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Chronique roman historique : La sorcière de Limbricht

Susan Smit est une autrice et journaliste néerlandaise. Elle est passionnée par l’histoire de la sorcellerie, sur laquelle elle a fait de très nombreuses recherches. Sa vision des choses est simple : la sorcellerie est pour elle une pratique spirituelle et une religion de la nature. Mais à l’époque, les choses n’étaient pas vu de cet oeil…

La sorcière de Limbricht est son premier roman traduit en français, et c’est un best-seller aux Pays-Bas. Elle est publiée en France par Charleston, dans leur label dédié aux littératures étrangères or anglo-saxons (vous pouvez les différencier grêce à la bordure qui entoure les couvertures).

Une femme libre est une femme dangereuse…

Voilà en une phrase le maître-mot de l’époque. Une femme, même veuve, ne doit pas le rester bien longtemps. Ce n’est pas normal qu’une femme puisse subvenir seule à ses besoins, de même qu’il est anormal qu’elle s’épanouisse dans sa solitude. Alors, si les hommes ne peuvent la soumettre par le mariage ou la menace, il reste la traditionnelle accusation de sorcellerie.

C’est ce que va subir Entgen Luijten : accusée d’acointances avec le malin par ses voisins et autres jaloux. Ses bêtes ne tombent pas malades alors que celles du voisinages sont toutes mortes. Son potager donne merveilleusement bien quand celui des autres fait grise mine. Elle aide les futures maman à soulager leurs douleurs et autres soucis d’ordre féminin…
Pire, quand quelque chose ne lui plaît pas ou qu’elle a la sensastion qu’on essaie de l’avoir, elle le clame haut et fort. Clairement, Entgen est une femme libre, donc dangereuse. C’est ainsi que le couperet tombe et qu’elle se voit accusée de sorcellerie.

De cette accusation, elle va tenter de se dépêtrer, mais ses alliés sont rares face à l’Eglise toute puissante…

Un roman magnifique et révoltant

Ce texte a été pour moi une révélation inattendue et un énorme coup de coeur. J’ai été fascinée de découvrir le parcours de cette femme indépendante et courageuse qui a osé se dresser contre le naturel possessif et inquisiteur des hommes. Pour moi, elle incarne l’image même de la liberté sauvage. A la fois libre, sage, réfléchie et au tempérament vif quand les circonstances l’exigent.

Ce roman, c’est l’histoire de sa vie, en particulier toute la période concernant son emprisonnement en attendant que soit statué son sort. Mais, nous découvrons peu à peu des brives de sa vie, des moments importants, qui peu à peu ont ammené certains à penser qu’elle était sorcière… Le mécanisme est aussi insidieux qu’implacable, et s’en dépêtrer semble impossible.

Outre le fait que cette biographie romancée soit passionnante, c’est également tout un pan de l’histoire de la sorcellerie qui est ici donné à voir. Les croyances, les détails insignifiants qui corroborent un lien avec le Diable et autres éléments de « preuve » qui jouent contre toutes les femmes libres et pas seulement Entgen Luijten.

C’est d’ailleurs grâce à ce roman qui j’ai appris que la chasse aux sorcière n’était en fait pas un élément typique du Moyen-Âge, mais bien un élément postérieur à cette période. En effet, la grande période des chasses aux sorcières étaient surtout au XVIème et XVIIème siècle, soit en pleine Renaissance.

Même chose incroyable, connaissez-vous le béguinage ? Cela consistait à ce que des femmes vivent ensemble, dans une même communauté, sans aucun homme, et pas forcément par un biais religieux. Des femmes libres en somme. Le béguinage a bien sûr été ensuite interdit… par l’Eglise.

De même, ce roman est une parfaite occasion de découvrir les vieilles croyances liées à la sorcellerie et à sa pratique. Ainsi, ne mangez pas de pomme verte à la Toussaint sous peine de passer pour une sorcière… ou faite le très discrètement…

Ce roman est pour moi bien plus qu’une histoire vraie féministe, c’est un véritable document qui nous donne à voir l’Histoire et ses mœurs. Susan Smit a fait un magnifique travail de recherche sur ce qu’était l’époque, ses croyances et ses dangers. C’est l’ouvrage parfait pour creuser ensuite plus loin et découvrir l’Histoire, que ce soit celle des petites gens ou de l’Inquisition. D’ailleurs, cette lecture donne envie de se plonger dans une autre, pour mieux comprendre l’époque : Le marteau des Sorcière, le livre de référence de tout bon inquisiteur. Il sert de références aux nombreux hommes de foi qui soumettent Entgen Luijten à la question… passionnant !

