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Chronique ado : L’affaire Jennifer Jones

Grand classique contemporain de la littérature ado, ce roman a de quoi intriguer, voir choquer. Son histoire ? Celle d’un groupe de petites filles parties s’amuser au bord d’un lac, mais à leur retour, il y en avait une en moins…


L’affaire Jennifer Jones est paru aux éditions Milan dans la percutante collection Macadam en 2006. Dès sa parution, il est devenu un indispensable de tout rayon ado.

Comment de (ré)adapter à un monde dont on ignore tout ?

Jennifer Jones est une jeune femme qui découvre le monde extérieur avec curiosité et appréhension. Elle a purgé sa peine pour meurtre, car oui, c’est elle qui a tué sa camarade alors qu’elle avait à peine une dizaine d’années. Une enfant qui a tué une autre enfant, ça paraît incroyable, et pourtant c’est arrivé.


Mais même les pires crimes méritent d’être lavés si la peine a été purgée. C’est le cas de Jennifer Jones qui découvre la vie en société. Sa remise en liberté va défrayer la chronique et les journalistes vont tout faire pour la retrouver et avoir l’exclusivité… Mais Jennifer Jones n’existe plus, car avec sa peine, la jeune femme a droit à une nouvelle vie, une nouvelle identité et un nouveau départ. Mais y a-t-elle vraiment droit ? L’opinion publique va-t-elle juger bon de laisser Jennifer vivre sa vie, elle qui a brusquement stoppé celle d’une fillette de son âge ?

Un roman social noir et passionnant

L’ouvrage a beau être référencé en littérature ado, il peut se lire parfaitement par des adultes. C’est un très bon thriller psychologique qui nous raconte la vie d’une meurtrière après qu’elle ait purgé sa peine. On y parle réinsertion, seconde chance (et l’idée d’une seconde chance existe-elle aux yeux du tribunal de la bien-pensance ?), fuite en avant et droit au bonheur.

Jennifer Jones et son lourd passif sont passionnants. Vous aurez également le droit aux explications de ce qu’il s’est passé autour du fameux lac. Mais plus qu’un bon roman noir à suspense, L’affaire Jennifer Jones est un fabuleux roman social. Par de nombreux aspects, il m’a fait penser à l’oeuvre réaliste et documentée de Kerry Hudson. La pauvreté, le fait de devoir survivre aux échecs répétés de ses parents, la mère toxique, manipulatrice, qui traine son enfant dans de nouvelles « maisons » à chaque nouveau petit copain…

J’ai trouvé qu’il y avait un réel écho entre le roman d’Anne Cassidy et le travail de Kerry Hudson. Avant même que ce roman soit un thriller ou un polar, c’est avant tout un terrible portrait de l’Angleterre et de ses laissés pour compte. Pour Kerry Hudson, c’était plus précisément dans l’Ecosse des années 80. On y retrouve les même luttes, les mêmes thématiques et des personnages ballotés et malmenés par la vie. A plus d’un titre, Jennifer Jones est en fait tout autant bourreau que victime…

Mais je m’égare, et il est temps pour moi de laisser se terminer cette chronique. Il n’y a que deux choses à retenir : c’est un roman marquant et fulgurant. Et c’est bien plus qu’un « simple » polar, ce roman est une véritable analyse de la société et de ses dysfonctionnements.


A quand une sortie poche chez les adultes pour ce titre ? Je suis certaine qu’il trouverait son public et irait parfaitement à côté des romans sociétaux de Kerry Hudson par exemple.

Chronique ado : Comme un oiseau dans les nuages

Un sublime roman sur la recherche des origines et des secrets au sein d’une famille… Et comment les non-dits peuvent tout faire exploser du jour au lendemain.

Sandrine Kao est une autrice française, ses romans sont publiés chez Syros. Elle est d’origine taïwanaise et a grandit en Seine-Saint-Denis. Elle est à la foois autrice et illustratrice pour la jeunesse. Comme un oiseau dans les nuages est sont dernier roman en date (2022).

Une jeune fille qui cherche d’où vient son mal-être intérieur

Serait-ce le confinement ? Sa rupture avec son petit ami ? La pression qu’elle s’impose pour réussir les concours de piano ? Autre chose ? Anna-Mei a seize ans et semble aller bien en apparence jusqu’à ce qu’elle craque à un moment décisif pour elle, lors d’une prestation déterminante. Elle s’effondre et son entourage ne comprend absolument pas pourquoi, elle qui avait l’air si bien… Mais sa grand-mère sait ce qui ne va pas et compte prendre les choses en main. Elle va lui conter l’histoire plurielle des femmes de sa famille. Les épreuves qu’elles ont traversées et pourquoi Anna-Mei par transparence vit un tel mal-être…

Un roman poignant et passionnant sur la quête des origines

A un moment de notre vie, on a tous envie d’en savoir plus sur notre famille. Nos origines, notre histoire, les traumas et épreuves que nos ancêtres ont pu vivre… L’histoire d’Anna-Mei nous conte quelque chose de déterminant que beaucoup de familles issues de l’immigration ont dû vivre : le trauma inter-générationnel. Il n’est jamais mentionné comme cela dans l’ouvrage, mais pour moi il est clairement question de cela.

