Archives du mot-clé violence

Chronique YA : Three Dark Crowns – Tome 1 – Three Dark Crowns

Le premier tome d’une fantasy sombre et envoûtante aussi dense que très surprenante. Si vous aimez les lectures qui vous transportent et vous font vivre une chute vertigineuse en fin de tome, c’est la saga qu’il vous faut !

Troisième roman de l’autrice américaine Kendare Blake à paraître en France, Three Dark Crowns (ou TDC pour les intimes) fait partie des ouvrages très remarqués de la fin d’année 2021.
Les éditions Leha frappent fort et comptent bien continuer sur leur lancée en écrasant tout sur leur passages avec quantité d’autres grosses séries de SFFF. Et avec TDC, les fans de fantasy sombre trouverons de quoi se repaître… La traduction est assurée par Hermine Hémon (elle traduit régulièrement et qualitativement pour les éditions Lucca ou encore ActuSF).

La série compte cinq tomes au total, plus un recueil de nouvelles.

Trois soeurs pour un seul trône

Bienvenue dans un monde autarcique où chaque reine donne naissance à des triplées, uniquement des filles, et chacune avec un pouvoir différent. Quand ces dernières sont assez grandes, la reine s’exile et laisse ses trois filles s’entretuer pour la couronne. C’est juste avant la cérémonie qui lancera la sanglante compétition que nous découvrons ce monde étrange et cruel…
Imaginez les Hunger Games avec de la magie et un trône à la clé ! Le tout sans oublier toute la complexité géopolitique de l’intrigue… Bien malin qui saura démêler le vrai du faux.

Une intrigue de haute volée

Il faut l’avouer, il n’est pas évident d’entrer d’emblée dans l’univers de TDC. L’autrice nous lance énormément d’explications (nécessaires) sur l’univers qu’elle a créé, ses intrigues, ses enjeux… C’est parfois un peu indigeste, surtout en début d’ouvrage. Mais une fois passé ce cap d’explications où le décor se pose doucement, on est lancé.

L’intrigue est maline, dense et très surprenante. TDC est une littérature YA exigeante, ce qui n’est pas un gros mot, mais un compliment. C’est bien écrit, avec un vrai style (que la traduction a su rendre au mieux) et on est loin de certains romans ados ultra simplistes. En fait, cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un bon roman ado avec un peu de matière. Les trois quarts de la production sont si prévisibles et conditionnés pour un public type qu’il est impossible d’avoir un quelconque effet de surprise. De même pour le plaisir de lecture, c’est tout aussi rare.


Avec TDC, on demande au lecteur de faire en effet un effort, mais quelle récompense ensuite ! Une fois passées les cent premières pages, on comprend à peu près l’environnement dans lequel évoluent les trois sœurs. Et là, on se régale à découvrir les trahisons, complots et machinations qui se trament… Sans parler de malheureux hasards du destin !

C’est malin, très réussit et Kendare Blake a su garder un réel effet de surprise jusqu’à l’ultime page de ce premier tome. Mais quelle fin ! J’avoue que j’ai beaucoup regretté que le second tome n’ait pas encore été traduit quand j’ai terminé ce premier opus. Le final est tellement fou, c’est impossible de ne pas vouloir relire certaines scènes qui apparaissent sous un jour nouveau…

Bref, vous l’aurez compris, j’ai été conquise malgré quelques débuts un peu lents pour moi. C’est sûr qu’à force de lire des romans aux phrases courtes et au vocabulaire simpliste, on oublie que parfois il faut faire un effort pour découvrir de nouveaux univers. Efforts très largement récompensés ! Alors, je lirais la suite avec beaucoup de plaisir, d’autant qu’en plus d’être bons à l’intérieur, les livres sont superbes à l’extérieurs.
Les couvertures sont les mêmes que la VO, et elles sont un régal pour les yeux…

Chronique ado : Tenir debout dans la nuit

L’histoire d’une adolescente qui va passer toute une nuit, seule dans la Grande Pomme… Va-t-elle tenir dans cette ville où elle ne connaît personne ?

Eric Pessan est un auteur pour les ados et la jeunesse à l’œuvre percutante et marquante. Il aborde souvent dans ses ouvrages des thématiques difficile, mais avec des mots très justes…
Ses livres les plus connus sont notamment La forêt de Hokkaido (L’École des Loisirs) pour lequel il a eu le prix des Sociétés des gens de Lettres, ou encore le livre que je vais vous chroniquer ici : Tenir debout dans la nuit qui est paru en 2020.

C’est mon premier roman de Pessan, mais le septième qu’il a écrit, et une chose est certaine, je vais y revenir tant j’ai trouvé ce texte poignant.


