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Chronique : Les agents de Mr Socrate – Tome 1 – La confrérie de l’Horloge

Une série à destination des adolescents sombre et captivante, en pleine ère Victorienne !

Connaissez-vous Arthur Slade ? Si non, il s’agit d’un auteur d’origine canadienne dont l’univers est aussi sombre que plaisant. En France, nous ne le connaissons que pour une seule série : Les agents de Mr Socrate (paru chez MSK, la collection pour ados du Masque), le reste de son œuvre n’ayant pas été traduite.

En France, cette saga fantastico-historique en quatre tomes est passée relativement inaperçue, et c’est fort dommage. L’univers de l’Angleterre Victorienne y est bien campé, et l’ambiance y est savoureuse…

Un orphelin au physique atroce mais aux capacités extraordinaires

Tout commence avec l’histoire de Modo, bossu, trapu et né avec une laideur si absolue qu’il a été vendu par l’orphelinat qui en avait la charge. A l’âge de 1 an à peine, il est balloté de ville en ville par des forains qui l’exposent dans leur musée des horreurs…

Mais ça, c’est avant que le mystérieux et très classieux Mr Socrate croise son chemin. Racheté pour une somme bien rondelette aux forains, Mr Socrate décide de prendre l’enfant sous son aile, mais ce n’est pas par altruisme…

Formé au combat, élevé par les meilleurs professeurs, Modo va peu à peu évoluer. Son intelligence n’a d’égal que sa laideur… Mais le bébé devenu jeune homme a un autre atout de taille que tous ignorent sauf Mr Socrate et quelques personnes triées sur le volet : Modo peu changer comme il le souhaite de morphologie et d’apparence. Un don extraordinaire quand on est voué à vivre de l’espionnage !

Un roman noir et captivant mélangeant fantastique et historique de main de maitre

Ce premier tome de saga commence très fort avec des personnages convaincants et bien campés. Si vous aimez comme moi les atmosphères sombres et teintées de mystères ésotériques, cette série est pour vous !

Dans La confrérie de l’horloge on trouve : du surnaturel, un savant fou qui ressemble étrangement au Docteur Moreau de H.G. Wells malgré son nom : Hyde (un autre clin d’œil fait à l’œuvre de Stevenson , L’étrange cas du Docteur Jekyll et Mr Hyde cette fois-ci). De même Modo nous fera penser au Quasimodo du Notre-Dame de Paris de Victor Hugo de par son nom et son infirmité.

Vous découvrirez également une étrange technologie mélangeant métal, vapeur et expérimentations (du bon steampunk en somme !), le tout arrosé de potions dangereuses aux effets étranges… Sans oublier l’ambiance si particulière et charmante de l’Angleterre Victorienne… et ses nombreux dangers ! Vous croiserez également des personnages historiques emblématiques de l’époque, comme le Prince Albert.

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Alors si les récits d’espionnage vous tentent, que les jeux de dupes vous attirent et que l’action vous fait vibrer, La confrérie de l’horloge sera le roman parfait ! A découvrir dès l’âge de 14 ans environ.

Chronique : Les Décharnés – Une lueur au crépuscule

Ou comment une invasion de morts-vivants éveillera le meilleur (et surtout le pire) chez l’être humain…

Paul Clément est un jeune auteur français qui peu à peu creuse son trou dans le monde du roman fantastique, plus particulièrement dans la branche zombie. Pour le moment, il a deux romans à son actif, Les Décharnés et Creuse la mort, tous deux chez Post apo éditions.

Avec Les Décharnés, Paul Clément signe un roman efficace et très crédible sur le point humain… à faire froid dans le dos !

Une journée tranquille et ensoleillée en Provence…

…avant le bain de sang. Patrick, vieil agriculteur de métier et misanthrope par principe va assister à une scène aussi terrible qu’incroyable. Un immense carambolage mettant à feu et à sang la route passant près de sa propriété. Seul « bémol », les gens victimes de cet accident hors-norme n’en ont pas fini avec la vie et sont devenus des zombies assoiffés de sang…

La cause ? Nous l’ignorons, tout ce que l’on sait, c’est que Patrick est censé survivre dans sa petite maison de Provence alors qu’elle est entourée de plusieurs centaines de zombies. Mais il n’a pas que sa simple carcasse à sauver des dents pourries des zombies, il doit également protéger la fillette qu’il vient d’arracher à une mort certaine… Comment peuvent-ils s’en sortir ?

Efficace et happant !

Je dois avouer avoir eu du mal à rentrer dans le roman au niveau des 60 premières pages. Le huis-clos avec les zombies me semblait très long… limite insoutenable, mais on peut y voir la volonté de l’auteur. Donc, en cela c’est réussit.

