Archives du mot-clé harcèlement

Chronique ado : Ici n’est plus ici

Une satire crue et parfois violente de la vie scolaire écrite de façon originale et captivante

Christelle Dabos est une autrice pour la jeunesse connue et reconnue de par sa quadrilogie La Passe-Miroir parue chez Gallimard Jeunesse. Elle était à l’époque la gagnante de la première édition du concours du Premier Roman Jeunesse organisé par Gallimard. C’est ainsi qu’en un seul tome, elle s’est taillé un nom que tout le monde connaît désormais.
Elle quitte le monde onirique de la Passe-Miroir pour nous offrir une version sombre et déformée du système scolaire. Etrangement efficace et inclassable !

Ici

Avec une majuscule pour le nommer, Ici est presque une entité, un personnage à part entière. Il cristallise les craintes, les attentes, la peur, l’angoisse, les amitiés qui se font et se défont, les rumeurs… tout ce qui fait la vie scolaire. Mais depuis quelque temps, un jour précis et à une heure précise, toutes les semaines, il se passe quelque chose d’étrange Ici. Certains savent de quoi il retourne, d’autres ont oubliés, mais tous se doutent que quelque chose se trame Ici, et qu’ils font partie de quelque chose de plus grand…et de plus inquiétant ?

Un roman-chorale qui donne une voix à des élèves très différents

Il est extrêmement difficile de présenter et/ou de résumer ce roman de Christelle Dabos. On sent qu’elle a voulu se détacher de ce qui faisait jusqu’à maintenant sa marque de fabrique. Ici, point d’onirisme ni de rêveries, on est dans un univers beaucoup plus cru et – même sale – que dans la Passe-Miroir. Mais cessons de comparer ces deux œuvres et développons.

Dans Ici et seulement Ici, il y a beaucoup de personnages narrateurs. Chacun apporte sa pierre à l’édifice, que ce soit pour que l’on comprenne le tableau global d’Ici ou pour nous montrer des élèves extrêmement différents. Vous avez Iris, celle qui tente de se détacher de son meilleur ami pour être acceptée dans un groupe. Il y a Pierre, qui se découvre une passion pour l’un de ses camarades Pierre et pour l’usage exceptionnel que fait ce dernier du hautbois, sans oublier l’étrange Club Ultra-Secret qui semble regrouper ceux qui en savent le plus sur Ici…

Mais rien n’est vraiment rationnel ni concret dans ce lieu scolaire hors du temps et qui pourrait se trouver n’importe où. Christelle Dabos insère peu à peu des éléments fantastiques dans son intrigue, comme une métaphore de la vie scolaire et de ses nombreuses cruautés. On y parle invisibilisation, harcèlement, amours cachés, secrets, système de classement entre élèves (Ici, ils sont inscrits sur un tableau alors que dans la vraie vie, tout est plus implicite).

A mes yeux, ce roman est un prétexte pour parler de tous les problèmes que l’on rencontre au collège ou au lycée : difficultés à s’intégrer, avoir peur de commettre un impair, respirer le moins fort possible pour ne pas se faire remarquer… Pour moi qui n’ai pas connu des années collège très heureuses, j’avoue que ce livre a fait écho à pas mal de choses (parfois oubliés ou minimisées). Pourtant, il est important d’en parler, et ce roman semble servir de catharsis à l’autrice, si ce n’est pour elle, au moins pour ses lecteurs.ices.
En effet, il montre que la vie scolaire est difficile pour tout le monde, y compris pour celleux qui veulent vous faire croire qu’ils sont en haut de la chaine alimentaire. Leur position est enviable, certes, mais pas nécessairement confortable.

Vous l’aurez compris, j’ai aimé le message de fond de ce roman, qu’il faut lire à différents niveaux pour apprécier. Je ne suis même pas certaine d’avoir tout saisi, mais il y a en tout cas assez de matière pour que chacun.e trouve quelque chose qui lui parle profondément au sein de ce roman.
Ici et seulement Ici est un texte inclassable, irrésumable, dérangeant et clairement atypique. Il faut le lire pour se faire une réelle idée de ce qu’il est, en tout cas, il taille dans le vif et laisse en mémoire des scènes spectaculaires et vertigineuses. A découvrir vers 14 ans environ.

PS : Si Christelle Dabos lit un jour cette chronique (rêver est autorisé), y a-t-il une référence à un épisode de Buffy contre les vampires avec l’élève invisible ? Je n’en dis pas plus pour les lecteurs à venir.