Comment dans notre vie à nous, au présent, on revit sans le savoir les traumas de nos ancêtres qui ont connus la faim, la guerre, les déplacements migratoires… Ces épreuves sont si lourdes qu’elles se transmettent sans qu’on le sache consciement au fond de nous et de ce que nous sommes. Je ne connaissais pas du tout ce terme ni le concept et je l’ai découvert quelques mois après celle lecture en discutant avec la personne qui tient le compte Instagram « Être une femme asiatique ». Elle m’a parlé de traumas qui peuvent se transmettre et j’y ai vu une explication claire à ce roman, mais aussi à mon vécu personnel.

Comme un oiseau dans les nuages, c’est avant tout le portrait de femmes fortes qui ont tout supporté et tout vécu. Elles s’en sont sorties par la force de leurs bras, leurs épaules, leur abnégation et leur courage. C’est un beau roman sur tous les silences que certaines familles s’imposent, où l’on ne dit pas tout (j’en sais malheureusement quelque chose). Jusqu’à ce que quelqu’un franchisse le pas et nomme les dysfonctionnements muets qui grippent les rouages.

C’est un roman important qui n’en a peut-être pas l’air au premier abord, mais il est fin et bien construit. C’est ainsi que l’on découvre avec passion plusieurs générations de femmes à travers la Chine de Mao et son « Grand Bond en avant » qui a eu pour conséquence la Grande Famine. L’histoire de Taiwan nous est également expliquée par bribes terrifiantes : l’occupation nippone, le massacre de milliers de Taïwanais, le changement de colonisateur pour un autre… Cela n’est qu’un aperçu de l’histoire de la Chine et de Taïwan. Charge ensuite aux lecteur.ices que nous sommes de faire ensuite des recherche, de creuser, s’intéresser.

J’ai beau me passionner pour l’Asie, je ne connaissais rien du tout de cette partie du continent à cette époque. Et on comprend aisément pourquoi la famille d’Anna-Mei, à l’image de quantité d’autres, a des traumas qui ne s’oublierons pas de sitôt.

Ainsi, Comme un oiseau dans les nuages est un beau texte, mais c’est avant-tout un prétexte pour découvrir et s’intéresser à l’Histoire de l’Asie, tout particulièrement la Chine et Taïwan, dont l’autrice est originaire. C’est passionnant et nous pousse à en apprendre davantage sur notre histoire commune qui n’est pas si lointaine… C’est aussi un très bon livre sur le traumatisme intergénérationnel à destination des adolescents.
Avec la même démarche et une aussi bonne qualité narrative, je vous suggère de découvrir Le trésor de Sunthy (éditions Lucca) qui se déroule au Cambodge. Là aussi, c’est édifiant, passionnant et terrible. Il serait bon que l’on oublie pas trop vite l’histoire proche de ces pays lointains…

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Mini-chroniques #11 : Un retour aux sources, la violence comme quotidien, une enquêtrice canadienne étrange et une analyse fine de la société américaine avec toutes ses contradictions…

Voici venu le retour des mini-chroniques avec quatre ouvrages très différents et pour certains marquants. Je pense notamment au livre de Céleste Ng, La saison des feux, qui est une merveille disséquant tous les travers et les biais que génère la société américaine et sa bien-pensance.

Pour d’autres raisons, le roman de Rebecca Lighieri m’a également énormément plu. Elle sait faire suinter la violence latente en quelques lignes… c’est beau et atroce tout à la fois, comme souvent dans son œuvre…

Chien-Loup – Serge Joncourt – Flammarion

Il s’agit du premier roman de Serge Joncourt que je lis, et j’ai tout particulièrement aimé l’ambiance… Cette poussée lente et douce de la violence… ce danger qui plane et s’affirme au fil des pages. Pour nous mener où ? Et quand ? Chien-Loup se déroule sur deux époques parallèles, dans un petit village du Lot, en pleine zone blanche à notre époque et de l’autre en pleine Première Guerre Mondiale.
La tension est là dans les deux époques, les personnages sont intéressants, on sent qu’ils peuvent basculer à tout moment vers le pire d’eux-même…

Ainsi pour l’atmosphère, c’est une réussite. Pour ce qui est de l’intrigue et de sa finalité, j’ai malheureusement été déçue. Je m’attendais à un paroxysme, une épiphanie… et rien. J’ai eu un sentiment d’inachevé et je suis totalement restée sur ma faim. Dommage.

