Archives du mot-clé France

Chronique essai : Tokyo Crush

Un témoignage passionnant sur le Japon vu par une française au travers des applis de rencontre !

Vanessa Montalbano est partie au Japon avec un visa vacances/travail. Quand elle a débarqué là-bas, elle ne parlait pas un mot de japonais ! Mais peu à peu, elle a appris la langue, la culture, les myriades de nuances dans la façon de s’exprimer, les goûts étranges de certains japonais et tant d’autres choses passionnantes. Tokyo Crush est à la fois un essai sur la société nippone au travers de ses amours, mais également un témoignage passionnant d’une expatriée curieuse.

Le Japon comme on ne l’a jamais lu

Je ne vais pas vous faire une chronique traditionnelle avec un tel livre. Je vais plutôt vous parler des passages qui m’ont le plus intéressée ou plu.

Par exemple, saviez vous qu’au Japon (et dans d’autres pays d’Asie), il n’est pas rare que dans les premières questions, celle du groupe sanguin soit demandée ? En effet, le groupe sanguin d’une personne est très importante pour nombre de japonais, il permet de connaître le caractère d’une personne (un peu comme les signes astrologiques chez nous). L’information du groupe sanguin est même publique quand il s’agit de personnalité politique ou de personnages publics.

Autre fait incroyable, les fantasmes de certains sont très spécifiques. Je savais déjà que l’on pouvait acheter des petites culottes portée par des femmes (ou même se les faire voler sur son balcon), mais je ne savais pas qu’il y avait un nom pour certains fétichismes bien précis !


Par exemple, connaissez-vous le zettai ryōiki ? Il s’agit de la partie des cuisses nue entre une jupe et des bas. Ou encore le paislash ? Il s’agit d’avoir la poitrine divisée par la lanière d’un sac en bandoulière.
Il faut également savoir qu’il est tout à fait légal au Japon (et facile de les trouver) de lire des mangas pornographiques mettant en scène des enfants. Ahurissant n’est-ce pas ?

Comme de nombreux romans nippons le prouvent, le Japon est une société profondément sexiste. C’est ainsi que j’ai appris qu’il y avait eu un scandale des écoles de médecine là-bas. Les résultats avaient été truqués durant des années pour favoriser les hommes au concours d’entrée en médecine. La raison ? Les femmes arrêteraient de pratiquer la médecine au bout de quelque temps ou travailleraient moins une fois qu’elles seraient mariées et mères…

Bon, je viens de vous mentionner les pires choses incroyables que j’ai lues dans cet ouvrage sur le Japon. Mais Vanessa Montalbana raconte des expériences très diverses et passionnantes. Par exemple, fait amusant, beaucoup de japonais avec qui elle a eu une aventure d’un soir s’excusaient de la taille de leur pénis… Ils en étaient extrêmement complexés.

Elle nous explique aussi à quel point la culture japonaise est codifiée. On le sait, dans une moindre mesure, mais elle l’a expérimenté en étant notamment serveuse : servir les personnes les plus importantes du groupe en premier, poser le plat dans le bon sens (oui, il y a un sens !, etc.). Il y a une quantité de petites bévues à ne pas faire, de non-dits lourds de sens qui peuvent mettre mal à l’aise la personne en face si l’on a pas les codes… Ce qui est arrivé de nombreuses fois à l’autrice.

Autre fait surprenant et vraiment chouette pour le coup, les baignoires japonaises ont une option pour conserver chaude l’eau du bain ou la réchauffer pour se baigner à nouveau le lendemain. Je trouve ça génial !

Toutes ces petites choses et quantité d’autres encore, font que le Japon est un pays fascinant, étrange et même impressionnant pour qui n’en possède par les nuances. Vanessa Montalbano a mis des années à les apprécier, les comprendre, et nous offre dans cet ouvrage un aperçu des nombreuses épreuves qu’elle a surmonté pour en embrasser toute la complexité. Un ouvrage indispensable à tous les amoureux de Japon qui veulent en savoir encore et toujours plus sur cet incroyable pays aux paradoxes toujours plus surprenants.

Chronique jeunesse : La maison Chapelier – Tome 1

De la magie, de la politique, de l’Histoire… et des vêtements au propriétés magiques !

Voici le premier roman de Tamzin Merchant, actrice et maintenant autrice… Vous pouvez la voir dans la série Carnival Row (qui met en scène des fées – et de magnifiques chapeaux – dans un monde ressemblant fort au nôtre il y a plus d’une centaine d’années).
Pour donner naissance à cette série haute en couleurs et en créativité, l’autrice s’est levée un matin, à 4h30, et l’inspiration venait de lui tomber dessus.
C’est ainsi qu’est née La maison Chapelier. Un roman historique et fantastique qui nous propose une version alternative de Londres et de ses enjeux politiques…

Comment un chapeau peut-il arrêter une guerre ?

