Interview des éditions Issekinicho

Issekinicho logoIssekinicho, ce mot vous dit quelque chose ? Il s’agit du nom d’une toute petite maison d’édition extrêmement qualitative et unique qui nous vient d’Alsace. Spécialisée dans la photographie et l’Asie, tous les ouvrages créés par cette maison sont des bijoux. Ils ne sortent que deux ouvrages par an en moyenne, et on comprend pourquoi quand on voit les finitions et le détail apporté à chaque ouvrage.

C’est une de mes maisons d’édition coup de cœur, je les suit depuis plusieurs années, et j’ai aujourd’hui la chance de pouvoir vous les présenter à travers cette interview. Foncez chez votre libraire pour voir/admirer/feuilleter leurs ouvrages ! Que l’on soit fan de l’Asie, du Japon ou de la Corée, peut importe, la qualité des ouvrages transcende le sujet lui-même… Parole de libraire.

La bibliothèque de Glow : Pourriez-vous présenter les éditions Issekinicho ?

Éditions Issekinicho : Oui bien sûr, c’est une maison d’édition qui a maintenant presque 3 ans, spécialisée dans le livre photo, graphique et bande dessinée sur le Japon, nous avons 8 titres au catalogue.
En plus de notre site de vente en ligne, de la présence sur des salons du livre et des conventions « Japon », nous sommes diffusés et distribués en grandes librairies, librairies indépendantes et librairies en ligne.

Issekinicho 2La bibliothèque de Glow : Quel est votre ligne éditoriale ?

Éditions Issekinicho : Faire des livres avec comme toile de fond le Japon, mais qui peuvent aussi bien intéresser des fans du Japon que des gens qui ne s’y intéressent pas particulièrement.
Nous cherchons à proposer des livres avec plusieurs portes d’entrée, des livres qui peuvent intéresser des gens différents pour des raisons différentes.
Nous ne faisons pas d’achat de droits, mais uniquement des créations originales. Deux de nos titres ont été traduits à l’étranger, « Neko Land – une vie de chat au Japon » en allemand et « Saisons du Japon – coloriages zen & haïkus » en vietnamien.

La bibliothèque de Glow : Est-ce que le mot Issekinicho signifie quelque chose ?

Éditions Issekinicho : Oui, c’est une expression japonaise, prononcé « issé ki ni tcho » Isséki signifie « une pierre » et nicho signifie « deux oiseaux ». En anglais il y a la même expression « one stone, two birds ». C’est l’équivalent de notre expression « D’une pierre, deux coups »

Issekinicho kokekokkoLa bibliothèque de Glow : Combien êtes-vous à faire tourner cette petite maison d’édition ?

Éditions Issekinicho : Et bien, deux, comme l’expression Issekinicho l’indique ^_^
Pour ma part (Alex), en plus d’être auteur de certains titres, je travaille à temps plein sur la maison d’édition, la recherche de projets, la mise en page, le suivi de fabrication, la vente en ligne, la communication, les relations presse, la présence sur les salons, répondre aux interviews comme celle-ci ^_^…  Bref, toutes les tâches nécessaires au bon fonctionnement d’une maison d’édition.

Delfine n’est pas à temps plein sur la maison d’édition, elle y consacre environ 1/4 de son temps. Elle s’occupe de la communication, de la vente en ligne et des salons avec moi. Elle est partie prenante dans tous les choix éditoriaux. Les autres 3/4 de son temps, elle continue à travailler comme illustratrice pour des éditeurs jeunesse.

Sinon nous avons un comptable qui s’occupe des choses trop complexes pour nous (bilan, compte de résultat, TVA…)

Issekinicho 4La bibliothèque de Glow : Vous faites très peu de titres par an, mais ils sont d’une finition absolument parfaite sur tous les plans, avez-vous une formation spéciale dans l’édition ou êtes vous autodidacte ?

