PLAIDOYER POUR LA FAUCHEUSE. POURQUOI LIRE CETTE TRILOGIE ?
Je vous ai déjà fait l’article du premier tome de La Faucheuse de Neal Shusterman il y a quelques années. Depuis, les tomes 2 et 3 sont parus, cela ait même un bon moment. J’ai tellement aimé le premier tome, mais également les deux suivants que je ne voyais pas l’intérêt de me répéter en disant que c’était génial dans deux autres grosses chroniques.
Je préfère simplement vous dire que la trilogie La Faucheuse fut pour moi une énorme claque. Littéraire, mais également philosophique car cette saga nous interroge sur quantité de choses de l’existence. Elle n’est pas qu’un enchaînement très réussi d’actions et de révélations. C’est aussi une série de livres que pousse ses lecteurs à réfléchir, parfois très loin, sur le bien le mal, le bénéfice et les pertes qu’engendrent l’IA pour l’humanité… Nous n’avons pas de Thunderhead ni de Faucheurs, mais Neal Shusterman a déjà pensé à tout. Est-ce que vous voudriez de ce monde ?
Véritable trilogie à la portée philosophique, La Faucheuse est et restera pour moi l’une de mes lectures favorites de tous temps. J’ai rarement dévoré à ce point des romans ni été subjuguée avec une telle force.
Lisez La Faucheuse si vous cherchez une lecture avec du corps et une réflexion profonde, c’est ici que ça se passe.
Et en bonus, un autre opus qui retourne dans l’univers tant aimé de La Faucheuse, avec de nouvelles histoires au format court.
Paru en France en 2009, le premier tome de La Voix du couteau a lancé une série qui fut rapidement érigée au rang de classique contemporain. Patrick Ness est un auteur d’origine anglo-américaine qui a déjà quantité d’ouvrages à son actif. Il a notamment écrit Quelques minutes après minuit (basé sur les écrits préparatoires de Siobhan Dowd) qui fut adapté au cinéma. Il a également écrit Libération (2018) ou encore Burn en 2020 (PKJ).
Une idée originale jamais lue auparavant
Imaginez un monde où toutes les pensées qui vous traversent l’esprit volent dans les airs et parviennent jusqu’à vos voisins, vos amis, les passants… tout le monde. On appelle cela le Bruit. C’est dans ce monde déstabilisant que vit le jeune Todd Hewitt. Il a treize ans et il est le dernier « enfant » du village de Prentissville, toutes les femmes et les enfants ayant disparus il y a longtemps. Il ne le sait pas encore, mais son destin va basculer : dans cette bourgade où vivent exclusivement des hommes qui entendent toutes les pensées des uns et des autres, difficile de garder un secret. C’est pourtant ce que Todd va devoir faire si il tient à préserver les apparences…
Une dystopie passionnante
Le premier tome du Chaos en marche est terriblement original : un monde au fonctionnement unique causé par le Bruit. Un jeune héros dépassé par ses découvertes et qui grandit malgré lui à force d’enchainer les erreurs de jugement. On retrouve dans La voix du couteau tous les éléments de la dystopie young-adult : un héros/narrateur jeune, un monde hostile aux subtilités nombreuses que l’on découvre peu à peu de façon glaçante et une quête de vérité, de justice.
Todd est un héros intéressant, mais ce n’est au final par le plus passionnant des personnages de cette trilogie pour moi. Je ne vous en dis pas plus par risque de vous gâcher une bonne partie de l’intrigue. Cependant, pour moi Todd n’est pas le plus original des héros dans ses actions ou sa façon de penser les choses. Il est courageux, certes, mais est un peu trop centré sur sa petite personne, même dans des moments terribles. Mais Patrick Ness sait faire évoluer ce héros ordinaire pour le rendre plus crédible et moins « pur ».
Non, le plus intéressant dans cette trilogie, c’est la façon qu’a Patrick Ness de manipuler les actes de certains personnages pour les rendre ambigus. Il arrive à complexifier ce qui paraît aux abords simple. Ici, rien n’est manichéen même si ça y ressemble au début. Plus on avance dans la trilogie plus les frontières entre bien et mal se mélangent jusqu’à se dissoudre… Et je pense que c’est justement cela le message de Patrick Ness : jusqu’à quel point peut-on faire du mal en ayant des buts louables ? Une guerre est-elle bonne juste parce qu’elle est censée sauver plus de vies que de morts causées ?