Mon état d’esprit après la lecture de l’essai de Pauline Harmange « Moi les hommes, je les déteste »

Il ne s’agit pas ici d’une chronique à proprement parler, plutôt d’une proposition de lecture. J’ai découvert il y a peu Moi les hommes, je les déteste par le biais d’une amie qui m’a prêté son joli exemplaire paru initialement aux éditions Monstrograph. L’ouvrage est initialement publié à 450 exemplaires avant de connaître un énorme succès au niveau mondial (ouvrage maintenant disponible chez Seuil).

Elle a voulu me faire partager l’idée de sororité, de soutient que les femmes peuvent être les unes pour les autres. En effet, ça fait du bien de savoir que l’on peut s’accomplir sans avoir l’appui ou l’approbation des hommes quels qu’ils soient (connaissance, mari, père, frère, passant…). Et ça peut paraître bête, mais en lisant cet ouvrage je me suis sentie légitime dans ma colère, mon agacement vis-à-vis de certains comportements masculins.

Moi qui pensait que c’était uniquement chez moi qu’il y avait un « problème », que sur-réagissait beaucoup trop pour des choses dites minimes, et bien non. Et Pauline Harmange m’a montré que nous sommes légion à être comme ça. A ne pas trouver normal le ton paternaliste, les remarques légèrement déplacées mais difficiles à recadrer sous peine de passer pour une hystérique/chieuse/relou (rayer la mention inutile).

Ce livre m’a donc énormément parlé. Car en effet, en tant que femmes nous avons toutes à un moment ou un autre subit les violences des hommes. Elles sont parfois involontaires, elles sont même parfois le fruit d’une volonté de faire bien mais restent des violences.

Je me rappellerais toujours de cette remarque d’un client en librairie avec qui je discutait sciences. Je lui présentait un ouvrage de vulgarisation sur les mathématiques, que je trouves passionnantes (oui mathématique est un nom féminin, choquant n’est-ce pas ?) et il m’avait rétorqué : « Je suis mathématicien, c’est mon métier, alors continuez à lire vos livres et laissez les gens comme moi faire leur travail ». J’en fut scotchée, blessée. Cela s’est passé il y a longtemps maintenant mais je garde encore un souvenir amer de cette rencontre. Je n’ai rien répondu. Manque d’inspiration ou manque d’envie de répondre à un client malpoli ? Je ne sais pas, mais la colère a pris peu à peu la place de l’incompréhension.

Je suis passionnée de sciences depuis toujours, et même si je n’ai pas de diplôme, ma passion vaut quelque chose. Je vaut quelque chose. Je me suis sentie tellement rabaissée que c’est la honte qui a pris le pas sur tout le reste après cette « altercation ». Déjà que je ne me sens pas toujours légitime à aimer les sciences à cause de ce genre de réactions (déjà subies par le passé), c’est le genre de situation qui me fait regarder le sol. Et encore maintenant, je ne sais pas comment réagir face à cela. C’est si pernicieux et mesquin… jamais je ne me permettrais d’émettre un jugement sur la passion d’une personne ou sur sa légitimité. Bref, j’ai trouvé cela d’une extrême violence.

Je ne parle pas des autres violences subies dans ma vie de femme… Si ? Le mec en moto qui m’a palpé les fesses et s’est barré en accélérant, l’homme qui a commencé à se masturber devant moi dans le train et où personne n’a réagit même quand j’ai crié (souvenez-vous on est des hystériques, on sur-réagit…). Un autre homme qui a commencé à se frotter à moi dans la ligne 13, celui qui m’a tripotée et qu’on était tellement serrés qu’il était impossible de savoir qui c’était, celui qui m’a suivi jusque chez moi alors que j’habite à 25 min à pied de la gare… Et encore c’est uniquement ce dont je me rappelle.

Nous sommes toutes concernées, je ne connaît pas une seule femme qui n’aurait pas déjà eu des remarques ou des actes violents à son égard parce qu’elle est femme. Et on ne devrait pas se résigner ni utiliser la même violence que les hommes utilisent sur nous pour se défendre (nous en serions incapables) mais il est hors de question de laisser les choses se tasser quand ça nous arrive.

Alors, oui le titre est provocateur, mais en effet, il y a de quoi détester les hommes ou du moins avoir un fort sentiment de défiance à leur égard. Ce livre à allumé en moi une flamme dont j’ignorais l’existence. Il m’a permis de réaliser que j’ai le droit de ne pas vouloir côtoyer beaucoup d’hommes dans ma vie (et avoir un homme dans ma vie depuis de nombreuses années ne change rien à l’affaire). J’ai un cercle très restreint de connaissances masculines et ça me convient, et l’idée d’avoir des soutiens indéfectibles en des amies est très réconfortant. L’idée de Pauline Harmange est de nous montrer qu’on peut être heureuses sans vouloir vivre à travers eux. Ne pas attendre leur approbation, leur validation sur un quelconque choix que nous aurions fait. Et apprendre aux hommes qui le souhaitent comment mieux faire pour ne pas reproduire des millénaires de patriarcat…

Si vous voulez allumer vous aussi la flamme qui brûle en vous, lisez ce livre. Il est pour moi parfait afin d’en découvrir quantité d’autres sur le sujet. Une entrée en matière fracassante pour améliorer notre image de nous et s’émanciper dans la sororité.

