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Chronique : Nina Volkovitch – tome 1 – La lignée

Nina Volkovitch 01Le souffle froid et vivifiant de la Russie souffle sur la littérature pour ados !

La lignée est le premier tome de la trilogie Nina Volkovitch, paru aux éditions Gulf Stream en septembre dernier. On y découvre la Russie du milieu de XXème  siècle (du temps de Staline) à travers une héroïne à l’histoire difficile et au caractère fort : Nina Volkovitch.

Pour poser le décor, l’auteure, Carole Trébor est la mieux placée, en effet, historienne de métier, elle a réalisé sa thèse de doctorat autour des échanges artistiques entre la France et l’URSS (1945-1985), dont son roman est très fortement inspiré. Mais en plus d’une forte influence historique et artistique, la série voit peu à peu le fantastique s’insinuer dans l’intrigue…

Une chose est certaine, la Russie est un pays peu exploité dans la littérature jeunesse et ado, et c’est avec émerveillement et délice que l’on découvre une nouvelle culture…Nina nous voilà !

Moscou, 1948

Les deux parents sont des ennemis de la Patrie : d’oabord son père, qui a disparu depuis de nombreuses années vers la France mais dont elle n’a plus de nouvelles ; puis sa mère, accusée de propagande antisoviétique pour avoir défendu des artistes occidentaux.

C’est ainsi que Nina est envoyée dans un orphelinat avec d’autres enfants dans le même cas qu’elle, issus d’ennemis du Parti. Elle va y apprendre à apprécier son pays à sa juste valeur et à porter les convictions du Parti… on du moins faire semblant.

En effet, peu avant son envoi dans l’orphelinat, la mère de Nina lui a laissé certains indices la poussant à se rebeller discrètement contre ce que l’on lui inculque de force : la bravoure de Staline, surnommé le Petit père peuples, des pans d’histoire entiers effacés car ils ne conviennent pas au Parti, etc.…

Le but de Nina devient vite clair : s’échapper au plus vite de l’orphelinat pour retrouver la trace de sa famille éparpillée, et enfin découvrir ses mystérieuses origines la rendant si particulière…

Une histoire rapidement captivante à l’univers culturel riche

L’histoire de Nina Volkovitch, commence de façon assez « traditionnelle », avec un orphelinat, une héroïne quelque peu rebelle cherchant à retrouver la trace de ses parents, etc. Mais le roman possède deux points forts : premièrement le lieu où il se déroule et son époque : la culture que l’on découvre ici est extrêmement peu traitée pour le lectorat jeunesse et adolescent. Ainsi découvrons-nous des traditions, mais surtout la politique terriblement oppressive du pays : une partie de l’Histoire qui mérite que l’on s’y attarde.

Second point fort, l’ambiance qui imprègne l’orphelinat, oppressante pour Nina (qui a quinze ans, mais qui parait toujours cinq de moins) qui a un grand mal à s’intégrer, le fait pour elle de toujours avoir sa poupée à son âge n’aidant en rien…

Le jeu de piste qui se dessine au fil des chapitres dans la première partie du livre est tout simplement très bien écrite et surtout prenante, donnant envie de sauter d’indices en clins d’œil (la plupart faisant référence à des œuvres, décryptées par l’auteure).

Mais quelle place au fantastique dans tout ça ? Vous ne le rencontrerez qu’à la seconde partie du roman, et cela de façon très ténue, mais suffisante pour un roman introductif.

En effet, il se passe tant de choses dans ce premier tome qu’il aurait été dommage d’y incorporer du fantastique en masse dès le début. Son installation est donc lente mais bien présente et nous amène vers le second tome, que l’on pressent initiatique, et beaucoup plus imprégné d’imaginaire.

En conclusion, Nina Volkovitch est une très belle découverte littéraire, à conseiller dès 14 ans. Bien écrit, sans fioritures, Carole Trébor mène son lecteur de main de maître. A découvrir pour s’émerveiller et découvrir un nouvel univers : celui de la Russie ainsi que la passion de la peinture le tout avec un soupçon de magie…

La suite des aventures de Nina vient d’ailleurs de paraître le 10 janvier dernier sous le titre : Le Souffle. Le troisième tome est quand à lui prévu pour mai 2013.

Nina intégrale trilogie

Chronique jeunesse : Des yeux dans le ciel

Des yeux dans le ciel

Un bon roman d’initiation à la SF pour la jeunesse…

Paru aux éditions Syros dans la collection Soon, Des yeux dans le ciel nous fait découvrir notre Terre telle qu’elle pourrait être dans le futur.

