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Mini-chroniques #4 : A la découverte de Shanghai et d’une Russie imaginaire, un roman noir soporifique et une terrible aventure en Alaska

Il y a la PAL (ou pile à lire), il y a la wish-list (qui regroupe tous les livres que vous voudriez lire un jour…) et puis il y a la PAC. Et bien oui, la pile à chroniquer ! Et parfois, il arrive que l’inspiration ne vienne pas, qu’elle tarde… ce qui fait que les livres s’accumulent jusqu’à former un nid de livres à chroniquer. Pour certains, la flamme n’est jamais venue, et les années se sont écoulées… Pour d’autres, ils sont récents et ont même été des coups de cœur… mais je ne me voyais pas faire une chronique entière. Et comme se sont tout de même des ouvrages que j’ai lu dans leur intégralité et apprécié, il est impossible pour moi de ne pas en parler !

Shanghai Baby – Weihui – Picquier Poche

Lors de sa parution en 1999 en Chine et en 2001 en France, Shanghai Baby a été immédiatement un phénomène éditorial. Pourquoi ? Car c’est l’un des romans/récits emblématiques de l’après Révolution Culturelle. Il est totalement libéré, parle de sexualité, qui plus est avec un étranger – un Allemand ! – c’est l’un des premiers ouvrages à être transgressif sur tous les plans. Dans le même genre, il y a eu Bonbons Chinois, de Mian Mian, lui aussi très médiatisé à l’époque pour les mêmes raisons…

Dans Shanghai Baby, on suit une femme libre, sans complexes, qui fait ce qu’elle désire réellement de sa vie. Dans ce contexte social fort, on comprend pourquoi l’ouvrage a été un phénomène. Car en ce qui concerne le roman lui-même, il est intéressant et nous fait découvrir un Shanghai nocturne inconnu, mais ne fait pas non plus rêver…

Là est peut-être la limite du livre-phénomène, il n’en est un que parce que le contexte passé le rendait exceptionnel. De nos jours, la lecture d’un Shanghai Baby, qui plus est en occident, n’a plus rien d’exceptionnel ni de transgressif.

C’est donc un ouvrage intéressant à lire si l’on se recontextualise dans la société chinoise des années 90/2000. Mais pour ses qualités intrinsèques de roman, Shanghai Baby est très dispensable…

La Rouille – Eric Richer – éditions de l’Ogre

Si vous cherchez un roman initiatique violent comme il faut, La Rouille sera parfait. Sorti relativement inaperçu à sa sortie lors de la Rentrée Littéraire 2018, l’ouvrage mérite pourtant le détour. Avec une plume qui percute, souvent abrupte, parfois lugubre mais toujours superbe, Eric Richer nous emmène dans un pays qui ressemble beaucoup à une Russie post-apocalyptique. Ou à une Russie d’aujourd’hui désœuvrée qui a besoin de ses traditions éculées pour survivre.

Nous sommes dans la petite ville d’Ilyviesk, que rien ne différencie des autres bleds paumés de la région. Il y a la violence, la pauvreté, la survie et… le Kännöst. Tradition purement masculine et totalement brutale à laquelle le jeune Nói ne pourra pas couper. Jeune, mais déjà terriblement lucide sur sa vie, son « avenir » et ce qu’il ne souhaite pas en faire.

Pour oublier, il se défonce avec ce qu’il trouve, souvent des solvants et détergents qui lui défoncent le cerveau et lui permettent de voir le requin. Forme magnifique qui flotte dans les méandres de sa conscience explosée… et qui l’aide à oublier la perte de son frère, la disparition de sa mère… Il n’y a d’ailleurs pas que sa mère qui a disparu, quasiment toutes les femmes ont déserté, elles sont devenues très rares. On parle même de no woman’s land pour désigner la région tant les traditions pèsent sur elles. Elles ont toutes fuit ou presque. Pour illustrer toute la violence poétique contenue dans ce roman, cette phrase me semble parfaite :

« Le soir venu les libellules copulent, et un pare-chocs les encule…« 

La rouille n’est pas un roman qui conviendra à tout le monde. Mais il est d’une beauté lourde, pesante. On ne peux pas oublier facilement ce genre de lecture. Et je ne le souhaite tout simplement pas.

L’insomnie – Tahar Ben Jelloun – Gallimard

J’ai rarement lu un livre aussi ennuyeux… pourtant l’argumentaire était extrêmement tentant. Un homme qui a besoin de tuer quelqu’un pour trouver le sommeil… Il commence par sa mère, et se rend compte qu’il peut à nouveau dormir paisiblement pendant plus d’un an… Avant que l’insomnie de reprenne le dessus. Il va donc devoir tuer à nouveau si il veut retrouver un sommeil paisible. Et c’est là que ça dérape. Pour dormir, il va donc devoir abattre beaucoup de gens et de travail si il veut retrouver des nuits paisibles… Il va d’ailleurs tellement en tuer pour dormir (plus il tue, moins il récupère de temps de sommeil) qu’il va commencer à créer une sorte de système de points. Il appelle cela des « crédits sommeil », chaque personne en fonction de son passé lui fournissant un montant différent quand il les tue…

Mais comment une telle histoire peut-elle se terminer ? Et bien de façon totalement hasardeuse et ratée… Bref, passez votre chemin, j’ai perdu mon temps pour ne pas que vous perdiez le votre.

