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Chronique : Quatre filles et quatre garçons

Un roman qui dépeint avec talent et réalisme les difficultés de l’adolescence… Pour en ressortir grandit !

Florence Hinckel est une autrice française à qui l’on doit de très nombreuses œuvres à destination de la jeunesse et des ados : U4 – Yannis, Le chat pitre, Le grand saut, Nos éclats de miroir… Elle est très prolifique et sort très régulièrement un nouvel ouvrage.

Avec Quatre filles et quatre garçons, elle a réussit à s’installer durablement dans le paysage éditorial, car son ouvrage est devenu un titre de fonds aussi bien pour les librairies que pour les bibliothèques.

Huit ados très différents aux problématiques qui le dont tout autant

Ils se prénomment Benoît, Sarah, Dorian, Mehdi, Justine, Clotilde, Joséphine ou Corentin. Ils sont inséparables depuis de longues années, ont partagé tant de moment complices qu’ils lisent dans les pensées de l’autre sans problème…

Sauf que. Ils ont 15 ans, l’adolescence arrive, les questionnements également. Les interrogations, la peur, les doutes, les premiers émois, la rébellion vis à vis des parents pour certains…

Au travers de cette année si particulière pour chacun.e, ils décident d’écrire un journal. Chacun.e choisira la forme qu’il/elle souhaite, ils peuvent s’enregistrer, se filmer, écrire, peu importe ! Ce qui compte, c’est qu’ils partagent un moment clé de leur vie au travers de confessions qu’ils relirons peut-être, une fois qu’ils auront atteint l’âge adulte…

Un roman aux allures de recueil de nouvelles liées fortement entre elles pour former un grand tout

Il est difficile de faire une chronique globale de cet ouvrage, j’ai ainsi décidé de vous le présenter personnage par personnage. Les histoires ne sont pas toutes égales en qualité, et c’est justement plus intéressant d’en parler en utilisant cet axe.

Joséphine : Elle s’interroge énormément sur les autres. Se demande qui est cette mystérieuse fille qu’elle croise souvent à l’abribus. Lui créé une vie dans sa tête tout en se demandant ce qu’il en est réellement.

Une bonne nouvelle dans sa vie ? Ses seins ont doublé de volume en l’espace d’une nuit ! (ou presque). C’est l’occasion pour elle de s’interroger sur ce qu’est l’amour, et comment on embrasse, d’ailleurs ?

Mais elle a également peur d’une chose : que ses parents se séparent à nouveau… Et ça la mine.

Autre chose… elle sait plein de choses, mais ne s’en vente pas. A peur de passer pour une intello auprès des autres, y compris de ses amis proches…

Son histoire est intéressante, mais comme c’est la première narratrice, ont la voit encore évoluer au fil des autres histoires.

Benoît : Un peu « fort », son surnom, c’est BN à cause d’une histoire un peu folle. Quand il était plus petit, il s’est perdu en montagne pendant plusieurs heures (presque une journée) et a survécu en mangeant la seule chose qui lui restait : des BN.

Ses deux parents sont profs dans le collège qu’il fréquente, ce qui n’est pas toujours facile à accepter (ni à faire accepter aux autres…).

Il a réussit ont ne sait trop comment à se faire foudroyer durant la période où il devait tenir son journal ! Et ça l’a rendu cool aux yeux de ses autres camarades.

Benoît s’interroge beaucoup sur l’image qu’il a des filles, comment il les perçoit, et si ce qu’il pense est juste, ou non. C’est en tout cas au final un garçon aussi gentil que respectueux de son prochain.

Sarah : C’est LA fille canon du groupe. Elle est belle, et elle le sait… ce qui lui porte fortement préjudice car elle a une idée (trop) haute d’elle-même en ce qui concerne son physique, elle trouve ainsi qu’aucun garçon n’est assez bien pour elle. Cependant, elle ne se trouve douée en rien et mise tout sur son physique pour avancer dans la vie. Elle ne rêve que d’une chose : devenir mannequin professionnelle.

Du côté de ses parents, ce sont des gens modestes. Son père tient de façon obsessionnelle un journal qui contient tous les chiffres sortis au Loto, tous les jours, depuis des années.

Depuis quelque temps, Sarah veut tellement atteindre son objectif de devenir mannequin qu’elle commence à se sous-alimenter afin d’atteindre les standards de beautés imposés… jusqu’à y laisser sa santé en devenant peu à peu anorexique. Et cela s’exacerbe quand elle est repérée par une agence de mannequinat très prestigieuse.

Dorian : C’est un ado assez effacé, il ne dit rien, même quand les événements deviennent graves. Il y a quelques années, dans un autre établissement, il était le bouc émissaire d’un autre garçon de son âge. Cela l’a beaucoup traumatisé et placé dans une situation de victime dont il n’est jamais vraiment sorti. Le nom de ce garçon qui le harcelait ? Bastoche. Mais le hasard remet l’ancien bourreau de Dorian sur sa route, et les ennuis reprennent. Harcèlement, cruauté, lynchage, Bastoche resserre son emprise malsaine sur Dorian et le coupe peu à peu de ses amis… 

Mehdi : On suit le long cheminement du jeune homme à réaliser – et assumer – qu’il est gay. Pas facile pour lui quand on voit le comportement de certains, ou ne serait-ce que leur façon de parler… La situation est une véritable torture pour lui. Il est encore plus effacé que Dorian, c’est dire. Mais peu à peu, la solution va venir à lui… Il est d’une gentillesse extrême et va même devenir un très bon ami de la jeune fille mystérieuse du bus : Solène.

