussi crispant et hypnotique que le premier, on ressent une légère lassitude à sa lecture car il donne l’impression de tourner un peu en rond.

On retrouve à peu près les mêmes ficelles que dans le premier tome : la notion d’enfermement, de manipulations de la vérité… Seul le décor change en fin de compte. Et le terrible Vaughn (son beau-père malgré sa volonté) est remplacé par la matrone qui aime se faire appeler Madame et prostitue toutes les pauvres filles qui tombent sous sa coupe.

On reste cependant en alerte tout le long du récit, en particulier lors des cinquante dernières pages qui sont riches en révélations aussi bien sur le passé que sur le futur…

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Cette suite est donc satisfaisante même si elle tombe dans quelques pièges faciles. On aurait apprécié découvrir plus largement l’univers dévasté de Rhine qui n’est encore qu’à l’état d’esquisse même si on en comprend les enjeux. Une explication plus creusée des motivations concernant les anti-remède au virus aurait apporté plus de cohérence à ce monde en plein délitement.

Le remède au virus n’est toujours pas trouvé, mais quelques pistes intéressantes s’ouvrent à nous…  On a hâte d’avoir le mot de la fin après plus de trois ans d’attente, le dernier tome s’intitule Rupture.

Dans la même série (cliquez sur l’image pour lire la chronique) :

Le dernier jardin 01

Chronique : L’Enfant Nucléaire (Pica Morfal Boy)

L'enfant nucléaireUn roman choc aussi fascinant que dérangeant qui mérite le détour

Écrit par l’auteur belge Daph Nobody, L’Enfant Nucléaire est son second roman, paru en 2012 dans la collection Exprim’. Il avait précédemment écrit Blood Bar dans la même collection en 2009.
Ce roman fait partie des récits inattendus qui nous tombent parfois dessus et qui se transforment en indispensables.
L’Enfant Nucléaire est un inclassable pourra en choquer certains et même déplaire tant tout ce qu’il y a de moche en ce monde y est condensé, mais il est également d’une originalité et d’une lucidité rares.

Pica : Appétit morbide pour des substances non comestibles

Avant de commencer le roman, nos yeux tombent sur cette définition d’un mot que nous n’avions jamais croisé auparavant. Le pica existe : c’est une vraie maladie, cette définition a été tirée du Larousse. Nous y trouvons également le mot morfal, beaucoup plus répandu et connu.
Ces deux termes accolés nous donnent déjà une idée de ce dont il est question puisque le sous-titre du livre est Pica Morfal Boy…

C’est ainsi que, dès la première page, nous faisons la connaissance de l’étrange américain Jiminy Waterson, un garçon qui, déjà tout-petit, mangeait et avalait tout ce qui était à sa portée : papier-peint, bouts de murs et même bouteille entière d’eau de javel… !
Les médecins ne savent pas d’où vient cette incroyable résistance digestive, mais Jiminy, devenu adolescent, se lance dans un road trip avec son meilleur (et seul) ami Alex pour vendre la seule chose qu’ils possèdent : le don incroyable de Jiminy.
Et d’un ami qui sache « le vendre », Jiminy en a besoin. Avec son physique biscornu et peu engageant, il n’attire pas vraiment : cheveux gris et gras, dents noires, haleine repoussante… il y a du travail avant de devenir une vraie star.

Voilà comment Jiminy en est venu à tenter de faire des spectacles grâce à son « don », Alex lui faisant office d’agent. Mais les deux compères maraudent et perdent plus d’argent qu’ils n’en gagnent vraiment, entre les frais d’essence et de nourriture (du moins pour Alex). Jusqu’au jour où l’avenir leur sourit en la personne de Gerald, le gérant d’un restoroute miteux. Il voit venir l’aubaine d’ameuter une foule de client grâce au spectacle culinaire de Jiminy… moyennant un pourcentage, bien entendu !