Bienvenue à Londres, plus précisément dans la maison Chapelier… C’est ici que l’on confectionne des chapeaux pour tout type d’occasion. Pour se sentir en confiance, pour déclarer sa flamme et améliorer éloquence, pour monter sur scène… pour désamorcer une guerre.
En quoi les chapeaux sont-ils magiques ? La famille Chapelier est la SEULE de tout le pays à avoir le droit d’exercer cet art délicat grâce une autorisation émise par la royauté elle-même. Mais il n’y a pas que les Chapeliers qui ont se bénéfice, il en est de même pour les Bottiers ou encore les Gantiers qui eux-même exercent chacun dans leur spécialité.
Alors en quoi tous ces objets peuvent-il être magiques ? Tout cela tiens dans les ingrédients et dans le savoir-faire unique de celui ou celle qui les fabrique. Cet artisanat, la jeune Cordélia Chapelier l’apprend tout doucement… mais on ne llui fait pas encore assez confiance pour qu’elle réalise des commandes à elle toute seule. Rien que l’état d’esprit de celui ou celle qui fabrique le chapeau peut influer sur le résultat final. C’est donc un art extrêmement délicat…

Alors quand un chapeau de diplomatie est commandé par la famille royale pour éviter le pire, c’est toute la famille Chapelier qui s’y met… Mais il semblerait que quelqu’un souhaite leur mettre des battons dans les roues. Ce qui pourrait mener à un conflit ouvert avec le royaume de France.

Une pincée de magie et de savoir-faire…

Ce premier tome est assez engageant et plaira à tous les enfants qui aiment les ambiances un peu loufoques et surtout merveilleuses. L’idée est assez originale bien que son développement reste assez classique, c’est une lecture très plaisante.

L’idée de ce Londres alternatif où la magie de l’artisanat fait des merveilles est très plaisante, d’autant qu’il y a des enjeux historiques et politiques. C’est bien réfléchi, et mené avec efficacité. J’ai tout particulièrement apprécié cette ambiance Victorienne mêlée à un soupçon de magie. En réalité, tout est dans le choix des objets qui décorent le chapeau. L’univers créé par Tamzin Merchant est d’ailleurs très détaillé en cela en toute fin d’ouvrage. Ce sont plus d’une cinquantaines d’ingrédients étranges et uniques qui sont catalogués et détaillés avec soin par l »autrice !

Ainsi, c’est donc le début d’une série sympathique qui pourra parfaitement satisfaire les enfants dès l’âge de 9/10 ans. Le tome 2 n’est pas encore annoncé pour le moment.

Ce document a été créé et certifié chez IGS-CP, Charente (16)

TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : Nos corps jugés

Catherine Cuenca est une autrice pour la jeunesse très prolifique. Elle a écrit nombre d’ouvrages devenus depuis des références pour les libraires ou l’Éducation Nationale. La marraine de guerre (Le livre de poche jeunesse), Celle qui voulait conduire le tram (Talents Hauts), La Reine Margot : Du mariage au massacre (Oskar)… et tant d’autres !

L’un de ses derniers ouvrages, Nos corps jugés, nous montre l’énorme avancée qu’a réalisée Gisèle Halimi d’un point de vue juridique pour toutes les victimes de viols.

Une avancée juridique énorme pour les femmes

Voici l’histoire de Myriam, une adolescente heureuse et insouciante qui croque la vie à pleines dents. Elle est à fond dans ses études pour avoir la mention au bac, ses parents étant très stricts. Mais cela ne l’empêche pas de rêver à des sorties ou des soirées. Ainsi, un soir elle fait croire à ses parents qu’elle est chez une amie et va à une fête, c’est là qu’elle fait la rencontre de Frank. Il est gentil, attentionné et semble très intéressé par Myriam. Ils décident de se revoir, mais les choses vont très mal tourner après qu’il l’invite à boire un café chez lui…

La jeune femme garde ce lourd secret, mais impossible pour elle de faire comme avant. Ses notes sont en baisse, elle évite ses amis et ses parents et joue constamment le rôle de la jeune fille heureuse qu’elle n’est plus. Myriam a été violée, mais ce même mot ne lui vient pas à l’esprit. Elle est formatée par une éducation où la notion de consentement n’existe pas et où la femme est forcément fautive quelque part.

Avant le retentissement du Procès d’Aix, le viol n’était traité que comme un délit… Choquant n’est-ce pas ? C’est grâce aux avancées de l’avocate Gisèle Halimi que les femmes vont peu à peu réussir à faire entendre leur voix. C’est ainsi que l’histoire de Myriam au premier plan rencontre celle de cette énorme avancée juridique pour les femmes. Une époque pas si lointaine puisque le viol est un crime seulement depuis le 23 décembre 1980.

