Archives du mot-clé littérature française

Chronique : L’écume des jours

L'écume des jours ancienne editionUne histoire d’amour intemporelle à l’univers étrange, fou, fluctuant, et inimitable

Écrit par Boris Vian, L’écume des jours est l’un de ses plus célèbres romans avec L’arrache cœur ou encore J’irai cracher sur vos tombes (écrit sous le pseudonyme de Vernon Sullivan). Véritable histoire d’amour dans toute sa tragique beauté, ce roman est un incontournable de la littérature française.

Boris Vian n’était pas seulement un écrivain et touchait à beaucoup d’autres domaines artistiques : il fut ainsi acteur, scénariste, journaliste et critique musical, et a même traduit des romans de science-fiction (notamment Le monde des Ā de E. Van Vogt). De plus, c’est un véritable passionné de jazz et de Duke (Edward Kennedy Ellington), un des plus grands musiciens de l’histoire du jazz dont il fait l’apologie tout au long de L’écume des jours

L’écume des Jours a été adapté au cinéma en avril 2013 par le réalisateur français Michel Gondry : un passage à l’écran qui était jugé quasiment impossible tant l’univers de Boris Vian est étrange et fantasque. De mon avis, l’adaptation est franchement réussie et arrive à retranscrire des éléments clés de l’œuvre, ce qui n’était pas chose aisée. De plus, l’ambiance y est assez débridée et étrange pour retranscrire de façon assez fidèle la plume folle de Boris Vian.

Quand l’illogisme règne en maître pour sublimer la plus simple des histoires d’amour

Le jeune Colin a tout ce qu’il lui faut pour être heureux dans la vie : un grand appartement lumineux, un petit pécule, un cuisinier personnel de talent et un meilleur ami. Mais il lui manque une chose : l’amour ; aussi se décide-t-il à le trouver… Et il ne tardera pas à lui tomber dessus en la personne de Chloé, simplement belle et naturelle.

C’est ainsi que sur fond de Jazz et de clins d’œil à l’univers de la Nouvelle Orléans, Boris Vian nous conte une des plus belles et terrible histoire d’amour.

Un piano qui fait de délicieux cocktails (le pianocktail) selon la mélodie jouée, une souris qui se comporte comme un être humain, ou encore un appartement qui se métamorphose en fonction des sentiments et des peurs de son propriétaire, vous voici dans l’univers barré et déstabilisant de Boris Vian.

L'écume des jours collectorUne descente aux enfers emplie de beauté

Tout est teinté de poésie dans la prose vive et étrange de Vian. Du poumon de Chloé qui voit grandir un nénuphar en passant par la petite souris de Colin qui s’écorche les pattes à vouloir faire revivre l’appartement dans lequel il vit…

Cette belle et terrible déchéance, elle transparaît dans tous les actes des personnages : Colin qui se met à chercher du travail (celui qu’il trouvera sera aussi terrible qu’étrange), Chloé qui commence à avoir besoin d’être alitée, le cuisinier de Colin qui fait de moins bon plats…

Cette chute passe aussi par le meilleur ami de Colin, Chick, dont la passion dévorante pour Jean-Sol Partre devient inquiétante…

On assiste ainsi impuissant à ce que l’on pressent être le début de la fin. Le roman est ainsi découpé en deux parties : la première est belle, bien ordonnée, tout y est merveilleux… Mais une fois passé le mariage de notre magnifique couple, tout devient décadent, mou, triste, sale…

L'écume des joursAlors que penser de L’écume des Jours ? C’est un roman à lire au moins une fois dans sa vie, ne serait-ce que pour sa culture personnelle. L’univers y est très singulier et très déstabilisant, parfois trop, mais c’est également sa grande qualité. Il est certain que la prose acide et dérangeante de Boris Vian ne plaira pas à tous, mais il faut y goûter avant de dire que l’on n’aime pas.

Ah, et si vous aimez les belles histoires d’amour et que pleurer ne vous fait pas peur, foncez donc !