Chronique : Fraternidad

Une ode à la liberté, et à tous ces nobles sentiments des temps anciens : l’honnêteté, l’honneur, la loyauté et le courage face à l’adversité… En somme, un sublime roman de cape et d’épée qui se déroule… à notre époque !

Paru en librairie à la fin du mois d’août, Fraternidad est le dernier roman en date de Thibault Vermot. Il avait auparavant déjà été remarqué pour son roman Colorado Train, également chez Sarbacane dans la collection Exprim’.

Outre sa magnifique couverture à la fois graphique et ancrée entre deux esprits et époques : des silhouettes encapuchonnées à la Anonymous qui font penser à notre ère et d’autres, armées de rapières tolédanes qui font penser aux temps où un combat à l’épée était la norme face à tout affront, Fraternidad est un pavé. Un bon gros pavé de presque 700 pages. Et ça se lit tout seul. C’est même trop court…

Une adolescence difficile, où le bonheur est presque toujours absent

Ed Perry est un adolescent introverti, et pour cause, dès qu’il se fait légèrement remarquer par ses camarades, ces derniers le molestent. En particulier le trio mené par Cliff, qui ne rate jamais une occasion de lui casser la tronche, ou de le balancer dans les poubelles du lycée pour faire bonne mesure. Ed Perry est un looser. Du moins selon ses semblables. Mais il cache un secret, quelque chose de si génial qu’il tient bon toute la semaine pour ces deux heures de bonheur le vendredi. Il oublie tout : sa famille merdique, son lycée pourri, ses crétins de « camarades » et part deux courtes heures s’habiller de collants, d’une cape et d’une épée et va par monts et par vaux avec Fenton De La Mare, un cheval.

Oui, Ed Perry fait du cheval deux heures par semaines pour tenir le coup. Et il est persuadé que c’est le début de grandes choses. Que la noblesse d’esprit et la justice ne sont pas mortes, et qu’à son échelle il peut changer le monde… il ne le sait pas encore, mais c’est encore loin d’être le cas. Pour devenir un héros, il faut traverser quantité d’adversités et de dangers… et c’est ce qu’il va faire.

Mais regardez cette beauté !

Noblesse d’esprit, réseaux sociaux, amitié et humour noir mêlés

Ce bouquin est une véritable claque littéraire ! A peine débuté, impossible de s’arrêter tant on a jamais rien lu de pareil (je vous met au défi d’avoir déjà eu un livre comme ça entre les mains). C’est drôle et tragique à la fois, plein d’esprit, parfois fort cru (Ed est un adolescent, et rien de plus normal, il a aussi des fantasmes sexuels que l’on découvre au fil des pages…).

L’argument phare de ce livre, c’est que c’est un roman de cape et d’épées qui se déroule à notre époque. Le paysage suranné de l’Angleterre, dans le Devon du Sud, mélangé aux dangers des réseaux sociaux et de ses terribles travers fait mouche. Au début, on se demande forcément comment l’auteur va nous emmener dans son univers sans faire un embrouillamini peu digeste… mais c’est tout le contraire !

L’art du détail… au dos du livre.

Véritable réussite et tour de force, Fraternidad est un roman qui donne de l’espoir, qui fait rire même dans les heures les plus sombres… C’est une ode à tous ces romans tels que Les trois mousquetaires, ou encore Le bossu pour ne citer qu’eux. C’est écrit avec fougue, verve et… je ne vous ai pas encore parlé des chapitres entiers narrés en vers libre !

Je veux vous raconter une mésaventure

Qui m’advint tout à l’heure.

Trois faquins imbéciles

M’ayant cherché des poux comme j’étais en ville

Tracèrent leur chemin à ma suite en voiture.

Moi, j’allais chevauchant parmi landes et ruines,

L’épée au vent, l’étrier gaillard, et le nez

Taquiné doucement par la brise marine.

Mais de retour au camp, je restai bouche bée : […]

On aimerait une seule chose : rejoindre Ed pour partager ses rêves d’un monde meilleur dans la petite pièce secrète qu’il s’est aménagée et sentir les effluves d’un bon repas nourrissant flotter dans l’air…

Personnellement, j’ai donc adoré ce roman contemporain qui se joue des codes et en créé de nouveaux. A la fois terriblement actuel et résolument nostalgique d’une époque que l’on croit révolue… c’est sublime. Et l’atmosphère de fin du monde qui transpire parfois entre les pages de ce roman atypique ajoute à sa beauté… A lire dès 15 ans, pour le reste, il n’y a pas de limites !

