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Chronique : Le testament de Jessie Lamb

Le testament de Jessie LambUn roman d’anticipation choc où notre société est changée à tout jamais par un virus aux effets dévastateurs…

Premier ouvrage de Jane Rogers à paraître en France, Le testament de Jessie Lamb est un roman qui a remporté le prestigieux prix Arthur C. Clarke en 2012. Il est sorti en janvier dernier aux éditions Presses de la Cité. Jane Rogers enseigne l’écriture romanesque à l’université de Sheffield et écrit régulièrement pour la télévision ainsi que la radio.

Plus qu’un simple roman d’anticipation, Le testament de Jessie Lamb soulève des questions dérangeantes, mais qui sait un jour peut-être nécessaires ? Entre apocalypse sociale et pandémie, bienvenue dans le futur proche, celui de Jessie Lamb.

Une pandémie qui remet l’existence de l’humanité en question

Un jour arriva le SMM : le Syndrome de Mort Maternelle. Tuant toutes les femmes enceintes en quelques jours à peine sans espoir de guérison, le SMM est fulgurant et les solutions pour l’éradiquer vont vite faire polémique à l’échelle mondiale.

C’est dans ce contexte de fin du monde sans espoir de voir venir une nouvelle génération d’hommes et de femmes que Jessie Lamb commence son testament. Fille de chercheur, elle sera aux premières loges et connaîtra les avancées les plus à la pointe pour lutter contre le SMM… mais ces dernières y parviendrons-t-elles ?

Le testament de Jessie Lamb VOUn roman politique, polémique et par-dessus tout terrifiant

Si l’on essaye une seule seconde de s’imaginer ce à quoi ressemblerait le monde si un tel virus se propageait, la réalité ne serait pas loin de ce que décrit Jane Rogers. Que ce soit en termes de politique, de religion ou encore de déontologie, l’auteur n’oublie absolument aucune variable…

Ce roman catastrophe est terriblement bien pensé : des sectes qui profitent de la panique mondiale en passant par des combats idéologiques où des jeunes filles deviennent instrumentalisées… il est difficile de dénouer la notion de bien de celle de mal.

En effet, les solutions trouvées pour palier au SMM sont absolument terrifiantes : utiliser les femmes comme réceptacle… transformées à l’état de légume, elles sont maintenues en vie artificiellement le temps que l’enfant naisse. Ces femmes qui donnent naissance et se sacrifient sont vite nommées les Sleeping Beauty (Belle au Bois Dormant). Mais la solution est loin d’être parfaite : les enfants issus des Sleeping Beauty sont eux aussi atteints du SMM… Alors cette cause est-elle la bonne à embrasser ou y a-t-il d’autres solutions à envisager ?

C’est ainsi que Jessie Lamb, une adolescente ordinaire commence à se poser de nombreuses questions sur l’avenir du monde. Comment évoluera la société dans un avenir proche alors que sont taux de natalité et de mortalité n’ont jamais étés aussi catastrophiques ? Jessie peut-elle contribuer à améliorer l’avenir de l’humanité à sa simple échelle ?

Le testament de Jessie LambExcellent mais crispant

Le testament de Jessie Lamb est un très bon roman : il se dévore et fascine à tel point que cela en devient morbide. Tout le récit est écrit du point de vue de Jessie, dont on voit le cheminement des pensées évoluer au fil des jours, puis des semaines. Quand son récit commence, elle est enfermée, séquestrée, pour une raison que l’on ignore. Mais au fil du récit, on commence à comprendre pourquoi elle est dans une telle situation…

Et vous, que feriez vous si le monde s’effondrait inexorablement autour de vous ? Prendriez-vous un nouveau départ ? Vous enfuiriez-vous ? Voudriez-vous devenir une Sleeping Beauty ? Ou faire tout ce qu’il vous plaît avant de voir l’humanité disparaître ?

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En conclusion : ce récit est à marquer d’une pierre blanche : marquant à tous points de vue, il mérite le prestigieux prix qui lui a été remis. On y découvre les facettes les plus sombres et insoupçonnées de l’humanité face à sa propre déchéance… et elles ne sont pas belles à voir.