Pour mieux appréhender ce roman, je vous propose de lire un petit extrait de la lettre qu’il a adressé aux libraires : « C’était un vieux rêve, un rêve de môme sans doute : voir le New York de Spiderman et des films de gangster. C’est là que ce livre est né : dans les rues de New York, j’ai tenté de retrouver l’émerveillement de l’adolescent que j’ai été, et je me suis souvenu des discussions avec les élèves.
Tenir debout dans la nuit est mon septième roman jeunesse, tous ces livres sont indépendants mais les personnages circulent de l’un à l’autre, et vieillissent
en temps réel. J’avais envie de retrouver Lalie, la seule fille de la bande de garçon présente dans La plus grande peur de ma vie. A treize ans, elle aimait prendre des photos, maintenant qu’elle en a quinze, elle ne quitte plus son appareil ».

Un cadeau de rêve

Lallie est une adolescente qui aime la vie, les découvertes, les voyages… Mais elle n’a pas les moyens pour cela, c’est tout juste si elle peut rêver de New York. Alors quand Pitor, un de ses amis lui propose de l’accompagner gracieusement dans la fameuse ville qui ne dort jamais, elle dit oui.

Mais elle ne pensait pas que cela le rendait débitrice aux yeux de Piotr… et que pour le remercier, elle va devoir accéder à ses désirs…

Un roman féministe et sociétal touchant

Oui, les hommes peuvent écrire des romans féministes où la jeune femme dépeinte n’est pas un stéréotype. L’histoire de Lallie est aussi simple que tragique : elle pensait avoir un ami généreux et se retrouve à devoir lui céder ses faveurs sexuelles pour le remercier. Hors de question, mais la liberté de choisir à un prix terrible : se retrouver seule à New York en pleine nuit.

C’est ainsi que commence le roman, en nous offrant une Lallie apeurée par tous les hommes qu’elle va croiser durant cette nuit si particulière. Car le monde continue de tourner alors que pour elle tout s’effondre.

Ce roman est superbe et magistral pour de nombreuses raisons. Outre le fait que le récit nous offre une héroïne ordinaire courageuse, c’est aussi un plaidoyer pour une vie meilleure. Car au travers des nombreuses aventures nocturnes de Lallie, nous allons découvrir le portrait d’une société américaine profondément injuste et cruelle. Dès que l’on fait un pas de côté, même léger, le système nous écarte, nous oublie, nous occulte.

L’auteur se concentre notamment sur le cas de ces millions d’américains qui vivent dans des mobile-home ou des trailers parks (ils sont plus de 20 millions aux USA) car ils n’ont pas d’autre endroit où vivre. On y parle aussi du scandale des subprime, des injustices sociales flagrantes que la société américaine laisse perdurer… Que le meilleur gagne et tant pis pour ceux laissés sur le bas-côté.

Je trouve cela très bien de montrer que derrière les paillettes du rêve doré américain se cache une société extrêmement cruelle et égoïste. La France ne fait peut-être pas toujours rêver ceux qui y vivent, mais nous avons une chance incroyable. Mais Eric Pessan le dit bien mieux que moi.

Alors, il ne vous reste plus qu’à lire ce roman MAGISTRAL qui devrait être lu par tout le monde. Garçon, fille, homme, femme… Le message de Tenir debout dans la nuit est indispensable, et surtout subtil et beau. Dès 14 ans.

Mon état d’esprit après la lecture de l’essai de Pauline Harmange « Moi les hommes, je les déteste »

Il ne s’agit pas ici d’une chronique à proprement parler, plutôt d’une proposition de lecture. J’ai découvert il y a peu Moi les hommes, je les déteste par le biais d’une amie qui m’a prêté son joli exemplaire paru initialement aux éditions Monstrograph. L’ouvrage est initialement publié à 450 exemplaires avant de connaître un énorme succès au niveau mondial (ouvrage maintenant disponible chez Seuil).

Elle a voulu me faire partager l’idée de sororité, de soutient que les femmes peuvent être les unes pour les autres. En effet, ça fait du bien de savoir que l’on peut s’accomplir sans avoir l’appui ou l’approbation des hommes quels qu’ils soient (connaissance, mari, père, frère, passant…). Et ça peut paraître bête, mais en lisant cet ouvrage je me suis sentie légitime dans ma colère, mon agacement vis-à-vis de certains comportements masculins.

Moi qui pensait que c’était uniquement chez moi qu’il y avait un « problème », que sur-réagissait beaucoup trop pour des choses dites minimes, et bien non. Et Pauline Harmange m’a montré que nous sommes légion à être comme ça. A ne pas trouver normal le ton paternaliste, les remarques légèrement déplacées mais difficiles à recadrer sous peine de passer pour une hystérique/chieuse/relou (rayer la mention inutile).