Chronique : La planète des singes

La planète des singesLa planète des singes est un roman de l’auteur français Pierre Boulle, véritable symbole de la science-fiction mondiale. Publié en 1963, ce texte est et restera le plus connu (avec Le pont de la rivière Kwaï) de cet auteur au parcours atypique. Né en 1912, Pierre Boulle est détenteur d’un diplôme d’ingénieur à l’école supérieure d’électricité. Il partit ensuit vivre en Extrême-Orient où il fut planteur d’hévéas, puis il intégra les Forces Françaises libres et combattît les troupes japonaise en Chine. Il fut prisonnier mais réussit à s’évader et regagna la France.

 La planète des singes est devenu bien plus qu’un livre depuis sa sortie, il y eu tout d’abord le film de Franklin J. Schaffner en 1968, puis une série télévisée en 1974. Tim Burton s’est également essayé à l’exercice en 2001. Enfin plus récemment, nous avons eu droit à un film imaginant les origines de ces singes plus intelligents avec le film La planète des singes : Les origines ; une suite est d’ailleurs prévue pour 2014 : La planète des singes : L’affrontement.

Une série de bande-dessinées autour de l’univers de la Planète des singes est sortie aux éditions Emmanuel Proust, signée par Daryl Gregory. Un coffret intégral est d’ailleurs prévu pour mars 2014, en édition limitée. L’univers de Pierre Boulle continue donc de prospérer après plus quarante ans d’existence et nourri l’imaginaire de nombreux cinéastes et auteurs en tous genres… et d’un public toujours plus large.

« Jinn et Phyllis passaient des vacances merveilleuses, dans l’espace, le plus loin possible des astres habités. »

Notre histoire commence ainsi, avec des voyageurs de l’espace profitant à loisir de leur temps rien qu’à eux, mais il va être troublé par la découverte d’une bouteille flottant dans l’espace et contenant d’étranges écrits.

La personne ayant rédigé le texte de la bouteille se dit journaliste et s’appelle Ulysse Mérou : il prétend avoir fait un voyage spatial en l’an 2500, dans le système de Bételgeuse, accompagné d’un professeur et de son second. Leur voyage les entraina sur une planète dont les caractéristiques la rendait habitable… et en effet, ce qu’ils vont découvrir va confirmer leur espoirs au-delà du possible…

La planète est bien habitée… par des singes intelligents au même titre que les humains. Mais ça n’est pas tout, il y a également des hommes, mais eux semble justement avoir l’intelligence d’animaux, réagissant à l’instinct, et ne communiquant que par grognements. C’est le cauchemar et la torture qui commencent pour Ulysse, devenant un objet d’étude fascinant pour ces singes plus savants que l’homme…

La planète des singes pkjD’une diabolique simplicité et pourtant porteur de nombreux questionnements

Pierre Boulle nous entraine avec facilité dans une science-fiction au postulat simple et abordable pour tous. Loin des romans aux théorèmes compliqués, La planète des singes peut expliquer son succès grâce à une histoire basique mais pas simpliste, bien au contraire.

On y trouve une dimension philosophique certaine qui nous remet à notre juste place : le singe est-il l’avenir de l’homme ? En est-il sont évolution logique ? Ce que nous faisons subir aux animaux pour nos divers tests est-il « humain » ? Quelle est la frontière entre l’homme et l’animal ?

Sans temps morts, on découvre la suite d’infortunes d’Ulysse : une chasse à l’homme dès l’atterrissage, une captivité suivie d’expériences scientifiques s’apparentant parfois à de la torture…

Le développement du relationnel entre Ulysse et Zira, une scientifique chimpanzé avant-gardiste est très bien fait, au rythme de ses nombreuses découvertes scientifiques, une amitié improbable naît. De même, le lien forcé qu’il va avoir avec une humaine locale (et donc sous-évoluée) prénommée Nova au gré des expériences évolue en autre chose qui pourrait s’apparenter à de la tendresse…

On suit avec inquiétude et intérêt les découvertes de plus en plus terribles d’Ulysse sur cette planète et ses habitants, jusqu’à l’avant dernier chapitre du roman, où la dernière phrase nous achève littéralement.

L’écriture de Pierre Boulle est efficace et sans fioritures, accessible à tous. Le vocabulaire utilisé y est totalement intemporel, rendant les technologies décrites toujours d’actualité.

La planète des singes est ainsi un superbe roman, un classique parmi les classiques de la littérature de genre, mais pas seulement. Pierre Boulle réussit à nous offrir une histoire intemporelle et universelle. Un classique à lire… et à relire absolument !

