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Chronique : Memorex

A la découverte de la réécriture d’un classique de la littérature fantastique by… Cindy Van Wilder !

Le nom de Cindy Van Wilder vous dit peut-être quelque chose, si oui, c’est que vous avez déjà dû entendre parler de sa saga historique et fantastique Les Outrepasseurs.

Mais si cette fois nous vous parlons de cette auteur belge de plus en plus prolifique, c’est pour vous présenter son tout nouveau roman pour ados et jeunes adultes : Memorex. L’ouvrage est paru en mai 2016 dans la détonante et emblématique collection Electrogène, chez Gulf Stream Editeur.

Sans vous en dévoiler plus, nous vous diront simplement que l’auteure reprend à son compte l’écriture d’un mythe de la littérature fantastique… ! Mais lequel ?

Un étau se resserre peu sur la vie de Réha

En apparence, Réha a tout pour être heureuse. Elle évolue dans un monde privilégié, élitiste, étudie dans un établissement très prestigieux. Issue d’une famille très riche dont la fortune se base sur des avancée scientifiques très poussées, la jeune femme semble avoir tout pour elle… mais de nombreuses blessures se cachent sous ce masque de bonheur… qui se fissure.

La mère de Réha est décédée il y a peu lors d’un attentat, elle-même aurait pu voir sa vie s’interrompre brutalement. De plus, depuis cet atroce événement, Réha n’a jamais été aussi éloignée de son frère jumeau adoré qui est devenu très froid et distant avec elle…

C’est donc un flot de malheurs qui s’abattent sur Réha et sa famille, et cela ne semble pas vouloir s’améliorer : l’adolescente est depuis peu tourmentée par un mystérieux harceleur qui semble en savoir bien trop sur elle… et sa famille. Qui est-ce donc et que veut-il ?

Un roman bien tourné, assez efficace, mais trop aisé à pressentir…

Cindy Van Wilder est une auteure qui nous avait beaucoup surpris par la qualité de son écriture. Très aboutie, littéraire, belle, sa plume vaut le détour. Dans Memorex, elle a voulu mettre en avant l’action et le côté thriller et huis-clos (très réussit ici), plus que l’écriture et ses caractéristiques esthétiques. Et ça fonctionne. Cependant… on voit trop rapidement où elle veut nous emmener.

En effet, Memorex est un thriller fantastique et scientifique qui mélange tous les éléments nécessaires à un bon roman young-adult. Mais les réactions et les enjeux de chaque personnage sont trop évidents (et parfois trop stéréotypés) pour nous permettre de se lancer corps et âme dans la lecture.

On aurait apprécié en savoir encore plus sur l’histoire de la société créée par le père de Réha. Tout est expliqué, mais un développement plus poussé aurait été un plus non négligeable, peut-être un côté plus aléatoire et imprévu également, plus sombre encore.

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Ainsi, Memorex a beau réunir tous les composants nécessaires à un roman efficace, il ne réussit pas à nous satisfaire pleinement car trop facile à anticiper. Il remplira toutefois son office, à savoir distraire des lecteurs avides d’action et d’idées futuristes… A découvrir dès l’âge de 14 ans.

Si le thème abordé dans Memorex vous tente, vous pourrez peut-être vous penchez sur un roman qui avait su nous surprendre il y a de cela un an : Resurectio, d’Amélie Sarn.

Chronique : L’œil de Chaac

L'oeil de ChaacLes légendes Mayas sont dangereuses et cruelles… et ceux qui y croient encore plus.

Premier roman de l’auteur française Emma Lanero, L’oeil de Chaac est paru en février dernier aux éditions Gulf Stream dans l’excellente (et détonante) collection Électrogène. L’histoire est celle d’une quête autour d’un objet étrange et mystique qui date de l’ère des Mayas sinon plus… Mêlant fantastique, légendes et réalisme âpre, cette lecture est aussi inclassable qu’originale.

