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Chronique : Crimes et jeans slims

Crimes et jeans slimsUne tuerie littéraire mordante, drôle, captivante.

Luc Blanvillain est un auteur français et Crimes et jean slim est son premier roman jeunesse. Il  maintenant quatre ouvrages à son actif, le dernier étant Un amour de geek paru aux éditions Plon Jeunesse en octobre et dont nous reparlerons plus tard.

Crime est jean slim est édité aux éditions Quespire, un petit éditeur encore très méconnu du grand public mais qui se fait une place petit à petit avec des choix éditoriaux originaux que ce soit au niveau du contenu ou du format de ses livres – ils sont tous carrés et de treize centimètres sur treize.

Adélaïde, une intello en planque chez les fashion victims

Adélaïde a un sérieux problème : outre son prénom pas facile à porter, elle est aussi une jeune fille très intelligente. Sauf qu’il ne fait pas bon d’être une jeune fille douée à l’école si l’on veut avoir des amies et être un minimum fréquentable. Et pour parer à ce problème de poids, Adélaïde n’a pas trouvé mieux que de se déguiser à l’image de ses ennemies : en pouf. Et c’est même la reine de la petite communauté dans l’établissement.

Jean moulant, bottines assorties, un look au top, quoi. Mais la tenue vestimentaire ne suffit pas à faire illusion, il faut aussi avoir le comportement adéquat. Ainsi la jeune fille adopte-t-elle le comportement détestable qui sied et maintient son niveau scolaire dans la moyenne : ni trop bon, ni trop juste.

Les parents de la jeune fille ainsi que son petit frère ignorent tout de sa double personnalité, cette dernière se changeant en cachette chez sa grand-mère. Mais les événements vont mettre en danger « la couverture » d’Adé mais aussi sa vie… car un sérial-killer a décidé de s’en prendre à toutes ces filles superficielles et cruelles…

Parallèlement à l’enquête, Rodrigue le frère d’Adélaïde mène la sienne. Fasciné par les éléphants depuis la mort de son grand-père écrasé par l’un d’eux, il ingurgite une masse d’impressionnante d’ouvrages pour élucider un mystère de sa disparition. L’éléphant en question est entré dans une rage noire en voyant son grand-père, puis est retourné à ses occupations après l’avoir écrasé…un vrai mystère.

Un roman génial qui se dévore…

Outre l’intrigue fort bien pensée, c’est la plume de Luc Blanvillain qui fait mouche. Drôle, cynique, mordant, le style y est pour beaucoup dans la qualité indiscutable de l’ouvrage.On se retrouve plongés dans l’enquête avec la même angoisse et curiosité que les élèves, on devine, on soupçonne, on a peur pour Adélaïde…

La mise en scène du roman est telle que même les lecteurs adultes prendront plaisir à lire cet ouvrage destiné à la base à la jeunesse (dès 13 ans). Le récit est écris d’un point de vue extérieur, mais quelques chapitres font exception et sont écrits par l’énigmatique tueur lui-même, ouvrant la porte à de nombreuses théories, et mettant le doute sur son identité.

En conclusion, n’hésitez pas une seconde à vous procurer Crimes et jeans slim, c’est une petite perle en littérature jeunesse. Les jeunes comme les adultes sortirons ravis de cette lecture.

C’est drôle, angoissant, impliquant le lecteur dans toutes les étapes de l’intrigue. Cet ouvrage coûte neuf euros, et franchement ça n’est pas cher payé pour un ouvrage de cette qualité. D’autant plus que nous sommes dans une période où la littérature jeunesse connaît une surproduction générale et où l’on ne croise pas forcément que des ouvrages de qualité.

Chronique : La septième fille du diable – Tome 1 – La prophétie

La septième fille du diable 01Une lecture qui laisse mitigé.

Roman pour adolescents qui se déroule au quatorzième siècle, La septième fille du diable – Prophétie est le premier tome d’une trilogie publiée aux éditions Flammarion et écrite par l’auteur français Alain Surget. Très connu pour ses œuvres destinées à jeunesse, il a notamment écrit le renard de Morlange, la série Pavillon Noir ou encore Les disparus de Fort Boyard.

Au commencement était la nuit de feu.