Ce livre m’a donc énormément parlé. Car en effet, en tant que femmes nous avons toutes à un moment ou un autre subit les violences des hommes. Elles sont parfois involontaires, elles sont même parfois le fruit d’une volonté de faire bien mais restent des violences.

Je me rappellerais toujours de cette remarque d’un client en librairie avec qui je discutait sciences. Je lui présentait un ouvrage de vulgarisation sur les mathématiques, que je trouves passionnantes (oui mathématique est un nom féminin, choquant n’est-ce pas ?) et il m’avait rétorqué : « Je suis mathématicien, c’est mon métier, alors continuez à lire vos livres et laissez les gens comme moi faire leur travail ». J’en fut scotchée, blessée. Cela s’est passé il y a longtemps maintenant mais je garde encore un souvenir amer de cette rencontre. Je n’ai rien répondu. Manque d’inspiration ou manque d’envie de répondre à un client malpoli ? Je ne sais pas, mais la colère a pris peu à peu la place de l’incompréhension.

Je suis passionnée de sciences depuis toujours, et même si je n’ai pas de diplôme, ma passion vaut quelque chose. Je vaut quelque chose. Je me suis sentie tellement rabaissée que c’est la honte qui a pris le pas sur tout le reste après cette « altercation ». Déjà que je ne me sens pas toujours légitime à aimer les sciences à cause de ce genre de réactions (déjà subies par le passé), c’est le genre de situation qui me fait regarder le sol. Et encore maintenant, je ne sais pas comment réagir face à cela. C’est si pernicieux et mesquin… jamais je ne me permettrais d’émettre un jugement sur la passion d’une personne ou sur sa légitimité. Bref, j’ai trouvé cela d’une extrême violence.

Je ne parle pas des autres violences subies dans ma vie de femme… Si ? Le mec en moto qui m’a palpé les fesses et s’est barré en accélérant, l’homme qui a commencé à se masturber devant moi dans le train et où personne n’a réagit même quand j’ai crié (souvenez-vous on est des hystériques, on sur-réagit…). Un autre homme qui a commencé à se frotter à moi dans la ligne 13, celui qui m’a tripotée et qu’on était tellement serrés qu’il était impossible de savoir qui c’était, celui qui m’a suivi jusque chez moi alors que j’habite à 25 min à pied de la gare… Et encore c’est uniquement ce dont je me rappelle.

Nous sommes toutes concernées, je ne connaît pas une seule femme qui n’aurait pas déjà eu des remarques ou des actes violents à son égard parce qu’elle est femme. Et on ne devrait pas se résigner ni utiliser la même violence que les hommes utilisent sur nous pour se défendre (nous en serions incapables) mais il est hors de question de laisser les choses se tasser quand ça nous arrive.

Alors, oui le titre est provocateur, mais en effet, il y a de quoi détester les hommes ou du moins avoir un fort sentiment de défiance à leur égard. Ce livre à allumé en moi une flamme dont j’ignorais l’existence. Il m’a permis de réaliser que j’ai le droit de ne pas vouloir côtoyer beaucoup d’hommes dans ma vie (et avoir un homme dans ma vie depuis de nombreuses années ne change rien à l’affaire). J’ai un cercle très restreint de connaissances masculines et ça me convient, et l’idée d’avoir des soutiens indéfectibles en des amies est très réconfortant. L’idée de Pauline Harmange est de nous montrer qu’on peut être heureuses sans vouloir vivre à travers eux. Ne pas attendre leur approbation, leur validation sur un quelconque choix que nous aurions fait. Et apprendre aux hommes qui le souhaitent comment mieux faire pour ne pas reproduire des millénaires de patriarcat…

Si vous voulez allumer vous aussi la flamme qui brûle en vous, lisez ce livre. Il est pour moi parfait afin d’en découvrir quantité d’autres sur le sujet. Une entrée en matière fracassante pour améliorer notre image de nous et s’émanciper dans la sororité.

Mini-chroniques #11 : Un retour aux sources, la violence comme quotidien, une enquêtrice canadienne étrange et une analyse fine de la société américaine avec toutes ses contradictions…

Voici venu le retour des mini-chroniques avec quatre ouvrages très différents et pour certains marquants. Je pense notamment au livre de Céleste Ng, La saison des feux, qui est une merveille disséquant tous les travers et les biais que génère la société américaine et sa bien-pensance.

