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11 romans pour découvrir le Japon

Et si les chats disparaissaient du monde – Genki Kawamura – Pocket

Si vous êtes à la recherche d’un texte étrange, doux et original, celui-ci devrait taper dans le mille. Voici l’histoire d’un homme qui va faire une rencontre peu commune. Il se sait condamné, son médecin vient de lui annoncer qu’il lui reste extrêmement peu de temps à vivre. C’est alors que le Diable fait irruption dans sa vie et lui propose un étrange marché : faire disparaître une chose définitivement de la terre en échange d’un jour de vie supplémentaire.
Ainsi le narrateur accepte-t-il de faire disparaître les montres, les téléphones… mais peu à peu les choses se corsent et le diable lui propose des choix de plus en plus cornéliens. Jusqu’où le narrateur est-il prêt à survivre avant de cesser ces terribles marchés qui rendent le monde moins savoureux ?

J’ai absolument adoré ce roman que je trouve mémorable et d’une beauté inouïe. Comme toujours avec les romans japonais, le style est simple mais de toute beauté. L’histoire peut sembler très triste au premier abord, mais il n’en est rien bien au contraire. Ce très court texte d’à peine plus de cent-cinquante pages est une ode aux plaisirs simples de la vie.

J’ai trouvé sa conclusion absolument parfaite. Aussi belle que douce-amère comme les auteurs nippons savent si bien faire.

Genki Kawamura est plus qu’un auteur reconnu au Japon, il est également producteur. C’est notamment grâce à lui qu’ont pu naître les magnifiques longs-métrage d’animation Le garçon et la bête ou encore Les enfants loups. Son roman Et si les chats disparaissaient du monde… s’est vendu à plus de 1,3 millions d’exemplaires au Japon.

Attention : ce texte est paru précédemment chez Fleuve éditions sous le titre Deux milliards de battements de cœur.

Nââândé !? – Eriko Nakamura – Pocket

Pas vraiment roman mais plutôt un témoignage humoristique sur les différences culturelles entre le Japon et la France, Nââânde est écrit par une japonaise qui vit à Paris.
Et le moins que l’on puisse dire c’est que les deux cultures sont diamétralement opposées. A côté des mesures raffinées et attentionnées des japonais, nous passons pour des rustres ! Pas toujours à juste titre, mais parfois il faut dire que c’est bien mérité.

Ainsi, Eriko Nakamura raconte ses expériences les plus marquantes de japonaise devant se faire à la vie parisienne. J’insiste sur ce point car le point de vue qu’elle a étendu à la France entière est parfois typiquement parisien. Ou alors tout simplement un problème d’éducation concernant la personne qu’elle a rencontré et non pas une spécificité française… Je pense notamment à son mari qui se permet d’ouvrir un paquet de gateau avant le passage en caisse. Ce n’est pas français, ni parisien, c’est malpoli !

Mais la société japonaise a beau être respectueuse, extrêmement codifiée voir prude par certains aspects, nous ne sommes pas prêts à découvrir les fameux « batsu game » (ou jeux punitifs). Au Japon, ces émissions sont absolument culte. Le but ? Ridiculiser le plus possible les candidats au travers d’épreuves terribles. Il y en a notamment une où les candidats sont tirés sur les fesses par un tracteur sur un terrain recouvert de gravillons… « A la fin, leur derrière ressemblait à un steak haché ! » nous raconte l’autrice.
On peut également citer le Takeshi Castle, véritable mélange entre Fort Boyard et Interville à la sauce japonaise. Ou encore « Tunnels no Mina-san no Okagedeshita », une adaptation du jeu vidéo Tetris avec des candidats devant prendre des formes improbables pour passer les murs.
Parallèlement à cela, en France ça ne nous gêne pas de mettre une femme dans le plus simple appareil pour vendre… du fromage. Et effectivement, c’est choquant ! Et ça ne devrait pas l’être uniquement pour Eriko Nakamura…

L’autrice nous parle également de certains phénomènes de société typiquement nippons tels que les Japanese Lolitas, véritable fantasmes aux yeux de quantité de japonais. Elle nous parle également de ses dérives… saviez-vous qu’il est possible d’acheter des uniformes ou des culottes non lavés de jeunes filles ? Disponible dans des sex-shop… et dans des distributeurs automatiques ! Certains japonais sont tellement accros qu’ils vont même jusqu’à escalader les murs pour voler des culottes qui sèchent sur les balcons. Voilà de quoi choquer nous, français !

Et cette sélection d’annecdotes que je vous ait présentées ici ne sont que peu de choses, il y a encore quantité de différences notables entre les deux pays. C’est intéressant de découvrir le point de vue japonais sur notre culture. Mais attention, il est parfois fortement biaisé car l’autrice ne connaît que la vie parisienne et voit les choses par un prisme parfois extrêmement privilégié… Quoi qu’il en soit, on passe un excellent moment, on apprend des choses et c’est tout ce qu’on demande à cet ouvrage. Nââândé !? et aussi et surtout une déclaration de l’autrice à son mari français et à son pays d’adoption, et ça se voit !

Soie – Alessandro Baricco – Folio

Et si c’était un italien qui retranscrivait le mieux l’ambiance du Japon d’antant, le tout sous la forme aux allures de conte initiatique ? C’est ce qu’à réussit à faire Alessandro Baricco avec Soie, un très court roman à la fois hypnotique et sublime qui nous entraîne dans un amour interdit sur fond de commerce de vers à soie…

Suite à une maladie qui touche les vers à soie d’occident, Hervé Joncour va devoir s’approvisionner au Japon, le pays où la soie produite est d’une qualité exceptionnelle. Nous sommes à la fin du 19ème siècle, et le Japon fait montre d’un grand protectionnisme, si grand que vendre des vers à soie à des étrangers et passible d’une peine capitale pour les contrevenants. C’est dans ce contexte délicat et dangereux que Hervé Joncourt met pour la première fois le pied au Pays du Soleil Levant, et ce qu’il va y découvrir va le subjuguer et le forcer à y retourner années après années… et ce n’est pas seulement l’exceptionnelle qualité de la soie issus des vers japonais qui l’attire à chaque fois.

Ce roman aux allures de conte est devenu en quelques mois après sa sortie en 1996 un texte culte. Nous sommes en 2025, et je viens seulement de découvrir ce magnifique texte… Et je comprends pourquoi il est devenus aussi indispensable dans les fonds des librairie. Il possède une narration hypnotique, et nous entraîne dans un pays qui était encore entouré de quantité de mystères à l’époque où se déroule l’intrigue. Et c’est justement cette atmosphère mystérieuse et superbe qu’Alessandra Baricco réussit à retranscrire et à nous faire toucher du doigt.

Un texte parfait donc pour découvrir le Japon autrement et à travers un regard occidental.

Le passe-partout – Masako Togawa – Folio Policier

Pile entre l’étrange Nagasaki et son invité non désiré et l’ambiance inclassable des Belles endormies de Kawabata, il y a Le passe-partout. Véritable intrigue à tiroirs, l’aura de mystère qui entoure ce livre ne s’évapore jamais vraiment… Nous sommes dans la résidence K, habitée uniquement par des femmes seules. Surveillée par deux gardiennes qui se relayent, la Résidence K allie sécurité et autonomie pour chacune de ces femmes que la vie a laissées seules (qu’elles soient célibataires, veuves, jeunes ou retraitées…). Chacune possède la clé de son propre petit appartement, mais un passe-partout existe pour le cas où il y aurait une perte d’un jeu de clés… Sauf que, quand c’est le passe-partout lui-même qui disparaît, que faut-il faire ?

Véritable roman noir aux nombreuses énigmes, Le passe-partout est un de ces romans qui vous mènent en bateau du début à la fin : disparition, meurtre, vol d’un bien précieux, dérives sectaires, manipulation… toutes ces affaires ont un point commun, la fameuse résidence K. Et il n’y a que nous, lecteurs, qui aurons enfin toutes les réponses à ces nombreux mystères.

Outre l’intrigue bâtie de main de maître, c’est avant tout l’ambiance étrange et sombre de la résidence K qui est extrêmement réussie. On se croirait vraiment dans cet immeuble à la fois protecteur et austère, dont la dualité perdure tout au long du roman. C’est une très bonne lecture qui saura vous surprendre, d’autant que ce texte n’est pas une nouveauté et a été écrit en 1962. Ce n’est qu’en 2022, soit soixante ans plus tard, qu’on le découvre en France grâce aux éditions Denoël. Au Japon, Le passe-partout est d’ailleurs devenu un classique du roman policier et a même remporté le plus précieux des prix dédié au genre : le prix Edogawa Ranpo.

Son autrice, Masako Togawa a écrit par la suite plus d’une trentaine de romans à succès (pourvu qu’ils arrivent un jour en France !) est devenue actrice, scénariste, patronne de boîte de nuit et une icône féministe gay. Une femme incroyable dont le parcours nous est totalement méconnu en France !

Et pour l’anecdote, Masako Togawa était chanteuse de cabaret avant de devenir autrice. Le passe-partout a d’ailleurs été écrit pendant les pauses entre ses passages sur scène.