Justine : Avec Justine, on assiste à un changement radical de personnalité par amour. Elle qui est si gentille, ponctuelle, parfois même un peu fade, elle va se rebeller contre tous pour ressembler au garçon à qui elle veut plaire. Elle l’a rencontré lors de son stage en librairie, il est gothique, et Justine va tout faire pour l’attirer à elle. Sa mère est une autrice célèbre qui écrit de nombreux romans à l’eau de rose (mais elle n’assume pas et écrit sous pseudonyme…), et Justine déteste ces romans, qu’elle juge mettre systématiquement les femmes en position de victimes…

Clotilde : Elle est belle, métisse et orpheline de mère (qui a été tuée par son ex à cause d’une chute dans les escaliers). Elle vit donc seule avec son père. Elle est gentille, d’une douceur extrême, mais elle possède cependant de fortes convictions féministes !

Joséphine : Elle est un peu l’archétype de l’adolescente qui s’interroge sur tout ce qui l’entoure, mais également sur son corps qui change. Ce n’est pas le personnage qui m’a le plus marqué car elle manque quelque peu de profondeur selon moi…

Corentin : On peut le qualifier de beau-gosse du groupe… Et il s’est mis à la musique avec un groupe nommé Les bêtes sauvages, et très vite, ils rencontrent un sacré succès… Mais cela ne va-t-il pas leur faire tourner la tête ? Corentin reconnaîtra-t-il ses amis ou leur tournera-t-il le dos pour les paillettes et les projecteurs ?

En somme, ce roman pour ado est très complet et intéressant. Il propose une représentation juste et variée de quantité d’adolscent.e.s de notre époque, même si parfois le trait est un peu forcé. Il y a bien quelques longueurs (normal sur un roman qui fait 750 pages !) mais la lecture reste agréable car partitionnée par personnage. Parfait pour rassurer et se découvrir quand on a 15 ans, en plus l’ouvrage est sorti en poche il y a peu…

Chronique : Un si petit oiseau

Un roman extraordinaire à découvrir, il vous mettra les nerfs à fleur de peau et vous fera vibrer comme rarement… c’est ma promesse.

Marie Pavlenko est une autrice française dont j’adore l’œuvre depuis ses débuts avec Le livre de Saskia (trois tomes chez Scrinéo et Pocket). Depuis, ses romans ont changé, gagné en maturité, en beauté, en profondeur… Comme on a déjà pu le voir avec le merveilleux Je suis ton soleil (Flammarion).

Un si petit oiseau est sorti en janvier 2019 chez Flammarion, et au moment où je rédige cette chronique, je viens de terminer la dernière page il y a quelques minutes à peine. Je voulais garder vivant mon ressenti sur ce livre exceptionnel.

Une vie fauchée en plein vol…

Abi a presque 20 ans, elle est passionnée par les animaux, sait déjà qu’elle veut devenir vétérinaire. Son avenir est beau, lumineux et lui appartient.

Mais il y a cette voiture qui grille un stop, son bras qui était accoudé à l’extérieur, et le choc. Violent. Dans la brume de ses souvenirs, Abi se souvient de façon parcellaire des événements, mais l’absence cruelle de son bras est là pour se rappeler à elle, quotidiennement.

Adieu les rêves de vétérinaire, pour un tel métier on a besoin de ses deux bras, c’est un fait. Adieu la bande de copains avec qui elle faisait tout, l’accident les a éloignés, la gêne s’est installée. La honte aussi…

Adieu la vie normale et heureuse pour Abi… A moins qu’elle ne réussisse à l’apprivoiser différemment ? Mais comment ?

Sublime, drôle dans le dramatique, du génie

Merci Marie Pavlenko pour ce moment de lecture merveilleux. Il y a tant de justesse et de beauté dans chaque ligne qu’il m’est impossible d’en parler avec mes mots. Lisez ce livre, tout simplement.

On y découvre la résilience d’Abi, son humour intrépide même si elle a parfois envie de baisser le bras…

« La vie est une salope, mon beignet »

Mais c’est aussi grâce à Cendrars qu’Abi va découvrir qu’elle n’est pas seule. Il a vécu la Première Guerre Mondiale, y a perdu un bras et il est devenu Blaise Cendrars. Il a même écrit un roman intitulé La main coupée. Et quantité de ses autres œuvres font référence à ce membre manquant, perdu.

Comment découvre-t-elle Cendrars ? Grâce à un expéditeur inconnu qui lui envoie des écrits de l’auteur. Mais à chaque choix d’ouvrage, ça fait mouche dans le cœur d’Abi.

« La fauvette pitchou – presque un Pokémon »

Un si petit oiseau est une ode à la beauté de la vie, aux petits bonheurs du quotidien… Il parle également beaucoup d’ornithologie (science des oiseaux) et d’éthologie (science du comportement des animaux), des domaines fascinants. Et justement, c’est ce qui va aider Abi à avancer… Quand vous aurez fini l’ouvrage, vous n’aurez qu’une seule envie : dévorer tous les ouvrages du scientifique Frans de Waal (grand spécialiste de l’éthologie). Je ne saurais d’ailleurs que trop vous conseiller l’excellent Sommes-nous trop « bêtes » pour comprendre les animaux ? (Babel).

« Des passereaux s’agitaient dans le bouleau d’en face. Un rouge-gorge et des mésanges, mais de tailles et de plumages différents. Une grosse pie est venue se poser et ils se sont tous enfuis, on aurait dit des petits suppositoires avec des ailes ».

Une jolie mésange bleue.

Et si vous n’êtes pas un caillou moussu, il y a de grandes chances pour que vous versiez une petite larmichette à la fin. Trop-plein d’émotions, c’est normal, surtout quand on lit ce livre en peu de temps. Tout est concentré, pur, dévastateur.