Tout débute lors d’une chasse aux sorcières où Lésia est entraînée de force par le mouvement massif de la foule. Elle assiste impuissante à l’incendie de la maison d’un druide soupçonné de sorcellerie par l’église et fera la rencontre d’un des commanditaires de cette injustice : Nigel ; un jeune homme aux idées bien arrêtées et parfois dangereuses… et malheureusement pour elle, Lésia va devenir l’une de ses fixations premières.

Parallèlement à cette malheureuse rencontre, Lésia va croiser le chemin du beau et gentil Pierre dont elle va vite tomber amoureuse… mais beaucoup d’obstacles vont se dresser sur leur route, surtout sur celle de la famille de Lésia. En effet, le Bailly lorgne depuis des années la seule terre que sa famille possède, et il est prêt à tout pour se l’approprier.

Une histoire intéressante mais une écriture rébarbative

L’intrigue du livre est assez bien faite, et on a réellement envie de savoir de qui va se passer pour Lésia et sa famille, mais ce qui pèche ici c’est le vocabulaire employé. En effet, pour aider le lecteur à se plonger dans la lecture Alain Surget a décidé d’utiliser un vocabulaire et des termes de léploque, et donc complètement passés ; mais ils mettent plus un frein à la compréhension de l’histoire qu’autre chose. On se retrouve ainsi avec des phrases telles que : « il risque fort de me chanter pouilles des jours durant pour m’être absentée nuitamment » ou encore « où niche ta choe ? » on comprend en général le sens général mais pas toujours, alors pour des lecteurs âgés entre 13 et 14 ans, ça devient encore plus compliqué.

Le second côté que j’ai trouvé déplaisant dans ce roman est la façon dont est exploitée l’intrigue, pas toujours très claire, on se mélange avec le nom des personnages et les différentes manières de les nommer.

De plus, certains personnages, comme Nigel, ont une personnalité si malsaine et ambiguë qu’on ne peu que les haïr et même les craindre, ce qui pose la question de l’âge du lectorat, que je ne trouverais pas adapté avant quatorze ans environ, on s’adresse donc à un public adolescent, et non pas jeunesse comme on pourrait le croire. La quatrième de couverture correspond quand elle à une des dernières phrases du livre, dommage d’en parler.

En conclusion, la Septième fille du diable est une lecture que j’ai trouvée décevante, m’attendant à autre chose. Le second tome sera tout de même chroniqué sur le blog, pour infirmer ou confirmer ce sentiment.

Note : L’illustration de couverture est signée Rebecca Dautremer.

4/10

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Chronique : L’héritière du temps

L'héritière du tempsUne bonne intrigue, des personnages forts, le tout sur fond d’une époque féodale fascinante.

L’héritière du temps et le second roman de l’écrivain français Ludovic Rosmorduc, publié aux éditions jeunesse Baam ! Son premier roman, le Tertre des âmes, publié en janvier de cette même année avait connu un véritable petit succès. C’est ainsi qu’en septembre l’auteur récidive avec un second ouvrage qui reprend certains personnage du premier ouvrage mais qu’il n’est absolument pas nécessaire d’avoir lu pour comprendre le roman.

Dans un royaume tiré typiquement du moyen-âge

Nous sommes dans la grande ville fortifiée de Setiladom ; c’est ici que vivent les futurs héros de cette histoire : Yorel, Dungal et Sixéla. Mais au commencement était surtout une jeune femme qui annonce aux quatre coins de la ville que le Diable est de retour et qu’il a amené un étrange mal sur ses pas. En effet, dans des villes et villages où est passées la jeune femme, beaucoup d’habitants souffraient d’un mal inconnu : leur peau s’enlève par lambeaux, leur souffrances sont terribles, et tout ceux qui sont touchés finissent sous terre : il semble qu’il n’y ait aucun remède à ce mal.