Les belles endormies – Yasunari Kawabata – Le Livre de poche

Voici un des textes les plus emblématiques de la littérature nippone, il est également l’un des plus étranges et des plus malaisants… L’histoire est bien simple : imaginez une maison un peu particulière qui n’est ni un hôtel, ni une vulgaire maison de passe. Non, ici, vous pouvez dormir toute une nuit à côté d’une adolescente endormie sous l’effet de puissants narcotiques. Les règles sont aussi simples que strictes, vous pouvez certes les toucher et les serrer dans vos bras, mais il est totalement interdit d’aller plus loin.

C’est ainsi que nous découvrons le vieil Eguchi, qui va passer la porte de cet étrange établissement pour la première fois. Il est assez sceptique au début, mais une première nuit va lui faire redécouvrir des souvenirs et sensation enfouies depuis des décennies… Mais certaines questions vont le tarauder tout au long du roman, ces jeunes demoiselles sont elles consentantes ? Pourquoi sont-elles déjà plongées dans les bras de Morphée quand il arrive ? Et pourquoi faut-il réserver des jours à l’avance ? Et comment l’établissement peut-il être sûr que les pensionnaires d’une nuit vont bien respecter les règles ?

Que de questions et très peu de réponses. Lire Les belles endormies, c’est avant tout découvrir une écriture surannée, une atmosphère bien spéciale dûe à la fois à une époque, et à une littérature qui lève très peu le voile sur ce qu’elle conte.
C’est un roman à la fois hypnotique et passionnant qui nous aide à mieux comprendre le passage du temps, les regrets et la beauté parfois futile des jeunes années… Mais se prendre d’affection pour le vieil Eguchi (de presque 80 ans) s’avère pour moi difficile. Il a des côtés franchement détestables et gênants, mais je trouve que cette expérience de lecture est à faire pour découvrir un versant important de la littérature nippone.

Pour moi, c’est l’une des oeuvres japonaises les plus dérangeantes que j’ai pu lire car son narrateur est imprévisible… Elle me marquera durablement malgré le fait que je n’ai pas été à l’aise avec le concept même de ces fameuses belles endormies…

Nagasaki – Eric Faye – J’ai Lu

L’ouvrage n’est certes pas écrit par un auteur japonais, mais il a selon moi toute sa place dans cette sélection. Il nous aide à découvrir un pan de la société nippone intéressant voir même fascinant. Pourquoi cela ? Tout simplement parce que Nagasaki est tiré d’un fait divers incroyable. Eric Faye s’est inspiré de cette histoire vraie relaté dans les journeaux nippons en 2008 pour écrire ce court roman. J’ai découvert par hasard ce roman, mentionné dans l’ouvrage La gueule-du-loup de Eric Pessan, un auteur pour la jeunesse et les ados qui a déjà écrit sur le Japon.

Nagasaki a paru en 2010 aux éditions stock et a remporté le prestigieux Grand Prix du roman de l’Académie Française la même année.

Quelle est donc l’histoire qui se cacher derrière Nagasaki ? Celle d’un homme qui découvre au fil des jours que des objets sont déplacés dans sa maison. Yaourts manquants, niveau du jus de fruits qui baisse… L’homme décide d’installer une webcam à son domicile pour comprendre ces mystérieuses disparitions et déplacements. Ce qu’il va découvrir dépasse l’entendement : une femme vit chez lui à son insu depuis presque une année…

Eric Faye se propose ici de nous plonger dans la psychologie des deux personnages, comme deux facettes de cette maison occupée alternativement par l’un et l’autre. L’ouvrage se concentre avant tout sur cet homme qui pense avoir des hallucinations au début et qui peu à peu réalise qu’il se passe autre chose sans savoir expliquer quoi. On voit ses tatonnements, ses interrogations, mais également ses états d’âme car il va regretter un de ses gestes.
Le dernier tiers de l’ouvrage est quant à lui consacré à la femme qui a habité clandestinement chez lui. On y découvre son cheminement (romancé par l’auteur ou réel ? je ne sais point), son parcours de vie et ce qui l’a amenée à vivre chez un autre en se cachant chaque jour.

Nagasaki est une belle et triste histoire comme le Japon en a plein, avec son lot de regrets, de mélancolie et de beauté malgré tout. Quant à Eric Faye, il a su capter l’esprit nippon et ses étrangetés du quotidien… Seul bémol, j’ai parfois trouvé les personnages un peu trop vulgaires par rapport à ce que j’ai déjà pu lire dans la littérature japonaise, il est extrêmement rare de les voir aussi nerveux/familliers dans leur langage. Mais à part ça, on est dans l’ambiance.

PS : Pour aller plus loin, sachez que Nagasaki a été adapté en bd (one-shot) aux excellentes éditions du Lézard Noir. Je vais très certainement me pencher sur cette version illustrée du roman dont l’histoire me fascine de façon durable.

Le tambour Ayakashi – Yumeno Kyûsaku – Picquier

Si vous aimez les histoires sur fond de légendes et de malédiction, Le tambour Ayakashi est pour vous ! L’auteur est un habitué des romans étranges s’inspirant d’anciennes malédiction reportée sur des personnes inconséquentes. L’un des plus grand livre de la littérature japonaise est d’ailleurs écrit par Yumeno Kyûsaku, il s’agit du labyrinthique et inclassable Dogra Magra écrit en 1935 (rien que le nom, on dirait une formule magique). Dogra Magra est un livre que j’ai lu il y a une quinzaine d’années, elle compte l’histoire d’un homme qui lit un manuscrit qui rend fou. J’avoue que je n’avais pas compris grand chose…
Ici, on retrouve les thématiques chères à l’auteur : l’étrange, les légendes, les malédictions qui poursuivent les hommes qui ne savent pas retenir leur avidité… Et ce court roman fonctionne à merveille.

Le tambour Ayakashi a été traduit en France en 2003 seulement, et ce n’est que maintenant en 2025 qu’il est remit au goût du jour par Picquier. Et qu’elle bonne idée ! Là où Dogra Magra est complexe et parfois même incompréhensible, on retrouve ici la quintessence des thématiques chères à Yumeno Kyûsaku. Et clairement, c’est une histoire qui fonctionne ! Le texte a été écrit en 1926, et pourtant il est d’une belle modernité.

Clairement, ce court roman m’a réconciliée avec l’oeuvre de Yumeno Kyûsaku. J’étias restée pendant une quinzaine d’années sur une note assez négative, ayant tellement peiné à lire et encore plus à comprendre Dogra Magra. Pour moi, Le tambour Ayakashi est une sorte de préquelle plus simple et plus pure des idées que souhaite porter l’auteur. On est dans un Japon historique aux traditions et aux croyances prégnantes, et c’est passionnant !

A découvrir pour l’ambiance historique très bien développée, de même que pour la partie tragique et assez reconnaissable qu’aime mettre l’auteur dans son oeuvre. En clair, c’est à découvrir !

La librairie Tanabe – Miyabe Miyuki – Picquier

Si vous aimez les librairies poussiéreuses et un peu surannées, ce recueil policier doux et mystérieux pourrait bien vous plaire. Il a beau être actuellement épuisé, il est encore facilement trouvable sur le réseau d’occasion. Au programme, cinq histoires policières qui ont toutes un point commun : il s’agit du libraire qui résout les mystères grâce à un sens de l’observation peu commun.

Pour moi, c’est à classer entre La librairie Morisaki de Satoshi Yagisawa et Un café maison de Keigo Higashino. Ces cinq nouvelles sont vraiment immersives, douces, malgré des crimes ou des mystères omniprésents et très plaisantes.

Les histoires sont courtes, à peine une quarantaine de pages chacune, et à chaque fois, Monsieur Iwa est le point commun de toutes ces petites affaires irrésolues ou étrange.
Un squelette découvert, une mort étrange qui laisse des indices très bizarres où il est question d’un livre et de circulation routière, et d’autres affaires plus ou moins corsées.
Monsieur Iwa, le libraire, pose les bonnes questions, est doté d’une culture encyclopédique et d’un sens de la déduction peu commun.

Ce recueil est ainsi un véritable petit plaisir littéraire. Sans prétention, fort érudit, amusant, parfois sombre et poussiéreux, La librairie Tanabe est doté d’une ambiance délectable. Parfait pour les fans de cosy crime et de Japon, un mélange pas si souvent rencontré dans les étagères des librairies ou des bibliothèques…

Petit plus culture : Chose fascinante, saviez-vous qu’au Japon certains ouvrages étaient vendus avec une garantie de remboursement ? Le dernier quart des pages du livre était scellé dans une enveloppe. Si le lecteur renvoyait à l’éditeur le livre sans avoir touché à l’enveloppe, cela signifiait qu’il ne l’avait pas trouvé suffisament intéressant pour le terminer et on le remboursait. Malin !

Seins et oeufs – Mieko Kawakami – Actes Sud, Babel

Il y a souvent dans les romans japonais quelque chose d’assez réucurent : les conclusions étranges ou ouvertes. C’est bien le cas ici de Seins et oeufs. Ce que l’on peux trouver frustrant ou inaccompli d’un point de vue occidental est pourtant chose courrante dans les romans nippons (entre autres). Cela illustre parfaitement à quel point ce n’est pas la destination qui compte mais le voyage littéraire que l’on fait. Et une chose est sûre, Seins et Oeufs est un roman étrange qui interroge la perception qu’ont les femmes japonaises d’elles-même.