Sukkwan island – David Vann – Gallmeister ou Folio

Je vais être concise sur cet excellent roman : un père divorcé décide d’emmener son fils sur un île sauvage en Alaska pour renouer avec lui. Le but est simple, ils emmènent du matériel de pêche, le strict minimum pour survivre là-bas et devront ensuite se débrouiller par eux-mêmes. Sauf que bien entendu, rien ne va se dérouler comme prévu…

Je ne peux RIEN vous dire d’autre sur ce roman hormis qu’il faut le lire pour en découvrir toute la teneur, l’atmosphère. Si vous aimez les intrigues se déroulant en milieu sauvage et faisant appel à une psychologie des personnages fouillée, ce roman est fait pour vous. Si vous aimez être surpris/scotché par un livre, il est fait pour vous. Si vous voulez une histoire mémorable, ce livre est fait pour vous.

On oublie pas Sukkwan island. Jamais.

Dédicace : Christelle Dabos en signature à la Librairie Royaumes !

Oui, vous avez bien lu, la mirifique/extraordinaire/ géniale auteure qu’est Christelle Dabos va venir en signature ! à la Librairie Royaumes (Paris 13ème).

Quand cela ? Le samedi 25 mars 2017 à partir de 15h00, et ce jusqu’à 18h30 environ.

Où cela ? A la librairie Royaumes, au 42 rue de Tolbiac – 75013 Paris. Pour s’y rendre vous avez le RER C (Bibliothèque François Mitterrand) ou encore la ligne 14 du métro (Olympiades ou Bibliothèque François Mitterrand). En bus, vous avez la station Patay-Tolbac avec les bus numéro 62, 64, 132 et 27.

Que faire si vous avez déjà les deux ouvrages ? Vous n’êtes absolument pas obligés de les racheter, bien entendu. Tout ce que nous souhaitons idéalement, c’est qu’il il y ai un achat, même petit, sur place afin de soutenir la librairie. Nous vous proposons un vaste choix d’ouvrages, que ce soit en imaginaire ou dans un autre genre littéraire. Nous avons également beaucoup de cartes postale et marques pages.

Pour aller plus loin :

De l’avenir des librairies indépendantes, les blogs, les booktubeurs et les éditeurs ont tous un rôle à jouer !

Aujourd’hui, j’ai décidé non pas de faire une chronique ou un article de présentation, mais de parler de la librairie, de son potentiel avenir, et de l’influence que les blogs et les booktubeurs et les éditeurs peuvent avoir dessus.

On voit souvent des statuts comme « j’ai craqué sur Amazon et je me suis acheté ….. ». Et voilà, encore une perte pour la librairie indépendante. C’est ce type de statut lu une fois de trop aujourd’hui qui a déclenché cette colère en moi…

Certes, tout le monde n’a pas la chance d’habiter en région parisienne où il y a une forte densité de librairies. Beaucoup n’ont pas de maisons de la presse ou de librairie près de chez eux, et c’est là que l’achat sur Amazon se déclenche…

Mais certains ne se rendent pas compte de l’influence néfaste que de tels statuts peuvent avoir sur la librairie indépendante française… Quand on habite en France, que l’on dévore des livres et que l’on est suivit par des milliers, voir des centaines de milliers de personnes, il est important de songer à avoir une attitude responsable.

Amazon n’est pas l’avenir de la culture. Bien au contraire. Les frais de ports à 0,01€ augmenteront le jour où l’entreprise aura écrasé tous ses concurrents. Et il faut donc dès maintenant adopter les bons réflexes.

Tu veux un « craquer » sur un livre ? S’il te plaît, commande-le sur Decitre, Chapitre, la Fnac, Gibert Joseph si tu veux une grande structure qui te rassure quant à la sécurité/qualité de ton achat. Au moins, ils payent leurs impôts en France et n’écrasent pas les éditeurs pour leur soutirer une remise odieuse que les libraires n’auront jamais, même dans leurs rêves les plus fous…

Après, il y a également le site Place des libraires (https://www.placedeslibraires.fr)  qui est une référence. Tu souhaites voir quelle librairie possède l’ouvrage qui t’intéresse ? Il suffit de mettre ton adresse, le site te trouve la librairie indépendante la plus proche ! Pratique tout de même !