Mais le plus intéressant survient après. Quand Patrick et la petite fille qu’il a sauvée réussissent à s’enfuir de la ferme. L’interaction avec d’autres êtres humains est inévitable… et dangereuse.

C’est surtout dans les relations et la psychologie humaine que Paul Clément révèle tout son talent. Voir Patrick se confronter à tout un panel d’hommes et de femmes a quelque chose de stimulant et de très intéressant. Quelles seront les réactions d’untel face à une remarque ? Qui représente la loi et l’ordre dans ce genre de situation où tout semble partir en lambeaux ? Qui résistera à la tentation de faire absolument tout ce qu’il veut ?

Pour l’écriture, j’avoue ne pas franchement aimer la façon dont parle Patrick. La narration étant à la première personne, c’est Patrick qui narre au lecteur ses aventures post-apocalyptiques. Alors, certes, c’est un homme qui commence à avoir de la bouteille, son langage est familier donc sa façon de parler/écrire est tout à fait logique, il s’agit juste d’une question de goût pour ma part.

Mais on peut facilement passer outre l’écriture car elle est surpassée sans problème par l’intrigue. C’est nerveux, sous tension, et on ne sait jamais comment chacun va réagir et quand la mort frappera… ni sous quelle forme. Les Décharnés a beau être violent et empli d’hémoglobine – roman de survie post-apo oblige – vous y trouerez également de beaux sentiments : l’amour, le courage existent encore, même si ils sont devenus extrêmement rares. Les sentiments humains sont au premier plan dans ce roman qui devrait plaire à tout amateur de roman impliquant une invasion zombie.

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Bref, une fois l’histoire lancée, ça ne s’arrête plus ! Si vous aimez les romans qui se dévorent (comme un cerveau !), les intrigues bien ficelées et même parfois cruelles, vous êtes au bon endroit. Les récits de ce genre sont habituellement l’apanage des auteurs américains, mais Paul Clément réussit à relever le défit avec adresse, et même mieux que certains. Bravo à lui !

Chronique album jeunesse : Les raisins sauvages

Un joli conte chinois à découvrir !

Les raisins sauvages est un classique contemporain écrit par Ge Cuilin qui nous vient tout droit de Chine et qui date de 1956. Ce conte a connu là-bas un immense succès, mais reste absolument méconnu, notamment en France.

C’est ainsi que les éditions Fei se proposent d’en faire découvrir la teneur aux enfants français. Le texte est d’origine, mais les illustrations réalisées par Wu Jinglu l’ont été pour l’occasion !

L’histoire de la bonté incommensurable d’une petite gardeuse d’oies

Voici l’histoire d’une petite fille réputée pour sa beauté qui gardait des oies. Elle avait une tante très cruelle et une cousine aveugle… Sa tante était si jalouse de sa nièce et de sa réputation qu’elle la rendit aveugle… Mais au lieu de se lamenter, la petite gardeuse d’oie alla chercher une solution au fin fond de la montagne…

Une belle histoire à l’illustration extrêmement soignée

La première chose que l’on remarque quand on ouvre cet album pour enfant, c’est la qualité de l’ouvrage. Que ce soit le papier, les couleurs, les dessins, tout y est soigné.

Les dessins de Wu Jinglu sont d’une finesse incroyable. La façon qu’il a de capter les expressions sur les visages qu’il dessine est incroyable. Les dégradés de couleur y sont à tomber !

En ce qui concerne l’histoire, comme de nombreux contes, elle est à la fois belle, triste, mélancolique, mais très positive également. On retrouve tous les ingrédients d’un conte traditionnel : une tante atroce, une héroïne harcelée ou haïe, mais également une quête et une bonté sans bornes. Et il faut avouer que le tout fonctionne à merveille.

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C’est une excellente initiative que d’éditer des ouvrages comme Les raisins sauvages pour que les enfants découvrent d’autres contes traditionnels que ceux issus d’Europe. Ici, c’est tout un pan méconnu de la Chine qui s’ouvre à nous et donne envie de découvrir d’autres classiques comme celui-ci…

Je ne puis que vous conseiller de vous procurer ce conte pour vos enfants, dès l’âge de 5 ans minimum. Tout y est pour satisfaire les jeunes lecteurs : une belle histoire servie par une illustration magique, c’est une petite réussite !

EDITEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Paroles de libraires (2) – Guilaine Spagnol pour la librairie La Dimension Fantastique

La Bibliothèque de Glow : Peux-tu nous raconter ton parcours avant d’avoir ouvert La dimension fantastique ?