Et chaque personnage y est à sa place (j’ai adoré la tante génial et folle d’Abi), ceux qu’on aime tout comme ceux pour qui on a de l’antipathie… vous verrez. Son roman est un roman vrai, salutaire.  

PS : Marie Pavlenko nous conseille en fin d’ouvrage une merveilleuse musique, qui pour elle incarne parfaitement le personnage d’Abi. Il s’agit de Fonder, par Secret of elements. Et il est vrai que cette musique est sublime, et que peu à peu elle se révèle et gagne en puissance… comme Abi.

PPS : Il y a un petit bout du XVIIème arrondissement dans ce roman, notamment la station de Métro Villiers. Et en croisant l’autrice par hasard, elle m’a dit que la librairie dont elle parlait dans ce roman, c’est celle où je travaille ! Il s’agit de la Librairie Fontaine Villiers. Et ça me fait super plaisir de découvrir ce lien inattendu entre mon travail et le livre…

Chronique : L’été circulaire

Un roman violent sur la misère absolue dans la France d’aujourd’hui… terrible et marquant.

Marion Brunet est une autrice française, elle écrit principalement pour la jeunesse et les adolescents. Elle s’est fait connaître notamment pour son roman Dans le désordre (Sarbacane, collection Exprim’).

Pour la jeunesse, elle a écrit la chouette série de l’ogre : L’ogre au pull vert moutarde, L’ogre au pull rose griotte et L’ogre à poil(s).

L’été circulaire est son premier roman à destination des adultes, il est paru initialement aux éditions Albin Michel avant de sortir il y a peu chez Le livre de poche.

Une famille sans le sous et avec guère de culture…

Nous sommes dans le sud de la France. Pour Jo et Céline, la première éducation, c’est l’école de la vie. Avec des parents qui laissent peu de place aux sentiments (du moins les positifs), les deux sœurs sont livrées à elles-mêmes. La mère est dure, et assez effacée. Le père boit pas mal, et peut vite devenir violent si il n’obtient pas rapidement ce qu’il veut.

 Leurs filles sortent à tout heure, font à peu près ce qui leur chante… Johanna (ou Jo) a quinze ans et même si elle semble totalement déphasée, elle a malgré tout la tête sur les épaules. Tout le monde la trouve cependant bizarre, effrontée, et elle se fait souvent harceler pour être encore sortie des sentiers battus.

Malgré tout, c’est par Céline que le drame va arriver, quand sa mère découvre qu’elle est enceinte… s’ensuit alors les coups du père pour savoir de qui est l’enfant, face à une Céline obstinée et muette…

Comment en est-on arrivé là ? Et que va devenir cette famille déjà fortement dysfonctionnelle ?

Un roman noir plus qu’un polar

Avant de continuer, je tiens à préciser que malgré la collection dans laquelle est catalogué le roman- à savoir « policier » – il ne s’agit pas du tout d’un polar ou d’un thriller. Nous sommes dans le plus pur style du roman noir. Ici, pas de suspense à couper au couteau, mais une intrigue qui suit la vie de cette famille en détresse à tous points de vue.

Manque d’argent, de culture, on sent qu’il est impossible pour eux de s’élever un tant soit peu de leur condition. Dès qu’il arrive quelque chose de bien à un voisin, on le hait, on le jalouse, et on ne se remet surtout pas en question…

Je ne sais pas comment Marion Brunet a fait pour coller comme cela à ce qui m’a semblé être la réalité, mais elle a réussi un coup de maître. Ecriture efficace, à l’acide, d’une cruauté à la hauteur de ce que la société fait subir à Céline et Jo…  C’est beau et violent à la fois. Si vous aimez les romans ancrés dans la société et ce qu’elle a de plus sombre, L’été circulaire pourrait vous intéresser et vous plaire.

Alors, certes ce n’est pas un polar, mais ça se lit comme tel. On meurt d’envie de savoir ce que vont devenir ces deux gamines larguées par la vie et qui sont constamment livrées à elle-même. Céline en particulier, dans sa naïveté absolue et son manque d’envie pour tout en devient touchante… Mais ma préférée restera Jo, une véritable héroïne que le monde ignore… Mais vous, vous saurez que c’en est une rien qu’en la découvrant… Superbe de noirceur.

Chronique : Coup de foudre à Pékin

Une histoire d’amour touchante ayant pour toile de fond la Chine d’aujourd’hui

Peut-être connaissez-vous Chloé Cattelain, grande spécialiste de la Chine, sur laquelle elle a rédigé un mémoire et où elle a vécu.

Elle nous avait déjà fait le plaisir d’écrire le fabuleux roman Ma vie à la baguette, sur un ado franco-chinois. L’autrice de talent récidive avec cette fois-ci une adolescente française qui part vivre en Chine avec sa mère… et on s’y croirait.

Tout quitter pour aller vivre en Chine ? OUI !

Voici l’histoire de Clémence, une jeune française qui part vivre en Chine avec sa mère qui a été mutée. Et pour l’adolescente, c’est un rêve qui se réalise… Elle qui apprend le chinois depuis de nombreuses années va enfin pouvoir mettre en pratique ses acquis !

En parallèle, nous suivons le jeune Yonggui, un adolescent Chinois qui fait partie des meilleurs de sa classe et même de son école. Et rien ne pourra le distraire de son but : être le meilleur en tout pour s’assurer un avenir meilleur à lui et à sa famille…

Comment ces deux là vont-ils pouvoir se rencontrer et peut-être s’aimer ? Vous le saurez en plongeant à cœur perdu dans Coup de foudre à Pékin !