L’histoire est celle de Makiko, dont l’obsession est de se faire refaire les seins. Pourquoi ? Elle ne le sait pas vraiment elle-même, mais elle va absolument tout faire pour mener son projet à bien. Sa fille d’une douzaine d’années ne comprend quant à elle pas du tout ce besoin impérieux de changer d’apparence, d’autant qu’elles n’ont pas les moyens de financer ce genre d’opération. Alors, crise de la quarantaine ? Besoin de sentir à nouveaut belle et/ou désirée ? Diktat de la société de l’apparence ? Quoi qu’il en soit, Makiko désole sa fille et sa soeur, mais leur permet au passage d’avoir un autre regard sur elles-mêmes…

J’ai beaucoup aimé cet étrange et inclassable roman bien qu’il n’ait pas de véritable conclusion. Il y a dedans des réflexions de la fille de Makiko, devenue muette volontaire car en conflit permanent avec sa mère. Il y a également des dialogues très réussis et bien envoyés où les femmes font face à leurs nombreux paradoxes (vouloir être belle pour soi, est-ce une réalité ou cela passe-t-il nécéssairement pas le regard des hommes ?).

« Ouais, ben je m’excuse mais elle ne me saute pas aux yeux la différence. Ce que je sais, c’est que je ne suis pas heureuse avec mes petits pois, et que j’ai bien le droit de rêver d’en avoir de gros nibards si je veux, c’est mon problème à moi, point barre ! C’est toi qui vient tout compliquer avec tes histoires de mentalité masculine ! Ce ne serait pas plutôt toi qui est garantie cent pour cent pure mentalité masculine ? Parce que je vais te dire, moi, quand je couche avec un garçon, même s’ils sont tout petits, je pense à autre chose qu’à regretter de ne pas en avoir de plus gros sous prétexte que ça l’exciterait plus. Ca, c’est pour quand je suis seule avec moi-même, et pour moi seule : je me regarde et je me trouve plate et j’aime pas c’est tout. Moi et personne d’autre ».

Ceci n’est qu’un extrait absolument génial de deux femmes dont la vision du corps est totalement opposée, du moins en apparence…

Ainsi donc, Seins et oeufs est un roman étrange qui interroge la féminité et le désir de – se – plaire. Un roman à la fois doux et surprenant qui est assez inclassable mais m’a beaucoup plu. Si vous tombez dessus un jour, penchez-vous donc dessus ! (l’ouvrage est actuellement épuisé au moment où j’écris ces lignes – janvier 2025).

Okuribi – Renvoyer les morts – Hiroki Takahashi – Belfond

Quel roman étrange et sombre ! Okuribi est un mélange entre l’enfance avec son inhérente innocence et – très paradoxalement – une illustration de notre part de noirceur. Le plus dérangeant dans ce roman, c’est que quasiment tous les personnages principaux sont des préadolescents, à peine sortis de l’enfance.

Nous sommes dans une petite ville rurale du Japon, où l’on va suivre le jeune Ayumu qui vient de quitter la capitale. Il découvre son école, ses nouveaux camarades qui ont l’air plutôt sympathiques… et Akira. La forte tête de l’école, celui qui moleste ceux qui ne lui conviennent pas. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que enfants comme enseignants le craignent… Mais étonnament, Ayumu semble passer au travers de la violence lattente d’Akira. Du moins, pour le moment.

Quoi qu’il en soit, j’ai adoré l’ambiance et j’aurais même aimé que l’auteur aille plus loin dans le développement de ses personnages, c’était un peu trop court (et c’est un peu cher 20€ les 110 pages, non ?). Un direct poche ou un semi-poche aurait pu être plus acceptable.

Ainsi, l’amosphère de ce roman est réussie, il nous entraîne on ne sait où tout en sachant que c’est vers l’obscurité… la question est plutôt de savoir comment, et non pas si…

Par contre, même si je comprends la référence à Battle Royale, elle me paraît un peu poussive de la part de l’éditeur, de plus, ils ont fait une énorme faute sur la quatrième de couverture en se trompant sur le prénom du personnage principal… c’est un peu dommage. Plutôt à présenter comme un roman noir sociétal que comme la terrible dystopie qu’est Battle Royale.

L’affaire Midori – Karyn Nishimura – Picquier

Pour continuer à découvrir le Japon par un biais plus sociétal, L’affaire Midori sera parfait. Comment un infanticide peut-il être une conséquence du drame de Fukushima ? C’est ce que tente d’expliquer l’autrice au travers de son roman inspiré directement de faits réels.
L’affaire Midori, c’est l’histoire fictive (mais inspirée de faits réels) d’une femme qui n’a pas su quoi faire quand elle est devenue mère célibataire. La honte était trop forte, le retour à la maison impossible et les aides sociales presque inexistantes. Pire encore, la honte que la société lui impose continuellement a grignoté le peu de confiance en elle que cette femme aurait pu avoir…
L’histoire nous est contée du point de vue d’une journaliste qui n’est pas l’autrice (mais qui pourrait car elle travaille elle-même comme correspondante au Japon pour la presse).

Mais comment peut-on justifier un acte aussi terrible qu’un infanticide ? On ne peux pas, mais ce n’est pas ce que cherche à faire l’autrice:journaliste. Son but est d’expliquer ce qui a mené cette femme à l’acte le plus terrible qu’une mère puisse commettre, et la société est bien loin d’être innocente.

Par exemple, saviez-vous que pour obtenir un test de grossesse précocre au Japon vous devez fournir vos coordonnées complètes ? Peu de femmes non mariées sont prêtes à le faire et préfèrent donc attendre… au risque de perdre un temps précieux.

Ou encore que le gouvernement japonais a beaucoup « joué » avec les chiffres pour que la catastrophe de Fukushima paraisse beaucoup moins terrible qu’en réalité ? Ils ont relevé le seuil d’exposition radioactive pour cela. Il est désormais acceptable d’être exposé à vingt millisieverts par an pour la population, soit le seuil maximal imposé aux travailleurs du nucléaire ! Grâce à ce petit tour de passe-passe, seulement 2,7% de la surface de la Préfecture de Fukushima est inhabitable.

Qu’au Japon, l’image que l’on donne de nous est plus importante que tout le reste ? Que notre bien-être passe après ? Que l’on doit toujours montrer une face positive même si c’est éreintant ?

C’est là tout le paradoxe passionnant de ce pays, à la limite de la schyzophrénie. Comme le dit si justement l’autrice en fin d’ouvrage :

« J’aurais tant aimé me défaire de ces obsessions, par moments au moins, profiter de l’autre face du Japon, la plus importante, la plus visible, la plus agréable, celle du Japon de la politess, de la fidélité, de la serviabilité, de la gentillesse, du civisme, de la propreté, de la ponctualité, de la qualité, et même de la perfection ».

Mais aimer le Japon, c’est accepter son versant très sombre et rigide jusqu’à la cruauté dans certains cas, comme dans cette fameuse « affaire Midori ».

Ce texte est pour moi entre l’essai, le roman journalistique et l’introspection. Un mélange qui nous donne à voir une partie moins connue du Japon et pourtant essentielle. Une sorte de face cachée et sombre qui fait partie intégrante de ce Japon adoré et parfois même fantasmé.

Chronique jeunesse : Les plantes carnivores font mouche

Katia Astafieff est une autrice et conférencière spécialisée dans la vulgarisation scientifique. Biologiste de formation, elle allie aujourd’hui ses deux passions : l’écriture et le voyage. 

Elle a déjà écrit deux autres ouvrages, mais pour les adultes : La fille qui voulait voir l’ours (Arthaud, 2022) ainsi que Mauvaises Graines (Dunod, 2021). Elle travaille actuellement au Jardin botanique de Nancy. 

L’illustration de ce roman original est quant à elle assurée par Gilles Macagno, qui est également professeur de sciences et vies de la terre. Il a déjà publié deux ouvrages : Mauvaise réputation et Je t’aide, moi non plus chez Delachaux et Niestlé. 

Encore du pain sur la planche pour la brigade moustiquaire…

Bienvenue dans le monde méconnu et pourtant passionnant des insectes, mais aussi de leurs (très nombreux) prédateurs. Perrick le moustique se voit coller deux affaires de disparition bien opaques. A lui de trouver ce qui est arrivé à Esmeralda, une mignonne petite mouche, ainsi qu’à Elvis, un moustique artiste. 

Les affaires ne sont pas liées et les possibilités très nombreuses dès lors qu’il s’agit d’insectes portés disparus. Surtout quand il va découvrir avec son coéquipier que la liste des suspects s’allonge à cause d’un congrès faisant venir de loin des plantes… carnivores. 

Extrêmement original, drôle et instructif

J’ai adoré lire ce roman policier bourré d’humour et de références qui possède différents niveaux de lecture ! Beaucoup de titres de chapitres sont des références à la culture populaire, les enfants ne les verrons pas, mais les adultes oui : La mort aux mousses, Les dents de la tourbière ou encore Le barbecue était presque parfait. Et encore, le texte en lui-même est également rempli d’autres références qu’un oeul adulte savourera. 