En plus de cela, de nombreux signes sont annonciateurs de la venue du Diable, en particulier celui d’une grossesse qui a très mal tourné. Pour l’émissaire de Dieu qui officie à Sétiladom, c’est certain, la jeune femme qui annonce ce mal n’est autre qu’une émissaire du Diable lui-même… mais les apparences sont parfois très trompeuses, et les coupables ne sont pas toujours là où ont voudrait qu’ils soient…

Un roman prenant qui imbrique les intrigues et les mystères

L’héritière du temps est un roman que l’on peu assimiler à un roman historique, même si le pays est inventé de toutes pièces par son auteur, on y retrouve les éléments typique du moyen-âge (puissance de l’église, mode de vie, etc…). Mais c’est aussi un roman policier de qualité pour les jeunes dès l’âge de douze ans.
L’intrigue est vraiment au cœur de l’histoire, et chose intéressante, il est loin de n’y en avoir qu’une seule. On se rend compte au fil des pages que plus on avance et plus les mystères à élucider s’accumulent. Il y a d’abord celui de la mystérieuse maladie du Diable, mais aussi celui du manuscrit caché retrouvé par Sixéla, et d’autres encore au fur et à mesure du roman.

Dans la deuxième partie du roman, c’est aux intrigues internes de l’église que nous avons affaire en plus de l’enquête à la base du roman, et les hommes de foi sont loin d’être aussi pleins de bonté qu’en apparence : pressions, machinations et chantages sont au rendez-vous pour savoir qui aura le plus de pouvoirs au sein de l’Eglise.

Pour achever cette chronique, on peut dire de l’Héritière du temps beaucoup de choses très positives : un récit rythmé, rempli d’intrigues et aux personnages aisément identifiables et attachants. Ce roman est parfait pour tous les jeunes dès l’âge de douze et leur permettra d’apprécier ce jeune auteur. Car plus qu’un roman divertissant et bien écrit, c’est aussi un peu de sagesse que nous distille ici Ludovic Rosmorduc.

Prochain rendez-vous avec l’auteur lors de sa troisième publication en janvier 2012, toujours aux éditions Baam ! sous le titre Trahisons et faux semblants, on a hâte ! Cette chronique a été rédigée pour le site ActuSF.

8/10

Chronique : Doregon – Tome 2 – La guerre de l’ombre

Doregon 02Et maintenant, l’affrontement…

Second tome de la trilogie des Portes de Doregon, La guerre de l’ombre nous offre enfin la rencontre magistrale et tant attendue entre Mia et ses plus grandes peurs : la perte de l’être aimé et la confrontation avec son demi-frère Moone. Un second tome aussi fascinant que le précédent et qui annonce de belles surprises…

De retour en Doregon

Du temps a passé depuis que Mia a découvert pour la première fois Doregon. Elle sait maintenant se servir un peu mieux de ses pouvoirs et connaît les responsabilités et les sacrifices qu’implique le fait d’être le gardien de ce monde-portail.

Mais le plus dur reste à faire pour Mia : elle va devoir affronter Moone, dont la soif de pouvoir et de beauté menace de détruire Doregon et tous les mondes qui y sont entreposés.

« Ce qui va se passer…maintenant que les lignes du temps ont été modifiées »

Encore une fois, les jeux dans les passés et futurs possibles sont très présents, et il vous faudra avoir un minimum de concentration pour bien suivre le fil de l’histoire qui se corse un tantinet.

On en apprend encore un peu plus sur les mystérieux mondes de Doregon ainsi que la façon dont ils sont créés et comment faire pour les protéger d’une possible invasion ennemie. C’est là que l’on commence à apercevoir toute l’étendue de cet univers unique qui n’a pas fini de nous étonner.

Des moments complices, de l’humour, La guerre de l’ombre n’en est pas dépourvue, car elle nous permet de voir sous un nouvel angle la relation fusionnelle qu’entretient Mia avec Josh, mais aussi celle beaucoup plus malsaine, de Moone avec sa « sœur ».

Le début d’une guerre âpre s’annonce, et nous lecteurs, en sommes les spectateurs fascinés et impuissants. Tout se précipite dans ce second tome, on passe de révélations en surprises sans discontinuer.

La guerre de l’ombre, est donc une très bonne suite, elle ravira certainement tous ceux qui auront l’envie de tenter l’avenure, toujours dès l’âge de treize ans jusqu’à beaucoup plus grand. Vivement le troisième et dernier tome : les cracheurs de lumière, à paraître au printemps 2012.

Cette chronique a été rédigée pour le site ActuSF.

Chronique : Skeleton Creek – Tome 2 – Engrenage

skeleton creek 02Un honnête second volume.