Une douceur de roman… 

Chloé Cattelain est pour moi une de mes autrice préférées en seulement deux romans. Pourquoi ? Car elle nous dépeint la Chine de manière unique et nous la fait aimer comme personne. Elle est si passionnée qu’elle ne peut que nous transmettre le « virus » de la Chine à travers des personnages vrais et sincères… Ainsi, après Ma vie à la baguette, ce second roman ado est une réussite.

Cette romance franco-chinoise fonctionne en tout cas à merveille (sans une once de guimauve), tant au niveau des deux protagonistes principaux qui sont très attachants, qu’au niveau narratif. L’humour est très présent, mais ça n’empêche pas Chloé Cattelain de traiter de sujets plus difficiles : le divorce, le côté très hermétique de la société chinoise, le travail à la chaine qui frise l’esclavage…

……..

Que dire de plus, sinon qu’il vous faut lire les livres de Chloé Cattelain, ce sont ce que j’appelle des livres-doudous. On s’y sent bien, on passe un excellent moment, et on n’a absolument pas envie des les quitter… A découvrir dès 13 ans environ.

Chronique : Trois de tes secrets

Difficile de s’intégrer dans un nouveau lycée quand on a dû tout quitter suite à un événement très difficile… A qui faire confiance ? Avec qui se lier d’amitié ? Voici l’histoire de Jessie, fraichement débarquée à Los Angeles et qui va avoir l’aide d’un mystérieux correspondant…

Premier roman pour ados de Julie Buxbaum à paraître en France, Trois de tes secrets est paru chez PKJ en janvier 2018 (un de ses romans destiné aux adultes est déjà sorti en France il y a presque 10 ans).

Il s’agit d’une des auteurs les plus prometteuses du catalogue PKJ cette année. D’autant que l’éditeur a déjà prévu de sortir un second roman de Julie Buxbaum au mois d’août : Trouver les mots. PKJ n’avait que de mots élogieux au sujet de cette future parution et le comparais à Eleanor & Park ! Et quand on sait à quel point ce roman est excellent, ça présage du très très bon…

Avant d’être une auteure à succès, Julie Buxbaum était avocate. Elle a décidé de tout plaquer pour vivre de sa passion, l’écriture.

Une nouvelle vie commence… difficilement

Jessie vient de débarquer à Los Angeles, et cela de façon assez abrupte. Son père ne lui a pas franchement laissé le choix… Deux ans à peine après la mort de sa mère, son père a décidé de se remarier et d’aller de l’avant. Ainsi arrivent-ils à Los Angeles et emménagent chez la nouvelle femme du père de Jessie. Elle est gentille bien qu’ultra dynamique (elle ne se pose jamais, s’en est fatiguant…), et a beaucoup d’argent. C’est elle qui va payer la scolarisation de Jessie dans l’établissement le plus huppé de Los Angeles…

Charge à Jessie de s’adapter avec cette nouvelle belle-mère, un nouveau frère par alliance qui a l’air peu coopératif et un lycée avec aucune tête connue.

Mais quelqu’un a repéré la détresse que Jessie essaye de masquer chaque jour, c’est ainsi qu’elle reçoit un mail anonyme d’un certain Personne-en-particulier. Ce dernier lui propose de l’aider à se repérer dans cette jungle en lui donnant des tuyaux : comment prendre certains profs, avec qui se lier d’amitié, qui éviter… Mais qui peut bien être ce personne-en-particulier ? Est-ce une vaste blague ? Quelqu’un qui veux malmener Jessie et attirer ses confidences ? Ou quelqu’un qui lui veut simplement du bien ?

Un roman frais, insolite et d’une douceur infinie…

Si vous avez envie d’un roman-doudou, Trois de tes secrets remplira parfaitement cet office ! Bien que Jessie, l’héroïne, ne soit pas heureuse, elle est malgré tout faite pour le bonheur. Et ce fameux Personne-en-particulier va beaucoup l’aider à (re)devenir la Jessie qu’elle était avant le drame familial.

Tout au long de ce roman de presque 400 pages (que l’on ne voit pas défiler !), on imagine de nombreuses hypothèses sur l’identité du fameux personne-en-particulier. Ce mystère va également beaucoup occuper l’esprit de Jessie ! Et vous ne saurez réellement qui il est à l’ultime page… oui, c’est dur de résister, mais ça vaut le coup.

Ce roman réussit à éviter tous les pièges du roman ado malgré un départ similaire à de nombreux autres. Une nouvelle école, de nouvelles amitiés, un déménagement abrupt. Quantité de romans young-adult débutent de cette façon : Geek Girl (dans un tome en particulier), My Dilemma is You, Phaenix… pour ne citer qu’eux.

Les bases sont les mêmes, mais c’est ce qu’en fait l’auteur qui va tout changer. Et pour Julie Buxbaum, c’est un magnifique sans fautes ! Pas de personnage ultra manichéen, ni de grand.e méchant.e. Il y a bien des interrogations sur l’intégration de Jessie, des appréhensions sur sa nouvelle vie, mais rien qui ne soit pas réaliste.

Enfin, j’ai adoré les nombreux dialogues (parfois sans queue ni tête, mais tellement drôles) qu’on entre eux Jessie et Pep (acronyme de Personne en particulier). Ces passages là sont parmi les meilleurs du roman, et ils sont très nombreux !

…….

A la fois beau, drôle, piquant et super romantique, Trois de tes secrets est donc un énorme coup de cœur ! A lire dès l’âge de 13/14 ans sans réserves. Et hâte de découvrir le nouveau de Julie Buxbaum qui sort en août… l’attente va être longue.

Chronique : Les garçons de l’été

Un roman happant qui ne vous lâche pas une seule seconde, tel un requin vorace. Plongez corps et âme dans une histoire sombre à souhait…

Paru initialement en grand format aux éditions P.O.L, Les garçons de l’été est un roman génial et assez inclassable. Il aurait très bien pu entrer dans la catégorie « romans noirs », mais c’est finalement en folio, dans la collection blanche qu’il paraît en poche au mois d’avril 2018.