Chronique : Cleer, une fantasy corporate

Cleer (une fantasy corporate)Un roman d’une nébuleuse clarté

Cleer est un roman qui avait fait parler de lui dans le petit monde de la science-fiction française à sa sortie en 2010. A la fois fascinant et étrange, urbain et fantastique, ce texte aux multiples facettes est difficile à cerner. Paru chez Lunes d’Encre en grand format, l’édition de poche est quant à elle sortie chez Folio SF en mars dernier, comme les autres titres de l’écrivain.

Son auteur, Laurent Kloetzer et sa femme Laure ont notamment écrit ensemble l’Anamnèse de Lady Star (Lunes d’Encre) qui vient de paraître en avril dernier. Docteur en psychologie et consultant, Lautent Kloetzer noue à la fois sa passion pour l’anticipation et ses connaissances professionnelles pour nous offrir le portrait d’une entreprise qui engloutit tout sur son passage.

L’image corporate avant l’humain

Cleer est une superpuissance économique, elle touche à tous les domaines, tous les secteurs d’activité et englobe même des marchés dont on ignore tout. Cleer est immense, omniprésente et donne l’image d’une entreprise tentaculaire et inébranlable. Et c’est le cas. Mais si il y a bien une chose à laquelle on peut s’attaquer, c’est son image et la façon dont le monde la perçoit.

Ainsi, pour protéger ses intérêts et son image, Cleer possède un service bien spécial où travaillent la jeune et prometteuse Charlotte ainsi que l’ambitieux Vinh. Ce duo peu probable mais complémentaire va devoir affronter des problématiques bien différentes, mettant toutes d’une façon ou d’une autre le doigt sur un disfonctionnement de l’entreprise. A eux de résoudre les problèmes sous peine de remettre en question leur carrière au sein du groupe… mais est-ce seulement cela qui est en jeu ?

Suicides en chaîne dans un centre d’appels, mutations génétiques dans des champs, ou encore trafics dans une usine… les missions seront nombreuses.

CleerUn roman complexe et exigeant

Autant l’annoncer d’emblée, Cleer est un texte à l’écriture assurée et fluide, mais pas aisément accessible. Trop de non-dits, de symboliques à élucider pour prendre un réel plaisir à la lecture. Les différentes enquêtes que traitent Vinh et Charlotte sont de plus en plus étranges et mènent le lecteur à un point de non-retour où il devient difficile de suivre l’auteur dans son cheminement.

La première moitié du roman est très plaisante, on apprend à découvrir l’univers froid et cruel du monde en entreprise et ses pressions. La relation ambigüe qu’entretiennent nos deux protagoniste, entre attirance et aversion est également fort bien nourrie par leur dialogues, leur comportements.

Mais la seconde moitié du roman nous amène au cœur de ce qu’est réellement Cleer : quelque chose de plus grand encore que ce que l’on croyait. Une entreprise qui mène ai cieux ou tout droit en enfer…

On arrive alors à des scènes nébuleuses, peu compréhensibles qui dissipent le plaisir premier de la première partie, même si cela reste volontaire de la part de l’auteur. En effet, les voies de Cleer sont impénétrables….

cleer-barelogoEn conclusion, Cleer est un roman qui tranche définitivement avec l’idée que l’on pourrait se faire de la science-fiction. A la fois roman psychologique teinté d’un côté aseptisé propres aux grandes institutions déshumanisées, on en sort changé et déstabilisé.

Une chose est certaine, il s’agit là d’un texte de qualité, mais difficile d’accès par son manque de précision et d’explications (voulues par l’auteur), à réserver à ceux qui n’ont pas peur de se perdre dans les méandres de la superpuissance qu’est Cleer (logo de l’entreprise ci-dessous)…

Cet article a été chroniqué pour le site ActuSF.

AUTEUR :
EDITEUR : ,
TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : Kiffe kiffe demain

Kiffe kiffe demain ldp jeunesseUn magnifique roman sur les choses de la vie, à la fois poignant et authentique.

Faïza Guène est une jeune écrivain de nationalité française, née à Bobigny en 1985. Son incroyable succès est dû à son premier roman : Kiffe kiffe demain, paru en 2004, qui raconte à la première personne la vie de Doria, une jeune fille d’origine maghrébine qui vit en banlieue parisienne, désabusée sur son avenir.