Des destins liés malgré eux autour d’un objet aux pouvoirs effrayants

Un jeune irlandais tombé dans la délinquance, une jeune femme tatouée sur l’intégralité de son corps qui possède une aura mystique, un chercheur spécialisé dans le passé des Mayas, un barman qui tien son échoppe modeste en pleine jungle…

Mais qu’ont-ils tous en commun ? Rien à priori, mais pourtant, quelque chose d’étrange et de singulier va les réunir : la sphère. Il semblerait que ce soit Chaac, (le dieu de la pluie chez les Mayas) qui l’ait envoyée sur Terre dans un but bien précis… Il est question de catastrophes naturelles, de notre humanité décadente et de son devenir, et aussi d’un long voyage pour éprouver sa valeur au travers d’épreuves…

Une aventure pleine d’action… et de mysticisme

Dans cette histoire, les personnages ne sont pas nécessairement attachants, mais singuliers. Uniques par leur passé marqué, à nul autre pareil à cause de leurs caractéristiques rares. Ici, vous ne suivrez pas de héros charismatiques, mais juste des hommes et des femmes ayant eu la « chance » d’entrevoir autre chose, de percevoir que tout n’est pas fait de ce que l’on voit…

L’histoire est quant à elle très classique, mais son traitement lui, l’est beaucoup moins. ici, on découvre la misère d’un pays, le symbolisme d’un peuple disparu (que l’on aurait aimé découvrir bien plus au travers de cette histoire). Rien n’est édulcoré, tout est vrai, vif, violent. Les symboliques y sont nombreuses, je suis d’ailleurs persuadées que j’ai dû en louper certaines qui m’auraient aidée à comprendre mieux le parcours de chacun. J’aime l’idée qu’il y ait des messages cachés et une sémiologie dense dans un ouvrage…

L’écriture à beau être facile d’accès, elle est toutefois lente, lourde, à l’image de la chape de plomb qui sévit dans les pays du sud tels que le Guatemala ou le Venezuela, où se déroule l’intrigue. On se sent pris dans une torpeur étrange, une lenteur hypnotique même parfois.

C’est assez paradoxal, surtout quand on constate que l’ouvrage se lit au final assez vite, mais j’ai pris mon temps pour le lire. Je ne pense pas que L’oeil de Chaac fasse partie de ces romans qui se dévorent, mais plutôt de ceux qui se découvrent peu à peu, d’où cette perception de lenteur tirée  de cette expérience de lecture.

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C’est un ouvrage à conseiller à ceux qui veulent découvrir une autre littérature (ado ou non). Une lecture moins facile qu’à l’accoutumée, plus creusée et qui n’est pas là pour nécessairement plaire au lecteur, mais pour lui faire vivre une expérience de lecture différente.

L’oeil de Chaac est ainsi une lecture totalement inclassable, très instructive (on apprend une foule de choses, mais on aurait aimé en apprendre encore bien plus !) aux personnages forts et à l’action vibrante. Parfait pour le dépaysement et la découverte totale. Une chose est certaine, ça ne plaira pas à tout le monde, mais ça vaut la peine de tenter l’expérience. Dès 15 ans minimum.

Chronique : L’école de la mort

L'école de la mortVient de paraître chez Gulf Stream Editeur, dans la collection Courants Noirs :  L’école de la mort ; une anthologie de huit nouvelles. Chaque auteur a pu y écrire ainsi deux courts récits : Charlotte Bousquet, Lilian Bathelot, Martial Caroff et Béatrice Égémar. Chacun d’eux a déjà un ou plusieurs romans dans la collection de romans policiers historiques de l’éditeur.

Le principe de cet ouvrage est simple, nous proposer des nouvelles policières dans un contexte historique mais aussi dans un établissement voué à l’apprentissage, il faut prendre ici le mot école dans un sens très large. Couvent, centre d’éducation, école militaire, lieu d’échanges philosophiques… tous ces endroits font la part belle à l’apprentissage. Et c’est dans cette ambiance très particulière que des meurtres vont avoir lieu…

Huit nouvelles à l’ambiance singulièrement différente

Nous ne vous parlerons pas de toutes les nouvelles contenues dans cet ouvrage et allons nous focaliser sur les plus marquantes, même si cela reste très subjectif.