Chronique : Eleanor & Park

Une des plus belles histoires d’amour jamais écrites. Magique. Percutant. Mémorable.

Rainbow Rowell  est une auteure d’origine américaine. Cinq de ses romans sont déjà parus en France. Mais si on ne devait parler que d’un seul de ses ouvrages, c’est forcément Eleanor & Park que l’on se doit de citer. Pourquoi ? Tout simplement parce que c’est l’un des meilleurs romans que j’ai lu.

Par-delà les aprioris et le harcèlement

Eleanor est nouvelle au lycée. Elle subit déjà les remarques, les quolibets, les bousculades… elle essaye d’être discrète, de se faire toute petite. Quand on est ronde et rousse, c’est un peu comme si on cherchait les ennuis d’après certains…

Eleanor s’installe tous les jours dans le bus au même endroit : juste à côté de Park, qui l’ignore royalement.

Park ne veut rien avoir à faire avec cette fille. Il est américain, mais on le tanne toujours sur ses origines coréennes. Lui aussi essaye de ne pas trop se faire remarquer, même si il n’est le souffre douleur de personne. Il est juste très discret et peu bavard…

Comment une histoire peut-elle naître d’une rencontre quotidienne de quelques minutes dans un bus scolaire ?
Et pourtant… aussi improbable que cela paraisse, Eleanor et Park vont vivre une histoire unique. Belle, sucrée, terriblement douce et déchirante… Voici l’histoire d’un couple mythique de la littérature ado (mais pas seulement !).

Un roman absolument mémorable

Lire Eleanor & Park, c’est un peu comme manger un fraisier (oui, j’aime les fraisiers). On le commence, puis, on en reprend un bout, puis un autre… Jusqu’à la fin ! Dès les premières pages, on s’attache à cette drôle de fille qu’est Eleanor. Personnalité rugueuse, toujours hors des sentiers battus, un  look peu probable, réparties cinglantes (et géniales)… Eleanor est unique.

Il en est de même pour Park. Il a beau être de nature réservée, ses goûts musicaux et littéraire font de lui une personne à part (bien que relativement respectée) au lycée.

Autant le dire : Eleanor et Park détonnent totalement. On ne voit pas du tout comment ces deux-la vont pouvoir finir ensemble… Et pourtant, peu à peu, la magie opère… Raibow Rowell arrive à rendre ses deux personnages plus vrais que nature. Ils existent à travers nos yeux de lecteur. Et ils sont géniaux.

Vous allez apprendre à aimer ces deux personnages charismatiques et touchants. Tous les sujets sensibles sont traités avec talent dans ce fabuleux roman : la maltraitance, le harcèlement scolaire, l’amour, les premiers émois, la relation parent/enfant… Impossible de ne pas tomber sous le charme unique de cette histoire.

…..

Rainbow Rowell est une magicienne des mots. Ici, rien de magique cependant, tout le récit est à 100% réaliste. Mais dès les premières pages, vous serez transportés par cette histoire d’amour à nulle autre pareille… Quand vous approcherez de la fin, vous ne pourrez pas vous empêcher de dévorer les pages pour connaitre la conclusion !

C’est une véritable pépite, ne passez pas à côté, et cela quel que soit votre âge.

Chronique : Comme un poison entre nous

Ou comment un voisinage peut devenir peu à peu toxique et dangereux…

Paru aux éditions Scrinéo en février 2016, voici le tout premier roman de Monica Rattazzi. Entre roman policier et suspense domestique, découvrez une vie de famille normale et bien sous tout rapport… Jusqu’à ce qu’insidieusement, le mal s’installe.

Un couple qui bat de l’aile et une vie de famille à assurer

Vu de loin, vous admirez un tableau idéal : une petite vie famille heureuse, un petit pavillon dans la banlieue… le bonheur parfait. Mais, le verni semble se craqueler depuis un moment, et peut-être qu’il suffit d’une pichenette pour que tout bascule… A moins que tout allait mal avant ?

Et si, Hadrien, le fils de la voisine était l’élément déclencheur qui allait tout compliquer ?

Un thriller diaboliquement efficace et lancinant

Ce roman a beau débuter lentement, peu à peu la tension monte. Pour les adeptes de thrillers domestiques, ce sera absolument parfait. Le délitement du couple que forment Pierre et Julie semble inévitable… Et au fil des pages, on ne peut s’empêcher d’être frustré face aux réactions de Pierre, qui semble constamment fermer les yeux sur ce qui l’entoure.

