PLAIDOYER POUR LA FAUCHEUSE. POURQUOI LIRE CETTE TRILOGIE ?
Je vous ai déjà fait l’article du premier tome de La Faucheuse de Neal Shusterman il y a quelques années. Depuis, les tomes 2 et 3 sont parus, cela ait même un bon moment. J’ai tellement aimé le premier tome, mais également les deux suivants que je ne voyais pas l’intérêt de me répéter en disant que c’était génial dans deux autres grosses chroniques.
Je préfère simplement vous dire que la trilogie La Faucheuse fut pour moi une énorme claque. Littéraire, mais également philosophique car cette saga nous interroge sur quantité de choses de l’existence. Elle n’est pas qu’un enchaînement très réussi d’actions et de révélations. C’est aussi une série de livres que pousse ses lecteurs à réfléchir, parfois très loin, sur le bien le mal, le bénéfice et les pertes qu’engendrent l’IA pour l’humanité… Nous n’avons pas de Thunderhead ni de Faucheurs, mais Neal Shusterman a déjà pensé à tout. Est-ce que vous voudriez de ce monde ?
Véritable trilogie à la portée philosophique, La Faucheuse est et restera pour moi l’une de mes lectures favorites de tous temps. J’ai rarement dévoré à ce point des romans ni été subjuguée avec une telle force.
Lisez La Faucheuse si vous cherchez une lecture avec du corps et une réflexion profonde, c’est ici que ça se passe.
Et en bonus, un autre opus qui retourne dans l’univers tant aimé de La Faucheuse, avec de nouvelles histoires au format court.
Yves Grevet est un auteur français pour la jeunesse et les adolescents. Avant d’être écrivain à temps plein, il était enseignant. Il a écrit des romans devenus emblématiques dans le paysage de la littérature jeunesse : Méto (trois tomes, Syros, PKJ), U4 Koridwen (Syros, Nathan, PKJ) ou encore Nox (Syros, PKJ). Sable bleu est paru en août 2021 chez Syros et nous propose une version étonnement optimiste de ce que pourrait être notre futur… et pourquoi pas ?
D’étranges phénomènes inexpliqués
Depuis quelques temps, il se passe des choses étranges sur notre planète. Une étrange bactérie rend le pétrole inexploitable, les pharmacies se font voler quantité de médicaments tels que les antidépresseurs, les placards des cuisines des citoyens sont vidés de quantité de nourriture… Rien ne semble lier ces différents phénomène si ce n’est leur temporalité : tout arrive en même temps. Mais rien ne permet d’envisager le début d’une explication crédible.
C’est dans ce monde – notre monde – que vit l’adolescente Tess. Elle se bat en tant qu’activiste pour l’association Planet Reboot. Ses actions de défense pour la planète l’on déjà menée à être fichée par la police, elle se doit donc d’être prudente… Depuis que ces phénomènes invisibles ont lieu sur terre, Tess ressent d’étranges vertiges et odeurs. Elle semble être la seule à ressentir ça et n’ose en parler à personne. Quel est le lien entre la jeune fille et les bouleversements positifs que rencontre notre planète ?
De la SF positiviste, c’est possible ?
Une planète qui respire un peu mieux, tout ce qui empoisonne notre quotidien qui disparaît peu à peu… Ce que nous propose Yves Grevet semble impossible. Sable Bleu est osé, il nous propose un roman de science-fiction positiviste. Alors que les dystopies et romans post-apocalyptiques ont le vent en poupe depuis des années, Sable bleu détonne. Il pousse à la réflexion au même titre que quantité de romans de sf, mais en nous faisant prendre un chemin totalement différent. Et il faut avouer que c’est plaisant.
Notre planète change, et en parallèle, c’est le personnage de Tess dans sa psychologie qui évolue. L’adolescente se cherche à tous points de vue. Elle mène le combat pour faire gagner l’écologie par des moyens parfois radicaux mais réfléchis. Elle se cherche également sur le plan sexuel ne sachant si elle est ne serait-ce qu’attirée par qui que se soit… Et enfin, elle se pose des questions sur ses origines, elle qui a été adoptée et qui l’a toujours su éprouve enfin le désir de savoir d’où elle vient.
L’aspect disparitions inexpliquées m’a fait pensé au roman ado Vorace de Guillaume Guéraud (Le Rouergue, collection Epik) mais la direction prise par Yves Grevet et très différente ! L’auteur nous propose de nous ouvrir à un récit de science-fiction résolument optimiste et totalement à contre-courant de ce qu’il se fait. Et pourquoi pas après tout ? Mais plus que la partie sf, j’ai avant tout aimé la recherche de Tess pour savoir qui elle est vraiment. Il y a un aspect romance très important dans l’ouvrage qui est magnifiquement retranscrit. Les questionnements, les interrogations quant à la sexualité – ou non d’ailleurs – les premières attirances… L’auteur a su créer une adolescente réaliste avec ses défauts, son amour vibrant et sa vitalité que rien n’arrête. Et rien que pour cela, ça vaut le coup.