Ma rentrée littéraire de 2021 en neuf livres

Avec « seulement » 521 romans de la rentrée littéraire à paraître cette année contre 511 en 2020 et 524 en 2019, la période n’est toujours pas à l’économie du nombre de publications. Et comme toujours, je pense que c’est dommage de sortir autant d’ouvrages sur une période aussi resserrée, les gros éditeurs vont continuer à sortir quantité de titres qui vont parfois noyer la seule ou les rares publications des petits éditeurs.
Malgré ces regrets que j’ai depuis des années concernant la surproduction, je suis toujours ravie de voir l’effervescence que créé la rentrée littéraire. La sorte de course que c’est pour nous libraires de lire le plus de livres possibles avant leur parution. Dénicher la perle rare que l’on arrivera à porter jusqu’aux fêtes de Noël et parfois au-delà… Trouver LE livre qui va pour nous être un plaisir de partager avec les lecteurs…

C’est donc avec le même plaisir et le même enthousiasme que j’ai commencé à déblayer les piles de SP de la librairie (SP : Service de Presse, ouvrages reçus avant leur parution par les journalistes et les libraires pour pouvoir en parler en amont). J’ai fait mon petit choix en sélectionnant une dizaine d’ouvrages. Certains sont déjà des blockbusters annoncés : Amélie Nothomb, Kazuo Ishiguro…. Et d’autres n’attendent qu’une seule chose : être repérés par le libraire qui aura la curiosité de l’ouvrir et qui peut-être l’aimera.

Jewish Cock – Katharina Volckmer – Grasset, collection En lettres d’ancre

Dès que l’on pose les yeux sur cet ouvrage on ne peut être qu’intrigué : couleur d’un rose flashy, un titre accrocheur, une typographie qui ressort à l’extrême et des citations de chroniques dithyrambiques de Ian McEwan et du New York Times. Tout cela conjugué, ça attire forcément, mais alors que vaut Jewish Cock ?
A mon humble avis, pas le tapage espéré par l’éditeur. L’ouvrage se veut subversif, dérangeant et atypique. On peut effectivement lui laisser la troisième caractéristique… Pour les deux précédentes, je ne trouve pas…

Quelle est l’histoire ? Celle d’une femme qui va monologuer pendant presque deux cent pages auprès de son gynécologue. Qu’est-ce que ce dernier est en train de faire pendant tout ce temps auprès de sa patiente ? C’est une partie de la surprise du roman même si cela n’en est pas la chute…

L’ouvrage est au final assez fourre-tout. Il dénonce à la fois le sexisme, les inégalités entre hommes et femmes dans tous les aspects de leur vie, interroge la société dans son ensemble… Bref, il enfonce des portes ouvertes avec maladresse. On découvre au bout de quelques pages que la narratrice a menacé un collègue avec une agraffeuse pour une mystérieuse raison. Elle doit ainsi aller régulièrement chez un psychologue afin d’exorciser ses démons, mais décide plutôt de lui mentir. En effet, elle fait croire à ce dernier qu’elle a des fantasmes érotiques avec Hitler et va même très loin dans ses affabulations…

Pas de problème pour le côté provocateur du roman, mais pour moi il choque pour choquer et à cause de cela même ça ne fonctionne pas.

Vous l’aurez compris, je suis passée totalement à côté de Jewish Cock (et pourquoi avoir traduit le titre en anglais par un autre titre en anglais ? Je n’aime pas quand les éditeurs font cela…). C’est un roman parfaitement marketé et il pourra faire sensation chez certain.es lecteurs et lectrices, mais très peu pour moi…
Le format du roman (le monologue) et le sujet de la judéité en fait quoi qu’il en soit un hommage certain à Portnoy et son complexe de Philip Roth.

Les dents de lait – Helene Bukowski – Gallmeister

Quand on me dit roman traduit de l’allemand, ambiance post-apo en huis-clos dans la forêt et le tout publié par les éditions Gallmeister, j’achète immédiatement. Et pourtant… Les dents de lait est l’un des romans de la rentrée qui m’a le plus déçue. Nous sommes dans une forêt où vivent une femme et sa fille, un jour l’une d’elle découvre une petite fille rousse perdue dans la forêt. Sa découverte signe le début de la fin pour les deux femmes.
En effet, la communauté voit d’un très mauvais oeil l’arrivée de l’enfant rousse. A tel point que dès qu’il y a un malheur qui tombe sur la communauté, elle est immédiatement accusée. C’est ainsi que commence l’ostracisation du trio… Une chose est certaine, on sent que ça va mal finir.

Pour ceux et celles qui aiment et ont lu pas mal de romans post-apo, je pense que Les dents de lait ne vous surprendra ni par son fond, ni par sa forme. En effet, l’ouvrage ne renouvelle pas le genre, n’a pas de style extraordinaire ni d’ambiance particulière qui pourrait le faire sortir du lot. Les chapitres sont courts, c’est bien le seul avantage. Concernant les personnages, il n’y en a pas un seul qui a su me toucher soit par son histoire soit par sa personnalité… Rien n’a réussi à m’atteindre dans ce roman.

Je n’ai pas encore lu Le mur invisible de Marlen Haushofer (Babel), mais je me demande si Les dents de lait ne s’en inspire par quelque peu ? L’ouvrage est traduit de l’allemand également, il y est question de huis clos dans la forêt et d’une femme seule… avouez que ça ressemble un peu tout de même. Peut-être est-ce un hommage à l’un des premiers romans écoféministes ?