Voici le second tome de la série de terreur et de suspense Skeleton Creek parue aux éditions Bayard. Toujours interactif, avec des liens vidéo, des indices et des mots de passes à trouver, cette suite nous fait retrouver nos deux jeunes héros : Sarah et Ryan.

De retour sur l’enquête de la drague.

Suite à l’étrange et terrifiante rencontre qu’ont fait Sarah et Ryan, l’enquête sur l’ancienne exploitation d’or de la ville (la drague) se resserre. Car il semblerait qu’il y ait eu plusieurs homicides à Skeleton Creek, et que le ou les meurtriers sont toujours dans la ville. Indices, pièces jointes et vidéos sont toujours au rendez-vous.

On apprécie toujours autant les nombreux clins d’œil faits par Sarah avec ses mots de passe : du héros du film Memento aux personnages d’un livre de Stephen King en passant par des références à la littérature d’horreur classique, ces indices nous forcent à mener une enquête dans l’enquête tout apportant une nouvelle culture.

Une suite tout de même moins accaparante

Malgré quelques séquences terrifiantes, ce second volet de la série prend moins d’ampleur que le précédent. Maintenant que l’on connaît le mode de fonctionnement de la série, l’intérêt décru quelque peu au fur et à mesure des révélations. La faute au scénario, qui ne sait pas accaparer le lecteur aussi bien que dans le premier tome : les suspicions des deux adolescents mettent du temps à se vérifier, le rythme est beaucoup moins soutenu.

….

La conclusion, sans être décevante n’est pas non plus extrêmement satisfaisante, mais ce second épisode de la série fera tout de même passer un très bon moment aux heures les plus sombres de la nuit. A suivre, le troisième tome de la série le 2 octobre : Skeleton Creek, Le Crâne.

 

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Chronique : Doregon – Tome 1 – Les portes de Doregon

Doregon 01A la découverte d’un univers unique, fascinant, envoûtant.

Carina Rozenfeld est une auteur de fantastique de nationalité française. Elle a notamment écrit la série La quête des Livre-monde, paru chez Intervista qui a rencontré un beau succès (et qui devrait bientôt être réédité), Les clefs de Babel paru chez Soon (la collection SF ado de Nathan) qui a remporté de nombreux prix, ou encore Lucille et les dragons sourds chez Kryos.

Doregon, le monde imaginé et peint par une artiste

Mia est une jeune femme passionnée par la peinture. Elle suit des cours au Beaux-Arts ; son frère Moone quand à lui est un artiste-photographe réputé et reconnu, et sa mère disparue depuis longtemps a su elle aussi à sa façon lui transmettre cette passion.

Et la soirée de vernissage à laquelle on assiste nous lecteur, est déterminante : pour Mia, pour Moone, pour Josh, mais aussi pour Doregon… mais qu’est Doregon ? C’est simple, c’est le monde que Mia a inventé, dessiné et peint. Mais c’est en fait bien plus que l’univers qui sort de la tête d’une artiste de talent… Doregon existe et existait bien avant que Mia ne l’imagine, et ses tableaux sont en réalité des passerelles pour se rendre en Doregon…

Une intrigue fascinante, des personnages mémorables

Les portes de Doregon est un roman surprenant par bien des aspects : non contente de se réapproprier le genre fantastique, Carina Rozenfeld créé ici un univers tout à fait original.

Les mondes-passerelles ne sont pas nouveaux en soi, mais l’utilisation que l’auteur en fait, et l’explication du monde et de son agencement nous poussent à y voir un monde fouillé, très détaillé et totalement enchanteur.

Et même si au début du roman le lecteur a un peu de mal à se situer d’un point de vue chronologique, l’horreur de la situation ne tarde pas à être révélée. Car en plus de voyager entre les mondes, le temps est lui aussi une donnée malléable, d’ailleurs, les différentes parties sont distinguées selon leur chronologie : Partie 1 : Ce qui se passe, Partie 2 : Ce qui aurait dû se passer

En plus de cela, les personnages sont peu nombreux mais extrêmements fascinants, leur psychologie étant très « complexe » (quand je dis complexe, entendez très creusée et non pas compliquée).

Ainsi vous avez le personnage central, Mia, héroïne et victime à la fois. Josh, le petit ami de Mia, mais aussi bien plus que cela. Moone, le demi-frère de Mia, qui est à la fois la source de beaucoup de joies et de malheurs pour Mia de par ses ambiguïtés, c’est aussi le personnage le plus intéressant dans sa personnalité. Enfin, il y a Garmon, sorte de maître spirituel pour Mia, c’est lui qui fera son apprentissage du monde de Doregon.

