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Chronique : Une histoire des abeilles

Un magnifique roman initiatique qui nous fait traverser les époques au travers d’un thème central et vital : la (sur)vie des abeilles, mais également des hommes. 

Premier roman de la norvégienne Maja Lunde à paraître en France, Une histoire des abeilles est paru lors de la rentrée littéraire 2017. L’ouvrage est édité par Les Presses de la Cité.

Ce roman est un énorme best-seller en Norvège et en Allemagne et il est en cours de traduction dans une trentaine de pays ! C’est un véritable phénomène éditorial encore méconnu en France… mais qu’il faut absolument découvrir… Chronique d’un coup de cœur mémorable.

Trois personnages centraux, trois époques…

Le 19ème siècle en Angleterre, notre époque aux États-Unis et le futur en Chine, en 2098. Trois histoires qui n’ont font qu’une et dont le socle commun sont les abeilles. Une idée étrange ? Pas tant que ça quand on sait que la pollinisation que réalisent à longueur de temps les abeilles est la clé pour avoir des fruits et certains légumes… Sans elles, point de pollen qui circule, point de pollinisation et donc pas de fruit.

La question, c’est comment ces trois destins vont-ils être liés par Maja Lunde ? C’est là que la magie de l’auteure norvégienne opère… Préparez-vous  à être charmé !

… une histoire fédératrice et passionnante

Si vous recherchez un roman qui vous transporte, des personnages forts et attachants, une intrigue creusée… vous êtes au bon endroit.

A la fois fable écologie, roman d’anticipation, roman historique, Une histoire des abeilles traite de très nombreux sujets. Dans un style extrêmement fluide, avec des personnages tellement attachants qu’il est impossible de ne pas les aimer, on se plonge corps et âme dans cette histoire pas comme les autres.

On apprend énormément de choses sur les abeilles, leur mode de vie, leur fonctionnement… Par exemple, l’histoire de la fabrication des ruches telles que nous les connaissons aujourd’hui n’a pas été simple. Tout est histoire d’écartement (au millimètre) pour que les abeilles construisent leurs rayons d’une certaine manière et aucune autre… C’est passionnant.

Et cette histoire « du futur », en Chine où toute la population passe son temps à polliniser à la main les arbres avec un petit balai… Cela a déjà lieu dans certaines régions en Chine (même si ce n’est pas nécessairement dû à la disparition des abeilles, l’auteure a dû s’inspirer de ce fait relayé dans les médias). On les surnomme les « hommes/femmes-abeille », car ils passent leurs journées à faire le travail des abeilles… notamment dans le Sichuan (cf article du Monde : http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/04/23/dans-les-vergers-du-sichuan-les-hommes-font-le-travail-des-abeilles_4405686_3244.html).

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C’est ainsi que ce roman nous transporte : en créant avec un talent inouï une intrigue au travers de différents siècles ayant toutes en commun les abeilles. Plus qu’un roman, c’est une fable écologique et un récit initiatique mêlés…

C’est tout simplement mémorable. A mettre dans votre bibliothèque à côté des feel-good book et des romans emplis d’élan et de grandeur… Car Une histoire des abeilles a beau parler d’un sujet très sérieux et nous faire découvrir des personnages constamment mis à l’épreuve, on se sent bien en le lisant. Tout simplement.

Chronique : Tout ce qu’on ne s’est jamais dit

Un roman déroutant aux allures de thriller et de roman de société dans les Etats-Unis des années 70. L’histoire d’une famille qui éclate suite à un drame terrible…

Paru originellement chez Sonatine, Tout ce qu’on ne s’est jamais dit est sorti en poche chez Pocket en mars 2017. A l’entre-deux en termes d’ambiance et de genre, ce roman est le premier de Celeste Ng sorti en France. Le roman a reçu le Prix Relay des Voyageurs-Lecteurs.

1977, aux Etats-Unis, dans une famille qui semble parfaite…

La famille Lee réunit tous les attributs de la perfection. Une petite maison proprette, un couple aimant, des enfants parfaits… dont Lydia, une adolescente de 16 ans qui a tout pour réussir. Douée à l’école, d’une beauté parfaite, gentille… du moins an apparence. La disparition de Lydia va ébranler les certitudes quant à sa supposée perfection. Etait-elle vraiment heureuse ? Est-elle partie ? Morte ? Enlevée ? Nul ne le sait. Mais, le verni qui recouvre le portrait de Lydia et de sa famille va peu à peu s’écailler…

Un roman captivant où chaque détail compte et se révèle beau

Avant de découvrir les nombreuses facettes de Lydia, nous découvrons le couple atypique que forment ses parents à l’époque. En effet, James est d’origine chinoise mais né américain tandis que Marylin est américaine. Dans les années 60, ce genre d’unions était encore très mal vues… C’est ainsi que l’on découvre les nombreux obstacles qu’ils ont eus à traverser avant de pouvoir s’aimer. Mais ils n’échappent jamais à quelques remarques, même quand on revient dans le présent.

Lydia supportait-elle aussi ce genre de remarques ? Était-elle exclue de la bonne société américaine malgré ses résultats brillants ? Ou y a-t-il autre chose de pire encore derrière sa disparition ?

La disparition de Lydia est un drame, surtout quand on sait quel avenir brillant l’attendait. Ses parents avaient de très grands projets pour elle, notamment dans les sciences. Pourquoi pas la médecine ? Ou la physique ? Toutes les portes allaient s’ouvrir pour elle, la travailleuse et intelligente Lydia. Ses parents sont tellement obnubilés par sa réussite future qu’ils en oublient qu’ils ont deux autres enfants… De quoi être en mal de reconnaissance pour le frère et la sœur de Lydia.