En ce qui concerne l’intrigue en elle-même, elle est originale et bien développée. J’ai malgré tout préféré – et de loin – la première partie du roman, quand on ne sait encore rien de ce qu’il se passe. Une fois que l’on comprend peu à peu les enjeux de Sable Bleu, j’ai trouvé ça un peu trop « déroulé ». Tout est expliqué, tout a été pensé, mais j’avoue avoir trouvé la conclusion un peu rapide comparé au développement assez long des enjeux.
Quoi qu’il en soit, Sable Bleu est un roman ado qui détonne. Comme ce sable à la couleur improbable, l’ouvrage est déstabilisant, étrange. On prend peu à peu nos marques et on découvre un auteur qui a su condenser toutes les préoccupations actuelles de l’humanité et surtout de la nouvelle génération : écologie, politique, droit et devoirs vis à vis de la planète, consumérisme, recherche de liberté, féminisme et sororité… dans un roman, et surtout une belle héroïne. Tess est charismatique, elle est belle et elle existe quelque part, en vrai car elle est très réaliste dans sa façon d’être. En somme, Sable Bleu est un roman étonnant, étrange et résolument positif. Et ça fait du bien pour une fois de ne pas lire quelque chose d’anxiogène. Il y a du mystère, des tensions, mais c’est avant tout lumineux. A découvrir dès l’âge de 14 ans.
A la découverte de Julie Maupin, une femme au courage sans bornes et à la volonté de fer !
Jean-Laurent Del Socorro est un auteur français à la plume incroyable. En quelques lignes, vous découvrirez un véritable style, une poésie latente… Et c’est le cas dans toute son œuvre. Il a déjà été chroniqué sur le blog avec l’ouvrage Boudiccaqui reprenait l’histoire de la vie de la reine du peuple Icène. Boudicca avait réussi à bouter César et sa soif de conquête, rien que cela. Car oui, Jean-Laurent Del Socorro aime les destins et les histoires hors du commun. Et il aime l’imaginaire également. Ce qui donne très souvent de magnifiques biographies historiques très documentées, écrites avec panache et un soupçon de fantastique…
C’est le cas ici avec Une pour toutes, qui nous fait découvrir le personnage incroyable et magnifique de Julie Maupin. Une femme qui a été grâciée deux fois par le roi, qui manie la rapière avec excellence et qui a assumé sa bisexualité sans que la question même soit soulevée. Elle aimait la vie, et elle en a profité comme peu l’ont fait, surtout à cette époque !
Une rencontre avec le Diable…
Tout commence quand Julie Maupin fait la rencontre fortuite du Diable. Se dernier est séduit immédiatement par l’allure et la verve incroyable de la jeune fille. Elle sait très bien ce qu’elle veut et ce qu’elle ne veut pas, et non, le diable ne la tente pas plus que cela. Elle préfère jouter à l’épée avec lui que de partager sa couche… Et voilà le début d’une amitié aussi improbable que magnifique. C’est la seule partie fantastique de l’ouvrage et Julie Maupin n’a absolument pas besoin du diable pour céder à ses envies, elle le fait très bien toute seule !
Mais le génie de cette narration réside dans l’idée d’insérer un personnage fantastique dans une histoire totalement vraie. Alors si vous avez envie de découvrir l’histoire de cette femme incroyable qui même mariée a réussit à s’émanciper d’une égide patriarcale, ce livre est pour vous !
Une plume qui se dévore avec une aisance confondante
Pour moi, ce roman n’a que des qualités, peut-être que je manque d’objectivité, mais c’est mon ressenti suite à cette lecture. Une pour toutes est à la fois atypique et très classique. Atypique pour la partie fantastique insérée dans l’Histoire, la vraie. Très classique, car c’est une biographie romancée qui se déroule avec naturel. Il faut dire que la vie de Julie Maupin est parfaite pour faire un roman incroyable ! Elle n’est que suite de péripéties, aventures, coups de tête et de foudre…
Jean-Laurent Del Soccorro a le don de toujours trouver un personnage de l’histoire qui va nous intéresser. Souvent oublié par les manuels ou la culture populaire, il trouve toujours une porte par laquelle entrer afin de nous faire partager une époque, un personnage, un événement. Tout cela au travers du prisme (léger) du fantastique. Une pour toutes est ainsi un mélange de tout cela, et c’est diablement réussi.
Vous le verrez à la lecture, l’auteur a pris le parti de faire une partie de ses dialogues en vers, et ça rend extrêmement bien :
Libre à vous, joli cœur, de rêver de ma bouche Moi je joue, je me bat et remporte la touche.