Voilà pour les personnages humains, il reste juste une espèce dont nous n’avons pas encore parlé : les lymbiotes (terme créé par l’auteur, mélange du mot lynx et symbiote). Ces créatures étranges et uniques ont un don très spécial et peuvent se lier par l’esprit pour la vie avec un humain, et un seul, mais rares sont les élus à avoir cette chances.

L’univers quand à lui nécessiterai bien plus qu’une simple chronique pour le décrire et l’expliquer clairement, aussi je vous recommande plutôt de vous précipiter sur cet ouvrage qui mérite d’être connu, et qui se dévore littéralement. Bien que publié chez l’Atalante jeunesse, ce livre s’adresse à un public âgé d’au moins treize ans et plaira tout autant aux adultes.

Prochaine chronique sur la suite des portes de Doregon : La guerre de l’ombre ; quand au troisième tome : Les cracheurs de lumière, il devrait sortir au printemps 2012.

9.5/10

Chronique : Waterloo Necropolis

Waterloo NecropolisL’Angleterre victorienne, sublime, cruelle.

Dans cette rentrée littéraire jeunesse, il y a de très bon crus, et Waterloo Necropolis en fait partie. Après la trilogie de la maison du magicien parue aux éditions Gallimard Jeunesse (le dernier tome paraîtra en septembre), puis la messagère de l’au-delà aux éditions les Grandes Personnes, Mary Hooper revient avec un nouveau roman historique à l’époque victorienne : Waterloo Necropolis, paru lui aussi aux éditions les Grandes Personnes.

Habituée à nous peindre des portraits de jeunes femmes combatives avec qui la vie n’a pas été tendre, et ce dans une époque peu propice à l’épanouissement de la gent féminine, Mary Hooper signe ici encore un portrait d’un magnifique réalisme.

Deux orphelines sans le sous

Londres, 1861. Grace et Lily sont sœurs, et surtout pauvres. En plus de cela, Grace vient d’accoucher d’un enfant mort-né, une épreuve supplémentaire dans la vie déjà bien cruelle des jeunes filles, dans la capitale londonienne, elles tentent de survivre en revendant sur le marché du cresson, mais c’est à peine si elles arrivent à se loger, et pas toujours à se nourrir.

Mais le hasard va se mêler de la vie dure et impitoyable des deux jeunes filles en leur faisant croiser la famille Unwin, spécialisée dans le commerce des morts (les pompes funèbres) pour le meilleur et pour le pire…

Un magnifique portrait d’époque pour un récit palpitant

L’intrigue concoctée par Mary Hooper commence de façon très abrupte pour ne plus nous lâcher jusqu’à la fin. Waterloo Necropolis fait partie des romans qui se lisent d’une traite et qui peuvent causer des nuits blanches, tellement elle rend avide d’en avoir la conclusion.

Entre roman d’intrigue et documentaire historique, on ne peut qu’être séduit par la plume de l’auteur : la description de la Londres de l’époque est si foisonnante de détails, d’anecdotes, que l’on s’y croirait.

On apprend ainsi que L’express funéraire Nécropolis a été créé à la base pour endiguer le flot de morts ayant eu lieu à Londres en 1840 à cause d’une épidémie de choléra, il ainsi fallut régler le problème de la place dans les cimetières en utilisant un terrain assez éloigné de la capitale. Mais ce n’est pas la seule chose qu’on y apprend, la dureté de la vie à cette époque y est elle aussi bien expliquée, ainsi que les différentes classes de la société et leur fonctionnement.

C’est ce réalisme, cette force dans les personnages qui nous happe dans ce roman. On ne peux qu’avoir la gorge nouée à suivre les déboires des deus sœurs, car l’une des grandes forces de Mary Hooper, c’est sa capacité à nous investir dans la vie de ses personnages : leur malheurs sont les nôtres, leur tristesse aussi.

Attention toutefois sur l’âge auquel lire ce livre, je ne le conseillerais pas avant les alentour de 14-15 ans, pour cause de scènes parfois un peu difficiles sur le plan moral.

