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Chronique Jeunesse : Nils & Zéna – Tome 1 et 2

Une trilogie de romans noirs pour la jeunesse, Nils & Zéna sont dans la place !

Parue en 2017, la série de romans jeunesse Nils & Zéna est sortie chez Pépix. Il s’agit d’une trilogie de romans policiers qui font partie de la très réduite collection Pépix Noir.

Un duo improbable et atypique

Nils est un crack en informatique, très renfermé sur lui-même, sa rencontre avec Zéna va le changer. Zéna est une adolescente très vive d’esprit dotée d’une mémoire photographique elle a pour animal de compagnie un corbeau acariâtre.
A eux deux, ils peuvent tout faire ou presque ! Et justement, leur quartier va bientôt avoir besoin de leur courage et de leur vivacité d’esprit. Il semblerait que quelque chose se trame dans leur ville, mais impossible d’en savoir plus… tout ce que l’on sait, c’est que le manoir abandonné du coin vient mystérieusement d’accueillir un nouveau propriétaire…

Sympathique pour qui souhaite découvrir le genre policier

Nils & Zéna, c’est le genre de série idéale pour faire découvrir un genre pas si usité que cela en jeunesse : le policier pur. Oui, il y a quantité de romans qui mélangent enquête et mystères dans une ambiance relativement familière, rassurante. Ici cependant, on est dans du vrai premier polar avec une histoire relativement réaliste (ou presque) et assez sombre, ce qui est rare en jeunesse pour les 9/11 ans.


Il est ici question de harcèlement, de menaces, de pauvreté (Nils est issu d’une famille qui n’a quasiment aucun moyens financiers), de différence et de dealers (de vêtements !) qui effrayent le quartier. On est donc bien loin d’une ambiance Club des Cinq ou Alice Détective ! Le tout se déroule dans une atmosphère très urbaine, entre résidence pavillonnaire un peu à l’écart et grandes barres d’immeubles. D’où le fait que je pense que ce genre de roman noir est assez rare en littérature jeunesse. Il fallait essayer, mais je ne suis pas certaine que cela ait fonctionné car la collection Pépix Noir référence très peu d’ouvrages.

Personnellement, j’ai trouvé ces deux premier tomes intéressants, mais je n’ai pas été prise par l’élan général de l’intrigue. En effet, je trouve qu’il y a un écart très creusé entre l’âge ciblé et les thématiques. Nils & Zéna est relativement violent, avec des scènes parfois un peu brutales (enlèvement, séquestration, menaces, animal tué…) qui créent un décalage entre le contenu et l’âge ciblé. D’où peut-être le fait que la série n’ai pas pas franchement trouvé son public ? (je n’ai aucun chiffre de vente, c’est uniquement une supposition et un ressenti de lectrice).
Je comprends que l’autrice et l’éditeur aient eu envie de proposer autre chose, un texte plus sombre, plus mature que ce que l’on voit en jeunesse habituellement. Une idée louable, mais il semblerait que cet essai ne soit pas concluant.

Ainsi, Nils et Zéna est une série qui se lit vite et qui se veut efficace, ce qu’elle est. Cependant, je n’ai pas réussit à franchement apprécier l’intrigue et je m’arrête à la lecture des deux premiers tomes sur trois. Les romans font passer un bon moment de lecture, mais sans éclat, mais il n’est pas facile de sortir du lot tant la production est titanesque chez les 8/11 ans !

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Chronique manga : Bonne nuit Punpun

Un OVNI comme j’en ai rarement lu, à la fois bizarre violent et étrangement touchant. Bienvenue dans le monde de Punpun, un… oiseau qui vit dans le Japon de notre époque, va en classe et vit dans une banlieue urbaine comme il y en a tant.

Paru pour la toute première fois en France en 2012, Bonne nuit Punpun est un manga signé par Inio Asano. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est une œuvre assez fascinante et inclassable.