Je ne peux pas vous en dire plus sur la vie de cette femme incroyable qui a su très tôt ce qu’elle voulait et surtout ce qu’elle ne voulait pas pour elle. Je ne peux que vous enjoindre à découvrir son histoire, ses réussites, ses échecs et ses coups de folie. Julie Maupin a eu une vie extraordinaire, et Jean-Laurent Del Socorro signe ici un magnifique hommage à cette femme oubliée de l’Histoire…
Comme il l’avait fait auparavant avec Boudicca. C’est une réussite à découvrir dès l’âge de 14 ans environ, mais cet ouvrage peut tout à fait être lu par des adultes ! Personnellement je verrais bien une double publication en adulte et en ado à sa sortie en poche…
Une société où les femmes sont traitées en esclaves et n’ont que pour unique but que de satisfaire les pulsions des hommes ? C’est le futur effrayant imaginé par Margaret Atwood en 1985. Une véritable piqûre de rappel pour ne pas oublier les droits que les femmes ont acquis, mais qu’elles pourraient encore à tout moment perdre au prétexte d’un conflit, d’une crise…ou d’une élection.
Roman devenu culte dans son pays d’origine, mais également dans le monde entier, La servante écarlate est un texte de la canadienne Margaret Atwood. Elle a écrit quantité de romans, que je ne pourrais tous vous citer, mais en voici quelques-un qui me tentent : Le dernier homme, C’est le coeur qui lâche en dernier, Le tueur aveugle ou encore Captive. Et bien sûr, la suite de La servante écarlate : Les Testaments. La servante écarlate était déjà un classique Outre-Atlantique bien avant son adaptation en série par HBO, mais cette dernière l’a révélée au monde entier. Avant cela, le texte était avant tout connu des fans d’anticipations et de dystopies. Maintenant, il est un véritable symbole, la tenue des fameuses « servantes » étant souvent réutilisée lors de manifestations pro-choix aux Etats-Unis. Preuve s’il en est que cette oeuvre a durablement marqué les esprits.
Plus terrifiant que le passé : le futur
Les femmes n’ont pas été gâtées par l’Histoire, mais ce que le futur de La servante écarlate leur réserve est bien pire… Fini la mise à l’écart, le « doux » machisme, les métiers de pouvoirs réservés aux hommes et arrachés par certaines femmes… Non, cette fois-ci la société américaine va prendre un virage terrible pour les femmes, les catégorisant par utilité : épouses, gestatrices, servantes… rien de plus. Tout à commencé avec les licenciement des femmes dans toutes les entreprises, puis peu à peu le totalitarisme s’est installé. Et désormais, dans chaque riche foyer, il y a une « servante », une femme qui sert de ventre pour la gestation d’un couple aisé. Mais la femme dudit couple n’est pas bien mieux lotie que la servante, à peine moins pire.
C’est dans cette version horrible et futuriste des Etats-Unis que vit Defred, servante dans une maisonnée respectable. Son but est d’enfanter pour le couple. Pour ce faire, elle est violée régulièrement par le mari pendant que la femme lui tient le haut du corps… Et c’est ce qu’il se passe dans toutes les maisons.
Le seul but de Defred est de fuir cette « république » et de retrouver sa famille éclatée. Mais peut-on fuir un régime totalitaire où le moindre de nos pas est surveillé ? Et où chaque femme est considéré comme une propriété ?
Terrifiant, passionnant, révoltant
Si ce roman a autant marché, c’est bien parce qu’il fait écho à quelque chose. Une crainte, un souffle qui éveille les consciences. Le monde dépeint par Margaret Atwood paraît lointain et irréel, mais je pense justement qu’il ne faut pas le voir de cette façon. Cette lecture, que j’ai prise de plein fouet, me fait penser qu’il ne faut pas rester sur nos maigres acquis, cela d’autant plus quand on voit que les Etats-Unis ont révoqué l’arrêt Roe versus Wade pour laisser chaque état décider ou non de la légalité de l’avortement. Et ils sont très peu nombreux à vouloir encore l’autoriser… Ce contrôle du corps des femmes, c’est une partie de ce que dénonce Margaret Atwood dans ce terrible texte.
Et quand on voit l’actualité, il semble très visionnaire.
Lire La servante écarlate est important selon moi car il permet d’éveiller les consciences. Il montre le mécanisme incroyable qui se met à l’œuvre pour retourner les esprits, y compris les plus innocents. Car si cette république fonctionne, c’est grâce au bon vouloir de chacun et chacune… comment en est-on arrivé là ? C’est expliqué succinctement, par bribes grâce au travail d’un historien du futur. Nous n’avons pas toutes les réponses, mais c’est encore une fois passionnant.