En conclusion, Waterloo Necropolis est un excellent roman, tant sur le plan de l’histoire que de la découverte d’une époque souvent traitée dans les romans mais pas toujours très documentée. Un bel hommage à la littérature anglaise et à ses grandes figures, telles Dickens.

Note : L’illustration de couverture signée Pierre Mornet est des plus parfaites pour retranscrire l’ambiance du roman. C’était d’ailleurs lui qui avait également fait la couverture du précédent roman de Mary Hooper chez les Editions des Grandes Personnes : La messagère de l’au-delà.

Chronique : 0.4

0.4Une bizarrerie littéraire qui ne laissera pas indifférent

0.4 est le premier livre de Mike A. Lancaster publié en France dans la collection Blast (collection pour ados des éditions Nathan), cet auteur a été inspiré depuis son enfance par des lectures telles que les voyages de Gulliver ou encore les voyages extraordinaires de Jules Verne, et c’est donc tout naturellement qu’il s’est tourné vers les littératures de l’imaginaire.

Quatre personnes hypnotisées et une foule d’interrogations

Ils sont quatre, deux adolescents et deux adultes à être hypnotisés lors du spectacle annuel de la petite ville de Millgrove (mille habitants). Et ce sont les seuls à percevoir les changements qui ont eu lieu pendant leur hypnose, les gens sont devenus « différents »… à moins qu’ils n’aient pas quitté leur état de transe hypnotique ?

Un récit court, précis, haletant

Ce roman est en fait le témoignage sur cassettes d’un des quatre individus hypnotisées : Kyle. On ne sait pas vraiment à quelle époque se situe son témoignage, ni d’où proviennent toutes les petites annotations qui complètent les paroles de Kyle.

0.4 insideTout ce qu’on sait, c’est qu’apparemment, il s’est passé quelque chose de grave lors de la petite fête du village, quelque chose qui transfiguré Millgrove excepté « Les Quatre ».

Les chapitres sont courts, et jouent à fond la carte du suspense avec un découpage qui donne envie de se jeter sur le prochain. Et le pire c’est que plus on avance dans l’intrigue, moins on y comprend quelque chose, et quand on commence à ne serait-ce qu’envisager les faits, il se dessine un schéma inquiétant pour le lecteur… (voir aussi image ci-dessous).

Vous l’aurez deviné, 0.4 fait partie de ces livres peu descriptibles dans les faits mais qui donne envie de s’y plonger. Lire 0.4, c’est modifier la vision de notre monde d’une façon complètement surprenante, un voyage dont on ressort changé.

La suite de ce roman est parue en langue originale sous le titre 1.4, mais il semble qu’elle ne sera jamais traduite en France…

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Chronique : Skeleton Creek – tome 1 – Psychose

 skeleton creek 01Un bon livre  interactif et une histoire à faire froid dans le dos

Patrick Carman est un auteur américain très productif, en France, sa série Elyon, publiée aux éditions Bayard Jeunesse est la plus connue en France, mais ça va changer avec cette nouvelle série d’horreur destinée aux ados, chez Bayard Jeunesse également.

Skeleton Creek, Psychose est le premier tome d’une trilogie parue aux éditions Bayard Jeunesse. La particularité de cette série est d’être « interactive » : le lecteur devant se rendre sur internet pour voir des vidéos qui font partie intégrante de l’histoire. Destiné aux ados dès l’âge de 14 ans, la série mélange horreur, fantastique et lourds mystères traînés depuis des décennies dans la petite bourgade de Skeleton Creek.

Le mystère de la drague…

Skeleton Creek, une petite bourgade à priori sans histoires, mais son passé est moins reluisant qu’il n’en a l’air… à l’époque (une trentaine d’années auparavant), plusieurs employés de la drague (une mine d’exploitation d’or) sont morts dans d’étranges circonstances et il semble que le fantôme de l’un d’eux soit encore dans les parages.

C’est ainsi que Sarah Findcher et Ryan , deux adolescents vivant depuis toujours dans la ville, vont mener l’enquête. Indices, mystères, et frayeurs sont au rendez-vous… aussi bien entre les pages que sur les vidéos envoyées par Sarah à Ryan et, à nous lecteur.