Pour d’autres raisons, le roman de Rebecca Lighieri m’a également énormément plu. Elle sait faire suinter la violence latente en quelques lignes… c’est beau et atroce tout à la fois, comme souvent dans son œuvre…

Chien-Loup – Serge Joncourt – Flammarion

Il s’agit du premier roman de Serge Joncourt que je lis, et j’ai tout particulièrement aimé l’ambiance… Cette poussée lente et douce de la violence… ce danger qui plane et s’affirme au fil des pages. Pour nous mener où ? Et quand ? Chien-Loup se déroule sur deux époques parallèles, dans un petit village du Lot, en pleine zone blanche à notre époque et de l’autre en pleine Première Guerre Mondiale.
La tension est là dans les deux époques, les personnages sont intéressants, on sent qu’ils peuvent basculer à tout moment vers le pire d’eux-même…

Ainsi pour l’atmosphère, c’est une réussite. Pour ce qui est de l’intrigue et de sa finalité, j’ai malheureusement été déçue. Je m’attendais à un paroxysme, une épiphanie… et rien. J’ai eu un sentiment d’inachevé et je suis totalement restée sur ma faim. Dommage.

Je réessayerait certainement de lire un autre roman de cet auteur malgré tout car il a un bon style, de bonnes idées… à voir pour la mise en œuvre.

Il est des hommes qui se perdront toujours – Rebecca Lighieri – P.O.L

Moi qui aime les romans brûlants et glauques qui vont au bout des choses, j’ai été servie. Rebecca Lighieri est une maîtresse dans son genre avec une écriture brutale, pure, parfois insoutenable… mais tellement merveilleuse tout à la fois.
Nous sommes à Marseille, on suit une famille pour qui rien ne va : deux frères et une sœur livrés à eux même, un père violent, une mère passive et effrayée…

Par certains côtés, cette lecture m’a fait penser à L’été circulaire de Marion Brunet. Cette violence crasse, cette haine de tout ce qui n’appartient pas à la communauté des paumés.

Si vous êtes quelque peu sensible, ce livre ne sera pas pour vous. Il y a des scènes d’une rare violence, c’est parfois du génie dans toute son horreur tant c’est pur de brutalité. Et en même temps… c’est fascinant.

Il est des hommes qui se perdront toujours nous conte l’histoire d’une jeunesse totalement oubliée par la société. Perdue avant même d’être née, obligée de s’en sortir par tous les moyens même les plus terribles… C’est beau, violent et merveilleux. Et criant de vérité.

Je vous conseille ardemment de découvrir cette autrice, tous ses romans sont comme celui-ci : atypiques, violents, malsains et captivants. Mon favori restera malgré tout Les garçons de l’été, qui fut une véritable claque littéraire.

Modifié – Sébastien L. Chauzu – Grasset

Voici un petit roman policier atypique qui nous vient du Québec. On y suit une femme qui mène régulièrement des enquête pour sa famille richissime qui a le bras très long.Très très long. Elle a toujours été mise à l’écart par cette dernière, mais dès qu’il s’agit de faire des recherches et de mettre les mains dans le cambouis, elle est là.

C’est ainsi que sa famille, dont elle se tient éloignée le plus possible lui demande d’enquêter sur une mort étrange… C’est ainsi que surgit dans sa vie un jeune homme étrange aux marottes qui le sont plus encore : Modifié. Il ne répond qu’à ce surnom, semble fermé à toute discussion et adore les chasse-neige. En quoi cet adolescent qui s’incruste de plus en plus chez elle et son mari est-il important pour son enquête ?

A la fois drôle et totalement décalé, Modifié est un roman surprenant, autant que le personnage qui lui prête son nom. C’est parfois un peu trop décousu, mais ça passe malgré tout.
Pour ceux et celles qui souhaitent passer un moment sympathique, sans prétention, mais très agréable, c’est l’ouvrage parfait.

Si il y a un jour un autre roman avec la même enquêtrice totalement folle, je suis preneuse !
C’est un peu comme si Agatha Raisin avait pris un aller-simple pour le Québec.

La saison des feux – Celeste Ng – Sonatine/Pocket

Second roman de l’américaine Céleste Ng, La saison des feux est le genre de thriller domestique qu’on adore dévorer. Secrets de famille, mystères, non-dits… Ce roman est la quintessence du roman à suspense.
Tout se passe dans une petit ville bourgeoise des Etat-Unis où les gens sont forcément bien sous tous rapport. Les pavillons y sont mignons, tout est rangé et propret, y compris les poubelles. Rien ne dépasse. C’est dans cette ville que débarquent Mia Warren et sa fille… Leur venue va chambouler la vie entière d’une famille dans toutes ses strates du quotidien.