Il y a énormément de réflexions sur la justice, l’égalité et la liberté. Le second tome fut pour moi le meilleur, car on voit peu à peu ce que de belles paroles peuvent faire comme tort. Comment avance doucement la perte des libertés sans même qu’on s’en rende compte tant c’est pernicieux. C’est malheureusement d’actualité dans certains pays actuellement (ça fait écho à ce qui se déroule en Afghanistan par certains aspects, ça fait froid dans le dos).
A partir du second tome, on change de style de narration, basculant entre plusieurs narrateurs. Le changement à lieu à chaque nouveau chapitre et nous permet d’en apprendre beaucoup plus sur certains aspect de la vie à Nouveau Monde (nom de la planète).
Pour ce qui est du troisième opus, il est pour moi moins passionnant car je n’y ait pas retrouvé l’originalité des deux précédents ouvrages. La narration change de voix à chaque chapitre comme dans le second tome, mais ce n’est pas suffisant pour tenir le lecteur. L’histoire devient beaucoup plus classique avec un fond guerrier qui va persister tout au long du roman. C’est dommage d’avoir perdu cette flamme originale et de basculer dans un final beaucoup plus classique… Cela m’a quelque peu laissée sur ma faim car j’attendais quelque chose de bouleversant. A tel point que je n’ai pas su être franchement touchée par certaines scènes car trop prévisibles…
Il fallait bien évidemment que Patrick Ness trouve une conclusion à cette trilogie. Tout ce que je sais, c’est que les deux premiers tomes ne sont que successions d’action de révélations fracassantes. Le troisième tome sert à boucler le tout de façon réussie mais un peu trop convenue et précipitée à mon goût.
Ainsi la trilogie du Chaos en marche est une réussite malgré quelques inégalités de qualité au fil des tomes. Il faut la lire pour découvrir un univers d’une originalité redoutable, une dystopie sombre et cruelle jamais faite auparavant. La série est lisible dès l’âge de 14/15 ans environ et sera tout à fait lisible par des adultes férus de sf et de suspense. D’ailleurs, Gallimard a sorti la trilogie à la fois chez Gallimard Jeunesse/Pôle Fiction et FolioSF, preuve en est que le public pour cette œuvre est large. Belle découverte à vous.
Un roman d’anticipation qui imagine comment l’humanité s’adapterait à un ralentissement constant de la rotation de la Terre… Un roman extrêmement réaliste dans son traitement, une petite merveille à découvrir d’urgence !
Premier et unique roman de Karen Thompson Walker à paraître en France, L’âge des miracles est paru premièrement aux Presses de la Cité avant de sortir en poche chez 10/18. Ce roman à la thématique unique nous dépeint notre société d’aujourd’hui qui doit faire face à un cataclysme lattent. La Terre ralenti sa révolution, les jours et les nuits s’allongent peu à peu. Comment l’homme va-t-il faire face à un tel chamboulement de son mode de vie ? Comment la nature va-t-elle s’adapter à un tel bouleversement ?
Vous découvrirez ici une superbe anticipation sociale explorant des possibilités extrêmement réalistes…
Quand les jours commencèrent à s’allonger
Tout le récit de L’âge des miracles nous est conté par la jeune Julia. Encore jeune fille, presque adolescente, c’est sa vision à elle qui prime, avec des problématiques oscillant entre le cataclysme et son impact, mais aussi très ancré dans le quotidien.
L’humanité s’adapte très bien au début, en rallongeant les heures d’une journée qui passe de 24h à un peu plus, puis encore un peu plus, et encore… Puis au fil du ralentissement de la rotation de notre planète, les choses se compliquent doucement à tous points de vue : économiques, sociaux, écologiques…
L’homme peut-il s’adapter et si oui comment ? Julia, à travers ses yeux encore parfois enfantins va nous conter l’histoire plausible d’une humanité qui se délite peu à peu tout en souhaitant garder au maximum sa normalité et son quotidien…
Un bel inclassable entre littérature et anticipation
Le point majeur à retenir de L’âge des miracles, c’est son réalisme éblouissant. La façon dont l’auteur a pensé à tous les pans du problème est impressionnant, d’autant qu’elle augmente la difficulté en écrivant son récit du point de vue d’une presque enfant. A la lecture de ce roman, on se dit que c’est exactement comme cela que l’homme réagirait si un tel cataclysme survenait.