En France, la série est désormais complète et compte 12 tomes, elle est publiée aux éditions Kana, dans leur collection Big Kana. Étant donné la violence de certaines images et les sous-entendus d’autres, et malgré les graphismes tous mignons qui composent son héros, ne vous y trompez-pas, Bonne nuit Punpun est bien un seinen.

Amour.

Une histoire atypique…

Difficile de résumer Bonne nuit Punpun tant cette série est un OVNI. Inclassable, subversive, étrange, et géniale à la fois. On suit donc le quotidien de Punpun, une sorte de poussin/oiseau/volatile à taille humaine. En dehors de son physique unique, il est comme tous les autres enfants de son âge : il va à l’école, est parfois dans la lune, tombe amoureux…

Et c’est justement sa rencontre avec la jolie Aiko qui va le bouleverser au plus haut point. Punpun est prêt à tous les rêves et tous les renoncements pour elle. En parallèle à cela, il va faire pas mal de découvertes étranges – à cause d’une vidéo inquiétante incrustée dans une VHS pornographique – avec ses camarades et décide de partir à l’aventure dans une zone désaffectée (et donc dangereuse) de la ville. Et par la force des choses… il sera rejoint par Aiko.

Mais l’intrigue de Punpun, ce n’est pas seulement ça, c’est beaucoup plus dense et riche, et donc impossible à résumer en quelques lignes…

… aux personnages qui le sont tout autant

Je n’ai jamais lu un manga comme celui-là. Ou même un roman. A la fois étrange et familière, l’histoire de Punpun nous ramène à certaines parties de notre enfance. Ses souffrances, ses bonheurs simples également… 

Punpun est un être calme, doux, gentil qui se laisse parfois un peu trop entraîner par les autres. Très discret, cela ne l’empêche pas de faire le malheur de sa mère, qui n’a jamais voulu avoir d’enfant et ne se cache pas pour le dire. Son père quant à lui (ai-je dit qu’eux aussi étaient des oiseaux ?) déborde d’amour pour son fils, mais bat très souvent sa maman… La vie de famille de Punpun est donc complexe, emplie de non-dits et de souffrances. Mais également de petits bonheurs partagés et d’escapades en-dehors de la maison.

Ainsi, le tragique et le drôle se mélangent et alternent tour à tour pour créer la trame de l’histoire. Le ton est toujours pertinent, on passe parfois du dramatique au drôle en une seule case, et ça fonctionne.

Mais le plus fou dans tout cela, c’est l’extraordinaire habileté d’Inio Asano pour dessiner ses personnages. Comment faire transparaître autant de tristesse et de désœuvrement en si peu de traits ?  Comment réussit-il le tour de force de nous rendre totalement dépendant de ce petit être touchant qu’est Punpun ?

Je vous chronique ici les deux premiers tomes, mais difficile d’entrer dans le détail de l’histoire. Il se passe pas mal de choses, mais je n’ai guère envie de vous spoiler. Vous devez découvrir par vous-même ce chef-d’œuvre du bizarre. Ainsi, je préfère partager avec vous des ressentis, des émotions, qui m’on traversée durant cette lecture si atypique.

A la fin du second tome, notre cher Punpun a un peu grandit (il est au collège maintenant), et son amour pour Aiko est toujours aussi fort… l’enfer !

Pour ceux qui craindraient que ce manga ne soit qu’une histoire d’amour, détrompez-vous. C’est tellement plus que cela… plus drôle, plus décalé, plus intense… Bref, c’est du jamais lu, aussi sombre et glauque que lumineux et exaltant. A lire si vous aimez les histoires qui sortent des sentiers battus, et le genre manga de préférence.

Tant de tristesse en deux cases à peine.
Magnificence et poésie en une seule image…
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GENRE : Japon, Mangas
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Chronique : Le jeu du chat et de la souris

Un roman chinois qui nous conte l’histoire d’un jeune homme qui ne se découvre aucun but dans la vie… Tellement désœuvré et seul qu’il décide de tuer.