Je réessayerait certainement de lire un autre roman de cet auteur malgré tout car il a un bon style, de bonnes idées… à voir pour la mise en œuvre.

Il est des hommes qui se perdront toujours – Rebecca Lighieri – P.O.L

Moi qui aime les romans brûlants et glauques qui vont au bout des choses, j’ai été servie. Rebecca Lighieri est une maîtresse dans son genre avec une écriture brutale, pure, parfois insoutenable… mais tellement merveilleuse tout à la fois.
Nous sommes à Marseille, on suit une famille pour qui rien ne va : deux frères et une sœur livrés à eux même, un père violent, une mère passive et effrayée…

Par certains côtés, cette lecture m’a fait penser à L’été circulaire de Marion Brunet. Cette violence crasse, cette haine de tout ce qui n’appartient pas à la communauté des paumés.

Si vous êtes quelque peu sensible, ce livre ne sera pas pour vous. Il y a des scènes d’une rare violence, c’est parfois du génie dans toute son horreur tant c’est pur de brutalité. Et en même temps… c’est fascinant.

Il est des hommes qui se perdront toujours nous conte l’histoire d’une jeunesse totalement oubliée par la société. Perdue avant même d’être née, obligée de s’en sortir par tous les moyens même les plus terribles… C’est beau, violent et merveilleux. Et criant de vérité.

Je vous conseille ardemment de découvrir cette autrice, tous ses romans sont comme celui-ci : atypiques, violents, malsains et captivants. Mon favori restera malgré tout Les garçons de l’été, qui fut une véritable claque littéraire.

Modifié – Sébastien L. Chauzu – Grasset

Voici un petit roman policier atypique qui nous vient du Québec. On y suit une femme qui mène régulièrement des enquête pour sa famille richissime qui a le bras très long.Très très long. Elle a toujours été mise à l’écart par cette dernière, mais dès qu’il s’agit de faire des recherches et de mettre les mains dans le cambouis, elle est là.

C’est ainsi que sa famille, dont elle se tient éloignée le plus possible lui demande d’enquêter sur une mort étrange… C’est ainsi que surgit dans sa vie un jeune homme étrange aux marottes qui le sont plus encore : Modifié. Il ne répond qu’à ce surnom, semble fermé à toute discussion et adore les chasse-neige. En quoi cet adolescent qui s’incruste de plus en plus chez elle et son mari est-il important pour son enquête ?

A la fois drôle et totalement décalé, Modifié est un roman surprenant, autant que le personnage qui lui prête son nom. C’est parfois un peu trop décousu, mais ça passe malgré tout.
Pour ceux et celles qui souhaitent passer un moment sympathique, sans prétention, mais très agréable, c’est l’ouvrage parfait.

Si il y a un jour un autre roman avec la même enquêtrice totalement folle, je suis preneuse !
C’est un peu comme si Agatha Raisin avait pris un aller-simple pour le Québec.

La saison des feux – Celeste Ng – Sonatine/Pocket

Second roman de l’américaine Céleste Ng, La saison des feux est le genre de thriller domestique qu’on adore dévorer. Secrets de famille, mystères, non-dits… Ce roman est la quintessence du roman à suspense.
Tout se passe dans une petit ville bourgeoise des Etat-Unis où les gens sont forcément bien sous tous rapport. Les pavillons y sont mignons, tout est rangé et propret, y compris les poubelles. Rien ne dépasse. C’est dans cette ville que débarquent Mia Warren et sa fille… Leur venue va chambouler la vie entière d’une famille dans toutes ses strates du quotidien.

Captivant dès les premières pages, Céleste Ng nous transporte en très peu de mots dans une merveilleuse intrigue.
J’adore les histoires de drames familiaux, et si en plus ça se passe dans une banlieue américaine c’est le jackpot. Mais plus encore que son histoire magistrale, Céleste Ng dissèque la société américaine et sa légendaire bien bienpensance. Elle l’avait déjà fait avec talent dans Tout ce qu’on ne s’est jamais dit (Sonatine/Pocket), mais ici ont est clairement à un autre niveau.