Quant aux jeunes lecteurs, ils dévorerons l’intrigue efficace et extrêmement originale de ce roman. Créer un roman policier pour faire découvrir les plantes carnivores aux enfants, il fallait y penser ! Certaines fin de chapitre ont ainsi quelques informations sur lesdites plantes carnivores (leur provenance, leur mode de « chasse », l’origine de leur nom, etc.). J’ai beaucoup apprécié ces encarts documentés, à tel point que j’aurais aimé en avoir beaucoup plus dans le roman (note aux auteurs et à l’éditeur, si vous faites un second tome). 

Outre l’intrigue policière, classique bien que chez les insectes, on appréciera la complémentarité des illustrations de Gilles Macagno. Ses dessins sont indispensables pour mieux comprendre les plantes carnivores et leur fonctionnement à part. Elles sont d’une créativité sans bornes quand il s’agit de piéger une proie : goutelettes séduisantes à l’apparence de l’eau, odeur entêtante qui attire les insectes, parois glissantes dont il est impossible de remonter… 

Ainsi, oui j’ai adoré ce roman qui se lit très vite, dont les chapites sont courts et efficaces et à la thématique géniale. C’est malin, drôle, décalé, rempli de suspense. Un livre idéal à faire découvrir dès l’âge de 10/11 ans minimum, puis sans restrictions car il y a très peu voir aucun roman jeunesse sur ce sujet qui pourtant passionne les enfants ! Ils adorent le bizarre et l’étrange, ça tombe bien, la nature en regorge ! 

Chronique : La mystérieuse bibliothèque de Blackwood Abbey

Hester Fox est une autrice américaine à temps plein. Elle est spécialisée en histoire et en archéologie. La mystérieuse bibliothèque de Blackwood Abbey est son second roman à paraître en France.
Son premier roman, La berceuse des sorcières, était paru chez Faubourg Marigny avant de paraître en poche aux éditions J’ai Lu.

Un étrange héritage…

La jeune Ivy Radcliffe, 23 ans, a tout perdu durant les horreurs de la première guerre. Mais il semblerait que le destin lui sourie enfin. Elle vient de recevoir le courrier d’un notaire, et ce qu’elle va découvrir lors de son entretien dépasse tout ce qu’elle aurait pu imaginer. Ivy vient d’hériter d’un domaine dans la campagne anglaise. La seule condition pour en jouir étant d’y habiter de façon permanente. Ayant perdu parents et frère durant la Grande Guerre, Ivy part sans un regard en arrière.

Mais à peine arrivée dans ce qui est maintenant son domaine, Ivy sent l’ambiance pesante de l’abbaye. Elle qui adore les livres, elle découvre que le bâtiment est doté d’une des plus belles bibliothèques de la région… Mais même cela ne suffit pas à enlever à Ivy qu’il se passe quelque chose d’étrange…

Mystères et ambiance feutrée

De façon générale, j’aime beaucoup les parutions des éditions Faubourg Marigny. Elles mettent en avant des héroïnes qui traversent différents grand moments de l’Histoire. Ici, ont retrouve l’élan habituel des romans de la maison, mais pas tout au long du livre…

J’ai été transportée positivement toute la première moitié de l’ouvrage, mais passé la seconde partie, j’ai trouvé le tout très long. Impossible de me concentrer sur le destin d’Ivy qui perd peu à pied, qui mélange passé, présent, souvenirs et rêves… Mais à partir du dernier tiers du roman, j’ai trouvé l’intrigue trop facile.
Pour moi, la qualité première de ce roman était son ambiance. Sombre comme il faut, avec une introduction mystérieuse et bien équilibrée, mais ces qualités se délitent peu à peu, à l’image de la santé mentale d’Ivy.

Je n’en dirait pas plus pour ne pas déflorer l’intrigue, mais j’ai trouvé le roman très bon dans sa première moitié, mais il est extrêmement dommage que la suite ne soit pas à la hauteur. L’ambiance poussiéreuse et mystérieuse qui recèle de l’ouvrage est réussie, mais cela n’est pas suffisant, et c’est bien dommage.

Pour moi, c’est presque un rendez-vous manqué. Je n’ai jamais été déçue par un roman de cette maison d’édition, et je comprends pourquoi il a été choisi. La mystérieuse bibliothèque de Blackwood Abbey coche toutes les cases du catalogue de la maison : Histoire, héroïne féminine, mystère, héritage surprenant, secrets de famille… Mais quel dommage que tous ces éléments ne donnent pas un tableau final plus original et exaltant !

Ainsi donc, ce roman d’Esther Fox m’a laissée sur ma faim, mais je ne m’avoue pas vaincue. Il est prévu que je lise La berceuse des sorcières, peut-être y trouverais-je ce qui m’a fait défaut ici.

AUTEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : La petite boutique aux poisons

Sarah Penner est autrice américaine, La petite boutique aux poisons est son tout premier roman, et dès sa parution il fut remarqué aussi bien dans son pays d’origine qu’en France. Tout concoure à attiser la curiosité : un titre mystérieux, une couverture jolie et intrigante… et une histoire qui donne envie de s’y plonger !
L’autrice a également écrit, toujours chez Faubourg Marigny : Le cercle occulte des gentlemens.

Une vie bouleversée et à la croisée des chemins

Caroline Parcewell est une femme mariée, heureuse, du moins le croyait-elle avant de découvrir que son mari la trompe. Alors qu’ils devaient tous deux s’envoler à Londres pour leur anniversaire de mariage, la jeune femme décide de partir seule. Tout ce qu’elle a toujours souhaité dans sa vie : une maison, un travail stable, l’amour… est en train de voler en éclats. Et si ce voyage à Londres était l’ocassion de se poser les bonnes questions sur sa vie de couple et sur sa vie de femme ? Quels rêves a-t-elle mis de côté pour son couple ?

En parallèle, nous suivons l’histoire d’une petite boutique d’apothicaire, dans une ruelle sombre de Londres. Elle ne paie pas de mine, et seuls les initiés ont vent de son existence… Et pour cause, la boutique propose des « remèdes » un peu spéciaux, dont certains sont létaux. Et la clientèle de cette boutique est aussi particulière que sa propriétaire, pour en découvrir les secrets, il va falloir mieux comprendre son histoire…

Une lecture enrichissante et distrayante tout à la fois

J’adore les romans qui savent doser à la fois un peu de savoir et d’érudition avec une intrigue accaparante. C’est ici parfaitement le cas de bout en bout. L’autrice nous fait alterner les époques à chaque chapitre, ainsi navigue-t-on entre le 18ème siècle et notre ère. Et chacune à sa façon à quelque chose à nous apprendre et nous tien en haleine.

Du côté de Caroline, certes la jeune femme a de gros problèmes de couple, mais il n’y a pas que cela à narrer. Durant l’une de ses ballades dans la capitale, elle découvre un hobby londonnien étrange est passionnant : le mudlarking. Cette étrange passion consiste à draguer les fonds de la Tamise et y débusquer d’anciens objets que l’on peux conserver par la suite. En cela, le fleuve est un prodigieux conservateur des choses du passés, c’est ainsi que Carole va tomber sur une petite fiole étrange dotée d’une gravure intriguante… Qui va bouleverser sa vie et précipiter sa réflexion sur le sense de sa vie et sa vocation première : l’étude de l’Histoire.

Pour la partie se déroulant dans le Londres du 18ème, c’est tout aussi passionnant. Peu à peu, on en apprend plus sur la fameuse petite boutique perdue dans les méandres d’une ruelle peu fréquantée. La façon dont les clients font leur commande est en elle-même très secrète et on découvre peu à peu les stratagèmes mis en place par la propriétaire pour satisfaire sa clientèle sans se mettre en danger.
Vous apprécierez de découvrir toutes les herbes, poudres et autres ingrédients qui servent à la décoction des nombreux remèdes et poisons. Il y a même de la poudre d’insectes dans certaines compositions ! Tout est soigneusement rangé et catalogué, entrer dans les arcanes de la boutique est un vrai plaisir. A tel point qu’on apprend quantité de choses sans s’en rendre compte…

Mais quel lien y -a-t-il entre ces deux femmes que deux siècles séparent ? Il n’y a pas que le petit flacon trouvé dans les eaux boueuses de la Tamise, comme vous allez pouvoir le constater !
C’est en cela que la magie de Sarah Penner opère… elle nous offre des portraits de femmes fortes, courageuses et qui osent se confronter aux obstacles que la vie a mis sur leur chemin.

Bien que la moitié du roman soit ancré au 18ème siècle, il reste très actuel dans ses thématiques : sororité, féminisme, quête de sens et secrets teintés d’un soupçon d’étrange qui frise le merveilleux… Un mélange diablement efficace qui fait que les quatre cent pages qui composent l’ouvrage se dévorent en très peu de temps !

Pour celleux qui hésitent encore à découvrir ce très bon texte, sachez qu’une édition collector magnifique vient tout juste de sortir en ce début d’octobre 2025 :

Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, son troisième roman sort également début octobre : La Malédiction des Sorcières de la Mer, toujours chez Faubourg Marigny.