Éditions Issekinicho : Merci, Delfine et moi avons une formation de graphiste. J’ai travaillé quelques mois en agence de communication avant de me mettre à mon compte en illustrateur freelance et Delfine m’a rejoint à la fin de ses études d’illustration.  Nous avons travaillé avec beaucoup d’autres éditeurs en temps qu’illustrateurs. Même si la maison d’édition n’a que 3 ans nous baignons dans le milieu du livre depuis 13 ans.
Nous apprenons le métier d’éditeurs au fur et à mesure des titres que nous publions. Un livre photo demande un travail irréprochable, de la prise de vue à sa mise en page, du choix du papier au choix des techniques d’impression et de fabrication. Pour ça, il faut connaitre parfaitement le potentiel de l’imprimeur avec qui on travaille. Nous profitons de chaque nouveau projet pour expérimenter des techniques d’impression et de nouveaux papiers. Publier un livre est aussi l’occasion d’apprendre, c’est important pour nous.

Issekinicho 5Étant seul (Alex) sur la partie mise en page, suivi de fabrication et souvent auteur de certains titres, nous ne pouvons pas produire plus de titres par an.

Comme je l’ai dit, nous ne faisons pas d’adaptations en français de titres japonais. Il nous faut donc trouver des idées de livres suffisamment intéressantes à réaliser, et cela prend plus de temps.

Issekinicho CoréeProduire peu par an, c’est aussi prendre d’énormes risques car le marché du livre actuel préfère la rotation rapide en librairie avec des livres de qualité moyenne, qui coutent moins cher à fabriquer et qui ont un plus fort potentiel de rentabilité. Produisant peu, nous avons besoin que nos livres restent longtemps en librairie, que le libraire les recommande régulièrement. Malheureusement les libraires ne gardent les livres que très peu de temps. En gros, nous sommes à contre-courant de ce que le marché du livre demande actuellement…

Le marché du livre va trop vite pour installer un titre en librairie, surtout pour des structures comme la nôtre qui ne peuvent pas avoir accès facilement aux médias, plateaux TV ou se payer de la pub. Ça prend donc plus de temps pour que les gens découvrent nos titres. Nous ne rentrons pas dans le cercle  « lancement / promo > ventes pendant 3 mois > retour des invendus > destruction des invendus > on passe à un autre livre »

Issekinicho 7 nipponLa bibliothèque de Glow : Pouvez-vous actuellement vivre de votre passion pour l’Asie à travers la publication de ces ouvrages ?

Éditions Issekinicho : Non. Pour développer un peu cette réponse : nous ne perdons pas d’argent, ce qui est déjà une très bonne chose. Malheureusement l’argent qui rentre grâce aux ventes ne nous permet pas de nous verser de salaire.

L’argent repart dans le financement de nouveaux projets, les frais de fonctionnement, les charges sociales, les taxes et impôts. Il faudrait que nos ventes soient multipliées par 2 pour pouvoir se payer un SMIC (et je parle d’un SMIC pour une seule personne…)

Issekinicho neko landLa bibliothèque de Glow : Souhaitez-vous développer plus encore votre maison d’édition ?

Éditions Issekinicho : Ça dépend de ce que l’on entend par « développement »…
Si c’est : plus de publications par an, non, nous ne le voulons pas vraiment. Nous espérons garder un rythme de 2 BONS titres par an, afin de pouvoir garder une qualité et un vrai suivi de la promotion du titre en librairie.

Ce que nous souhaitons développer, c’est notre communication et nos liens avec les libraires (pas mal de libraires ne nous connaissent pas encore), avoir une meilleure mise en avant par les médias et toucher plus de lecteurs.
Nous préférons continuer à publier 2 titres par an et faire de bonnes ventes que de devoir multiplier les titres avec des ventes moyennes.

Je sais que l’on aime bien entendre parler de croissance, de développement, on aime bien les « success-stories »…Nous, nous voulons juste continuer à faire de bons titres. Si l’année prochaine nous n’avons qu’un seul titre à proposer, nous ne nous forcerons pas à sortir plus et n’importe quoi.

Issekinicho 6 saisonsLa bibliothèque de Glow : Quelle est la publication pour laquelle vous avez le plus d’affect ?