Quoi qu’il en soit, ce roman est l’une de mes plus grosses déceptions de cette rentrée littéraire, d’autant plus que c’est publié chez Gallmeister, un éditeur que j’affectionne. Je suis donc déçue d’être déçue…

Premier Sang – Amélie Nothomb – Albin Michel

Comme tous les ans depuis plus de vingt ans Amélie Nothomb est de retour à la rentrée littéraire. Son nouveau roman chaque année, c’est un peu comme le beaujolais nouveau : est-il bon cette année ? Que vaut-il ?

Avec Premier Sang, l’autrice nous offre un roman qui nous conte l’histoire de son père ambassadeur au tout début de sa carrière. Tout commence au Congo lors d’une prise d’otages, nous sommes en 1964. Puis au chapitre suivant nous basculons dans l’enfance de Patrick Nothomb, comment son cheminement de vie l’a conduit à cette prise d’otage au Congo. L’histoire de la famille Nothom et tout particulièrement de son père (il a écrit un témoignage sur son vécu durant la prise d’otages) et de son grand-père (homme de lettres) nous est ainsi contée.

J’ai trouvé intéressant d’en savoir plus sur cette famille puissamment liée à la littérature depuis des générations, cependant cela n’a pas suffit à me passionner. Cela fait des années que je lis les romans d’Amélie Nothomb et je n’ai pas eu de coup de cœur depuis bien longtemps… Je suis restée attachée à ses premiers ouvrages : Antéchrista, Stupeur et tremblements ou encore Les combustibles. Depuis, j’avoue ne pas accrocher chaque année à son nouveau roman, mais je persiste tout de même.

Premier sang est donc un roman qui nous fait découvrir un pan de l’histoire du Congo intéressant bien que très brièvement traité. L’autre intérêt de l’ouvrage réside dans la découverte de la famille Nothomb, mais sans réel coup de cœur.

Son empire – Claire Castillon – Gallimard

Ce roman aurait pu s’intituler Son emprise au lieu de Son empire, c’est en tout cas ce que je lis à chaque fois que mes yeux se posent sur la couverture.
Voici l’histoire terriblement angoissante d’une manipulation, ou plutôt comme le dit la jeune narratrice de sept ans : d’un kidnapping.
Au fil des semaines puis des mois et des années l’enfant nous conte comment sa mère est à la merci d’un homme manipulateur. Il n’est même pas beau parleur, mais il a sur elle un effet dévastateur. A peine souri-t-il que c’est toute la maisonnée qui plonge dans la bonheur… Mais quand il s’agit d’un de ses mauvais jours, gare au retour de bâton et aux remarques acerbes, désagréables. Et ça va être de pire en pire… La mère de la jeune fille n’arrive pas à se détacher de cet homme, même quand il lui fait les pires crasses possibles.
Cette histoire a des accents de vérité terrible. Je ne sais si l’autrice a été concernée de près ou de loin par une personne toxique sans son entourage, mais elle explique avec talent tous les mécanismes mis en place par le manipulateur. Le regard de cette jeune fille plus lucide que sa maman sur la situation est aussi conscient que désabusé. Elle voit sa mère tenter de sortir la tête de l’eau, mais elle est constamment tirée vers le fond par cet homme…

J’ai apprécié cette lecture sans en faire toutefois un coup de cœur. Ca se lit extrêmement vite, c’est intéressant, mais peut-être pas point de mettre presque 17 euros dans ce roman. Je suis partisane d’une littérature plus abordable sur le plan financier. Il aurait pu totalement être dans un format semi-poche par exemple. Par contre, si vous voulez découvrir un autre roman sur le phénomène terrible de l’emprise, la même autrice en a fait un autre absolument excellent et terrible : Les Longueurs, nécessaire, indispensable et qui pourrait fort bien sortir en Folio à destination des adultes.

Seule en sa demeure – Cécile Coulon – L’iconoclaste

C’est le premier roman de Cécile Coulon que je lis, et même si j’ai passé un agréable moment de lecture, je m’attendais à mieux. J’ai trouvé l’ambiance assez réussie mais le style lourd. J’ai eu l’impression que l’autrice c’était avant tout focalisée sur son écriture plus que sur son histoire. Ce qui à mes yeux a donné des phrases assez pesantes, ampoulées et parfois stéréotypées. Malgré tout cela, on a envie de connaître les secrets du domaine Marchère. La jeune Aimée vient d’épouser le riche propriétaire terrien du domaine et découvre la vie maritale, ses devoirs, ses obligations et le manque de liberté l’oppressent peu à peu. Et elle sent que tout n’est pas dit dans cette demeure lourde de secrets qui a abrité quelque temps la première épouse de son mari actuel…
Peu à peu, les secrets s’éventent, mais ils ne sont pas assez surprenants pour accaparer le lecteur. C’est dommage car Cécile Coulon a su instiller une ambiance assez réussie malgré quelques passages un peu longs.