Un ouvrage coup de poing nécessaire plus que jamais

Il est bon de découvrir des ouvrages comme celui de Catherine Cuenca à l’heure où l’obscurantisme et le patriarcat tentent encore et toujours de nous arracher les droits que l’on a durement acquis. Le féminisme se bat au quotidien contre cela, et l’ouvrage de Catherine Cuenca est là pour nous rappeler que ces acquis sont toujours fragiles. Et surtout Nos corps jugés illustre à quel point la libération de la parole est une épreuve, mais qu’il est toujours possible de se faire aider malgré les obstacles.

En très peu de pages, on est absorbés par l’histoire de Myriam, sa détresse, les nombreuses épreuves qu’elle va traverser, parfois à des endroits inattendus. C’est poignant, très réaliste, on ne peux que se mettre à la place de cette jeune fille en détresse qui fait tout pour donner le change. C’est le genre d’ouvrage qui se dévore car on a tellement envie d’en connaître la fin que plus rien ne compte. On veut savoir comment l’adversité peut être vaincue, où se situent les pièges que la société nous tend…

C’est un ouvrage passionnant que j’ai donc dévoré. Tant par le sujet que par les personnages criants de réalisme, Nos corps jugés est un roman nécessaire. Il est à découvrir dès l’âge de 14 ans environ mais aussi pour toutes celles et ceux qui veulent en connaître plus sur notre histoire judiciaire, le MLF et quantité d’autres choses encore.

Chronique : Toujours plus à l’Est

Un récit sur la Corée du Sud d’aujourd’hui vue à travers les yeux d’un français… drôle, fascinant et extrêmement instructif.

Paru aux éditions Picquier en 2016, Toujours plus à l’est est le troisième ouvrage du français Benjamin Pelletier.

Grâce à lui, on se sent un peu plus proche de ce pays qui semble si exotique et attrayant à nos yeux… et une fois terminé, on a qu’une seule envie : prendre un billet aller-simple pour la Corée !

Entre le roman et le récit de voyage

Notre ouvrage commence quand Benjamin Pelletier arrive à Séoul et emménage dans un petit appartement, dans le quartier de Malli-dong, qu’il présente comme ayant « Un air de bricole et de système D« . Tout semble s’assembler parfaitement, mais tout en étant fait de bric et de broc. Dans ce quartier ancien vivent principalement des personnes âgées, ou des jeunes avec peu de moyens. Cette partie de Séoul est à l’opposé du reste de la ville, tout en lignes droites et propres. La partie ancienne de la capitale est d’ailleurs amenée à disparaître, Séoul veut oublier son passé au plus vite… 

C’est ainsi que pendant un an, nous suivons Benjamin Pelletier dans ses découvertes de la culture coréenne… et elle n’a pas fini de nous surprendre !

Une société aussi curieuse que fascinante, entre modernité et croyances anciennes

Pour les amoureux de l’Asie, cet ouvrage pourrait bien devenir un indispensable à découvrir. On y apprend tant d’anecdotes et de faits intéressants qu’il est impossible de tous les lister, mais c’est captivant ! 

Baguettes en métal, dans la plus pure tradition coréenne.

Que ce soit à propos de l’éducation, de l’alphabet (très particulier), des croyances, des habitudes de vie, de la nourriture, TOUT est différent de chez nous, en France. Pas nécessairement pour le mieux, mais juste différent. Et c’est cela qui m’a plu avant tout dans cet ouvrage que l’on peux classer entre le récit et le roman (sans oublier une bonne dose d’humour). 

De plus, malgré une fuite en avant perpétuelle des coréens -très bien placés au niveau mondial quand il s’agit de nouvelles technologies ou d’e-sport, notamment à League of Legends ou à Starcraft – ces derniers se réfèrent encore énormément à des croyances ou habitudes anciennes. Je vous ai listé une partie des superstitions du pays citées par l’auteur, je les trouve aussi géniales qu’intéressantes !

  • Leurs baguettes sont en métal car par le passé, les familles royales avaient peur d’être empoisonnées. Le poison s’oxydant sur le métal, ce dernier devenait visible (notamment l’arsenic).
  • Le chiffre 4 est leur crainte, il signifie la mort car le chiffre et le mot « mort » en chinois ont la même prononciation.
  • Il ne faut jamais se couper les ongles la nuit pour ne pas attirer les souris, toujours promptes à prendre forme humaine pour voler les âmes.
  • On ne siffle pas la nuit ! Car ça peut réveiller les fantômes.
  • Il ne faut pas nettoyer l’appartement que l’on quitte pour faire croire aux esprits que l’on quitte les lieux. Ainsi, ils ne nous cherchent pas.
  • Il ne faut en aucun cas se laver les cheveux avant un examen, de risque de vider son cerveau de toutes les connaissances accumulées…

Et ce n’est qu’une toute petite partie de ce que j’ai listé grâce à l’ouvrage ! Je ne vous ai pas parlé du symbole qu’est l’hibiscus pour eux ou encore des traditions vis à vis des personnes âgées ou comment est l’éducation.

