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Chronique : La lumière lointaine des étoiles

Un huis-clos génial dans un vaisseau spatial en partance pour une nouvelle planète à coloniser afin de sauver l’humanité : Cavendish. Une intrigue d’une cohérence dingue où tout fait sens et où la tension monte, lancinante… Addictif et très réussi.

Paru en septembre 2022 aux éditions ActuSF, La lumière lointaine des étoiles est un titre de science-fiction que j’attendais avec beaucoup d’impatience. Et le voici enfin en France avec une magnifique couverture signée Zariel, et une traduction assurée de main de maître par Hermine Hémon et Erwan Devos, un couple de traducteurs qui fait son chemin dans le domaine de la SFF depuis maintenant une décennie.

Le lieu qui cristallise tous les rêves de l’humanité, à l’image d’une seconde chance : Cavendish

La Terre se meurt, et avec elle ses milliards d’habitants. La pollution fait rage depuis des décennies, et l’homme n’a pas pris assez vite la mesure des catastrophes qu’il a lui-même engendrées. Il est trop tard pour faire machine arrière et sauver la Terre… Une seule solution, quitter notre planète-mère et installer l’humanité ailleurs, si elle en a le temps. Pour cela, un premier vaisseau doit partir en éclaireur et installer la colonie nouvelle colonie… Mais ce vaisseau vient tout juste d’être volé par cinq femmes à l’âme bien trempée. Elles sont persuadées que pour sauver l’humanité, c’est par elles et uniquement par elles que le voyage pour Cavendish peut se faire. Dans un monde où les femmes sont encore et toujours des personnages secondaires, elles ont décidés de prendre les choses en main et tout faire pour sauver la Terre. A leur façon. Même si elles se mettent à dos l’humanité tout entière par le vol de ce vaisseau qui cristallise toutes les attentes.

C’est ainsi que commence un voyage hors-norme aux nombreuses révélations.

Un huis-clos haletant et réussit

Je ne dévoilerait pas plus le contenu de l’intrigue car elle est imbriquée de telle façon que tout y est cohérent, pensé et réussit jusqu’à la toute dernière phrase.
Ce que je peux vous dire avant toute chose, c’est que ça monte en puissance au fil des nombreux chapitres qui changent à chaque fois de temporalité. A chaque fois, on alterne entre les moments dans le vaisseau en direction de Mars puis de Cavendish et les moments qui se déroulent parfois des décennies avant. Mais le meilleur dans tout cela, ce sont les énormes révélations qui nous tombent dessus au fur et à mesure. Elle sont violentes, inattendues et saisissantes ! Impossible d’en voir venir certaines, et d’autres… vous n’osez même pas les imaginer.

Comment un huis-clos peut-il être aussi angoissant et passionnant alors qu’il ne réunit que cinq femmes à bord d’un vaisseau spatial ? C’est là que tout le talent de Laura Lam apparaît. Dans sa façon de nous offrir une sf féministe, originale et addictive. C’est empli de détails, de réflexions malines et de citations pertinentes… Et surtout, c’est extrêmement philosophique, si vous aimez réfléchir au concept de l’utilitarisme, ce roman devrait vous plaire, c’est certain !

Ainsi donc, voici un roman passionnant, à la construction extrêmement cohérente qui nous offre un immense sentiment de satisfaction une fois terminé. Tout trouve une réponse, et elle n’est pas toujours cousue de fil blanc… et c’est bien ça le plus savoureux. Un savant mélange de sciences, de réflexions humanistes et de suspense qui donne un roman d’une redoutable efficacité ! A découvrir d’urgence, en espérant découvrir à l’avenir d’autres roman de Laura Lam.

Chronique : Zodiaque – Tome 2 – L’étoile vagabonde

Suite d’une saga qui avait su me captiver ! L’univers de Zodiaque s’épaissit… de même que ses nombreux secrets…

L’étoile vagabonde est le second tome de la série Zodiaque, paru en avril 2016 chez Michel Lafon. Nous y suivons toujours l’histoire de Rhoma qui nous a laissé avec énormément de questions à la fin du premier tome…

Comment trouver la force de continuer ?

A la fin du premier tome de Zodiaque, nous laissions Rhoma en état de choc, et sans but. Elle a perdu des personnes qu’elle aime, mais surtout la confiance de ceux qui croyaient en elle à travers tout le Zodiaque. Comme se remettre d’une suite de chocs pareils ? Quel but poursuivre quand on a tout perdu ou presque ?

Une suite plus lente en rythme, mais toujours intéressante

Après l’écriture d’un premier tome aussi dense que l’était Zodiaque, l’écriture d’une suite est toujours un exercice délicat. Et Romina Russell s’en sort assez bien étant donné la situation dans laquelle elle laissait son héroïne…

Sans en dire plus, sachez que l’auteure a réussi à rebondir assez efficacement pour continuer à garder Rhoma dans la course, tout en créant de nouveaux enjeux et statuts pour ses nombreux personnages…

Seul défaut, on se lasse légèrement de l’univers que l’on a découvert avec tant d’intérêt dans le premier tome. En effet, Rhoma continue sa « tournée » des planètes composant le Zodiaque pour les prévenir de la menace que représente Ophiuchus. Mais la mécanique utilisée dans le premier tome s’essouffle un peu dans le second, c’est qui est tout à fait normal.

C’est donc un petit passage à vide que l’on croise dans le milieu de ce tome, mais la dernière partie du roman rattrape le tout en redynamisant l’intrigue. Beaucoup de complots à mettre à jour, d’amitiés à créer, d’ambassadeurs à convaincre et de vies à sauver… Les enjeux sont toujours aussi grands pour Rhoma, mais comme toujours, elle sait tenir son rôle avec courage et pugnacité.

Et les rapprochements entre Rhoma et Hysan se concrétisent parfaitement à mon goût ! Mais chut… vous ne saurez rien de plus. Non, n’insistez pas. Mais moi qui suit peu attachée à la romance dans une histoire, j’ai adoré et j’ai encore envie de voir leur relation évoluer !