Captivant dès les premières pages, Céleste Ng nous transporte en très peu de mots dans une merveilleuse intrigue.
J’adore les histoires de drames familiaux, et si en plus ça se passe dans une banlieue américaine c’est le jackpot. Mais plus encore que son histoire magistrale, Céleste Ng dissèque la société américaine et sa légendaire bien bienpensance. Elle l’avait déjà fait avec talent dans Tout ce qu’on ne s’est jamais dit (Sonatine/Pocket), mais ici ont est clairement à un autre niveau.

Ce roman conte, dénonce, explique, décortique toute la complexité de la société américaine. C’est impossible de vous retranscrire ici toutes les émotions que j’ai ressenties à cette lecture, le sentiment d’injustice criante… Tout ce que je puis faire, c’est vous conseiller vivement la lecture de cet ouvrage. C’est vibrant d’émotion, criant de vérité et tout simplement inoubliable.
Foncez ! C’était une de mes meilleures lectures de l’année dernière, en 2020 (j’ai mis du temps à la lire, il est paru initialement en 2018).

Par ailleurs, l’ouvrage a été adapté en série sous le nom d’origine de l’ouvrage : Little Fires Everywhere. Bande-annonce ci-dessous avec Reese Witherspoon !

Chronique : Kaleb la trilogie

Une histoire dont le héros est vraiment mauvais, c’est possible ?

Kaleb est une trilogie écrite par l’autrice Ingrid Desjours. Mais à la parution du premier tome en 2012, nous ne savions pas que c’était elle. Sous le pseudonyme de Myra Eljundir, elle a écrit sa série, avant de révéler quelque temps plus tard qui se cachait derrière cet étrange nom.

Ingrid Desjours est avant tout connue pour ses nombreux polars : Tout pour plaire, Sa vie dans les yeux d’une poupée. Assez trash, brutaux et malsains. Avec Kaleb, elle signe donc la suite logique de son œuvre mais à destination des ados cette fois-ci !

Un antihéros séduisant sur le papier

Kaleb est un adolescent qui a toujours été charismatique, beau, séduisant, persuasif… Mais depuis quelque temps, il sent qu’il peut manipuler les gens qu’il croise à sa guise. Les convaincre très facilement, leur faire faire ce qu’il désire…

Le jeune homme l’ignore encore, mais il n’est pas comme tout le monde. Et ses étranges capacités vont aller crescendo, bousculant sa vie, sa famille, son avenir. Et quand Kaleb découvre peu à peu l’étendue de ses pouvoirs de persuasion, il va bien évidement être tenter d’en profiter, quitte à basculer du mauvais côté.

Mais qui a peiné à me séduire dans la durée d’une trilogie

La promesse de la saga Kaleb est simple : Un antihéros mauvais au possible, aux pêchés innommables qui peu à peu devient de moins en moins récupérable.

La Collection R a même mis une phrase d’accroche à chacun des tomes pour accrocher encore plus le lecteur potentiel avec cette promesse : « C’est si bon d’être mauvais » pour le premier ou encore « Tout est bien qui finit mal » pour le troisième opus.

Mais pour moi, cette invitation à découvrir un personnage malsain et déviant n’est pas là… Après avoir lu les trois tomes, c’est au final le tout premier qui m’a paru le plus sympathique.

Malgré quelques gros stéréotypes qui font un peu mal – un militaire forcément brutal et ostensiblement méchant, une jeune femme douce et fragile qui appelle à ce qu’on la détruise – c’était assez original.

Cependant, Kaleb a beau être un électron libre dangereux et égoïste, il n’est pas mauvais pour moi. Dans les jeux de rôle, il serait qualifié de chaotique neutre, rien de plus. C’est surtout cela qui m’a déçue.

J’ai déjà lu des romans vraiment sombres, où les personnages emblématiques de l’ouvrage sont réellement mauvais ou malsains (L’enfant nucléaire en reste le parfait exemple), et ici ce n’est pas le cas. Et cela d’autant plus qu’on sait assez vite qui va dans quel camp… et qu’il n’y a guère de revirements.

Ainsi, malgré un premier tome bien construit, la suite de la trilogie Kaleb est beaucoup plus classique. J’ai cependant beaucoup aimé la lecture du Livre du Volcan qui parsème l’intégralité du troisième tome. Ce chevauchement entre les époques et la genèse de l’univers de Myra Eljundir était bien trouvé, et bien fait. C’est dommage que toutes ces bonnes idées aient été concentrées dans le dernier tome… car on entrait de plain-pied dans une intrigue plus fouillée, plus dense.