On en apprend également beaucoup sur comment mangent les coréens. Là-bas, il n’y a pas de hiérarchie de plats, tout est servi en même temps ! On mange ce que l’on veut quand on en a envie. Le riz est quant à lui servi dans un bol en métal muni d’un couvercle. D’ailleurs, si vous souhaitez découvrir l’expérience culinaire coréenne à Paris, il y a les restaurants Dochilak (ce qui veut littéralement dire plat à emporter en coréen) qui sont très fidèles à l’esprit. Et leur porc à la sauce piquante est à se damner… parfait avec un bol de riz noir. 

Dans un restaurant Dochilak, à Paris… un délice !

Vous l’aurez compris, Toujours plus à l’Est est un ouvrage fort instructif qui est parfait pour découvrir en douceur une nouvelle culture. Je vous le conseille fortement si vous projetez d’aller en Corée ou que ce pays vous intéresse, tout simplement. 

Pour aller plus loin : 

N’hésitez pas à aller voir la chaîne YouTube The Korean Dream, tenue par un franco-coréen qui vit à Séoul. Ses vidéos sont extrêmement intéressantes, et on en apprend énormément sur la vie quotidienne en Corée : louer un appartement, découvrir Séoul autrement, ou tout simplement s’initier au Hangeul, commander dans un restaurant, etc. C’est une excellente chaîne et elle mérite qu’on s’y attarde !

TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : Coup de foudre à Pékin

Une histoire d’amour touchante ayant pour toile de fond la Chine d’aujourd’hui

Peut-être connaissez-vous Chloé Cattelain, grande spécialiste de la Chine, sur laquelle elle a rédigé un mémoire et où elle a vécu.

Elle nous avait déjà fait le plaisir d’écrire le fabuleux roman Ma vie à la baguette, sur un ado franco-chinois. L’autrice de talent récidive avec cette fois-ci une adolescente française qui part vivre en Chine avec sa mère… et on s’y croirait.

Tout quitter pour aller vivre en Chine ? OUI !

Voici l’histoire de Clémence, une jeune française qui part vivre en Chine avec sa mère qui a été mutée. Et pour l’adolescente, c’est un rêve qui se réalise… Elle qui apprend le chinois depuis de nombreuses années va enfin pouvoir mettre en pratique ses acquis !

En parallèle, nous suivons le jeune Yonggui, un adolescent Chinois qui fait partie des meilleurs de sa classe et même de son école. Et rien ne pourra le distraire de son but : être le meilleur en tout pour s’assurer un avenir meilleur à lui et à sa famille…

Comment ces deux là vont-ils pouvoir se rencontrer et peut-être s’aimer ? Vous le saurez en plongeant à cœur perdu dans Coup de foudre à Pékin !

Une douceur de roman… 

Chloé Cattelain est pour moi une de mes autrice préférées en seulement deux romans. Pourquoi ? Car elle nous dépeint la Chine de manière unique et nous la fait aimer comme personne. Elle est si passionnée qu’elle ne peut que nous transmettre le « virus » de la Chine à travers des personnages vrais et sincères… Ainsi, après Ma vie à la baguette, ce second roman ado est une réussite.

Cette romance franco-chinoise fonctionne en tout cas à merveille (sans une once de guimauve), tant au niveau des deux protagonistes principaux qui sont très attachants, qu’au niveau narratif. L’humour est très présent, mais ça n’empêche pas Chloé Cattelain de traiter de sujets plus difficiles : le divorce, le côté très hermétique de la société chinoise, le travail à la chaine qui frise l’esclavage…

……..

Que dire de plus, sinon qu’il vous faut lire les livres de Chloé Cattelain, ce sont ce que j’appelle des livres-doudous. On s’y sent bien, on passe un excellent moment, et on n’a absolument pas envie des les quitter… A découvrir dès 13 ans environ.