Toutes les pistes nous sont ici contées, expliquées, mais attention, ce roman n’est pas un polar ! La partie « roman de société » y est très importante et la réponse finale n’est pas une fin en soit. C’est d’ailleurs pour cela que Pocket ne l’a pas classé dans sa collection polar, mais en littérature.

Ce roman est donc un magnifique portrait de la société américaine des années 60/70 qui nous remet en contexte le pays et sa philosophie de l’époque. Au travers de cette famille métissée qui traverse un drame, ce sont les Etats-Unis, qui nous sont décrits autrement. On découvre également la genèse d’une famille dont chaque membre est attachant et vrai. Céleste Ng possède un talent formidable pour camper ses personnages dont l’humanité et les faiblesses sont d’un réalisme bluffant.

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Tout ce qu’on ne sait jamais dit est ainsi un roman magnifique, beau, et d’une tristesse infinie… Mais qu’il faut lire absolument pour son ambiance unique ! C’est un concentré d’émotions et de poésie à l’échelle d’un roman mené de main de maitre.

Chronique : Idaho

Un roman captivant, aux personnages tellement humains et réalistes qu’on les suivrait jusqu’au bout du monde… 

Initialement paru aux éditions Kero en 2016, Idaho est sorti chez Le livre de poche en mai 2017. Il n’a pas fait grand bruit à sa sortie, et c’est bien dommage. Je vais donc essayer de réparer cela, car Idaho est un roman qui a réussit à me captiver de bout en bout, ce qui est assez rare pour être souligné.

Il s’agit du seul roman d’Andria Williams écrit à ce jour, mais j’espère en découvrir d’autres de sa plume…

Inspiré d’une histoire vraie, dans les États-Unis des années 60

Saviez-vous que les Etats-Unis avaient eux aussi eu leur incident nucléaire ? Les toute premières pages du roman en parlent : un réacteur nucléaire militaire a explosé le 3 janvier 1961, près d’Idaho Falls. Idaho nous conte cette histoire, de façon romancée tout est étant axé principalement sur l’histoire du couple que forment Paul et Natalie. Comment en sommes-nous arrivé à l’incident du 3 janvier ? Ce roman vous l’explique.

Paul est militaire de profession, il emmène femme (Nathalie) et enfants (deux) à Idaho Falls pour travailler dans un centre militaire. Il ne le sait pas encore, mais Paul va travailler sur les débuts de ce qui sera un réacteur nucléaire…

Idaho, c’est l’histoire d’un incident, certes, mais également celle d’un couple extrêmement humain, attachant que l’on a envie de suivre jusqu’au bout. J’espère pouvoir vous donner envie de découvrir ce roman qui m’a tant plu et même marquée grâce à ses personnages forts.

Un roman merveilleux, une histoire captivante entre réalisme et amour

Lire Idaho, c’est découvrir un pan de l’Histoire américaine très méconnu, mais c’est également la découverte d’une auteure. En effet, Andria Williams m’a sidérée par sa maîtrise de l’intrigue où elle noue réalisme et romance à la perfection.

Le couple formé par Nathalie et Paul est cirant de précision. Les relations complexes que vit Nathalie au quotidien, notamment son intégration au sein des autres femmes de militaires, les jeux de pouvoirs sous-jacents, etc.,  tout est y est mené de main de maître.

Comme si nous y étions, nous découvrons les ressentis, les pensées de chacun. C’est si bien mis en scène que l’on se croirait là-bas avec à eux à réfléchir à ce qui les torture chacun. Nathalie est peu à peu tourmentée par sa vie de femme de militaire isolée, avec ses enfants. Paul quant à lui commence à voir les problèmes s’accumuler à la base où il travaille… personne n’écoute ses nombreux avertissements sur la sécurité défaillante du système…

Les derniers chapitres sont les plus effrénés, (mais aussi les plus fous et les plus incroyables) on ne peut résister à l’envie de savoir quelle sera l’issue d’Idaho.

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Quelle sera l’issue de cette histoire pour Nathalie et Paul ? A vous de le découvrir au travers de ce MERVEILLEUX roman. Je suis rarement subjuguée par un roman, mais Idaho m’a vraiment fait cet effet. Impossible de décrocher tant au niveau de l’intrigue qu’à celui des personnages à la psychologie finement traitée. C’est un roman qu’il ne faut louper sous aucun prétexte car ses quelques 570 pages se dévorent au final très rapidement !

Ci-dessous, découvrez la playlist idéale à écouter durant la lecture d’Idaho.

Actualité éditoriale : Ces romans à paraître en fin d’année 2017 qui me tentent énormément… – Partie II

Voici la suite de ma liste d’ouvrages ultra tentants de la rentrée 2017 ! J’ai déjà pu lire et découvrir un bon tiers de la liste que vous ai proposée précédemment. Mais il en reste tellement à découvrir ! Encore une fois, on mélange les genres histoire de tenter tout le monde… Et il y a aussi bien des nouveautés pures que des sorties poches qui vous sont présentées ici !

Ma fille – Jane Shemilt – Pocket

Dans le genre du thriller pur, Ma fille semble être le roman sous haute tension parfait. Tout commence avec la disparition très inquiétante une ado de 15 ans. Plus le temps passe, et plus l’enquête piétine… Mais la mère de la jeune disparue décide de remonter elle-même les fils de l’intrigue.

La quatrième de couverture (ci-dessous) est extrêmement simple, mais suffit déjà à créer une curiosité ! Donc, quand il sortira, je l’achèterais, d’autant que ce sera un poche alors pas de quoi se priver.