Chronique YA : Dragonfly Girl

Le nom de Marti Leimbach vous dit peut-être vaguement quelque chose ? C’est possible puisque l’autrice a déjà sorti un livre en France, intitulé Le choix d’aimer. Il y en a même eu une adaptation cinématographique en 1992. Avec Dragonfly Girl, elle nous propose un roman YA renversant et original qui est une véritable ode aux sciences… et à l’art du contournement.

Un prix gagné de façon illégitime

Kira est une lycéenne surdouée qui tente de survivre dans son difficile quotidien. Elle vit seule avec sa mère atteinte d’un cancer, et la vie est difficile. Ne travaillant pas, la mère de Kira accumule les dettes pour ses soins ou même pour de simples courses… A tel point qu’elle doit une belle somme a des personnes peu recommandables.
Mais heureusement (ou pas), Kira a un don incroyable : elle a la fibre scientifique dans l’âme. Grâce à sa seule ténacité et son intelligence, elle a réussit à remporter un prestigieux prix qu’elle doit récupérer en Suède (non ce n’est pas le Nobel !). Mais pour cela, elle doit mentir sur son âge et son parcours professionnel encore inexistant. Ce qu’elle n’hésite pas à faire, car en plus de la renommée, le prix et accompagnée d’une généreuse dotation pouvant effacer les dettes médicales de sa mère.

Mais Kira a beau être d’une intelligence remarquable, elle n’arrive pas à passer assez inaperçue, et son travail ainsi que ses découvertes vont éveiller l’attention de personnes extrêmement dangereuses…

Ne vous fiez pas aux apparences !

La première fois que j’ai vu la couverture de Dragonfly Girl, j’ai cru qu’il s’agissait d’un texte de romantasy : une jeune fille portant une belle robe éthérée, le terme de Dragonfly (qui veut dire libellule en anglais) qui a une connotation un peu féérique… C’est vrai qu’il y a quand même ce couloir sombre et bien glauque en arrière plan dont on ignore la teneur.
En réalité, on ne sait pas trop où on met les pieds en regardant cette couverture, mais à aucun moment on ne pense que ça va traiter de sciences ! Et quand je dis que ça parle de sciences, ce n’est pas un thème de fond qu’on ne voit que durant quelques pages, non, ce roman ne parle QUE de sciences, et de façon passionnant qui plus est !

Vous pouvez voir à droite la couverture américaine, qui est selon moi beaucoup trop austère. Alors, oui cette fois-ci on comprend qu’il y a des sciences, mais d’un point de vue esthétique je passe mon tour. N’y avait-il pas un moyen de réaliser une couverture qui fasse comprendre d’un regard que l’on va parler de sciences avant tout et que la romance n’est que très secondaire dans tout cela ? La couverture française donne l’effet inverse avec une jeune fille glamour et aucun indice sur la partie scientifique du roman. C’est très dommageable car je pense que beaucoup de lecteurs.ices potentiels n’ont pas trop compris ce dont il était question (comme moi). Et je crains que cet excellent roman n’ait pas trouvé son lectorat à cause d’un problème de couverture…

Mais alors, qu’en est-il de l’intrigue ? L’histoire de Kira est passionnante. Oui, elle est douée et même plus que cela, mais ce que j’ai aimé dans Dragonfly Girl, c’est que l’on découvre les dessous du travail en laboratoire. Kira ne fait pas plupart du temps que très peu d’expériences, elle est confinée aux tâches ingrates telles que nettoyer les paillasses, s’occuper des animaux qui vont faire l’objet d’expériences et donc peut-être mourir, et surtout apprendre de nombreux process. Car non, le travail de recherche n’est pas aussi sexy qu’on pourrait le croire au premier abord. Il y est surtout beaucoup question de protocole, d’expériences à faire, et refaire pour prouver qu’elles fonctionnent. Et dans ce roman, c’est tout cela que l’on découvre et plus encore !

La partie des interactions entre les personnages est elle aussi primordiale. En effet, Kira est extrêmement peu appréciée par certains de ses nouveaux collègue au vu de son très jeune âge. Toutes les basses-oeuvres lui sont dédiées, mais également les répliques cinglantes, la jalousie sous-jacente, etc. J’ai trouvé cette partie très intéressante car elle nous montre une héroïne extrêmement normale mais résiliente car motivée par son amour des sciences et bien entourée.
Et pour celleux qui se demandent, oui, il y a bien une romance, mais elle est si peu nécessaire à l’intrigue qu’il ne faut pas lire Dragonfly Girl pour cela.

Oui, Dragonfly Girl traite avant tout de sciences et de découvertes majeures que l’on pourrait faire d’ici quelques décennies (ou certaines existent peut-être déjà…), mais l’ouvrage est plus fin que cela. Il parle surtout de comment une découverte scientifique majeure pourrait être manipulée, changée, dénaturée par de mauvaises personnes. Comment la politique se mêle à la science, neutre par nature, comment l’argent et les menacent réussissent à corrompre absolument tout. Ce roman, c’est tout cela est bien plus !

Alors, faut-il lire Dragonfly Girl ? Pour moi c’est un immense oui, un énorme coup de cœur totalement imprévu comme on aime en avoir. Passez outre cette couverture et plongez dans un roman 100% scientifique qui réussit à sortir de certains clichés… et ce jusqu’à la fin ! Marti Leimbach s’est énormément documentée pour ce roman, et elle donne d’ailleurs ses nombreuses sources en fin d’ouvrage, c’est passionnant et donne envie d’en savoir plus ! Dès 14 ans.

Chronique jeunesse : Hilda et le peuple caché

Connaissez-vous la série de BD Hilda ? L’ouvrage que je vous chronique ici est issu de la série elle-même issue de la BD. Il nous conte les aventures d’une petite fille évoluant dans un monde étrange et magique au graphisme magnifique ! La série de livres est en trois tomes, le premier étant paru chez Casterman en octobre 2018. C’est le genre d’ouvrage parfait pour un #pumpkinautomnchallenge ou un #coldwinterchallenge ! 

Entre mignonitude et aventure

Bienvenue dans le petit monde calme et rassurant d’Hilda, une jeune fille curieuse et courageuse qui vit avec sa maman dans la forêt. Elles sont au calme, il n’y a aucune ombre au tableau, sauf que… Un soir, elles se font attaquer par des forces invisibles et mystérieuses ! Leurs revendications ? Qu’elle quitte leur maison sur le champ pour ne plus jamais revenir ! Pourquoi cela ? C’est ce que va tenter de découvrir Hilda… 

Un premier tome empli de jolies choses et d’humour

En quelques pages, il est facile de se baigner dans l’univers doux et rassurant d’Hilda. Clairement d’inspiration nordique avec des trolls qui prennent vie une fois le soleil couché ! Des géants mystérieux et doux, et d’autres créatures nées de l’imagination des deux auteurs. Les graphismes sont rassurants mais rien dans cette histoire n’est niais, à aucun moment. 

On pourrait même qualifier la jeune Hilda de baddass, elle n’a pas peur de sauter du toit pour chevaucher d’étranges créatures volantes ou de parler à l’oreille des géants, et même convoquer le roi des elfes ! 

Son histoire est prenante en très peu de pages, et le fait que ce soit une novélisation ne m’a absolument pas gênée. Les dessins ont été réalisés spécialement pour l’ouvrage et ne sont pas issus de capture d’écran hasardeuses comme c’est le cas dans beaucoup d’adaptations. Non, ici, il y a un réel travail éditorial et cela se voit. 

Parmi les très nombreux personnages attachants de cette histoire, ma préférence va à l’étrange petit bonhomme de bois à la tête de noix de coco. Il est mignon, bizarre, adore les livres et se comporte comme un chameau avec Hilda ! Il m’a beaucoup fait rire tant il est déconnecté de la réalité et s’incruste comme un rustre chez les autres. 

J’ai donc énormément aimé ce premier tome de la trilogie Hilda que je vais sûrement continuer car elle sait réserver son petit lot de surprises ! Et surtout, l’univers m’a énormément plu. Cela m’a d’ailleurs un peu fait penser à Adventure Time dans le graphisme, mais avec une cible clairement jeunesse ici.

Cela m’a tellement plu que je vais d’ailleurs poursuivre l’expérience en regardant la série Netflix (j’ai commencé et c’est très chouette, notamment la BO). Il ne me restera ensuite plus qu’à découvrir les BD !

Chronique roman policier : L’homme à l’envers

La première enquête du mythique commissaire Adamsberg !

Le nom de Fred Vargas est assez connu pour que je n’ose pas vous en faire une longue présentation. L’autrice est française, mais avant d’écrire d’excellents et noirs romans, elle est archéologue de profession et travaille au CNRS. Son succès en librairie est fulgurant, dès qu’une nouvelle enquête du commissaire Adamsberg paraît, c’est l’effervescence. Mais l’autrice à succès possède une œuvre rare. D’elle on peux citer : Coule la seine, Pars vite et reviens tard, Quand sort la recluse

L’homme aux cercles bleus est son premier roman mettant en scène son personnage récurrent qu’est Adamsberg. Et c’est un régal de noirceur et de mystère, le tout savamment mené…

La nuit, dans Paris… un cercle

Tout commence de façon ténue et même discrète. Un cercle bleu entoure une cannette. Puis un objet un peu plus gros, puis plus gros… C’est bizarre, c’est étrange. Ce phénomène ne portant préjudice à personne on s’en amuse tout en se questionnant gentiment. Jusqu’à ce que… ce soit un corps que l’on trouve dans un de ces fameux cercles. C’est ainsi qu’entre en scène le taiseux mais vif commissaire Adamsberg, pour qui l’affaire est passionnante bien qu’ardue. Va-t-il parvenir à resserrer l’étaut de la justice autour d’un coupable ?