Premier roman de l’auteur chinois A Yi à paraître en France, Le jeu du chat et de la souris nous propose de découvrir la psychologie d’un tueur avant son passage à l’acte, puis dans sa fuite. L’ouvrage est initialement paru aux éditions Stock, dans la collection La cosmopolite (elle est dédiée à la littérature étrangère), puis il est a été édité en poche chez Points.

Avant d’être auteur, A Yi a été policier, puis il a décidé de tout quitter pour se lancer dans le journalisme et l’écriture.

Un roman social noir dérangeant

Nous voici dans la tête d’un jeune homme dont nous ignorerons le nom jusqu’à la fin. Pourquoi ? Peut-être parce que rien ne le dissocie de ses milliers de semblables. Il est seul, se sent inutile, n’a aucun but dans la vie… C’est ainsi que germe en lui l’idée de tuer quelqu’un. Pour vibrer et se sentir vivant ? Il y a certainement de cela… Mais comment peut-on en arriver à un tel point de solitude pour penser à tuer afin d’être remarqué ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit d’après moi… ce jeune homme ne vit pas et désir avoir enfin une existence aux yeux des autres. Et si pour cela il doit tuer, il le fera.

C’est ainsi qu’il prépare méthodiquement son plan macabre afin de piéger une camarade de classe qu’il apprécie…

Une ambiance inimitable !

Difficile de donner un avis sur ce roman qui se laisse difficilement cerner. A la fois critique des mégalopoles impersonnelles et écrasantes, et satyre de notre société qui perd tout sens, Le jeu du chat et de la souris est un inclassable.

J’ai aimé découvrir ce roman, mais pas totalement. La partie où notre étrange personnage prépare son crime est très intéressante (plus selon moi que la seconde, où il fuit les autorités). On découvre les mécanismes qui l’on mené dans cette situation sans pour autant les comprendre. Mais on se rend compte qu’à aucun moment il n’est déséquilibré… et c’est peut-être cela le plus inquiétant… Plus que comme un polar, il faut prendre cet ouvrage comme un roman noir car le cadre et la narration sont plus importants que le crime en lui-même. 

People are seen on a street in smog during polluted day in Shenyang, Liaoning province, China, December 18, 2016. (Photo by Reuters/Stringer) – Cette photo illustre parfaitement l’ambiance de l’ouvrage pour moi. Entre saleté, densité urbaine et paradoxalement, solitude.

L’ouvrage est donc rythmé, assez captivant, mais j’aurais aimé en apprendre plus sur cette Chine glauque et cachée qui nous est à peine esquissée… En apprendre plus sur cette société aux mœurs si différentes des nôtres et aux problèmes de sociétés auxquels elle fait face.

Même si c’est un roman difficile à proposer, il est intéressant. Peut-être pas assez creusé à mon goût, mais cette première incursion dans la Chine contemporaine était fascinante. A découvrir si vous êtes curieux la société chinoise et de sa culture.

PS : J’ai trouvé intéressante la note de fin de l’auteur qui s’adresse directement à nous, lecteur. C’est un peu étrange, mais je crois avoir perçu un tout petit peu de ce qu’il a voulu dire à propos de son œuvre…

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Chronique : Le « journal infirme de Clara Muller »

Le journal infirme de Clara MullerUn récit sombre et poétique comme il en faudrait plus…

Paru en 2011 dans la collection Exprim’ aux éditions Sarbacane, ce roman n’est pas le premier essai de Karim Madani. En effet, l’auteur est habitué aux récits urbains et sordides emprunts d’une mélodie toute particulière. Outre le roman chroniqué ici, il a écrit Hip-Hop connexion (Exprim’, Sarbacane), Cauchemar Périphérique (éditions Philippe Rey), Blood Sample (Le Poulpe). Il a également écrit un roman se déroulant avant Le « Journal infirme de Clara Muller », dans le même univers, avec un personnage commun ; son titre : Ciel Liquide (Exprim’, Sarbacane).