L’autrice avait remporté le prestigieux prix littéraire du Monde pour son roman Une bête au paradis et je pense que je vais persévérer dans la découverte de son oeuvre. Je pense simplement que Seule en sa demeure n’est peut-être pas son meilleur ouvrage pour la découvrir…

Quand s’illumine le prunier sauvage – Shokoofeh Azar – Charleston

Si vous avez envie de découvrir un beau texte empli de métaphores oniriques et de légendes, cet ouvrage est pour vous. On ne peut s’empêcher de penser aux Contes des Mille et Une Nuits en découvrant les innombrables histoires dans l’histoire… C’est à la fois la grande qualité (magnifique, poétique, sublime) et le défaut de ce roman. J’aime que ça fourmille, mais ici, il y a trop d’histoires imbriquées et on s’y perd trop facilement.

Cependant, l’écriture et l’univers du roman m’ont beaucoup plus malgré un manque de fluidité selon moi. Je pense donc que c’est un beau texte qui dénonce les horreurs de la révolution islamique au travers de magnifiques métaphores. Charge au lecteur d’apprivoiser ses codes et nombreuses histoires gigognes…

Le Chien – Akiz – Flammarion

Le Chien est à la cuisine ce que Jean-Baptiste Grenouille est au monde de la parfumerie… Et même si cette nouveauté ne surpassera pas ce classique contemporain allemand, on est facilement pris par l’histoire.
L’histoire est celle d’un homme et de son ascension fulgurante dans l’élite mondiale de la gastronomie. Lui qui n’y connaît rien, absolument rien aux années de labeur nécessaires pour parvenir au meilleur de la gastronomie va grimper les échelons en quelques coups de génie.

J’ai passé un excellent moment de lecture à découvrir ce personnage atypique, à la limite du sauvage. Socialement, le Chien totalement inadapté. Mais dès qu’on touche à la cuisine, il devient un dieu. Il ne connaît même pas le nom ou l’usage des ingrédients mais il s’en fiche, car il réussit à les magnifier avec simplicité et c’est tout ce qui compte.

On comprend donc aisément pourquoi le comparatif avec Suskind est fait d’autant que Akiz est Allemand tout comme Suskind, et même si il n’est pas usurpé, Le Parfum restera au top de mes romans dans mon cœur (il m’a marqué pour la vie). Le Chien est quoi qu’il en soit un roman qui sait captiver ses lecteurs de bout en bout ! Il fait partie de mes romans favoris de la rentrée littéraire.

Le temps de l’indulgence – Vijay Madhuri – Faubourg-Marigny

Si vous ne connaissez pas encore les toutes jeunes éditions Faubourg Marigny, Le temps de l’indulgence sera l’occasion de les découvrir. Leur catalogue est encore petit et se développe à un rythme à échelle humaine… et ça fait du bien !
Ici, nous allons découvrir le portrait d’une jeune indienne de Bengalore qui suite au décès de sa mère va faire un long voyage qui va la mener dans la région sensible du Cachemire. A la fois récit familial, quête de soi et portrait d’une Inde à géopolitique complexe, Le temps de l’indulgence est un beau roman.
Ses personnages y sont peu nombreux mais creusés avec un tel soin qu’ils sont réels et prennent vie en quelques pages. C’est le cas de l’héroïne et narratrice, mais également de sa mère, dont on découvre les nombreuses facettes au fil des chapitres. On alterne entre passé et présent, ce qui nous permet peu à peu de découvrir les nombreuses parts d’ombre de cette famille.

Mais ce roman est avant tout une fuite en avant, l’histoire d’une émancipation, d’un passage à l’âge adulte. Et cela ne va pas sans de nombreuses erreurs…. Il n’y a pas de grandes révélation ou un suspense incroyable dans cet ouvrage. Le temps de l’indulgence, c’est avant tout une ambiance, une galerie de portraits plus vrais que nature et des personnalités très travaillées. C’est donc un beau moment de lecture qui peu à peu révèle ses secrets. L’écriture y est lente, mais jamais on ne s’ennuie, et c’est peut-être là que réside l’âme de ce roman spécial et empli d’humanité.

L’ouvrage a été nommé « Meilleur livre de l’année » par The Washington Post.

Le rapport chinois – Pierre Darkanian – Anne Carrière

Si vous avez envie d’un roman détonnant qui saura vous surprendre tout du long, Le rapport chinois est pour vous. Il s’agit d’un premier roman, mais il est la preuve que le roman français peut sortir de ses problématiques nombrilistes. Comparé par l’éditeur à La conjuration des imbéciles, l’ouvrage de Pierre Darkanian est aussi génial qu’inclassable.

J’en ai fait une chronique complète dans le lien ci-joint, je vous propose de la découvrir. Le rapport chinois est un de mes romans préférés de cette rentrée ! Il a d’ailleurs déjà remporté le Prix Transfuge du Premier Roman.

Chronique : Belladonna – Tome 1

Chronique d’un roman fantastique qui avait tout pour me plaire mais qui fut une déception…

Adalyn Grace est une autrice américaine qui a connu le succès avec deux séries : la duologie All the stars and teeth et la trilogie Belladonna. Tous ses romans sont publiés chez De Saxus, l’éditeur au jolis livres reliés.
Mais même si l’écrin de Belladonna est magnifique, qu’en est-il du texte ?