Truc encore plus fou, le libraire indépendant peut commander l’ouvrage que tu souhaites avoir ! Pour les délais, c’est en moyenne trois ou quatre jours ouvrables. Avoir un bouquin dans les 48h n’est peut-être pas une question de vie ou de mort… si ?

Et puis, quand il y a un problème de fabrication sur l’ouvrage, ton libraire peut l’échanger. « Les autres aussi ! » me diras-tu. Oui, mais c’est tout de suite plus compliqué, il faut prendre une photo, trouver le mail du SAV… Alors qu’en tant que libraire, on m’appelle, je me rappelle qu’on a bien vendu ce livre et hop, je le recommande immédiatement et on l’échange. C’est réglé en un coup de fil ou en un passage du client.

Et gare aux petits malins qui ramènent des livres achetés sur le net pour les échanger en librairie, ils tentent leur chance, mais ça ne fonctionne pas ! Et c’est hyper tordu je trouve… Sans parler de ceux qui viennent pour des conseils, prennent les livres en photo et… ne reviennent jamais ! Cela arrive assez régulièrement et c’est aussi un phénomène inquiétant.

En librairie, j’ai également régulièrement le cas de figure de « ils ne peuvent pas l’avoir sur Amazon ou la Fnac, alors je viens vous voir »… Oui, le petit libraire se casse la tête pour avoir votre livre, et vous le savez, la preuve vous venez. Même quand il s’agit d’ouvrages découpé au laser et fabriqué en Italie mais écrits en français (cas vécu il y a quelques semaines). Les gros comme Amazon ne se plient pas en quatre pour vous quand vous cherchez quelque chose de très spécifique, et c’est là et seulement là que certains ont le réflexe d’aller voir leur libraire. L’idéal, ce serait d’avoir le réflexe d’aller d’abord voir votre libraire, et ensuite, si il ne peut rien pour vous, d’aller sur des sites tels qu’Amazon.

A la remarque, « Oui, mais c’est des livres en anglais et les libraires n’en font pas ! ». Cela dépend des librairies, mais beaucoup peuvent vous avoir des ouvrages en anglais, et cela pour un délai raisonnable (une semaine environ). Sinon, il y a des librairies anglaises situées en France qui peuvent vous livrer si vous ne pouvez pas venir jusqu’à eux ! Oui !

Pour exemple, je pense à http://marentreetresclasse.fr/nos-boutiques qui représente deux librairies qui sont à même de vous livrer. Elles peuvent vous fournir des livres en italien, chinois, allemand, anglais, espagnol…

Il y a donc un énorme champ des possibles pour peu que l’on recherche un peu autour de soi. La réponse automatique « Je n’ai pas de libraire près de chez moi donc Amazon c’est ma seule solution » peu se transformer en « J’ai trouvé une super librairie indépendante qui livre et en plus j’ai le conseil qui va avec ! ».

Vous vous sentirez heureux de participer à la chaine du livre française, et cela de façon responsable. C’est uniquement grâce un changement de comportement d’achat que l’on s’en sortira.

Attention, les prescripteurs importants que sont les blogs, les booktubeurs et booktubeuses ne sont pas les seuls à devoir montrer la bonne attitude ! Quand on voit que certains éditeurs donnent le lien d’achat Amazon sur Twitter, on comprend qu’il y a également beaucoup de travail à faire de ce côté-là. Oui amis éditeurs, s’il vous plaît, pensez aux libraires en redirigeant vos lecteurs vers des librairies… Surtout que certains ouvrages sont extrêmement diffusés et qu’ils sont trouvables partout/facile à commander !

Et n’oubliez jamais : le prix du livre français est UNIQUE. Il ne peut-être bradé, il ne peut-y avoir que 5% de fait dessus, mais c’est la seule remise possible. Donc un petit libraire ne vous coûtera guère plus cher, d’autant que certains font les fameux 5% quand ils le peuvent financièrement.

Alors, chers blogueurs qui dévorez, allez chez des libraires, prenez des photos des librairies pour donner envie à d’autres d’y aller. Nos rayons sont concoctés avec amour et ferveur. Nos coups de cœur écrits de notre main, et nos yeux s’illuminent quand on vend un de nos coups de cœur. Et on fait de magnifiques paquets cadeaux. Oui.

 

Parce que nous ne comptons pas nos heures, parce que les libraires se décarcassent pour faire venir les auteurs qu’ils ont envie de porter, parce qu’ils sont habités par leur métier, parce qu’ils n’ont pas de pression quant à leur choix éditoriaux, parce qu’une librairie est un merveilleux lieu d’échange et de rencontre. Venez nous voir.

Vous ne serez jamais jugé sur vos lectures (ceux qui le font ne devraient pas être libraires, vous avez le droit de lire ce que vous souhaitez sans vous prendre un seul regard de travers !) et vous prenez seulement le risque de découvrir un nouvel auteur préféré ou une nouvelle saga fantastique !