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Chronique : Qui a peur de la mort ?

Un roman d’anticipation mémorable qui mélange magie, post-apo et tant d’autres choses qu’il est impossible de tout énumérer… Découvrez le continent Africain comme vous ne l’avez jamais lu !

Premier roman de l’américaine Nnedi Okorafor d’origine nigériane à paraître en France, Qui a peur de la mort ? est paru en octobre 2017 aux éditions ActuSF. Mais une chose est certaine ce ne sera pas le seul… Aux Etats-Unis, elle a déjà écrit plus d’une douzaine de romans, dont une partie ont été primés : Binti a reçu le prix Hugo et le prix du Nebula du premier roman court. Elle a également eu le prix World Fantasy pour Qui a peur de la mort ?

Pour la petite histoire, Qui a peur de la mort ? est tout d’abord paru aux feues éditions Panini, dans la collection Eclipse en 2013. Ces dernières ont mis la clé sous la porte, et le texte de Nnedi Okorafor s’est perdu avec. Mais grâce aux éditions ActuSF, ce texte majeur de l’imaginaire connaît maintenant une seconde vie !

Autre bonne nouvelle, HBO a acquis les droits en vue d’une adaptation en série télé.

Quel destin pour Onyesonwu, enfant du viol et de la guerre ?

Elle n’était pas destinée à exister ou à naître, mais la fatalité en a décidé autrement. Notre histoire commence avec un énième conflit entre les Nurus et les Okekes. Les Nurus sont persuadés d’être supérieurs aux Okekes et cherchent à les dominer par tous les moyens…

C’est ainsi que violée par des guerriers Nurus ennemis, ayant traversé le désert enceinte, Najiba, une Okeke, accoucha sans aucune aide… Elle a traversé des villes hostiles avec son bébé avant de trouver un endroit qui les accueillerait toutes les deux : Jwahir. Voici pour l’histoire de la naissance d’Onyesonwu qui porte sur elle la marque du viol de par sa couleur de peau métissée. Maintenant, place à l’Histoire elle-même.

Au commencement de cet étrange roman, il y a la mort du père adoptif et bien aimé d’Onyesonwu… et son enterrement qui va tourner au cataclysme dans la ville de Jwahir.

Un roman initiatique fort aux symboliques mémorables

Pour ceux qui aiment les récits qui forgent et abiment leurs héros, c’est LE roman parfait. Si les histoires lisses et peu mouvementées vous lassent, vous êtes au bon endroit. C’est simple, Qui a peur de la mort ? est un roman qui frappe, qui salit, et qui laisse une empreinte mémorable chez son lecteur.

De nombreuses scènes y sont mythiques. Certaines sont d’une dureté difficilement supportable (viols, morts, excision…), d’autres d’une beauté unique (amour, sacrifice, force). Une chose est sûre, vous ne resterez pas indifférent face à une telle œuvre.

Nnedi Okorafor se fiche totalement des genres qu’elle utilise et use de tout sans réserve pour servir son propre style et cheminement. Il y a de la magie, des croyances, des guerres, une déesse qui trace les destins : Ani. Et surtout, il y a un apprentissage de longue haleine, un voyage initiatique, une guerre qui se profile… L’histoire peut sembler assez classique dans les grandes lignes, mais détrompez-vous, son traitement, son écriture, tout y est unique.

J’ai particulièrement apprécié la personnalité d’Onyesonwu, sa pugnacité, ses capacités à se jouer de l’adversité sont impressionnantes. Elle n’est jamais aussi belle que dans la difficulté… c’est une véritable belle héroïne de roman. J’ai surtout aimé ses phases d’apprentissage et son enfance/adolescence.

De plus, le vocabulaire très spécifique à l’univers de Nnedi Okorafor et à sa culture nigériane nous aide immédiatement à nous plonger dans cette Afrique post-apocalyptique. On apprend énormément de choses, on est touchés en plein cœur par certaines scènes, c’est aussi beau que terrible.