Vendu à plus de 400 000 exemplaires et traduit dans plus de 25 langues, cet ouvrage coup de poing criant de réalisme a connu un succès amplement mérité. Par la suite, Faïza Guène a écrit deux autres romans : Du rêve pour les oufs (2006), Les gens du balto (2008). Et non contente d’être un écrivain reconnu, elle est également réalisatrice de nombreux courts-métrages, dont certains ayant remportés des prix reconnus.

La « banlieue » revue et corrigée

Doria a quinze ans, elle vit avec sa mère dans la banlieue parisienne. Son père les a quittés il y a quelques années pour retourner « au pays » et se marier avec une femme beaucoup plus jeune que sa mère. Doria n’a pas de problèmes à proprement parler, c’est juste qu’elle n’est pas spécialement heureuse dans la vie.

Kiffe kiffe demain ldpLes amis d’enfance, la famille, tout cela se mélange pour donner un mélange détonnant d’une joyeuse tristesse. La vie de Doria suit son cours, et nous la découvrons dans toute son étonnante diversité. La culture de la banlieue est mise au jour sous un angle humoristique sans être moqueur, un véritable délice ! : « La responsable de la grève au Formule 1, c’est Fatouma Konaré, une collègue avec qui maman s’entend bien. Elle m’a raconté qu’au début, elle croyait que « Fatoumakonaré » c’était juste son prénom et qu’elle trouvait ça long pour un prénom… ».

Mais malgré l’humour constant du roman, Faïza Guène soulève également les nombreuses injustices qui font qu’être une fille dans une cité (mais aussi ailleurs, par extension) peut être un handicap si l’on ne naît pas avec des parents complaisants. Doria parle ainsi d’une de ses voisines, enfermée chez elle, sans aucune liberté : « Quand Samra était enfermée chez elle, dans sa cage en béton, personne n’en parlait, comme si les gens trouvaaient ça normal. Et maintenant qu’elle a réussi à se libérer de son dictateur de frère et de son tortionnaire de père, les gens l’accusent. J’y comprends rien. ».

Le point fort de Kiffe kiffe demain réside dans son écriture : très proche du parlé, remplie d’humour, de jeux de mots et de langage familier, impossible de ne pas sourire franchement aux tournures de phrases offertes.

Pour terminer je vous dirais qu’il faut lire Kiffe kiffe demain pour de nombreuses raisons. Tout d’abord sa langue piquante et drôle. Ensuite sa facilité d’accès, bien loin de la « littérature » comme certains aiment à l’appeler de façon élitiste, ce roman fait pour moi partie des indispensables. Enfin, culturellement parlant, ce récit ouvre les yeux sur un pan de notre quotidien actuel, que l’on vive en cité ou non, certaines problématiques sont universelles. Un magnifique récit positif et rempli de beaux élans d’enthousiasme. Dès 13 ans environ.

Chronique : La religieuse

La religieuseLa religieuse, certainement un des textes les plus controversés écrit par Diderot. Il met en scène la jeune Suzanne Simonin, promise depuis sa naissance à passer sa vie à servir Dieu dans un couvent pour expier les fautes de sa mère.

Il faut le savoir, ce roman était tout d’abord une farce de Diderot envers l’un de ses amis, le marquis de Croismare. Diderot envoya ces lettres soi-disant écrites par Suzanne Simonin qui lui demande son aide, la plus infime soit-elle. Mais il s’agit en réalité d’une plaisanterie de l’écrivain afin de faire revenir son ami à Paris, afin qu’il quitte sa campagne. Les correspondances entre la fausse religieuse et le marquis furent ainsi nombreuses, ce dernier s’étant attaché à elle.

Par le biais de cet ouvrage, Diderot prône la liberté et la socialisation, lui qui pense que l’homme ne peux s’épanouir qu’avec ses semblables et non pas dans l’isolement, qu’il soit volontaire ou non. La religieuse est également une « Effrayante satire des couvents », comme le dit l’auteur lui-même. L’ouvrage fut publié à titre posthume.

Ce roman a été adapté de nombreuses fois au cinéma, le dernier film en date qui s’en inspire est celui réalisé par Guillaume Nicloux, en 2012, qui reprend mot pour mot des passages entiers du texte original.