L’intrigue avance donc, même si c’est parfois un peu long à mon goût. L’histoire de Zodiaque reste toutefois assez intéressante pour vouloir continuer la saga. Il reste encore beaucoup de choses à découvrir et de mystères à sortir de l’ombre… Une chose est certaine, je lirais la saga jusqu’au dernier tome !

La couverture anglaise du second tome de la saga Zodiaque.

Chronique : Good morning, midnight

Un roman inclassable qui nous laisse imaginer comment finirait l’humanité, et ce n’est pas dans le bruit et la fureur… mais dans un long silence radio.

Premier roman de l’américaine Lily Brooks-Dalton à paraître en France, voici Good Morning, Midnight paru en janvier 2017 aux Presses de la Cité. Il nous conte l’histoire d’un homme isolé de tout en Antarctique et qui semble être le seul être humain restant sur Terre, mais qui a la tête tournée vers les étoiles depuis toujours… En parallèle, un vaisseau est en route pour rentrer sur Terre mais ne sait pas ce qu’il l’attend au retour.

Portrait de rares survivants

A la suite d’une guerre, ou d’un incident biologique, ou nucléaire, ou autre chose… il semblerait que l’humanité soit en voie d’extinction. Du moins, c’est ce que les indices laissent penser. Ainsi, découvrons-nous Augustin, le seul homme encore vivant sur Terre à l’âge de quatre-vingt ans. Scientifique de renom, il a toujours étudié les étoiles, la physique et était prisé par les plus grandes universités à travers le monde entier… Mais il est désormais seul, lui qui a eu quantité de femmes dans sa vie et de gens qui le sollicitaient, le voilà en Antarctique à survivre de viande séchée. Et il est avec une petite fille de huit ans environ, qui a été oubliée durant l’évacuation… une charge supplémentaire qu’il na jamais souhaitée, lui qui a abandonné femme et enfants il y a des décennies pour sa passion envers les corps étoilés… Quel avenir pour ce duo improbable isolé de tout ?

Pendant ce temps, la navette l’Aether est en chemin vers la Terre depuis de longs mois. Mais depuis quelques semaines, impossible pour eux de joindre quelqu’un sur Terre. Que s’y est-il passé ? Pourrons-t-ils à nouveau fouler la terre ferme ? L’humanité s’est-elle éteinte ? Ce qui est curieux, c’est que les radios semblent fonctionner et qu’il n’y a simplement personne pour répondre… Qu’a-t-il bien pu se passer ?

Une histoire originale qui nous propose la fin possible de l’humanité

L’idée d’origine de Good Morning, Midnight est très intéressante. Un huis-clos sur Terre et dans l’espace, on découvre la psychologie de personnages que rien n’a préparé à cela, même le plus intense des programmes spatiaux. Isolement, interrogations, torture psychique, ressassement du passé, chacun est livré à lui-même dans cet avenir proche au silence assourdissant.

Que s’est-il réellement passé ? Ce n’est pas l’objet premier de ce livre que de répondre à cette question. Le but premier de Good Morning, Midnight est plutôt de nous proposer une version réaliste (et mystérieuse) de ce que pourrai être la fin de l’humanité…

Chaque chapitre alterne entre le point de vue d’Augustin, sur Terre et celui de Sully, une brillante astronaute de retour vers la Terre avec ses collègues. Chacun à leur manière doit faire face à ses erreurs, ses actes manqués et autres regrets qui ne manquent pas de ressurgir face à la solitude et l’excès de temps libre.

Mais même si je trouve l’idée d’origine du roman géniale, son développement m’a beaucoup moins séduit. En effet, le rythme du roman est très lent. On sent que c’est volontaire de la part de l’auteure pour instaurer ce sentiment de solitude, mais c’est tout de même gênant. Trop de longueurs, de descriptions, de ressassements pour moi.

La seconde partie du roman est un peu plus vivante, mais pas non plus très dynamique. Je pense que c’est plus un format novella qui aurait convenu à cette histoire. Le format roman oblige l’auteure a étirer plus que nécessaire le fil de son histoire, ce qui créer de grosses longueurs… J’ai toutefois trouvé l’écriture et l’ambiance générale du roman très bien faites, mais ce n’est pas suffisant pour tenir un lecteur.

…..

Ainsi, ce roman renferme une très belle histoire, emplie de mélancolie, d’amour et de sciences, mais il y a bien trop de longueurs pour l’apprécier pleinement. Un texte plus court aurait donné davantage de force au message de Lily Brooks-Dalton, c’est dommage. On retiendra donc une belle histoire, une intrigue originale et douce mais sans grande force narrative au final. Dommage, cela aurait réellement pu être un coup de cœur pour moi car tout ce que j’aime était réuni : un mélange d’anticipation sur fond de fin du monde et de sciences, que demander de plus ?

 

Interview de Thomas Pesquet à l’occasion de la parution son ouvrage photo chez Reporters Sans Frontières

A l’occasion de la parution de l’ouvrage photos de Thomas Pesquet dans la très belle collection créée par Reporters Sans Frontières, voici une interview exceptionnelle. Scientifique accompli, pilote, passionné de sciences dans leur ensemble…il est revenu il y a peu de station internationale (ISS) après avoir réalisé la missions proxima, qui durait 6 mois. Thomas Pesquet est une personne qui attire la curiosité, et le livre qui vient de paraître est à son image : accessible et passionnant. Vous pouvez d’ailleurs le trouver dans toutes les libraires ou maisons de la presse (il n’est qu’à 10€) pour découvrir sur papier glacé les magnifiques photos qu’il a réalisées la-haut.

Vous nous avez surpris par votre aisance, votre esprit, la façon dont vous avez occupé ce média (Twitter) comme jamais personne ne l’avais fait auparavant dans votre domaine. Aviez-vous anticipé l’intérêt incroyable que cela a suscité ? Aviez-vous une stratégie de communication prévue à l’avance ?