Jean-Marc Ligny est un auteur de science-fiction qui a déjà une longue expérience d’écriture derrière lui. Il a déjà écrit pour la jeunesse dans des collections telles que Le livre de poche jeunesse, J’aime Lire, ou encore l’Atalante Jeunesse.

La Terre, quelques siècles après les « Ages Sombres »…

Bienvenue sur notre planète, méconnaissable, verte, et… sans technologies. Les peuples qui y vivent ont une culture ancrée dans les croyances et les légendes, allant même jusqu’à la superstition. Ils vouent un culte sans borne à Mère-Nature depuis que les Ages Sombres ont faillit faire disparaître l’humanité… on ne sait pas exactement ce qui s’est passé, mais tout objet émanant de cette époque est tabou, pouvant créer des ennuis à leur possesseurs…

C’est dans ce nouveau monde que vit le jeune Jasmin ; ce dernier fait partie des rares à qui Mère-Nature a conféré un pouvoir. Celui de Jasmin est de rêver de l’avenir, et un jour, un de ses rêves va bouleverser son existence.

Sa vision est celle d’un homme vêtu d’argent : qui est-il ? D’où vient-il ? Est-ce  un bon ou un mauvais signe pour Jasmin et son village ? Peu de temps après cet étrange rêve  prémonitoire, Jasmin est choisi par Mère-Nature pour mourir, mais sa fuite le fait bannir de son propre village…

Aidé de Violette, la jeune fille qu’il aime, Jasmin décide alors de partir à la rencontre de son rêve et de trouver l’homme vêtu d’argent, lui qui n’a plus rien à perdre…

Une aventure dans le temps… et ailleurs

Au sortir de leur village, le voyage aventureux de Jasmin et Violette ne fait que commencer. Ils feront des rencontres improbables, parfois belles, tantôt dangereuses pour trouver finalement l’homme vêtu d’argent. Et surtout, ils devront dépasser leur limites pour entrer  dans le pays de la Malemort, un lieu désolé où la vie n’a plus sa place depuis longtemps suite aux Ages Sombres…

Un choc des cultures, c’est ce qui se produit lors de la rencontre de nos jeunes aventuriers avec l’étranger. Les découvertes sont équivalentes dans les deux camps, les menant à des conclusions bouleversantes pour l’humanité…

Viens ensuite une deuxième partie du roman, très bien construite elle aussi, qui nous fait découvrir une autre facette du roman, nous révélant tous ses enjeux. Difficile d’en dire plus sans trahir une intrigue simple mais efficace, parfaite pour de jeunes lecteurs.

 

Une chose est sûre, ce roman de SF pour la jeunesse ravira tous les jeunes fans du genre, mais aussi les autres, férus d’aventures et de péripéties. Adapté dès l’âge de douze ans, Des yeux dans le ciel a toutes les qualités requises pour plaire ; et chose plaisante, il donne matière à réfléchir à nos jeunes lecteurs !

Chronique rédigée pour le site ActuSF

Chronique ado : 2 Jours pour faire des thunes

2 jours pour faire des thunes ns

« J’avais 200 euros en poche en entrant dans ce maudit cercle de jeu. J’en suis ressorti 15 heures après, avec un début de cirrhose, une moitié de cerveau et une ardoise de 20 000. »

 Second roman de l’auteur Hamid Jemaï, ce dernier a déjà sorti un roman destiné aux adolescents dans la collection Exprim’, chez Sarbacane : Dans la peau d’un youv. Son premier roman avait d’ailleurs bénéficié d’une adaptation en bande-dessinée nommée Brako.

2 jours pour faire des thunes est parfait pour découvrir à la fois l’univers « ouf » et décalé de l’auteur, mais aussi le monde discret et mortel de la mafia russe… bonne incursion à vous…

Un mauvais départ dans la vie…

Issu d’une famille de gitans dont il s’est détaché avec le temps, le jeune Micklo n’est pas franchement ce que l’on peu appeler un veinard. Sa vie est faite de petits coups et de malchance qui l’ont menés jusqu’à une salle de jeu où il pensait pouvoir gagner un peu d’argent, histoire de payer entre autres son loyer… sauf que dans ce genre de salles qui vivent au black et qui sont tenues par des mafieux, impossible d’en ressortir sans avoir une dette envers « le patron » de la boîte, et c’est ce qu’il va arriver à Micklo…

C’est ainsi que commence l’histoire complètement hallucinante et folle de Micklo. Lui qui pensait être assez fort pour ne dépendre de personne et se constituer un pécule grâce à ses seuls « talents » va vite déchanter.

