Chronique : La vraie vie

Un roman monstrueusement addictif et inclassable. Un véritable coup de poing/cœur littéraire qui vous marquera durablement !

Adeline Dieudonné est une autrice belge, La vraie vie est son premier roman Il est paru à la rentrée littéraire 2018 aux éditions L’Iconoclaste. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a très vite été remarqué – à juste titre. Elle a depuis eu le Prix du roman FNAC, ce qui l’a propulsée sur le devant de la scène littéraire.

Si vous ne connaissez pas encore La vraie vie, j’ose espérer que cette chronique saura vous donner envie de le découvrir. C’est une merveille de noirceur et d’espoir mêlés…

Un père qui étend son emprise malsaine sur sa famille…

Bienvenue dans une petite banlieue résidentielle tout ce qu’il y a de plus normale. Ici point d’immeubles, uniquement des petits pavillons, tous identiques. On est loin des belles demeures et autres villas, nous sommes plutôt dans un quartier pavillonnaire modeste.

C’est ici que vit une famille aux nombreuses écorchures et traumas. Une mère effacée et craintive, un père empli d’une violence sous-jacente qui cache peut-être encore pire sous son air constamment sombre et taciturne. Ils ont deux enfants, Gilles et sa sœur, notre extraordinaire narratrice.

Gilles et elle ont vécu un événement traumatisant qui a profondément changé leur relation. A tel point que son frère est devenu plus sombre, presque mutique et de plus en plus mauvais au fil des semaines, des mois… La jeune fille ne désire qu’une seule chose : que Gilles redevienne le garçon jovial avec qui elle avait une belle complicité, que tout redevienne comme avant. Mais comment remonter le temps quand on a que dix ans ?

Une narration extraordinaire qui sublime le quotidien dans toute sa férocité

Dès les premières pages, la jeune fille décrit sa mère comme étant une amibe. Le terme a beau être simple, il est violent. Cela décrit une mère présente physiquement, mais qui n’a pas de vie propre. Elle exécute les souhaits de son mari, et n’a jamais de désir qui lui appartienne… c’est d’une tristesse infinie.  

Et puis… il y a l’hyène. Ce n’est pas son père, mais plutôt ce qui l’habite. Cette présence malsaine dans la maison qui prend peu à peu ses aises… et qui commence à s’emparer de Gilles peu après l’accident. Drame que vous découvrirez au bout de quelques chapitres et qui inclus un glacier, la valse des fleurs et de la chantilly…

Autre qualité contenue dans ce roman et qui m’a fait forte impression : sa constante ode aux sciences. On y parle gravité, relativité, temps, physique des particules. Car notre jeune héroïne rêve que le drame qui a changé Gilles n’ai jamais eu lieu. Et souhaite littéralement remonter le temps. Sa passion fervente pour les sciences est exaltante à découvrir, surtout quand on voit toutes les heures de baby-sitting qu’elle est prête à faire pour une heure de cours.

Et je n’ai pas encore parlé de l’écriture si épurée et incisive d’Adeline Dieudonné. Chaque coup/mot porte.

« J’aimais la nature et sa parfaite indifférence. Sa façon d’appliquer son plan précis de survie et de reproduction, quoi qu’il puisse se passer chez moi. Mon père démolissait ma mère et les oiseaux s’en foutaient. Je trouvais ça réconfortant. »

Mais là où l’on frise le génie, c’est qu’au fil des pages, on sent que le pire peut arriver à tout instant. Que l’on peut basculer d’une tension à couper au couteau à quelque chose de plus terrible encore. Et quand ce que l’on imagine n’arrive pas… on est presque heureux de découvrir la narratrice malmenée, mais pas autant que ce que l’on craignait. Adeline Dieudonné réussit le tour de force de faire passer quelque chose d’horrible pour passable, alors qu’il est tout simplement intolérable… Mais comme on échappe au pire, ça devient acceptable. Il faut le lire pour le croire, mais c’est bien ce qui arrive.

La vraie vie est un récit initiatique incroyable : son message est porteur de tellement de lumière (caché derrière la laideur et la monstruosité) qu’il en devient marquant. A tout jamais.

J’espère que cette chronique vous aura donné envie de lire l’une des mes plus belles lectures de l’année 2018.

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