Thomas Pesquet : Je trouvais ça bête de garder pour soi les magnifiques images de la Terre que nous avions là-haut dans l’ISS (International Space Station). On cherche donc forcément un moyen de partager parce que, moi, quand j’étais petit les réseaux sociaux n’existaient pas. J’allais chez le marchand de journaux acheter mes magasines pour savoir ce qu’il se passait.

J’ai voulu donc partager cela, et c’est alors devenu une façon assez naturelle de communiquer. Il n’y avait aucune stratégie derrière tout cela. Je me disait juste « qu’est-ce qu’aujourd’hui j’ai vu dans le monde ? ». Quelque chose d’intéressant, ou de drôle, ou qui m’émerveille : il faut partager ça.

Cela peut également être quelque chose de drôle, d’amusant qui se passe à la station, ou au sujet d’une expérience scientifique intéressante.

C’est en faisant des photos à la coupola que l’idée m’est venue. Ensuite, ça s’est fait comme ça, naturellement. Je triais et travaillais les photos de 21h00 à 23h00, je réfléchissais à ce que je pourrais en faire avant de les envoyer. Tout cela c’est fait en coopération avec l’agence spatiale au sol, je leur envoyais par mail la photo avec le petit texte à poster.

Et puis, je n’avais pas conscience de ce qu’il se passait pendant ce temps sur Terre, que ça allait enthousiasmer les gens. Je ne voyais pas le retour, c’était un peu à sens unique. C’est en rentrant sur Terre quej e me suis dit que ça avait enthousiasmé les gens et tant mieux ! Cela m’a permis de faire passer un message très positif.

Vous aviez aussi un appareil photo incroyable. Vous l’appelez même « mon Frankenstein » ? Pourquoi cela ?

Thomas Pesquet : Oui ! Alors nous avions beaucoup d’appareils photo différents avec énormément d’objectifs à disposition. Je n’étais pas dut out familier de tout cela, je ne suis pas du tout connaisseur, je suis loin d’être un professionnel de l’image. J’ai appris sur le tas car c’est un sujet qui m’intéressais. L’appareil, c’est une caméra de cinéma ultra HD sur laquelle j’avais installé des objectifs longue focale et je m’en servais comme appareil photo. J’ai pris quelques photos comme ça car elles étaient biens, mais c’est très difficile à réaliser car tout est en manuel donc c’est très long à mettre en place. Mais je me suis bien amusé, la fibre technique est de toute façon chez tout le monde dans l’ISS !

Qu’est-ce qui vous amène à soutenir une cause telle que celle de Reporters Sans Frontières ?

Thomas Pesquet : Oui, ça me tenais à cœur. J’aime faire de belles photos, mais j’aime encore plus faire passer un message à travers elles. Derrière la photo d’une photo peut se cacher par exemple, la pollution, la surexploitation par les hommes de leur environnement. Cela permet de déclencher une réflexion et puis aidera les gens à voir un peu plus loin, à s’interroger.

J’ai la chance d’être là et de pouvoir dire ce que je veux alors, d’observer et d’avoir accès l’intégralité du monde… ce n’est pas le cas partout. J’ai la chance de pouvoir partager cette information qui est libre, pas contrôlée, auquel tout le monde à accès. C’était grâce à cette position un peu spéciale que j’ai eu pendant six mois que j’ai pu soutenir une telle cause, qui est belle à défendre.

Est-ce que ce long séjour dans l’espace a changé quelque chose en vous ?

Thomas Pesquet : Je pense que oui, notamment deux choses.

La première, c’est une conscience environnementale accrue. Elle s’est développée pendant ce vol spatial. Cela m’a permis de comprendre le réchauffement climatique, mais également d’autres phénomènes qui se passent à l’échelle du globe. On connait le chiffres, les statistiques… mais voir ces choses en vrai, ce n’est pas la même chose. On a la tête un peu trop collée sur la feuille, cela m’a permis de prendre un peu de recul. De voir la fragilité de l’atmosphère, de la Terre, du fait que l’on y voit tout de suite les activités de l’homme… Ce n’est vraiment pas que de la théorie, on peut se dire « ça ne me concerne pas vraiment, la réalité, on ne sait pas si c’est elle est comme ça… », mais là-haut, on n’a pas le loisir d’avoir cette réflexion là car c’est devant nous. On le voit. Cela donne forcément une conscience écologique plus aiguë.

Le deuxième point, qui n’est pas réellement un changement m’a fait comprendre que TOUT se fait en collaboration. On ne peut rien faire tout seul dans son coin. Un projet international demande la bonne volonté de tout le monde, de se dépasser, de faire quelque chose qui dépasse également l’échelle individuelle.

Il n’y a pas de grand projet aujourd’hui qui ne soit pas international. Je le savais quelque pas, mais le vivre dans la station spatiale m’a conforté dans cette idée.

Vous parliez des plats que vous avez emmené avec vous, vous aviez fait gouté de la langue de bœuf et du poulet au vin jaune à vos collègues spationautes. C’est quand même hallucinant de penser que vous avez mangé du poulet au vin jaune de Thierry Marx dans la Station Spatiale Internationale avec vos collègues russes et américains.

Thomas Pesquet : Ce n’était que pour les grandes occasions. Ce genre de repas est loin d’être la norme dans la station, le reste était un peu moins séduisant. Mais ce genre de repas était encore plus un échange en réalité, avec les collègues.

Moi je n’ai pas fais grand chose, j’ai juste fait chauffer le plat de Thierry Marx, ça s’était dans mes cordes ! Et on a discuté, échangé, c’est cela aussi se découvrir dans une équipe internationale. Ce n’est pas que le travail. Il y a aussi toutes ces choses.

Qu’est ce qui vous a le plus surpris à votre entrée dans la station internationale ?