Le maître des pierres de Marial Caroff : Nous voici aux temps sombres de la préhistoire. L’un des tailleurs de pierres du village est retrouvé mort, et il s’agissait du meilleur de tous. Son successeur logique, un autre tailleur de pierre bien moins bon que lui semble comme par hasard avoir trouvé le gisement de pierres du défunt… hasard ou étrange coïncidence à creuser ?

Une nouvelle à l’ambiance marquante, à la fois sombre et travaillée, nous nous retrouvons en des temps où certaines notions n’existaient pas encore, et où tout est encore à créer. Plus que pour l’intrigue, qui est tout de suite annoncé, c’est pour son écriture et son atmosphère que cette nouvelle plaira.

L’œil du loup de Lilian Bathelot : En Russie, en 1943, la jeune Roza Svetlana, tireuse d’élite va rencontrer son idole, la légende de tout le pays : Vassili Zaïtsev, tireur d’élite, il a de nombreuses fois fait mouche dans des situations impossibles. Toujours il s’en est sorti.

Maintenant, c’est à lui de forger la nouvelle génération de tireurs d’élite. C’est ainsi qu’au cours d’une compétition engageant les meilleurs tireurs (et tireuses) ainsi que leur binômes, les observateurs, Vassili Zaïtsev va mettre en jeu quelque chose de très personnel : l’œil du loup.

Un récit extrêmement prenant, aussi âpre que la guerre qu’il décrit. L’amour de Roza pour sa patrie et pour la réussite n’a pas de limite. Elle et son observatrice veulent donner le meilleur d’elles même pour servir leur pays et lui faire honneur… mais jusqu’à quel point ?

Magnifique et poignante, il s’agit certainement de la nouvelle la plus mémorable avec une conclusion qui nous laisse un goût doux-amer.

Meurtre à la maison de vie de Béatrice Égémar : En pleine période des pharaons, nous découvrons le dur apprentissage qu’il faut subir pour être un scribe digne de ce nom. Le maître actuel est dur, et même souvent injuste, notamment avec le jeune Pépi. Alors quand le maître est retrouvé mort peu après l’avoir encore appréhendé, tout le monde fait un rapprochement évident avec Pépi… mais est-ce réellement lui qui s’en est pris au maître Scribe ?

Un court récit bien amené et à la période historique intéressante. Jusqu’où va nous mener l’enquête ? Une chose est sûre, on meurt d’envie de savoir qui est le coupable. Une plume et une intrigue efficace.

Obsession de Charlotte Bousquet : En France, à l’époque de la royauté et des passes d’armes se trouve une jeune veuve qui se meurt d’amour pour un homme. Ce dernier en ignore tout. Elle lui fait envoyer des missives qu’elle ne signe pas de son nom, restant dans l’ombre… cet amour va-t-il devenir réel au lieu d’être fantasmé ? L’homme répondra-t-il aux attentes de cette femme qui se languit de lui avec de plus en plus de ferveur et de passion ?

Un récit aussi court que brutal qui nous montre la déchéance d’une femme par amour. L’écriture est certainement le point fort de cette nouvelle : comme dans l’ancien temps, les tournures de phrases sont travaillées, le vocabulaire ancien.

Pour conclure, L’école de la mort est un bon recueil de nouvelles, bien que celles-ci soient de qualité inégales. Un ouvrage à conseiller à ceux qui n’aiment pas nécessairement les romans, mais les courts récits. Il peut être parfait pour initier les lecteurs au genre policier sous différentes époques et formes. A conseiller dès l’âge de 14 ans.

Nouvelles contenues de le recueil L’école de la mort :

  • Les demoiselles de Saint-Cyr – Béatrice Égémar
  • Le maître des pierres – Martial Caroff
  • Les fantômes de Saint-James – Charlotte Bousquet
  • L’oeil du loup – Lilan Bathelot
  • Obsession – Charlotte Bousquet
  • Tatoo Coeur – Lilan Bathelot
  • Meurtre à la maison de vie – Béatrice Égémar
  • Agora Game – Martial Caroff