Passionnant et à l’écriture incroyable

En quelques pages, j’ai été séduite par Fred Vargas et son enquêteur abimé par la vie (oui, encore un mais il échappe à certains lieux-communs). Car oui, l’intrigue est évidemment fascinante et prend immédiatement le lecteur, mais l’écriture fait tout autant. L’autrice arrive à faire osciller son écriture entre phrases d’une vive intelligence et humour noir par petites touches. C’est un fabuleux exercice d’équilibrage qui donne un ton unique à ce polar.

Ainsi, on entre très rapidement dans cet ouvrage atypique. Fred Vargas sait poser une ambiance et les mystères afférents d’une bonne intrigue. Tout fonctionne à merveille : l’ambiance parisienne nocturne délétère, les rumeurs après chaque cercle bleu qui s’ajoute, Adamsberg et ses réparties qui tombent si justement à côté. Tout est parfait, et j’ai adoré du début à la fin cette histoire efficace et très travaillée tout à la fois.

Alors, ai-je aimé ce premier tome des enquêtes du commissaire Adamsberg ? Je pense que vous avez la réponse. Et preuve en est, j’ai acheté tous les autres tomes de la série tant j’ai été séduite ! A vous d’y goûter pour voir si ce type d’ouvrage vous plaît ! Une chose est sûre, il faut tester au moins une fois et se faire son propre avis, d’autant qu’il est difficile de décrire précisément ce qui m’a séduite.

Chronique : De larmes et d’écume

Stéphane Michaka est un auteur français rare, mais à l’œuvre toujours mémorable. Il a écrit la duologie Cité 19 (PKJ, 2015) ou encore le roman dystopique poétique La mémoire des couleurs (PKJ, 2018). Il change encore une fois de style littéraire avec De larmes et d’écume, un roman historique documenté et passionnant.

Comment le Mary Céleste s’est-il transformé en vaisseau fantôme ?

Nous sommes à la fin du 19ème siècle, où nous suivons les pas du jeune Spotty, qui vient de trouver un emploi à la City. Il travaille pour une compagnie d’assurance maritime sous l’égide d’un dénommé Basil Huntley. Un jour, le jeune homme et son supérieur font la rencontre d’un corsaire qui prétend avoir des écrits issus de la Mary Céleste… Le problème, c’est que le bateau a disparu il y a 11 ans avec tout son équipage avant de réapparaitre totalement vidé de ses occupants. Les papiers du vieux corsaire sont-ils authentiques ? Et si c’est bien le cas, vers quoi va les mener cette incroyable découverte qui a déjà fait couler énormément d’encre dans les journaux du monde entier ? Et surtout, pourquoi la disparition de la Mary Céleste obsède-t-elle tant Basil ?

Passionnant et riche en émotions

Encore une fois, Stéphane Michaka réussit à nous surprendre. Il s’était déjà frotté au roman historique avec Cité 19 (bien qu’il soit d’un genre particulier, il vous faudra le lire pour comprendre !) avant de prendre un virage et de pencher pour la dystopie avec La mémoire des couleurs. Avec De Larmes et d’écume, l’auteur replonge dans l’Histoire, et a dû se passionner à faire des recherches pour les besoins de son roman. Et ça se voit.

L’ouvrage est savamment dosé entre le roman d’enquête, le récit historique (bien qu’avec une grande partie de personnages fictifs) et l’aventure. Dès les premières pages, on est dans l’histoire, car il faut avouer que le mystère de ce bateau retrouvé vide de toute vie est incroyable. Dès que vous aurez tous les éléments de départ en votre possession, vous ferez comme Spotty, vous échafauderez toutes les possibilités. C’est le genre de fait divers qui retourne le cerveau, qui vous fait penser à mille et unes hypothèses.

La réponse que propose Stéphane Michaka à ce mystère est passionnante, elle est semble-t-il la plus crédible de toutes les hypothèses échafaudées. Pour cela, l’auteur s’est beaucoup documenté, notamment avec l’ouvrage Ghost Ship : The Mysterious True Story of the Mary Celeste and Her Missing Crew de Brian Hicks (Random House, non traduit en français). Si vous souhaitez creusez le sujet en français, le titre Le fantôme de la Mary Celeste de Valérie Martin a été édité chez Albin Michel.

Si vous voulez être surpris.e par l’intrigue, je vous déconseille fortement de lire la page Wikipédia concernant la Mary Celeste, ce serait gâcher votre plaisir. Mais après lecture du roman, vous verrez à quel point l’auteur s’est attaché à de nombreux détails historiques avérés.

Ce que nous propose ici l’auteur, c’est une version romancée de ce qui semble être l’hypothèse la plus probable expliquant la tragédie. C’est narré avec passion, tout en ménageant énormément de suspense. C’est simple, le roman se lit comme un bon policier. Ou comme une belle histoire d’amour (qui m’a mis les larmes aux yeux). De plus, il y a tant de détails historiques passionnants que cette

lecture recèle encore d’autres qualités. On en découvre beaucoup sur le fonctionnement des assurances en pleine mer (oui, les assurances existaient déjà) ou encore sur comment un mystère devient légende à l’aide de langues déliées et de journaux voulant écouler de nombreux tirages.

Et comme toujours avec cet auteur, c’est très bien écrit. Il y a un style certain, une plume qui utilise un vocabulaire simple, mais pas simpliste. C’est très difficile de rendre une telle atmosphère historique avec autant d’érudition sans perdre les lecteurs. Ici, c’est entièrement réussi !

De larmes et d’écumes est donc un véritable bijou de lecture. En quelques pages les faits passés vont vous accrocher comme une ancre arrimée profondément. En quelques chapitres vous allez vous attacher aux personnages plus vrais que nature… Et enfin, vous saurez. A dévorer dès 14 ans, puis sans aucune limite d’âge ! Ce roman pourrait très bien sortir en littérature ado ET en littérature blanche quand il sortira en poche (si quelqu’un me lit… ).

Mise à jour de l’article : ET OUI, c’est bien arrivé puisque De larmes et d’écume et passé en poche chez Pocket adulte ! Une excellente nouvelle.

Chronique polar : Scream test

Imaginez un mélange entre Loft Story et Saw, vous aurez une idée du contenu macabre de Scream test !

Scream Test est un thriller se jouant des codes de la téléréalité et du slasher pour nous donner une critique acerbe et sanglante de notre société. L’ouvrage est écrit par le français Grégoire Hervier, donc c’est l’un des premier romans, il est paru en 2006.

Une téléréalité disponible uniquement… sur internet

« Six jours, six balles, six perdants, et seulement un survivant. Qui sera le dernier ? A vous de choisir… »

Voilà l’accroche terrible de la nouvelle téléréalité (peut-on vraiment l’appeller comme ça ?) qui vient de se lancer sur le net. Son nom ? The last one. Et le pire dans tout ça, c’est que les candidats ignorent tout de leur élimination – littérale – à la fin de la partie. Ils pensent jouer tout simplement à une téléréalité normale où élimination rime avec succès et paillettes une fois sorti du loft filmé 24h sur 24.
Par contre, le public, qui va s’intéresser de façon exponentielle à l’émission va se délecter de cette mortelle télé-réalité. Sauf si la police réussit à trouver où sont les candidats avant…

Haletant, bien mené et efficace

Scream Test a beau ne pas être un coup de coeur, j’ai adoré la plume de Grégoire Hervier. Il ne mâche pas ses mots, entre dans le vif du sujet immédiatement, malmène ses personnages, nous abreuve de culture populaire… C’est un roman qui se lit très vite car très bien développé et écrit. Le déroulement est assez classique, mais ça passe car c’est bien fait : on retrouve une narration plurielle.
Vous avez d’un côté l’histoire vécue par l’une des familles d’un participant à l’émission, d’un autre la vision de la flic douée mais qui n’a jamais eu de promotion ou encore le point de vue de cleui qui a organisé ce jeu mortel. Chacun a des motivations qui lui sont propres, et elles sont toutes entendables et intéressantes.

J’avoue avoir eu un petit faible pour le personnage de la flic, Clara. Elle est l’archétype de la flic qui aurait du monter en grade mais qui s’est fait voler les lauriers par plus ambitieux qu’elle. C’est un personnage intéressant, bien que déjà vu, car elle se fiche totalement des règles pour peu qu’elle arrive à mener à bien son enquête. En somme, la voir en scène dans d’autres romans m’aurait bien plu, même si cela n’est pas du tout d’actualité.

Pour ce qui est de l’intrigue en elle-même, elle est assez classique et se déroule sans accroc majeur. Comprendre ici, que le tueur audiovisuel réussit à tuer un par un ses victimes ignorantes. Je ne sais bien évidemment pas tout vous raconter, mais ça fonctionne très bien, même si l’on connaît déjà a fin au fond de nous.
C’est plus pour le style haché et cru de Grégoire Hervier qu’il faut lire Scream Test que pour l’intrigue. En effet, l’auteur a une culture populaire incroyable et profite de son roman pour partager avec nous sa passion du cinéma et des tueurs en série… Il y a même une page entière dédiée aux slashers emblématiques de la culture populaire : Souviens toi l’été dernier, Scream… etc. Tout ce que j’aime.