Thomas Pesquet : Premièrement, c’est la vue. J’avais vu des vidéos, des photos, je les ai partagées… mais voir ça en vrai, ce n’est pas du tout la même chose. C’est là que l’on se rend compte quel a Terre, ce n’est pas juste une couleur, elle est phosphorescente, c’est super beau. On ne peut pas le rendre en photo ni en vidéo et ça, de le voir en vrai c’est vraiment fascinant. C’est de cela dont je me rappelle au début. La Terre n’est pas qu’une couleur, elle luit.

Vous aviez emmené avec vous l’intégrale de Saint-Exupéry dans l’espace, avez-vous eu le temps de le lire ?

Thomas Pesquet : J’ai pu découvrir Citadelle que je n’avais pas encore lu, je l’ai commencé, il est sur ma liste de choses à faire.

Y a-t-il des odeurs dans l’ISS ?

Oui, il y a des bruits, celle de la ventilation forcée notamment. Il n’y a pas de convection, les gaz ne se mélange pas il faut donc forcer la ventilation en permanence. Donc il y a le bruit sourd du ventilateur, qui fait déjà 50 à 60 décibels, ce qui est assez élevé tout de même.

Après, les odeurs, c’est quand je suis arrivé du côté américain, bizarrement, je trouvais que ça sentait l’encens. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est ce que ça m’a évoqué. Une odeur un peu forte, après je ne l’ai plus sentie ou peut-être m’y suis-je habitué… Il y a juste une fois où en passant dans la station en étant resté longtemps côté russe, et en revenant vers l’avant que j’ai à nouveau surpris cette odeur là. Je ne suis pas capable de l’expliquer.

En réalité, ça ne doit pas sentir très bon dans la station spatiale, mais je me souviens surtout de l’encens.

Avez-vous déjà envie de repartir, comme les grands marins qui font de grandes courses en solitaire ?

Thomas Pesquet : Oui, c’est vrai, c’est un peu la même chose. C’est vrai que ce qui est étrange, c’est cette transition : pendant 6 mois, l’ISS c’était mon quotidien, mon monde, presque rien d’autre n’existait. On avait bien sur des contacts avec, la Terre de façon régulière, mais la Terre reste virtuelle pour nous. Mais c’est surtout l’ISS qui nous occupe toute la journée : les programmes, scientifiques…

Et puis tout d’un coup, on se retrouve au sol et paf, on retrouve des gens que l’on a pas vu depuis 6 mois. On voit alors tous les jours beaucoup de gens, on a plus l’habitude, l’ISS qui était notre réalité devient complètement virtuel, et la Terre qui était virtuelle redevient la réalité. Le changement est un peu bizarre effectivement ça prend du temps de se réadapter.

On est contents de revenir sur Terre car il y a plein de choses qui nous manquaient, mais c’est vrai qu’assez rapidement on pense à repartir…

Quand on est dans l’espace, on a des supers-pouvoir : on peut voler, déplacer des charges énormes… Rentrer sur Terre, c’est comme perdre ces supers-pouvoirs de super-héros. Cela ne fait plaisir à personne bien sûr.

Chronique : Seul sur Mars

Un cocktail détonnant entre drame, science-fiction et humour. Ce roman est tout simplement un incontournable !

Le titre du roman vous dit peut-être quelque chose ? Et pour cause, Seul sur Mars a été adapté au cinéma en 2015 par Ridley Scott. L’adaptation fut un succès, mais le livre dont il est inspiré est meilleur encore.

Seul sur Mars est pour le moment l’unique roman d’Andy Weir, mais il planche actuellement sur un second livre. Programmateur informatique de métier, Andy Weir a grandit avec tous les classique de la sf. Son père est par ailleurs physicien.

Le but de Seul sur Mars était d’écrire un roman aussi crédible que possible d’un point de vue scientifique (on utilise dans ce cas le terme de hard-sf). Dans ce but, l’auteur a ainsi fait des recherches très approfondies sur la botanique, la mécanique orbitale ou encore les « conditions de vie » qu’offre Mars à l’homme.

Pour l’anecdote, Seul sur Mars était à la base un récit disponible gratuitement sur le site internet de l’auteur. Suite à de nombreuses demandes de lecteurs, l’ouvrage fut ensuite disponible sur tablette numérique pour moins de un euro. C’est ensuite qu’Andy Weir est abordé par un agent et que sa carrière d’auteur se met à décoller littéralement !

Une aventure spatiale hors du commun

Mark Watney est un scientifique de génie aux nerfs solides. Et ça tombe plutôt bien car du courage et de l’ingéniosité, il en aura fortement besoin.

En effet, Mark est très mal parti : abandonné par son équipe qui le croit mort dans une tempête de sable, leur mission a été avortée précipitamment. Mark Watney se retrouve ainsi seul sur Mars pour une durée 4 ans, le temps que la nouvelle mission Ares 4 arrive sur la planète rouge. Mais comme tout le monde le croit mort, il va lui falloir trouver de quoi se sustenter pendant au moins 4 ans et tenter de communiquer avec la Terre alors que tous les moyens de communication de la station martienne au sol ont été détruits par la tempête. Facile…

Génial, captivant, bourré de sciences… une réussite totale

« Laissez-moi vous résumer ma situation : je suis coincé sur Mars, je n’ai aucun moyen de communiquer avec Hermès ou la Terre, tout le monde me croit mort et je suis dans un Habitat censé pouvoir durer trente et un jours. Si l’oxygénateur tombe en panne, je suffoque. Si le recycleur d’eau me lâche, je meurs de soif. Si l’Habitat se fissure, j’explose ou un truc comme ça. Dans le meilleur des cas, je finirai par crever de faim. Ouais, je crois bien que je suis foutu. »

Rarement un roman de sf m’aura autant fait rire du début à la fin. On est pourtant bien dans un récit où le danger et constant et le drame tout proche… Mais le courage et l’humour dont fait preuve Mark Watney à (presque) chaque instant est incroyable. Même quand il déprime ou que tout est contre lui, il réussit à nous surprendre par un sarcasme détonnant et une rigueur scientifique sans failles.