Il s’agit officiellement du premier roman de l’auteure française Rebecca Lighieri… Mais en réalité, elle a écrit une dizaine d’ouvrages sous le nom d’Emmanuelle Bayamack-Tam (parmi lesquels Si tout n’a pas péri avec mon innocence, Je viens ou encore Une fille du feu).

Sous son pseudonyme, elle a également écrit un autre roman, toujours aux éditions P.O.L : Husbands. Il a l’air également assez sombre…

L’histoire de deux frères qui ne vivent que pour et par le surf

Voici l’histoire de Zachée et de Thadée. Deux frères très différents mais dont la passion commune les transcende, les lie de façon unique : le surf. Ils sont constamment emplis de ce besoin viscéral de se mesurer au plus belles vagues, aux plus beaux et plus difficiles spots…

Mais un jour, le drame va frapper sous la forme d’un requin. De la jambe de Thadée, il ne reste que quelques lambeaux de peau… Personne ne le sait encore mais ce terrible événement signera la fin du bonheur pour une famille entière. Et révèlera le pire chez certains membres de cette famille aisée à qui tout souriait jusque là…

Glaçant, captivant et absolument mémorable

Je dois l’avouer, j’ai d’abord pris ce roman à cause de son bandeau très accrocheur : « Du Stephen King à la française ! ». Même si j’y allais avec curiosité et envie, j’avais peur d’être déçue, mais c’est tout le contraire qui s’est produit. Les garçons de l’été est une merveille de noirceur… Je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi poussif en termes de détails et de faits glauques, mais ça ne m’a pas dérangée tant c’est bien amené.

L’atout majeur de ce roman, c’est sans aucun doute ses nombreux personnages. Ils sont tous distinguables facilement, l’auteure réussissant à nous les faire aimer (ou détester) en quelques pages seulement.

Par exemple, la mère de Thadée et Zachée – Mylène – m’a horripilée au plus haut point (ce qui veux dire que l’auteure a réussi son coup !). Elle est tellement coincée, rigide et hautaine qu’on a qu’une envie, la gifler. Constamment en adoration devant ses fils, tout particulièrement son ainé Thadée qu’elle couve de façon étouffante, elle est un cliché ambulant. Mais on sent que c’est une volonté de l’auteure et qu’il ne s’agit pas là d’un écueil dans lequel elle serait tombée.

Mais tous les autres protagonistes du drame sont également magistraux. Nous avons le point de vue de chacun à tour de rôle, et au fil des chapitres le portrait d’ensemble devient de plus en plus sombre…

Ainsi découvrons-nous ce qu’il se passe dans la tête du frère de Thadée, de leur père Jérôme (plus complexe qu’il n’y paraît), de Cindy la petite amie de Thadée, ou encore de Ysée, la petite sœur étrange des frères surfeurs.

D’ailleurs, la partie narrative d’Ysée, qui arrive en toute fin de roman est très intéressante. Elle m’a beaucoup fait penser à des écrits tels que Le bizarre incident du chien pendant la nuit ou Les Autodafeurs avec le personnage de Césarine. Leur point commun ? Une narration extrêmement originale car leur héros est atteint d’autisme. Et même si ce n’est officiellement pas le cas d’Ysée, elle a certaines caractéristiques autistiques flagrantes qui la rendent singulière et attachante.

Outre la grande qualité du roman apportée par ses personnages, les nombreux changements de genres sont pour beaucoup dans le caractère unique de l’ouvrage. On passe d’un roman de littérature dite « blanche » au policier voir au thriller psychologique avant de basculer dans un flottement où le fantastique est également possible. Bref, le lecteur n’a aucun répit, et cela à aucun moment.

Petit détail sur le thème principal du roman, le surf. Il y a quantité de termes issus de ce sport, et que l’on soit passionné ou non, ce n’est pas un frein à la lecture. Je ne connais aucunement le surf, ni ses figures, ni ses lieux-phares ou son vocabulaire, mais ça n’a jamais bloqué ma compréhension du roman. On voyage avec Thadée, Zachée et Cindy sur l’océan comme si nous y étions, l’auteure a dû énormément se documenter pour arriver à ce niveau de précision.

Enfin, il y a une grande dimension symbolique dans ce roman, notamment au niveau biblique, entre autres choses… Et ces nombreux parallèles et références aux mythes sont très intéressants et ajoutent encore à la qualité de ce texte déjà prégnant. Sans parler de tout ce que vous trouverez en sachant lire entre les lignes.

…….
Ainsi, vous l’aurez compris au travers de cette longue chronique, Les garçons de l’été m’a porté un coup au cœur comme rarement j’en ai eu pour un livre. Ce roman-chorale d’une famille en plein éclatement est marquant, grandiose et saura surprendre ceux qui oseront le lire…

J’ai donc hâte de retomber dans l’univers de Rebecca Lighieri !

Chronique : Envole-moi

Le genre d’histoire d’amour qui reste longtemps en mémoire tant elle est touchante, pure, et belle.

Peut-être connaissez-vous Annelise Heurtier ? Elle a déjà écrit nombres d’ouvrages pour la jeunesse et les ados, tous étant à chaque fois remarqués et appréciés. On lui doit déjà : Sweet Sixteen, Là où naissent les nuages, Le complexe du papillon, Le carnet rouge, Charly Tempête… tous chez Casterman.

Avec Envole-moi, elle signe une histoire d’amour pure et magnifique. Elle parle de tout ce que l’on est capable de faire, de sacrifier pour donne le meilleur de soi à l’autre.

