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Chronique : Trouble

Coupable ou non coupable d’aimer (trop) ses enfants ?

Hélène Uri est une auteur d’origine norvégienne, avec Trouble (paru chez Milady en septembre 2015), elle signe son second roman paru en France. Son thème ? Le soupçon qui tourne au cauchemar autour d’un papa peut-être trop aimant avec ses filles…

A faire froid dans le dos

Tout commence avec une scène de la vie banale, dans la salle de bain… On n’y pense plus lorsque, du point de vue de Marianne, son mari Karsten a peut-être des choses à se reprocher… Et elles sont peut-être bien plus graves que son infidélité récemment découverte. Karsten aime ses filles, il les adore… mais ne les aimerait-il justement pas trop ? Une fois la question posée, impossible de la mettre à l’écart, elle va torturer Marianne et son entourage pendant de très longues années…

Un roman a teneur psychologique

Dès le début de l’ouvrage, on saisit qu’il sera question de doutes, de troubles et de longues réflexions autour de la culpabilité présumée de Karsten. Cet homme, à la morale assez légère est-il le monstre que l’on décrit ? Ou sa femme Marianne a-t-elle mal interprété ses gestes ? Tous les éléments du roman tiennent dans cette courte présentation. Tout le reste n’est que construction et renversement de théories allant pour ou contre la culpabilité de Karsten.

Il faut avouer que le personnage de Karsten a beaucoup de mal à se rendre attachant. Il est suffisant, méprisant, peu aimable… Mais celui de Marianne, sa femme l’est tout autant. On a du mal à les considérer comme un couple, n’ayant un aperçu de ce qu’ils sont que quand leur couple se délite…

Alors, le suspense de ce roman est-il maîtrisé ? Assez oui. Mais de là à dire que l’on est subjugué par l’intrigue, il y a un pas que je me garderais bien de franchir. C’est un roman sympathique, mais pas franchement prenant. Trop de longueurs, de flash-back, d’introspections et d’allers-retours pour tenter de déceler les fautes de Karsten. Cependant, bonne nouvelle, vous aurez les réponses à toutes vos questions !

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A réserver donc aux lecteurs qui aiment les romans réalistes se déroulant sur fond de drame familial, pour les autres passez votre chemin.

AUTEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Actualité éditoriale : La rentrée littéraire 2016 des éditions Picquier

En dehors des gros tirages et des livres très attendus de cette rentrée, il y a quelques romans qui méritent que l’on s’y attarde, que l’on se penche dessus avec un intérêt tout particulier. Ils seront beaucoup moins médiatisés, mais tout aussi tentants que d’autres.

Alors, pour découvrir une autre rentée littéraire, les éditions Philippe Picquier me semblent absolument parfaites. Et pour cette rentrée 2016, ils ont deux belles nouveautés très tentantes…

Jardin arc-en-ciel (2)Le jardin arc-en-ciel de Ito Ogawa  – Parution le 2 septembre 2016

Cet ouvrage annonce le grand retour d’Ito Ogawa en France ! Il s’agit de son troisième roman à paraître chez nous. Elle s’était fait connaître grâce à son roman touchant et culinaire : Le restaurant de l’amour retrouvé, qui avait beaucoup marqué les esprits par son côté très universel et plein de simplicité. C’est un roman qui avait su plaire à un public féminin et masculin, et qui fait partie de ces livres extrêmement positifs et bienveillants. Elle a par la suite sorti un autre roman nommé Le ruban, je ne l’ai pas encore lu, mais je dois avouer qu’il ne m’avait pas vraiment tentée.

Avec Le jardin arc-en-ciel, on sent qu’Ito Ogawa va renouer avec les ingrédients qui l’avaient rendue si populaire dans son pays et ailleurs ! D’ailleurs, l’ouvrage est déjà sélectionné pour Le Prix du roman Fnac 2016.

Cette parution s’annonce donc sous les meilleurs auspices, et je suis personnellement convaincue qu’elle va être géniale.