Outre le traitement intelligent de la situation, l’auteur fait montre d’une sensibilité extraordinaire à travers le personnage de Julia. Cette jeune fille qui grandit sur fond de fin du monde et à la fois belle, fragile, sensible, attachante…
Elle se retrouve confrontée à tous les changements qui l’amènent doucement à l’adolescence, mais aussi à des problèmes d’ordre familiaux qui nous replongent dans le quotidien et nous font parfois oublier cette épée de Damoclès suspendue sur la Terre et ses habitants.
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L’âge des miracles est un roman aussi délicat que terriblement prenant. Hypnotique, lourd, latent, le temps s’étire à l’infini et cette atmosphère de fin du monde est aussi belle qu’effrayante. Ce récit nous propose une belle façon de voir notre civilisation, et peut-être d’apprécier tout simplement encore plus ce que nous avons… A destiner aux férus de romans d’anticipation réalistes, mais également à toute personne qui aime les bons livres, tout simplement.
Pour ceux qui aiment ce genre d’ambiance, n’hésitez pas à découvrir également des romans tels que Le testament de Jessie Lamb (l’humanité ne peut plus procréer), Days de James Lovegrove (l’humanité est devenue l’esclave de sa propre surconsommation), et une foule d’autres encore…
Et si pour sauver le monde il fallait gagner la plus grande chasse au trésor virtuelle de tous les temps ?
Premier roman de l’américain Ernest Cline, Player One est un livre qui met la barre franchement haut. Captivant et bourré de références au rétrogaming et à la culture pop (en particulier celle des années 80), les lecteurs entre la trentaine et la quarantaine adoreront ce récit d’anticipation… mais ils ne seront pas les seuls !
Son auteur, Ernest Cline est à la fois écrivain et scénariste. Aux États-Unis, son second roman est paru en 2015 sous le titre Armada. Par ailleurs, pour l’adaptation cinématographique de Player One, Steven Spielberg est déjà sur le coup !
L’OASIS, la seule échappatoire pour la population terrestre à l’agonie…
Le très jeune Wade Watts est comme la très grande majorité de la population : accroché comme un drogué à sa plate-forme de connexion OASIS (Ontologie Anthropocentrique Simulée Immersive et Sensorielle). Dans cette réalité virtuelle développée à l’échelle mondiale, tout est possible : vous pouvez allez à l’école, rencontrer l’amour, acheter un appartement ou un astéroïde et y faire vivre votre avatar, gagner de l’argent valable aussi bien sur l’OASIS que dans la réalité…
Mais depuis la mort de son éminent créateur, James Halliday, l’OASIS revêt une dimension cachée, mythique, qui rend le monde fou. En effet, la mort de James Halliday a déclenché la plus fabuleuse chasse au trésor du monde, et son vainqueur gagnera ni plus ni moins que des milliards de dollars… La lutte sera sans merci et tous les coups ou presque seront permis.
C’est ainsi que nous suivons les pas virtuels du jeune Wade Watts, un gamin d’une douzaine d’années, sans le sous, maltraité par sa tante, et dont la seule échappatoire est d’espérer gagner la Chasse, mais ils sont des milliards dans son cas…
Un roman qui démarre au quart de tour pour ne plus vous lâcher
Rempli de références en tous genres, vous allez en prendre plein les mirettes, et votre culture générale sera constamment sollicitée. De l’univers des livres de Douglas Adams en passant par les films tels que Sacré Graal, Blade Runner encore WarGames… Tout cela sans oublier les nombreuses références faites à la musique, aux séries tv ou encore aux animes japonais, vous serez bombardé d’infos ! Tout cela sans oublier évidemment les très nombreuses références au jeux vidéo ! Il y en a tellement qu’il nous est impossible de tous les mentionner : Asteroid, Pac-man, Brains, Adventure (et l’histoire de Warren Robinet, le premier concepteur a avoir créé le concept d’œuf de pâques dans un jeu vidéo)… Et elles sont toutes nécessaires à la Chasse à l’œuf organisée par Halliday…
Riche, malin et merveilleusement bien ficelé, Player One, c’est LA chasse au trésor la plus merveilleuse de tous les temps qui nous est offerte sur un plateau. On se prend au jeu des indices savamment imbriqués, des clins d’œil perpétuels faits à la culture geek ainsi qu’à ses nombreuses anecdotes toutes fascinantes.