Un roman écrit comme un film d’action

Le rythme de cet ouvrage est complètement halluciné et emprunte souvent au vocabulaire du cinéma, d’ailleurs l’éditeur et l’auteur ne s’en cachent pas en annonçant que ce roman a pour toile de fond Pulp Fiction, Casino, ou encore Snatch : et on est servi.

L’écriture d’Hamid Jemaï, percutante et jubilatoire force également à faire le rapprochement avec certains dialogues mythiques de films de gangsters. Le personnage de l’homme de main Garbit en particulier est très plaisant à détester et à admirer à la fois pour ses phrases aussi savoureuses que mémorables.

Du côté du scénario, on ne s’ennuie pas non plus, de surprises en rebondissements fous tout le long du récit, les situations loufoques ne manquent pas.

L’ouvrage se divise en trois parties (la dernière étant très courte), la première est celle de la course-poursuite avec un rythme endiablé. La seconde nous plonge dans l’univers sombre et terrible de la mafia… a vous de voir laquelle vous préfèrerez !

Certains pourront être déstabilisés par l’écriture singulière qu’utilise le narrateur, Micklo. Entre langage des rues, argot et expressions gitanes. Certains en seront rebutés, mais il faut passer outre cette originalité qui ajoute une dimension plus réaliste au personnage et qui ne le dessert en aucun cas, bien au contraire. Ces expressions, même si elles vous sont inconnues ne vous empêcherons pas d’en comprendre le sens.

Le seul bémol que l’on pourrait faire sur ce livre est le manque de réalisme dont fait preuve la seconde partie avec quelques faits peu crédibles voire absolument impossibles. Cependant, ces éléments ne desservent pas l’intrigue, ont peu même les penser comme faisant partie d’une histoire complètement barrée de A à Z… ça se justifie.

Une chose est sûre, 2 jours pour faire des thunes est à la fois drôle et tragique, avec un personnage digne de l’antihéros que l’on hésite à aimer à cause de sa personnalité très égoïste et inconsciente, il n’empêche qu’au bout du compte le destin nous force à s’y attacher…

Ce roman coup de poing pourra plaire aussi bien aux fans d’humour noir et de courses-poursuites qu’à ceux qui ne sont pas nécessairement des amoureux de la lecture. Il pourra peut-être même donner un déclic à certains. Alors, qu’attendez-vous pour tenter l’aventure ?

8/10

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TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : Les Morues

Les Morues

Publié au Diable Vauvert pour la rentrée littéraire 2011 et premier roman de l’écrivain Titiou Lecoq, Les Morues nous raconte la vie d’Emma et de sa bande de copines. Réflexions et introspections sont de rigueur pour ces dernières, chacune étant à une étape importante de sa vie.

Un roman incisif qui nous dépeint la société parisienne avec son lot de joies et de déprimes…

Une histoire de vies entrecroisée qui rassure et fait du bien

Lire les Morues, c’est se plonger dans la vie quotidienne des autres (avec un peu de voyeurisme) tout en ressentant les similitudes avec la notre et ce pour le meilleur comme pour le pire.

Tout commence par un suicide, celui de Charlotte, la meilleure amie d’Emma durant leur adolescence. Dans le cercle de proches de la disparue, c’est l’incompréhension et chacun y va de sa théorie.

Heureusement, Emma a un lieu de prédilection où partager ses interrogations : le bar où se réunissent les Morues. Ce groupe d’amies qui se réunit dans un petit bar tenu par l’une d’elles, chacune y va de ses problèmes existentiels. Féministes, parfois très libérées, les Morues forment un club très ouvert et vont même y intégrer… un homme : Fred.

Les réunions des Morues vont devenir à la fois réflexions sur le futur de chacun, enquête dans les strates du pouvoir et réflexions (parfois noires) sur la vie tout court : le suicide de Charlotte va chambouler nombre de vies, y compris celles de personnes qui ne l’ont jamais connue…

Un très bon premier roman 

Titiou Lecoq fait fort avec ce premier roman, même si on peut ne pas être forcément d’accord avec sa façon de penser la psychologie de certains des personnages. Ils ont parfois des façons d’être qui ne sont pas totalement crédibles selon moi.

Hormis ce bémol, le roman est très appréciable. Ça se lit vite et très bien, un peu trop même. L’intrigue démarre au quart de tour, les personnages sont attachants et singuliers, et surtout l’écriture est percutante. On ne peut s’empêcher de savourer de nombreuses répliques cultes tantôt hilarantes tantôt d’une profonde mélancolie.

Le grand intérêt des Morues est qu’il cerne de façon très synthétique les problématiques de la génération qui fait les trentenaires d’aujourd’hui (la fameuse génération X). Et nous pousse nous lecteurs à nous regarder comme les personnages se regardent…

A la fois roman très noir et mélancolique, ce roman n’est pas dénué de vie et d’humour (parfois retord).