Jardin arc-en-ciel (1)Présentation de l’éditeur :

Izumi, jeune mère célibataire, rencontre Chiyoko, lycéenne en classe de terminale, au moment où celle-ci s’apprête à se jeter sous un train. Quelques jours plus tard, elles feront l’amour sur la terrasse d’Izumi et ne se quitteront plus. Avec le petit Sosûke, le fils d’Izumi, elles trouvent refuge dans un village de montagne, sous le plus beau ciel étoilé du Japon, où Chiyoko donne naissance à la bien nommée Takara-le-miracle ; ils forment désormais la famille Takashima et dressent le pavillon arc-en-ciel sur le toit d’une maison d’hôtes, nouvelle en son genre.

Il y a quelque chose de communicatif dans la bienveillance et la sollicitude avec lesquelles la famille accueille tous ceux qui se présentent : des couples homosexuels, des étudiants, des gens seuls, des gens qui souffrent, mais rien de tel qu’un copieux nabe ou des tempuras d’angélique pour faire parler les visiteurs ! Tous repartiront apaisés. Et heureux.

Pas à pas, Ogawa Ito dessine le chemin parfois difficile, face à l’intolérance et aux préjugés, d’une famille pas comme les autres, et ne cesse jamais de nous prouver que l’amour est l’émotion dont les bienfaits sont les plus puissants. On réserverait bien une chambre à la Maison d’hôtes de l’Arc-en-ciel !

Soudain, j'entends la voix de l'eauSoudain, j’ai entendu la voix de l’eau de Hiromi Kawakami – Parution le 6 octobre 2016

Peut-être connaissez-vous déjà Hiromi Kawakami, elle est l’auteur de très nombreux romans aux éditions Picquier : Les années douces, Le temps qui va, le temps qui vient ou encore Les 10 amours de Nishino, c’est elle !

Je n’ai encore jamais rien lu de cette auteur, mais je dois avouer que le résumé de sa nouveauté est extrêmement tentant et me rend curieuse… Affaire à suivre donc…

Présentation de l’éditeur :

Le roman se déroule à Tokyo en 2013. La narratrice Miyako, 55 ans, et son frère Ryo, 54 ans, tous deux célibataires, retournent vivre dans la maison de leur enfance. Très vite, le lecteur découvre l’amour incestueux qui unit les deux personnages, et suit la narratrice dans les va-et-vient d’une pensée qui retrace l’histoire familiale.

Il est question du petit magasin de papier hérité par leur oncle que Myiako et Ryo appelaient « Papa », de Takeji, leur père biologique et apprenti au magasin, de leur mère, fille illégitime d’une maîtresse.

L’auteur tisse ainsi la toile délicate des relations familiales, l’équilibre fragile d’un amour, celui d’une soeur et d’un frère en retrait du monde et dont la tranquille existence est secouée d’événements historiques – l’attentat au gaz  sarin du métro de Tokyo de 1995 auquel échappe de justesse Ryo ou encore le tremblement de terre de 2011 -. Ils décident un jour de vendre la maison familiale.

Le roman d’une styliste qui tisse sous nos yeux la toile ténue de l’existence et n’en révèle le murmure qu’avec pudeur à un lecteur qui retient son souffle. Cet ouvrage a reçu le prix Yomiuri.

Chronique : Le grand projet de Domenico Maccari dit le Copiste, peintre sans talent

Le grand projet de Domenico Maccari dit le copiste sans talentUn mystérieux roman ayant pour lieu d’intrigue un village italien battu continuellement par les vents…

Tout juste paru dans la catégorie roman à destination des adultes chez Thierry Magnier, voici un ouvrage aussi étrange qu’inclassable : Le Grand Projet de Domenico Maccari dit le copiste, peintre sans talent. Son auteure, Gaïa Guasti est déjà connue sur la scène littéraire pour sa série ado La voix de la meute (trois tomes), elle a également écrit d’autres romans indépendants.