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C’est donc un roman incontournable à lire absolument si vous voulez un dépaysement garanti et une intrigue bien loin d’être cousue de fil blanc. Entre violence et onirisme, magie et rites de passage, c’est une véritable plongée dans l’inconnu.

Sachez enfin que ce roman peut se lire comme un tome unique, mais qu’il y a un second tome de paru aux Etats-Unis : The book of Phoenix.

Chronique : L’homme qui mit fin à l’Histoire

L'homme qui mit fin à l'histoireUne novella mélangeant science-fiction et Histoire en se penchant sur une période fort sombre et méconnue de l’humanité…

Ken Liu est auteur sino-américain, et outre le fait qu’il écrive beaucoup, il a traduit de nombreux textes, et il est également juriste et informaticien. Oui, rien que ça. Il a également été récompensé par les prestigieux Prix Hugo et Nebula.

En France, nous ne connaissons pour le moment que deux de ses œuvres : La Ménagerie de papier et L’homme qui mit fin à l’histoire, tous deux au Bélial’. Avec L’homme qui mit fin à l’histoire, Ken Liu signe un texte court mais magistral qui remet en perspective un épisode atroce de l’histoire chinoise et nippone.

Une nouvelle méthode révolutionnaire pour retranscrire l’Histoire

Deux scientifiques viennent de finaliser une technologie qui va bouleverser la face du monde, et de l’Histoire. En effet, il on créé un procédé qui permet de revisiter une période de l’Histoire, n’importe où et n’importe quand. Seul impératif, une seule personne peut en être le spectateur et ne peut en aucun cas interférer, et plus personne ne peux la revisiter ensuite. Mais cela laisse tout de même un immense potentiel d’investigation. Plus de secrets d’États, de mensonges ou de manipulation des manuels d’Histoire.

C’est ainsi que pour prouver que la machine fonctionne, les deux scientifiques décident de se pencher sur la période 1936-1945, dans la province chinoise du Manchoukouo où le Japon a fait vivre les pires horreurs aux chinois, sur leur propre territoire.

Un pan terrible et méconnu de l’Histoire mis à la portée de tous

On connaît une certaines des atrocités que porte en son sein l’histoire de l’humanité : génocides, guerres fratricides, secrets atroces bien cachés par certaines autorités… Et connaissez-vous plus particulièrement l’Unité 731 ? Si non, Ken Liu vous fera découvrir tout une partie de l’histoire de l’Asie que nous occidentaux ne connaissons que très peu.

Pour résumer, créée en 1932, l’Unité 731 était une unité militaire japonaise de recherches, elle se concentrait sur tout ce qui avait trait à la bactériologie. Elle prit ses quartiers en Chine, dans le Manchoukouo et… enlevait en masse des hommes, des femmes (parfois enceintes), des enfants. Ils testaient divers virus sur eux, les obligeaient à se transmettre des virus en les forçant à des rapports. Ils les forçaient à sortir par des températures négatives, les arrosaient et attendaient que leurs membres gèlent pour ensuite les briser… Ils pratiquaient des vivisections…  Et cela, ce n’est qu’une partie des atrocités perpétrées par l’Unité 731.

Plus incroyable encore, ce n’est qu’en 2002 que je Japon reconnait enfin officiellement les actes perpétrés par son unité. Le pays a été couvert durant des décennies par les États-Unis, qui on profité des avancées scientifiques faites grâce à ces abominations…

Grâce à cette novella de sf, Ken Liu nous ouvre les yeux sur des actes pas si lointains de l’humanité. Il nous offre un  court texte mémorable et magnifique sur le concept du voyage dans le temps et de la façon dont la réalité peut-être biaisée en fonction de qui la regarde.

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C’est beau, fort, immonde et terrible à la fois. C’est le genre d’ouvrage dont on se rappelle pour toujours une fois lu. C’est une lecture nécessaire et instructive qui nous offre une autre vision de ce que l’on appelle la science-fiction. A ne pas rater, je vous promets une lecture mémorable que vous aimiez le genre sf ou non.