Éditions Issekinicho : Nous mettons autant d’énergie dans chacun de nos titres. Chaque nouveau titre est l’occasion de tester de nouvelles choses en fabrication, vernis, marquage à chaud, reliure papier. Donc j’ai de l’affect pour tous, mais pour des raisons différentes.
Et puis je suis auteur de certains titres donc c’est très étrange de dire que l’on aime son travail ^_^

Mais s’il faut parler d’un livre, je veux bien parler du livre Saisons du Japon de Nancy Peña. Ses illustrations sont magnifiques et d’un niveau bien supérieur à ce qui est sorti en livre de coloriage sur le Japon. On est très fiers d’avoir ce livre dans notre catalogue.

La bibliothèque de Glow : Avez-vous des anecdotes à nous raconter autour de certaines de vos publications ?

Éditions Issekinicho : Toujours sur Saisons du Japon une anecdote malheureuse : les libraires boudent ce livre, le placement en librairie a été plus que moyen, alors que ce livre va plus loin que le simple livre de coloriage ( c’est aussi un recueil de Haïkus ). Les libraires se contentent d’un présentoir des livres de coloriage Hachette et ne s’intéressent pas aux publications bien meilleures que peuvent sortir d’autres éditeurs. Une façon pour eux de se débarrasser du problème « livre de coloriage ». Pendant ce temps, les lecteurs qui trouvent ce titre par d’autres réseaux de vente (en ligne ou lors des salons) sont ravis de ce titre. Un bon livre n’est pas forcement synonyme de succès de librairie.

La bibliothèque de Glow : De nouvelles publications sont-elles à venir ?

Éditions Issekinicho : Oui ! Notre dernier titre, le roman Le Fantôme de la tasse thé est sorti en octobre 2015 et nos 2 prochains titres sortiront en octobre 2016. Un an sans nouveauté comme vous pouvez le voir, les création demandent du temps.

Le premier est  un livre photo sur les singes du Japon : Saru – Singes du Japon.
Je viens de terminer 3 voyages au Japon (automne, hiver et printemps) pour prendre toutes les photos dont j’ai besoin. Les textes du livre seront écrits par deux primatologues qui ont étudié les singes au Japon. C’est un livre grand public, avec des explications sur les comportements des singes ainsi qu’une partie carnet de route que j’écrirai.
Je publie actuellement chaque semaine sur notre chaine YouTube des vidéos « carnet de route » sur ce projet.

Le deuxième est une bande dessinée qui s’intitulera Onibi (qui signifie Feu-follet), c’est un récit qui se déroule bien évidemment au Japon, plus précisément à Niigata et qui mélange autobiographie et histoire fantastique. Il est réalisé par Cécile Brun et Olivier Pichard, plus connus sous le nom « Atelier Sento ».

Issekinicho 3 singe

5 réflexions au sujet de « Interview des éditions Issekinicho »

  1. zaphrina makichan

    Merci de m’avoir fait découvrir cette maison d’édition. Je ne la connaissais pas et maintenant c’est chose faite.

  2. Arcanes Ouvertes

    Merci beaucoup pour cette interview !
    J’ignorais totalement l’existence de cette petite maison d’édition, qui a en effet vraiment l’air de proposer des titres de qualité. J’essayerai de faire un tour en librairie pour les feuilleter, et pourquoi pas les faire acheter par ma bibliothèque 🙂 (et pour moi aussi au passage)

  3. glowmoonlight Auteur de l’article

    Bonjour Arcanes Ouvertes ! Ravie de constater que cette interview vous a permis de découvrir une belle/petite maison d’édition. Pour information, les titres sont distribués par Pollen pour les libraires. L’ouvrage sur l’urbex au japon n’est plus dispo (Nippon no Haiko), tous les autres titres sont dispos. Je les ai tous dans la librairie où je travaille et ils plaisent beaucoup, les gens sont ravie de proposer des objets livres aussi beau et peu connus.

    Bien à vous

    Laura/Glow

    1. Laura Auteur de l’article

      On est bien d’accord, tout ce qu’il font est génial ! Et tu as vu leurs deux nouveautés ? Le livre photo sur les singes du Japon et la jolie bd sur les yokais ? Ils sont supeeeeeerbes ! <3

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