Avec ce nouveau roman, on navigue entre le récit historique, le merveilleux, l’étrange, le social… C’est un mélange de genres qui nous amène à découvrir l’histoire d’une petite ville où le vent ne cesse jamais et où les habitants on adapté leur mode de vie à cette étrangeté météorologique. C’est aussi un lieu où le temps ne semble pas s’écouler de la même manière que partout ailleurs…

Une tramontane incessante dans un village insignifiant en apparence

Bienvenue à Santamutine, petit village italien sans prétentions… mais dont l’histoire est aussi étrange qu’originale. Tirant sa source sur de très nombreuses générations, vous découvrirez l’histoire des fondateurs de Santamutine, mais aussi de leurs très nombreux descendants. Des familles qui se nouent, se déchirent, des rencontres inattendues, l’Histoire qui s’en mêle…

Sans oublier cette étrange et puissante tramontane qui oblige les enfants du village à être lestés de poids pour se déplacer sous peine de s’envoler pour un voyage sans retour… Voici l’histoire d’une ville sur plusieurs générations, et elle est pour le moins hors du commun.

Une histoire prometteuse…

Il faut avouer que tout les éléments concourent à donner envie de lire ce récit. Une présentation très accrocheuse, un récit à très forte connotation historique, une foule de mystères à élucider au fil des générations… Un peu de magie, de sciences, d’énigmes, d’histoires d’amour improbables et surtout une foule de secrets.

De même, la couverture de Joëlle Jolivet correspond parfaitement à l’ambiance étrange du récit : entre réalisme et merveilleux… sans oublier une once de mystère. Et pourtant, la lecture de ce nouveau roman de Gaïa Guasti m’a laissée sur ma faim. Explications.

… qui malheureusement s’essouffle peu à peu car trop entremêlée

Une fois plongé dans l’univers de Santamutine au bout de quelques dizaines de pages, on s’habitue aux chapitres extrêmement courts (pas plus de quatre ou cinq pages), mais un peu moins aux changements d’époques brutaux. Il n’est pas évident, de faire l’association entre un personnage et une époque. Parfois, le temps de cerner l’époque concernée, le chapitre se termine déjà.

De plus, les personnages sont confondent trop facilement pour nous lecteur, ce qui gêne la lecture car on se reporte très (trop) régulièrement à l’arbre généalogique en fin d’ouvrage (heureusement qu’il était là, sinon, la compréhension générale du récit aurait été beaucoup plus laborieuse). Tous les noms sont à consonance italienne et rend le tout très délicat pour savoir qui est qui : Francesco Torre, Cosimella Salvetti, Marina Santassi, Antonio Torre, Marco Guardonovo…

En ce qui concerne l’arbre généalogique, bien qu’il soit extrêmement utile, il revêt un défaut de taille : il nous révèle trop tôt certains éléments clés de l’intrigue. Mais on ne peut pas tout avoir…

Par ailleurs, en tant que libraire, je me pose une vraie question quant à ce livre : où le ranger en librairie ? Dans le rayon littérature adulte généraliste ? Dans le rayon imaginaire ? En historique ? (moins plausible selon moi, mais c’est une piste). Son graphisme fait penser à de la littérature jeunesse ou ado, et j’aime cette façon, de bousculer les codes, surtout en littérature générale, où les chartes graphiques des éditeurs sont très policées, trop rigides. Mais ce roman-ci m’oblige à me poser une foule de questionnements concernant sa place en librairie, car à quel type de lecteurs pourra-t-il plaire ? Et où son public potentiel pourra-t-il avoir les meilleures chances de le trouver ?

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Et en ce qui concerne le fameux projet de ce cher Domenico Maccari, à vous d’en juger, mais j’ai trouvé que le final était assez décevant. Tout s’articule autour de ce fameux rêve de Domenico (qui y consacrera sa vie et plus encore) et pourtant… on reste sur notre faim. C’est dommage, d’autant que l’univers créé par Gaïa Guasti est absolument bien campé, et décrit avec talent.

Son ambiance et ses nombreuses curiosités m’on beaucoup fait penser à l’univers des Ferailleurs d’Edward Carey mais aussi à la saga jeunesse La Maison Sans-Pareil d’Elliot Skell. Cet univers était le vrai point positif de ce récit, mais il ne suffit pas pour apprécier pleinement les (trop) nombreuses intrigues de l’histoire.

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Chronique : L’héritière – Tome 1

L'héritière 1 couverture provisoire Une nouvelle saga de fantasy à destination des adolescents où l’héroïne possède une peau aux étranges propriétés… mortelles

Écrit par Melinda Salisbury, L’héritière est le premier tome d’une trilogie de fantasy destinée aux adolescents. Aux États-Unis, l’ouvrage a été élu coup de cœur du Publishers Weekly et fait partie des dix nouveautés 2015 à ne pas louper selon Bookseller.