Les illustrations qui parsèment le roman à chaque page sont réalisées par Yosh et collent parfaitement à l’esprit qui suinte du récit…

Un Paris du futur divisé en deux sections socialement bien distinctes

Ville Haute et Ville Basse : deux facettes d’un Paris où le lieu d’habitation est déterminé en fonction des moyens financiers de chacun. C’est dans ce monde sombre et livide que vit notre anti-héroïne. Clara Muller est une ado unique en son genre, et cela pour plusieurs raisons. Elle est issue d’une éprouvette, mais pas seulement : Clara sort plus exactement d’un tube qui a été relié à un ordinateur. Cette particularité à propos de sa naissance en a apporté d’autres par la suite. En effet, Clara a la pouvoir (ou don, ou malédiction, appelez cela comme vous voulez) de se connecter au « Vortex » de la Ville Basse, son âme si vous préférez. Et à chacun de ses « voyages », Clara est connectée au Vengeur Toxique, sorte de justicier urbain qui essaye de secourir les habitants de la ville à son échelle, et qui prend pas mal de coups.

Mais ça n’est pas tout, en plus de cela Clara est loin d’être une personne sociable. Considérée comme le très vilain petit canard du bahut, rien n’est facile pour elle. Souvent mise au rebut, insultée, dénigrée, Clara se complaît dans cette haine qu’elle inspire, elle qui se considère comme l’une des seules personnes lucide à des kilomètres à la ronde. Mais le jour où elle rencontre Karin, une amitié s’installe… Peut-être ne sera-t-elle plus la seule FFO (Fille Frappée d’Opprobe) à lutter contre les PPP (Putrides Poupées Polluantes) ?

Clara Muller insideRésolument noir et inclassable… et on adore !

Une chose est évidente dès les premières lignes : ce journal ne plaira à pas à tout le monde, mais peu importe. En effet, le langage utilisé est extrêmement courant et même parfois carrément grossier. Mais le meilleur, c’est que Karim Madani a créé une magnifique prose dans les replis  d’un vocabulaire carrément urbain, lisez plutôt : « Je hais les gommeux, les forts en sport, les androïdes sous stéroïdes, les robots lanceurs de javelots qui peuplent les cours de nos écoles, le crissement d’une semelle de caoutchouc sur un parquet suffit à me donner envie de gerber, frictions de confréries de frénétiques freluquets ligués contre mes fictions freudiennes […] ».

Les mots sont ainsi à l’honneur tout au long du roman à travers non seulement Clara Muller, mais également grâce au personnage du hurleur de poèmes. Il s’agit d’un jeune homme qui a le pouvoir de tuer par ses mots… Cette image des mots pouvant exécuter quiconque les écoute assez longtemps revêt un charme terrible. Dans cet univers, tout est à la fois sale est beau, même le nom de la drogue est poétique : il s’agit du Ciel Liquide.

 …

Encore une fois, la collection Exprim’ ne nous épargne rien et met un nouveau récit noir à l’honneur. En effet, quantité de romans publiés se terminent bien ou ont une fin assez complaisante. Ici, pas de compromis : quand c’est noir, c’est vraiment noir. Et c’est aussi pour cela que l’on aime ce roman, et la collection. Le « journal infirme » de Clara Muller est ainsi un indispensable. L’un des meilleurs de la collection Exprim’, il allie une histoire forte à un univers écorché à vif. Excellent. Dès 15 ans.

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Actualité éditoriale : The Brokenhearted d’Amelia Kahaney, une trilogie à paraître dans la collection R en 2015

The Brokenhearted by Amelia KahaneyLa collection R, créée et dirigée par Glenn Tavennec a acquis les droits de la trilogie américaine The Brokenhearted d’Amelia Kahaney. Il s’agit de la première série de l’auteur, le premier tome est paru aux États-Unis en octobre 2013, et le second tome est déjà prévu là-bas pour octobre 2014 sous le titre The Invisible.