En quoi Hadrien, le fils de cette voisine est-il si dangereux ? Au début, rien ne laisse présager du danger qu’il représente pour la petite famille. Sa mère travaille comme infirmière, elle est souvent absente ou débordée. Pierre aime bien prendre Hadrien sous son aile et l’invite régulièrement à la maison. Parfois sans demander son avis à Julie… Mais rien de bien grave en soi. Cependant, Hadrien est parfois bizarre et vicieux malgré sa jeunesse. Mais ne serait-ce pas Julie qui se fait des idées ? Elle qui a du mal à s’entendre avec Pierre depuis quelques mois déjà, peut-être qu’Hadrien n’est qu’un prétexte pour se quereller avec lui ?

La mise en doute est constante dans ce roman. Parfois, on ce dit que c’est peut-être nous qui voyons le mal partout, que notre réalité est biaisée par ce que pense Julie. Mais est-ce elle le problème ? Son mari Pierre ? Ou le fameux garçon, Hadrien ? Difficile de savoir réellement… jusqu’au dernier tiers du roman, qui commence à révéler sa teneur !

…..

En somme, Comme un poison entre nous (dont le titre est absolument parfait) est un thriller psychologique brillamment mené. Ceux qui aiment le suspense et les histoires sous tension qui se déroulent à l’échelle de quelques personnages devraient apprécier. C’est simple, diabolique, efficace. Saurez-vous deviner l’issue de cette histoire qui s’obscurcit de plus en plus vite au fil des pages ?

Personnellement, je ne suis pas habituée à ce genre de lecture, mais j’ai lu ce roman à une telle vitesse qu’il est impossible de nier son efficacité ! A réserver toutefois aux fans du genre, je pense.

EDITEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : Les Chiens

Un roman haletant et terrifiant de réalisme

Récit à connotation hautement autobiographique, Les Chiens nous conte l’histoire d’un jeune homme et de sa mère qui fuient un père/mari violent faisant tout pour les retrouver… Angoissant et captivant, bienvenue dans l’univers d’Allan Stratton. Outre le réalisme profond de l’histoire, vous trouverez également une partie fantastique pour corser le tout… Ce roman est d’ailleurs si ancré dans le passé traumatisé de l’auteur qu’il l’a dédié à Alex, son beau-père, qu’il nomme « le meilleur papa du monde ». Allan Stratton a précédemment écrit un autre roman : Le Secret de Chanda.

Un quotidien crispant et constamment sur le fil…

Pour Cameron et sa mère, il n’y a aucun endroit sûr où que ce soit dans le pays. Ils fuient de ville en ville, jamais assez longtemps pour s’attacher… Se fixer, c’est se mettre en danger, et ça, Cameron et sa mère l’ont bien compris. Mais il se pourrait que cette course-poursuite prenne fin grâce à la bourgade du Creux du Loup… L’endroit est si paumé qu’il est impossible d’être suivi jusqu’ici, même quand on est un psychopathe violent et insatiable comme le père de Cameron… Serait-ce le début d’un renouveau pour la petite famille qu’ils composent à eux deux ?

Mais il semblerait que le Creux du loup recèle d’autres dangers pour Cameron et sa mère… la maison dans laquelle ils vivent donne des sortes d’hallucinations visuelles et auditives à Cameron… Et cerise sur le gâteau, son intégration au collège de la ville ne se passe pas très bien… Que se passe-t-il dans l’étrange et branlante maison ? Cameron a-t-il des hallucinations ou autres chose ? Et qu’est-ce que le voisin, Mr Sinclair cache-t-il ?

Efficace et crispant comme il faut

Peut-être cela tient-il au fait que l’auteur a vécu une partie de ce qu’il écrit, quoi qu’il en soit, son écriture et son histoire sont captivants. Les phrases sont très courtes, incisives, directes. Les descriptions très factuelles, voir cinématographique. On est immédiatement dans l’ambiance, et on voit très bien ce que veut die Cameron quand il décrit la maison dans laquelle ils vivent comme étant tout droit sorti d’un film d’horreur.

Outre l’ambiance mortifère voir carrément flippante de son nouveau lieu de vie, Cameron cogite toujours à cent à l’heure à propos d’une foule de choses : son intégration dans la nouvelle ville, son père qui use de toutes les astuces pour les retrouver (Facebook, bouche à oreille, anciens amis et écoles…).

L’emprise psychologique qu’a le lieu sur Cameron se raffermis au fil des chapitres à un point tel que l’on se met à douter de tout et de tout le monde. Le voisin étrange, le camarade de classe harceleur et un peu violent, le nouveau copain de sa mère… tout participe à sa sensation d’enfermement. Et nous devenons peu à peu aussi paranos que notre jeune narrateur.