Le testament de Jessie Lamb est un roman dur et percutant qui plaira certainement aux amateurs d’apocalypses sociales. A lire dès l’âge de 16 ans environ. Cette chronique a été rédigée pour le site ActuSF.

Chronique : Le livre de Saskia – tome 1 – Le Réveil

Le livre de Saskia 01

Un récit pour ado qui séduit vite son lecteur grâce à univers bien pensé et… angélique.

Premier roman de la française Marie Pavlenko, le livre de Saskia est paru aux éditions Scrinéo Jeunesse dont le second tome vient d’ailleurs de paraître. Ce premier opus, qui s’intitule Le Réveil, nous conte l’histoire d’une jeune fille, Saskia, adolescente sans problèmes particuliers, vite attachante qui a été découverte abandonnée en Inde puis amenée en France par sa mère adoptive.

Il y a eu beaucoup de livres sur les anges ces derniers mois chez différents éditeurs : Hush Hush, Halo etc… mais celui-ci mérite une attention particulière.

Dans le quotidien de Saskia

Bonne élève, drôle, heureuse de vivre, Saskia vient de changer d’école pour passer sa terminale à Buffon. Depuis sa plus tendre enfance, elle sait que sa mère n’est pas sa vraie mère et qu’elle a été adoptée, et cela dans d’étranges circonstances.

Quand on l’a trouvée, elle portait déjà bébé cette pierre qui ne la quitte jamais depuis, sans cette dernière elle se retrouve perdue et complètement démunie… et autre chose étrange, ça pierre « chauffe » ou « refroidit » selon les circonstances, comme pour la prévenir d’un danger. Mais elle fait partie de son quotidien, et donc ne s’est jamais vraiment posé de questions la concernant.

Mais un jour où Saskia se retrouve presque seule dans une rame de train et que sa sécurité est en danger, elle croise le chemin de Tod, un garçon mystérieux qui va la sauver. Depuis, ce dernier la suit partout, jusque chez elle. Il est dans le même établissement qu’elle, mais en tant que pion. Tod n’est pas à proprement parler dangereux, mais le fait qu’il suive Saskia partout où elle se rend devient vite très dérangeant pour elle, et sa quête de réponses se trouve devant un mur.

Et la chose va encore se compliquer quand elle va être également suivie par une nouvelle élève qui débarque dans sa classe : Mara.

Tod et Mara la protègent de quelque chose, mais de quoi ?

Un roman fichtrement immersif

Le livre de Saskia est écrit de façon simple, avec un vocabulaire fluide qui fait que l’on entre très vite dans l’intrigue. La première partie du roman est très « banale », mais jamais ennuyeuse, racontant la vie quotidienne de Saskia. Les descriptions des lieux et des personnages sont très bien maîtrisées, facilitant la possibilité de s’attacher à ces derniers. Les mystères n’arrêtant pas de s’ajouter, on ne peu qu’être happé par l’intrigue.

Saskia, qui est loin d’être bête et pleurnicharde comme le sont parfois certaines héroïnes de romans pour ados, on a ici affaire à une héroïne forte qui malgré ses interrogations et ses peurs va au-delà des apparences.

Quand au personnage de Tod, c’est Le beau gosse par excellence, et même s’il en joue, sa beauté ne fait pas tout ; son personnage est extrêmement intéressant et il joue beaucoup de l’ambiguïté avec la pauvre Saskia. Mara, l’antithèse de Tod est également pleine de mystères et peu causante sur la situation elle-même.

La seconde partie du roman est beaucoup plus axée fantastique au fil des pages. Le livre de Saskia aborde ensuite un vocabulaire angélique créé de toutes pièces par son auteure, et ce sans nous perdre en grandes descriptions. Une incursion en terre fantastique réussie donc.

Le seul point noir selon moi est le dénouement de fin du premier tome, où l’on fait certaines révélations et où l’on tombe parfois dans le cliché. Mais le récit reste toutefois assez original dans sa globalité.