Ce roman conte, dénonce, explique, décortique toute la complexité de la société américaine. C’est impossible de vous retranscrire ici toutes les émotions que j’ai ressenties à cette lecture, le sentiment d’injustice criante… Tout ce que je puis faire, c’est vous conseiller vivement la lecture de cet ouvrage. C’est vibrant d’émotion, criant de vérité et tout simplement inoubliable.
Foncez ! C’était une de mes meilleures lectures de l’année dernière, en 2020 (j’ai mis du temps à la lire, il est paru initialement en 2018).

Par ailleurs, l’ouvrage a été adapté en série sous le nom d’origine de l’ouvrage : Little Fires Everywhere. Bande-annonce ci-dessous avec Reese Witherspoon !

Chronique : Ce qui reste de nous

Une magnifique histoire d’amour au destin extraordinaire !

Roman paru en 2018 aux éditions Fleuve, Ce qui reste de nous est le genre de roman parfait pour qui aime se plonger dans une belle et poignante histoire d’amour.

Jill Santopolo est une autrice américaine qui a déjà écrit quantité de romans pour la jeunesse (la série Paillettes et compagnie chez PKJ).

Par ailleurs, un nouveau livre de cette autrice est paru à la fin du mois de mai : Un jour nouveau. Quant à Ce qui reste de nous, il est paru simultanément en poche.

Une rencontre forcée par le destin

C’est le terrible jour où les tours jumelles du World Trade Center se sont effondrées que Gabe et Lucy se rencontrent. Et immédiatement, c’est le coup de foudre… ils vont s’aimer, se quitter, chacun voulant vivre ses ambitions.

Treize années passent, le destin a décidé de les réunir à nouveau… pour combien de temps ?

Sortez les kleenex et dévorez ce livre !

Si vous aimez les belles histoires d’amours, les déchirements amoureux, les hésitations… Ce roman est fait pour vous. Parfois très fleur-bleue, découvrir la romance entre Gabe et Lucy est un véritable régal.

J’ai lu cet ouvrage il ya maintenant plusieurs années, d’où une chronique un peu diffuse. Mais j’en garde le souvenir d’avoir passé un superbe moment de lecture. En particulier quand la fin approche ! Mais toutes les parties du roman sont réussies, son début avec la chute des deux tours du World Trade Center est bouleversant.

Ainsi, quand arrive la fin, c’est un véritable déchirement que de quitter les personnages qui vous ont accompagné pendant presque 400 pages avec leurs problèmes, leurs petits bonheurs, des pans entiers de leur vie…  

Tout ce que je puis vous dire à propos de ce roman, c’est qu’il est poignant, difficile à oublier (je me souviens encore parfaitement de la fin des années plus tard) et qu’il se lit tout seul. Peu de temps morts et l’écriture fluide de Jill Santopolo font merveille…

TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : Les fils conducteurs

Un roman terrible pour traiter d’un drame humain et écologique de très grande ampleur…

Guillaume Poix est un auteur français à l’œuvre récente, qui s’étoffe peu à peu avec déjà trois romans et de nombreuses pièces de théâtre. Les fils conducteurs est un roman paru initialement chez Gallimard, dans la collection Verticales. Il est ensuite arrivé en poche chez Folio en septembre 2019.

Il y traite d’un sujet totalement méconnu et scandaleux, celui du traitement de nos déchets volumineux (micro-ondes, pc, frigo, etc.). Ces derniers étant souvent détournés et embarqués en Afrique pour faire les affaires de personnes peu scrupuleuses…

Un drame à tous points de vue

Nous sommes à Accra, au Ghana. C’est dans cette capitale que nous suivons le début d’une nouvelle vie pour Jacob et sa mère… Le chef de famille est mort, ils ont donc quitté la poussière des campagnes pour la crasse et l’agitation des grandes villes. Leur espoir : trouver un travail pour la mère, et que Jacob puisse continuer à aller à l’école. Mais la vie est trop dure pour ne pas que les deux se mettent au travail…

Jacob a donc à peine douze ans et va commencer à dépiauter, décortiquer, ouvrir, lacérer les objets que nous, riches occidentaux ne voulons plus. Son but ? Trouver des métaux recherchés, quelques gramme seulement parfois, pour les revendre et survivre jusqu’au lendemain…  Mais ce travail harassant a un prix, la santé, la fatigue, les poumons qui s’encrassent… Voilà la nouvelle « vie » de Jacob. Bienvenue à Agbogbloshie, où la lumière peine à traverser la fumée de composants brulés.

En parallèle, nous suivons le parcours d’un photographe qui décide de partir à Accra pour photographier ce terrain vague géant empli de déchets électroniques. Mais impossible d’entrer si l’on a pas les codes, les contacts… Mais Thomas est patient, d’autant plus si ce cliché peu faire du bien à sa carrière de photographe.