De plus l’univers créé par Ernest Cline autour de l’OASIS et la façon dont il s’articule est fort bien pensé. On découvre tout un système basé sur cette réalité virtuelle (autrement dit du vent) qui supplante le réel alors que la Terre se meurt à tous les niveaux (écologiques, économiques, sociaux…). Tout est bien pensé, y compris la façon dont l’homme est prêt à se vendre pour pouvoir rester connecté, ou tout simplement en vie…
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C’est donc un nouvel incontournable de la SF et de l’anticipation que ce roman écrit par Ernest Cline. Il n’y a plus qu’à souhaiter que tous les autres romans à venir de cet auteur soient du même niveau… En tout cas, nous sommes conquis !
Une vraie fausse cassette vidéo de Ready Player One !
Paru en novembre 2014 aux éditions du Net, Calixte est un court roman de SF écrit par Dominique Marie. L’humanité y découvre une planète habitable semblable à la terre en toutes choses… ou presque.
L’humanité n’est pas nécessairement l’espèce dominante
C’est en tout cas ce que l’on découvre très rapidement dans Calixte. En effet, la planète découverte par le vaisseau Calixte est extrêmement ressemblante à notre belle planète bleue : on y trouve des loups, des corbeaux et… des humains !
Mais cette grande découverte qui ouvre un champ d’hypothèses incroyables recèle un côté moins reluisant… Les hommes découverts durant cette expédition sont loin du niveau d’intellect des hommes de la Terre et semblent être traités comme du bétail. Parqués, déplacés au gré des besoins des loups et des corbeaux, les humains ne semblent même pas doués de libre arbitre… ont-ils ne serait-ce qu’une conscience propre ?
Que vont faire de cette information les scientifiques de l’expédition ? L’humanité de la Terre doit-elle agir ou laisser cet ordre naturel ?
Le jour où l’homme découvre qu’il n’est pas le maître de l’univers
Difficile à croire et pourtant, il existe une planète où les animaux dominent l’homme sur tous les plans : physique, moral et intellectuel. Ainsi débute une nouvelle ère pour les hommes des deux planètes. Car personne sur Terre ne se résout à laisser ses semblables dans les conditions décrites par l’expédition…
Politique, déontologie, sociologie, théologie et une foule d’autres sciences sont ici abordées. Calixte est ce que l’on peut ainsi appeler un planet opera. En effet, nous y découvrons une planète ainsi que sa faune, sa flore, son écosystème…
Et si vous vous demandez pour les personnages ont tous des noms composés étranges tels que Dana-Scott ou Yacine-Dominique, c’est l’astucieuse idée de l’auteur pour illustrer la mondialisation à tous les niveaux dans le futur. De même, il n’y a plus que trois langues en usage sur la Terre du futur dépeinte par Dominique Marie. Et pour ce qui est des entreprises, là aussi, la mondialisation a fait son œuvre… mais est-ce réellement pour le mieux ?
Plaisant, Calixte a beau être rapide à lire, il n’en est pas nécessairement aisé. En effet, la fin abrupte vous obligera peut-être à relire certains passages ou à mettre en perspective quelques lignes de texte.
Calixte n’est pas un texte donné « clés en main », et c’est tout aussi bien comme cela. Cette lecture apporte une réelle réflexion une fois le récit terminé. On ne peut s’empêcher d’y repenser et de prendre plaisir à « décrypter » les intentions de l’auteur dans ses nombreux non-dits (rien d’insurmontable je vous rassure).
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Dominique Marie signe ici un récit de sf abordable et intéressant que l’on aurait aimé découvrir encore plus en profondeur tant l’écriture nous emporte facilement. Cette étrange planète n’a pas dévoilé tous ses secrets potentiels, et c’est avec un peu de regret que l’on quitte son univers. Le futur de l’humanité (ainsi que certains de ses travers) est très bien décrit et semble surtout plausible, c’est ce qui rend le tout si intéressant.