Chronique : Le petit terroriste

Omar Youssef Souleimane est un auteur d’origine syrienne. Son récit, Le petit terroriste, vient tout juste de paraître chez Flammarion, à l’occasion de la rentrée d’hiver 2018. Entre humour et drame, découvrez l’histoire d’une enfance très différente de la notre…

Une enfance normale dans une famille sunnite

Notre narrateur et auteur nous conte son enfance, comment il a été élevé dans l’idée que la religion primait par dessus tout et devait régir sa vie. Qu’il ne devait jamais avoir de pensée « impures », mais que le terrorisme était la meilleure arme pour vaincre ses ennemis… C’est paradoxal, mais c’est justement là qu’Omar Youssef Souleimane s’interroge, se cultive.

Il passera ainsi son adolescence à lire les grand poètes et auteurs français : Rimbaud, Eluard, Aragon… entre autres. A écouter les chansons de Jacques Brel et d’Édith Piaf (beaucoup écoutées en Orient pour apprendre le français). C’est d’ailleurs pour cela qu’il dit « Ne me quitte pas » au lieu de « ne quitte pas » quand il est au téléphone. Il a du mal avec le féminin et le masculin des mots français, et pour être tranquille il prend tout par paires : deux bananes, deux clémentines, deux… Car maintenant, il vit en France.

 De sa vie et de son adaptation en France, nous n’avons que quelques pages. Tout le reste nous retrace son enfance. Entre humour et récit de vie difficile, la vie de cet homme est très intéressante. Il a beaucoup de choses à dire, sur son enfance, sa vie, son parcours spirituel et comment il en est venu à ne plus croire à son qu’on lui enseignait de façon si insistante.

Un récit toutefois difficile à appréhender pour les non-initiés

J’ai trouvé l’enfance d’Omar Youssef Souleimane à Riyad (capitale de l’Arabie Saoudite) très intéressante, mais je dois reconnaître mon cruel manque de culture concernant l’Orient et ses enjeux. Quels conflits et pourquoi ? Quels préceptes de base régissent le salafisme dans lequel baigne l’auteur ? A un moment, il a peur du Moukhabarat, qu’est-ce donc ? Après une recherche, j’ai appris qu’il s’agissait des services de renseignement égyptiens. Une note de bas de page aurait été la bienvenue pour nous le dire.

Pour la plupart des Occidentaux (dont moi), tout cela est très flou, et le problème de ce livre, c’est qu’il n’éclaircit pas ces points. Si vous ne connaissez pas déjà un peu l’Islam, l’Arabie Saoudite et la Syrie, ça reste très nébuleux. J’ai donc pu apprendre des choses en creusant un peu : ce qu’est le sunnisme, par exemple. Ou le poids des traditions, par exemple, il est interdit de tendre la main gauche, elle n’est censée servir que pour les toilettes.

Cela ne retire en rien à la qualité d’écriture de l’auteur. Il n’est pas question de juger un récit de vie, d’autant que la sienne n’a pas été évidente sous bien des aspects.

…..

Le petit terroriste est donc un livre intéressant mais qui l’est encore plus si l’on possède une culture en lien avec l’Orient et ses nuances. On y rit, on est parfois triste ou en colère face à ce qu’il a vécu : les injustices, la dureté de son père, la cruauté de ses camarades d’école… Mais que cela nous réconforte, Omar Youssef Souleimane est maintenant en France où il profite (je l’espère !) de la vie parisienne et écrit. Car il n’est pas qu’auteur, mais également journaliste et poète.

EDITEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : Marquise

Un roman bien mystérieux qui aurait pu être génial, mais dont la conclusion n’a pas su être pleinement à la hauteur des attentes que j’ai placées en lui…

Joanne Richoux vient de débarquer dans la collection Exprim’ (Sarbacane) en mars 2017 avec Marquise. Il ne s’agit pas de son premier roman, mais je la découvre à travers cette nouveauté. Marquise, c’est l’histoire de deux jeunes paumés à qui la vie n’a pas décidé de sourire et qui décident de rebattre les cartes… mais est-ce pour un mieux ?

Une session de recrutement très étrange

Entre Charlotte et Billy, ça a toujours été une évidence. Ils ont toujours voulu s’évader de leur petite ville étriquée, de leur vie tristoune et déprimante… Non, ce qu’ils veulent, c’est vivre vraiment. Et c’est ainsi qu’ils s’en vont un jour, sans demander leur reste, abandonnant leurs familles respectives.

Le but ? Rejoindre Paris pour y passer un casting très spécial réservé uniquement à ceux qui en ont entendu parler par le bouche à oreille… Et manque de pot, ils réussissent toutes les étapes, jusqu’à être parmi les 8 gagnants qui ont le droit d’aller vivre avec Le Marquis, sur son île personnelle en Écosse.

Qu’est-ce donc que cet étrange mode de vie où tout le monde vit comme à l’époque du Roi Soleil ? Une secte ? Quel est le but réel du Marquis ? D’où lui vient une telle fortune pour faire vivre autant de gens à sa charge ?