On apprend une foule de choses sur la biologie (une patate pour le repas de Thanksgiving pourra vous sauver la vie après avoir lu ce livre), la mécanique orbitale, la chimie, l’histoire de la conquête martienne également.

Le personnage fait preuve de tant de rigueur scientifique qu’il compte exactement le nombre de calories que chaque pomme de terre lui apportera contre le nombre de calories qu’il dépensera dans la journée.

Ce roman est tout simplement une mine d’informations, et c’est avec fascination que l’on apprend une foule d’anecdotes scientifiques et historique. Aucun temps mort, des phrases pleines d’esprit et un suspense sans failles font de Seul sur Mars un roman absolument incontournable. Mon cœur balance entre ses excellentes qualités narratives et son contenu scientifique hautement crédible. C’est un sans faute sur toute la ligne !

…….

Pour vous qui ne l’avez pas encore lu, ce sont des moments mythiques de lecture en perspective, un suspense fou, des révélations en chaine, des moments d’angoisse qui vous feront dévorer les pages comme jamais.

Bref, si vous êtes encore vierge de cette lecture, foncez-y, c’est l’un de mes romans favoris de l’année 2016 (avec Player One d’Ernest Cline juste à côté), à classer à côté des meilleurs récits de hard-science.

Je conclurais par cette phrase qui résume parfaitement l’esprit du roman :

« En résumé, mon trou du cul contribue à mon salut autant que mon cerveau. »

PS : Pour ceux qui n’auraient pas vu l’adaptation cinématographique de Seul sur Mars, jetez-vous dessus. Elle fait honneur au livre, a su garder l’esprit très drôle et dramatique de l’œuvre et se regarde avec plaisir. Matt Damon campe magnifiquement le personnage de Mark Watney ! En frec, c’est un vrai régal.

Mes idées de livres à offrir pour Noël 2016 – Romans Jeunesse

noel-2Si il y a bien une catégorie qui arrive toujours à se renouveler et à être créative, c’est bien celle des romans pour la jeunesse ! Ceux que je vous propose ici sont de véritables coup de cœur. Vous aurez droit à : De la magie (sombre ou lumineuse selon le roman que vous choisissez), de l’aventure, et du suspense !

J’ai fait une petite entorse sur cette sélection en choisissant une série qui a été débutée en 2014 (et qui vient de se terminer début 2016), mais elle est d’une telle qualité qu’il ne faut vraiment pas que vous passiez à côté.

le-monde-des-ferals-1Le monde des Ferals – Jacob Grey – Pocket Jeunesse :

Saga jeunesse sombre et teintée de fantastique, Le monde des Ferals est assez original pour que l’on prenne le temps de parler de lui. En effet, rarement l’atmosphère d’un roman jeunesse est aussi bien travaillée, oscillant entre ténèbres et décadence dans une ville de style gothique.

Nous y suivons Crow, qui a l’étrange don de parler avec les corbeaux. Il vit seul, ses parents l’ayant abandonné il y a de cela de nombreuses années… Crow vivote en fouillant les poubelles et ne voit aucun avenir pour lui sinon celui de continuer ce qu’il a toujours fait : survivre. Mais le destin va en décider autrement, et c’est tout un pan de son passé qu’il découvrira en même temps qu’un univers où il est loin d’être le seul à parler aux animaux.

Premier tome d’une série qui en comportera trois, Le monde des Ferals est un très bon roman. Dense, riche, avec des personnages bien campés (y compris ceux qui ont le mauvais rôle), où les mondes se chevauchent. Les enfants dès l’âge de 11 ans passeront un excellent moment de lecture. Le second tome paraîtra en février 2017.

gardiens-des-cites-perdues-04Gardiens des Cités Perdues – Shannon Messenger – Lumen éditions :

Cette année 2016 a vu paraître le quatrième tome de la saga fantastique Gardiens des Cités Perdues. Pourquoi en parler alors que la série a été débutée il y a plus de 2 ans ?

Tout simplement parce que la qualité est toujours au rendez-vous, voir meilleure au fil des tomes. Pour tous ceux qui ont aimés les sagas fantastiques bourrées de magie comme A la croisée des mondes ou encore Harry Potter, cette saga en est le digne héritier !

Pour le moment, ce sont déjà quatre tomes de parus en France, et le cinquième arrive en février 2017. Dire que je l’attends avec impatience est un bel euphémisme… A découvrir dès l’âge de 11 ans.

Esther Mandragore 1Esther et Mandragore – Sophie Dieuaide et Marie-Pierre Oddoux – Talents Hauts :

Un nouveau duo aussi sympathique que drôle a vu le jour en 2016, il s’agit d’Esther et Mandragore, une série adaptée pour les 8/10 ans. Deux tomes sont parus cette année.

L’histoire est simple, mais menée efficacement : la jeune Esther a remporté à son école de magie le Prix de curiosité, et sa récompense est d’aller dans le monde des humains, notre monde ! De gaffes magiques en erreurs, la jeune Esther découvre notre univers avec ses coutumes étranges… de même que son chat Mandragore ! Son félin est pour moi le plus drôle du duo : toujours ronchon, capricieux, de mauvais poil, il y a toujours quelque chose qui ne va pas avec lui ! (la scène du coussin rose vaut le détour).

En bref, si vous recherchez une série jeunesse drôle, 100% française, maline et amusante, c’est ici que ça se passe !

La drôle d'expéditionLa drôle d’expédition – Séverine Vidal et Marion Puech – Sarbacane :

Après La drôle d’évasion avec les évadés d’Alcatraz, le jeune Zach revient cette fois-ci avec l’histoire du premier alunissage ! Pour découvrir cette aventure, pas de besoin absolu de lire la précédente, c’est à la convenance du lecteur.