A lire pour s’initier au planet opera sans se perdre dans une multitude de variables et personnages. C’est juste parfait pour débuter dans ce sous-genre de la sf !
Un roman d’anticipation choc où notre société est changée à tout jamais par un virus aux effets dévastateurs…
Premier ouvrage de Jane Rogers à paraître en France, Le testament de Jessie Lamb est un roman qui a remporté le prestigieux prix Arthur C. Clarke en 2012. Il est sorti en janvier dernier aux éditions Presses de la Cité. Jane Rogers enseigne l’écriture romanesque à l’université de Sheffield et écrit régulièrement pour la télévision ainsi que la radio.
Plus qu’un simple roman d’anticipation, Le testament de Jessie Lamb soulève des questions dérangeantes, mais qui sait un jour peut-être nécessaires ? Entre apocalypse sociale et pandémie, bienvenue dans le futur proche, celui de Jessie Lamb.
Une pandémie qui remet l’existence de l’humanité en question
Un jour arriva le SMM : le Syndrome de Mort Maternelle. Tuant toutes les femmes enceintes en quelques jours à peine sans espoir de guérison, le SMM est fulgurant et les solutions pour l’éradiquer vont vite faire polémique à l’échelle mondiale.
C’est dans ce contexte de fin du monde sans espoir de voir venir une nouvelle génération d’hommes et de femmes que Jessie Lamb commence son testament. Fille de chercheur, elle sera aux premières loges et connaîtra les avancées les plus à la pointe pour lutter contre le SMM… mais ces dernières y parviendrons-t-elles ?
Un roman politique, polémique et par-dessus tout terrifiant
Si l’on essaye une seule seconde de s’imaginer ce à quoi ressemblerait le monde si un tel virus se propageait, la réalité ne serait pas loin de ce que décrit Jane Rogers. Que ce soit en termes de politique, de religion ou encore de déontologie, l’auteur n’oublie absolument aucune variable…
Ce roman catastrophe est terriblement bien pensé : des sectes qui profitent de la panique mondiale en passant par des combats idéologiques où des jeunes filles deviennent instrumentalisées… il est difficile de dénouer la notion de bien de celle de mal.
En effet, les solutions trouvées pour palier au SMM sont absolument terrifiantes : utiliser les femmes comme réceptacle… transformées à l’état de légume, elles sont maintenues en vie artificiellement le temps que l’enfant naisse. Ces femmes qui donnent naissance et se sacrifient sont vite nommées les Sleeping Beauty (Belle au Bois Dormant). Mais la solution est loin d’être parfaite : les enfants issus des Sleeping Beauty sont eux aussi atteints du SMM… Alors cette cause est-elle la bonne à embrasser ou y a-t-il d’autres solutions à envisager ?
C’est ainsi que Jessie Lamb, une adolescente ordinaire commence à se poser de nombreuses questions sur l’avenir du monde. Comment évoluera la société dans un avenir proche alors que sont taux de natalité et de mortalité n’ont jamais étés aussi catastrophiques ? Jessie peut-elle contribuer à améliorer l’avenir de l’humanité à sa simple échelle ?
Excellent mais crispant
Le testament de Jessie Lamb est un très bon roman : il se dévore et fascine à tel point que cela en devient morbide. Tout le récit est écrit du point de vue de Jessie, dont on voit le cheminement des pensées évoluer au fil des jours, puis des semaines. Quand son récit commence, elle est enfermée, séquestrée, pour une raison que l’on ignore. Mais au fil du récit, on commence à comprendre pourquoi elle est dans une telle situation…
Et vous, que feriez vous si le monde s’effondrait inexorablement autour de vous ? Prendriez-vous un nouveau départ ? Vous enfuiriez-vous ? Voudriez-vous devenir une Sleeping Beauty ? Ou faire tout ce qu’il vous plaît avant de voir l’humanité disparaître ?
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En conclusion : ce récit est à marquer d’une pierre blanche : marquant à tous points de vue, il mérite le prestigieux prix qui lui a été remis. On y découvre les facettes les plus sombres et insoupçonnées de l’humanité face à sa propre déchéance… et elles ne sont pas belles à voir.