Tout cela a beau être fort étrange, Charlotte et Billy plongent à corps perdu dans cette affaire un peu bizarre et carrément louche. Mais jusqu’où iront-ils pour plaire au fameux Marquis ?

Une accroche géniale mais dont le développement final n’a pas su me séduire

L’idée de départ de Marquise est génial : une société secrète qui recrute des gens selon des critères connus d’eux seuls. Cela à tout pour plaire : une bonne dose de mystère, une ambiance désuète due à l’époque chérie par Le Marquis… C’est tout de suite captivant.

Jusqu’à la conclusion. En effet, c’est la fin du roman qui m’a déplu et qui fait que je n’ai que moyennement apprécié l’ensemble. Tout est très bien décrit et campé dans ce roman, mais quand on découvre le pot aux roses, je m’attendais à quelque chose de beaucoup surprenant. La fin du roman a malheureusement un gout de déjà vu… Sans en dire plus (impossible, ce serait tout vous gâcher !), j’ai trouvé la fin trop rapide et quelque peu bâclée.

En effet, malgré l’écriture vive et accrocheuse, certains personnages sont trop stéréotypés, et même si l’issue n’est pas évidente au premier abord, elle n’en est pas pour autant surprenante.

J’ai particulièrement eu du mal avec l’héroïne, Charlotte. Beaucoup trop tête brulée à mon goût, toujours de mauvais poil, rebelle (même quand ce n’est pas nécessaire), elle manque beaucoup trop de sang froid. A tel point qu’elle en devient agaçante. Là où elle pourrait choisir le dialogue, elle choisi la confrontation ou un mur de silence. Systématiquement. Elle est trop indépendante pour moi, même si cela est également a force pour affronter ce qui l’attend.

….

En somme, Marquise est un roman ado qui faisait de très belles promesses. Elles sont en partie tenues, mais la conclusion ne reste pas au niveau de l’histoire dans son ensemble ! C’est donc une réussite partielle, gageons que l’auteure nous fera découvrir son univers au travers d’autres romans puisque Marquise est son tout premier. Il faut bien débuter quelque part !

Chronique : Kabukicho

Découvrez un Tokyo sombre et sulfureux à travers un roman noir finement écrit… coup de cœur à l’horizon !

Peut-être connaissez-vous déjà l’auteure française Dominique Sylvain ? Personnellement, au travers de la lecture de Kabukicho, c’était une première… Mais une chose est certaine, je vais y revenir car j’ai adoré !

Dominique Sylvain, auteure française, spécialisée dans les polars, s’est taillé un nom dans son domaine. Parmi les titres issus de sa plume on peut citer : L’archange du chaos, Passage du désir, Baka !, La fille du samouraï… et une quantité d’autres. En ce qui concerne Kabukicho, l’ouvrage est paru en octobre 2016 aux éditions Viviane Hamy, et c’est une franche réussite. Explications.

Bienvenue dans le quartier chaud de Tokyo

Kabukicho : LE quartier des plaisirs au sein de la capitale nippone. C’est également le lieu de travail de Kate, hôtesse dans un bar, et de son amie Marie. Mais dans ce bar à hôtesse, point de tractations d’ordre sexuel, les hôtesses sont là pour discuter uniquement. Permettre à des hommes de se détendre et d’exister au travers de conversations, voilà leur unique but.

Mais lorsque Kate disparaît en laissant un étrange sms, on est en droit de se poser la question : n’est-ce pas lié à son travail ? Elle qui œuvrait dans le quartier le plus chaud de Tokyo, s’était-elle fait des ennemis ? Ou est-ce autre chose ?

Un polar mené tambour battant qui nous fait plonger dans les mœurs étranges du Japon

Au travers de la lecture de Kabukicho, c’est non seulement un roman génial que vous découvrirez, mais également une auteure de talent.

En effet, la disparition de Kate a beau être l’élément central de l’intrigue, il y a une foule d’autres éléments qui gravitent autour. On découvre un autre pan de la culture japonaise, une partie que même en étant fasciné par ce pays, on ne connaît pas nécessairement. Tout est codifié au Japon, et le quartier des plaisirs qu’est Kabukicho n’y échappe pas.

Vous découvrirez comment fonctionnent ces fameux bars à hôtesses, mais également l’importance que les yakuzas ont dans ce genre de quartier. Ce secteur empli de sexe sous toutes ses formes à travers les néons fluorescents est aussi un lieu pour tromper la solitude pour beaucoup de japonais… C’est d’une triste poésie.

C’est ainsi que l’on découvre le Club Gaïa, où officie Marie, amoureuse du Japon depuis de nombreuses années. Son amie, et colocataire Kate y travaille également… c’est ainsi que leur amitié s’est développée. Alors quand Kate disparaît et ne se présente pas au travail, l’inquiétude monte.