« Bristol, 2009. Naomi a quinze ans et une vie de lycéenne tout ce qui a de plus normal. Jusqu’au soir où elle ne rentre pas. La panique, l’angoisse et la mobilisation policière n’y changeront rien. Un an plus tard, Naomi est toujours portée disparue. Sa mère, Jenny, envisage tous les scénarios possibles. Dévastée par le chagrin, elle ne renonce pas et cherche encore. Pour comprendre, elle doit tout apprendre de sa fille. Jenny décide alors à rebours de remonter le fil de cette vie qui prenait son envol loin d’elle. Découvrant peu à peu qu’elle ignorait beaucoup. Dont ces choses qu’elle aurait préféré ne pas savoir… ».

Amaz – Lisa Goldstein – Hélios

Voici un direct poche à surveiller de près à sa sortie en octobre 2017 ! (un direct poche est un ouvrage qui n’est pas sorti en grand format au préalable). Ce roman semble s’inspirer des élans et de la chaleur envoûtante de l’Orient, le tout teinté d’imaginaire, bien entendu.

La collection Hélios (pour ceux qui la découvriraient) est issue d’un collectif entre ActuSF, Les Moutons électriques et Mnémos. Dans le cas d’Amaz, ce sont les Moutons électriques qui assurent la publication. Ils ont également publié en grand format un autre ouvrage de la même auteure cette année : Sombres cités souterraines.

« Pour le Dr. Mitchell Parmentier, orientaliste américain venu passer un an dans la grande ville orientale d’Amaz pour y étudier une ancienne épopée dont il a retrouvé le manuscrit, comme pour son épouse et ses deux filles, c’est un séjour plein de promesses qui s’annonce. Presque des vacances. Mais Amaz, où s’interpénètrent l’univers magique des Mille et Une Nuits et le climat conflictuel du Moyen-Orient contemporain, n’est pas une ville de tout repos.

Les rues semblent y changer le tracé d’un jour à l’autre, les nouvelles se transmettent par l’intermédiaire de jeux de cartes divinatoires, une guerre séculaire oppose secrètement les partisans de deux types d’écriture… »

Les derniers jours de l’émerveillement – Graham Moore – Le Cherche-midi

Alors, ce n’est pas très rationnel, mais le titre et la couverture de ce roman m’ont tout de suite attirée. Et après avoir découvert le résumé, j’ai compris pourquoi… il y a TOUT ce que j’aime dans ce livre, du moins dans sa présentation. L’histoire m’a d’ailleurs fait un peu penser au roman Le Prestige de Christopher Priest dans l’accroche.

L’époque est celle des grandes avancés scientifiques (la fin du 19ème siècle), le sujet est une lutte de pouvoir sur fond de suspense… ça a donc absolument tout pour plaire. L’ouvrage sort le 7 septembre prochain en librairie et fait d’ores et déjà partie des mes prochaines lectures !

« Après son Oscar pour le scénario de The Imitation Game, Graham Moore nous conte le formidable duel de deux inventeurs de génie qui ont transformé notre vie quotidienne.

New York, 1888. Les lampadaires à gaz éclairent les rues de la ville, l’électricité en est à ses balbutiements. Celui qui parviendra à en contrôler la distribution sait déjà qu’il gagnera une fortune considérable et sa place dans l’histoire. Deux hommes s’affrontent pour emporter la mise : Thomas Edison et George Westinghouse. Tous les coups sont permis. Lorsqu’un jeune avocat, Paul Cravath, aidé par le légendaire Nikola Tesla, se mêle à ce combat homérique, il va bientôt se rendre compte qu’autour de lui toutes les apparences sont trompeuses et que chacun a des intentions cachées.

À la façon d’Erik Larson, Graham Moore s’est appuyé sur des documents historiques peu connus pour nous livrer un récit d’une incroyable efficacité, qui se lit comme un thriller, tout en offrant une profondeur passionnante à ces personnages qui ont façonné notre modernité. Une formidable histoire où l’on constatera que la réalité dépasse toujours la fiction. ».

L’hôtel – Yana Vagner – Mirobole

Alors, déjà, je tiens à souligner que j’adore les choix graphiques des éditions Mirobole. Dès que l’on a de leurs ouvrages entre les mains, on sait que c’est eux qui l’ont réalisé. Et en plus de proposer des ouvrages détonants et de prendre une réelle prise de risque à chaque parution, ils font de magnifiques objets-livres.

Donc, L’hôtel a la qualité première d’être une nouveauté des éditions Mirobole. Sa seconde qualité, c’est d’avoir un résumé totalement alléchant dans le genre huis-clos flippant ! Je pense que ce roman a tout le potentiel pour un futur coup de cœur…

J’ai découvert au passage qu’il ne s’agit pas du premier roman de cette auteure. Elle a déjà deux romans parus chez Pocket (parus chez Mirobole au préalable) : Vongo Zero et Le Lac.

« Dans la neige, une femme tente de regagner le chalet où elle voit ses amis boire et discuter tranquillement. A deux doigts de la porte salvatrice, elle trébuche et se fait poignarder.

Ce n’est que le début d’un huis-clos angoissant dans une maison, « l’Hôtel », située en altitude et accessible en seul téléphérique. Neuf Russes – quatre hommes, cinq femmes – membres d’une équipe de tournage s’y sont retrouvés pour un séjour d’une semaine. L’endroit est pourvu de nourriture et de bois de chauffage en quantité. Mais les portables n’y captent pas de réseau. Et bientôt une tempête glacée endommage le réseau électrique. La découverte du cadavre de Sonia provoque un choc parmi les personnages, surtout quand ils réalisent que le meurtrier se trouve forcément parmi eux. ».