En France, c’est donc début 2015 que nous pourrons lire et découvrir cette nouvelle série à l’atmosphère très urbaine. Il n’y a plus qu’à espérer que les couvertures françaises seront les mêmes que celles d’origine, qui sont de toute beauté…

Pour patienter, voici ci-dessous la traduction de la quatrième de couverture américaine ainsi que la bande-annonce du livre :

« Le cœur a des raisons que la nature ignore.

Depuis le haut de sa tour surplombant Bedlam City, la danseuse étoile Anthem Fleet a toujours vécu sous le joug de ses parents, et n’a jamais quitté les Quartiers nord et leur opulence. Sa vie prend une nouvelle tournure le jour où elle rencontre Gavin, un artiste originaire des quartiers malfamés du sud de la ville. Il n’a rien à voir avec les gens qu’Anthem à l’habitude de fréquenter et elle ressent pour lui une attirance subite et enivrante.

The broken hearted 02 VOMais le monde de Gavin est aussi dangereux qu’il est grisant, et leur idylle connaît une fin tragique lors d’une sombre nuit dans les Quartiers sud durant laquelle le couple est la cible d’une attaque. Lorsqu’elle revient à elle, dans un laboratoire obscur et maculé de sang, Anthem découvre qu’une cicatrice irrégulière lui parcourt la poitrine… et que son cœur a été remplacé par une mécanique expérimentale.

Comme Anthem le découvrira rapidement, son nouveau cœur ne lui a pas seulement sauvé la vie, mais il lui procure également une force démesurée. Une force qui lui sera d’un grand secours si elle veut venir en aide à Gavin et recoller les morceaux d’une histoire brisée.« 

Note du traducteur : Aucun des noms donné dans cette traduction n’est officiel, ils sont par conséquent susceptibles de changer.
Note de la Bibliothèque de Glow : Merci à Erwan Devos ainsi qu’à Hermine Hémon pour leur traduction.

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Chronique BD : Otakuland

OtakulandOnirique, étrange et envoûtant, bienvenue à Otakuland… un monde que l’on n’a guère envie de quitter une fois immergé…

Paru aux éditions Delcourt dans la collection Mirages et entièrement concocté par Walder du scénario aux dessins en passant par la mise en couleurs, Otakuland est un petit bijou étrange qui nous illustre la réaction de la société nippone vis-à-vis de ses otakus. Walder a déjà été publié par les Humanoïdes Associés avec le livre Maximum et Minimum.
Un otaku est une personne dont la vie sociale est très restreinte. Elle s’isole souvent le plus possible chez elle afin d’assouvir sa passion qui peut-être les jeux vidéos, les mangas ou encore une foule d’autre chose. Ce véritable phénomène de société au Japon inquiète et fascine à la fois. N’oublions pas enfin que le terme otaku a une connotation assez péjorative au Japon, au contraire de la France où ce mot désigne avant tout des passionnés, mais pas nécessairement des personnes qui ne vivent qu’à travers leur addiction.

Dans cette bande-dessinée, loin d’être un mal dont ils essayent de se guérir, nos trois personnages vont au contraire  rejoindre leur monde et nous montrer à travers leur yeux ce qu’est Otakuland : un monde merveilleux où tout est possible.

Otakuland insideTrois parties pour trois personnages

Au fil des pages nous suivons trois hommes relativement ordinaires, bien qu’en marge de la société. Le premier, se nomme Yota, le second se prénomme Koi et est livreur de films pornos, enfin le troisième s’appelle Jibun.
Chacun a sa façon de se rendre à Otakuland, chacune illustrée en fin de partie. Mais surtout, ils ont su se protéger des moqueries des autres concernant leur statut d’otaku. Car comme le dit le proverbe japonais énoncé en quatrième de couverture : « Le clou qui dépasse se fait taper dessus », cette citation illustre merveilleusement bien la réaction de la société face à ses marginaux, et est tout à fait universelle.
Ainsi nos personnages nous entraînent-ils dans un Tokyo aux allures oniriques et étranges où la frontière entre réel et imaginaire devient de plus en plus ténue… et où quand vous verrez surgir de nulle part une chenille à grande queue fourchue en guise de bus, vous serez à peine surpris.