Parmi les œuvres notables de Denis Diderot, nous pouvons citer : Jacques le Fataliste, Supplément au voyage de Bougainville, le Neveu de Rameau ou encore l’Encyclopédie – ou Dictionnaire raisonné des sciences des arts et des métiers (la première en France).

Une succession de misères

Suzanne Simonin est promise à Dieu depuis sa naissance. Elle n’aura pas le droit au jolies choses que possèdent ses sœurs, pas même à leur amour. Alors quand arrive pour elle le  temps de prononcer ses vœux, c’est avec une fausse résignation qu’elle s’y engage, avant de tout faire pour les résilier.

Mais il est plus difficile de sortir d’un couvent que d’y entrer… ainsi débutent les successions de malheurs de Suzanne, une bonne religieuse, mais sans passion aucune pour Dieu.

De son parcours, nous sauront tout. Le roman est écrit à la première personne et Suzanne n’épargne rien des sévices qu’elle subira lorsqu’elle refusera de se soumettre aux ordres (il fut prouvé que les sévices cités par Diderot ne relèvent malheureusement pas tous de la création littéraire).

Cet enfermement, nous ne pouvons que le vivre avec force au travers des lignes écrites par Suzanne. Poignante, jamais misérabiliste, cette dernière nous happe par sa force de caractère, sa volonté de lutter contre tous et surtout contre sa condition. Diderot a ici créé un héroïne forte, qui s’aura s’entourer d’alliés efficaces même s’ils sont peu nombreux.

En conclusion, sans vous faire une analyse du roman, ce dont je ne serait tout simplement pas capable, la religieuse est un magnifique texte. Son écriture est fluide, extrêmement accessible, et surtout très intéressante. Le nombreuses péripéties qui marqueront la vie de Suzanne ne cessent de nous happer, pour nous amener à une conclusion qu’on a à la fois peur et très envie de connaître. On y parle de souffrance, de quête de soi et de liberté, mais aussi de relations controversées entre femmes au sein même d’un établissement religieux.

Il s’agit également d’un beau portrait historique qui nous montre qu’à l’époque, le libre-arbitre était encore un luxe dans certaines situations. En effet, on promettait souvent l’un de ses enfants à l’Eglise… et cela sans que ce soit une véritable vocation de la part du futur religieux. A lire pour découvrir un incontournable du XVIIIème siècle, mais aussi pour s’émerveiller de la richesse des textes classiques…

AUTEUR :
GENRE : Littérature
TRANCHE d´ÂGE :

Chronique Jeunesse : Victoria rêve

Victoria RêveA l’entre-deux, hésitant entre onirisme et retour à la réalité

Victoria rêve est le dernier roman en date de Timothée de Fombelle, paru chez Gallimard Jeunesse en novembre 2012.
Connu principalement pour sa série en deux tomes Tobie Lolness ou encore Vango, Timothée de Fombelle excelle à créer des univers aussi captivants qu’originaux.

Dans Victoria rêve, nous faisons la découverte d’une petite fille qui voit de l’extraordinaire ou tout autre personne aurait vu tout au plus quelque chose de curieux. Très court, on ne peut pas considérer cet ouvrage comme un roman, mais plutôt comme une longue nouvelle. L’histoire a d’ailleurs été éditée précédemment dans le magazine Je Bouquine.

Les illustrations pleines de poésie qui parsèment le texte sont signées François Place, un grand monsieur dans le monde de la littérature jeunesse. On lui doit des aquarelles absolument saisissante qui emplissent de nombreux albums. Parmi ses œuvres, nous pouvons citer Les derniers géants, Le secret d’Orbae ou encore le pays de Jade.

Mais où sont donc les trois cheyennes ?

Victoria a une vie normale, mais la moindre chose sortant du commun est pour elle un prétexte à rêver, s’évader. Alors, quand le livre qu’elle a emprunté disparaît, elle commence à se poser des questions. Mais Victoria est loin d’être bout de ses surprises… en effet, peu à peu, des livres de sa bibliothèque disparaissent, et elle croit bien avoir aperçu son père, très sérieux, habillé en cow-boy…
Hallucinations ? Rêves ? Victoria est persuadée d’avoir bien vu… mais il semble impossible que son père, qui travaille dans le pâté, puisse s’adonner à de telles futilités.
Entre désirs pris pour des réalités et faits réels, la jeune rêveuse va se confronter à la vie et ses tracas : la vraie.