G. Spagnol : J’ai voulu travailler dans les métiers du livre dès l’âge de 15 ans, alors après le BAC L j’ai fait un DUT Information-communication options Métiers du livre à Saint-Cloud (Paris X).  Là j’ai clairement compris que pour moi, c’était la librairie ! J’avais 20 ans après ces deux années d’études, et je ne me sentais pas prête à chercher du travail (trop peu de pratique, et le théorique ne vous apprend pas à bien vous jeter à l’eau…), donc j’ai fait un Brevet professionnel de librairie à l’INFL pour avoir deux ans d’expérience sur le terrain.

J’ai été apprentie à la Librairie Nouvelle d’Asnières-sur-Seine, où je me suis occupée surtout des rayons BD, jeunesse et Littérature de l’Imaginaire, mais où j’ai aussi été formée à à peu près tous les rayons d’une librairie généraliste.

J’ai ensuite enchaîné avec un remplacement de 6 mois à L’arbre à lettres Denfert-Rocherau (aujourd’hui La petite Lumière), puis sur 4 mois au rayon jeunesse du Virgin des Champs-Elysées. Là je me suis rendue compte que les grandes surfaces culturelles, c’était pas fait pour moi ! J’ai donc trouvé du travail dans une librairie généraliste rue Saint-Paul, la librairie Charlemagne, où je m’occupais de la pochothèque et des bandes dessinées. Elle a fermé un an et demi après ça.

Enfin j’ai travaillé près de deux ans à la librairie Comme un roman, dans le 3ème arrondissement de Paris, où je m’occupais de la littérature, de la bande dessinée et des littératures de l’imaginaire. Ce dernier travail a été formateur, j’assistais beaucoup la gérante, et je m’occupais de nombreux rayons importants. C’est en faisant le point sur mon expérience et mes envies que j’ai tout lâché pour créer ma propre librairie ! (et grâce au soutien de mes proches, surtout, que j’ai pu y arriver)

La bibliothèque de Glow : Quel symbole se cache derrière le nom de la librairie ?

G. Spagnol : La librairie fait d’abord référence à l’ouvrage de Barbara Sadoul La dimension fantastique (Librio), un recueil de contes fantastiques (Gautier, Hoffman, etc…). Ensuite le mot Dimension fait référence au fait que notre librairie aborde plusieurs dimensions littéraires : Bd et roman, et le fantastique souligne le fait que nous sommes spécialisés dans les littératures de l’imaginaire (dont le fantastique).

La bibliothèque de Glow : Quel type de clientèle passe la porte de ta librairie ?

G. Spagnol : Elle est assez variée : pas mal d’enfants, surtout pour les mangas (et quelques romans et BD), pas mal d’étudiants (surtout pour les littératures de l’imaginaire), mais je dirais que notre cœur de clientèle a entre 25 et 45 ans, les passionnés de l’imaginaire viennent de tous les milieux, pour la BD ce sont surtout des cadres et des professions artistiques.

La bibliothèque de Glow : Quel est Le produit que l’on ne trouve que dans TA librairie ? (ou presque)

G. Spagnol : Certainement la collection (presque) complète des Terry Pratchett dans leur format originel de l’Atalante ! (ce qu’il en reste : vite, achetez-les avant qu’ils soient tous remaquétés !).

Vous trouverez également un de mes livres préférés, totalement (et injustement) méconnu : L’épouse de bois (voir chronique ici sur le blog) de Terri Windling. Je vois que je suis la seule en Ile de France, et qu’on est trois sur Place des librairies pour le pays, alors j’imagine que c’est LE Livre qu’on ne trouve presque que chez moi ^^.

La bibliothèque de Glow : Peux-tu nous présenter les derniers ouvrages qui t’ont marquée ?

G. Spagnol : Un ouvrage à destination des adultes et des ados : La série Lockwood and Co de Jonathan Stroud. Passez outre les couvertures peu attractives, le contenu est top : Stroud nous emmène dans une sorte de Ghostbusters londonien, bourré d’humour anglais, de dialogues burlesques et de descriptions savoureuses ! L’intrigue n’est pas en reste, son univers est superbement bien construit, ses personnages sont attachants et consistants (aux caractères bien trempés) et l’auteur mène le suspense avec brio.

L’espace d’un an, de Becky Chambers : un space opéra très très différent de ce à quoi on est habitué ! L’histoire se déroule sur… l’espace d’un an (!) dans le vaisseau Le voyageur, foreur de trous de ver dans l’Union Galactique. J’aime comparer ce roman à la série Firefly de Joss Whedon pour les dialogues – géniaux, drôles ou touchants, les rapports humains sont très bien décrits – mais aussi à la série des années 90 Farscape : la cohabitation entre différentes espèces de la galaxie, parmi lesquelles l’espèce humain à du mal à s’imposer…, n’est pas de tout repos, mais il est génial de découvrir chaque race, et chaque histoire qui se cache derrière. J’ai vraiment pris du plaisir à lire ce roman, c’était agréable et enrichissant, réellement passionnant, j’attends une suite avec impatience !