Histoire d’un coup de foudre…

« C’est elle qui a fait le premier pas. Enfin, façon de parler ».

Quand Swann fait la rencontre de Joanna dans un vide grenier où ils sont tous deux exposants, rien ne le préparait à tomber amoureux. Littéralement. Fou. Amoureux.

La première chose que Swann voit en Joanna, c’est qu’elle est belle. Sauf que Joanna a une petite particularité : elle est en fauteuil roulant. Peut-on passer outre le handicap quand on aime ? Est-il nécessairement un obstacle ?

La passion qui habite Swann, par exemple, c’est la musique. Il l’a dans la peau, c’est même pour s’acheter une Gibson qu’il a fait cette brocante…

La passion non assumée de Joanna, c’est la danse. Est-ce que c’est interdit quand on est en fauteuil roulant ? La société semble avoir décidé que oui, alors Joanna s’est résignée. Mais c’est sans compter sur l’amour inconditionnel de Swann. Il n’y a pas d’âge pour savoir qu’on a trouvé l’amour de sa vie, la preuve avec cette magnifique histoire…

Un texte rare, drôle, savoureux et touchant

Je manque d’adjectifs et de superlatifs pour qualifier ce roman que j’ai trouvé magnifique de justesse et de beauté. Avant même de parler de handicap, c’est une pure histoire d’amour (de la vie, de la musique, de l’autre). Ce qui lie Joanna et Swann est composé de la même matière qui fait les couples mythiques de la littérature ado.

Ce sont des personnages drôles, forts, que l’on a envie de suivre au bout du monde, dont les paroles sont justes et mémorables.

Bien entendu, le handicap est également un thème très important dans Envole-moi, mais il en propose une autre vision. Non, nous ne sommes pas dans le misérabilisme une seule seconde, impossible avec une jeune femme comme Joanna. Elle est comme tout le monde en réalité, elle a ses phases de hauts, de bas, de colère, etc.

On parle également du regard des autres sur le handicap, de leurs remarques maladroites, désagréables pour certains. De l’incrédulité que d’autres ont face à ce type de relation qui semble si évidente à ceux qui la vivent. On découvre ainsi ce que peut-être une histoire d’amour avec une personne en fauteuil roulant.

Les mots trouvés par Annelise Heurtier sont d’une telle justesse, d’une telle beauté que je vous promets une lecture aussi drôle que mémorable sur le sujet. Tout le roman est écrit du point de vue de Swann, ce qui est train intéressant.

Car ce qui est génial avec Swann, c’est que c’est un ado tout à fait normal avec des questions tout fait normales… qui met aussi régulièrement les pieds dans le plat ! Il est enthousiaste, curieux, et rit de tout. C’est ça qui est génial, il n’y a pas de tabou, ni pour lui, ni pour nous. Ses questionnements, nous les vivons. Comme : est-ce que les gens en fauteuil font l’amour ? Est-ce qu’ils ressentent physiquement quelque chose ? Nous nous sommes tous posé ce genre de questions, et avec un personnage comme Swann, on les assume. Le handicap de Joanna devient son quotidien et notre normalité, à nous lecteurs.

….

Envole-moi est donc, vous l’aurez deviné, une lecture coup de cœur. C’est superbement écrit, léger et parfois beaucoup moins. C’est beau, et surtout, la façon dont s’exprime Swann est absolument géniale : il est drôle, inventif, passionné de musique et de Joanna, et ça le rend extraordinaire.

Et même si elle aurait détesté, je valide le fait de dire que Joanna est une véritable héroïne du quotidien.

Si vous cherchez une belle histoire d’amour à vous faire vibrer (comme les cordes d’une pure Gibson de 1968), Envole-moi sera à n’en pas douter votre future lecture ! Dès 13 ans environ, puis sans limite d’âge tant c’est superbe.

Chronique : Je t’ai rêvé

Un roman young-adult touchant ayant pour thème un sujet aussi intéressant qu’important et méconnu : la schizophrénie

Je t’ai rêvé est un roman phénomène : très attendu en France par la blogosphère et grâce au bouche à oreille, il s’agit du premier ouvrage de Francesca Zappia. Le roman a d’ailleurs été remarqué et porté par John Green.

En France, c’est la collection R (chez Robert Laffont) qui l’a publié en 2015. Francesca Zappia a d’ores et déjà écrit un nouveau roman à paraître en mai 2017 aux Etats-Unis sous le titre : Eliza and her monsters. Gageons qu’il paraîtra en France un jour !

Une vie adolescente presque comme les autres

Alex est une adolescente fraîchement arrivée au lycée. Son objectif ? Se confronter à la vie normale pour éloigner la maladie… Mais est-ce seulement possible quand on est obligé de prendre en photo tout ce qui nous entoure et de vérifier qu’il ne s’agit pas de visions dues à la maladie ?

Un roman aussi touchant que déroutant

Au premier abord, Je t’ai rêvé est un roman très déstabilisant : on ne sait pas où nous emmène l’auteure, on ne comprend pas tout ce que nous raconte Alex, son passé nous étant que très peu exposé… Mais au fil des pages, on commence à comprendre les enjeux qu’il y a à être scolarisée pour cette adolescente dite instable et qui doit prendre des cachets pour rester dans la normalité.

Alex voit des choses que personne ne voit, anticipe des choses qui ne sont parfois que dans son esprit et nulle part ailleurs… Mais sa maladie est son secret, et elle va tout faire pour vivre normalement, suivre sa scolarité, se faire des amis… et des ennemis !

Je tiens à souligner que l’on est loin ici du roman classique américain qui se déroule sur un campus avec une héroïne en mal de reconnaissance. Ici, on est dans l’humain à 100%, dans le sentiment (sans la mièvrerie !), et dans une thématique totalement étonnante.