Alors, je ne vous en dirais pas plus concernant l’intrigue sous peine de vous gâcher un peu de plaisir, le mieux serait encore que vous lisiez le livre de Saskia. Pour son originalité, son écriture et pour ses héros à la personnalité bien campée. Et puis, c’est aussi la preuve si il en est besoin que le fantastique français a de beaux jours devant lui. Vivement la suite avec le tome deux : L’épreuve.

Cette chronique a été rédigée pour le site ActuSF

Chronique : Precious (Push)

Precious (Push)Un roman coup-de-poing à lire pour espérer, s’émouvoir, se révolter

Écrit en 1996, seul et unique roman de la noire-américaine Sapphire traduit en France, Push (renommé Precious lors de la sortie du film-cf vidéo ci-dessous) nous conte l’histoire de Precious, une jeune fille enceinte pour la seconde fois de son père, qui a abusé d’elle. Ce livre est son histoire, sa lutte pour sortir la tête hors de l’eau.
Push a rencontré un tel succès qu’il a été adapté au cinéma en 2009 et renommé sous le nom de Precious (voir la bande-annonce en fin d’article), pour ne pas apporter de confusion avec le film de science-fiction Push, sorti la même année. L’adaptation a d’ailleurs remporté deux oscars, celui de la meilleure actrice et celui du meilleur scénario.
Sapphire, auteur qui suit les trace de Toni Morrison, est une figure de la littérature noire-américaine engagée et féministe, elle vient de sortir un nouvel ouvrage aux Etat-Unis, qui se nomme The Kid.

Un récit qui prend aux tripes

Harlem : Precious Jones est enceinte, de son père. Sa mère, elle, considère que sa fille ne peut s’en prendre qu’à elle-même si elle est dans cette situation, sa fille lui a volé son mari, selon elle.
Battue, méprisée, maltraitée, Precious (prénom on ne peut plus paradoxal et cruel) est sollicitée par les services sociaux. Elle refuse de se rendre dans ces classes spécialisées pour « les filles comme elle », qui n’ont pas eu non plus de chance dans la vie, pas de famille pour les soutenir, les écouter. Mais sa rencontre avec la professeur Mrs Avers va changer la donne, Precious va découvrir cette envie qui lui faisait aussi cruellement défaut.
Et c’est la découverte d’un tout autre monde qui d’ouvre à elle : Precious se rend alors compte qu’elle peut prendre son destin en main, s’en sortit, subvenir à ses besoins et à ceux du bébé déjà né, ainsi que celui à venir.

L’écriture de Precious est très mauvaise, c’est normal, elle sait à peine lire et écrire, et c’est aussi cette faiblesse dans l’expression qui rend son témoignage si touchant, qui prend littéralement aux tripes.

Chaque scène brutale ne peut nous empêcher de nous perdre dans ce personnage bouleversant, criant de vérité. Les intérêts de Precious prennent tellement à parti le lecteur qu’il est ardu de se détacher de son personnage, de se dissocier d’elle et de son vécu.
Push se lit d’une traite, magnifique, mais très dur, certaines scènes de violence ne rendent pas ce livre accessible avant l’âge de 15-16 ans, mais il fait partie des indispensables.

Sapphire nous offre ici un portrait terrible de la société américaine vis-à-vis de la population noire et de son exclusion, il reste encore beaucoup de choses à faire. Et je suis convaincue que c’est avec ce genre d’œuvre que l’on peut changer les mentalités, le regard des autres.

Pour ceux qui souhaitent découvrir d’autres ouvrages du même genre qui font avancer et réfléchir, il y a L’œil le plus bleu de Toni Morrison (aux éditions 10/18) ou encore La couleur pourpre de Alice Walker (éditions Pavillon Poche), ou encore Racines, de Alex Haley (éditions J’ai Lu) pour retourner aux origines de la condition noire. Un roman coup-de-cœur et coup-de-poing de qualité, à lire d’urgence.