Chronique : Les anges de l’abîme

Les anges de l'abîmesÂmes sensibles, s’abstenir.

Paru en octobre 2014, Les anges de l’abîme est le second ouvrage du Suédois Magnus Nordin à paraître en France. Son premier roman, La princesse et l’assassin, avait reçu en 2003 le prix du meilleur thriller pour la jeunesse en Suède. Les deux ouvrages de l’auteur sont parus aux éditions du Rouergue, dans la collection Doado Noir.

Une professeure qui utilise des élèves comme appâts pour prédateurs sexuels…

L’idée vous fait sourciller ? Et si c’était la seule solution possible pour confondre certains des monstres qui sévissent dans nos villes ? nos écoles ? C’est en tout cas le parti pris de Molly Zetterholm qui a décidé de tout faire pour coincer les pires prédateurs sexuels. Aidée en cela par Alice, Hannes et Samira qui sont d’actuels ou anciens élèves triés sur le volet, Les Anges de l’abîme sont nés.

Leur première mission est un véritable succès, ils ont coincé un maître de chorale connu à l’échelle nationale pour la qualité de ses spectacles. Ce dernier en profitait pour privilégier l’une ou l’autre de ses chanteuses en lui promettant un avenir radieux…

Mais cette première mission commando à beau être une réussite, les Anges de l’abîme devraient prendre garde à ne pas se brûler les ailes en s’en prenant à plus fort qu’eux…

Du danger des réseaux sociaux et de ses perversités

La place des réseaux sociaux est prépondérante tout au long de l’intrigue : ce sont eux qui permettent aux prédateurs sexuels de s’approcher d’une adolescente parfois trop naïve. Fausse identité, adresse bidon, nom inventé… tous les moyens sont bons pour amener sa proie jusqu’à un point précis.

Les traquer demande beaucoup de patience et d’acharnement, car les Anges ne font pas justice eux-mêmes : ils cherchent des preuves évidentes qui permettent de confondre définitivement le coupable pour ensuite le livrer à la police… Un travail ingrat et dangereux car la police ne voit pas d’un bon œil cette association de bienfaiteurs.

Loin de vouloir se positionner en donneur de leçon, Magnus Nordin veut toutefois ouvrir les yeux aux lecteurs sur une réalité horrible mais bien présente : celle des violeurs et pédophiles qui écument le web à la recherche de leur prochaine victime.

Pas de répit pour qui que se soit

Malmené, vous le serez certes moins que les acteurs de ce thriller sur le fil, mais rien ne vous sera épargné. Des scènes crues d’efficacité et d’horreur, des dialogues à faire froid dans le dos, des pensées inavouables que l’on lit en voyeur… L’auteur sait ménager ses effets et nous plonger dans la répulsion la plus totale.

On se pose en tant que spectateur impuissant où les personnages eux-mêmes sont pieds et poings liés (dans tous les sens du terme). C’est aussi captivant que révulsant pour nous lecteur, et sa fonctionne excessivement bien pour peu que vous ne soyez pas trop sensible. En effets, certaines scènes ne cachent rien de leur horreur.

Pour la construction des personnages, l’auteur a réussi à nous les rendre attachants et sympathiques pour les Anges, monstrueux pour d’autres. Le passé de chacun influe sur l’histoire présente avec plus ou moins d’ardeur. Aucun des Anges n’a une vie toute noire ou toute rose, chacun vient avec un bagage assez lourd, et bien développé tout au long de l’histoire pour mieux la servir.

Seul bémol sur ce thriller qui se dévore à la vitesse de l’éclair : sa conclusion qui vient un peu trop rapidement comparé au rythme général du roman. Mais c’est presque parfait.

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En conclusion, Les Anges de l’abîme est un bon thriller comme les Nordiques en ont le secret. C’est simple, efficace et ça prend aux tripes tant on se sent concerné par ces horreurs cybercriminelles qui pourraient arriver à n’importe qui d’un peu naïf… A lire dès 15 ans.