En parallèle aux aventures d’Alex et Jiminy, un convoi de déchets nucléaires est en cours d’acheminement. Or, la destination finale est une petite ville dont les habitants doivent être chassés. Les politiques n’ont pas trouvé mieux que d’enfouir les déchets radioactifs que la société actuelle produit sous un hameau perdu des États-Unis. On vous laisse faire l’association d’idées…

Un récit glauque au possible dont l’attrait est pourtant indéniable

Daph Nobody ne fait pas dans la dentelle. Son truc à lui, c’est de nous montrer l’ironie morbide du monde qui nous entoure. Vous pensez être au fond du trou ? C’est que vous n’avez pas assez creusé ! Pour moi, c’est un peu la morale de l’Enfant Nucléaire et du monde tel qu’il y est décrit. Quant à savoir s’il est aussi sombre que cela en réalité… Allez savoir, mais c’est bien possible !

En effet, à chaque fois qu’il arrive quelque chose de bien aux deux adolescents, une tuile leur tombe dessus… Si ça ce n’est pas de l’humour noir ! On en vient à croiser les doigts pour eux. C’est un roman sombre, certes, mais jusqu’à quel point ? A vous de le découvrir. Vous verrez combien il est agréable de se laisser surprendre par un récit.
Politiques véreux, policiers peu recommandables et autres personnages aussi influents que dangereux… le tableau est parfaitement dans le thème : sinistre et désenchanté.

Un road-trip aux allures de descente aux enfers

Le parcours de Jiminy est semé d’embuches, mais on s’attache sans mal à ce personnage tenace et singulier. En effet, notre antihéros morfal est le seul sur lequel les événements ne semblent pas avoir de prise (ou presque). Et pourtant, c’est celui qui en bave le plus, dans tous les sens du terme. Respecté, adulé, détesté, instrumentalisé… Jiminy sera tout et rien à la fois durant son parcours avec Alex.

Autre élément très intéressant de l’intrigue, Jiminy évolue. Au sens physique du terme. Cela commence tout doucement… puis va en s’accélérant à force de manger de la terre, de la peinture, des cassettes vidéo et autres objets non comestibles. Et plus son spectacle fonctionne, plus il faut étonner une foule qui fait de la surenchère. Vers quoi cette transformation va-t-elle l’amener ?

Enfin, dernier élément sur lequel mettre l’accent, L’enfant Nucléaire n’est pas qu’un roman fantastique qui pousse une maladie à son point le plus extrême. C’est aussi et avant tout un roman politique. Il nous pousse à nous interroger sur la notion de bien commun et de mal. Où commence une bonne action quand elle se fait au détriment d’autres personnes ? On y découvre également toutes les machinations politiques que Daph Nobody a concoctées pour nous et qui s’emboitent parfaitement à l’intrigue. Et même si certains faits sont aisés à pressentir, d’autres sont aussi surprenants que bien amenés.

Alors, que penser de L’Enfant Nucléaire ? Pour moi, c’est un livre d’un genre inclassable : sombre comme je n’en ai rarement lu et comme j’aimerais en lire plus. Il y a souvent trop de concessions dans les récits, ce qui les rend bons mais pas excellents. L’Enfant Nucléaire est un livre mémorable comme il en faudrait plus et c’est ce que la collection Exprim’ s’emploie à faire.

Bravo à Daph Nobody pour ce roman cinglant, triste et beau à la fois. Son écriture désabusée nous entraîne dans une aventure dont on ignore tout ou presque, sinon qu’elle est folle et sinistre. A lire dès l’âge de 15 ans minimum.

Saluons également la sublime couverture de l’artiste Kris Kuksi, dont l’œuvre intitulée Original Sin colle parfaitement à l’ouvrage de Daph Nobody.

L'enfant nucléaire original sin

Chronique : Storyteller

StorytellerÉcrit par James Siegel et sorti tout d’abord aux éditions du Cherche-Midi, Storyteller est paru aux éditions Pocket en février 2013.

James Siegel est directeur de la création et administrateur d’une des plus grandes agences de publicité aux Etats-Unis, Storyteller est son quatrième roman paru en France, il a d’ailleurs été sélectionné pour le Grand Prix des Lectrices du magazine ELLE.

Un journaliste mis au placard…

Tom Valle était un très bon journaliste avant d’être remercié. Il était même devenu le modèle de la plupart de ses confrères, qui ne juraient que par ses articles.