Accra, Ghana – September 09: Young African men burn electronic waste on the biggest electronic scrap yard of Africa in Agbogbloshie, a district of the Ghanaian capital. Disused equipment is burned to receive usable metal on September 09, 2016 in Accra, Ghana. (Photo by Thomas Imo/Photothek via Getty Images)

Un bal tragique est en marche

Les fils conducteurs est un roman dont le sujet m’a énormément intéressée, mais qui pour moi ne dénonce pas assez les circuits qui amènent notre télévision jetée au bas de la rue directement au Ghana ou ailleurs en Afrique.

Certes, nous ne sommes pas dans un essai ou un ouvrage politique, mais il y a volonté très claire de l’auteur de mettre en lumière cet énorme dysfonctionnement. Quels sombres arrangements, quels détournements amènent tous les jours des tonnes d’écrans, de téléphones, de pc portables entre les mains de gamins ? Enfants dont l’espérance de vie ne dépassera pas plus de 18 ans pour cause d’environnement d’une toxicité inimaginable… et eux y vont sans aucune protection. Parfois même pieds nus. Ils brûlent même des câbles pour pouvoir atteindre le métal qui les intéresse, qu’importe ce qu’ils inhalent…

Et puis… il y a un autre marché noir dont l’auteur parle, encore plus révoltant. Mais peut-être la façon dont le sujet est amené m’a autant voir plus choquée. Injustifiable. On dirait que Guillaume Poix voulait absolument que ses deux personnages soient les acteurs d’un drame terrible (et peu crédible selon moi).

J’avoue avoir tout de suite détesté le personnage du photographe. Trop précieux, trop soucieux de broutilles, jaloux de la réussite des autres et à la recherche du cliché qui le lancera… peu importe le prix. Il n’est jamais dans l’empathie. Je n’ai pas senti le besoin de dénoncer chez lui, mais de profiter de la pauvreté pour montrer qu’il est un artiste lui aussi.

Mais ce personnage peu sympathique n’aurait jamais du mener à cela selon moi. J’ai le sentiment que l’auteur voulait terminer par du tragique, quel qu’en soit le prix. Pourquoi pas ? Mais pas d’une façon aussi maladroite et cruelle selon moi. Ce qui m’a posé problème, c’est qu’il n’y a pas de cheminement logique menant à cette conclusion…

Malgré ce défaut majeur, j’ai été intéressée par l’histoire de Jacob. Mais bizarrement, la scène la plus triste selon moi, c’est quand la mère du garçon décide de le récompenser en achetant une télévision avec plusieurs mois d’économies. Et que cette télévision est très lourde. Et qu’elle la lâche un court instant, l’abîmant au passage… Si triste… Si bien dépeint…

En résumé, ce roman n’est pas à lire pour son intrigue selon moi, mais avant tout pour son sujet que peu abordent. Très intéressant, même si on aurait apprécié une enquête plus poussée sur les réseaux souterrains faisant travailler pour rien des enfants ou à peine plus… Mais c’est déjà bien qu’un tel sujet soit traité, même s’il devrait l’être encore plus largement. Le final m’a beaucoup agacée par son manque de crédibilité, mais je vous laisse juge.

PS : En faisant des recherches photographiques sur Agbogbloshie, je suis tombée par hasard sur des photos d’un certain Thomas Imo pour Getty Image. Ce photographe a pris quantité de photos à Agbogbloshie. Je ne sais pas si l’auteur s’est inspiré d’un nom de photographe ayant fait quantité de clichés là-bas pour imprégner son roman de réalisme ou si c’est le fruit du hasard, mais j’ai trouvé ça cocasse. Cf les deux photos Getty Images de l’article.

Accra, Ghana – September 09: Young African men burn electronic waste on the biggest electronic scrap yard of Africa in Agbogbloshie, a district of the Ghanaian capital. Disused equipment is burned to receive usable metal on September 09, 2016 in Accra, Ghana. (Photo by Thomas Imo/Photothek via Getty Images)
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Chronique : Disparaître

Un roman qui se dévore comme un thriller !