L’enquête débute ainsi. Au travers du regard de Marie sa colocataire, du policier japonais qui mène l’investigation, et du meilleur ami masculin de Kate (un japonais également) qui travaille comme hôte également, dans un autre bar.

La psychologie des personnages est finement menée. On les suit chacun avec intérêt, car ils ont tous leurs petits secrets inavouables et leurs problèmes (pour certains très lourds). Dans Kabukicho, il n’y a aucun temps mort. Chaque personnage apporte sa pierre à l’édifice qu’est l’intrigue surprenante de ce roman. On est captivé, fasciné, et jamais blasé. Tout s’enchaîne efficacement, et au fil des pages, une idée germe, un malaise s’installe… mais chut !

……

Je ne vous gâcherais pas l’intrigue, mais faites-moi confiance, Kabukicho est un excellent roman. On y découvre un Japon sombre, méconnu et hypnotique. Les personnages sont peu nombreux mais tous bien campés, très réalistes. Et surtout, l’intrigue est magnifiquement menée, même après le fameux point de bascule où on entrevoit les possibilités qui s’ouvrent à nous. C’est délectable et un peu inquiétant. Juste parfait en somme. A découvrir sans modération !

Actualité éditoriale : U4, le phénomène de la rentrée littéraire ado

U4 PrésentationC’est l’événement de la rentrée ado 2015 : U4. Une série de quatre romans écrits à quatre mains par des auteurs jeunesse et ado français reconnus pour leur travail et leurs œuvres. Une série écrite à quatre, c’est du jamais vu sur la scène éditoriale… d’autant plus qu’ils sortent en simultané le 27 août 2015 !

Tout a commencé lors d’un salon littéraire, Yves Grevet (Méto, Nox), Florence Hinckel (#Bleue, Mémoire en mi, Hors de moi), Vincent Villeminot (Instinct, Réseaux) et Carole Trébor (Nina Volkovitch) se sont lancé le pari d’écrire à quatre… pour plaisanter au début, mais le projet a très rapidement été concrétisé. Et au vu du travail de chacun, cette série va faire d’énormes vagues !

Les auteurs avaient particulièrement à cœur de travailleur avec leurs éditeurs respectifs à savoir Nathan et Syros, ce sont ainsi des livres coédités qui vont paraître sous le nom de Syros/Nathan.

U4 StéphaneMais alors U4, qu’est-ce que c’est ?

Ce sont quatre romans qui se lisent tous indépendamment et écrit de quatre points de vues très différents, tous à la première personne. Tout commence au mois de novembre, en Europe. Cela fait une dizaine de jours que le virus U4 sévit. Les morts se comptent par millions… et seuls les adolescents entre 15 et 18 ans semblent y survivre (ainsi que quelques rares et riches adultes).

A priori, nos quatre personnages n’ont rien en commun : l’un vit à Marseille, l’autre en Bretagne, l’une encore à Lyon ou encore à Paris. Et pourtant… ils jouent tous à un jeu en ligne nommé Warriors of Time. Et tous reçoivent un étrange message du jeu-vidéo qui leur annonce qu’ils peuvent peut-être empêcher la catastrophe biologique d’arriver en allant dans le passé s’ils se rendent à Paris avant le 24 décembre prochain.

C’est ainsi que Koridwen (de Bretagne), Yannis (de Marseille), Jules (de Paris) et Stéphane (de Lyon) décident d’aller au point de rencontre… mais pour des raisons extrêmement différentes. Chacun va faire des rencontres uniques et arrive avec un lourd passé.

U4 AuteursComment écrire à quatre mains ?

Les auteurs (cf photo ci-contre) l’avouent eux-mêmes : U4 a été aussi plaisant à créer que complexe à mettre en place. Ils s’étaient posé de nombreuses contraintes : calendaires, météorologiques, rédactionnelles (comme le temps présent et à la première personne qui devait être utilisé par tous pour plus de cohérence)…

De plus, ils s’étaient mis d’accord pour que leurs romans fassent tous à peu de choses près la même taille (un peu plus de 400 pages tout de même !), il y avait donc également une contrainte de densité de texte.

Au début de l’aventure, chacun a écrit le premier tiers de son roman tout seul, puis quand est venu le moment d’entrecroiser les personnages et leurs bagages, la donne a changé. Ils se sont d’ailleurs réunis tous les quatre dans un maison d’auteur à Marseille pendant une semaine et ont échangé pendant des heures sur le moindre détail.  En somme, écrire à quatre mains, c’est mettre quatre fois plus de temps (voire d’avantage !) pour écrire, d’autant que la perception du personnage de chacun n’est pas évidente à retranscrire pour l’autre, surtout quand ils se rencontrent (vous me suivez ?). Et le moindre petit objet peut prendre toute son importance, tout dépend de qui décrit la scène…

U4 YannisPourquoi un univers post-apocalyptique ?