Mais Tom Valle est allé trop loin. Un jour, il a commencé à broder des histoires qui ne s’étaient pas exactement produites comme il le décrivait. Puis il s’est mis à inventer de toute pièces certains de ses papiers : fausses rencontres, interviews fictives, témoignages surréalistes… jusqu’à ce qu’il soit rattrapé par sa folie des grandeurs.

Depuis, Tom Valle est dans la minuscule rédaction du Littleton Journal. Encore une chance pour lui qu’il ait pu retrouver un travail de « journaliste ». Il se retrouve à couvrir des événements locaux tels que l’ouverture d’un nouveau magasin, ce genre de choses.

Mais le jour où un accident en apparence banal a lieu, c’est Tom Valle qui est sur le coup, et ce qu’il va soulever comme interrogations réveille en lui les talents d’investigateur qu’il a toujours eu… Mais qui va bien pouvoir le soutenir sur cette affaire ?, lui qui n’a plus aucune crédibilité et beaucoup d’ennemis ?

Un roman policier qui n’éveille pas la passion

Storyteller est un roman qui se lit bien, mais pas de là à dire qu’il se dévore. Le personnage de Tom Valle, à la fois désabusé et plein d’espoir ne réussi pas à gagner mon attachement. Son histoire personnelle est cependant bien exploitée par l’auteur, ce dernier lui ayant créé des failles le poursuivant jusqu’à l’âge qu’il a aujourd’hui. Son besoin de reconnaissance passe par son enfance difficile.

Arpentant de long en large Littleton et ses environs, Tom Valle va peux à peu trouver des indices aussi peu parlants que disparates… du moins au début. On suit les pérégrinations de notre antihéros, sans trop savoir où nous emmène James Siegel. Et bien que le suspense soit bien entretenu, il n’y a pas ce coup d’éclat que l’on ressent parfois à la lecture d’un bon thriller, quand toutes les pièces s’emboitent pour nous donner un magistral tableau final.

Ici, rien de tout cela, il y a bien une théorie du complot, certes, mais il y manque la substance qui aurait pu la rendre vraiment bien édifiée. Des réponses, oui, mais pas pour toutes les questions soulevées. Et même si l’on peut en deviner aisément une partie, certains non-dits auraient mérités d’être exploités… dommage.

Au final, Storyteller est un roman policier qui fonctionne, mais qui manque d’intensité malgré la thématique difficile traitée (que l’on découvre vers le dernier tiers du roman). L’enquête que mène Tom Valle restant trop « quotidienne » et banale par rapport aux personnes auxquelles il s’attaque. Un moment sympathique à passer, mais qui ne laissera pas de souvenir impérissable…

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Chronique : La vie secrète et remarquable de Tink Puddah

La vie secrète et remarquable de Tink Puddah

Un magnifique roman à la frontière des genres… où un extraterrestre débarque au Far West.

 Sorti en en mars dernier aux éditions Folio SF, La vie secrète et remarquable de Tink Puddah est le premier roman de Nick DiChario, il était tout d’abord paru aux éditions Télémaque. Il est également l’auteur de très nombreuses nouvelles (plus d’une quarantaine). Deux de ses romans ont étés finalistes du John W. Campbell Award.

Un personnage atypique et immédiatement attachant

Tink Puddah n’est pas américain, en fait, il n’est même pas humain. Issu de l’Eauspace, ses parents sont venus sur Terre pour découvrir cette planète si fascinante… et dangereuse.

A peine arrivés, ces derniers sont attaqués sauvagement par des chiens de chasse, le petit Tink encore dans le ventre de sa mère. Ses deux parents sont tués, Tink est quand à lui sauvé in extremis par l’homme aux chiens… ainsi commence son incroyable histoire.

Recueilli par des humains, Tink Puddah n’en aura pas moins de mal à s’intégrer, comme nous le montre le récit de ses nombreuses (més)aventures. Avec une peau bleue et une apparence difforme, les aprioris et les rumeurs font plus de mal que de nombreux coups en cette fin de XIXème siècle…

Quand le récit commence, Tink Puddah est mort, mais les circonstances de cette tragédie vont bouleverser la petite communauté dans laquelle il avait fini par s’intégrer au prix de très nombreux efforts et sacrifices. Ainsi ce qui commençait par une oraison funèbre va-t-il dériver en enquête pour déterminer ce qui est réellement arrivé au pauvre Tink Puddah.