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Chronique : Toujours fâchée – Journal d’Aurore – Tome 2

journal d'aurore 02Petite exception, je mets la quatrième de couverture au début, car il n’y a rien de mieux pour raconter ce livre qu’un petit extrait : « Je n’ai jamais rien entendu de plus laid, de plus ennuyeux et de plus nuisible que ce que tu joues avec ton groupe. Il vient de tomber par terre. Il se roule dans le sable en se tenant le ventre. C’est le soldat Ryan. Peut-être qu’il va mourir sur la plage. Je vais lui flanquer un coup de pied pour abréger ses souffrances. Je suis malheureusement interrompue par l’arrivée de Samira et d’Hélène qui s’approchent de nous avec des airs légèrement envieux. – De quoi vous parlez ? demande Samira. Vous avez l’air de bien vous marrer. Il se relève, il s’essuie les yeux et me montre du doigt. – C’est elle, gémit-il. Elle n’arrête pas de m’agresser, elle est trop marrante. Bon. Je me suis fait un nouvel ami masochiste. Il me regarde avec des yeux émerveillés. II m’adore, c’est clair. »

Et c’est reparti pour une année de délires et de malheurs divers dans la vie ô combien difficile de l’ado Aurore. Cette fois, elle a gagné le gros lot : a force de dire à ses parents qu’elle en a marre d’eux, elle a maintenant le droit (ou plutôt l’obligation) de vivre chez ses grands-parents : dans une chambre couleur saumon, l’horreur.

D’un point de vue général, on retrouve les mêmes ingrédients que dans le premier tome : une ado ronchon, jamais contente, qui a toujours raison et qui jamais ô grand jamais ne tombera amoureuse. Mais personnellement je l’ai trouve encore plus férocement drôle que le premier.

Ce roman jeunesse en fera sourire plus d’une, mais il fera aussi passer un très bon moment aux adultes qui voudrons bien s’y essayer : vous avez des ados ? Lisez le journal d’Aurore, vous les reconnaitrez. Vous comprendrez peut-être même comment ils fonctionnent…

Mais le point fort de Marie Desplechin, c’est qu’elle ne nous fait pas uniquement rire. Elle arrive à faire parler son personnage de sujets graves tels que la guerre, la faim dans le monde (eh oui, les ados ont des réflexions sur le monde eux aussi) avec une gravité mettant les sentiments à fleur de peau. Bref, c’est un bijou de naturel qui nous est offert, et ça serait vraiment dommage de passer à côté.

Chronique : J’ai 14 ans et je suis détestable

J'ai 14 ans et je suis détestableExceptionnellement, je vais commencer par la quatrième de couverture, vraiment sympathique : Marre. Marre des parents, des profs, des copains. Marre de moi, de ma peau. De mon acné. De mes cheveux gras. De ma tronche, toujours la même et toujours aussi moche. Je déteste les miroirs. Je me déteste. J’ai 14 ans et je suis détestable.

Rien que le titre, avouons-le, donne envie de prendre le livre pour voir ce qu’il cache ! Et c’est ce qu’on fait : on prend le livre, on lit la quatrième de couverture qui est intéressante et puis on se rend compte que c’est du Gudule, et on court l’acheter.

Petit roman jeunesse court mais efficace, mélangeant histoire d’amour naissante et fantastique sans pour autant plonger à corps perdu dans l’imaginaire, surtout avec un fin vraiment bien trouvée par l’auteur.

A peine ouvert, le livre nous absorbe, les pages sont de taille moyenne, le texte bien aéré, ont est lancé. C’est ainsi que l’on plonge dans une vie d’adolescente bien normale : mal dans sa peau et que n’aime pas beaucoup son physique, et amoureuse… du mec le plus populaire du bahut, celui sur lequel elle craquent toutes et qui est bien entendu inaccessible. Gudule sait vraiment bien retranscrire les émotions de cet « âge ingrat » comme l’appellent les adultes.

Mais le « truc » le plus génial, c’est que tout naturellement, on glisse d’un genre à l’autre et Gudule nous ouvre un autre monde, celui du fantastique. Comment fait-elle, ça c’est à vous de le découvrir, mais sachez qu’elle est la reine du fantastique et que quasiment tout ses écrits font partie de ce genre. Je vous invite en tout cas fortement à entrer dans le monde riche et fou de Gudule !