D’autant que de mon point de vue, le final n’est pas à la hauteur de développement. Il est même très capillotracté… Je n’ai pas du tout réussi à être transportée par la conclusion, si pleine d’enjeux en théorie. Mais surtout, c’est beaucoup trop manichéen ! Il y a des tentatives de sortir du tout noir ou du tout blanc, mais elles sont assez fades.

C’est donc avec déception que je ressors de la lecture de la trilogie Kaleb. J’en avais entendu beaucoup de bien, mais j’en retire peu de choses positives… Une écriture qui se veut incisive et crue, mais qui au final donne un rendu peu convainquant. Des personnages cousus de fil blanc ou pas assez travaillés pour qu’on s’en imprègne…

Dommage car j’aime en général ce que concocte la Collection R, qui se loupe rarement à mes yeux.  

Chronique : Le jeu du chat et de la souris

Un roman chinois qui nous conte l’histoire d’un jeune homme qui ne se découvre aucun but dans la vie… Tellement désœuvré et seul qu’il décide de tuer.

Premier roman de l’auteur chinois A Yi à paraître en France, Le jeu du chat et de la souris nous propose de découvrir la psychologie d’un tueur avant son passage à l’acte, puis dans sa fuite. L’ouvrage est initialement paru aux éditions Stock, dans la collection La cosmopolite (elle est dédiée à la littérature étrangère), puis il est a été édité en poche chez Points.

Avant d’être auteur, A Yi a été policier, puis il a décidé de tout quitter pour se lancer dans le journalisme et l’écriture.

Un roman social noir dérangeant

Nous voici dans la tête d’un jeune homme dont nous ignorerons le nom jusqu’à la fin. Pourquoi ? Peut-être parce que rien ne le dissocie de ses milliers de semblables. Il est seul, se sent inutile, n’a aucun but dans la vie… C’est ainsi que germe en lui l’idée de tuer quelqu’un. Pour vibrer et se sentir vivant ? Il y a certainement de cela… Mais comment peut-on en arriver à un tel point de solitude pour penser à tuer afin d’être remarqué ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit d’après moi… ce jeune homme ne vit pas et désir avoir enfin une existence aux yeux des autres. Et si pour cela il doit tuer, il le fera.

C’est ainsi qu’il prépare méthodiquement son plan macabre afin de piéger une camarade de classe qu’il apprécie…

Une ambiance inimitable !

Difficile de donner un avis sur ce roman qui se laisse difficilement cerner. A la fois critique des mégalopoles impersonnelles et écrasantes, et satyre de notre société qui perd tout sens, Le jeu du chat et de la souris est un inclassable.

J’ai aimé découvrir ce roman, mais pas totalement. La partie où notre étrange personnage prépare son crime est très intéressante (plus selon moi que la seconde, où il fuit les autorités). On découvre les mécanismes qui l’on mené dans cette situation sans pour autant les comprendre. Mais on se rend compte qu’à aucun moment il n’est déséquilibré… et c’est peut-être cela le plus inquiétant… Plus que comme un polar, il faut prendre cet ouvrage comme un roman noir car le cadre et la narration sont plus importants que le crime en lui-même. 

People are seen on a street in smog during polluted day in Shenyang, Liaoning province, China, December 18, 2016. (Photo by Reuters/Stringer) – Cette photo illustre parfaitement l’ambiance de l’ouvrage pour moi. Entre saleté, densité urbaine et paradoxalement, solitude.

L’ouvrage est donc rythmé, assez captivant, mais j’aurais aimé en apprendre plus sur cette Chine glauque et cachée qui nous est à peine esquissée… En apprendre plus sur cette société aux mœurs si différentes des nôtres et aux problèmes de sociétés auxquels elle fait face.

Même si c’est un roman difficile à proposer, il est intéressant. Peut-être pas assez creusé à mon goût, mais cette première incursion dans la Chine contemporaine était fascinante. A découvrir si vous êtes curieux la société chinoise et de sa culture.

PS : J’ai trouvé intéressante la note de fin de l’auteur qui s’adresse directement à nous, lecteur. C’est un peu étrange, mais je crois avoir perçu un tout petit peu de ce qu’il a voulu dire à propos de son œuvre…

AUTEUR :
EDITEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : Killarney Blues

Un roman social qui nous fait découvrir l’Irlande dans ce qu’elle a de plus simple et de plus beau… et dur. Une histoire âpre et réaliste qui frôle avec le roman noir…

Premier roman de Colin O’Sullivan à paraître en France, Killarney Blues est paru aux éditions Rivages lors de la rentrée littéraire 2017. L’auteur a d’ores et déjà écrit un autre roman, encore non traduit en France. Il vit au Japon où il enseigne l’anglais.