Un pouvoir unique, tel une malédiction

Signa, orpheline seulement après quelques mois de vie, a maintenant 19 ans. Elle a été ballottée dans nombre familles d’accueil… et cela à cause d’une chose toute simple : elle tue (malgré elle) ceux qui ont sa garde. Et sa dernière mère adoptive acariâtre et atroce ne fera pas exception, elle qui l’a surtout gardée pour sa fortune à gérer plus que par amour sincère… Mais chose inattendue, alors qu’elle subit un déclassement systématique depuis qu’elle est adoptée, la nouvelle famille lointaine qui la prend sous son aile est richissime. Peut-être Sygna va-t-elle enfin trouver un endroit où elle sera aimée pour elle-même ?
Cette fois-ci, Signa va devoir faire très attention à ne tuer personne, y compris sa cousine à la santé très fragile qui est déjà aux portes de la mort… mais comment maîtriser un pouvoir dont on ignore le fonctionnement depuis presque deux décennies ?

Gothique et sombre à souhait

L’atout principal de Belladonna, avant tout autre chose, c’est son atmosphère. A la fois feutrée et très obscure, c’est un régal de lecture. On se croirait juste à côté de Signa, en trait de savourer une ambiance délétère et sublime.

Cependant, malgré une idée originale quant à la conception des pouvoirs obscurs et empoisonnés de Signa, l’intrigue se tient assez mal. Trop longue, trainant en longueur, dotée de personnages tous plus énigmatiques les uns que les autres (mais pas passionnant malgré leurs nombreux secrets), l’histoire flétrit au fil des chapitres.

Le premier tiers du roman se lit fort bien, mais après, c’est assez emmêlé, le rythme déjà assez lent devient encore plus étiré… Passée la seconde moitié, la lecture devient encore plus laborieuse alors que l’on voit déjà se profiler beaucoup d’éléments décisifs de l’intrigue.
De plus, les personnages ont beau être peu nombreux (une dizaine), ils sont très faciles à confondre. J’ai eu beaucoup de mal à chaque fois à déterminer qui était qui et quels étaient les enjeux de chacun… Pour ce qui concerne Signa, notre héroïne, elle m’a laissée totalement indifférente. Je n’ai eu que très peu d’affect pour sa personne, de même que pour sa quête de rédemption face au mal qu’elle sème.

Autre point négatif, je n’aime pas quand les auteurs.ices mettent un cliffangher pour relancer leur roman aux deux dernières pages du livre. Et c’est bel et bien ce qui se passe dans Belladonna. Là où l’histoire s’essoufle durant le dernier tiers, l’autrice nous relance dans le vif de l’intrigue avec un nouveau personnage. Oui, on sait que ça va devenir intéressant, mais je trouve ce genre de schéma narratif assez malhonnête. Car clairement, le roman aurais pu être plus court. Peut-être même qu’il n’était pas nécessaire d’en faire une trilogie ?

Ce premier tome était donc une déception, et j’en suis la première déçue… Belladonna reprend les codes du roman gothico-fantastique sans parvenir à tenir son intrigue par la même occasion. Dommage que le déséquilibre soit si net…

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EDITEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : Le rapport chinois

Premier roman de Pierre Darkanian, ce dernier commence fort avec Le rapport chinois. L’éditeur le compare à La conjuration des imbéciles de Toole à la sauce française. Comparaison assumée jusqu’au choix même de la couverture qui a des similitudes avec une ancienne édition parue chez 10/18 il y a de nombreuses années.
N’ayant pas lu ce classique de la littérature, je me rabats uniquement sur l’excellent moment de lecture que j’ai passé pour vous en parler.

Un cabinet aux salariés triés sur le volet

Tugdual est un sacré veinard, il n’a que très peu d’expérience mais ça ne l’a pas empêché d’être repéré par un chasseur de têtes. Ce dernier le recrute pour le prestigieux Cabinet Michard, une entreprise de conseil qui rédige des rapports aidant de grosses entreprises à prendre des décisions d’envergure.

C’est ainsi donc que Tugdual est recruté par le Cabinet Michard pour sept-mille euros par mois. Et le plus beau dans tout ça ? C’est qu’on ne lui demande même pas de travailler… Tugdual reste ainsi des heures à son bureau à ne rien faire. Comment est-ce possible pour un cabinet aussi prestigieux qui a pignon sur rue ?

La quintessence de l’absurde

Lire Le rapport chinois, c’est accepter de plonger tête la première (comme cet homme en couverture) en absurdie. Le travail de Tugdual est étrange, ses rares collègues le sont encore plus et on comprend de moins en moins comment un tel incapable peut gagner autant en faisant si peu (rien, le néant).
Et pour couronner le tout, Tugdual est un personnage à la fois attachant et… très détestable par certains aspects. Il est d’un paternalisme insupportable avec sa bien-aimée Mathilde dont il rebat les oreilles de ses faits de gloire au travail. Travail où il n’a rien à faire…

Et pour sublimer ce rien qui entoure de façon constante la vie de Tugdual, l’écriture de Pierre Darkanian est parfaite. Drôle, caustique, travaillée et d’un style génial. Impossible de ne pas sourire (au minimum) à ses envolées lyriques autour de choses infinitésimales.