Enfin une bande dessinée : Les effroyables missions de Margo Maloo, de Drew Weing chez Gallimard BD. J’avais découvert cet artiste avec son superbe « En mer » aux éditions ça et là, et il revient avec une bande dessinée fantastique qui ravira autant les enfants que les adultes : on y suit Charlie, pré-ado rondouillard, teneur d’un blog journalistique très pointu et collectionneur à ses heures, qui emménage avec ses parents dans un vieil hôtel délabré de la mégapole d’Echo City. Manque de bol, son placard abrite un monstre, lequel lui choure des figurines pendant la nuit ! On va lui donner le contact de Margo Maloo, enquêtrice, mais aussi médiatrice entre le monde des humains et celui des créatures fantastique. C’est une BD complètement décalée, que l’on dévore d’une traite ! Ne pensez pas qu’elle ne convient qu’aux enfants et ados, les adultes y trouveront aussi leur compte.

Je peux aussi citer : L’éducation de Stony Mayhall de Daryl Gregory, La maison dans laquelle de Mariam Petrosyan, Les légions de poussière de Brandon Sanderson (et toute son œuvre), Arslan de M.J. Engh, Les enfermés de John Scalzi, Les fiancés de l’hiver de Christelle Dabos ou encore Le sentier des astres de Stefan Platteau. Fiou.

La bibliothèque de Glow : Quel est ton genre de l’imaginaire favori ?

G. Spagnol : Initialement la Fantasy – depuis que je suis ado – , mais plus le temps passe et mois j’ai de genre favori : j’essaye surtout de trouver mes auteurs favoris, tous genres confondus.

La bibliothèque de Glow : Quel est ton livre préféré de tous les temps ?

G. Spagnol : C’est très dur ça… il sont deux ex-aequo… et l’un d’entre eux n’est pas vraiment du fantastique (bien qu’il y en ai un tout petit petit peu…) il s’agit de Jane Eyre de Charlotte Brontë. J’adore le relire. Le second c’est A la croisée des mondes de Philip Pullman, j’en garde un souvenir tellement émouvant, il a eu une telle emprise sur moi, que je ne peux pas éviter de le citer. (Bon, il y aurait pu y avoir Gagner la guerre de Jaworski ou même Harry Potter, mais non. Je les pose juste là 😉 )

La bibliothèque de Glow : Vous organisez beaucoup de dédicaces au sein de La dimension Fantastique, quelles sont les prochaines à venir ? (ndlr : les dédicaces mentionnées ci-dessous sont passées).

G. Spagnol : Alors que j’écris ces mots, nous attendons la venue de Brandon Sanderson dans deux jours : je suis joie ! Sinon nous recevons fin octobre les dessinateurs des BD de Science-fiction Sébastien Goethals (Le temps des sauvages) et alberto Jimenez Alburquerque (Letter 44), puis Samantha Bailly et Miya pour un manga de fantasy (Alchimia), et enfin Elian Black’Mor et Carine-M pour Spooky et les contes de travers, livre illustré aux accents burtoniens.

Le mois prochain nous avons l’honneur de recevoir les auteurs américains de SF Paolo Bacigalupi (La fille automate) et Ann Leckie (La justice de l’ancillaire), mais aussi Nicolas Fructus pour Gotland. On vous réserve bien d’autres surprises avant la fin d’année !

La bibliothèque de Glow : Autre chose à ajouter ?

G. Spagnol : Continuez de lire, qu’importe l’univers littéraire, faire marcher son imagination c’est bon pour le moral et le caractère !

Chronique : Sang-de-lune

Une dystopie aussi sombre que cruelle qui pourra éveiller les consciences

On ne vous présent plus Charlotte Bousquet, auteure française moult fois interviewée et chroniquée sur le site. Elle écrit énormément, et cela pour tous les âges. Elle écrit des dystopies, des romans historiques, du fantastique, de la fantasy noire…

Avec Sang-de-Lune, elle signe son second roman dans la très bonne collection ado Electrogène, chez Gulf Stream (son premier s’intitulait Là où tombent les anges).

Un système castrateur pour les femmes

Bienvenue dans une société qui écrase ses femmes. Elles n’ont droit de rien. Ne peuvent parler que si un homme les y autorise, ne choisissent pas leurs maris et peuvent même être répudiées par ce dernier si elles n’arrivent pas à enfanter. Cette atroce société, on ne sait pas vraiment où ni quand elle s’épanouit, tout ce que l’on sait, c’est que la jeune Gia commence à remettre en question les préceptes qu’on lui a toujours inculqués. Le déclencheur ? Une étrange carte et une idée folle de sa petite sœur Arienn…

Un roman coup de poing qui pousse à la réflexion sur notre société d’aujourd’hui

Une bonne dystopie à la française, cela faisait un moment que ça n’était pas arrivé, et ça fait du bien d’en découvrir une ! Sous couvert de nous proposer une dystopie, Charlotte Bousquet tente de nous choquer, nous réveiller avec une véritable claque littéraire.