En anglais le titre du livre est The Sin Eater’s Daughter soit, La fille de la mangeuse de péchés, un titre original qui attise la curiosité et qui surtout est plus fidèle au roman.

Un univers régit par les Dieux et leurs incarnations terrestres

Quand débute le récit, nous découvrons Twylla, ou plutôt Daunen incarnée. La jeune femme rousse est l’incarnation de la fille de deux Dieux qui régissent le royaume de Lormere. Elle qui n’était que la fille de la mangeuse de péchés, la voici propulsée au rang de déesse : destinée à se marier avec le Prince et devenir plus tard, la Reine de Lormere.

Même si elle n’a rien décidé, Twylla est assez satisfaite de son sort, il y a bien pire que de devoir épouser le Prince, même si elle ne l’a pas vu depuis plus de deux ans. Il y a pire que de devenir Reine d’un royaume, et il y a pire que de devoir tuer des traitres à la couronne rien qu’en les touchant… et effectivement, le pire existe, et il arrive. Il y a pire que la Reine actuelle du royaume qui terrifie tout le monde y compris sa famille tant elle est cruelle et ambivalente.

Une trame très classique axée avant tout sur la romance

L’héritière est un roman pour adolescents dont l’intrigue est très (et trop) classique. Rapidement, on voit une romance s’installer et par la même occasion, un triangle amoureux. Ce qui est dommage c’est que le tout se déroule sans surprise et avec un peu trop naïveté.

En effet, même si Twylla ne se rend pas immédiatement compte de ce qu’il se passe, nous lecteurs savons où cela la mène. D’œillades en regards, de remarques en conversations… Twylla tombe amoureuse… de la mauvaise personne.

Notre héroïne narratrice vit quasiment cloîtrée. Entre son appartement et son lieu de culte voué aux Dieux, elle ne peux guère se déplacer. On comprend pourquoi tout tourne assez vite autour de ses seuls sentiments. Le problème, c’est que la romance prend une place disproportionnée par rapport à l’intrigue et à l’univers riche (qui aurait pu être beaucoup plus développé) de Melinda Salisbury.

Un bel univers qui aurait gagné à être encore plus exploré et développé

Même si l’histoire de L’héritière ne sort gère des sentiers battus, son univers sombre lui est attrayant et aurait pu être encore plus obscur si l’auteur l’avait voulu.

En effet, dans les monarchies, les histoires de consanguinité et d’inceste sont monnaie courante afin de préserver une lignée royale pure. Le royaume de Lormere n’échappe pas à la règle. La Reine ayant prévu pour prendre sa suite de marier ses deux enfants entre eux… Ces rapprochements malsains on souvent d’ailleurs des répercutions indésirables : malformations, mort prématurée, folie…

Mais la partie originale et obscure de L’héritière se cache dans l’étrange travail de la mère de Twylla : mangeuse de pêchers. L’idée est géniale : quand on meurt, pour que notre âme parte dans l’autre monde et n’importune pas les vivants, la mangeuse de pêchers doit venir. Elle se doit de manger tous les aliments présentés sur le cercueil du défunt sous peine de tourmenter l’âme du défunt. Chaque aliment correspond à un pêché commis, avec une symbolique bien précise pour chacun. La sémiologie des aliments ingérés par la mangeuse de pêchés aurait pu ainsi être développée tant je trouve l’idée fascinante, au final on ne découvre la symbolique que de cinq ou six aliments.

De même, l’auteur joue avec le langage des fleurs utilisées dans son roman et nous renvoie à leur symbolique durant l’époque victorienne. Je trouve que ce type de démarche peut apporter un plus intéressant à l’histoire et faisant « enquêter » le lecteur.

Par ailleurs, nous retrouvons dans le roman une réécriture intéressante du Joueur de flûte de Hamelin sous le nom de la légende du prince endormi. L’histoire de début est très similaire au conte que l’on connaît, mais son développement et sa conclusion sont extrêmement différents et beaucoup plus sanglants.