Le testament de Jessie Lamb est un roman dur et percutant qui plaira certainement aux amateurs d’apocalypses sociales. A lire dès l’âge de 16 ans environ. Cette chronique a été rédigée pour le site ActuSF.
Paru en août 2013, Roby ne pleure jamais est une nouvelle de science-fiction sortie dans la collection Mini Syros Soon.
L’auteur, Eric Simard a déjà publié de nombreux écrits de science-fiction pour la jeunesse, on lui doit notamment L’enfaon, Robot mais pas trop, Les aigles de pluie et en octobre dernier Le cycle des destins qui est le premier tome d’une nouvelle saga.
Robots et sentiments : deux termes incompatibles
Roby fait partie d’une des toutes dernières générations de robots, programmé pour ressentir une foule de choses : le froid, la douleur, les nuances du toucher.
Sa mission, prendre soin et distraire la jeune Cyrielle, ses parents étant partis sur la planète Mars. Cependant, être un robot n’a pas forcément que des avantages, et quand Roby accompagne la jeune Cyrielle à l’école, ce dernier est harcelé par des garçons de sa classe. Coups, paroles méchantes, le harcèlement que subit Roby va crescendo sans qu’il ne puisse riposter, en effet, un robot ne peut lever la main sur un humain uniquement si la vie d’un autre être humain est en danger.
Mais à force de frustration et de tensions, Roby va franchir la ligne qu’un robot ne doit jamais franchir, et pour cela, il risque son arrêt définitif.
Une belle leçon sur ce qui défini l’homme
Roby devient ainsi le symbole d’une cause et d’un idéal, dépassant de loin la portée de son acte. Une histoire bien construite, le tout sur le fond d’une légère romance, l’histoire a l’avantage de pouvoir parler aussi bien aux filles qu’aux garçons. A sa manière, ce petit roman fait penser à la nouvelle L’homme bicentenaire d’Isaac Asimov, où la frontière entre l’homme et la machine devient de plus en plus floue et ténue. Le clin d’œil a beau ne pas être perceptible pour les jeunes lecteurs, la voie est tout de même ouverte à la méditation.
On appréciera la réflexion que la lecture de ce petit livre offre aux jeunes lecteurs. A creuser pourquoi pas en classe ; les livres de la collection Mini Syros ayant souvent cet usage dans les écoles, celui-ci offre une belle opportunité à la discussion et au débat. A lire dès l’âge de huit ans environ.
Les éditions du passager clandestin lancent depuis janvier une nouvelle collection : les Dyschroniques. Elle réunira des nouvelles de science-fiction ou d’anticipation écrites par des auteurs du genre.
En janvier, les trois premiers livres issus de cette collection de nouvelles sont sortis en librairie : Le testament d’un enfant mort de Philippe Curval, La tour des damnés de Brian Aldiss, Un logique nommé Joe de Murray Leinster et Le mercenaire de Mack Reynolds.
Dans le testament d’un enfant mort (paru pour la première fois en 1978 dans l’anthologie Pardonnez-nous vos enfances) nous découvrons le futur tragique qui va rattraper l’humanité… Son auteur, Philipe Curval, est une des références de la science-fiction française et ce depuis le début des années 50. On lui doit notamment : Cette chère humanité, Lothar Blues ou encore L’homme qui s’arrêta : journaux ultimes.
La vie vaut-elle la peine d’être vécue ?
Dans un futur proche, l’humanité a un gros problème : les naissances régressent peu à peu, cela à un niveau tel que l’effet commence à inquiéter sérieusement de nombreux scientifiques et autres autorités. Pour déterminer quel est ce fléau qui empêche l’humanité d’être pérenne, un scientifique décide d’étudier un enfant à naître et va tenter de comprendre quel mécanisme empêche des milliers de nouveau-nés de voir le jour…
Il apparaît rapidement que la vie telle qu’elle est perçue par les bébés à naître ou à peine nés ne vaut tout simplement pas la peine. En effet, quel intérêt que de vivre dans un monde sans avenir ? Où il faut être en lutte constante ? Pourquoi sortir de cette matrice où l’on est si bien pour atteindre un monde froid et grand ?