Ainsi, Scream Test est un bon premier roman, mais ayant lu un autre livre de l’auteur, je puis dire que ce n’est pas son meilleur. Grégoire Hervier a écrit quelques années plus tard un roman d’anticipation incroyable (toujours au Diable Vauvert) intitulé Zen City. L’ouvrage est désormais épuisé, mais si vous réussissez à mettre la main dessus, ça vaut vraiment le détour !
Quant à Scream Test, il plaira à celleux qui aiment tout ce qui touche à la télévision, aux foules manipulables et aux jeux cruels.

TRANCHE d´ÂGE :

Mes lectures de la rentrée littéraire d’automne 2025

Cette année encore, la rentrée littéraire d’automne (il faut maintenant préciser car même en janvier, les libraires n’ont plus vraiment de répit…) va battre son plein. Et cette année, moi qui suis en générale assez rébarbative face à cet assaut de nouveautés, je trouve qu’il y a beaucoup de diversité et de thématiques intéressantes.

En tout, ce sont 484 romans qui vont paraître dans cette période d’août à octobre. Et comme de coutume, il y a de hauts enjeux pour les éditeurs et les libraires. Et comme de coutume également, les libraires ne vont pouvoir lire qu’un faible pourcentage de cette rentrée, et tenter de vous trier – autant que possible – le bon grain de l’ivraie.

Pour ceux qui n’ont pas l’habitude de ce format, je réalise cette chronique au fil de mes lectures, elle sera donc régulièrement alimentée et agrandie. Pour ceux qui connaissent mes goûts littéraires, vous savez déjà que vais lire la plupart des titres issus de la littérature asiatique ! Et comme toujours, je commence par les titres qui m’ont le moins plu pour arriver jusqu’à mes favoris ! Et je peux d’ores et déjà vous dire qu’il y en a certains que j’ai très hâte de partager avec vous.

Mis à jour le 1er septembre :

11 livres lus = soit 2.27% de la rentrée littéraire.

Les potions d’amour de la famille Botero – Sun-young Lee – Hauteville, collection Kibun

L’histoire est assez simple, une famille coréenne concocte des remèdes pour soigner les personnes d’une façon différente de la médecine traditionnelle. J’avoue m’être rapidement perdue dans les personnages et les enjeux personnels de chacun… c’est le versant de la littérature coréenne que j’aime le moins : trop feel-good au point que ça en devient dégoulinant de bons sentiments… J’ai eu la même impression qu’à la lecture de La laverie Marigold chez Nami. J’ai donc abandonné à la moitié du roman.

Cette lecture est donc totalement oubliable et dispensable, même si l’on aime la Corée ou les romans doux…

Les griffes de la forêt – Gabriela Cabezon Camara – Grasset

Je ne suis pas une grande lectrice de littérature Sud-américaine, mais comme la rentrée est plurielle, j’ai voulu réésayer avec ce roman à la couverture esthétique et au résumé alléchant. On y parle d’une femme emblématique de l’histoire hispanique : Catalina de Erauso, le tout de façon romancée qui joue avec le réalisme magique.

Nous sommes en pleine forêt, et l’on suit cette femme qui vient de sauver la vie de deux jeunes Indiennes. Peu à peu, la lumière se fait sur son histoire, ses rêves, son passé mouvementé et des désirs…

Je n’ai pas aimé l’écriture trop dense et fouillée de ce texte. Je crois que c’est d’ailleurs pour cela que j’ai du mal avec la littérature hispanique et sud-américaine, c’est souvent trop digressif, métaphorique, et je n’y entend rien.
C’est bien écrit, il y a de belles phrases, mais je n’ai pas réussit à accrocher au texte… J’ai abandonné ma lecture à un tiers du roman, en me disant que ce n’était clairement pas pour moi. Je reste cependant persuadée que ce roman trouvera son public et que ce sont uniquement mes goûts personnels qui m’empêchent de l’apprécier.

La bossue – Saou Ichikawa – Globe

Rarement m’aura autant mise mal à l’aise tout en m’obligeant à le terminer. Les thématiques de ce roman sont pourtant nécessaires et rarement exploitées, il s’agit du handicap et de la sexualité, le tout au Japon. Autant dire que l’on va de tabou en tabou. Pour vous donner un peu de contexte, il est bon de savoir que l’autrice elle-même est lourdement handicapée. Elle a remporté le très prestigieux Prix Akutagawa (équivalent du Goncourt pour la France) avec La bossue en 2023. C’est la première autrice gravement handicapée à remporter ce titre, une preuve que les mentalités évoluent ?

« Il n’existait que des représentations très stéréotypées du handicap, et je voulais dépasser cela. Je voulais montrer que nous sommes des personnes aussi, avec une diversité de personnalités et de désirs ».

Dans ce texte très étrange, on suis une jeune femme nommée Shaka, lourdement handicapée à cause d’une maladie musculaire congénitale, bossue et ayant de très lourds problèmes respiratoires, la forme de sa cage thoracique étant très déformée. Elle vit de petits boulots de rédaction sulfureux et parfois violents et surtout d’un héritage conséquent laissé par ses parents, ce qui lui permet d’être à l’aise financièrement et même de vivre dans le lieu de soin créé par ses parents.

Sa vie sur internet est évidemment très différente de la réalite, mais cet exutoire est vital pour Shaka. Elle peut balancer sur Titter ses pensées les plus provocantes et les plus impures, de même que dans ses textes à la sexualité très explicite, elle qui n’a jamais vécu de relation charnelle.

Mais un jour, un de ses soignants découvre qui est derrière ce compte Twitter provocateur, et là, Shaka se dit qu’il est temps pour elle de réaliser un de ses désirs les plus retors…

Je n’ai pas du tout aimé ce très court roman, presque une novella. Les détails sur la maladie de Shaka sont beaucoup trop nombreux, rien ne nous est épargné, et il n’est pas question de minimiser une maladie, mais ici on est dans le voyeurisme total. Quant au rêve extrême de Shaka, il est malsain au possible… elle qui veut passer de monstresse à femme, pour moi c’est l’inverse. Avant son idée, c’était une femme pour moi, elle souffre de malformations et de difficultés à respirer, ingérer, et tout est laborieux pour elle, mais c’est une femme.
Son idée malaisante la rend pour moi monstrueuse… Je n’ose pas en dévoiler plus, mais selon moi, c’est sale et franchement dispensable.

Ce roman contre le validisme et ses normes aurait pu être un véritable cri du coeur à la fois percutant et mémorable. Mais pour moi, ce fut une lecture difficile car très sombre et glauque au possible, je peux comprendre qu’on y perçoive de l’humour noir, mais je n’y suis pas parvenue de mon côté. J’adore lire des texte dérangeants et bizarres, mais avec La bossue j’ai trouvé ma limite.

Je reste cependant curieuse de découvrir d’autres romans de cette autrice qui a annoncé vouloir écrire une salve d’autres romans pour lutter contre les préjugés, et ça c’est toujours une bonne nouvelle. Je salue donc la démarche anti-normes, mais j’ai eu du mal avec le contenu de La Bossue. A noter que le roman est actuellement en lice pour le Booker Prize.

Le garçon venu de la mer – Garrett Carr – Gallmeister

Ce roman avait tout pour me plaire dans les faits : un bébé mystérieusement arrivé sur la côte, un village irlandais où tout le monde se connaît et une atmosphère où nature et quotidien s’entremêlent. Les éditions Gallmeister sont par ailleurs pour moi (et beaucoup d’autres lecteurices) gage de qualité et d’évasion. Cette lecture était un peu comme une promesse de lecture plaisante…

Et pourtant, malgré tous ces ingrédients réunis qui font habituellement recette auprès de moi, je n’ai pas réussi à m’imprégner des personnages et de leur quotidien âpre de pêcheurs. Il m’a manqué un je ne sais quoi pour transformer ce roman sympathique en quelque chose de plus puissant. Le mystère du bébé abandonné ne m’a pas plus captivée que cela malgré un début de roman réussi, et j’ai trouvé que les personnages n’étaient pas tous assez développés, ce qui créait une confusion par moment à la lecture.