Tout est choquant dans la ville d’Alta. Ses préceptes, sa culture, sa religion qui lapide les femmes de façon légitime… Tout contribue à heurter le lecteur pour le pousser à la réflexion et l’introspection.

Et surtout… comment en est-on arrivé là ? La réponse risque de vous déranger ! Mais elle est bien trouvée.

L’univers que Charlotte Bousquet a créé autour de son histoire est joliment développé. On découvre une société vivant sous terre, sombre, mal éclairée. Des créatures mortifères dangereuses, visqueuses et létales y vivent… J’ai adoré l’ambiance que revêt Sang-de-Lune ; si sombre, si déliquescente qu’elle en devient délectable. On aurait en apprendre plus sur le bestiaire si particulier créé pour ce roman, mais le fait qu’il garde sa part de mystère est un bien en soi.

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L’histoire de Sang-de-Lune est intéressante, et on se lance sans retenue dans le voyage insensé de Gia et Arienn. La trame du roman reste classique, mais la façon dont l’intrigue est traitée l’est beaucoup moins. Âpre, dur, cruel, cuisant, c’est un roman qui ne vous laissera pas indifférent(e). A découvrir dès l’âge de 15 ans minimum.

Chronique : Memorex

A la découverte de la réécriture d’un classique de la littérature fantastique by… Cindy Van Wilder !

Le nom de Cindy Van Wilder vous dit peut-être quelque chose, si oui, c’est que vous avez déjà dû entendre parler de sa saga historique et fantastique Les Outrepasseurs.

Mais si cette fois nous vous parlons de cette auteur belge de plus en plus prolifique, c’est pour vous présenter son tout nouveau roman pour ados et jeunes adultes : Memorex. L’ouvrage est paru en mai 2016 dans la détonante et emblématique collection Electrogène, chez Gulf Stream Editeur.

Sans vous en dévoiler plus, nous vous diront simplement que l’auteure reprend à son compte l’écriture d’un mythe de la littérature fantastique… ! Mais lequel ?

Un étau se resserre peu sur la vie de Réha

En apparence, Réha a tout pour être heureuse. Elle évolue dans un monde privilégié, élitiste, étudie dans un établissement très prestigieux. Issue d’une famille très riche dont la fortune se base sur des avancée scientifiques très poussées, la jeune femme semble avoir tout pour elle… mais de nombreuses blessures se cachent sous ce masque de bonheur… qui se fissure.

La mère de Réha est décédée il y a peu lors d’un attentat, elle-même aurait pu voir sa vie s’interrompre brutalement. De plus, depuis cet atroce événement, Réha n’a jamais été aussi éloignée de son frère jumeau adoré qui est devenu très froid et distant avec elle…

C’est donc un flot de malheurs qui s’abattent sur Réha et sa famille, et cela ne semble pas vouloir s’améliorer : l’adolescente est depuis peu tourmentée par un mystérieux harceleur qui semble en savoir bien trop sur elle… et sa famille. Qui est-ce donc et que veut-il ?

Un roman bien tourné, assez efficace, mais trop aisé à pressentir…

Cindy Van Wilder est une auteure qui nous avait beaucoup surpris par la qualité de son écriture. Très aboutie, littéraire, belle, sa plume vaut le détour. Dans Memorex, elle a voulu mettre en avant l’action et le côté thriller et huis-clos (très réussit ici), plus que l’écriture et ses caractéristiques esthétiques. Et ça fonctionne. Cependant… on voit trop rapidement où elle veut nous emmener.

En effet, Memorex est un thriller fantastique et scientifique qui mélange tous les éléments nécessaires à un bon roman young-adult. Mais les réactions et les enjeux de chaque personnage sont trop évidents (et parfois trop stéréotypés) pour nous permettre de se lancer corps et âme dans la lecture.

On aurait apprécié en savoir encore plus sur l’histoire de la société créée par le père de Réha. Tout est expliqué, mais un développement plus poussé aurait été un plus non négligeable, peut-être un côté plus aléatoire et imprévu également, plus sombre encore.

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Ainsi, Memorex a beau réunir tous les composants nécessaires à un roman efficace, il ne réussit pas à nous satisfaire pleinement car trop facile à anticiper. Il remplira toutefois son office, à savoir distraire des lecteurs avides d’action et d’idées futuristes… A découvrir dès l’âge de 14 ans.