Alors, oui, c’est une dystopie mais La servante écarlate est avant-tout un ouvrage politique qui met en garde. Il illustre à quel point la soumission à l’autorité peut lentement glisser vers une forme de dictature. Alors, lisez La servante écarlate au moins pour son côté sf/anticipation réussit, mais aussi et surtout pour ce qu’il dénonce. Ce n’est pas arrivé, mais ça pourrait… L’actualité internationale nous le rappelle chaque jour (Trump vient d’être réélu au moment où paraît cet article, et quand je l’ai rédigé il y a plus d’un an, je ne pensais jamais écrire ces lignes…).
Un roman de sf jeunesse intelligent, génial et hyper efficace, une parfaite porte d’entrée dans l’imaginaire sur une planète-colonie qui a du mal à s’adapter à la faune locale…
Premier roman d’Emilie Le Garben, La malédiction de la famille numéro 4 a toutes les qualités d’un excellent roman de science-fiction pour initier la jeunesse au genre. Ce beau roman ambitieux et malin est illustré par Sophie Leullier.
L’ouvrage a paru chez Poulpe Fiction, la maison d’édition qui depuis quelques années se développe à une vitesse fulgurante avec des choix éditoriaux intéressants qui savent parfois sortir des sentiers battus.
Nous sommes en 2494, bienvenue sur Euphoria 2 !
Petite planète nichée aux confins de la galaxie, Euphoria 2 abrite depuis plusieurs décennies la vie humaine. En effet, l’homme a décidé de s’installer ici pour des raisons stratégique d’approvisionnement. Masi d’ici à ce que la planète soit habitable de façon décente pour les hommes, la vie y est très difficile. Mais pour certains, comme la jeune Clara, la vie est encore plus dure. A cause d’un accident de vaisseau causé par son grand-père, sa famille doit rembourser tous les mois les immenses dettes du drame. En effet, un vaisseau spatial coûte extrêmement cher, et ce sont plusieurs générations de la famille numéro 4 qui doivent ainsi se priver pour rembourser peu à peu les dégâts. Et peu importe que le grand-père de Clara ait lui-même péri dans l’incident…
Mais Clara en a assez de payer injustement les dettes d’un accident qui les fait passer pour des parias dans toute la colonie. Assez des brimades, assez qu’on l’évite car elle porte soi-disant malheur… Elle ne le sait pas encore, mais elle va rebattre les cartes de façon assez significative pour elle, et toute sa famille.
Une intrigue qui ne se contente pas d’efficace mais qui développe tout un univers
Le grand atout de ce roman, c’est avant tout son histoire, certes, mais surtout la façon dont elle est construite. On se doute qu’il y a des secrets, des surprises narratives et autres plaisirs de lecture. Mais, c’est fait de telle façon qu’on est pris dedans en quelques chapitres, tout fonctionne à merveille.
Mais le grand plus ici, c’est qu’on rétabli ce que peut être la science-fiction : ici, point de batailles de vaisseaux spatiaux épiques mais une terraformation qui prend des décennies. Rien que cela, c’est malin. On change totalement la vision que peuvent avoir les enfants de la science-fiction (et aussi les adultes). Car non, la sf ne se résume pas à des scènes grandioses et fortes en émotions, et ce roman est la preuve qu’on peut faire de la très bonne sf auprès d’un jeune lectorat (entre 10 et 13 ans ici).
Pour ce qui est de la partie personnages, tout fonctionne également à merveille. Ils ont tous leur importance, même les plus détestables, et surtout ont l’air plus vrais que nature. Ils sont tout à fait crédibles dans leur façon d’être et d’agir, c’est pour cela que toute cette histoire sur Euphoria-2 fonctionne si bien.
Ainsi, sur tous les aspects du roman, on peut attester que c’est une réussite. J’ai adoré voyager avec Clara, la suivre dans sa dangereuse quête de justice et découvrir la dangereuse faune locale. Seul petit bémol car je l’ai vécu plusieurs fois en tant que libraire, le titra fait penser aux clients que le roman est le tome quatre d’une série, alors qu’il s’agit d’un one-shot. Pour l’instant en tout cas… alors à quand la suite ?
Caryl Férey est un auteur français qui écrit principalement pour les adultes. Ses univers sont souvent très sombres et mélangent tensions géopolitiques et suspense : Zulu ou encore Mapuche sont les ouvrages qui l’ont fait connaître. Il a écrit également quelques rares romans pour les jeunes lecteurs avec Krotokus et Mapuce. Ils sont venus du froid est son premier roman à destination d’un public adolescent. L’ouvrage est paru en 2022 chez PKJ.
Un univers post-apo glacial
De ce qu’il se passait avant, on ignore tout. La seule chose que l’on sait, c’est qu’il y a eu une Catastrophe. Personne ne sait quelle forme elle a prise, mais elle a tout détruit sur son passage… Et maintenant, le peu d’hommes et de femmes qui ont survécus tentent de rester en vie, mais tout est contre eux : les éléments et l’hiver glacial qui persiste, les animaux qui semblent tous avoir disparus… Et ce n’est que le début.