Pour conclure, Les Morues est un bon roman comme on les aime, qui se dévore d’une traite ou presque. Idéal pour s’essayer à une forme d’écriture moderne (notre auteur est aussi bloggeuse : http://www.girlsandgeeks.com) et efficace. Attention à ne pas le lire trop vite, car Titiou Lecoq n’a encore qu’un seul ouvrage à son actif… et on attend un prochain ouvrage avec curiosité et impatience.

Et bientôt, les Morues sera adapté au cinéma, ses droits ayant étés vendus à ARP Selection, l’adaptation et la réalisation seront signés Sylvie Testud.

7/10

AUTEUR :
GENRE : Littérature
TRANCHE d´ÂGE :

Exprim’, cinq ans déjà pour la collection dédiée aux ados ! – Partie 2 – Les nouveautés et les coups de coeurs des libraires

bib glow exprim 002L'enfant nucléaire exprim

Tout en fêtant ses 5 années d’existence, cet événement était également l’occasion de présenter les nouveautés de la collection :

L’enfant nucléaire (Pica Morfal Boy) (Daph Nobody) : Une fois n’est pas coutume, le fantastique s’invite à table avec l’enfant nucléaire, mais toujours dans la lignée de ce qui fait Exprim’. Nous sommes aux Etats-Unis. L’histoire est celle d’un jeune homme qui peut ingurgiter tout et n’importe quoi. Il fait ainsi la tournée de restaurants au bord des routes pour montrer à tout le monde ce dont il est capable : il mange de la terre, du métal, du verre… rien ne lui résiste… et parallèlement à cette histoire, un convoi top-secret de déchets nucléaires fait son chemin à travers le pays… vous voyez où veut en venir l’auteur ? Un synopsis pour le moins intriguant, n’est-ce pas ?

Paris Inch’Allah ! (Kamel Hajaji) : Exploité par sa mère, notre héros est digne d’un personnage à la Dickens. Mais le plus beau, c’est que ce jeune garçon est intimement persuadé que si sa mère l’exploite, c’est par amour pour lui, pour le rendre plus fort.

Traverser la nuitTraverser la nuit (Martine Pouchain) : Ce roman à paraître au mois de mai. Dans un petit village de cinquante-sept habitants, quelqu’un vient d’être tué. Alors, qui est le meurtrier ? Le facteur ? Le boulanger ? Dans cette petite bourgade où tout le monde se connaît, difficile de mener une enquête quand ont est un jeune flic… est qu’on est amoureux de la fille de la victime. Mais peut-être est-ce une occasion de se rapprocher d’elle ? Un résumé qui donne fort envie !

Suite à cette présentation de nouveautés s’ensuivit une discussion sur la littérature ado et les difficultés de la définir.

Coup de cœurs de libraires pour Exprim’

Quatre libraires ce sont prêtés à l’exercice difficile de présenter un de leur coup de cœur devant un nombre important de personnes. Merci à eux pour leur courage, et leurs conseils.

Le premier coup de cœur concernait l’ouvrage 2 jours pour faire des thunes de Hamid Jemaï. La libraire qui nous l’a présenté a su le faire avec humour et passion, et personnellement, elle a fait mouche, j’ai été conquise par son argumentaire. Alors, vous aurez bientôt une chronique, soyez-en sûrs !

K Cendres exprimSecond coup de cœur par un homme libraire (les femmes étant en très grande majorité dans ce domaine, ça fait plaisir) pour le livre K Cendres d’Antoine Dole. Le titre est un jeu de mot sur le personnage mythologique de Cassandre qui voit dans l’avenir. Son héroïne est elle aussi affublée de cette malédiction et ne peut s’empêcher de dire la vérité, parfois horrible aux autres. Un roman qui dresse « un portrait au vitriol » du monde de la scène.

Le troisième coup de cœur est pour Le dévastateur de Rolland Auda. Un roman de super-héros à l’écriture pour le moins déstabilisante. Le libraire qui nous l’a présenté comme un roman explosif où les langues se mêlent : du Ouinche (mais qu’est-ce que c’est ?), un langage déstabilisant au début, mais pétillant et truculent au final.

Le quatrième coup de cœur concerne Les déchaînés de Flo Jallier. Ce roman a la particularité de retracer la vie de quatre générations d’une même famille. De la Martinique de 1872 à nos jours… un peu comme le roman Racines d’Alex Haley. Un récit de liberté et de combats continuels qui ne donne qu’une seule envie : le lire et s’émouvoir.

