Archives du mot-clé Chine

Chronique : L’homme qui mit fin à l’Histoire

L'homme qui mit fin à l'histoireUne novella mélangeant science-fiction et Histoire en se penchant sur une période fort sombre et méconnue de l’humanité…

Ken Liu est auteur sino-américain, et outre le fait qu’il écrive beaucoup, il a traduit de nombreux textes, et il est également juriste et informaticien. Oui, rien que ça. Il a également été récompensé par les prestigieux Prix Hugo et Nebula.

En France, nous ne connaissons pour le moment que deux de ses œuvres : La Ménagerie de papier et L’homme qui mit fin à l’histoire, tous deux au Bélial’. Avec L’homme qui mit fin à l’histoire, Ken Liu signe un texte court mais magistral qui remet en perspective un épisode atroce de l’histoire chinoise et nippone.

Une nouvelle méthode révolutionnaire pour retranscrire l’Histoire

Deux scientifiques viennent de finaliser une technologie qui va bouleverser la face du monde, et de l’Histoire. En effet, il on créé un procédé qui permet de revisiter une période de l’Histoire, n’importe où et n’importe quand. Seul impératif, une seule personne peut en être le spectateur et ne peut en aucun cas interférer, et plus personne ne peux la revisiter ensuite. Mais cela laisse tout de même un immense potentiel d’investigation. Plus de secrets d’États, de mensonges ou de manipulation des manuels d’Histoire.

C’est ainsi que pour prouver que la machine fonctionne, les deux scientifiques décident de se pencher sur la période 1936-1945, dans la province chinoise du Manchoukouo où le Japon a fait vivre les pires horreurs aux chinois, sur leur propre territoire.

Un pan terrible et méconnu de l’Histoire mis à la portée de tous

On connaît une certaines des atrocités que porte en son sein l’histoire de l’humanité : génocides, guerres fratricides, secrets atroces bien cachés par certaines autorités… Et connaissez-vous plus particulièrement l’Unité 731 ? Si non, Ken Liu vous fera découvrir tout une partie de l’histoire de l’Asie que nous occidentaux ne connaissons que très peu.

Pour résumer, créée en 1932, l’Unité 731 était une unité militaire japonaise de recherches, elle se concentrait sur tout ce qui avait trait à la bactériologie. Elle prit ses quartiers en Chine, dans le Manchoukouo et… enlevait en masse des hommes, des femmes (parfois enceintes), des enfants. Ils testaient divers virus sur eux, les obligeaient à se transmettre des virus en les forçant à des rapports. Ils les forçaient à sortir par des températures négatives, les arrosaient et attendaient que leurs membres gèlent pour ensuite les briser… Ils pratiquaient des vivisections…  Et cela, ce n’est qu’une partie des atrocités perpétrées par l’Unité 731.

Plus incroyable encore, ce n’est qu’en 2002 que je Japon reconnait enfin officiellement les actes perpétrés par son unité. Le pays a été couvert durant des décennies par les États-Unis, qui on profité des avancées scientifiques faites grâce à ces abominations…

Grâce à cette novella de sf, Ken Liu nous ouvre les yeux sur des actes pas si lointains de l’humanité. Il nous offre un  court texte mémorable et magnifique sur le concept du voyage dans le temps et de la façon dont la réalité peut-être biaisée en fonction de qui la regarde.

……

C’est beau, fort, immonde et terrible à la fois. C’est le genre d’ouvrage dont on se rappelle pour toujours une fois lu. C’est une lecture nécessaire et instructive qui nous offre une autre vision de ce que l’on appelle la science-fiction. A ne pas rater, je vous promets une lecture mémorable que vous aimiez le genre sf ou non.

Chronique : Ma vie à la baguette

Ma vie à la baguetteAttention, nouvelle pépite en vue !

Paru aux éditions Thierry Magnier en août 2015, voici Ma vie à la baguette, le tout premier roman de Chloé Cattelain ! Et le moins que l’on puisse dire concernant ce premier ouvrage, c’est qu’il est maîtrisé de main de maître… L’auteur aime la Chine et la connaît comme personne : elle a appris le mandarin, est partie vivre en Chine quelque temps, et a même eu le temps de devenir championne du monde de karaoké en 2003 !

Dans ce roman, vous découvrez le monde Kevin, un jeune français aux origines chinoises, tiraillé entre le pays dans lequel il est né et où il vit au quotidien et celui auquel il doit ses origines…

Une famille soudée, mais qui cache de nombreux secrets

Kévin a beau être né en France, ça n’est pas plus évident ou plus simple pour lui. Il serait né en Chine puis arrivé en France, cela aurait été pareil… Des remarques, des blagues sur son physique et sa culture éminemment asiatiques. Au quotidien, c’est fatiguant et quelque peu décourageant également…

Et puis, il y a Laura, la jolie et surprenante camarade de Kévin, qui en pince énormément pour elle. Mais rien n’est simple à l’adolescence, et cela d’autant plus lorsque l’on se sent tiraillé par ses origines chinoises et bloqué par un père qui ne voit que la réussite scolaire comme échappatoire pour ses enfants.

