Chronique YA : All these bodies

Le retour de Kendare Blake dans un thriller qui mélange true crime et fantastique dans les années 50 aux États-Unis avec une ambiance surannée et inquiétante… 

Le nom de l’autrice vous dit peut-être quelques chose ? Cela est bien normal, Kendare Blake est l’autrice de la quadrilogie de fantasy Three Dark Crowns (Léha éditions). La série est d’ailleurs dans le listing du New York Times Best Seller. 

All These Bodies va paru en octobre 2023, pile à temps pour Halloween, de quoi nous mettre parfaitement dans l’ambiance ! L’ouvrage est traduit par Hermine Hémon, qui avait déjà réalisé la traduction de la précédente série de fantasy de l’autrice chez le même éditeur : Three Dark Crowns

Une série de crimes sordides et étranges 

Nous sommes aux États-Unis, en 1958, et depuis quelques mois une série de meurtre inexpliqués s’allonge et traverse de nombreux états américains. Chose très étrange : les corps des victimes sont totalement vidés de leur sang, ce qui leur vaut le surnom macabre de « crimes exsangues ». 

Mais un jour, à Black Deer Falls, il se passe une chose incroyable : une personne est retrouvée sur les lieux du dernier meurtre en date. Il s’agit d’une jeune fille, presque une adolescente. Elle est couverte de sang de la tête aux pieds, et il apparaît évident qu’elle est l’autrice des précédents meurtres exsangues qui ont mis le pays en ébullition… Mais, et si les choses étaient plus complexes que cela ? C’est ainsi que commence All these bodies : avec des preuves évidentes et pourtant complexes, le tout avec un témoin privilégié en la personne du fils du shérif local : Michael Jensen. C’est à lui et à lui seul que la jeune femme accepte de parler et de révéler impensable… 

Un thriller à l’ambiance étrange et surnaturelle 

Tout est réussit dans ce one-shot, à commencer par le titre et la couverture, qui donnent immédiatement une idée de ce à quoi s’attendre. Mais je dois avouer que j’ai été encore plus agréablement surprise de découvrir que ce roman mélangeait true crime et fantastique. C’est rare et délectable. 

En effet, pour la construction de son roman, Kendare Blake s’est directement inspirée de plusieurs affaires criminelles notoires aux États-Unis : celle de Charlie Starkweather et de sa petite amie Caril Ann Fugate ainsi que celle des meurtres de la famille Clutter à Holcomb dans le Kansas (affaire rendue célèbre par Truman Capote dans son roman De sang froid, Gallimard, Folio, puis par le film de Richard Brooks en 1967).

Kendare Blake 

Ainsi la préface nous prépare-t-elle si le titre n’était pas assez explicite. Alors, oui, c’est macabre, mais d’une façon très ténue et « douce ». Ce qui est assez paradoxal, j’en ait peur. Mais ici, il est avant tout question d’humanité, de questions sans réponses et de confiance. Tout nous est conté du point de vue de Michael, qui réussit par sa naïveté et son courage à devenir le confident exclusif de la supposée meurtrière. Et pendant que les États-Unis s’embrasent suite à sa découverte sur les lieux du crime, le jeune homme tente de maintenir le cap et de trouver des réponses… 

Ne lisez pas All These Bodies uniquement pour son intrigue, qui bien que réussie n’est pas sa qualité première. Non, il faut lire cet ouvrage pour son atmosphère réussie dépeignant les États-Unis des années 60. Pour son ambiance à la fois étrange et factuelle qui s’attache aux détails, ainsi que pour ses personnages humains et touchants. Voilà de bonnes raisons de découvrir ce roman assez inclassable, de même que les crimes qu’il dépeint… 

Surtout que la traduction est de qualité, et la lecture est aussi fluide que très plaisante. Cela coucourre énormément pour moi à l’atmosphère réussie du roman.  

Après lecture, on a très envie de se plonger dans Le dahlia noir, grand classique de la littérature policière que Kendare Blake cite :  » Dis ça au Dahlia Noir, fit-elle, avant de terminer sa cigarette. Ou à ces gens dans cette maison près du train… là où il y avait les miroirs recouverts et un saladier de sang et du bacon sur la table« . 

J’avoue ne jamais avoir lu le Dahlia Noir, mais ma lecture de All These Bodies m’a donné envie de le découvrir. De même, j’aurais beaucoup aimé en savoir plus sur ces gens dont la maison est au bord d’une voie ferrée. Mais elle n’en dit pas plus… est-ce une référence à un autre classique du roman noir ? Ou une invention de l’autrice pour noircir son intrigue ? Si vous avez la réponse, je suis intéressée ! 

A lire pour se faire peur, s’interroger sur le bien et le mal et se fasciner pour des crimes violents ayant réellement eu lieu. A découvrir dès l’âge de 14/15 ans.

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