Un récit original et accrocheur aux allures de retour aux sources

Le récit de la vie de Tink Puddah recèle une force d’une simplicité poignante. Ce texte aurait d’ailleurs pu prétendre à un classement en littérature, s’il n’était question des origines et de la couleur de peau de Tink.

Le texte se découpe en chapitres alternant de point de vue, une partie est dédiée à Tink Puddah et à sa vie, l’autre partie est consacrée aux habitants de la ville et centrée en particulier sur le personnage du pasteur.

Le récit de la vie de Tink Puddah est à la fois merveilleux et fascinant, cet « homme » a réussi à apporter du bonheur dans des vies là où tout avait échoué avant, grâce à son oreille attentive et ses paroles peu nombreuses mais judicieuses. Il semblerait qu’il ait mieux compris l’âme humaine que personne d’autre auparavant, ainsi ce dernier sèmera-t-il de petits miracles derrière lui, l’obligeant à disparaître rapidement afin de ne pas attirer l’attention sur lui.

C’est là que réside l’art de Nick DiChario : créer un personnage extraterrestre à l’humanité surpassant tous les habitants de la Terre.

S’il est une leçon que Tink mettra longtemps à apprendre, c’est que la différence est apparemment un critère suffisant sur cette planète pour être lynché et poursuivit. En effet, on ne peut s’empêcher de se dire que si Tink Puddah avait été noir de peau, son histoire aurait été certainement très semblable à celle que l’on lit.

Un univers au réalisme totalement immersif

L’un des gros points forts de ce roman est sans aucun doute le développement des personnages. Réalistes, bien décrit, aisément identifiables, c’est une vraie réussite.

Le traitement de ces derniers est d’ailleurs si soigné qu’au fil des chapitres on sent se nouer différentes connexions assez inattendues.

Enfin, dernier point ajoutant à cet univers si particulier et poétique, la description de la nature terrestre vue par Tink Puddah est absolument sublime. Bien que la Terre soit son pays d’adoption Tink semble avoir une relation privilégiée avec la vie qui l’entoure… sous toutes ses formes.

Vous l’aurez aisément compris, La vie secrète et remarquable de Tink Puddah est un ouvrage que l’on ne peut pas se permettre de louper. De par son originalité et sa plume, Nick DiChario nous emmène dans l’Amérique profonde avec son lot de superstitions et de préjugés. Un incontournable à faire trôner rapidement dans sa bibliothèque !

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Chronique : La bâtarde d’Istanbul

batarde istanbulPremier roman d’Elif Shafak paru en France, la bâtarde d’Istanbul fut un livre très polémique à sa sortie dans son pays d’origine : La Turquie. Son auteur a même été poursuivie en justice par le gouvernement Turc qui jugeait que l’ouvrage portait atteinte à l’identité Turque et l’humiliait, ce jugement a par la suite été conclu par un non-lieu. Cet ouvrage a rencontré un immense succès à sortie en Turquie, mais aussi dans les pays où il a été traduit par la suite.

Deux familles que tout oppose

La famille Kazanci vit dans la capitale turque depuis des générations et n’est composée que de femmes fortes de caractère. Cette famille un peu particulière est touchée par un mal bien mystérieux : tous les hommes meurent jeunes et dans d’étranges circonstances. C’est pourquoi le dernier homme de la famille ; Mustafa, est parti s’exiler aux Etats-Unis, abandonnant sa famille aimante et se mariant avec une arménienne divorcée d’un premier mariage.

Bien évidemment, ce mariage n’est pas du goût de tous, et la belle famille du jeune homme, des arméniens exilés depuis 1920 voient d’un très mauvais oeil cette union. Mais contre toute attente, les liens entre arméniens et turcs sont peut-être moins violents et plus resserrés que l’on ne le pense, c’est du moins ce qu’illustre ici Elif Shafak par la rencontre de deux jeunes filles que tout oppose et qui vont se découvrir elle-même ainsi que l’histoire de leur peuples.