Un concept, plus qu’une histoire

Il faut bien l’avouer, à la base, Skeleton Creek est de ce genre de livre qui plaît plus pour son concept que pour son intrigue, mais ce premier tome est loin d’être décevant.

L’intrigue et très bien fait, et le site de Sarah Findcher recèle de quantités d’indices que le lecteur assidu peux s’amuser à trouver. Quand aux vidéos de la jeune adolescente, elles complètent réellement l’histoire sans faire doublon, avec quelques passages vraiment flippants. Élément important, pour ne pas gâcher l’ambiance du livre, Skeleton Creek est à lire absolument entre 23h00 et 5h00 du matin, quand l’adrénaline et l’imagination sont au plus fort pour se faire peur, il vaut donc mieux éviter les lieux communs et la journée en général.

Difficile d’en expliquer plus sans en dire un peu trop, sachez juste que ce premier tome est une petite réussite et il vaut qu’on lui jette au moins un œil.

A l’image de Cathy’s book et de Prophétie, le maître du jeu (sortie en octobre 2011), Bayard conforte sa position d’éditeur qui aime prendre de nouveaux chemins éditoriaux. Et rien que pour cette prise de risque (le public ado étant difficile) merci, car les succès et les flops sont très difficiles à déceler.

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Chronique : La Société des S

PLAT1-<COUVHubbardLasocie te desSGF_Mise en page 1Un superbe roman de vampires qui sort des sentiers battus

La société des S est le premier roman d’une trilogie vampirique destinée aux ados, paru dans la collection Medium de l’Ecole des Loisirs. Son auteure, Susan Hubbard est d’origine américaine, c’est son premier roman pour adolescents traduit en France.

Une enfance surprotégée

Ari est une jeune fille de douze ans qui a une vie étrange comparées aux autres jeunes de son âge : elle suit des cours particuliers, lit couramment  plusieurs langues et peux soutenir sans problème une réflexion philosophique.

Elle n’a guère le droit de sortir, mais ça ne l’a jamais dérangée, son bonheur se trouve dans ses lectures et les moments silencieux qu’elle partage avec son père, un homme sombre, mystérieux très attaché à ses habitudes, elle n’a jamais connu sa mère qui a disparu mystérieusement.

Et puis Ari n’est pas si seule que ça, il y a Dennis, l’assistant de son père qui lui donne aussi des cours, ainsi que Mme Roots et Mme McGarrit, la femme qui s’occupe de la maison. C’est d’ailleurs cette dernière qui va demander à son père l’autorisation de « sortir » un peu Ari et de l’amener chez elle. C’est ainsi qu’elle se retrouve un soir chez Mme McGarrit et qu’elle découvre les bruits, les odeurs de la vie et surtout : d’autres personnes de son âge. C’est ainsi qu’elle va comprendre qu’il y a quelque chose qui cloche dans Sa famille à elle…

A la recherche d’une identité

Ari se doute de plus en plus que son père a « quelque chose qui cloche », mais n’ose mettre un mot dessus. D’autant que ces investigations ne sont que les prémices d’autres, plus importantes.

Parallèlement à ses recherches, Ari s’épanouit, elle commence à sortir, se faire des amis : Kathleen, la fille de Mme McGarrit va devenir sa meilleure amie et elles feront les quatre-cent coups ensemble.

Cette recherche d’identité et de référents prend une très grande place dans le roman, car avant d’être un récit vampirique, La société des S est avant tout un livre qui cherche à explorer les chemins qui mènent à l’âge adulte. Les premières fois, la question de ses origines etc… d’une façon atypique et complètement captivante.

Une narration originale et bien construite.

Tout le récit est en fait le journal d’Ari, qu’elle destine à quelqu’un dont on ignore l’identité. Elle y conte ses doutes, ses nouvelles amitiés, émois, réflexions et les faits qui changent subrepticement sa vie.

Raconté comme un journal d’ado et ficelé comme un polar, la Société des S est un roman qui démarre d’une façon des plus atones pour monter crescendo dans la tension et les révélations.

Ce début de trilogie est un coup de cœur à ne pas manquer, aussi bien pour les ados que pour les adultes ce roman séduira les fans de vampires mais aussi et surtout les gourmands de bonnes lectures. La série continuera bientôt avec le second tome intitulé : Le temps des disparitions.

Cette chronique a été réalisée pour le site ActuSF