……

Si vous êtes à la recherche d’un bon thriller fantastique/psychologique adapté dès l’âge de 15 ans, ne passez pas à côté des Chiens. Âmes sensibles, s’abstenir, certaines scènes sont terrifiantes de réalisme, et c’est peut-être ça, le plus inquiétant. Non pas les éléments fantastiques, mais le réalisme poussif du récit par certains aspects.

Avec ce titre, la collection Macadam confirme qu’elle est toujours dans la course et continue à surprendre par des publications efficaces et originales.

Chronique : Tony Hogan m’a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman

Le quotidien d’une famille à qui la vie ne fait pas de cadeaux. Une magnifique et terrible histoire entre misère sociale et pleurs, coups, le tout parfois parsemé de rares éclats de rires…

D’origine écossaise, Kerry Hudson est une auteur qui monte, qui monte… Pour le moment, elle n’a que deux ouvrages publiés en France. Tony Hogan m’a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman est son premier ouvrage, très inspiré de son enfance entre HLM et Bed end Breakfast. Son second ouvrage, La couleur de l’eau est paru en 2015 aux éditions Philippe Rey et a remporté le très prestigieux prix Femina.

Son œuvre se distingue par son réalisme dur et froid, où les personnages sont souvent jeunes mais déjà très abimés par la vie… Et pourtant, c’est magnifique, beau à en faire mal, et terriblement accrocheur.

L’Ecosse des années 80 : ses drogués, sa misère sociale… et au milieu de tout cela, la famille Ryan

Bienvenue dans le monde de Janie Ryan, fraîchement venue au monde, elle est déjà ballotée d’instituts en HLM avec sa jeune maman d’une vingtaine d’années. Entre une grand-mère qui met sa fille à la porte, une mère accro à la boisson et des « tontons » qui viennent souvent en visite, la vie est loin d’être rose…

Bref, l’Ecosse des années 80 est un monde dur et sur le fil où il faut jongler entre les chômeurs, les dealers, les menaces pour un regard de travers et autres joies… Mais la mère de Janie a beau être jeune, elle sait se débrouiller pour que sa fille ne soit pas (trop) dans le besoin, quitte à faire confiance aux mauvaises personnes.

Ames sensibles, s’abstenir, la réalité est beaucoup difficile à appréhender que la fiction, surtout quand on sait que l’auteur s’inspire en partie de sa propre enfance.

Magnifique dans la saleté en la déchéance…

Lire un roman tel que celui-ci, c’est accepter de ne pas savoir où l’auteur va nous mener. C’est découvrir un monde sale et glauque pourtant bien présent, et ce toujours à notre époque. C’est observer le quotidien d’une famille qui vit (très mal) d’aides sociales et joue continuellement la carte de la débrouille.

J’avoue avoir eu beaucoup de mal à me prendre d’affection pour la maman de Janie (je n’ai d’ailleurs pas réussi), qui se nomme Iris. Totalement irresponsable, changeant tout le temps d’avis comme de maison ou de mec. Sanguine, versatile, très fière, Iris ne semble tirer aucune leçon de ses très nombreuses erreurs… Sa fille Janie a beaucoup plus de jugeote et de suite dans les idées que sa mère… jusqu’à un certain point.

Ainsi, nous suivons l’histoire de la famille Ryan du point de vue de Janie (de sa naissance) jusqu’à son adolescence.

….

C’est d’une infinie tristesse, on a le cœur balloté entre les bouteilles de bière vides de maman, les seringues de tonton et l’argot extrêmement fleurit de chacun. Et pourtant, on découvre une Janie débordante de vie, curieuse, demandeuse d’autre chose pour elle. Va-t-elle l’obtenir ? Vous devrez lire ce sublime roman pour avoir le fin mot de l’histoire…

Quoi qu’il en soit, c’est un roman qui fait vibrer, qui nous rend inquiet pour ses nombreux personnages hauts en couleurs. L’œuvre de Kerry Hudson sera à surveiller de très près à l’avenir, car ses deux romans sont pour moi de magnifiques pépites à ne rater pour rien au monde…

AUTEUR :
EDITEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : L’hiver dernier je me suis séparé de toi

Un polar bien retors et sombre, comme les japonais ont le secret…

Peut-être le nom de Fuminori Nakamura vous évoquera-t-il quelque chose ? L’auteur avait attiré mon intérêt il ya quelques années pour son roman Pickpocket. Ce sont maintenant trois ouvrages de cet auteur qui sont disponibles en France avec Revolver et son tout dernier paru en février 2017 : L’hiver dernier, je me suis séparé de toi. Ils sont tous disponibles aux éditions Philippe Picquier.