Une écriture simple et extrêmement poétique

Le talent de Timothée de Fombelle réside dans son art de nous compter des histoires qui ont une véritable âme.
Sous couvert de nous raconter une histoire fantastique, Victoria Rêve nous emmène dans le quotidien d’une famille tristement banale dont l’héroïne rêve de s’échapper.
Ses inventions, son imagination sont tout ce qu’il reste à Victoria pour fuir une vie morne, sans éclat… et elle y arrive plus que bien.

De la détestable et ingrate sœur de Victoria à son meilleur ami Joe, tous vont contribuer à l’installation d’un petit univers à la fois unique et familier.

Loin d’être moralisateur, Victoria Rêve nous apprend à découvrir le fantastique qui se cache dans les choses du quotidien. De la volonté d’un père pour subvenir aux besoins de sa famille à une horloge qui disparaît comme par magie, il n’y a peut-être pas tant d’imaginaire que cela…
Un très beau roman pour s’émouvoir de la simplicité des choses, et du bonheur caché en chacune d’elle. Dès 9 ans, pour les doux rêveurs !

TRANCHE d´ÂGE :

Actualité éditoriale : Les sentinelles du futur, le nouveau roman de Carina Rozenfeld à découvrir le 5 septembre prochain !

Les sentinelles du futur (couverture provisoire)Carina Rozenfeld a une actualité très dense en 2013, la preuve avec la sortie d’un nouveau roman de sa plume en septembre : Les sentinelles du futur.

A paraître aux éditions Syros dans la très qualitative collection Soon, il s’agit d’un one-shot de science-fiction destiné aux lecteurs dès l’âge de 13 ans environ. Voyages dans le temps et modifications temporelles sont au programme, et on a hâte ! En voici déjà la couverture (encore provisoire, mais ça donne une idée du style graphique, original et esthétique).

Quatrième de couverture : 2359. La Terre est à l’agonie. Les erreurs passées de l’humanité l’ont menée au seuil de sa propre disparition. Pourtant, à New York, les Sentinelles du Futur, une poignée de femmes et d’hommes habilités aux voyages temporels, l’ont promis : l’avenir est radieux, il faut y croire, ils l’ont vu de leurs propres yeux. Mais cet Espoir auquel s’accroche l’humanité est brutalement anéanti quand les Sentinelles du Futur reviennent d’une de leurs missions avec ce terrible message : dans trois cents ans, des extraterrestres attaquent la Terre, une Terre sans défense car pacifiée. Le Passé pourra-t-il alors sauver le Futur ?

Chronique : Cantoria

CantoriaUn planet-opéra à l’univers chantant et original.

Dernier roman en date de l’auteure française Danielle Martinigol, paru chez l’Atalante jeunesse, Cantoria nous plonge dans un univers SF où le charbon et le pétrole n’existent pas… Non, la seule énergie pour mouvoir des vaisseaux gigantesques ou faire bouillir de l’eau, c’est le chant. Le chant comme énergie, une idée originale poussée très loin, jusque dans les moindres détails.

Danielle Martinigol est une auteure reconnue dans son genre pour de nombreux ouvrages de science-fiction (la plupart étant dédiés à la jeunesse), elle a notamment écrit Les oubliés de Vulcain, Les abîmes d’Autremer, ou encore L’or bleu. Certains sont d’ailleurs régulièrement étudiés dans les écoles.

Des centrales de chant comme sources d’énergie

Sur Cantoria, l’énergie est créée par le chant ; et pour fournir les masses d’énergie nécessaires au bon fonctionnement du quotidien des mieux lotis sur la planète, les bas-chanteurs s’escriment nuit et jour.

Les meilleurs chanteurs et chanteuses (très souvent issus de la noblesse) sont sélectionnés dans un but plus élevé : louer par le chant la déesse Astrale, qui en retour fourni en magie les plus privilégiés : enChanteurs et autres hauts dignitaires, magiciens et religieux.