Un portrait de l’Irlande profonde

Bienvenue à Killarney, une très belle ville d’Irlande qui se situe au sud-ouest du pays, dans les terres, au bord d’un magnifique lac. La ville bénéficie du tourisme, ce qui fatigue autant les habitants que cela les fait vivre…

C’est ici que vit Bernard, un jeune homme un peu simple d’esprit, mais toujours prêt à aider son prochain. Il vit de son travail, avec son cheval Ninny qui conduit sa calèche pour les touristes. Bernard est « secrètement » amoureux d’une jeune femme de Killarney depuis des années : Marian. Mais la jeune femme ne regarde jamais Marian comme lui la regarde, et le jeune homme est souvent l’objet de moqueries… Tout cela sans oublier Jack, celui qui boit toujours trop, dont la violence sous-jacente vibre.

Bienvenue donc à Killarney, petit ville de 15 000 habitants où tout le monde est avide de commérages et où les non-dits et la misère frappent soudainement…

Un roman intéressant aux personnages très réalistes dans leur humanité

Lire Killarney Blues, c’est un peu comme avoir un petit bout d’Irlande sous le bras. Dans l’esprit, Colin O’Sullivan nous offre de magnifiques paysages, des personnages forts en caractère et en réalisme. Le rythme est lent, très lent, mais cela ne rend pas la lecture inintéressante, bien au contraire. On s’intéresse à chaque détail, chaque trait de caractère, tout prend peu à peu sens et monte en puissance… et dangerosité.

En effet, on est dans le roman noir, mais alors, dans le genre très doux. La quatrième de couverture laisse présager un roman policier et une enquête, ce qui n’est pas franchement le cas. Si on devait décrire rapidement Killarney Blues, on pourrait le qualifier de roman social noir, mais pas à proprement parler de roman noir.

On y lit la détresse, le dénuement financier, parfois intellectuel… Bernard est le personnage central de cette histoire que l’on n’imagine tourner mal… mais ce n’est pas vraiment le cas. La vie réserve des surprises, et elles ne sont pas nécessairement mauvaises.

……

Alors, si vous recherchez un roman bien écrit, corsé, de qualité, et sauvage (avec de belles descriptions de la nature), Killarney Blues vous ravira. C’est un bon roman, mais il ne faut pas l’assimiler à un roman à suspense. Une fois ce fait intégré, vous passerez un excellent moment de lecture, à la fois nostalgique, triste, mais laissant un sentiment positif malgré tout.

EDITEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : The Book of Ivy – Tome 2 – The Revolution of Ivy

the-book-of-ivy-2-the-revolution-of-ivySuite et fin d’une dystopie mélangeant exil, dictature, jeux de pouvoirs et survie…

Amy Engel est une auteur d’origine américaine. The Book of Ivy est sa première série de livres pour ados qui comprend deux tomes : The Book of Ivy et The Revolution of Ivy. L’histoire a beau être assez simple, elle fonctionne bien car elle est efficace.

Après les hautes sphères du pouvoir, l’exil

A la fin du premier tome, nous laissions Ivy sur une conclusion très dangereuse. Tout juste exilée de Westfall pour haute trahison, la jeune femme se doit de survivre malgré l’hiver qui approche. Mais cela s’annonce extrêmement difficile et dangereux car elle est du même côté de la barrière que des violeurs et des tueurs… Pourra-t-elle s’en sortir ? Quel nouveau but Ivy peut-elle se fixer dans ce monde de silence et de précarité ?

Un roman qui va droit au but

On appréciera l’efficacité qu’a réussit à mettre Amy Engel dans sa courte saga. Jamais de longueurs dans la narration, des dialogues précis, simples, efficaces. On comprend le succès de la saga tant elle se lit vite.

Les sentiments de la jeune femme sont à la fois simples à comprendre, et surtout, on les ressent au même titre qu’elle. On a peur pour sa vie et pour son intégrité physique, on craint le froid et la faim avec elle… On se prend également d’attachement pour le fameux couple Ivy/Bishop qui réussira à être développé de façon très intéressante malgré les obstacles au fil des pages !

La trame est ainsi très classique et on s’attend à pas mal de choses tout au long de ce roman qui se révèle assez prévisible, mais pas décevant. La seconde partie est celle qui réussit le plus à étonner le lecteur par ses enchainements de révélations… Nous faisons la découverte d’une ville de Westfall absolument transfigurée et traumatisée dont le déclencheur n’était autre… qu’Ivy !

 ….