C’est dans cet univers glacial et extrêmement hostile que nous allons découvrir trois adolescents qui vont tout faire pour se battre et rester en vie. Quel qu’en soit le prix, peu importe l’adversité terrible qu’il y a en face d’eux, ils vont lutter. Mais le pire dans cette histoire, ce ne sont même pas les éléments qui se déchaînent et la famine qui guette, non. Le pire, c’est la horde d’hommes qui enlève toute personne qui croise son chemin. Dans quel dessein ?
Une histoire qui m’a laissée de marbre
En à peine quelques pages, le décor est posé avec efficacité, les personnages sont aisément distinguables et l’intrigue se déroule bien. Mais pourtant, je n’ai pa été séduite. Ni par la plume de Caryl Férey, ni par l’intrigue qu’il nous offre ici. Ce qui m’a le plus interrogé dans ce roman, c’est la psychologie des personnages que j’ai trouvé parfois peu logique, de même que les relations qu’ils ont entre eux. Ils prennent parfois des décisions assez incohérentes alors que la situation nécéssite une toute autre réaction. On sent que ces réactions sont nécessaires pour les ressorts narratifs de l’histoire, mais cela dessert sa crédibilité, ce qui est dommageable au roman dans son ensemble.
Pour ce qui est donc de l’intrigue, je n’ai pas été captivée bien que j’ai lu le roman très rapidement. Il faut bien avouer que Caryl Férey a une écriture très fluide qui rend la lecture aisée. Mais une écriture efficace ne fait pas tout et si l’histoire manque de fond, je n’arrive pas à apprécier un ouvrage. Ce fut le cas ici : impossible de m’attacher aux personnages. Ceux qui auraient pu être intéressants restent malheureusement très en surface, impossible de s’y attacher, de les comprendre.
Et puis… je pense tout simplement que l’univers littéraire de Caryl Férey n’est pas pour moi. Je trouve que ses romans contiennent beaucoup trop de violence gratuite et j’ai vraiment du mal avec ça. Cela ne m’aurait nullement dérangée si cela était pour des adultes, mais là, je bloque. Je n’avais d’ailleurs pas aimé non plus Krotokus, l’histoire de ce lion et de son harem… destiné aux 9 ans et plus.
Mais surtout, ce one-shot présenté comme un roman jeunesse par l’éditeur me dérange un peu. Pour moi il y a une réelle distinction de lectorat entre jeunesse (12 ans max), préado (de 12 à 14 ans environ) et ado (14+). La quatrième de couverture présente l’ouvrage comme étant « le premier grand roman jeunesse de Caryl Férey ». Or, quand il y a le meurtre par strangulation d’un nourrisson et des menaces de viol à peine voilées, je ne pense pas que la cible soit jeunesse. Je trouve donc qu’il y a une erreur de ciblage d’un point de vue marketing sur cet ouvrage.
En somme, je pense que les romans dits jeunesse de Caryl Férey ne sont pas pour moi, tout simplement. Si toutefois vous aimez les univers où la violence imprègne chaque page et que la littérature ado vous plaît, cette lecture se tente. Pour le reste, je pense qu’il y a plus prenant et mieux construit dans le même genre. Ellia la passeuse d’âme chez le même éditeur par exemple m’avait beaucoup plu.
Une satire crue et parfois violente de la vie scolaire écrite de façon originale et captivante
Christelle Dabos est une autrice pour la jeunesse connue et reconnue de par sa quadrilogie La Passe-Miroirparue chez Gallimard Jeunesse. Elle était à l’époque la gagnante de la première édition du concours du Premier Roman Jeunesse organisé par Gallimard. C’est ainsi qu’en un seul tome, elle s’est taillé un nom que tout le monde connaît désormais. Elle quitte le monde onirique de la Passe-Miroir pour nous offrir une version sombre et déformée du système scolaire. Etrangement efficace et inclassable !
Ici
Avec une majuscule pour le nommer, Ici est presque une entité, un personnage à part entière. Il cristallise les craintes, les attentes, la peur, l’angoisse, les amitiés qui se font et se défont, les rumeurs… tout ce qui fait la vie scolaire. Mais depuis quelque temps, un jour précis et à une heure précise, toutes les semaines, il se passe quelque chose d’étrange Ici. Certains savent de quoi il retourne, d’autres ont oubliés, mais tous se doutent que quelque chose se trame Ici, et qu’ils font partie de quelque chose de plus grand…et de plus inquiétant ?
Un roman-chorale qui donne une voix à des élèves très différents
Il est extrêmement difficile de présenter et/ou de résumer ce roman de Christelle Dabos. On sent qu’elle a voulu se détacher de ce qui faisait jusqu’à maintenant sa marque de fabrique. Ici, point d’onirisme ni de rêveries, on est dans un univers beaucoup plus cru et – même sale – que dans la Passe-Miroir. Mais cessons de comparer ces deux œuvres et développons.