C’est dans cet univers riche, rigide et injuste que vivent Arth, Cor et Khena, des adolescents qui sont l’avenir de Cantoria à différentes échelles. Arth et Cor font partie de ces gens du peuple qui alimentent les centrales de chant tandis que Khena est issue de la noblesse, et est en partance pour le plus grand bâtiment dédié à la déesse : le Cantorium.

Tous trois sont issus de différentes classes sociales mais vont se trouver réunis par le chant… et par des desseins bien plus grands qu’eux. Très vite attachants, nous les suivrons au travers d’épreuves qui vont forger leur avenir mais aussi celui de leur planète.

Un mélange de genres efficace et inattendu

Cantoria est un roman de SF pouvant parfaitement faire découvrir de façon sérieuse le genre à des lecteurs dès l’âge de treize ans environ. Véritable quête tournée vers l’aventure, on découvre une planète et les lois qui la régissent, mais aussi l’espace et les mystères qui l’entourent.

Mais plus encore, Cantoria est un ouvrage qui invite à la réflexion sur bien des points : religion, politique, économie… nombre de sujets universels y sont traités, poussant le jeune lecteur a ne pas prendre pour acquis toutes les informations mises à sa portée.

On appréciera le degré de recherche de l’auteure concernant la crédibilisation de son univers musical : des prénoms en passant par des termes de son invention (vaisseaux-orgues, mal-son, enChanteurs…), Danielle Martinigol nous plonge corps et âme dans son histoire.

Un petit reproche toutefois, l’univers est parfois un peu trop dense et nous perd parfois dans ses nombreuses subtilités, en particulier vers la fin du livre où un certain nombre de nouveaux termes et de révélations s’enchaînent.

Les dialogues (et les personnages) sont un vrai délice, d’un naturel tout à fait crédible et jamais sur joués. Ajoutez-y quelques scènes mémorables à l’écriture maîtrisée et vous obtenez un texte d’une qualité certaine.

Pour conclure, Cantoria est un bon ouvrage touchant à de nombreux sujets sans perdre son fil rouge. Bien construit, très bien écrit et surtout original, il ne donne qu’une envie, se plonger dans un nouvel opus et en savoir plus sur les nombreux mystères soulevés. A conseiller dès treize ou quatorze ans, pas avant, à cause de la densité et de l’exigence du texte. Chronique rédigée pour le site ActuSF.

7.5/10

Chronique : Le livre de Saskia – Tome 2 – L’épreuve

Saskia 02Marie Pavlenko est une nouvelle auteure française sur la scène de l’imaginaire, mais elle a déjà su s’imposer avec le premier tome de sa série Saskia, aux éditions Scrinéo. Fort bien accueillie par les libraires et les blogs, elle signe ici le second tome de la série avec l’épreuve.

Marie Pavlenko vient également d’écrire un one-shot aux éditions le Pré aux clercs dans la collection young-adult Pandore sous le titre La Fille-Sortilège.

De retour à la maison pour Saskia

A la fin du premier tome, notre héroïne voit sa mère tuée par ses ennemis, un clan mystérieux voulant à tout prix l’éliminer. Alors qu’elle semble avoir tous les attributs des faucheurs, Saskia ressent certaines caractéristiques propres uniquement aux gardiens, ainsi se termine le premier tome. Si ces faits deviennent avérés, Saskia pourrait-être le troisième Enkidar, un être censé réunir les clans des faucheurs et des gardiens qui s’évitent depuis toujours…

Quand nous reprenons les aventures de Saskia, nous sommes quelques secondes après la conclusion du premier opus. Sa double-nature semble être confirmée par les douleurs qu’elle ressent en bas du dos, une particularité propre aux gardiens quand un être humain est sur le point de mourir (alors que les faucheurs ont le pouvoir de « capturer » l’âme des morts en eux).

Mais l’étau se resserre autour de notre héroïne ailée, et le pire semble encore être à venir quand Tod décide de l’emmener dans son Nid pour la protéger des nombreuses menaces qui l’entoure….

On en redemande !

Ce second tome est à la hauteur du premier opus avec des personnages toujours aussi crédibles et habillement exploités. On en apprend beaucoup plus sur les subtilités sociales et magiques du monde des Enkidars.