Un photographe aux goûts artistiques étranges… et mortellement dangereux

Un journaliste est chargé d’écrire un livre sur l’un des meurtriers les plus étranges du moment au Japon. Ses crimes sont si étranges et hors-norme, si malsains et inexpliqués que son profil fascine. C’est ainsi qu’il se retrouve mandaté pour écrire son histoire, ses motivations, ses pensées les plus obscures…

Mais cette plongée intime dans l’âme d’un meurtrier en quête de l’Art absolu est-elle sans danger ? Bien sûr que non… Jusqu’où peut-on fouiller dans le passé sans être soi-même influé par autant de mal ?

Un roman intimiste, sombre et étrange

Comme une grande majorité de romans policiers nippons, vous aurez droit ici à une intrigue à nulle autre pareille. Si vous recherchez quelque chose de classique ou de familier, ce n’est pas avec ce genre de roman que vous le trouverez. Non, L’hiver dernier, je me suis séparé de toi est un roman noir japonais qui va assez loin dans le genre tortueux.

Il s’agit d’une histoire de vengeance, d’esprit tourné et retourné en tout sens, d’amour aux (res)sentiments complexes et d’art où la perfection doit être atteinte, rien de moins. Le meurtrier de cette histoire est un photographe, et pour parvenir au cliché qui marquera les esprits à jamais, ce dernier est prêt à aller très loin… Trop loin.

Mais ce n’est pas le seul élément de l’intrigue qui comporte un réel intérêt. En effet, l’homme qui mène l’enquête pour écrire la biographie du meurtrier est également très intéressant. Peu à peu, on sent que son point de vue, ses pensées évoluent vers… autre chose. Quoi donc ? Impossible de vous le dire, mais les surprises sont de taille et s’enchaînent très vite en fin d’ouvrage !

D’ailleurs, si vous n’êtes pas familier des noms et prénoms d’origine japonaise, n’hésitez pas à noter qui est qui, car la fin du roman se densifie de telle façon qu’il vaut mieux reconnaitre chacun des personnages.

….

Quoi qu’il en soit, l’intrigue est passionnante, les révélations fascinantes et menées avec art. Même pour les plus férus de littérature policière, impossible de deviner le fin mot de l’histoire ! Mais tout se tient parfaitement du début à la fin… c’est un régal.

L’écriture de Fumonori Nakamura participe à ce sentiment d’accomplissement. Les chapitres sont très courts, le ton est factuel, efficace, presque clinique. Tout concoure à nous offrir un roman policier original et inclassable comme seuls les japonais en ont le secret.

Alors, si vous aimez les histoires sombres qui peuvent aller loin dans la créativité et la férocité, ce roman est fait pour vous. Attention, c’est aussi retors et malsain que délectable !

Chronique : Miso Soup

Rarement j’ai lu un roman japonais aussi génial, étrange et malsain…

Ryû Murakami (à ne pas confondre avec Haruki Murakami), est un auteur japonais très prolifique. En France, plus d’une vingtaine de ses livres sont publiés, tous aux éditions Picquier. Parmi ses titres les plus réputés, on peut citer Les bébés de la consigne automatique ou encore Bleu presque transparent.

Son style est toujours assez hard, il traite de tous les sujets, y compris les plus sordides : la prostitution des lycéennes dans Love & Pop par exemple, ou encore le thème du tueur en série avec Miso Soup. Et justement, Miso Soup est un roman fort étrange et fascinant à la fois…

A la découverte des quartiers chauds de Tokyo

Kenji est un jeune homme qui guide les touristes étrangers dans les ruelles les plus à vif de la capitale japonaise : Kabukichô. Bar à hôtesses, peep-show, rencontres et plus si affinité… C’est le paradis de la débauche version japonaise ! Alors, quand Kenji est contacté par un touriste américain nommé Frank pour visiter les coins les plus torrides du quartier, c’est avec plaisir qu’il accepte l’arrangement. Mais au fil des heures qui s’écoulent, les mimiques et les réactions de Frank travaillent beaucoup Kenji… Il est instable, a des réflexions malsaines, étranges. Au point que le jeune japonais se demande si son client n’aurait pas un lien avec le cadavre d’une jeune femme retrouvé la veille au soir dans des poubelles… Est-ce bien le cas ou le fruit d’une imagination débordante de la part de Kenji ?

Miso Soup, ou comment revisiter le thème du tueur en série

Rarement j’ai lu un roman aussi magnifiquement plongé dans l’ambiance sombre d’un autre Japon, celui de la nuit et des plaisirs. Tout en bizarreries, c’est la culture d’un monde différent et fascinant qui s’ouvre à nous : love hôtels, bars à hôtesses, etc., c’est une découverte totale.