Dans Ici et seulement Ici, il y a beaucoup de personnages narrateurs. Chacun apporte sa pierre à l’édifice, que ce soit pour que l’on comprenne le tableau global d’Ici ou pour nous montrer des élèves extrêmement différents. Vous avez Iris, celle qui tente de se détacher de son meilleur ami pour être acceptée dans un groupe. Il y a Pierre, qui se découvre une passion pour l’un de ses camarades Pierre et pour l’usage exceptionnel que fait ce dernier du hautbois, sans oublier l’étrange Club Ultra-Secret qui semble regrouper ceux qui en savent le plus sur Ici…
Mais rien n’est vraiment rationnel ni concret dans ce lieu scolaire hors du temps et qui pourrait se trouver n’importe où. Christelle Dabos insère peu à peu des éléments fantastiques dans son intrigue, comme une métaphore de la vie scolaire et de ses nombreuses cruautés. On y parle invisibilisation, harcèlement, amours cachés, secrets, système de classement entre élèves (Ici, ils sont inscrits sur un tableau alors que dans la vraie vie, tout est plus implicite).
A mes yeux, ce roman est un prétexte pour parler de tous les problèmes que l’on rencontre au collège ou au lycée : difficultés à s’intégrer, avoir peur de commettre un impair, respirer le moins fort possible pour ne pas se faire remarquer… Pour moi qui n’ai pas connu des années collège très heureuses, j’avoue que ce livre a fait écho à pas mal de choses (parfois oubliés ou minimisées). Pourtant, il est important d’en parler, et ce roman semble servir de catharsis à l’autrice, si ce n’est pour elle, au moins pour ses lecteurs.ices. En effet, il montre que la vie scolaire est difficile pour tout le monde, y compris pour celleux qui veulent vous faire croire qu’ils sont en haut de la chaine alimentaire. Leur position est enviable, certes, mais pas nécessairement confortable.
Vous l’aurez compris, j’ai aimé le message de fond de ce roman, qu’il faut lire à différents niveaux pour apprécier. Je ne suis même pas certaine d’avoir tout saisi, mais il y a en tout cas assez de matière pour que chacun.e trouve quelque chose qui lui parle profondément au sein de ce roman. Ici et seulement Ici est un texte inclassable, irrésumable, dérangeant et clairement atypique. Il faut le lire pour se faire une réelle idée de ce qu’il est, en tout cas, il taille dans le vif et laisse en mémoire des scènes spectaculaires et vertigineuses. A découvrir vers 14 ans environ.
PS : Si Christelle Dabos lit un jour cette chronique (rêver est autorisé), y a-t-il une référence à un épisode de Buffy contre les vampires avec l’élève invisible ? Je n’en dis pas plus pour les lecteurs à venir.
Un manga étrange et déstabilisant qui frise à la fois le fantastique et l’ubuesque sans oublier l’étrange de façon omniprésente… Accrochez vous, c’est du jamais lu.
Minetaro Mochizuki est un mangaka dont l’œuvre paraît en France chez Le Lézard Noir, son travail a été très remarqué lors de la parution du manga en 4 tomes Chiisakobé. Avec Tokyo Kaido, l’auteur nous montre une autre facette de son travail, plus étrange et dérangeante…
Une clinique aux patients bien particuliers
Bienvenue dans la Clinique Christiania, un établissement spécialisé dans la recherche sur le cerveau. Son but ? Aider enfants et adolescents à surmonter leurs problèmes psychologiques, qu’ils soient issus d’un accident ou d’une maladie.
Ainsi cette trilogie de mangas se concentre sur cinq personnages principaux : Hashi, 19 ans, qui suite à un accident a un morceau de métal dans la tête. Ledit morceau métallique semble l’avoir totalement désinhibé et il dit absolument tout ce qu’il pense, parfois même les pires horreurs.
Il y a également Hana, 21, qui suite à une affection touchant con cerveau est prise d’orgasmes subit à n’importe quel moment. Cela la mettant parfois dans des situations extrêmement gênantes et invivable en société.
Parmi les cas les plus étranges, vous ferez la « rencontre » de Mari, 6 ans. Elle a la particularité incroyable de ne voir aucun être humain. Elle pense être la seule au monde et n’a aucune interraction avec personne. Cependant, si elle voit des êtres humains à la télévision, elle les voit, c’est donc par ce biais que les médecins communiquent avec elle ainsi qu’à l’écrit. De même, elle a l’étrange habitude de ne manger que la moitié exacte de ses plats.