Alors que faire pour nos trois otakus, rentrer dans le moule ? Très peu pour eux. Au contraire, Yota, Koi et Jibun se plongent d’autant plus dans leur monde qu’ils sont harcelés. Car entrer en Otakuland, c’est leur façon de se sentir eux-mêmes, de ne pas être oppressés par cette dictature de la société qui nous pousse à être conformes, normalisés, avec les mêmes envies et désirs.

Parlons maintenant du dessin et de la patte très esthétique de Walder. Le trait est net, précis et très fouillé, faisant des planches de véritables merveilles graphiques. On peu ainsi passer de nombreuses minutes à regarder les détails qui fourmillent à travers chaque case.
La particularité des personnages dessinés par Walder est qu’ils ont tous une tête de taille disproportionnée par rapport à leur corps.
Tout participe à la création d’un univers original et magnétique, envoûtant.

De quoi vous laisser transporter le temps d’un livre (il s’agit d’un one-shot) dans un monde qui nous fait oublier les tracas de la vie de tous les jours et nous ouvre les yeux sur une autre philosophie de vie.
Alors, oui, les personnages que l’on suit sont marginaux, et vivent à travers leur passions, parfois trop, mais au bout du compte, n’est-ce pas eux qui sont les plus heureux ? A vous de vous faire votre propre avis sur la question….

Cette chronique a été rédigée pour le site ActuSF

Chronique ado : 2 Jours pour faire des thunes

2 jours pour faire des thunes ns

« J’avais 200 euros en poche en entrant dans ce maudit cercle de jeu. J’en suis ressorti 15 heures après, avec un début de cirrhose, une moitié de cerveau et une ardoise de 20 000. »

 Second roman de l’auteur Hamid Jemaï, ce dernier a déjà sorti un roman destiné aux adolescents dans la collection Exprim’, chez Sarbacane : Dans la peau d’un youv. Son premier roman avait d’ailleurs bénéficié d’une adaptation en bande-dessinée nommée Brako.

2 jours pour faire des thunes est parfait pour découvrir à la fois l’univers « ouf » et décalé de l’auteur, mais aussi le monde discret et mortel de la mafia russe… bonne incursion à vous…

Un mauvais départ dans la vie…

Issu d’une famille de gitans dont il s’est détaché avec le temps, le jeune Micklo n’est pas franchement ce que l’on peu appeler un veinard. Sa vie est faite de petits coups et de malchance qui l’ont menés jusqu’à une salle de jeu où il pensait pouvoir gagner un peu d’argent, histoire de payer entre autres son loyer… sauf que dans ce genre de salles qui vivent au black et qui sont tenues par des mafieux, impossible d’en ressortir sans avoir une dette envers « le patron » de la boîte, et c’est ce qu’il va arriver à Micklo…

C’est ainsi que commence l’histoire complètement hallucinante et folle de Micklo. Lui qui pensait être assez fort pour ne dépendre de personne et se constituer un pécule grâce à ses seuls « talents » va vite déchanter.

Un roman écrit comme un film d’action

Le rythme de cet ouvrage est complètement halluciné et emprunte souvent au vocabulaire du cinéma, d’ailleurs l’éditeur et l’auteur ne s’en cachent pas en annonçant que ce roman a pour toile de fond Pulp Fiction, Casino, ou encore Snatch : et on est servi.

L’écriture d’Hamid Jemaï, percutante et jubilatoire force également à faire le rapprochement avec certains dialogues mythiques de films de gangsters. Le personnage de l’homme de main Garbit en particulier est très plaisant à détester et à admirer à la fois pour ses phrases aussi savoureuses que mémorables.

Du côté du scénario, on ne s’ennuie pas non plus, de surprises en rebondissements fous tout le long du récit, les situations loufoques ne manquent pas.

