Mes lectures de la rentrée littéraire 2019 – Partie 2/3

Nous sommes fin août, mais la Rentrée Littéraire ne fait que commencer ! A l’heure où j’écris ces lignes, une petite partie seulement des ouvrages sont sortis, dont quelques têtes d’affiches telles que le Sorj Chalandon, le Amélie Nothomb ou encore le Karine Tuil…

Sur les 524 nouveautés de cette année, j’ai lu 8 ouvrages pour le moment. Soit  1.52% de la rentrée… Bien que le but ne soit pas de tous les lire, il est assez frustrant de voir autant de choses sortir au même moment et de ne pouvoir consacrer plus de temps pour trouver des pépites… Mais les choses sont ainsi, et je vous propose de découvrir quatre des mes lectures (la partie 1 de cet article est disponible ici).

Soif – Amélie Nothomb – Albin Michel – Paru le 21 août 2019

« Pour éprouver la soif il faut être vivant« . Avouez que comme quatrième de couverture on a fait mieux tout de même. Donc, dans les faits on ne sais pas de quoi parle le nouveau roman d’Amélie Nothomb. Quelqu’un veut-il essayer de deviner ? Personnellement, j’ai perdu.

Soif parle des derniers jours de Jésus : de son procès à son terrible chemin de croix, et ce jusqu’à sa mort (pas plus). On y suit les réflexions de Jésus, ses pensées aux heures les plus proches de sa mort… Et honnêtement je n’ai pas du tout aimé.

Pourquoi ? Premièrement car la culture religieuse ne m’intéresse pas. Je n’ai guère les références et les connaissances pour apprécier pleinement l’ouvrage et les entorses que l’autrice a fait – ou non – au récit original.

Deuxièmement, je trouve qu’au final ce roman ne nous apporte rien après sa lecture. Il n’offre pas matière à réflexion, pas d’interrogations… On le lit, et on l’oublie !

Et troisièmement, cela faisait des années que je n’avais pas lu un Amélie Nothomb, et je suis déçue de voir que son travail ne correspond plus à ce que j’aimais dans ses ouvrages tels que Antéchrista, Stupeur et tremblements ou encore Les combustibles.

C’est donc un rendez-vous manqué pour moi, mais aussi peut-être un côté madeleine de Proust que je n’ai pas retrouvé qui cause ma déception…

Next Level – Thomté Ryam – Au diable Vauvert – parution le 5 septembre 2019

Un livre qui parle crûment d’un antihéros adolescent et fan de jeux-vidéo ? C’est forcément pour moi. On y suit Martial, un jeune qui vit dans un petit village du sud, son seul plaisir dans la vie, jouer à Shoot dans la ville, un jeu-vidéo violent où il faut tuer le plus et le mieux possible. Martial a d’ailleurs plutôt bon dans son domaine, il est assez connu et a une communauté de fans qui l’adorent. En effet, il est souvent le plus créatif quand il s’agit de tuer et de s’échapper.

L’histoire se lit très rapidement, les chapitres étant courts et la narration chirurgicale. J’ai beaucoup aimé cette écriture hachée, rapide, effrénée. Elle m’a fait penser à deux romans très noirs que j’adore : Cool Killer et Il ne nous reste que la violence.

Malgré une histoire très addictive, je n’ai pas adoré la fin, mais il est vrai que c’était la seule plausible au fil des pages… Cependant il me reste malgré tout un goût d’inachevé, et je trouve que cette conclusion met encore à mal le monde des jeux-vidéos que l’on punaise déjà souvent comme influenceur négatif de notre société.

Dégels – Julia Phillips – éditions Autrement – parution le 28 août 2019

Mais quel SUBLIME roman ! Tout commence avec la disparition de deux fillettes dans la région reculée de Russie nommée le Kamtchatka, dans la « grande » ville de Petropavlovsk (120 000 habitants, c’est ce qui se rapproche le plus d’une grande ville dans la région ». Le premier chapitre nous conte leur disparition, puis chaque autre se concentre sur un personnage différent qui a un rapport – parfois très léger ou invisible – avec l’enquête. Grâce à ces différents portraits, on découvre la vie au Kamtchatka, le poids des traditions, l’inaction de la police qui semble avoir baissé les bras très vite, la difficile entente entre les peuples natifs de la région et les Russes du continent (le Kamtchatka étant isolé du reste de la Russie géographiquement).

L’ambiance de ce roman atypique est magistrale. Nous ne sommes pas dans un classique roman policier avec un déroulement d’enquête, mais plutôt dans des tranches de vies, qui à un moment ont été impactées par cette double disparition. C’est sûrement pour cela que son ouvrage est comparé à l’oeuvre d’Alice Munro (pour le côté nouvelles imbriquées qui forment un roman) et de Laura Kasischke (comme dans Esprit d’hiver pour le côté glaçant et à haute teneur en suspense sans omettre le côté littéraire…).

Il sort dans quelques jours et c’est une merveille, je vous le conseille vivement !

Le bal des folles – Victoria Mas – Albin Michel – paru le 21 août 2019

Dans la plus pure tradition du roman historique, voici un premier roman que l’on lit avec plaisir. Le sujet ? La condition des femmes en 1885 à l’hôpital de la Salpêtrière, car il n’y a pas que les aliénées qui y sont internées, c’est là tout le fond du problème. Brus gênantes, fille de bonne famille dérangeante qui pourrait ternir le nom de ses parents… Les chemins qui mènent à la Salpêtrière sont aussi nombreux que divers.

C’est ainsi que l’on suit le destin de trois femmes qui se retrouvent dans ce centre névralgique de l’avancée médicale en termes de neurologie. Charcot, grâce à ses « aliénées » et autres folles a réussit à faire des découvertes importantes telles que la sclérose latérale amyotrophique (aussi nommée maladie de Charcot). Charcot donne également des cours magistraux qui rencontrent un énorme succès populaire, les patientes lui servant de démonstrations vivantes où il déclenche parfois des « crises » pour illustrer ses avancées.

Et tous les ans est donné un « bal des folles » où deux mondes diamétralement opposés entrent en collision : les aliénées de la Salpêtrières et les bourgeois du Tout-Paris qui viennent voir de près ces femmes mise à l’écart de la société.

C’est dans ce paysage qu’évoluent trois femmes très différents mais chacune très intéressante. Une infirmière qui travaille à la Salpêtrière depuis de nombreuses années. Une jeune bourgeoise qui entend des esprits et une aliénée amoureuse d’un des médecins… comment cela va-t-il finir ? A vous de le découvrir, Le bal des folles est un roman fascinant. On en apprend plus sur l’histoire de la médecine à cette époque. Et comment l’hystérie a été inventée pour les femmes… Et chose intéressante, même si les personnages féminins de Victoria Mas sont inventés, certains sont très fortement inspirés de la réalité historique.


Jean-Martin Charcot présentant Blanche Wittman, sa patiente hystérique qui est soutenue par Joseph Babinski à droite, lors d’une leçon clinique à la Salpêtrière. (source : Wikipédia)

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