Il y a plusieurs raisons avancées par les auteurs. L’une d’elle est qu’en effet, le post-apocalyptique séduit toujours son public. Personnellement, j’adore voir se débrouiller des ados qui sont dans la mouise jusqu’au cou… Alors quand il y a un virus mortel qui sévit, pas d’eau potable ni électricité et qu’une aventure aux allures de road-trip nous est promise on ne peut qu’être impatient de voir ce que ça va donner sur le fond.

L’autre raison est assez simple, mais il fallait y penser. Chacun des auteurs d’U4 a son propre univers de prédilection, Carole Trébor est plus sur de l’historique, d’autres sont plus sur la psychologie etc. Le plus simple pour avoir des bases d’écritures communes était de tout détruire. En effet, avoir des ruines pour décor facilite les choses.

 ….

U4 LogoVous l’aurez compris, U4 est un bel enjeu éditorial qui mérite qu’on s’y intéresse fortement tant pour son intrigue accrocheuse que pour le nom des auteurs qui l’ont créé. C’est tout simplement exceptionnel de voir un tel projet éditorial et humain voir le jour et je suis totalement enthousiaste à l’idée de découvrir ce nouvel édifice littéraire.

Les chroniques sont à venir prochainement sur le site, et n’oubliez pas la date fatidique : le 27 août 2015 !

Chronique : Zen City

Zen CityUne vie parfaite programmée pour vous

Grégoire Hervier est un écrivain français qui a pour le moment deux romans à son actif, son dernier est Zen City, paru en poche en mars 2013. Son autre récit est Scream Test, paru en 2006 aux éditions Le Diable Vauvert.

Ses récits sont souvent emprunts d’un regard critique sur notre société et son évolution constante en matière de technologies. Alors, jusqu’où êtes-vous prêts à être manipulé pour faire partie intégrante de la société 2.0 parfaite ?

Zen City : la ville parfaite nouvelle génération

Dominique Dubois est un homme à la vie fade, même son nom est confondant de banalité. S’il devait exister une personne représentant les statistiques moyenne du citoyen lambda, Dominique Dubois serait cette personne. Il est tellement dans la moyenne qu’il ne sort jamais du lot par une quelconque spécificité. Mais alors qu’il avait un travail lui donnant des satisfactions basiques mais bien réelles, Dominique Dubois va se faire licencier à cause d’une malheureuse erreur d’expéditeur concernant son sms.

Ce sera finalement un mal pour un bien, du moins dans un premier temps. Pour une fois dans sa vie, on lui offre l’opportunité de faire partie de quelque chose de grand, quelque chose que beaucoup de gens convoitent : faire partie de Zen City. C’est ainsi que Dominique Dubois découvre son tout nouveau travail dans une ville magnifique : criminalité au taux frisant le 0%, ultramoderne et pourtant proche de la nature ariégeoise, propre et belle… vivre dans un tel lieu est un rêve.

Ville high-tech où tout est simplifié : la consommation y règne en maître, mais de façon insidieuse… ainsi êtes-vous un acheteur consentant mais aveugle à Zen City, même quand on travaille dans le service marketing de la ville. Après tout, qu’y a-t-il de mal à voir son frigo se remplir tout seul en fonction de nos goûts ?

Zen City gfLa technologie RFID au service d’un marketing poussif

La clé de l’intrigue réside dans le pistage des habitants de Zen City. Tous ceux qui y vivent ont obligatoirement une puce RFID (Radio Identification ou Radio Frenquency Identification en anglais). Cette minuscule puce de la taille d’un grain de riz permet de suivre à la trace la personne qui en est dotée. Ainsi, il est aisé d’avoir encore plus de données en termes de consommation, d’habitudes, de comportements, tout cela alimentant la grosse machine marketing qu’est Zen City.

L’homme peut-il subir autant de pression sans devenir au bas mot dingue ? Grégoire Hervier nous propose ainsi un roman futuriste allié à un thriller le tout sans oublier une part d’humour. Le personnage de Dominique Dubois est aussi fascinant qu’insignifiant : il est le rouage qui montre ce que nous pouvons tous devenir comme lui. Manipulables, mais pas seulement…

 ….

Zen City est un thriller futuriste à l’avenir dangereusement proche. Toutes ces études comportementales et marketing sont déjà bien en marche, Grégoire Hervier les a seulement réunies au sein d’une ville en y ajoutant une petite partie avant-gardiste. A lire d’urgence pour se faire peur et plonger dans un bon roman, tout simplement.