Non seulement Je t’ai rêvé est un magnifique roman sur l’adolescence, mais également sur la schizophrénie. On connaît très souvent le nom de cette maladie sans pour autant en comprendre les effets. Ici, tout nous est exprimé au travers des problèmes d’Alex et de sa persévérance…

Outre cette histoire de vie compliquée, c’est également une magnifique histoire d’amour – et d’enfance – qui nous est offerte. Loin d’être fleur bleue, on ne sait pas toujours vers ou (ou vers qui ?) on va, mais on savoure…

En lisant ce roman, vous passerez par toute une palette d’émotions : de la surprise à la haine pour certains personnages, de la joie à lire des scènes surréalistes et drôles pour d’autres. Tout y est, et c’est génial.

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Et ce n’est qu’à la fin que l’on comprend exactement où à voulu nous emmener Francesca Zappia. Le cheminement de son héroïne, ses errances, ses visions qui n’en sont pas toujours, ses théories du complot… Ce roman permet de voir autrement la maladie de façon générale et de voir le malade avant le mal qui l’atteint, et rien que pour cela, bravo !

A lire et à découvrir pour tous ceux qui veulent découvrir un roman atypique mêlant romance et adolescence de façon très intelligente et différente.

Interview de Julien Messemackers pour son roman Ceux qui savent

Rencontre avec Julien Messemackers, l’auteur du thriller paru le 1er juin aux éditions Anne Carrière : Ceux qui savent, qui fut un coup de cœur ! (la chronique est ici !)

La Bibliothèque de Glow : Pouvez-vous conter votre parcours aux lecteurs ?

Julien Messemackers : J’ai l’impression d’avoir fait tout ce dont je n’étais pas fait pour : j’ai réalisé des courts-métrages plutôt ratés puis j’ai été le pire stagiaire régie qu’on ait vu et enfin, j’ai longtemps travaillé chez les agents où j’ai fait toutes les plus grosses bourdes! Depuis quelques années, mon alimentaire se consacre à trouver des romans adaptables à l’écran et je m’y reconnais un peu plus.  A coté de cela, je n’ai jamais arrêté d’écrire et c’est ce cheminement de longue haleine – et plus introspectif – que je considère comme mon vrai parcours.

La Bibliothèque de Glow : Comment en êtes-vous venu à l’écriture de ce premier roman ?

Julien Messemackers : Avant ce roman, j’ai énormément écrit le soir en rentrant chez moi durant mes longues années dans ma peau de “salary man”; j’ai pondu des nouvelles, des synopsis, imaginé la bible d’une série sur les agents artistiques et d’autres projets qui n’ont jamais vu le jour. Puis il arrive un moment où ce que l’on a à faire sortir de soi devient une urgence intérieure. C’est dans cet état d’esprit que j’en suis venu à ce roman.

La Bibliothèque de Glow : Y a-t-il eu un déclic qui vous a donné l’idée de cette histoire ?

Julien Messemackers : Le fameux déclic… L’”insight” comme disent les anglo-saxons. C’est un livre qui me l’a donné : à la recherche de bouquins à adapter pour un réalisateur, je m’étais laissé égarer dans la S-F de Michael Marshall Smith et en lisant l’un de ces romans, j’ai eu la vision d’un personnage, puis d’une situation. Je tenais mon histoire. Mais je cherche toujours un livre à adapter pour le réalisateur en question… Des idées?

La Bibliothèque de Glow : En combien de temps avez-vous écrit Ceux qui savent ?

Julien Messemackers : Le premier jet, en trois mois (j’avais déjà une trame), puis il y a eu plusieurs réécritures étalées sur un an.

La Bibliothèque de Glow : Pourquoi avoir choisi le thème de la génétique pour votre thriller ?

Julien Messemackers : Le thème s’est imposé de lui-même, avec ce que je voyais à en tirer : de façon détournée, je l’utilise pour parler de la notion de différence, par exemple. D’un point de vue dramaturgique et romanesque, la génétique est un matériau inépuisable et fascinant. Cela peut rebuter car on pense manipulation médicale, etc. mais au travers de ce prisme, il y a tout à re-raconter de l’être humain.

La Bibliothèque de Glow : Avez-vous dû faire beaucoup de recherches ?

Julien Messemackers : Beaucoup mais en fin de compte, les recherches n’ont pour but que de rendre l’action vraisemblable. Créer un univers romanesque – ou scénaristique – crédible dans un domaine que l’on ne connait pas demande un gros travail en amont, et ce n’est pas forcément la partie la plus agréable de l’écriture.

La Bibliothèque de Glow : Est-ce que votre roman à pour vocation de « dénoncer » les manipulations génétiques et autres dérives ?

Julien Messemackers : Je trouve que plus un livre cherche à dénoncer, moins ça marche… En allant le plus loin possible dans sa représentation, le roman met en scène un cauchemar puis c’est à chaque lecteur de se faire sa propre opinion sur les idées qu’il développe.

La Bibliothèque de Glow : Ce qui arrive dans votre roman n’est pas encore arrivé… mais pensez-vous que ce sera le cas très bientôt ?

Julien Messemackers : Qui sait si ce n’est pas déjà le cas? Seuls ceux qui savent le savent.

La Bibliothèque de Glow : Même question pour le hacking, comment avez-vous mis à jour cet univers secret ?

Julien Messemackers : Ça s’est nourri au fur et à mesure et jusqu’aux dernières épreuves, j’ai fait des ajouts en glanant de nouveaux éléments. Un nombre incalculable de petites choses accumulées se retrouvent disséminées dans le récit pour lui donner la texture de la réalité, mais il fallait que ça reste fluide et ne pas trop en faire pour trouver le juste équilibre entre réel et fiction.