Mathieu Menegaux est un auteur français, il a déjà écrit des ouvrages ayant été remarqués, notamment : Est-ce ainsi que les hommes jugent ? ou encore Je me suis tue (Grasset, puis Points). Avec Disparaître, l’auteur nous propose un nouvel ouvrage que l’on ne lâche pas une seule seconde… à tel point qu’on en oublie tous ses potentiels défauts…

Un cadavre retrouvé nu, sans aucune marque distinctive…

Tout débute avec la découverte du corps d’un homme sur une plage, au sud de la France : rien ne permet de le relier à une quelconque affaire de meurtre ou d’avis de disparition… Son existence est un mystère total qu’un enquêteur va devoir vite résoudre. Il est mis sous pression par un maire qui a peur de voir les bénéfices de la belle saison s’envoler à cause d’une mauvaise publicité…

En parallèle, nous suivons à Paris l’ascension fulgurante d’une jeune femme à qui un avenir aussi acharné que brillant est promis. Elle a réussit à sortir de sa gangue provinciale, a grimpé tous les échelons pour atteindre l’excellence dans l’univers cruel de la finance. Rien de la fera lâcher prise tant l’ambition de la réussite la dévore… En quoi son histoire nous intéresse ?

Une intrigue diablement efficace, qu’importe les nombreux écueils !

Je ne pense pas que Disparaître sera mon roman de l’année, mais il a une qualité indéniable qui compte pour moi : il se dévore.

Les personnages sont extrêmement stéréotypés, le monde de la finance (que je ne connais que par ses légendes) doit l’être également, mais… qu’importe. On passe un excellent moment de lecture, impossible de lâcher l’ouvrage et l’affaire qui nous préoccupe tant c’est précis, chirurgical. Disparaître a toutes les qualités du bon page-turner : chapitre courts, alternance de points de vue, twists de fin de chapitre… Et ça fonctionne.

Alors, oui, il y a beaucoup de défauts à cette histoire, en particulier sur ses personnages, qui semblent parfois être des caricatures… Et il est dommage que cet enquêteur et sa psychologie ne soient pas plus creusés, il avait l’air fort intéressant. Mais on pardonne tous les défauts flagrants de cet ouvrage grâce au talent d’imagination de l’auteur (même si le dénouement se devine avant, on s’en délecte).

Il est juste curieux que l’ouvrage soit proposé en tant que roman et non pas comme un thriller, car il en possède tous les codes du genre. Peut-être est-ce pour ne pas dépayser le lectorat habituel de l’auteur ? Je ne saurais dire…

Quoi qu’il en soit, si vous êtes à la recherche d’un roman terrible, tragique, captivant et poignant, embarquez dans l’histoire de Disparaître. Vous ne serez pas déçus du voyage…

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Chronique : Tout ce qu’on ne s’est jamais dit

Un roman déroutant aux allures de thriller et de roman de société dans les Etats-Unis des années 70. L’histoire d’une famille qui éclate suite à un drame terrible…

Paru originellement chez Sonatine, Tout ce qu’on ne s’est jamais dit est sorti en poche chez Pocket en mars 2017. A l’entre-deux en termes d’ambiance et de genre, ce roman est le premier de Celeste Ng sorti en France. Le roman a reçu le Prix Relay des Voyageurs-Lecteurs.

1977, aux Etats-Unis, dans une famille qui semble parfaite…

La famille Lee réunit tous les attributs de la perfection. Une petite maison proprette, un couple aimant, des enfants parfaits… dont Lydia, une adolescente de 16 ans qui a tout pour réussir. Douée à l’école, d’une beauté parfaite, gentille… du moins an apparence. La disparition de Lydia va ébranler les certitudes quant à sa supposée perfection. Etait-elle vraiment heureuse ? Est-elle partie ? Morte ? Enlevée ? Nul ne le sait. Mais, le verni qui recouvre le portrait de Lydia et de sa famille va peu à peu s’écailler…

Un roman captivant où chaque détail compte et se révèle beau

Avant de découvrir les nombreuses facettes de Lydia, nous découvrons le couple atypique que forment ses parents à l’époque. En effet, James est d’origine chinoise mais né américain tandis que Marylin est américaine. Dans les années 60, ce genre d’unions était encore très mal vues… C’est ainsi que l’on découvre les nombreux obstacles qu’ils ont eus à traverser avant de pouvoir s’aimer. Mais ils n’échappent jamais à quelques remarques, même quand on revient dans le présent.

Lydia supportait-elle aussi ce genre de remarques ? Était-elle exclue de la bonne société américaine malgré ses résultats brillants ? Ou y a-t-il autre chose de pire encore derrière sa disparition ?

La disparition de Lydia est un drame, surtout quand on sait quel avenir brillant l’attendait. Ses parents avaient de très grands projets pour elle, notamment dans les sciences. Pourquoi pas la médecine ? Ou la physique ? Toutes les portes allaient s’ouvrir pour elle, la travailleuse et intelligente Lydia. Ses parents sont tellement obnubilés par sa réussite future qu’ils en oublient qu’ils ont deux autres enfants… De quoi être en mal de reconnaissance pour le frère et la sœur de Lydia.