Les déchaînés exprimEnfin, un cinquième coup de cœur s’est ajouté, et il vient d’un apprenti libraire de l’INFL (Institut National de Formation de la Librairie). Ce dernier a été remarqué grâce à la chronique élogieuse et percutante pour le roman La mort, j’adore ! d’Alexis Brocas. La présentation était très bien faite, passionnée et enthousiaste. La mort, j’adore se découpe en trois saisons (trois tomes). Encore un ouvrage à ajouter dans la liste déjà longue des futures lectures.

Chronique : Le pacte des vierges

Le pacte des viergesLa version romancée d’un fait divers qui a fait grand bruit aux États-Unis

Actuellement journaliste politique au Monde, Vanessa Schneider est une auteure française qui a maintenant quatre romans à son actif, tous parus aux éditions Stock.

Le dernier en date est le pacte des vierges, sorti à la rentrée littéraire 2011. Il nous conte l’histoire de 17 adolescentes qui ont décidé de tomber enceintes en même temps. Ce récit à quatre voix, est tiré d’un fait divers qui a également inspiré le cinéma français : l’adaptation sort le 14 décembre 2011 et s’appelle 17 filles.

Gloucester, une petite ville tranquille du Massachusetts

C’est ici que vivent les jeunes filles dont la vie va être bouleversée par un pacte qu’elles ont fait entre elles : tomber enceintes en même temps et élever ensemble dans une grande maison les enfants qui découleront de ce pacte. Mais évidemment, la vraie vie n’est pas aussi simple, est c’est un vrai déferlement qui va tomber sur la petite ville après la découverte de ce mystérieux et incompréhensible pacte entre les adolescentes.

Certaines voient leur parents les renier, d’autres sont chouchoutées jusqu’à l’adoration, d’autres encore (la majorité) voient leur parents complètement paumés, se demandant ce qu’ils ont raté dans l’éducation de leur fille. Mais toutes les strates sociales sont touchées par ces grossesses : des familles sans histoires, catholiques, noires-américaines ou encore au passé douloureux.

Les jeunes filles sont très sollicitées par les médias et se refusent à tout commentaire, mais acceptent de se confier à Vanessa Schneider, qu’elles trouvent inoffensive bien qu’un peu curieuse (les a-t-elle réellement rencontrées ? on ne sait pas).

C’est ainsi que Lana, Kylie, Sue et Cindy se livrent à elle et aux lecteurs sur leur envies, leur aspirations, et leur ressenti sur ces grossesses collectives à un âge aussi jeune.

Une écriture crue et très intime nous plonge immédiatement dans ce roman au sujet pour le moins polémique.

Des faits,  mais peu d’explications

Malgré une histoire très intéressante, le pacte des vierges possède un gros défaut : une absence totale d’explications. On ne peut qu’essayer de comprendre les motivations de ces 17 adolescentes mais sans grandes certitudes.

On sait qu’elles avaient l’utopie d’élever toutes ensembles leurs bébés pour en faire de « bonnes personnes », qu’elles souhaitaient créer une sorte de société dans la société. Mais très vite, ce rêve se brise et chacune s’enferme dans sa propre grossesse avec sa propre famille, quand il leur en reste une.

La jeune Lana passe pour la commanditaire de cette folie, voire même pour celle qui a « forcé » les autres jeunes filles à la suivre et à quitter le fameux « droit chemin ». Son témoignage plein d’espoir et de rage explique en partie ses motivations, mais les récits des trois autres jeunes filles sont plus réservés. Ou s’arrête la réalité ? ou commence la fiction ? Au lecteur démêler ces témoignages et de se faire son propre avis sur la question.

C’est donc une lecture magnifique et terrible d’un point de vue social, mais un texte très frustrant du point de vue de sa conclusion qui ne parle que très peu de l’après accouchement et du retour à la vraie vie pour ces jeunes filles.

Il aurait été intéressant d’avoir un témoignage plus axé sur l’après et sur la façon dont elles assument leur enfants nés, c’est dommage.

Un livre intéressant donc, mais qui n’effleure que la surface d’un sujet de société hautement d’actualité. C’est dommage, d’autant que l’écriture de Vannessa Schneider sait impliquer son lecteur en le prenant par les sentiments.

Chronique : Le Haut-Lieu et autres espaces inhabitables

Le haut-lieuUn recueil à la qualité certaine mais parfois inégale 

Serge Lehman, de son vrai nom Pascal Fréjean est actuellement critique au Monde des Livres et a écrit bon nombre de romans de science-fiction. Parmi ses oeuvres remarquables, il a notamment coécrit avec Fabrice Colin La Brigade Chimérique qui fut un beau succès et qui a même été adapté en jeu de rôle. Il a également remporté le Grand Prix de l’imaginaire et le Prix Rosny aîné pour son roman F.A.U.S.T. maintenant épuisé.