Ajoutez à cela le mystère d’une mère défunte qui a laissé derrière elle de nombreux secrets sur sa famille et ses actes passés en République Démocratique de Chine et vous aurez un aperçu du tableau dépeint avec art par Chloé Cattelain.

Hautement recommandable

Ce tout premier roman est une véritable merveille ! On navigue entre deux pays, deux cultures, deux modes de pensée radicalement différents. Le solide bagage culturel que Chloé Cattelain s’est créé en allant en Chine y est sans aucun doute pour quelque chose. Le personnage de Kévin, tout comme elle, parle couramment le mandarin. Son petit frère se débrouille également, mais un peu moins bien.

Alors quand il s’agit pour la famille Zhang de se rendre en Chine à chaque vacances, ils sont parfaitement immergés ! Mais au fil du temps, la partie de la famille restée en Chine répond de moins en moins aux questions curieuses et pressantes de Kévin concernant certains points obscurs sur sa famille. Il sait qu’il a besoin de mieux connaître sa mère et son passé pour avancer et choisir son propre avenir, mais tout semble se liguer contre lui.

Cette histoire destinée aux adolescents est une magnifique ode à la découverte d’une autre culture que la nôtre et pousse également à la réflexion. Que l’on soit tiraillé par nos différentes origines ou non, ce roman est de ces textes qui parlent et qui résonnent dans les pensées du lecteur. C’est ainsi que nous sommes également ballotés entre la France et la Chine au gré des chapitres.

Mais Ma vie à la baguette n’est pas seulement un récit sur l’adolescence et l’identité, c’est aussi un roman qui permet de mieux comprendre ce qu’est la Chine, et à quel point la censure y est encore très présente.

On y traite notamment des manifestations de la place Tian’anmen de 1989 (ou plutôt des massacres), mais également de la politique de désinformation toujours d’actualité en Chine… Par exemple si vous tapez Tian’anmen sur le Google chinois, jamais vous ne trouverez les images de chars écrasant un étudiant qui on fait le tour du monde. En effet, la Chine bloque toutes les recherches gênantes pour proposer aux internautes une version édulcorée ou même aucune information du tout.….

C’est aussi cela la Chine : un pays complexe et fascinant aux mœurs et à la politique qui le sont tout autant. Ce n’est pas pour rien que ce cher Kévin Zhang lui-même s’y perd et que l’on suit ses pas avec enchantement et curiosité ! Après une telle lecture, on ne peut souhaiter qu’une seule chose : que Chloé Cattelain réitère l’exploit et nous fasse découvrir une autre facette de la Chine dans un prochain roman, qui sait ? Quoi qu’il en soit, c’est une merveilleuse lecture qu’il ne faut rater sous aucun prétexte !

Chronique bd : Ling Ling – Tome 1 – Le bureau des rumeurs

Couv.inddEt vous, connaissez-vous le rêve le plus cher de l’empereur ?

 Premier tome d’une nouvelle série de bande dessinée, Ling Ling se déroule dans la Chine ancienne, à l’époque du règne de la dynastie Tang. Nous y suivons les aventures de la jeune fille qui donne son nom à la série. Pas comme les autres, elle veut apprendre le kung-fu pour être indépendante et ne jamais devoir se marier ou être vendue comme esclave.

Le scénario est signé Escaich (les Footmaniacs, les fonctionnaires, les Rugbymen, Chinn…). Le dessin est réalisé par N’Guessan (Aberzen, Jour de grâce, Arthur et les Minimoys…) et la colorisation est signée par Maëla Cosson (Studio Danse, les Rugbymen, les Ripoupons…).

Une jeune chinoise têtue pour héroïne

Ling Ling, jeune fille de son état, quitte la maison familiale afin de ne pas être forcée à être mariée. Pour se défendre contre les aléas de la vie fort cruelle à cette époque, elle décide de quémander son apprentissage à un maître versé dans l’art du kung-fu. Ce dernier finit par accepter, et cinq années plus tard la jeune Ling Ling a non seulement gagné en assurance mais sait aussi défendre chèrement sa peau.Sur le chemin du retour, Ling Ling croise la route d’une malheureuse femme qui veut tenter le tout pour le tout pour sauver son fils…qui est un otage chez l’empereur…

Un scénario très basique sans grande nouveauté

Le récit des aventures de Ling Ling est tout ce qu’il y a de plus classique sur le fond et la forme. On y trouve la quête périlleuse à surmonter par une héroïne qui n’a pas froid aux yeux et qui est emplie (un peu trop ?) de bonté…

En parallèle à ce récit se déroule une autre intrigue, celle de la quête de la découverte du rêve le plus cher de l’empereur par son meilleur devin… un peu plus attrayant certes, mais toujours assez simpliste dans le fond. On découvre ainsi un mystérieux organisme chargé de collecter toutes les rumeurs qui circulent dans le royaume : le Bureau des rumeurs. Complètement indépendant vis-à-vis de tout autre institut du royaume, le Bureau poursuit un but inconnu de tous… mais tout le monde peut faire appel à lui à n’importe quel moment.