A découvrir dès l’âge de 8 ou 9 ans, c’est frais, vivant, bourré d’humour et on apprend tout un tas de chose sur l’histoire de la conquête spatiale ! (Vous saurez par exemple d’où vient le nom de Buzz l’éclair dans Toy Story). On valide donc, pour les garçons OU pour les filles, peu importe, c’est super et puis c’est tout.

le-sultan-toufouLe sultan Toufou – Louis Thomas – Didier Jeunesse :

Bienvenue dans une histoire totalement barrée, un peu dans l’esprit des Contes des Milles et unes nuits, mais il s’agit d’une création contemporaine.

Le sultan Toufou porte très bien son nom, sa raison est en train de se faire la malle à force de frustration… En effet, à chaque fois que les dattes de son dattier son mûres, elles sont volées ! Il n’a jamais pu en goûter une seule… Il décide alors de faire garder son dattier par son fils ainé, mais ça ne marche pas, puis c’est son autre fils qui s’en charge, mais ça ne réussit pas non plus, puis son autre fils… etc.

A découvrir dès l’âge de 8 ans, ce court roman jeunesse est aussi drôle que réussit. Les chapitres sont courts, il y a encore pas mal d’illustrations pour rassurer le jeune lecteur, et chose rare, elles sont en couleur. Gros coup de cœur pour ce livre pour son originalité et son style d’écriture.

les-fausses-bonnes-questions-1Les fausses bonnes questions de Lemony Snicket – Lemony Snicket – Nathan :

Il est des romans ou des séries de livres qui sont parfois géniaux, mais que l’on a « raté » lors de leur parution. Et puis, quand on les découvre sur le tard, c’est LA REVELATION. C’est exactement le sentiment que j’ai eu quand j’ai découvert cette année la série Les fausses bonnes questions de Lemony Snicket.

Initialement parue en 2014, la saga vient de se clore en avril 2016. J’avais donc un peu de retard sur l’actualité, et mon seul regret sera de ne pas avoir lu ces livres plus tôt pour les conseiller aux jeunes lecteurs.

les-fausses-bonnes-questions-2Dans cette série en 4 tomes, tout ce qui fait un excellent roman pour la jeunesse est là : de l’action, un suspense maîtrisé jusqu’au dernier tome, des personnages originaux et mémorables, chacun à sa manière, un scénario bien ficelé… Et une ambiance absolument maîtrisée et unique.

Bienvenue à Salencre-sur-mer, autrefois célèbre et florissante pour son industrie de l’encre. Maintenant, la commune est presque désertée de ses habitants et de tout ce qui fait la vie d’une ville…

Nous y découvrons le jeune Lemony Snicket, fraichement recruté comme apprenti dans une mystérieuse organisation. Supervisé par la notoirement incompétente S. Théodora Markson, le jeune homme les-fausses-bonnes-questions-3va mener de front plusieurs enquêtes fort ardues. Statuettes dérobées, machinations, enlèvements, incendies criminels… Salencres-sur-mer recèle de très nombreux secrets. Il faudra quatre (excellents) tomes à Lemony Snicket pour en venir à bout !

Si vous ne devez retenir qu’un seul titre parmi cette sélection de coups de cœurs de l’année, prenez Les fausses bonnes questions de Lemony Snicket. Cette série est absolument géniale.

les-fausses-bonnes-questions-4Son atmosphère entre le roman noir et le récit d’aventure est menée de main de maître… L’écriture est extrêmement originale et distrayante à la fois, tout en sachant garder un part d’étrange, un dosage difficile mais extrêmement réussit ici.

On se plonge immédiatement dans l’ambiance délétère de la ville de Salencre-sur-mer et de ses très nombreux mystères. A faire découvrir dès l’âge de 11 ans.

Chronique Jeunesse : La drôle d’expédition

La drôle d'expéditionPlus loin, plus haut, plus fort… voici la Drôle d’expédition, la suite directe de La drôle d’évasion.  Vers l’infini… et au-delà !

Devenue une habituée de la collection Pépix, voici le retour de Séverine Vidal ! Après La drôle d’évasion et Il était deux fois dans l’Ouest, voici la suite des aventures de Zach, voyageur du temps malgré lui… Mais l’auteur ne fait pas que de la littérature jeunesse pure, elle sait également s’adresser aux ados, notamment avec son roman Quelqu’un qu’on aime.

Nouveau voyage temporel, nouvelle aventure… 

Un an après avoir participé à l’évasion la plus spectaculaire de l’Histoire avec La drôle d’évasion, voici le grand retour de Zach ! Et cette fois-ci, il ne s’évade pas, bien au contraire… en effet, notre jeune voyageur du temps vient d’embarquer totalement malgré lui en pleine mission Apollo 11… Encore une fois, Zach participe à une page marquante de l’Histoire, puisque cette mission est celle qui a vu Neil Armstrong se poser sur la lune ! « Un petit pas pour l’homme, un grand pas pour l’humanité »… ça vous dit quelque chose ?

Et bien entendu, même si c’est absolument merveilleux de voguer dans l’espace, Zach n’a aucune idée de comment il a atterrit là… Et encore moins comment il va en sortir pour retrouver son époque et ses deux petites sœurs fraîchement nées !

La drôle d'expédition intérieur

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Une suite efficace, drôle et captivante… puissance dix !

Documentée et dynamique, cette nouvelle histoire de Zach vous emmènera aux confins de l’espace… Au travers de cette aventure fringante, les jeunes lecteurs (garçons OU filles, j’insiste) apprendront une foule de faits intéressants sur la conquête spatiale et le mode de vie des astronautes. Comment boit-on dans l’espace ? De quoi est constituée une fusée ? Et plus important encore… comment fait-on pipi dans l’espace ?

Par ailleurs, les jeunes lecteurs découvrirons un tout nouveau trio de comparses en la personne de Neil Armstrong, Mike Collins et Buzz Aldrin (ou on apprend que le nom de Buzz l’éclair est un hommage de Pixar à cet astronaute de renom dans la saga Toy’s Story).