L’ouvrage se divise en trois parties (la dernière étant très courte), la première est celle de la course-poursuite avec un rythme endiablé. La seconde nous plonge dans l’univers sombre et terrible de la mafia… a vous de voir laquelle vous préfèrerez !

Certains pourront être déstabilisés par l’écriture singulière qu’utilise le narrateur, Micklo. Entre langage des rues, argot et expressions gitanes. Certains en seront rebutés, mais il faut passer outre cette originalité qui ajoute une dimension plus réaliste au personnage et qui ne le dessert en aucun cas, bien au contraire. Ces expressions, même si elles vous sont inconnues ne vous empêcherons pas d’en comprendre le sens.

Le seul bémol que l’on pourrait faire sur ce livre est le manque de réalisme dont fait preuve la seconde partie avec quelques faits peu crédibles voire absolument impossibles. Cependant, ces éléments ne desservent pas l’intrigue, ont peu même les penser comme faisant partie d’une histoire complètement barrée de A à Z… ça se justifie.

Une chose est sûre, 2 jours pour faire des thunes est à la fois drôle et tragique, avec un personnage digne de l’antihéros que l’on hésite à aimer à cause de sa personnalité très égoïste et inconsciente, il n’empêche qu’au bout du compte le destin nous force à s’y attacher…

Ce roman coup de poing pourra plaire aussi bien aux fans d’humour noir et de courses-poursuites qu’à ceux qui ne sont pas nécessairement des amoureux de la lecture. Il pourra peut-être même donner un déclic à certains. Alors, qu’attendez-vous pour tenter l’aventure ?

8/10

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Chronique : La Fée des dents

fee des dentsUn roman fantastique et horrifique assez décevant….

La Fée des dents (the tooth fairy dans la culture Anglo-saxonne) est en fait notre petite souris européenne. Mais elle n’a rien de mignon dans cet ouvrage de Graham Joyce, bien au contraire. En temps normal, un enfant ayant perdu une dent la met sous son oreiller pour avoir l’heureuse  surprise le lendemain de trouver une piécette. Ici, la fée des dents est une sorte de monstre tantôt une femme sublime tantôt un être androgyne repoussant et bien d’autre choses aussi…

C’est donc ainsi que tout commence malheureusement pour l’un de ces enfants : il va se réveiller et voir cette fée normalement invisible pour tous (appelée Quenotte) , et c’est là que les ennuis vont commencer pour lui et pour son entourage… et aussi pour le lecteur…

Eh oui, ce roman est en fait très décevant malgré une quatrième de couverture qui donne vraiment envie et une couverture franchement esthétique franchement dans l’ambiance. Au début du roman, on ne comprend pas forcément bien les enjeux et pourquoi le personnage n’aurait vraiment pas du voir la fée des dents, et tout naturellement on se dit que ça viendra plus tard. Mais en vérité ce roman n’est qu’un enchainement de scènes « érotiques » déplacées  (car elles n’apportent que peu de choses à l’histoire au final) et de ballades entres ados qui tournent mal. Le rythme est très lent malgré quelques rebondissements autour de la vie de Sam (notre personnage principal)avec quelques morts pour faire bonne figure.

Notons toutefois un bon petit rebondissement vers la fin, mais qui ne vaut tout de même pas la lecture du livre qui sans être fastidieuse, n’est pas non plus passionnant. En bref, même si la fée des dents ressemble par certains côté à du Stephen King, on est bien loin de s’évader dans le monde vaste peuplé du fantastique et de l’imaginaire.

Ainsi s’achève cette première lecture de Graham Joyce pour moi, mais heureusement il n’a pas écrit que la fée des dents. C’est pourquoi je me replongerais sûrement dans ses écrits pour voir autre chose de cet auteur comme par exemple : Mémoires d’un maitre-faussaire qui a l’air vraiment fort sympathique (écrit sous le pseudonyme de William Heaney).

 3/10

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