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L'héritière 2 VOAlors que penser au final de ce premier roman ouvrant une nouvelle saga de fantasy ? On sent une réelle volonté de surprendre de la part de l’auteur, mais les révélations s’enchaînent tellement vite sur la fin, qu’on en perd le sens de la mesure. De twists en chutes, le lecteur est de moins en moins surpris, et c’est dommage. En dehors des tous derniers chapitres, le déroulement général est par trop classique et ne nous fait pas assez découvrir l’univers intéressant crée par l’auteur.

A suivre tout de même pour voir où Melinda Salisbury veut nous emmener dans la suite de sa saga, en espérant qu’elle creusera beaucoup plus les bonnes idées qu’elle a eues.

Chronique : Precious (Push)

Precious (Push)Un roman coup-de-poing à lire pour espérer, s’émouvoir, se révolter

Écrit en 1996, seul et unique roman de la noire-américaine Sapphire traduit en France, Push (renommé Precious lors de la sortie du film-cf vidéo ci-dessous) nous conte l’histoire de Precious, une jeune fille enceinte pour la seconde fois de son père, qui a abusé d’elle. Ce livre est son histoire, sa lutte pour sortir la tête hors de l’eau.
Push a rencontré un tel succès qu’il a été adapté au cinéma en 2009 et renommé sous le nom de Precious (voir la bande-annonce en fin d’article), pour ne pas apporter de confusion avec le film de science-fiction Push, sorti la même année. L’adaptation a d’ailleurs remporté deux oscars, celui de la meilleure actrice et celui du meilleur scénario.
Sapphire, auteur qui suit les trace de Toni Morrison, est une figure de la littérature noire-américaine engagée et féministe, elle vient de sortir un nouvel ouvrage aux Etat-Unis, qui se nomme The Kid.

Un récit qui prend aux tripes

Harlem : Precious Jones est enceinte, de son père. Sa mère, elle, considère que sa fille ne peut s’en prendre qu’à elle-même si elle est dans cette situation, sa fille lui a volé son mari, selon elle.
Battue, méprisée, maltraitée, Precious (prénom on ne peut plus paradoxal et cruel) est sollicitée par les services sociaux. Elle refuse de se rendre dans ces classes spécialisées pour « les filles comme elle », qui n’ont pas eu non plus de chance dans la vie, pas de famille pour les soutenir, les écouter. Mais sa rencontre avec la professeur Mrs Avers va changer la donne, Precious va découvrir cette envie qui lui faisait aussi cruellement défaut.
Et c’est la découverte d’un tout autre monde qui d’ouvre à elle : Precious se rend alors compte qu’elle peut prendre son destin en main, s’en sortit, subvenir à ses besoins et à ceux du bébé déjà né, ainsi que celui à venir.

L’écriture de Precious est très mauvaise, c’est normal, elle sait à peine lire et écrire, et c’est aussi cette faiblesse dans l’expression qui rend son témoignage si touchant, qui prend littéralement aux tripes.

Chaque scène brutale ne peut nous empêcher de nous perdre dans ce personnage bouleversant, criant de vérité. Les intérêts de Precious prennent tellement à parti le lecteur qu’il est ardu de se détacher de son personnage, de se dissocier d’elle et de son vécu.
Push se lit d’une traite, magnifique, mais très dur, certaines scènes de violence ne rendent pas ce livre accessible avant l’âge de 15-16 ans, mais il fait partie des indispensables.

Sapphire nous offre ici un portrait terrible de la société américaine vis-à-vis de la population noire et de son exclusion, il reste encore beaucoup de choses à faire. Et je suis convaincue que c’est avec ce genre d’œuvre que l’on peut changer les mentalités, le regard des autres.

Pour ceux qui souhaitent découvrir d’autres ouvrages du même genre qui font avancer et réfléchir, il y a L’œil le plus bleu de Toni Morrison (aux éditions 10/18) ou encore La couleur pourpre de Alice Walker (éditions Pavillon Poche), ou encore Racines, de Alex Haley (éditions J’ai Lu) pour retourner aux origines de la condition noire. Un roman coup-de-cœur et coup-de-poing de qualité, à lire d’urgence.

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