Une nouvelle sombre qui invite à la réflexion
Le testament d’un enfant mort nous explique à travers les pensées désordonnées d’un nouveau-né (retranscrites par le médecin qui l’étudie) pour quelles raisons se dernier décide de na pas s’accrocher à la vie, mais plutôt de « l’accélérer », de la brûler par les deux bouts pour en finir au plus vite. Ce phénomène est nommé hypermaturité.
L’écriture de cette nouvelle peu paraître déstabilisante au premier abord, en effet elle est issue des travaux de retranscription des pensées chaotiques du nouveau-né. Le monde n’est centré que sur lui-même, jusqu’à en oublier ses enfants.
L’enfant qui nous écrit ces lignes est à la fois désespéré et vindicatif, sa soif de disparaître de cette terre devenant aussi puissante que sont besoin d’être reconnu… L’humanité se développe de plus en plus jusqu’à en oublier paradoxalement ses enfants, ces derniers n’étant qu’un moyen pour s’étendre, le sentiment d’amour disparaissant… alors à quoi bon vivre dans un monde aussi laid et morne que celui-ci ?
Portrait d’une société qui se délite à son niveau le plus primaire, cette courte nouvelle nous offre un portrait sinistre de l’humanité future. Une nouvelle aussi étrange que fascinante qui plaira à tous les amateurs d’apocalypses sociales ou la fin s’annonce aussi lente qu’inexorable… Le genre de texte qui ne s’oublie pas facilement, et c’est tant mieux. Site de l’auteur : www.quarante-deux.org. Chronique rédigée pour le site ActuSF.
L’homme est-il indispensable à l’avenir de la femme ?
Publié aux éditions du Diable Vauvert en mars dernier, Maul est le premier roman de Tricia Sullivan traduit en France. Son auteure, d’origine américaine, a écrit une petite dizaine de romans SF. Elle a aussi participé à l’écriture d’autres ouvrages, notamment dans la série La Compagnie des Glaces sous le pseudonyme de Valery Leith.
Un mal fatal qui ne touche que les hommes…
Les pestes Y on éradiqué presque totalement les mâles humains de la planète, la société qui en a resurgi est donc presque exclusivement féminine. Avec de nouvelles préoccupations, les femmes sont devenues « les reines » de ce nouveau monde.
Mais avec aussi peu de mâles humains sur Terre, rares sont les élues à pouvoir prétendre à la procréation, qui coûte maintenant extrêmement cher et qui nécessite un rang social très élevé.
C’est dans ce monde cruel et parfois superficiel qu’évoluent deux femmes radicalement différentes : Sun Katz, une adolescente au caractère plus que bien trempé qui voue une adoration totale aux gangs de guerrières qu’elle voit sur le Net, aspirant elle-même à en faire partie ; de l’autre côté, le Docteur Baldino, éminente scientifique qui cherche un moyen de comprendre les pestes Y depuis des années sur un sujet mâle encore vivant : Meniscus.
Jamais amenées à se croiser, ces deux tranches de vies, ainsi que d’autres qui s’ajoutent au fil des pages, vont chacune avoir leur importance sur la vision globale à apporter à cette nouvelle société exclusivement féminine qui n’est pas devenue plus douce pour autant. Au carrefour des genres…
Comme esquissé par la couverture avec sa bottine à talon aiguille sur fond de câblages, Maul est un roman qui traite à la fois du consumérisme (et du sur-consumérisme), de sexe, de manipulations d’ordre politique et de hautes technologies entre autres choses.
On retrouve cette orientation « porno-chic » dans l’écriture de Tricia Sullivan, très crue dans certaines scènes (trop peut-être ?) ainsi que dans la psychologie de tous ses personnages : le sexe faisait tourner le monde avant les pestes Y et c’est toujours le cas, voire plus, après la quasi-extinction des hommes.
Toujours balloté entre rêve et réalité, attention au lecteur de ne pas se perdre dans les méandres du Maul. Difficile d’en dire plus sur le roman, qui fait partie de ces livres dont il ne faut pas trop parler sous peine d’en dévoiler plus que de raison.
Maul n’est pas un livre que l’on peut qualifier d’abordable, mais si l’on se laisse porter par cette histoire originale, même si parfois très décousue, on peut vite devenir curieux de savoir ce qui va suivre. Personnellement, ça ne pas fonctionné… Cette chronique a été réalisée pour le site ActuSF