Voici venir les rêveurs – Imbolo Mbue – Pocket

Attention, parution d’un IMMENSE COUP DE CŒUR de la rentrée précédente ! J’avais tellement aimé ce premier roman que le voir sortir enfin en poche me mets du baume au cœur. Je vais enfin pouvoir le conseiller facilement à tous mes clients ! Je vous laisse découvrir la chronique de l’ouvrage parue l’année dernière sur le blog. L’ouvrage est paru à l’origine aux éditions du Cherche-Midi.

« Ils ont traversé l’Atlantique pour vivre leur rêve, le vrai, l’américain.

Originaire du Cameroun, Jende Jonga sait que le sort de sa famille repose sur l’obtention d’un visa de travail. Des études pour sa femme, Neni, un avenir pour son fils, Liomi… Après plusieurs petits boulots clandestins, Jende croit enfin tenir sa chance : un job de chauffeur pour Clark Edwards, riche banquier de Manhattan. Mais nous sommes en 2007, et la crise des subprimes réserve, à tous, un réveil brutal… Choc des cultures et quête du bonheur : le rêve que l’on poursuit n’est pas toujours celui qu’on croit… ».

La maison des Turner – Angela Flournoy – Les Escales

Présenté comme le roman qui renoue avec la belle tradition du roman américain, La maison des Turner traite de la famille, de ses attaches, des sentiments, de secrets… Il est joliment mis en valeur grâce à une couverture aussi sobre qu’éclatante.

J’en ai beaucoup entendu parler sur les réseaux sociaux, et je pense qu’il pourrait parfaitement me convenir, moi qui ai envie de trouver un bon et beau roman américain. Celui-ci pourrait bien être ce qu’il me manque… Il a par ailleurs été finaliste du National Book Award, un prix littéraire très prestigieux aux États-Unis.

« Cela fait plus de cinquante ans que la famille Turner habite Yarrow Street, rue paisible d’un quartier pauvre de Detroit. La maison a vu la naissance des treize enfants et d’une foule de petits-enfants, mais aussi la déchéance de la ville et la mort du père.

Quand Viola, la matriarche, tombe malade, les enfants Turner reviennent pour décider du sort de la maison qui n’a désormais plus aucune valeur, la crise des subprimes étant passée par là.

Garder la maison pour ne pas oublier le passé ou la vendre et aller de l’avant ? Face à ce choix, tous les Turner, de Cha-Cha, le grand frère et désormais chef de famille, à Lelah, la petite dernière, se réunissent. Et s’il fallait chercher dans les secrets et la mythologie familiale pour trouver la clef de l’avenir des Turner et de leur maison ? ».

Si la Chine était un village – Liang Hong – Picquier

Tout premier roman de l’auteure chinoise Liang Hong, Si la Chine était un village raconte l’histoire de sa ville natale qu’elle a quittée plus jeune. Quand elle y est revenue des années plus tard, le petit village n’était que désolation… A la fois roman et vécu se mélangent dans cet ouvrage ambitieux retraçant le destin de milliers de villages chinois à travers le pays…

Ce roman a reçu de nombreux prix littéraires en Chine depuis sa parution en 2010.

« De retour dans son village natal après 10 ans, l’auteure comme une anthropologue enquête sur l’habitat, les différents lignages, les relations entre les clans, les familles, les mariages et les naissances. Au cours d’entretiens avec des compagnons d’autrefois et des parents proches, elle comprend les transformations de son village, les joies et les souffrances vécues. »

Soufre – José Luis Peixoto – Seuil

J’avoue qu’avec la présentation de cet ouvrage, je ne sais pas vraiment à quoi m’attendre. Peut-être que j’adorerais, ou que je détesterais Soufre. Je pense que c’est typiquement le genre d’ouvrage à double-tranchant où tu n’es jamais certain d’apprécier ou de détester ce que tu viens de lire. Mais sa couverture magnifique et le résumé ont su me tenter… alors affaire à suivre !

« Non loin du village de Galveias, dans le sud du Portugal, une étrange météorite s’abat sur un champ, emplissant les lieux d’une insupportable odeur de soufre. Des pluies incessantes succèdent à une chaleur suffocante, le pain et la farine prennent un goût exécrable. Autour du cratère se rassemblent bientôt les habitants, dont la vie et les secrets sont peu à peu dévoilés, soudain mis à nu au contact du mystérieux phénomène agissant tel un révélateur. Sans que sa vieille mère le sache, le facteur a fondé depuis plus de vingt ans une famille en Guinée, où il a fait son service militaire; désireuse de répandre son savoir, la maîtresse d’école voit son établissement saccagé et sa chienne éventrée ; la tenancière du bordel est aussi une habile boulangère brésilienne ; les chiens errent et vivent de drôles d’aventures ; les existences se déroulent et s’entrecroisent, heureuses ou malheureuses, les rancœurs des uns et des autres ressortent, profondément humaines. Dans un style imagé, José Luís Peixoto nous livre un roman qui décrit une réalité froide, tour à tour belle et laide, parfois blessante comme la vie. »

Chronique : Hikikomori

Un roman américain beau et triste à la fois, sur un phénomène typiquement japonais : Hikikomori. Ce terme désigne des individus ayant décidé de s’isoler du monde pendant des mois, voir des années.

Jeff Backhauss est un auteur d’origine américaine. Avant d’écrire, il a été directeur artistique et pilote professionnel. Il a également vécu et travaillé en Corée. Hikikomori est sont tout premier roman. Il est paru en poche chez Milady en septembre 2016.