Un roman joyeux, vif, qui cache aussi beaucoup de mélancolie et de rancoeur

La bâtarde d’Istanbul est un roman vraiment à part, et ce pour plusieurs raisons. Premièrement, la découverte de la culture Turque était personnellement une première pour moi, et j’ai pris un grand plaisir à parcourir les rues de cette ville si pleine de vies et de curiosités.

Deuxièmement, la construction des personnages qui constituent les deux familles que tout oppose est magnifique. Car Elif Shafak réussit à nous parler d’une période terrible de l’histoire, le génocide arménien qui a eu lieu en 1915 (ça n’est pas si loin de nous) et à en faire un trait-d’union non pas constitué de haine, mais de blessures qui s’effacent, de bonté, et d’apprivoisement entre deux peuples qui ne pensent avoir rien en commun. La description des personnes qui constituent ces deux familles sont si vivantes et attachantes que l’on croirait en faire un peu partie, et c’est un vrai bonheur de se sentir un peu « de la famille ».

Troisièmement, nous sommes tout de même bien loin du roman plein de bons sentiments, la noirceur tient une grande place dans l’intrigue. Car, bien que l’on sache qui est cette fameuse bâtarde d’Istanbul, sa conception reste toujours un mystère, aussi bien pour le lecteur que pour sa propre famille.

Enfin quatrièmement, l’écriture d’Elif Shafak est tout à fait sublime, tantôt emplie de légèreté, de chaleur, puis soudain de violence et de cruauté pour certaines scènes on se laisse facilement prendre par sa plume. A la fois roman familial, historique, parfois policier et même un peu fantastique (un petit soupçon, bien dissimulé), les genres se croisent sans jamais s’entraver.

En conclusion, ce roman donne réellement envie d’en savoir plus sur ce mystérieux pays qu’est la Turquie. Je ne sais pas si Elif Shafak a tenté de réconcilier deux peuples grâce à son roman, mais en tout cas elle réussit à ne jamais prendre un ton accusateur envers l’un ou l’autre ; exercice pour le moins compliqué sur un sujet historique aussi sensible. Plus qu’un livre donc, c’est un auteur, un pays et une culture à découvrir !

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Chronique Jeunesse : Contes de l’Ouest Américain – Les aventures de Pecos Bill

Contes de l'Ouest AméricainQue dire de plus que la quatrième de couverture qui nous présente tout les personnages des contes recueillis dans ce livre ? Un bon livre, pour ouvrir les enfants à la grandeur, car les contes Américains font souvent références à de grands espaces, ou de grandes quêtes… ouvrez grand vos yeux et bonne lecture !

Il y a vraiment deux contes géniaux dans ce livre, le premier : L’As des Canular (où comment trouver de l’or ailleurs que dans les rivières) et Slappy Hopper, qui peint des panneaux d’affichage plus vrais que nature, vous verrez cela à ses dépends, géniaux ! Et les autres aussi sont sympathique, comme l’histoire de ce Johnny pépin de pomme…

En bref, un bon livre, même si j’ai une préférence pour les ambiances plus mystérieuses et mystiques… alors je vous renvoie vers les Contes Irlandais !

Note : 7/10

Quatrième de Couverture :

Les héros de ce livre ont fait l’Ouest Américain et ce ne sont pas des enfants de choeurs mais des hors-la-loi, des cow-boy et des chercheurs d’or. De grands costaud qui mentent comme ils respirent, il suffit d’écouter Davy Crockett raconter comment il a décoincé la terre bloquée sur son axe et le soleil gelé sur ses roues pour être fixé. Du Grand Canyon au Mississipi, des forêts de Nord à Chicago, soyez sur vos gardes, car si vous ne savez pas vous servir d’un colt, Jesse James ou Pecos Bill n’auront pas de pitié pour vous. Mais vous aurez peut-être la chance de croiser des êtres merveilleux et pacifiques comme ce Johnny pépin de pomme qui voulait faire du Middle West un verger de pommiers ou Slappy Hooper, le plus grand, le plus rapide, le plus génial peintre de panneaux d’affichage du monde…

GENRE : Non classé