C’est donc une belle réflexion sur la politique, la société et ses diktats sous couvert de proposer un roman young-adult. En effet, la saga d’Ivy a beau proposer une duologie divertissante et efficace, elle pousse également à s’interroger et réfléchir. Ils posent également une question : une personne peut-elle tout changer ? A classer avec Hunger Games, Divergente, Dualed ou encore La Sélection.

On sent qu’Amy Engel n’en est qu’aux prémices de son œuvre, il faut donc la suivre de près !

Chronique : Le « journal infirme de Clara Muller »

Le journal infirme de Clara MullerUn récit sombre et poétique comme il en faudrait plus…

Paru en 2011 dans la collection Exprim’ aux éditions Sarbacane, ce roman n’est pas le premier essai de Karim Madani. En effet, l’auteur est habitué aux récits urbains et sordides emprunts d’une mélodie toute particulière. Outre le roman chroniqué ici, il a écrit Hip-Hop connexion (Exprim’, Sarbacane), Cauchemar Périphérique (éditions Philippe Rey), Blood Sample (Le Poulpe). Il a également écrit un roman se déroulant avant Le « Journal infirme de Clara Muller », dans le même univers, avec un personnage commun ; son titre : Ciel Liquide (Exprim’, Sarbacane).

Les illustrations qui parsèment le roman à chaque page sont réalisées par Yosh et collent parfaitement à l’esprit qui suinte du récit…

Un Paris du futur divisé en deux sections socialement bien distinctes

Ville Haute et Ville Basse : deux facettes d’un Paris où le lieu d’habitation est déterminé en fonction des moyens financiers de chacun. C’est dans ce monde sombre et livide que vit notre anti-héroïne. Clara Muller est une ado unique en son genre, et cela pour plusieurs raisons. Elle est issue d’une éprouvette, mais pas seulement : Clara sort plus exactement d’un tube qui a été relié à un ordinateur. Cette particularité à propos de sa naissance en a apporté d’autres par la suite. En effet, Clara a la pouvoir (ou don, ou malédiction, appelez cela comme vous voulez) de se connecter au « Vortex » de la Ville Basse, son âme si vous préférez. Et à chacun de ses « voyages », Clara est connectée au Vengeur Toxique, sorte de justicier urbain qui essaye de secourir les habitants de la ville à son échelle, et qui prend pas mal de coups.

Mais ça n’est pas tout, en plus de cela Clara est loin d’être une personne sociable. Considérée comme le très vilain petit canard du bahut, rien n’est facile pour elle. Souvent mise au rebut, insultée, dénigrée, Clara se complaît dans cette haine qu’elle inspire, elle qui se considère comme l’une des seules personnes lucide à des kilomètres à la ronde. Mais le jour où elle rencontre Karin, une amitié s’installe… Peut-être ne sera-t-elle plus la seule FFO (Fille Frappée d’Opprobe) à lutter contre les PPP (Putrides Poupées Polluantes) ?

Clara Muller insideRésolument noir et inclassable… et on adore !

Une chose est évidente dès les premières lignes : ce journal ne plaira à pas à tout le monde, mais peu importe. En effet, le langage utilisé est extrêmement courant et même parfois carrément grossier. Mais le meilleur, c’est que Karim Madani a créé une magnifique prose dans les replis  d’un vocabulaire carrément urbain, lisez plutôt : « Je hais les gommeux, les forts en sport, les androïdes sous stéroïdes, les robots lanceurs de javelots qui peuplent les cours de nos écoles, le crissement d’une semelle de caoutchouc sur un parquet suffit à me donner envie de gerber, frictions de confréries de frénétiques freluquets ligués contre mes fictions freudiennes […] ».

Les mots sont ainsi à l’honneur tout au long du roman à travers non seulement Clara Muller, mais également grâce au personnage du hurleur de poèmes. Il s’agit d’un jeune homme qui a le pouvoir de tuer par ses mots… Cette image des mots pouvant exécuter quiconque les écoute assez longtemps revêt un charme terrible. Dans cet univers, tout est à la fois sale est beau, même le nom de la drogue est poétique : il s’agit du Ciel Liquide.

 …

Encore une fois, la collection Exprim’ ne nous épargne rien et met un nouveau récit noir à l’honneur. En effet, quantité de romans publiés se terminent bien ou ont une fin assez complaisante. Ici, pas de compromis : quand c’est noir, c’est vraiment noir. Et c’est aussi pour cela que l’on aime ce roman, et la collection. Le « journal infirme » de Clara Muller est ainsi un indispensable. L’un des meilleurs de la collection Exprim’, il allie une histoire forte à un univers écorché à vif. Excellent. Dès 15 ans.

IMG_4071