Toutes les pistes nous sont ici contées, expliquées, mais attention, ce roman n’est pas un polar ! La partie « roman de société » y est très importante et la réponse finale n’est pas une fin en soit. C’est d’ailleurs pour cela que Pocket ne l’a pas classé dans sa collection polar, mais en littérature.

Ce roman est donc un magnifique portrait de la société américaine des années 60/70 qui nous remet en contexte le pays et sa philosophie de l’époque. Au travers de cette famille métissée qui traverse un drame, ce sont les Etats-Unis, qui nous sont décrits autrement. On découvre également la genèse d’une famille dont chaque membre est attachant et vrai. Céleste Ng possède un talent formidable pour camper ses personnages dont l’humanité et les faiblesses sont d’un réalisme bluffant.

…..

Tout ce qu’on ne sait jamais dit est ainsi un roman magnifique, beau, et d’une tristesse infinie… Mais qu’il faut lire absolument pour son ambiance unique ! C’est un concentré d’émotions et de poésie à l’échelle d’un roman mené de main de maitre.

Chronique : Là où tombe la pluie

Là où tombe la pluieEt si la pluie ne tombait plus nulle part sur les Royaumes-Unis  sauf sur une petite propriété perdue dans la campagne anglaise ?

Catherine Chanter est une auteur anglaise, Là où tombe la pluie est son tout premier roman, il a été un véritable phénomène dans son pays d’origine. En France, ce sont les éditions Les Escales qui ont publié l’ouvrage en août 2015, il vient tout juste de sortir chez Le Livre de Poche.

L’histoire d’un couple en plein délitement qui cherche une bouffée d’air

Le couple que forment Ruth et Mark bat de l’aile. La vie londonienne ne leur convenant plus, ils décident de partir à la campagne pour changer leur façon de s’appréhender mutuellement, de vivre. C’est ainsi qu’ils emménagent à La Source, un magnifique endroit où tout semble plus beau, plus vivant, vert.

Mais un événement préoccupant survient : le pays subit une sécheresse sans précédent. Plus de pluie, plus d’eau nulle part. Peu à peu, les rationnements se mettent en place, mais la pénurie s’installe malgré tout. Et au centre de ce drame à l’échelle nationale, La Source. Ruth et Mark habitent le seul endroit du pays où tombe encore la pluie et où l’eau coule à flot.

Envie, jalousies, haine, ils vont être la cible des pires sentiments de l’humanité. Et La Source va également attirer d’étranges cercles de croyances et sectes diverses, y compris celle de La Rose de Jéricho. L’une de ses membres en particulier, Amélia, semble avoir une emprise particulière sur Ruth… Mais dans quel but ?

Et parmi tous ces événements sombres et anxiogènes, l’un d’entre eux, plus que tous les autres va gangrener Ruth : la mort de son petit-fils Lucien. Assignée à résidence, soupçonnée d’être une criminelle, harcelée et torturée par mille pensées, c’est ainsi que commence Là où tombe la pluie. Entre drame, roman psychologique et récit social.

Un récit aux idées excellentes mais à la mise en place lente et vaporeuse

L’idée de base du roman est très bonne, son développement également est bien fait, mais on se perd peu à peu dans les méandres de la culpabilité de Ruth.

La mort de son petit fils, ses interrogations, son assignation à résidence alors qu’on ne sait pas réellement si c’est elle qui l’a tué… Tout le panel de sentiments qu’elle attire également à cause du fait qu’elle possède La Source. Tout cela se mélange pour créer un portrait déstabilisant de Ruth.

Tantôt victime, tantôt initiatrice, elle semble avant tout plus perdue qu’autre chose. Et surtout, ses questionnements et hésitations la rendent extrêmement indécise et malléable.

Je dois avouer que c’est un personnage pour lequel j’ai eu du mal à avoir de l’affect car elle agace plus qu’autre chose à force de tergiversations. Et comme le roman tourne énormément autour de sa psychologie et de sa façon d’appréhender les événements, on peut vite s’irriter de sa façon d’être.

Alors, certes, le côté manipulation et troublé de l’intrigue est très bien fait. On se pose certaines questions jusqu’à la fin, l’histoire tenant plutôt bien le lecteur. Mais il y a de grosses lenteurs qui rendent éprouvante la lecture.

Catherine Chanter aurait encore pu développer plus l’évolution de la société anglaise face à la pénurie car ses idées étaient franchement bonnes. Mais comme l’histoire est écrite du point de vue de Ruth, on est vite limités, ce qui est normal vu son statut de prisonnière sous son propre toit.