Si le thème abordé dans Memorex vous tente, vous pourrez peut-être vous penchez sur un roman qui avait su nous surprendre il y a de cela un an : Resurectio, d’Amélie Sarn.

Interview d’Olivier Girard pour la collection Une heure-lumière au Bélial’

La collection Une heure-lumière fait partie de mes favorites depuis sa création, il y a à peine un an. De son graphisme à son format, sans oublier son contenu souvent mémorable, tout dans cette série de livres est fait pour séduire.. Rencontre avec son créateur, Olivier Girard, qui a également créé les éditions Le Bélial’.

Le choixLa bibliothèque de Glow : Pourriez-vous présenter la collection Une heure-lumière ?

Olivier Girard : Il s’agit d’un espace éditorial unique en France dédié aux seuls courts romans (ce que les anglo-saxons appellent des novellas) inédits de science-fiction. On y privilégie les textes primés (mais pas que), les textes anglophones (mais pas que), et une SF du vertige pétrie de sense of wonder (mais pas que).

Les textes courts sont au cœur de la politique éditorial du Bélial’ depuis l’origine de la maison, à travers la revue Bifrost, évidemment, mais aussi au sein de nos collections, qui abritent de nombreux recueils et anthologies. Or la novella, que je considère part certains aspects comme le format roi en SF, nous posait un problème — trop longue pour Bifrost (bien qu’on en ait déjà publié, bien sûr), et trop courte pour en faire un livre grand format classique. C’était une vraie frustration que de ne pouvoir proposer aux lecteurs francophones ces textes formidables publiés outre-Atlantique depuis des décennies, des textes qui sont bien souvent et à mon sens, le meilleur de ce que peut offrir la science-fiction.

L'homme qui mit fin à l'histoireBref, l’idée de consacrer un espace éditorial à ces fameux courts romans nous travaillait depuis plus de dix ans. Mais nous hésitions. Le Bélial’ et une petite maison, et créer un espace éditorial résolument inédit représentait un risque financier assez inhibant.

L’anniversaire de nos 20 ans d’existence en 2016 m’a poussé à balayer mes réserves. Je me suis dit : j’en rêve depuis longtemps, si on ne le fait pas maintenant, on ne le fera jamais. Bref, on a lancé la collection en début d’année 2016 avec quatre titres (deux d’auteurs américains, Nancy Kress et Vernor Vinge, un anglais, Paul McAuley, et un français, Thomas Day), dans un petit format élégant (12 cm X 18 cm), avec rabats, pelliculage mat et bandeau pour chacun des titres, sur un papier intérieur Munken Cream de qualité. Restait plus qu’à croiser les doigts.

Le nexus du Docteur ErdmannLa bibliothèque de  Glow : Combien de titres avez-vous programmé pour l’année 2016 ?

Olivier Girard : Six. Deux en janvier 2016 : Dragon, de Thomas Day, et Le Nexus du docteur Erdmann, de Nancy Kress.

Deux en février 2016 : Le Choix, de Paul J. McAuley, et Cookie Monster, de Vernor Vinge. Deux fin août : L’Homme qui mit fin à l’histoire, de Ken Liu, et Un pont sur la brume, de Kij Johnson.

(ndlr : Cérès et Vesta de Greg Egan en février 2017).

La bibliothèque de Glow :  Quel rythme est prévu par la suite ?

Olivier Girard : On devrait rester sur un rythme de six livres par an environ. Peut-être un peu plus. Peut-être un peu moins. On ne se met pas de pression.

DragonLa bibliothèque de Glow :  Quel est le titre de cette collection qui vous tient le plus à cœur/que vous souhaitez nous présenter ?

Olivier Girard : Impossible de répondre à cette question. Même si je nourris un attachement particulier pour Dragon, de Thomas Day, puisqu’il ne s’agit pas d’une traduction et qu’à ce titre, il est le fruit d’une collaboration entre l’auteur et son éditeur, à savoir moi.

Après, chacun de ces six textes recèle à mon sens d’énormes qualités et synthétise la SF que j’aime, celle qui me procure cet étrange frisson propre au genre, qu’il soit cérébral ou viscéral.

Cérès et VestaLa bibliothèque de Glow : L’illustrateur français Aurélien Police est le responsable de la collection au niveau graphique et visuel, pourquoi ce choix ?

Olivier Girard : Parce qu’Aurélien à du talent, bien sûr. Et que je voulais quelqu’un à même de donner une identité forte à la collection. Il me fallait pour cela un illustrateur doué, naturellement, mais qui soit aussi un graphiste. Aurélien est de ces rares artistes à réunir ces deux qualités.

La bibliothèque de Glow : Autre chose à ajouter concernant cette magnifique collection ?