« L’idée était excellente. Les mini-viennoiseries étaient à la fois meilleures et moins chères, et s’écouleraient en grande quantité. Tugdual conclut son avant-projet de pré-rapport par des termes qui allaient peut-être faire date dans l’histoire des relations franco-chinoises : « L’avenir de la Chine passe par la mini-viennoiserie. » Relot n’allait pas en revenir ».

Vous sentez poindre l’absurde de la situation et de ce fameux rapport chinois dont on ignore quasiment tout ? et pourtant au fil des chapitres il va devenir un véritable monument. Un dossier d’une ampleur telle qu’il va faire trembler les institutions… Il y est à la fois question de finances de haute volée et de secrets d’entreprise bien gardés… le tout servi par une histoire labyrinthique.

Par un savant mélange d’humour et de savoir, Pierre Darkanian arrive à construire un roman d’une cohérence rare. En effet, sous couvert d’absurde et parfois d’étrange, Le rapport chinois est diabolique. Fort bien mené, pensé à l’extrême, son déroulement sait surprendre. On est loin des romans cousus de fil blanc où toute l’histoire est déjà lue et relue. Ici, vous aurez un style délectable et un intrigue qui l’est tout autant.

Ainsi, Le rapport chinois est pour moi l’un des incontournable de cette rentrée littéraire 2021. Un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) labyrinthique qu’il vous faut connaître si vous avez envie de fraîcheur et de nouveauté. Chose pas toujours aisée à trouver en littérature blanche francophone. Alors, régalez-vous.

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Chronique album jeunesse : Le Bibliobus

Tout juste paru au mois de septembre 2021, voici le tout nouveau (et merveilleux) album d’Inga Moore, une illustratrice anglaise au talent extraordinaire. Elle adore donner vie à des animaux anthropomorphes et a d’ailleurs adapté Le vent dans les saules dans une sublime version illustrée (une partie est encore disponible à L’école des Loisirs).

Le bibliobus est donc sa nouveauté, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle était attendue… la production de l’autrice-illustratrice étant aussi rare que précieuse…

A la découverte de la lecture

Elan adore les histoires. A tel point qu’il a créé chez lui une véritable routine qui consiste raconter une histoire de son cru à sa femme et ses enfants. Mais un jour, Elan n’a plus d’idées et part en quête de livres en demandant à ses voisins de lui en prêter. Sauf que… personne dans la forêt n’a de livres !
C’est ainsi qu’Elan part dans la grande ville, dans une bibliothèque pour emprunter quantité d’ouvrages. Son amour de la lecture et des bonnes histoires est tel qu’il va en faire bénéficier tous ses voisins de la forêt…

Un petit bijou de lecture

Le bibliobus est typiquement ce que l’on peut appeler un album-doudou. Le lire nous réconforte, nous fait nous sentir merveilleusement bien… Inga Moore réussit en à peine une page à nous faire plonger dans le quotidien bucolique et tendre d’Elan et de sa douce famille.

Évidemment, les illustrations sont la magnifique force de ce court album. Véritable ode aux histoire et à leur diffusions au plus grand nombre, Le bibliobus est un album pour les amoureux (et futurs amoureux) des livres. On a une seule envie, se retrouver dans le petit salon, près de la cheminée d’Elan et de sa femme, une tasse de chocolat chaud entre les mains (ou les pattes).

Cet album jeunesse est pour moi un véritable coup de cœur sur tous les aspects : illustrations, histoire, message derrière l’ouvrage, évasion… Il est à découvrir à partir de 3 ans puis sans aucune restriction ! Les adultes également trouverons leur content de mignonnitude dans ce bel album…

Paroles de libraires (2) – Guilaine Spagnol pour la librairie La Dimension Fantastique

La Bibliothèque de Glow : Peux-tu nous raconter ton parcours avant d’avoir ouvert La dimension fantastique ?

G. Spagnol : J’ai voulu travailler dans les métiers du livre dès l’âge de 15 ans, alors après le BAC L j’ai fait un DUT Information-communication options Métiers du livre à Saint-Cloud (Paris X).  Là j’ai clairement compris que pour moi, c’était la librairie ! J’avais 20 ans après ces deux années d’études, et je ne me sentais pas prête à chercher du travail (trop peu de pratique, et le théorique ne vous apprend pas à bien vous jeter à l’eau…), donc j’ai fait un Brevet professionnel de librairie à l’INFL pour avoir deux ans d’expérience sur le terrain.

J’ai été apprentie à la Librairie Nouvelle d’Asnières-sur-Seine, où je me suis occupée surtout des rayons BD, jeunesse et Littérature de l’Imaginaire, mais où j’ai aussi été formée à à peu près tous les rayons d’une librairie généraliste.

J’ai ensuite enchaîné avec un remplacement de 6 mois à L’arbre à lettres Denfert-Rocherau (aujourd’hui La petite Lumière), puis sur 4 mois au rayon jeunesse du Virgin des Champs-Elysées. Là je me suis rendue compte que les grandes surfaces culturelles, c’était pas fait pour moi ! J’ai donc trouvé du travail dans une librairie généraliste rue Saint-Paul, la librairie Charlemagne, où je m’occupais de la pochothèque et des bandes dessinées. Elle a fermé un an et demi après ça.