Le Haut-Lieu et autres espaces inhabitables est un recueil de nouvelles de mêlant science-fiction et fantastique, il a été publié aux éditions Denoël dans la collection Lunes d’encre en 2008 avant de paraître il y a quelques mois en poche aux éditions Folio SF. Il est doté d’une préface signée Xavier Mauméjean qui a l’avantage d’expliquer certains points obscurs des nouvelles si l’on passe à côté.

Un recueil de nouvelles de qualités inégales

L’ouvrage débute par la nouvelle qui a donné son nom à l’anthologie : Le Haut-Lieu, qui se trouve être, selon moi, la meilleure de toutes. On se retrouve dans un huis-clos avec un artiste américain richissime et une agente immobilière qui tente de lui vendre un magnifique appartement en plein Paris : une affaire en or. Mais la visite, d’abord normale, va vite tourner à l’angoisse. Il semblerait que les pièce de l’appartement disparaissent une à une sans aucune explication plausible et réaliste.

L’écriture de cette nouvelle fait beaucoup penser à une mise en scène théâtrale. La façon dont Serge Lehman présente et développe ses personnages, mais aussi la description faite du décor contribuent à cette impression. A la fois énigmatique, pernicieuse et très noble, on se laisse hypnotiser par le charme dangereux de cet appartement parisien voulant « capturer » ses visiteurs.

Les autres nouvelles proposées ensuite sont beaucoup plus confuses et difficiles à appréhender pour le lecteur. Comme la nouvelle Le gouffre au chimère nous raconte l’histoire d’un homme recevant un colis qu’il ne doit absolument pas ouvrir. Cet homme a en fait été repéré par un service spécial français qui traque les « réifications », un phénomène qui touche les êtres étant à deux doigts de faire une grande découverte. Le but de ce service étant de permettre audits individus de réussir à matérialiser leur idée ou invention, sensée changer nombre de destins. Même si on comprend l’objet de la nouvelle, son développement est toutefois assez brouillon, tout comme la nouvelle Superscience.

La seconde nouvelle de qualité du recueil est selon moi la très courte et incisive La chasse aux ombres molles qui apporte une réflexion sur le statut des grandes entreprises. Et Serge Lehman va plus loin encore dans le malaise en remettant en question leur existence même, mais aussi leur utilité dans la société. Une invitation à la réflexion dans notre monde où l’Entreprise, la grande institution toute-puissante se dévore elle-même jusqu’à la suppression de sa propre raison d’être.

Il y a également Origami : l’histoire d’un journaliste qui se retrouve à intégrer pour une semaine une mystérieuse organisation. Son but : faire assimiler une vérité scientifique absolument effarante que peu d’initiés connaissent, cette dernière va changer sa vision de la vie et de l’univers. Très sympathique, à l’ambiance feutrée et glaçante.

La régulation de Richard Mars est une nouvelle assez sympathique, bien qu’un peu floue, qui traite du sujet de l’immortalité et du bon usage des corps d’emprunt. Richard Mars est un pauvre que tout abandonne, sa femme l’a quitté, sa vie est plate, jusqu’au jour où il rencontre une entité qui lui donne un pouvoir infini… mais que va-t-il en faire ?

Au final, ce recueil recèle quelques belles petites surprises qui s’équilibrent finalement avec les autres nouvelles d’une qualité plus faible, et mérite donc d’être découvert. Le Haut-Lieu est vraiment un incontournable, tout comme deux ou trois autres courts récits. C’est en tout cas une belle manière de faire une première incursion dans le monde étrange et feutré de Lehman dont l’écriture charme, séduit et subjugue. On ne peux en ressortir indemne.

Cette chronique a été rédigée pour le site ActuSF.

6.5/10

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Chronique : Les tours de Samarante

Les tours de SamaranteUne perle de la SF française

Premier roman de l’auteur français Norbert Merjagnan, Les tours de Samarante est sorti en poche chez Folio SF en avril dernier, en même temps que sa suite, Treis altitude zéro, parue en grand format aux éditions Denöel, collection Lunes d’encre.

Ce roman a eu l’honneur de recevoir le Nouveau Grand Prix de la science-fiction française en 2008.