Enfin, il y a Hideo, 10 ans, persuadé d’être doté de supers pouvoirs et d’être en contact avec des forces supérieures. Il est toujours affublé d’une cape et tente diverses expériences de contact avec ces fameuses forces…
Le cinquième personnage est le Docteur Tamaki, central car il gère tous ces étranges patients, mais aussi parce qu’il a une part plus sombre et inavouée que l’on découvrira par la suite. Il est un mystère lui aussi à sa façon.
Voilà pour les présentations formelles des personnages, mais alors que raconte exactement Tokyo Kaido ? Il illustre comment chacun tente de s’en sortir et de trouver sa propre voie malgré ses pathologies plus ou moins lourdes et un passif qui l’est parfois tout autant…
Un manga intéressant mais qui laisse sur sa faim…
Tokyo Kaido est une trilogie, et quand j’ai terminé la lecture du premier tome j’étais très enthousiaste. Tout me plaisait : le graphisme, l’histoire, les personnages atypiques… tout ! Sauf qu’à partir du second tome, ça commence à devenir un peu trop bizarre et surtout je n’ai pas saisi les symboliques (s’il y en avait ?). Je me doutais que c’était le genre de manga à laisser des questions en suspend, mais là, nous n’avons en réalité aucune réponse sur aucun sujet. C’est très déstabilisant et assez frustrant.
Vous ne saurez jamais pourquoi Mari ne mange que la moitié parfaite de ses plats ou pourquoi à la fin, toute sa perception se coupe en deux. Vous ne saurez jamais si les forces supérieures avec qui Hideo discute sont réelles ou uniquement dans sa tête… On sait pas non plus pourquoi Bibi le vigile, porte une fausse moustache (ça m’a bien perturbée ça d’ailleurs).
Par ailleurs, chose importante, le personnage principal, Hashi, qui possède un corps étranger dans le cerveau et qui dit tout haut ce qu’il pense, dessine un manga. Ce manga très sombre et morbide, vous le découvrirez peu à peu au fil des chapitres et des tomes. Et il est intéressant bien qu’une fois encore, le sens profond me soit totalement passé à côté.
En fait, pour apprécier ce manga, il faut absolument lâcher prise et ne pas chercher à avoir forcément une explication. C’est un exercice difficile car nous sommes souvent en quête de sens ou de révélations fracassantes. Mais Tokyo Kaido ne s’embarasse pas d’explications et encore moins de réponses claires. Si vous aimez les ambiances étranges, bizarres et curieuses vous êtes au bon endroit. Par contre, si vous avez envie d’un manga clair où tout trouve un sens à la fin, passez votre chemin. C’est ce qui n’a pas marché pour moi, j’ai été déçue de ne pas comprendre ni trouver de réponses par moi-même. Par contre, j’ai adoré toutes les planches de ce manga atypique. Les dessins de Minetaro Mochizuki sont d’un réalisme exceptionnel. C’est du grand art, et chaque trait est d’une précision remarquable.
A découvrir si l’on est fan de mangas et d’étrange. Mais surtout, ne cherchez pas les réponses, mais plutôt une atmosphère. A réserver aux amateurs pointus de manga (dont je ne fais point partie je crois). Je retenterais ma chance avec Chiisakobé, qui m’a l’air plus classique dans l’intrigue, le travail de Minetaro Mochizuki mérite une seconde chande à mes yeux.
Et bravo aux éditions du Lézard Noir pour leur travail exceptionnel. Chaque nouvel ouvrage qui sort chez eux est un bijou de fabrication (choix du papier, format plus grand qu’un manga normal, couvertures soignées et solides… ).
Le premier tome d’une fantasy sombre et envoûtante aussi dense que très surprenante. Si vous aimez les lectures qui vous transportent et vous font vivre une chute vertigineuse en fin de tome, c’est la saga qu’il vous faut !
Troisième roman de l’autrice américaine Kendare Blake à paraître en France, Three Dark Crowns (ou TDC pour les intimes) fait partie des ouvrages très remarqués de la fin d’année 2021. Les éditions Leha frappent fort et comptent bien continuer sur leur lancée en écrasant tout sur leur passages avec quantité d’autres grosses séries de SFFF. Et avec TDC, les fans de fantasy sombre trouverons de quoi se repaître… La traduction est assurée par Hermine Hémon (elle traduit régulièrement et qualitativement pour les éditions Lucca ou encore ActuSF).
La série compte cinq tomes au total, plus un recueil de nouvelles.
Trois soeurs pour un seul trône
Bienvenue dans un monde autarcique où chaque reine donne naissance à des triplées, uniquement des filles, et chacune avec un pouvoir différent. Quand ces dernières sont assez grandes, la reine s’exile et laisse ses trois filles s’entretuer pour la couronne. C’est juste avant la cérémonie qui lancera la sanglante compétition que nous découvrons ce monde étrange et cruel… Imaginez les Hunger Games avec de la magie et un trône à la clé ! Le tout sans oublier toute la complexité géopolitique de l’intrigue… Bien malin qui saura démêler le vrai du faux.