Olivier Girard : En une heure, la lumière parcourt 1,08 milliard de kilomètres. C’est à la fois peu et vertigineux. Cette contradiction me semble une bonne définition des livres que nous publions dans cette collection : à la fois courts et vertigineux.

Chronique album jeunesse : Une maison à hanter

une-maison-a-hanterUn album tout mignon ayant pour héros un petit fantôme extrêmement attachant

Il vient de paraître en novembre 2016 aux éditions Balivernes, et il beau et adorable à la fois, voici l’histoire d’un petit fantôme qui maintenant qu’il est grand, va devoir trouver sa propre maison à hanter…

Le texte est issu de la plume de Morgane de Cadier et l’illustration épurée est signé Florian Pigé (ils ont tous deux plusieurs albums pour enfants à leur actif, notamment chez Hong Fei et travaillent très régulièrement ensemble).

A mille ans, on est enfin grand !

Petit fantôme fête ses mille ans, il est grand maintenant (enfin !). Et pour marquer dignement cet anniversaire significatif, il est temps pour lui de trouver sa propre maison à hanter ! Mais comme vous pouvez vous en douter, la quête d’un nouveau logis à occuper pour petit fantôme n’est pas évidente, et il va devoir visiter beaucoup de demeures avant de trouver la bonne…

Une histoire mignonne et amusante

Cette courte et amusante histoire de fantôme n’est pas dénuée de d’attrait, bien au contraire. On tombe immédiatement sous le charme de ce petit fantôme esseulé. Au fil des « maisons » qu’il va visiter, l’espoir pour petit fantôme de trouver LA maison à hanter s’amenuise… jusqu’au moment où il va faire la rencontre d’un petit garçon tout endormi…

Adaptée dès l’âge de 3 ans environ, Une maison à hanter est un amour d’album jeunesse à raconter. Dans une atmosphère douce et sombre comme la nuit, on découvre les pérégrinations de ce petit esprit très attachant. On ne peut que l’aimer au fil de l’histoire qui se profile pour lui… Et surtout, la fin de ce court album est extrêmement drôle malgré l’ambiance générale du livre !

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Pour moi, c’est un petit coup de cœur, et cela pour de nombreuses raisons : tout d’abord, Balivernes est un tout petit éditeur qui gagnerait à être connu, et dont le travail est toujours qualitatif et méritant.

Ensuite, cet album a su me toucher par sa beauté sombre, son graphisme extrêmement épuré et travaillé en même temps. Les expressions faciales du petit fantôme sont très bien faites, en particuliers celle de la toute dernière page, qui mérite une mention spéciale de part sa justesse.

Enfin, l’histoire, de son déroulement à sa chute, a tout pour plaire à un jeune lectorat entre 3 et 5 ans… et bien plus, la preuve !

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PS : Mention spéciale en ce qui concerne la finition de l’ouvrage. Vous avez droit à une magnifique couverture où le petit fantôme brille dans le noir si vous éteignez toutes vos lumières ! Un petit détail qui fait beaucoup de différence, on aime voir qu’un livre a été travaillé sous les moindres aspects, cela lui donne encore plus d’attrait.

Chronique : Shadowland – Tome 1

shadowland-1Un thriller sur le fil du rasoir… absolument addictif et surprenant !

Il est paru en avril 2015 aux éditions Bayard, voici le premier tome de Shadowland, par Kate Brian. Dès les premières pages, son thriller sur le fil rempli son office : nous terrifier et nous faire nous sentir en danger, où que l’on soit…

De nationalité américaine, Kate Brian n’en est pas à sa première publication, on lui doit notamment la série Campus ou encore la saga Privilège, très ancrées dans le réel. Avec Shadowland, elle s’essaye à un autre type d’écriture et quitte les potins, apparences et cruautés du monde universitaire de ses deux précédentes séries.

Une adolescente victime d’un dangereux prédateur…

Tout commence avec Rory, une ado ordinaire. Ni sublime ni laide, elle est juste normale, avec son charme particulier. Sauf que… sa façon d’être, son odeur, ont attiré un pervers sexuel. Et il fait partie de son entourage proche puisqu’il s’agit de Steven Nell, son professeur de maths. Mais bien entendu, Steven Nell n’est pas à présenter en tant que professeur, mais plutôt comme l’un des pires criminels en série des États-Unis… son palmarès est aussi terrible qu’impressionnant.

Alors, comment échapper à un tel danger, lui qui est loin d’en être à sa première victime ? Rory est en danger de mort, mais c’est également le cas de toute sa famille… Steven Nell ne laissant jamais de survivants, même si il n’a pas toujours porté ce nom… Attention, lecture sous tension garantie !

Une belle découverte dans la sphère du thriller young-adult

Un bon et pur thriller mâtiné d’un peu fantastique, il n’y en a pas tant que cela de publiés en littérature ado, et Shadowland fait une belle exception à cette règle !