Un homme isolé volontairement depuis trois ans…

Suite à un drame, Thomas Tessler s’est isolé quelques heures dans une pièce, puis les heures se sont transformées en jours, en mois, puis en années… Sa femme ne l’a plus vu depuis 3 ans, une simple porte les sépare, et pourtant, impossible d’en franchir le seuil. Thomas est un hikikomori, un individu qui s’est volontairement coupé du monde. Ce phénomène est typiquement japonais et concerne un million de personne là-bas.

Mais Thomas est américain, et personne ici ne semble savoir comment le faire sortir de sa terrible léthargie… alors, peut-être qu’une personne japonaise saurait, elle ? C’est ce que se dit Silke, sa femme, qui voit en Megumi le dernier recours pour sauver Thomas et leur couple… D’autant que la jeune japonaise a un passé qui pourrait l’aider à « guérir » Thomas, car elle a déjà l’expérience des hikikomori…

Un roman touchant, beau et extrêmement original

De par son thème et la façon dont il est traité, Hikikomori est un roman social difficile à classer, mais délectable à découvrir ! Pour les curieux qui souhaitent approfondir leurs connaissances de la culture nippone, pour ceux également qui aiment les belles histoires au goût doux-amer, c’est un roman parfait.

Je ne saurais dire exactement pourquoi, mais Hikikomori est un roman qui a réussit à me toucher. L’histoire de cet homme qui s’est isolé à l’extrême pour s’éloigner de la douleur,  quitte à mettre en péril son couple a su me parler. Le fait également que chaque page est un écho au Japon et à ses codes a également aidé à m’attacher encore plus à cette histoire.

Le relationnel qui se créée entre Thomas et Megumi dans les silences, entre cette porte close, tout est magnifiquement retranscrit. Ce rapport si étrange et difficile à expliquer qui pourrait paraître malsain en toute autre situation passe ici à cause de cette situation exceptionnelle. Ce paradoxe entre culture nippone et culture américaine également est fascinant, l’auteur a su traiter cela avec art, le tout restant intimiste et captivant.

Ainsi, le thème principal de ce roman a beau être la perte de l’être cher, le deuil, on a un sentiment qui devient de plus en plus lumineux et positif au fil des pages. On arrive tout comme Thomas à s’extraire de ce sentiment d’enfermement… Mais la route est longue, et nous n’assistons qu’aux prémisses d’un changement qui sera assez long au final.

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Mais quelle beauté, pour ce roman ! Lisez Hikikomori si vous rechercher une histoire autre, différente. Délicat, beau, fragile et mémorable, voici les adjectifs à retenir pour cet ouvrage si particulier. Et un nom également est à retenir, celui de Jeff Backhaus, dont c’est pour le moment le seul ouvrage paru en France, mais qu’il faudra surveiller de près…

Chronique : Il y a un robot dans le jardin

Le roman « trop mignon » des éditions Super 8 qui vous fera passer un merveilleux moment entre humour débridé, et aventure…

Premier roman de l’anglaise Deborah Install, Il y a un robot dans le jardin est le titre mignon et sf de cette année… à ne manquer sous aucun prétexte ! L’ouvrage est paru en janvier 2017, chez les géniales et atypiques éditions Super 8, qui comme toujours réussissent à nous surprendre.

« Chéri, il y a un robot dans le jardin »

C’est ainsi que commence le roman : cette phrase incongrue va être le déclencheur d’un véritable changement de vie pour les habitants de la maison où se trouve ledit jardin… Et l’étrange robot qui y a élu domicile. Tout cabossé, bringuebalant par certains endroits, et fuitant même, le petit robot est bon pour la casse, du moins selon Amy.

Mais pour Ben, qui n’a jamais réussit à s’accomplir dans quoi que ce soit, la présence de ce petit robot va éveiller quelque chose en lui… Quitte à tout plaquer pour trouver quelqu’un à même de le réparer, et parcourir le monde!

Un road-trip génial et fou… si savoureux qu’il en est presque trop court ! 

Si vous ne devez lire qu’un seul roman mêlant humour et sf cette année, misez tout sur celui-là ! Tout y est mémorable et mythique. Du relationnel touchant et unique entre Ben et Tang le petit robot décrépit, en passant par les nombreux pépins qu’ils vont rencontrer, tout y est génial…

Pêle-mêle, vous découvrirez : un hôtel paumé un peu étrange, un savant fou, une île où il fait bon vivre… Vous voyagerez aux États-Unis, au Japon et sur des îles paradisiaques.

Ce roman, c’est une véritable ode à l’aventure et à l’amitié ! C’est également un superbe ouvrage d’apprentissage où celui qui tire des leçons n’est pas forcément celui que l’on croit…

Chaque page se savoure, et chaque dialogue est génialement mis en scène par Deborah Install :

  •      « – Ben s’amuser ?
  • Oui, beaucoup. Merci. […]. Et toi, qu’est-ce que tu as fabriqué ?
  • Fabriqué ?
  • Qu’est-ce que tu as fait ? Tu as regardé la télévision tout le temps ?
  • Oui, sauf quand Tang téléphoner.
  • Pardon ?
  • Monsieur dans télé dire appeler. Alors Tang appeler.
  • Tu as appelé un jeu télévisé en direct ?
  • Oui.
  • Et le monsieur t’a répondu ?
  • Oui.
  • Et ?
  • Monsieur parler japonais. Tang pas comprendre. »

Et des échanges aussi absurdes/géniaux/incongrus de ce style, il y en a plein !