Samarante, ville de l’homme dans toute sa splendeur

Ville qui se suffit à elle-même, puissante, splendide, Samarante abrite les hommes mais aussi les machines qui assurent son bon fonctionnement. Les caméras qui veillent sur la totalité de la ville sont parfois des hommes dont l’esprit a été inséré dans une machine comme peine, remplaçant la prison. Mais c’est aussi une ville emplie de secrets, dont les familles les plus puissantes ont le contrôle : certaines détruites, réduites à néants, d’autres manipulatrices qui regardent ceux qui fourmillent en bas…

Trois êtres constituent la clé de voûte de ce roman : Oshagan, le guerrier nomade qui vient du désert et qui détient des armes surpuissantes dont la technologie a été perdue depuis longtemps ; Triple A, un jeune garçon des rues fasciné par les Tours d’une façon que l’on peu qualifier de maladive ; enfin, il y a la mystérieuse Cinabre, une « préfigurée » recherchée par la police de la ville pour des raisons inconnues.

Un premier roman incroyablement bien maîtrisé

Quand on sait que Les tours de Samarante est le premier roman de Norbert Merjagnan on ne peut qu’être surpris de sa maîtrise des archétypes qui font le genre de la science-fiction, mais aussi par sa capacité à les dépasser et à créer ses propres règles.

Le monde de Samarante est dense, fascinant, il nous fait passer du désert aride et cruel des nomades aux intelligences artificielles qui régissent la ville, créant quelques scènes typiquement cyberpunk, au monde des hommes « de la ville » et à leurs tracas quotidiens pour se faire une place dans la société.

L’histoire et son intrigue ne sont pas les seuls points forts. L’écriture de ce roman est tout simplement magnifique : le style, le rythme, les mots, tout y est pour faire un grand roman. La seule chose que l’on pourrait reprocher à cet univers si fascinant et grandiose, c’est sa densité. Beaucoup d’informations à assimiler, mais aussi des concepts nouveaux.

Les tours de Samarante est donc un très bon roman de science-fiction à ne pas rater qui se classe d’ores et déjà dans les classiques et incontournables. L’univers de Merjagnan est tout simplement inoubliable, original, et d’une fabuleuse poésie dans son écriture. A lire et à relire.

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Chronique : Crimes et jeans slims

Crimes et jeans slimsUne tuerie littéraire mordante, drôle, captivante.

Luc Blanvillain est un auteur français et Crimes et jean slim est son premier roman jeunesse. Il  maintenant quatre ouvrages à son actif, le dernier étant Un amour de geek paru aux éditions Plon Jeunesse en octobre et dont nous reparlerons plus tard.

Crime est jean slim est édité aux éditions Quespire, un petit éditeur encore très méconnu du grand public mais qui se fait une place petit à petit avec des choix éditoriaux originaux que ce soit au niveau du contenu ou du format de ses livres – ils sont tous carrés et de treize centimètres sur treize.

Adélaïde, une intello en planque chez les fashion victims

Adélaïde a un sérieux problème : outre son prénom pas facile à porter, elle est aussi une jeune fille très intelligente. Sauf qu’il ne fait pas bon d’être une jeune fille douée à l’école si l’on veut avoir des amies et être un minimum fréquentable. Et pour parer à ce problème de poids, Adélaïde n’a pas trouvé mieux que de se déguiser à l’image de ses ennemies : en pouf. Et c’est même la reine de la petite communauté dans l’établissement.

Jean moulant, bottines assorties, un look au top, quoi. Mais la tenue vestimentaire ne suffit pas à faire illusion, il faut aussi avoir le comportement adéquat. Ainsi la jeune fille adopte-t-elle le comportement détestable qui sied et maintient son niveau scolaire dans la moyenne : ni trop bon, ni trop juste.

Les parents de la jeune fille ainsi que son petit frère ignorent tout de sa double personnalité, cette dernière se changeant en cachette chez sa grand-mère. Mais les événements vont mettre en danger « la couverture » d’Adé mais aussi sa vie… car un sérial-killer a décidé de s’en prendre à toutes ces filles superficielles et cruelles…

Parallèlement à l’enquête, Rodrigue le frère d’Adélaïde mène la sienne. Fasciné par les éléphants depuis la mort de son grand-père écrasé par l’un d’eux, il ingurgite une masse d’impressionnante d’ouvrages pour élucider un mystère de sa disparition. L’éléphant en question est entré dans une rage noire en voyant son grand-père, puis est retourné à ses occupations après l’avoir écrasé…un vrai mystère.