Un beau dessin mais qui est desservi par un humour trop facile…

Le dessin est très joli et s’ajuste parfaitement à l’environnement asiatique de l’œuvre. La colorisation est elle aussi bien réussie, donnant un rendu final très esthétique et d’une finesse gracieuse. Mais malheureusement ces qualités graphiques ne compensent pas le style général de l’œuvre…

Bien que l’humour un peu sommaire soit une ligne éditoriale totalement assumée de la part de l’éditeur Bamboo, Ling Ling ne m’a pas séduit justement à cause de ce dernier. Les jeux de mots sont d’une ironie déconcertante, en particulier pour les noms des personnages : Kaa-Nhon, Taitaklak, Muh-Fleu ou encore Fû-Rhé… un humour auquel je n’ai que très peu adhéré, mais c’est tout à fait personnel. Quelques scènes font sourire, mais tout juste, le tout étant rattrapé par des plaisanteries au potentiel assez faible…

En somme Ling Ling est un album à ne conseiller qu’à un public encore assez jeune (de onze à quatorze ans) pour être à même d’apprécier l’humour assez ordinaire de l’œuvre. Rien d’exceptionnel donc pour cette nouvelle série qui s’oublie au final assez vite.

Cette chronique a été rédigée pour le site ActuSF.

 

AUTEUR : ,
EDITEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Chronique bd Jeunesse : La balade de Yaya – tome 1 – La fugue

La balade de Yaya 01Le début d’une très belle épopée

Publié aux éditions Fei en janvier 2011, La balade de Yaya est une petite série pour la jeunesse qui nous conte l’histoire de la petite et capricieuse Yaya et du jeune Tuduo. Tous deux vont devoir fuir la ville de Shangaï à cause de la guerre sino-japonaise qui sévit.

Le scénario est signé par Jean-Marie Omont, un français ; tandis que le dessin est réalisé par Golo Zhao, un chinois. Ils travaillent majoritairement par le biais d’internet et ne se sont en fait vus que très rarement. Quoi qu’il en soit, ce travail à distance est très bien réussi et nous plonge dans l’ambiance si particulière de la Chine du XXème siècle.
La série est prévue en 9 tomes, et un projet d’adaptation en dessin-animé (le graphisme s’y prête beaucoup) est également en cours.

Chine, Shangaï, 1937

Dans le quartier français de Shangaï vivent Yaya et sa famille. Ils se préparent à quitter la ville pour fuir l’invasion Japonaise. Mais la jeune petite Yaya n’a aucune idée des problèmes que la guerre engendre, tout ce qu’elle voit, c’est son concours de piano qui a lieu demain au Conservatoire. Elle ne veut le rater sous aucun prétexte, se préparant depuis des mois, son rêve le plus cher étant d’être une grande pianiste.

Ainsi, toute la famille de Yaya se prépare au départ pour Hong-Kong. Le contexte étant d’autant plus difficile que la maman de Yaya attend un petit frère.
Mais durant le matin du départ, Yaya décide passer outre l’autorité de ses parents et de partir toute seule à son concours de piano. Ce qu’elle n’avait pas prévu, c’était les bombardements et la destruction du Conservatoire… ainsi commencent les aventures et la balade de Yaya.

Une histoire séduisante et originale à une période méconnue

Cette bande-dessinée pour la jeunesse possède de nombreux points intéressants à explorer avec des enfants dès l’âge de 8-9 ans.
Premièrement, le thème de la guerre, rarement utilisé pour cette cible d’âge et qui apporte une nouvelle vision de la vie aux enfants, le tout sous un angle simple, ludique, très loin d’être sinistre. On y découvre ainsi la guerre sino-japonaise et ses influences sur le peuple chinois.
Ce choix de sujet ne doit freiner en rien les parents qui pourraient êtres sceptiques quand à parler de la guerre à leur enfants ; il ne faut pas oublier que nombres d’œuvres incontournables de la jeunesse traitent elles aussi de sujets difficiles : Sans famille d’Hector Malot (orphelin, pauvreté), Une petite princesse de Burnett (pauvreté, mauvais traitements) et une foule d’autres encore.

Outre le côté historique et un brin éducatif, la balade de Yaya a le mérite d’être une aventure effrénée qui permet au jeune lecteur de vite se plonger dans l’intrigue. Pas de temps mort, on saute de péripéties en péripéties avec Yaya pour le meilleur et pour le pire…

Enfin, le graphisme de cette bd est tout a fait charmant, un brin innocent (paradoxalement à la thématique de la guerre). On ne peut s’empêcher de songer à la patte de Miyazaki en voyant le visage rond et poupin des jeunes héros de l’histoire.

Pour conclure, ce premier tome introductif nous permet de découvrir un monde très réaliste, empli à la fois de bonté pure et de cruauté. Parfait pour faire découvrir d’autres horizons aux jeunes enfants tout en restant proche de notre histoire mondiale et humaine.
Chroniques à suivre pour les tomes suivants.

9/10