La Bibliothèque de Glow : Avez-vous des titres de référence sur la génétique à nous conseiller ?

Julien Messemackers : Quitte à vous décevoir, aucun… J’ai nourri mes recherches autrement que par les livres sur le sujet. Je ne voulais pas faire un thriller scientifique. Je ne compte pas les articles scientifiques, études, mémoires universitaires et émissions débusqués sur Internet ou à la télévision pour façonner des pans entiers de l’histoire. A titre d’exemple, je me suis intéressé à l’étude de Dunedin en Nouvelle-Zélande. Ce qui m’intéresse en premier lieu, ce sont les enjeux humains.

La Bibliothèque de Glow : La maladie orpheline dont souffre Hélène existe-t-elle réellement ?

Julien Messemackers : A vous de le découvrir… Où est le vrai, où est le faux, c’est l’une des clés de lecture de ce roman.

La Bibliothèque de Glow : Y a-t-il un personnage en particulier que vous affectionnez ?

Julien Messemackers : Un bon méchant, c’est important et j’espère lui avoir accordé toute l’affection qu’il mérite mais je suis attaché à chacun des personnages.

La Bibliothèque de Glow : La fin de votre roman est terrible ! Avez-vous prévu une suite ? Ou préférez-vous laisser le lecteur cogiter sur cette belle conclusion ?

Julien Messemackers : Que ce soit dans un film, un livre ou une série, je suis toujours déçu par les fins qui n’en sont pas vraiment alors j’ai conçu le roman comme un one-shot avec un vrai dénouement qui apporte les réponses. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Une fois que la boite de Pandore est ouverte, on ne peut plus la refermer et le destin de l’un des protagonistes qui s’apprête à basculer, pourrait bien tous nous précipiter dans l’abime.

Julien Messemackers sera par ailleurs en signature à la Librairie Royaumes (paris 13ème) le vendredi 30 juin prochain, dès 19h00, à l’ocasion du Pari des libraires.

Chronique : Ceux qui savent

Un roman d’anticipation proche… très proche qui donne matière à réflexion sur le thème fascinant (et effrayant) de la génétique !

Ceux qui savent, c’est le tout premier roman de Julien Messemackers, tout juste paru aux éditions Anne Carrière au début du mois de juin. Son nom ne vous dit peut-être rien, mais c’est lui qui a fortement contribué à la création d’une série télévisée que nous sommes nombreux à apprécier : Dix pour cent.

Avec Ceux qui savent cependant, nous sommes loin du monde de la série, et pour cause : nous plongeons dans un thriller mêlant action, suspense et manipulation… dans tous les sens du terme.

Une histoire de famille difficile… et un espoir

Alexandre est le père d’Hélène, sa fille chérie, la prunelle de ses yeux. Mais l’adolescente a une maladie orpheline depuis sa plus tendre enfance, son espérance de vie en sera très écourtée selon les médecins… Mais là où des dizaines de médecins experts n’ont rien à proposer Hélène et à son père, le mystérieux généticien Frederick Stern se propose comme sa dernière chance…

Cette opération de la dernière chance proposée par Stern est-il le signe du changement pour Hélène et Alexandre ? Oui, mais pas nécessairement en bien…

Un thriller qui nous mène de Charybde en Scylla

Au début du roman, on sent bien que quelque chose cloche avec ce fameux généticien qu’est Stern. Mais on ne se doute pas des secrets imbriqués les uns dans les autres ni des surprises qui nous attendent. Quand on pense pouvoir souffler quelques minutes avec les héros adolescents de cette histoire, l’auteur lui ne nous laisse aucun répit dans ce roman aux allures de course-poursuite.

Ainsi, rien ne nous est épargné, et même à la fin, là où vous pensez en avoir fini, une nouvelle révélation vous tombe littéralement dessus… et cela jusqu’à l’ultime page, l’ultime phrase ! La conclusion de ce roman est d’ailleurs aussi géniale que dérangeante… libre à vous de réfléchir à ses très nombreuses (et inquiétantes conséquences). Mais ça donne de quoi cogiter !

En ce qui concerne l’intrigue pure, Ceux qui savent est un excellent roman dans son genre. Nous sommes dans de l’anticipation proche, si proche de notre présent que l’on est en droit de se demander si ça n’a pas déjà lieu dans le plus grand secret… Et la partie thriller est elle aussi indéniable et fonctionne parfaitement puisqu’à aucun moment on ne peut lâcher le roman ou presque (à part quelques petites longueurs dans le passif de certains personnages).

De plus, on appréciera le mélange entre l’univers de la génétique et du hacking. La partie qui m’a le plus fascinée, c’est bien entendu celle concernant la génétique. Julien Messemackers a fait beaucoup de recherches pour camper au mieux le personnage inquiétant et retors de Frederick Stern, et ça fonctionne. A tel point que l’on aurait adoré en savoir plus ! Mais que ceux qui aimeront Ceux qui savent se rassurent : la fin du roman est telle que l’on pourrait bien imaginer une suite… retentissante.

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Ainsi, Ceux qui savent est un très bon premier roman qui pourrai plaire aussi bien aux ados dès l’âge de 15/16 ans qu’aux adultes (la cible principale). Riche en adrénaline, sans temps mort, rarement drôle mais toujours sur le fil. Son héroïne, Hélène, y est aussi attachante que vulnérable mais aussi terriblement combative. Difficile d’en dire plus… mais il y a tellement de révélations qu’il serait dommage de les éventer. Alors, si vous aimez les histoires dont vous ne saurez anticiper le déroulement et l’issue, c’est le roman parfait !