Une intrigue de haute volée
Il faut l’avouer, il n’est pas évident d’entrer d’emblée dans l’univers de TDC. L’autrice nous lance énormément d’explications (nécessaires) sur l’univers qu’elle a créé, ses intrigues, ses enjeux… C’est parfois un peu indigeste, surtout en début d’ouvrage. Mais une fois passé ce cap d’explications où le décor se pose doucement, on est lancé.
L’intrigue est maline, dense et très surprenante. TDC est une littérature YA exigeante, ce qui n’est pas un gros mot, mais un compliment. C’est bien écrit, avec un vrai style (que la traduction a su rendre au mieux) et on est loin de certains romans ados ultra simplistes. En fait, cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un bon roman ado avec un peu de matière. Les trois quarts de la production sont si prévisibles et conditionnés pour un public type qu’il est impossible d’avoir un quelconque effet de surprise. De même pour le plaisir de lecture, c’est tout aussi rare.
Avec TDC, on demande au lecteur de faire en effet un effort, mais quelle récompense ensuite ! Une fois passées les cent premières pages, on comprend à peu près l’environnement dans lequel évoluent les trois sœurs. Et là, on se régale à découvrir les trahisons, complots et machinations qui se trament… Sans parler de malheureux hasards du destin !
C’est malin, très réussit et Kendare Blake a su garder un réel effet de surprise jusqu’à l’ultime page de ce premier tome. Mais quelle fin ! J’avoue que j’ai beaucoup regretté que le second tome n’ait pas encore été traduit quand j’ai terminé ce premier opus. Le final est tellement fou, c’est impossible de ne pas vouloir relire certaines scènes qui apparaissent sous un jour nouveau…
Bref, vous l’aurez compris, j’ai été conquise malgré quelques débuts un peu lents pour moi. C’est sûr qu’à force de lire des romans aux phrases courtes et au vocabulaire simpliste, on oublie que parfois il faut faire un effort pour découvrir de nouveaux univers. Efforts très largement récompensés ! Alors, je lirais la suite avec beaucoup de plaisir, d’autant qu’en plus d’être bons à l’intérieur, les livres sont superbes à l’extérieurs. Les couvertures sont les mêmes que la VO, et elles sont un régal pour les yeux…
Une revisite ursuline de la Planète des Singes pour les plus jeunes
Johan Heliot est un auteur français d’imaginaire qui a déjà beaucoup de romans à son actif : La trilogie de la lune, Ados sous contrôle, L’imparfé, Forban ! pour ne citer qu’eux. Il écrit aussi bien pour la jeunesse que pour les adultes et s’essaye à des styles d’imaginaires très différents. Ours a paru en février 2022 en librairie aux éditions Auzou dans leur collection de romans pour les 10/12 ans : Eclair+.
Retour à la case départ
Un immense vaisseau censé sauver l’humanité a entrepris il y a plus de 10 000 un voyage sans retour vers une planète lointaine et viable pour l’humanité. Mais pendant le long voyage, elle a été détruite, ce qui a obligé le vaisseau à retourner sur Terre… Mais la planète pollue et inhabitable a laissé place à une Terre florissante où la vie est à nouveau possible. Trois humains aterrissent en catastrophe pour voir s’il est possible pour l’humanité de se réinstaller en toute sécurité. Mais ce qu’ils vont découvrir n’est pas positif pour l’avenir de l’homme sur cette nouvelle version de la Terre.
Une porte d’entrée vers la science-fiction pour les jeunes lecteurs et lectrices
Pour celleux qui n’ont pas encore découvert la sf, ce roman peut en être une bonne introduction (couplé à d’autres ouvrages). Il fait découvrir le genre post-apocalyptique ainsi que toutes les problématiques classiques de ce genre. Le déroulement de l’ouvrage est très classique, ainsi je pense qu’il faut l’appréhender comme un roman-passerelle pour découvrir le genre sf.
L’intrigue en elle-même est assez classique même si elle comporte quelques petites surprises appréciables (notamment en presque fin d’ouvrage). Cependant, il y a une chose qui m’a fortement déplu, c’est la psychologie des trois personnages humains. En effet, je les ai trouvé très stéréotypés dans leur façon d’être et leurs réflexions intérieures, c’est dommage et peu intéressant à lire de ce point de vue…
Ainsi l’idée de proposer aux jeunes lecteurs un hommage à l’emblématique roman de Pierre Boulle est plutôt bonne, mais si la mise en œuvre est parfois maladroite. C’est parfois un peu cousu de fil blanc, mais l’univers côté ours créé par Johan Héliot est très intéressant, plus que la partie « humaine » selon moi… Un premier tome sympathique donc, bien qu’assez vite oublié.