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Chronique Jeunesse : La Cité des livres qui rêvent

L’un des ouvrages les plus étranges et mystérieux que j’ai pu lire… mémorable !

Connaissez-vous Walter Moers ? Véritable star outre-Rhin, en France son œuvre est beaucoup plus confidentielle. Il a écrit le roman Les 13 vies et demie du Capitaine Ours Bleu (Albin Michel Jeunesse, collection Wiz), et surtout le livre dont nous allons parler maintenant La cité des livres qui rêvent.
L’ouvrage est paru aux éditions Les Grandes Personnes en 2012 et vient tout juste d’être reprit en poche chez Folio Junior. Il a été traduit par François Mathieu et Dominique Taffin-Jouhaud. Mais avant, il a été traduit du zamonien par Walter Moers lui-même ! Les illustrations magnifiquement détaillées sont également assurées par Walter Moers.

Une histoire nébuleuse et atypique…

Voici l’histoire d’un jeune dragon prénomé Hildegunst Taillemythes (en portrait sur la couverture) de 77 ans qui décide de partir en quête. Quel genre de quête ? Celle de l’auteur du manuscrit parfait qu’il a eu la chance de lire.
Notre cher Hildegunst souhaitant par-dessus tout être le plus grand écrivain du pays, rencontrer cet auteur exceptionnel serait pour lui une chance inouïe.

C’est ainsi que le jeune dragon et auteur aspirant part à Bouquinbourg afin de retrouver la piste du mystérieux écrivain.

… comme une ode à l’émerveillement

J’ai lu cet ouvrage il y a plus de six ans maintenant, alors faire une chronique claire sur des points précis m’est difficile.

Je peux cependant parler de mon ressenti, des merveilleux souvenirs que j’ai grâce à cette lecture… Et de ses magnifiques illustrations !

Avant toute chose, La cité des livre qui rêvent est un livre qui parle de livres pour les amoureux des livres. Il n’en a peut-être pas l’air, mais c’est un ouvrage extrêmement exigeant, dense, parfois complexe mais toujours passionnant.
Il regorge de références littéraires, de clins-d’oeil, d’humour et d’étrangetés.

C’est véritablement un énorme roman fantastique et initiatique qui plaira à tous ceux et celles qui aiment les ouvrages atypiques, bizarres, étranges et inclassables. Ce roman réunit tout cela et plus encore. De plus, si vous aimez les livres-objet, le grand-format est une merveille, il est épuisé, mais il est encore possible de le trouver d’occasion.

Vous l’aurez compris, ce roman est pour moi une « petite » merveille qui comblera tous les amoureux des livres. L’équilibre parfait entre fantastique et étrange tout en faisant la part belle à la littérature sous toutes ses formes !

L’ouvrage est suggéré à partir de 13 ans, mais je ne saurais dire si c’est le bon âge. Alors le mieux, c’est de tenter et de voir.

Chronique : Velvet

VelvetUne nouvelle fois, Mary Hooper nous montre tout son talent pour le dramatique et le roman historique

 Paru en août 2012 chez Les Grandes Personnes, Velvet est le troisième roman de Mary Hooper à paraître chez l’éditeur. Elle y avait précédemment sorti Waterloo Necropolis et La messagère de l’au-delà. Aux éditions Gallimard Jeunesse, elle a sorti une trilogie intitulée La maison du magicien, toujours dans une ambiance et un univers historique.

Retrouver Mary Hooper fut un vrai plaisir, que je vais tenter de vous communiquer au mieux par cette chronique.

 Dans l’enfer des blanchisseries

A l’époque dans laquelle vit Velvet, au début des années 1900, la vie est toujours aussi dure et cruelle avec les gens pauvres. Il faut travailler dur (quand on a la chance de travailler), et il faut se battre tous les jours pour garder sa place et ses maigres revenus.

C’est ce que fait la jeune Velvet, qui travaille comme blanchisseuse à Londres : un travail ingrat, difficile, et qui rend propice les évanouissements à cause de l’intense chaleur qui y règne constamment.

Après de nombreux malaises, Velvet va devoir perdre sa place, c’est inéluctable. Mais un revirement de situation va bouleverser sa vie et son destin : l’une des clientes dont elle nettoie la toilette la fait mander par le directeur de la blanchisserie. Et loin d’être une mauvaise nouvelle, cette convocation est une véritable manne pour Velvet qui se voit recrutée par Madame Savoya, une des médiums les plus en vogue de Londres. Elle voit en elle une jeune fille débrouillarde à qui elle veut donner sa chance dans le monde.

Ainsi commence la lente progression de Velvet dans le monde nébuleux et étrange du spiritisme…

Velvet ukUn art en vogue à l’époque victorienne

Mary Hooper a décidé de planter son décor dans une thématique mystérieuse à laquelle notre héroïne (et nous par extension) commençons à croire au fil des pages. Discussion avec les morts, matérialisation d’êtres chers et disparus, tables tournantes… Toutes les ficelles du spiritismes sont ici tirées pour nous emmener dans un univers où l’on est aussi perdu que fasciné.

La jeune Velvet, émerveillée est en totale adulation face à sa maîtresse et fait tout ce qu’il faut pour être la mieux vue possible auprès d’elle. Elle a d’autant plus de raisons de s’attacher à elle qu’elle s’amourache assez vite de son assistant, George.

Impossible de décrocher de l’histoire de notre attachante Velvet, que l’on pressent glisser doucement dans un monde dont elle ne connaît rien. Mary Hooper aime à créer des héroïnes à la fois fortes et facilement flouées par un changement brutal d’univers, le plus souvent somptueux. Le passage d’un monde de pauvreté à l’opulence baisse la garde de ses héroïnes au point qu’elle deviennent des victimes faciles.

La lecture de Velvet est également l’occasion de découvrir d’autres éléments de l’Histoire, ainsi, saviez-vous que Sir Arthur Conan Doyle, le père de Sherlock Holmes était un féru de spiritisme ? C’est aussi pour cette culture apportée au gré de ses phrases que les romans de Mary Hooper font mouche. Elle réussi à nous parler de côtés sombres et méconnus de l’Histoire qui sont le plus souvent fascinants.

Vous trouverez en fin d’ouvrage toute une explication du contexte historique du roman et de la réalité sociologique de l’époque, notamment concernant le travail des femmes et la naissance du spiritisme.

Encore une fois, Mary Hooper réussit l’exploit de nous brosser un magnifique portrait de l’époque victorienne et de ses usages. On se plonge dans ce roman pour n’en sortir qu’une fois terminé, tant l’écriture est parfaite, l’intrigue habillement tournée. Cette incursion dans le monde du spiritisme est intéressante et donne d’ailleurs envie de se pencher de plus près sur le thème, qui est déjà bien creusé par l’auteure. Velvet est un très bon roman historique que je ne saurais que trop vous recommander. A lire dès l’âge de 14 ans environ.