Ce n’était pas une lecture désagréable, mais je sais déjà que je vais rapidement oublier ce texte…

Jours de révolte – Gigi Leung Lee-chi – Fayard

Un texte qui parle de la bascule qu’a subit Hong Kong en 2019 ? Evidemment, je fonce. Et ce roman très politique vaut le détour pour qui s’intéresse à l’histoire récente et révoltante de cette ville assiégée par la République Populaire de Chine. Le peuple Hongkongais est depuis quelques années pris en otage, la presse publique muselée et tout chant discordant tué dans l’œuf. Jours de révolte raconte ce qu’il se passe de l’intérieur, dans le quotidien normal des hongkongais qui veulent relever la tête, mais dont la vie et les libertés sont menacées à chaque manifestation. C’est ce climat de peur et de révolte mêlés qui nous sont ici contés au travers de plusieurs grands chapitres, chacun s’attardant sur une tranche de vie particulière avec les craintes et aspirations de chacun…

J’ai apprécié ce texte pour ce qu’il nous apprend de l’atmosphère de Hong Kong et de ses enjeux, mais je pense que si l’on est pas un peu intéressé par le sujet, Jours de révolte peut sembler rébarbatif car très centré sur le quotidien. Mais pourtant, sous ses vies qui couvent et qui veulent s’épanouir, un cri de révolte gronde… Mais la Chine veut tout faire pour reprendre la main sur ce territoire qui a bien trop pris goût à la liberté pour elle… Quitte à faire changer le contenu des manuels scolaires et effacer les événements gênants de l’histoire très récente du pays tels que le Mouvement des parapluies ou encore l’Eté de la révolte…

Pour aller plus loin et mieux appréhender ce texte, vous pouvez regarder le documentaire Hong Kong, l’agonie d’une démocratie sur Arte. Il résume à merveille les conséquences de cette prise du pouvoir la « loi » et la force… Où donner un paquet de chewing-gum à la mauvaise personne peut vous coûter 18 mois de prison…

Éclaircie – Carys Davies – Quai Voltaire

Si vous avez envie de dépaysement et de landes écossaises, ce roman est pour vous. L’intrigue est menée de main de maitre, mais c’est surtout son atmosphère que je vous recommande. L’histoire ? Un homme doit déloger un autre. Le problème ? C’est que cet homme à expulser est le seul habitant de l’île, et qu’il est le dernier à parler sa langue… Se faire comprendre va s’évérer difficile… D’autant plus quand l’homme mandaté pour l’expulsion a un accident et se retrouve recueilli par celui même qu’il doit emmener u loin par bateau… L’histoire semble indémêlable, mais le talent de Carys Davies va nous transporter dans un ailleurs inattendu et réussit.

Éclaircie est un roman historique (nous sommes à la fin du 19ème) qui nous fait découvrir de façon détournée la Great Disruption, schisme au sein de l’église presbytérienne d’Ecosse où près de 500 de ses pasteurs se rebellèrent. Ce sujet n’est pas central, il se voit par petites touches au fil de l’histoire. Cette dernière pourrait presque intemporelle tant l’isolement est extrême dans ce roman où la langue et ses obstacles sont source de fascination.

En somme, Éclaircie est un bon roman qui possède une histoire intrigante et qui surtout nous fait voyager à peu de frais dans une Écosse isolée de tout sauf du mauvais temps et de la cruauté de la nature. Une belle expérience de lecture à faire.

Le suicide exalté de Charles Dickens – Philippe Delerm – Seuil

S’attaquer à la vie de ce monument de la littérature mondiale qu’est Dickens était risqué, mais Philippe Delerm réussit à nous entraîner dans la vie de cet homme du peuple avec talent. On a qu’une seule envie après avoir refermé ce livre : ouvrir ceux de Dickens, et pas nécessairement les plus connus.

Ce texte est à classer entre l’essai littéraire et la biographie romancée. Rien qu’avec le titre, vous vous doutez que l’on va surtout traiter la seconde moitié de sa vie. Mais saviez-vous qu’il donnait très régulièrement des lectures publiques de ses œuvres ? Qu’il était autant avide de succès que d’argent ? Qu’il aimait marcher comme un forcené, à tel point que même lourdement malade il continuait à se balader par monts et par vaux ?

Cet ouvrage est clairement un hommage réussit à l’écrivain, on sent toute l’admiration qu’a eu Delerm pour cet homme à l’oeuvre si connue qui gagnerait à être lue et relue…

En finir avec les jours noirs– Effie Black – Gospel

Clairement le roman le plus inclassable et étrange que j’ai lu de la rentrée. La thématique principale de cet OLNI ? Le suicide et ses mécanismes, pas seulement chez les humains mais également chez la money spider entre autres choses. C’est à la fois passionnant et incroyable. On suis une jeune femme, chercheuse en psychobiologie de métier, qui tente de prendre du recul sur ses différentes expériences personnelles vis-à-vis du suicide et plus largement des traumas de sa vie. Car son parcours personnel est jalonné de personnes ayant tenté et parfois réussi à se suicider.

Ce roman queer est magnifique par bien des aspects, mais le principal reste avant tout son soin incroyable quant aux détails du quotidien ainsi qu’au travail fait sur les personnages. Ils sont vivants, ont du relief… ils sont superbes avec toutes leurs failles et leurs travers. A réserver à des lecteurs qui ont envie d’être surpris par une littérature à la fois underground et superbe. C’est un roman aussi beau que terrible qui possède une sensibilité rare avec de la lumière malgré tout ce qu’y s’y passe…

Strange Houses – Tome 1 – Uketsu – Seuil

L’auteur de Strange Pictures revient avec un autre concept complètement dingue pour nous angoisser ! Cette fois-ci, pas de dessins, mais des plans d’architecte. Des plans, oui. Et encore une fois je me suis fait avoir et j’ai eu super peur… L’idée est simple mais diabolique, à partir d’un simple plan, le narrateur va découvrir les secrets cachés d’une maison et d’une famille qui y habitait… jusqu’à la révélation finale terrible !

Encore une fois, je me suis laissée embarquer avec une facilité déconcertante dans l’univers glauque et génial d’Uketsu. Je ne saurais dire si j’ai préféré Strange Pictures (dont le début était d’une force rare qui m’a marquée) ou Strange Houses (qui a également un début incroyable). Une chose est sûre, c’est un auteur anonyme sur lequel il faudra désormais compter ! Si vous aimez le Japon, les légendes et les croyances familliales, vous êtes au bon endroit.

La bonne nouvelle, c’est qu’il y aura une suite à Strange Houses, car le second tome est déjà paru au Japon !

Nous n’avons rien à envier au reste du monde – Nicolas Gaudemet – L’observatoire

Inconnu du grand public, Nicolas Gaudemet en est pourtant à son second roman. Le premier, La fin des idoles aux éditions Tohu-bohu n’ayant pas fait grand bruit (j’ai osé faire ce jeu de mots, oui) malgré une qualité indéniable.

L’auteur revient donc sur les tables des libraires avec ce titre intriguant : Nous n’avons rien à envier au reste du monde, titre qui vient des paroles d’une chanson chantée en Corée du Nord pour motiver son peuple harassé. Le bandeau du livre ne nous permet pas de nous méprendre : Roméo et Juliette en Corée du Nord. Et bien, oui, c’est exactement cela et plus encore !

Pour coller au plus près de ce qu’est la réalité dans la dictature la plus fermée au monde, l’auteur s’est même rendu sur place. Et son roman n’en est que plus passionnant. Pour avoir lu beaucoup de livres sur la Corée (Nord & Sud) et même des romans venus de Corée du Nord, l’auteur a su parfaiement adhérer à l’esprit véhément et combatif de son peuple. J’ai même appris des choses incroyables sur les croyances inculquées par le gouvernement aux Nord-coréens : ces derniers sont persuadés que les hauts membres du parti lisent dans les pensées. On comprend mieux pourquoi notre héros se corrige lui-même de ses mauvaises pensées !

On découvre également à quel point l’image entâchée d’une seule personne de notre entourage peut déteindre sur nous pour toute la vie. Certains n’aurons jamais de poste intéressant ou correct, tout simplement car ils sont de la même famille qu’un voleur ou d’une personne qui possède des copies piratées de films américains. La peine de mort est courante là-bas, de même que des camps de redressement où il est très rare de ressortir autrement que les pieds devant…

Pour ce qui est de l’histoire, elle est passionnante. On a beau savoir comment tout cela va se terminer, il est impossible de s’arrêter. Cette histoire d’amour belle et naissante est si douce à lire qu’on continue à avoir de l’espoir… envers et contre tout.

Ce roman français qui parle de la Corée du Nord et un peu de la Chine frontalière m’a énormément plu. C’est efficace, bien écrit, captivant et on apprend plein de choses… même quand on aime déjà le sujet ! Un de mes gros coups de coeur de la rentrée littéraire !

La nuit au cœur – Nathacha Appanah

Pour le moment, c’est mon coup au cœur de la rentrée littéraire. Un roman journalistique et autobiographique qui m’a transportée, effrayée et révoltée tout à la fois. Je n’aurais pas assez de mots pour rendre justice à ce texte. Tout ce que je puis dire, c’est que l’autrice parle d’un sujet toujours tristement actuel : les violences faites aux femmes et plus particulièrement les féminicides.

Elle s’empare du sujet avec talent, c’est une autrice minutieuse, qui dissèque son passé et celui des autres pour nous en faire un rendu absolu des événements. Entre le journalisme, l’autofiction et le roman, ce portrait brossé de trois femmes (elle comprise) dont le point commun est d’être en danger mortel à cause de leurs conjoints est brillant de noirceur. Elle se fait un devoir d’être la passeuse de cette expérience, car c’est la seule des trois à avoir survécu à son « amour ».

Le sujet du féminicide est extrêmement délicat et difficile à aborder, mais Nathacha Appanah possède deux choses qui lui permettent d’en parler de façon juste et saisissante : l’expérience et le talent narratif.