La relation si fusionnelle que connaissaient Saskia et Tod bat de l’aile. L’ambiance qui règne dans le Nid de Tod à leur arrivée est plus que tendue : mortelle… entre non-dits et secrets de clans (et de famille), l’ensemble promet d’être explosif.

Encore une fois, la mythologie propre au monde de Saskia est très bien expliquée et présentée par l’auteure. Les subtilités de son univers sont bien pensées et très intéressante.

On se plonge donc sans réserve dans ce second opus. Efficace, bien tourné, et réussi, tout comme le premier. Nous n’avons qu’une seule hâte maintenant, c’est de lire enfin le troisième et ultime tome prévu pour la fin de l’année ! Dès 13-14 ans.

7.5/10

Chronique : Nox – Tome 2 – Ailleurs ?

Nox - tome 2Baisser de rideau sur un univers cruel et captivant qu’il est difficile de quitter…

Second et dernier tome de la courte série Nox d’Yves Grevet, nous retrouvons les personnages appartenant à un monde aux allures d’apocalypse, aussi bien au niveau écologique que social.

Ainsi rejoignons-nous Lucen, Firmie, Ludmilla et Gerges… les événements s’entremêlent pour nous amener lentement vers une fresque finale mémorable.

De retour dans la Nox poisseuse…

A la toute fin du premier tome nous quittions Lucen en très fâcheuse posture : dénoncé à la police par ses propres parents, son amie Firmie en début de grossesse et personne pour les aider…

A peine débuté, le roman nous entraîne dans les coins les plus dangereux de la Nox : dans des forêts où sont exploités les condamnés à mort. Avant d’être exécutés, ces derniers doivent effectuer des travaux forcés (et souvent mortels) pour permettre à ceux d’en haut d’être alimentés en gaz. Les plus « chanceux » voient leur temps de travaux allongés et leur échéance vers le mort reculée, c’est ce qu’essaye de faire au maximum Lucen, qui doit à tout prix rejoindre Firmie, en début de grossesse.

La vie n’est pas rose non plus pour Gerges, ancien meilleur ami de Lucen, qui ressent de plus en plus le besoin d’exister à travers les yeux de son père, mais semble jamais y parvenir. Ce cercle infernal le pousse à prendre une voie de plus en plus sombre pour enfin trouver grâce à ses yeux…

Pour Ludmilla, la jeune fille vivant en haut, loin de la Nox, au contraire de ce que l’on pourrait croire, son existence est elle aussi menacée. Ses actions contre l’ordre établi ont été remarquées par les deux camps et ces derniers comptent bien se servir d’elle du moment que cela sert leur cause.

Beaucoup d’oppression pour les personnages, mais aussi pour le lecteur. Il est vraiment très difficile de décrocher de ce dernier tome de Nox, vous voilà prévenus….

Intrigues et faits imbriqués pour un tableau remarquable… et grave

Tout au long de ce second tome, en passant d’un chapitre à l’autre (et donc d’un personnage à l’autre) on n’est happé au point d’en oublier tout ce qui se passe autour de nous. Complètement captivé par les risques de mort permanente de Lucen, les risques encourus par Firmie pour s’en sortir et donner une chance de vivre à leur futur enfant…

La construction du roman mérite elle aussi une attention toute particulière. En effet, Yves Grevet a réussi à créer une intrigue où tout fait a une influence sur le destin d’un autre personnage, le tout en étant crédible. Terriblement crispant et diablement efficace.

Il faut en convenir, Nox nous fait avoir une fascination malsaine sur le pire de la nature humaine (en particulier dans le premier tome avec le personnage de Gerges, dont on voit la descente aux enfers, mais ça n’est pas le seul) : impossible de détacher les yeux vers ces suites de misères qui tombent sur les différents protagonistes.

Magnifiquement sombre, Nox est un portrait à l’acide d’une possible société future si l’on en vient à être extrêmement pessimiste (ou réaliste et un tant sois peu imaginatif ?). Il sublime la moindre action dénuée d’intéressement. Heureusement, la furieuse envie de vivre de ces héros nous donne à nous aussi un certain regain d’optimisme.

Sublime, touchant, magnifique, les superlatifs manquent tant ce livre est pour moi une réussite. Il a réussi à m’emmener ailleurs, au point d’en oublier le reste, et pour cela, bravo !

9.5/10