  • «  – Tu ne peux pas inventer un mot sans lui attribuer de signification.
  • Pourquoi ?
  • Comment ça, « pourquoi » ? C’est la règle du jeu !
  • Tang pas comprendre.
  • On dit : « Je ne comprends pas ».
  • Tang je ne comprends pas. »

On frise le génie avec des réparties comme ça, et surtout, c’est fou rire garanti, où que vous soyez en train de lire !

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Il y a un robot dans le jardin, c’est un roman touchant et drôle à mettre entre toutes les mains. Puisque c’est la mode des feel good book, pourquoi n’y aurait-il pas un sous-genre en sf ? Ce roman en serait le digne représentant tant il est une merveille de positivisme et d’humour. C’est un énorme coup de cœur qui renouvelle une fois de plus ma confiance envers les éditions Super 8 !

Chronique : Soul Breakers

Un road-trip mystique et captivant dans l’Amérique de la Grande Dépression !

Christophe Lambert est un auteur bien connu dans le paysage de la littérature fantastique, jeunesse et ado (à ne pas confondre avec l’acteur du même nom !). En janvier 2017, il est revenu avec un beau pavé de presque 600 pages paru chez Bayard Jeunesse : Soul Breakers. Le thème : une épopée formidable à travers les États-Unis des années 30 où nous suivons Teddy, prêt à tout pour sauver sa petite sœur… Original et dépaysant !

Pour ceux qui voudraient en savoir encore plus sour la génèse de l’ouvrage et les recherches de l’auteur pour l’écriture de son roman, vous pouvez découvrir ici l’interview de Christophe Lambert.

Un roman d’aventure aux allures de récit initiatique

Teddy est un jeune homme qui vit seul avec son père et sa sœur. Ils parcourent les routes poussiéreuses à la recherche de travail comme des milliers d’autres américains suite à une crise économique sans précédent qui s’appelle la Grande Dépression.

Alors, quand un soir un groupe de forains débarque pour distraire les pauvre ères, c’est avec joie que Teddy emmène sa petite sœur à leur spectacle. Mais il y a quelque chose d’inquiétant chez ces gens du voyage : une femme semble avoir des tatouages qui prennent vie, et leur chef a une allure très inquiétante.

Au lendemain du spectacle, le doute n’est plus permis : ces forains on fait quelque chose d’étrange à la sœur de Teddy durant le spectacle. Elle ne parle plus, ne bouge plus, c’est une coquille vie qu’il faut forcer à alimenter.

Dès lors, Teddy n’a qu’un objectif : sauver sa petite sœur des griffes des forains. Ou plutôt, l’âme de sa petite sœur… Abandonnant sa famille, il décide de partir en chasse de la troupe au travers des Etats-Unis. La route va être rude et longue pour le jeune homme qui va apprendre brutalement la vie… mais qui fera aussi de magnifiques rencontres.

Les années 30 comme si vous y étiez

C’est un magnifique portrait des États-Unis qui vous est offert dans ce roman ! Le tout servi par une intrigue qui captivera le lecteur. Entre historique et fantastique, c’est avec délices et parfois appréhension que l’on découvre l’épopée de Teddy.

Pour sauver sa petite sœur, il va trimer : dans les mines et leurs innombrables dangers, mais aussi dans l’un des plus grands abattoirs de Chicago (où les conditions de travail sont absolument insoutenables) pour gagner sa croute et continuer sa route…

L’univers de Soul Breakers est dur, parfois sale et brut, empli de misère. Certaines scènes apportent leurs lots de cruauté. Mais tout cela est contrebalancé par une douceur amenée avec des personnages aussi inattendus qu’attachants. Notamment celui qui deviendra son meilleur ami : Duca, l’écrivain en devenir, ou encore la douce et muette Mary Jane, mais aussi d’autres que vous découvrez au fil des pages. J’ai notamment adoré Chef, l’indien, un personnage immédiatement attachant que l’on apprécie avant le héros lui-même.

Les personnages sont une dizaine au total à être d’importance. Ils sont tous bien présentés et décrits avec précision, il vous sera impossible de les confondre !

L’histoire est captivante jusqu’à la fin. Soul Breakers nous pousse à découvrir un pays fascinant à une époque qui est très rarement exploitée en jeunesse (ou chez les ados). Et on a qu’une seule envie, approfondir nos connaissances sur cette époque qui fut si dure pour des milliers d’américains mais si riche d’un point de vue culturel.

De plus, la partie surnaturelle de l’intrigue est très bien menée et n’interfère jamais sur la réalité des faits historiques. Nous n’avons pas toutes les réponses sur cette « magie » qui habite certaines personnes, mais c’est si bien fait, que je préfère rester un peu sur ma faim que d’en savoir trop. Gardons une part de mystère à cette histoire…

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En somme, Soul Breakers est un véritable coup de cœur. Plaisir de découvrir une histoire mais également une époque bien précise, avec une intrigue qui cimente parfaitement le tout.

Que vous soyez ou non féru d’imaginaire, vous pourrez aimer ce roman d’aventure tant il est ancré à merveille dans l’Histoire, la vraie ! On y traite de très nombreux thèmes : exploitation de l’homme, religion, harcèlement, amitié… C’est à lire/découvrir sans modération à partir de 14 ans puis sans restriction aucune, d’autant que c’est un one-shot pour une fois, donc très appréciable !

PS : Bravo à l’illustrateur de couverture Raphaël Gauthey. Cette dernière est magnifique et correspond parfaitement à l’ambiance du roman avec cette grande ombre qui menace les deux héros. Elle est magnifique !