Alors, certes, la narration peut sembler parfois bancale et/ou abrupte, mais cela est justifié en fin de roman, heureusement. On ne gardera pas en mémoire le style de l’auteur, mais bien son intrigue parfaitement agencée et maline. Ainsi, c’est surtout l’ambiance qui prime dans ce type d’ouvrage, bien plus que la narration.

On retiendra donc comme côté extrêmement positif une narration accrocheuse, un style âpre et immédiat. Les chapitres s’enchainent, les mystères également, notamment autour de la bourgade où la famille de Rory trouve refuge, qui semble couver beaucoup de contradictions… pour mieux vous perdre et vous installer dans l’ambiance !

Dans la partie des carences du roman, on retiendra surtout des personnages hyper stéréotypés et caricaturaux…mais le tout réussit à fonctionner grâce à un final impressionnant.

Seul gros bémol qui n’arrive pas à passer d’un point de vue justification et scénario : l’une des actions du FBI vis-à-vis de la protection de la famille de Rory… L’auteur n’a pas assez réfléchi à l’après.

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Shadowland est donc un bon thriller qui a su nous surprendre malgré quelques côtés trop artificiels. C’est assez intriguant pour nous donner une très grande envie de lire la suite à paraître au début du mois de novembre prochain : Pour toujours. A découvrir pour se faire peur : dès 14 ans.

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Chronique : Qu’est devenu l’homme coincé dans l’ascenseur ?

quest-devenu-lhomme-coince-dans-un-ascenceurUn recueil de nouvelles étranges qui nous viennent tout droit de Corée ! Dépaysement littéraire garanti…

Kim Young-ha est l’un des auteurs les plus populaires de Corée, où chacun de ses titres est un succès. Il est même traduit en langue anglaise. En France, il reste encore assez peu connu mais gagnerait à l’être… Son œuvre est fascinante, originale, inclassable. Il est notamment l’auteur d’un de mes plus grands coups de cœur littéraire : Quiz Show.

Il a également écrit : L’empire des lumières, Ma mémoire assassine, ou encore La mort à demi-mots.

Des nouvelles étranges, loufoques, et parfois même frustrantes

Si vous aimez les nouvelles de Dino Buzzati ou de Kafka, le recueil ici proposé par les éditions Picquier pourrait vous séduire… Voici ma petite sélection des deux nouvelles les plus marquantes de ce petit recueil qui en contient quatre au total :

Qu’est devenu l’homme coincé dans l’ascenseur :

Rarement j’aurais lue une nouvelle aussi… frustrante ! Et pourtant je l’ai adorée. Cette journée commence très mal pour le narrateur. Problème de rasoir, d’ascenseur, de bus…

Un homme est coincé dans l’ascenseur, le narrateur descend les escaliers et croise cet homme à qui il promet de prévenir immédiatement les secours. Mais personne ne semble l’écouter quand il sort de son immeuble pour alerter les gens… La loi des séries s’applique avec acharnement dans cette nouvelle d’une trentaine de pages. Attention, la fin pourra en frustrer certains…

Vampire :

Quelle étrange nouvelle que celle-ci ! Elle semble en partie autobiographique en plus d’être fantastique… Ce qui ajoute à la sensation d’étrangeté.

Tout commence avec une lettre envoyée à… Kim Young-Ha lui-même ! Car c’est lui le narrateur de cette curieuse nouvelle.

Une femme lui fait part de ses soupçons quant à la condition étrange de son mari, écrivain de métier, tout comme lui. Au fil des mois et des années de vie commune, la femme est persuadée qu’il lui cache quelque chose et mène son enquête.

J’ai adoré cette nouvelle ! Kim Young-ha possède le don rare de créer des histoires très simples, captivantes et extrêmement fluides. Son phrasé est efficace, les pages s’enchainent sans mal… Vampire est le parfait exemple de son talent. Avec art, il nous transporte dans un ailleurs proche de notre réalité ou peu à peu l’étrange et les questionnements s’installent.

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Qu’est devenu l’homme coincé dans l’ascenseur ? est donc un bon petit recueil de nouvelles 100% coréennes. Seul bémol, les nouvelles ont beau être très plaisantes à lire, on les oublie au final assez vite, excepté les deux que je vous ai présentées qui restent un peu plus en mémoire…

Quoi qu’il en soit, c’est le type d’ouvrage parfait pour découvrir la littérature coréenne car il est rapide à lire, facile d’accès et pu cher (6,50€).

Enfin, il ne faut pas oublier qu’en Corée, le format de la nouvelle est très courant contrairement à la France où c’est le roman qui prime. Alors, c’est le genre d’ouvrage parfait pour s’imprégner de cette culture.