Pour ceux qui aiment les romans sombres et très noirs, Miso Soup est fait pour vous. Il s’y trouve des scènes absolument mémorables. La façon dont la psychologie des deux personnages est mise en place par l’auteur est superbe. Et diabolique. Difficile de savoir qui affabule et qui franchi la ligne rouge… C’est construit de telle façon que l’ambigüité autour de Frank suscite de très nombreuses interrogations, aussi bien par Kenji que par nous lecteurs !

Ce roman est tout simplement génial et marquant. Certaines scènes vous resterons à jamais gravé dans la mémoire tant elles sont choquantes/malsaines/horribles (rayez la mention inutile). Et c’est justement cela que j’ai adoré. J’ai enfin trouvé un auteur qui va assez loin dans mes désirs de littérature. On découvre un univers fascinant et sombre totalement assumé. Ryû Murakami ne s’arrête jamais dans son obsession d’aller plus loin. Il nous pousse dans nos retranchements et nous interroge jusqu’aux ultimes pages…

………..

C’est une superbe réussite dans le domaine du roman noir asiatique. C’est magnifique de perversité, c’est glauque et ça tient bien la route… Au point que c’en est terrifiant.  Âmes sensibles, attention à vous toutefois !

Si vous tombez sur cet ouvrage, il vous faut donc vous le procurer absolument ! L’ouvrage est actuellement épuisé, mais il n’est pas difficile à trouver dans des magasins qui font du livre d’occasion. J’espère de tout cœur pouvoir le vendre à nouveau en librairie un jour : l’histoire, la couverture, tout es parfait.

Chronique : Rendez-vous dans le noir

Un polar ficelé à la façon nippone. Délectable, noir et extrêmement humain à la fois…

De son vrai nom Adachi Hirotaka, Otsuichi est un auteur japonais. Son roman Rendez-vous dans le noir est le seul paru en France. Il est sorti en 2014 aux éditions Picquier. Otsuichi a également participé à la création de nombreux mangas.

L’étrange relation entre une aveugle et un meurtrier se cachant dans sa maison

Un homme vient d’être mortellement poussé sous un train. Un autre part en courant suite à ce terrible événement, et se cache dans une maison toute proche de la gare. Il est recherché pour avoir poussé l’homme décédé brutalement. Il n’a pas le choix, il doit donc se cacher, et quoi de mieux que la maison d’une aveugle pour se faire ?

C’est alors qu’une chose étrange et indicible s’installe : un relationnel muet entre cette femme aveugle et le meurtrier de sang-froid… A quoi cela peut-il mener ? Les non-dits, les silences et l’atmosphère accablante vont se charger de nous le raconter…

Un roman minimaliste qui fonctionne à merveille

Difficile de faire un décor plus réduit : deux personnages qui accaparent quasiment toute la trame de l’histoire et une simple maison comme théâtre.

Et pourtant, on ne s’ennuie pas une seule seconde tant Otsuichi plante parfaitement bien l’ambiance. Sombre mais pas glauque, stressant mais pas flippant, tout y est savamment dosé pour donner une intrigue efficace.

Les chapitres alternent entre le point de vue des deux protagonistes, mais toujours d’un œil extérieur. Les phrases sont courtes, laissant la place au silence et à l’imagination qui font tout l’attrait de ce roman.

Une grande place est faite aux rituels du quotidien, ils sont simples mais extrêmement présents car la moitié du roman au moins est conté du point de vue de Michiru, la jeune femme aveugle. La façon dont sa vision des choses est narrée est extrêmement parlante.

Le moindre changement de place d’un objet pour elle est source d’une angoisse incommensurable. Et peu à peu, on se rend compte des enjeux de taille que doit surmonter son habitant clandestin. Pas un bruit, pas un seul objet à déplacer, il doit se fondre parmi les ombres…

Sous couvert de nous offrir un roman policier, l’auteur nous parle du mal-être qu’on certains dans le monde de l’entreprise. En effet, il est tout aussi cruel (voir plus) au Japon, qu’ailleurs. C’est intéressant de voir comment se créé un bouc-émissaire. Comment de petites piques ou remarques se transforment peu à peu en harcèlement… Et vous risquerez d’être surpris par la conclusion de l’histoire !

….

Loin d’être un roman à suspense classique, Rendez-vous dans le noir vous offrira une vision très différente de ce que peut-être un roman noir. L’ambiance y est incroyable, on retient notre souffle avec délectation par moments… C’est un roman qui gagnerait à être connu !