Chronique : Dieu roule pour moi

Un roman destiné aux ados qui ne réussit par à convaincre car traitant de tout… et de rien.

Paru en octobre 2015 aux éditions de L’école des Loisirs, Dieu roule pour moi est un roman de Dominique Souton. Elle a une foule de livres à son actif, et cela pour tous les âges (y compris les adultes) : Quand on raconte des histoires horribles, il arrive des histoires horribles, J’aime mon meilleur ami qui aime ma meilleure amie, Zélia change de look, Je hais le théâtre

Dieu roule pour moi nous permet de suivre la correspondance de Chrissie Jones, résidant aux Etats-Unis avec une jeune française de son âge.

La vie d’une fille de pasteur

Bienvenue à Sioux Falls, une ville du Dakota du Sud. Plus précisément, nous voici au sein de la famille de Chrissie Jones. Fille de pasteur, pas franchement intégrée dans le collège qu’elle fréquente, ni géniale ni impopulaire. Chrissie ne fait pas de vagues, mais le hasard de la vie va parfois dans son sens, comme en ce qui concerne certains événements décisifs dans sa vie.

Vous voici ainsi dans la correspondance de Christie qui envoie mails sur mails à une correspondante française. Mais que peut-elle bien lui raconter ?

Une correspondance à sens unique

Dieu roule pour moi est intéressant pour une chose en particulier : il nous fait découvrir certains éléments emblématiques de la culture évangélique américaine. En effet, notre jeune narratrice vit dans une famille dont la religion est le centre névralgique.

On découvre les enjeux et l’importance du métier de pasteur qu’exerce son père. Mais ce n’est pas tout : de nombreuses questions que se posent Chrissie nous sont également présentées, notamment celles traitant du bal de pureté. Ce phénomène du bal de pureté est très répandu dans les communautés chrétiennes évangélistes américaines (mais pas seulement).

Le seul problème, c’est que les questionnements de Chrissie n’en sont pas vraiment, elle ne semble pas avoir d’avis franc et laisse le hasard et le destin décider pour elle. On aurait aimé découvrir une narratrice plus curieuse et/ou plus engagée dans ses opinions. Ici, on ne fait qu’effleurer de nombreux thèmes : la religion, la virginité, les premiers amours et émois, la notion de bien et de mal, la famille…

L’auteure ne va pas assez loin dans ses explications au travers de sa narratrice. Pour des lecteurs qui n’y connaissent rien ou peu de choses sur ces questionnements, Dieu roule pour moi les laissera très interrogateurs. D’autant que les lecteurs de ce roman sont des français, et ces problématiques très américaines ne leur parleront pas nécessairement.

De plus, chose assez paradoxale, l’histoire ne nous raconte guère de choses. Il n’y a pas de réelle intrigue, ni d’enjeux, à peine quelques réflexions, mais c’est tout. Par exemple, Chrissie est en disgrâce au sein de son école pendant une bonne partie du roman, puis sans raisons, elle devient presque populaire en quelques chapitres ! C’est à n’y rien comprendre…

De ce roman épistolaire (uniquement par mail), vous ne lirez que les écrits de Chrissie. On comprend toutefois aisément ce que dit sa correspondante française car les mails de l’ado américaine sont rédigés avec la question d’origine.

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Pas assez explicatif, trop nébuleux, Dieu roule pour moi est un roman qui nous fait toutefois découvrir une autre Amérique : profonde, religieuse et ancrée dans de nombreuses traditions. Mais cela ne suffit pas à créer un récit passionnant, et il est facile de passer à côté… Dommage, l’idée de base était très intéressante. Pour les curieux, c’est à découvrir dès l’âge de 14 ans.

Pour aller plus loin sur le phénomène des bals de pureté :

http://www.barbieturix.com/2014/04/10/papa-protege-ma-virginite-lessor-inquietant-des-bals-de-purete-aux-etats-unis/

http://www.aufeminin.com/news-societe/bal-de-purete-le-phenomene-intriguant-de-ces-fillettes-qui-font-v-u-de-chastete-s385077.html

http://www.konbini.com/fr/tendances-2/images-etrange-phenomene-bals-de-purete/

Chronique : Voici venir les rêveurs

voici-venir-les-reveursLe rêve américain : but ultime d’une famille camerounaise qui a tout quitté pour le vivre pleinement

Imbolo Mbue, c’est un nom qui ne vous dit peut-être rien pour le moment, et c’est normal, Voici venir les rêveurs est son tout premier roman. Mais il a beau être son premier ouvrage, il a été un véritable phénomène éditorial, aussi bien aux États-Unis que dans le monde entier… tous les éditeurs s’en sont littéralement arraché les droits de traduction à la fameuse Foire du livre de Francfort en 2014. En France, ce sont les éditions Belfond qui ont décroché le droit de traduire et de publier son roman.

L’histoire forte et belle d’immigrés qui vivent à travers le prisme du rêve américain

Jende est un homme travailleur. Pour vivre pleinement le fameux rêve américain et amener sa famille du Cameroun aux États-Unis, il est prêt à tout. A travailler comme un fou. A suer sang et eau. A cumuler plusieurs travails. A mentir à l’immigration… Mais jusqu’où est-il prêt à aller pour créer le meilleur avenir possible à ses enfants et offrir la vie de rêve que sa femme adorée mérite tant ?

Un roman puissant et captivant, aux personnages terriblement attachants

La vie et l’histoire de Jende sont absolument passionnantes. On s’attache à cet homme qui souhaite le meilleur pour lui et sa famille. Qui est prêt à tout pour sauver les apparences et faire rêver ceux qui ont eu la malchance de rester au pays.