Cette amitié inattendue qui se développe entre Zach et les astronautes est très touchante et bien amenée. On passe du rire, au dramatique (les voyages dans l’espace sont aussi dangereux que stressants) sans oublier un petit côté surréaliste. Le tout est donc très bien mené de bout en bout, tout cela sans oublier les illustrations indispensables de Marion Puech qui collent parfaitement à l’esprit. Elles sont à l’image du texte : drôles et réalistes, sans oublier une petite dose d’imaginaire qui fait plaisir.

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Donc, on récapitule : si vous aimez les chats à plumes, les jeux-vidéo et les aventures dans l’espace… La drôle d’expédition est faite pour vous (et vos enfants). D’autant qu’on y apprend une foule de choses qui se sont réellement passées, et ça, c’est le meilleur moyen d’apprendre et d’aiguiser sa curiosité : découvrir en s’amusant. A lire dès l’âge de 9 ans.

Chronique : Tau Zéro

Tau zéroLa hard sf dans toute sa splendeur à travers un voyage spatial qui n’en finit pas…

Tau Zéro, roman majeur du paysage de la science-fiction est paru en poche chez Pocket en janvier 2015 (précédemment édité au Bélial’). Traduit sur le tard (le texte date des années 70), ce petit bijou de la sf arrive enfin entre nos mains et devient accessible à toutes les bourses.

Son auteur, Poul Anderson, est d’origine américaine et a été sept fois lauréat du prestigieux prix Hugo et trois fois pour le prix Nébula pour ne citer qu’eux. Il a notamment écrit : La patrouille du temps (quatre tomes), Barrière Mentale ou encore La saga de Hrolf Kraki.

Avec Tau Zéro, on plonge avec fascination dans les méandres de l’univers tout en poussant les théories relativistes dans leurs derniers retranchements. Le reste, comme les personnages et leur psychologie n’est que pure ornement.

En route pour Beta Virginis

Le Leonora Christina et ses scientifiques se préparent à partir pour l’un des voyages les plus ambitieux de l’humanité. Outre un périple stellaire long et ardu, l’équipe devra ensuite coloniser une des planètes de ce système qui semble pouvoir devenir un nouveau berceau de l’humanité.

Mais avant d’y parvenir, il y a des très nombreuses années de voyages à faire, des milliers de parsecs à traverser et de nombreuses dissensions à dissiper au sein même du vaisseau. Tout cela sans compter la part d’aléatoire qu’un tel voyage implique…

Un superbe récit qui pousse à la réflexion avec des bases scientifiques solides

Poul Anderson met magnifiquement en scène de nombreuses théories scientifiques et faits avérés. L’ouvrage datant un peu, certains passages sont discutables scientifiquement (merci d’ailleurs à l’astrophysicien Roland Lehoucq pour sa postface explicative simple et efficace qui permet de dissocier tout cela), mais rien qui ne gâche le plaisir de la lecture.

Théorie de la relativité, effet Doppler, Facteur de Lorentz, Big Crush, Collecteur Bussard… les grandes idées de l’époque et d’autres plus anciennes y sont développées avec efficacité. De mon point de vue, l’histoire du Leonora Christina et de son incroyable voyage est bien plus passionnante que les guerres intestines qui se déroulent à l’intérieur. Les personnages sont efficaces mais parfois un peu frustes, basiques. On y retrouve tous les travers possibles de l’homme lorsqu’il se retrouve confiné avec ses semblables, et cela pendant… plus de trente ans !

Non, le plus génial dans Tau Zéro, c’est l’exploitation des données scientifiques de l’époque de Poul Anderson (donc dans les années 70) pour nous servir un roman de hard-sf réaliste, crédible et passionnant.

On a viscéralement envie de savoir ce qu’il va arriver à tous ces passagers et comment leur voyage en accélération constante va bien pouvoir se solder. Le reste en devient accessoire tant le côté scientifique du récit est prépondérant et surtout bien mené.

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L’ouvrage est ainsi un beau prétexte pour se plonger avec émerveillement dans des concepts scientifiques inconnus, effleurés ou déjà connus. C’est une ode au voyage et à la beauté de la science… ainsi qu’à tout ce qu’elle peut nous offrir.

Cette chronique a été rédigée pour le site ActuSF.

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Chronique : Les 100 – Tome 1

les 100 01Un roman de science-fiction destiné aux adolescents qui démarre fort… !

Les 100 est le premier roman de l’américaine Kass Morgan. Paru en septembre 2013 aux Etats-Unis, l’ouvrage de science-fiction post-apocalyptique est déjà l’objet d’une adaptation en série télévisuelle dont le premier épisode sera diffusé le 19 mars 2014 sur la chaîne CW.

En ce qui concerne l’ouvrage, c’est dans la collection R qu’il paraîtra le 23 janvier prochain, nous ne savons pas encore combien de tomes comportera la série au total.

La vie dans l’espace se fait au prix de nombreux sacrifices… et de vies

La Terre dans le futur : radioactive, inhabitable à cause de l’homme, ce dernier a dû s’exiler dans l’espace où il survit plus qu’il ne vit vraiment. Mais la vie est plus douce pour certains, tout dépend de quel côté de la barrière vous vous trouvez : en effet, la station spatiale regroupant le dernier espoir de l’humanité a été divisée en trois parties : Walden, Arcadia et Phoenix.

Phoenix est favorisée et connaît peu le rationnement tandis que les des autres parties de la colonie – Walden et Arcadia ne vivent elles qu’au rythme des rares fois où il y a de l’eau et de l’électricité, cette situation créé évidemment de nombreuses tensions…

Les règles qui régissent la colonie sont extrêmement rigides : le moindre impair conduit à la peine de mort directe, ou à l’Isolement pour ceux qui ont moins de 18 ans jusqu’à ce qu’ils soient rejugés. Une façon comme une autre de réguler la population dans un environnement extrêmement restreint…

Le Chancelier de la colonie va cependant changer les règles préétablies en envoyant 100 adolescents condamnés à l’isolement sur la Terre. Objectif : voir si la planète est toujours mortelle pour l’homme, et pour se faire, peu importe que les parias de la société meurent.