Enfin j’ai travaillé près de deux ans à la librairie Comme un roman, dans le 3ème arrondissement de Paris, où je m’occupais de la littérature, de la bande dessinée et des littératures de l’imaginaire. Ce dernier travail a été formateur, j’assistais beaucoup la gérante, et je m’occupais de nombreux rayons importants. C’est en faisant le point sur mon expérience et mes envies que j’ai tout lâché pour créer ma propre librairie ! (et grâce au soutien de mes proches, surtout, que j’ai pu y arriver)

La bibliothèque de Glow : Quel symbole se cache derrière le nom de la librairie ?

G. Spagnol : La librairie fait d’abord référence à l’ouvrage de Barbara Sadoul La dimension fantastique (Librio), un recueil de contes fantastiques (Gautier, Hoffman, etc…). Ensuite le mot Dimension fait référence au fait que notre librairie aborde plusieurs dimensions littéraires : Bd et roman, et le fantastique souligne le fait que nous sommes spécialisés dans les littératures de l’imaginaire (dont le fantastique).

La bibliothèque de Glow : Quel type de clientèle passe la porte de ta librairie ?

G. Spagnol : Elle est assez variée : pas mal d’enfants, surtout pour les mangas (et quelques romans et BD), pas mal d’étudiants (surtout pour les littératures de l’imaginaire), mais je dirais que notre cœur de clientèle a entre 25 et 45 ans, les passionnés de l’imaginaire viennent de tous les milieux, pour la BD ce sont surtout des cadres et des professions artistiques.

La bibliothèque de Glow : Quel est Le produit que l’on ne trouve que dans TA librairie ? (ou presque)

G. Spagnol : Certainement la collection (presque) complète des Terry Pratchett dans leur format originel de l’Atalante ! (ce qu’il en reste : vite, achetez-les avant qu’ils soient tous remaquétés !).

Vous trouverez également un de mes livres préférés, totalement (et injustement) méconnu : L’épouse de bois (voir chronique ici sur le blog) de Terri Windling. Je vois que je suis la seule en Ile de France, et qu’on est trois sur Place des librairies pour le pays, alors j’imagine que c’est LE Livre qu’on ne trouve presque que chez moi ^^.

La bibliothèque de Glow : Peux-tu nous présenter les derniers ouvrages qui t’ont marquée ?

G. Spagnol : Un ouvrage à destination des adultes et des ados : La série Lockwood and Co de Jonathan Stroud. Passez outre les couvertures peu attractives, le contenu est top : Stroud nous emmène dans une sorte de Ghostbusters londonien, bourré d’humour anglais, de dialogues burlesques et de descriptions savoureuses ! L’intrigue n’est pas en reste, son univers est superbement bien construit, ses personnages sont attachants et consistants (aux caractères bien trempés) et l’auteur mène le suspense avec brio.

L’espace d’un an, de Becky Chambers : un space opéra très très différent de ce à quoi on est habitué ! L’histoire se déroule sur… l’espace d’un an (!) dans le vaisseau Le voyageur, foreur de trous de ver dans l’Union Galactique. J’aime comparer ce roman à la série Firefly de Joss Whedon pour les dialogues – géniaux, drôles ou touchants, les rapports humains sont très bien décrits – mais aussi à la série des années 90 Farscape : la cohabitation entre différentes espèces de la galaxie, parmi lesquelles l’espèce humain à du mal à s’imposer…, n’est pas de tout repos, mais il est génial de découvrir chaque race, et chaque histoire qui se cache derrière. J’ai vraiment pris du plaisir à lire ce roman, c’était agréable et enrichissant, réellement passionnant, j’attends une suite avec impatience !

Enfin une bande dessinée : Les effroyables missions de Margo Maloo, de Drew Weing chez Gallimard BD. J’avais découvert cet artiste avec son superbe « En mer » aux éditions ça et là, et il revient avec une bande dessinée fantastique qui ravira autant les enfants que les adultes : on y suit Charlie, pré-ado rondouillard, teneur d’un blog journalistique très pointu et collectionneur à ses heures, qui emménage avec ses parents dans un vieil hôtel délabré de la mégapole d’Echo City. Manque de bol, son placard abrite un monstre, lequel lui choure des figurines pendant la nuit ! On va lui donner le contact de Margo Maloo, enquêtrice, mais aussi médiatrice entre le monde des humains et celui des créatures fantastique. C’est une BD complètement décalée, que l’on dévore d’une traite ! Ne pensez pas qu’elle ne convient qu’aux enfants et ados, les adultes y trouveront aussi leur compte.

Je peux aussi citer : L’éducation de Stony Mayhall de Daryl Gregory, La maison dans laquelle de Mariam Petrosyan, Les légions de poussière de Brandon Sanderson (et toute son œuvre), Arslan de M.J. Engh, Les enfermés de John Scalzi, Les fiancés de l’hiver de Christelle Dabos ou encore Le sentier des astres de Stefan Platteau. Fiou.

La bibliothèque de Glow : Quel est ton genre de l’imaginaire favori ?