La femme de Jende, Neni est également une battante admirable, luttant continuellement pour porter à bout de bras sa famille. Sa personnalité est incroyable, surprenante, charismatique. On aimerait tous avoir la force de Neni tant elle subjugue par ses actes inattendus et osés parfois.

L’histoire de ce couple incroyable et fort nous est ici disséquée sous tous les angles. On en apprend énormément sur le Cameroun et l’image qu’ils ont des États-Unis là-bas. On y découvre également les terribles et cruelles traditions qui perdurent encore… Et Imbolo Mbue sait de quoi elle parle puisqu’elle-même est camerounaise.

La vision qu’elle nous offre des États-Unis est ainsi bien loin du paradis rêvé par tant de personnes (qu’elles soient camerounaises, ou d’ailleurs…). Lucide, terrible, réaliste, le concept du rêve américain y est ici totalement revu et corrigé.

Voici venir les rêveurs, c’est également l’histoire d’un scandale, celui de la chute de Lehman Brothers (en 2008). On assiste à la déchéance d’une puissance que l’on croyait immuable ; et comment ces trafics vont influer sur des petites vies qui semblent si insignifiantes pour certains…

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Ce roman est relativement passé inaperçu dans la presse et les médias, et c’est fort dommage. Belfond croit beaucoup en ce roman, et l’on comprend sans problème pourquoi une fois la lecture achevée. Imbolo Mbue nous offre un grand plaisir de lecture tout en nous permettant de nous attacher à des personnages forts émotionnellement. On est fébrile à l’idée de savoir ce qu’il va arriver à ces petites gens qui travaillent pour les plus grands… Un grand roman, ne passez pas à côté.

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Chronique : Les enfants de Peakwood

Les enfants de PeakwoodEntre horreur et fantastique, découvrez un nouvel auteur français prometteur… !

Premier roman de Rod Marty, Les enfants de Peakwood est paru aux éditions Scrinéo à la fin de l’année 2015. Il s’agit d’un récit one-shot, et c’est appréciable quand on voit la profusion de séries littéraires qui sortent en librairie. Entre récit fantastique et horreur, bienvenue dans une petite ville paumée des États-Unis qui cache de très nombreux (et sombres) secrets…

Un accident de car scolaire et de nombreux traumatismes comme départ d’intrigue

Au début, c’est un amoncèlement de corps brisés et de tôle froissée que l’on aperçoit. Des voix d’enfants perdus, déboussolés pour ceux encore en vie… L’accident qui eut lieu cette nuit là a bouleversé violemment et durablement la petite ville de Peakwood.

Mais tous ces enfants morts sont revenus dans leurs maisons, leurs foyers respectifs après le drame… Ils ont continué à grandir, rire, pleurer, apprendre. Comment ? Grâce à un lourd secret mélangé à de la magie indienne ancienne…

Mais il y a toujours une contrepartie avec le surnaturel, surtout quand on ne respecte pas toutes les règles du marché. Et c’est ainsi que la communauté de Peakwood va vivre les jours les plus terribles de son existence : violents et morbides…

Un roman plutôt effrayant… qui aurait pu l’être encore plus !

Rod Marty sait manier son histoire pour la faire monter en grade vers l’inquiétant, puis l’effrayant. La montée insidieuse du bizarre et de l’étrange est très bien réalisée et les scènes d’ambiance où le mal s’installe sont les meilleures de l’ouvrage. Ses personnages et leurs façons d’évoluer sont elles aussi bien faites.

A cette lecture, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à une sorte de mélange entre Les Tommyknockers et Simetierre, deux ouvrages de Stephen King. En effet, peu à peu, les habitants de Peakwood son « contaminés » par une force étrange, comme dans Les Tommyknockers, et pour Simetierre, et bien, je vous laisse trouver… Mais ces parties similaires au monde de Stephen King ne donnent aucunement une impression de copie, Rod Marty a su trouver son univers propre.

Certains des personnages sont assez réalistes, tant qu’ils en deviennent effrayants : du gros macho sexiste et violent au jeune garçon surdoué et mélancolique, ils évoluent tous. Certains pour le meilleur, d’autres pour le pire, mais tous changent de façon crédible et réfléchie.

En ce qui concerne l’histoire à proprement parler, elle est assez classique, mais bien menée. Les enfants de Peakwood est un roman qui a des côté effrayants, mais qui aurait pu aller encore plus loin dans l’inquiétant. J’aurais aimé que l’histoire aille un cran plus loin pour faire vraiment peur, et pas seulement passer un bon moment de lecture.

Autre remarque, on aurait apprécié que le monde des Indiens et de leur mythologie (démons, mythes, magie) soit plus développé pour mieux amener l’intrigue et ses enjeux (en particulier vers la fin). Mais pour un premier roman, c’est une histoire tout à fait honorable qui se tient parfaitement.

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En somme, Les enfants de Peakwood est un bon premier roman qui laisse présager de bonnes choses pour la suite. A lire pour se faire peur dès l’âge de 14-15 ans environ, et ce sans limites. Pour ceux qui sont déjà de grands amateurs de récits fantastiques et d’horreur, il très possible que se récit ne vous contente pas ; il est plutôt à réserver à ceux qui souhaiteraient découvrir le genre de façon mesurée.

Quoi qu’il en soit, Rod Marty est un auteur qu’il faudra suivre de près à l’avenir. Cet ouvrage était bien, mais je pense que ce nouvel auteur n’a pas encore révélé tout son potentiel.

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GENRE : Non classé
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