C’est dans ce contexte que nous découvrons Clarke, Wells, Bellamy et Glass : quatre adolescents au passé déjà bien sombre et à l’avenir plus qu’incertain. Certains d’entre eux vont tout faire pour fuir cette mission-suicide, tandis que d’autres vont tout tenter pour en faire partie…

Un suspense haletant dans les étoiles… et sur Terre

Les 100 est un roman atypique aux personnages forts et biens campés qui savent provoquer l’attachement. Chaque chapitre est dédié à un des quatre protagonistes en particulier : Clarke, Wells, Bellamy ou Glass. Chacun d’eux a un parcours et des motivations très différents les rendant uniques en leur genre. Certains sont empreints de sentiments nobles, mais d’autres sont prêts à tout pour parvenir à leur fins : lâches, menteur, meurtriers… rien ne les arrête.

Chaque chapitre, centré sur l’un des personnages, est également composé de flash-back, le plus souvent sur des phases déterminantes de leurs vies. Plus nous avançons dans l’intrigue et plus ces révélations s’avèrent cruciales et même terrifiantes (notamment les faits passés de Wells…).

L’intrigue se déroule environ pour moitié sur Terre avec les 100 ; l’autre partie dans la colonie, où les choses n’évoluent pas forcément dans le bon sens. L’humour de la situation pourrait bien faire des 100 des héros bien malgré eux…

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Alors que penser de ce premier tome de façon globale ? Il est efficace : les antihéros que nous suivons tout du long ont ce petit quelque chose qui ne les rend pas « plats ». Nous sommes dans un univers de sf, et Kass Morgan joue de ses codes avec facilité (rationnement, Terre dévastée, règles drastiques pour permettre à l’humanité de survivre, etc.), sans perdre le lecteur dans des faits complexes. En cela, Les 100 est un parfait roman pour faire découvrir le genre à partir de 14 ans.

Tous les ingrédients qui font un bon roman sont ainsi réunis pour nous donner un premier tome efficace et haletant. Peu léger sur le fond, il pousse le lecteur à voir ce que faire de pire l’homme quand il s’agit de sauver sa peau… ou paradoxalement, d’aider son prochain. On attend avec impatience la suite !

Chronique : Cantoria

CantoriaUn planet-opéra à l’univers chantant et original.

Dernier roman en date de l’auteure française Danielle Martinigol, paru chez l’Atalante jeunesse, Cantoria nous plonge dans un univers SF où le charbon et le pétrole n’existent pas… Non, la seule énergie pour mouvoir des vaisseaux gigantesques ou faire bouillir de l’eau, c’est le chant. Le chant comme énergie, une idée originale poussée très loin, jusque dans les moindres détails.

Danielle Martinigol est une auteure reconnue dans son genre pour de nombreux ouvrages de science-fiction (la plupart étant dédiés à la jeunesse), elle a notamment écrit Les oubliés de Vulcain, Les abîmes d’Autremer, ou encore L’or bleu. Certains sont d’ailleurs régulièrement étudiés dans les écoles.

Des centrales de chant comme sources d’énergie

Sur Cantoria, l’énergie est créée par le chant ; et pour fournir les masses d’énergie nécessaires au bon fonctionnement du quotidien des mieux lotis sur la planète, les bas-chanteurs s’escriment nuit et jour.

Les meilleurs chanteurs et chanteuses (très souvent issus de la noblesse) sont sélectionnés dans un but plus élevé : louer par le chant la déesse Astrale, qui en retour fourni en magie les plus privilégiés : enChanteurs et autres hauts dignitaires, magiciens et religieux.

C’est dans cet univers riche, rigide et injuste que vivent Arth, Cor et Khena, des adolescents qui sont l’avenir de Cantoria à différentes échelles. Arth et Cor font partie de ces gens du peuple qui alimentent les centrales de chant tandis que Khena est issue de la noblesse, et est en partance pour le plus grand bâtiment dédié à la déesse : le Cantorium.

Tous trois sont issus de différentes classes sociales mais vont se trouver réunis par le chant… et par des desseins bien plus grands qu’eux. Très vite attachants, nous les suivrons au travers d’épreuves qui vont forger leur avenir mais aussi celui de leur planète.

Un mélange de genres efficace et inattendu

Cantoria est un roman de SF pouvant parfaitement faire découvrir de façon sérieuse le genre à des lecteurs dès l’âge de treize ans environ. Véritable quête tournée vers l’aventure, on découvre une planète et les lois qui la régissent, mais aussi l’espace et les mystères qui l’entourent.

Mais plus encore, Cantoria est un ouvrage qui invite à la réflexion sur bien des points : religion, politique, économie… nombre de sujets universels y sont traités, poussant le jeune lecteur a ne pas prendre pour acquis toutes les informations mises à sa portée.

On appréciera le degré de recherche de l’auteure concernant la crédibilisation de son univers musical : des prénoms en passant par des termes de son invention (vaisseaux-orgues, mal-son, enChanteurs…), Danielle Martinigol nous plonge corps et âme dans son histoire.

Un petit reproche toutefois, l’univers est parfois un peu trop dense et nous perd parfois dans ses nombreuses subtilités, en particulier vers la fin du livre où un certain nombre de nouveaux termes et de révélations s’enchaînent.

Les dialogues (et les personnages) sont un vrai délice, d’un naturel tout à fait crédible et jamais sur joués. Ajoutez-y quelques scènes mémorables à l’écriture maîtrisée et vous obtenez un texte d’une qualité certaine.

Pour conclure, Cantoria est un bon ouvrage touchant à de nombreux sujets sans perdre son fil rouge. Bien construit, très bien écrit et surtout original, il ne donne qu’une envie, se plonger dans un nouvel opus et en savoir plus sur les nombreux mystères soulevés. A conseiller dès treize ou quatorze ans, pas avant, à cause de la densité et de l’exigence du texte. Chronique rédigée pour le site ActuSF.

7.5/10