G. Spagnol : Initialement la Fantasy – depuis que je suis ado – , mais plus le temps passe et mois j’ai de genre favori : j’essaye surtout de trouver mes auteurs favoris, tous genres confondus.

La bibliothèque de Glow : Quel est ton livre préféré de tous les temps ?

G. Spagnol : C’est très dur ça… il sont deux ex-aequo… et l’un d’entre eux n’est pas vraiment du fantastique (bien qu’il y en ai un tout petit petit peu…) il s’agit de Jane Eyre de Charlotte Brontë. J’adore le relire. Le second c’est A la croisée des mondes de Philip Pullman, j’en garde un souvenir tellement émouvant, il a eu une telle emprise sur moi, que je ne peux pas éviter de le citer. (Bon, il y aurait pu y avoir Gagner la guerre de Jaworski ou même Harry Potter, mais non. Je les pose juste là 😉 )

La bibliothèque de Glow : Vous organisez beaucoup de dédicaces au sein de La dimension Fantastique, quelles sont les prochaines à venir ? (ndlr : les dédicaces mentionnées ci-dessous sont passées).

G. Spagnol : Alors que j’écris ces mots, nous attendons la venue de Brandon Sanderson dans deux jours : je suis joie ! Sinon nous recevons fin octobre les dessinateurs des BD de Science-fiction Sébastien Goethals (Le temps des sauvages) et alberto Jimenez Alburquerque (Letter 44), puis Samantha Bailly et Miya pour un manga de fantasy (Alchimia), et enfin Elian Black’Mor et Carine-M pour Spooky et les contes de travers, livre illustré aux accents burtoniens.

Le mois prochain nous avons l’honneur de recevoir les auteurs américains de SF Paolo Bacigalupi (La fille automate) et Ann Leckie (La justice de l’ancillaire), mais aussi Nicolas Fructus pour Gotland. On vous réserve bien d’autres surprises avant la fin d’année !

La bibliothèque de Glow : Autre chose à ajouter ?

G. Spagnol : Continuez de lire, qu’importe l’univers littéraire, faire marcher son imagination c’est bon pour le moral et le caractère !

Chronique : Le liseur du 6h27

Le liseur du 6h27Un court roman qui met à l’honneur de la littérature sous toutes ses formes, sans prétentions et sans complexes…

Paru en mai 2014 aux éditions au Diable Vauvert, Le liseur du 6h27 est le premier roman de Jean-Paul Didierlaurent. Sa sortie a été très médiatisée et a créée un véritable petit succès de librairie. Il s’agit du premier roman de l’auteur, mais se dernier a déjà vu une de ses nouvelles publiée.

Au service de l’horrible de Zerstor 500

Guylain Vignolles est un homme tout ce qu’il y a de plus commun, hormis peut-être son nom qui peut devenir une malheureuse anagramme. Il se lève très tôt le matin pour prendre son RER de 6h27 afin de se rendre à son travail où il broie des livres à longueur de journée…

Pour lui qui est amoureux des mots, il n’y a pas pire métier que de transformer des livres en pâte à papier. Et c’est là que Guylain Vignolles devient à nos yeux une personne beaucoup moins plate qu’il n’y paraît : il récupère les feuilles rescapées dans les entrailles de la Zerstor 500 (qu’il nettoie quotidiennement) et en fait la lecture à voix haute dans la rame du RER de 6h27. Les extraits n’ont aucun rapport entre eux, et c’est justement ça qui les rend intéressants, vifs, savoureux.

C’est devenu le rendez-vous quotidien de nombreux usagers du RER, leur petite touche de soleil dans le morne de leur journée grise. Ainsi commence l’histoire aussi incroyable qu’ordinaire de Guylain Vignolles.

Des morceaux de vie qui tournent autour de l’amour des lettres

De la petite vieille amoureuse des lectures de Guylain Vignolles dans le RER, en passant par Yvon, le collègue de Guylain fou de bon vers à déclamer sans oublier Giuseppe qui recherche ses jambes broyées  dans la Zerstor 500 en rachetant les livres issus de la pâte à papier qui contient ses deux membres… tout est écrit par et pour l’amour des livres.

L’histoire de Guylain est aussi belle que simple, on apprivoise facilement son univers quotidien et la façon qu’il a de fuir son travail de bourreau des livres.

Et si vous êtes romantique, vous aimerez certainement la tendre histoire d’amour qui se profile au milieu du roman en l’objet d’une toute petite clé USB.

En ce qui concerne l’écriture de Jean-Paul Didierlaurent, elle est facile mais pas simpliste. On est rapidement emporté par l’histoire de chacun des personnages aussi charismatiques que normaux de cette histoire. S’immerger dans cette petite bulle littéraire est aisé. Si vous êtes un amoureux des lettres sous toutes leurs formes, vous serez servis dans ce court roman où tout est une référence à nos classiques littéraires.

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A lire pour se faire plaisir, pour découvrir une nouvelle plume et voir une nouvelle façon de « vivre livre ». L’histoire de Guylain Vignolles donne envie d’aller dans le RER déclamer quelques pages au hasard le temps de quelques stations… Une jolie découverte qui se dévore !

TRANCHE d´ÂGE :