Un roman génial qui se dévore…

Outre l’intrigue fort bien pensée, c’est la plume de Luc Blanvillain qui fait mouche. Drôle, cynique, mordant, le style y est pour beaucoup dans la qualité indiscutable de l’ouvrage.On se retrouve plongés dans l’enquête avec la même angoisse et curiosité que les élèves, on devine, on soupçonne, on a peur pour Adélaïde…

La mise en scène du roman est telle que même les lecteurs adultes prendront plaisir à lire cet ouvrage destiné à la base à la jeunesse (dès 13 ans). Le récit est écris d’un point de vue extérieur, mais quelques chapitres font exception et sont écrits par l’énigmatique tueur lui-même, ouvrant la porte à de nombreuses théories, et mettant le doute sur son identité.

En conclusion, n’hésitez pas une seconde à vous procurer Crimes et jeans slim, c’est une petite perle en littérature jeunesse. Les jeunes comme les adultes sortirons ravis de cette lecture.

C’est drôle, angoissant, impliquant le lecteur dans toutes les étapes de l’intrigue. Cet ouvrage coûte neuf euros, et franchement ça n’est pas cher payé pour un ouvrage de cette qualité. D’autant plus que nous sommes dans une période où la littérature jeunesse connaît une surproduction générale et où l’on ne croise pas forcément que des ouvrages de qualité.

Chronique : Comme des fantômes

comme des fantomesUn faux ouvrage posthume sauvé des flammes…

Fabrice Colin, auteur français très prolifique (surtout dans le domaine fantastique) notamment connu pour ses romans adultes : Confessions d’un automate mangeur d’opium, Le syndrome Godzilla, et également pour ses romans jeunesse : la série Les étranges sœurs Wilcox, ou encore le Projet oXatan.

Comme des fantômes, précédemment publié aux éditions des Moutons Electriques, et maintenant publié en poche aux éditions Folio SF, est une compilation d’idées, de nouvelles, dont certaines épuisées, et fait aussi office de faux ouvrage posthume.

Dans le monde foisonnant et déconcertant de Fabrice Colin

Difficile de parler de ce recueil si abondant de nouvelles et dont chacune a son univers propre. On passe du steampunk, à l’histoire vampirique tout en faisant un détour par le fantastique et la fantasy urbaine. On croise aussi de courts textes ainsi que des dialogues, réels et fictifs, sur la vie passée de Fabrice Colin, ses relations avec les autres auteurs, les éditeurs.

Beaucoup de genres et de styles se confondent pour donner un recueil intéressant et surtout très hétéroclite. Nous n’allons évidemment pas traiter de toutes les nouvelles contenue dans ce livre, car elles sont très nombreuses (plus d’une vingtaine), mais uniquement de celles qui sont, selon moi, les plus marquantes et les plus appréciables.

Intervention forcée en milieu crépusculaire est sans doute la plus poétique des nouvelles, mais aussi la plus étrange. Le lecteur se retrouve plongé dans un monde mourant, pourrissant, coincé avec le personnage principal dans une pièce où s’affrontent du regard deux hommes inspirés des héros de Jules Verne. Etrange, direz-vous… et vous n’êtes pas au bout de vos surprises.

Passer la rivière sans toi, nouvelle aux échos féeriques très touchants séduira par son écriture intimiste. Elle nous raconte l’histoire d’une jeune femme vivant à New York qui a des ascendances féeriques. Tiraillée entre ses origines et le monde où elle a toujours vécu, la jeune femme trouvera un moyen de concilier (douloureusement) les deux. Magnifique.

Arnastapi, très belle nouvelle sur l’oubli et la maladie est aussi un beau clin d’œil à l’œuvre de Caroll, car la vieille Miss Liddell n’est autre qu’Alice, et son chat semant des sourires dans toute la pièce est bien plus qu’un simple matou… mais Miss Liddell a tout oublié, hormis certains épisodes de sa jeunesse.

Seul témoin de la longue descente d’Alice : le jeune homme qui la garde et qui prend soin d’elle et dont elle écorche en permanence le nom. L’écriture de cette nouvelle est simple, percutante, empreinte d’une triste et douce poésie.

« Je pose mes lèvres sur sa peau. J’ai l’impression d’embrasser un vieux livre ».

Vous l’aurez remarqué, ce recueil de nouvelles est rempli d’hommages à des classiques de la littérature, Alice au pays des merveilles, Jules Verne ou encore Peter Pan, Fabrice Colin se joue des codes et des références.

Mais vous trouverez aussi nombre de récits « originaux » tels que Retour aux affaires, une histoire de fantômes et d’arnaques bien tournée et d’autres histoires étranges dont une vampirique très réussie.

Alors, bien sûr, parmi la vingtaine de nouvelles que contient Comme des Fantômes, tout n’est pas bon à prendre, mais la majorité des écrits qui nous sont offerts ici sont plaisants et feront passer un très agréable moment à tout amateur de fantastique et de belle plume.

Cette chronique a été réalisée pour la site ActuSF

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