Nous sommes donc dans un huis clos oppressant teinté de nombreux flash-back, et la présence de sœur Amélie n’arrange rien. Cette étrange femme ayant créé la secte de La Rose est persuadée que Ruth est une élue qui doit accomplir son destin… et l’entraîne à sa suite dans ses croyances singulières et étranges… Mais le tout reste extrêmement long à développer malgré des personnages réalistes et assez crédibles.

 ……

Ce premier roman de Catherine Chanter est ainsi plein de bonnes idées mais traine beaucoup trop en longueur. Le sentiment d’oppression et de tension est bien là et parfaitement campé, mais ça ne suffit à en faire un grand roman. Trop de remplissage, une protagoniste trop malléable et peu attachante, ces faiblesses laissent un goût d’inachevé à ce roman nébuleux aux allures dramatiques.

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Chronique : L’écume des jours

L'écume des jours ancienne editionUne histoire d’amour intemporelle à l’univers étrange, fou, fluctuant, et inimitable

Écrit par Boris Vian, L’écume des jours est l’un de ses plus célèbres romans avec L’arrache cœur ou encore J’irai cracher sur vos tombes (écrit sous le pseudonyme de Vernon Sullivan). Véritable histoire d’amour dans toute sa tragique beauté, ce roman est un incontournable de la littérature française.

Boris Vian n’était pas seulement un écrivain et touchait à beaucoup d’autres domaines artistiques : il fut ainsi acteur, scénariste, journaliste et critique musical, et a même traduit des romans de science-fiction (notamment Le monde des Ā de E. Van Vogt). De plus, c’est un véritable passionné de jazz et de Duke (Edward Kennedy Ellington), un des plus grands musiciens de l’histoire du jazz dont il fait l’apologie tout au long de L’écume des jours

L’écume des Jours a été adapté au cinéma en avril 2013 par le réalisateur français Michel Gondry : un passage à l’écran qui était jugé quasiment impossible tant l’univers de Boris Vian est étrange et fantasque. De mon avis, l’adaptation est franchement réussie et arrive à retranscrire des éléments clés de l’œuvre, ce qui n’était pas chose aisée. De plus, l’ambiance y est assez débridée et étrange pour retranscrire de façon assez fidèle la plume folle de Boris Vian.

Quand l’illogisme règne en maître pour sublimer la plus simple des histoires d’amour

Le jeune Colin a tout ce qu’il lui faut pour être heureux dans la vie : un grand appartement lumineux, un petit pécule, un cuisinier personnel de talent et un meilleur ami. Mais il lui manque une chose : l’amour ; aussi se décide-t-il à le trouver… Et il ne tardera pas à lui tomber dessus en la personne de Chloé, simplement belle et naturelle.

C’est ainsi que sur fond de Jazz et de clins d’œil à l’univers de la Nouvelle Orléans, Boris Vian nous conte une des plus belles et terrible histoire d’amour.

Un piano qui fait de délicieux cocktails (le pianocktail) selon la mélodie jouée, une souris qui se comporte comme un être humain, ou encore un appartement qui se métamorphose en fonction des sentiments et des peurs de son propriétaire, vous voici dans l’univers barré et déstabilisant de Boris Vian.

L'écume des jours collectorUne descente aux enfers emplie de beauté

Tout est teinté de poésie dans la prose vive et étrange de Vian. Du poumon de Chloé qui voit grandir un nénuphar en passant par la petite souris de Colin qui s’écorche les pattes à vouloir faire revivre l’appartement dans lequel il vit…

Cette belle et terrible déchéance, elle transparaît dans tous les actes des personnages : Colin qui se met à chercher du travail (celui qu’il trouvera sera aussi terrible qu’étrange), Chloé qui commence à avoir besoin d’être alitée, le cuisinier de Colin qui fait de moins bon plats…

Cette chute passe aussi par le meilleur ami de Colin, Chick, dont la passion dévorante pour Jean-Sol Partre devient inquiétante…

On assiste ainsi impuissant à ce que l’on pressent être le début de la fin. Le roman est ainsi découpé en deux parties : la première est belle, bien ordonnée, tout y est merveilleux… Mais une fois passé le mariage de notre magnifique couple, tout devient décadent, mou, triste, sale…

L'écume des joursAlors que penser de L’écume des Jours ? C’est un roman à lire au moins une fois dans sa vie, ne serait-ce que pour sa culture personnelle. L’univers y est très singulier et très déstabilisant, parfois trop, mais c’est également sa grande qualité. Il est certain que la prose acide et dérangeante de Boris Vian ne plaira pas à tous, mais il faut y goûter avant de dire que l’on n’aime pas.

Ah, et si vous aimez les belles histoires d’amour et que pleurer ne vous fait pas peur, foncez donc !