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Chronique ado : La fiancée du dieu de la mer

La réécriture contemporaine d’un grand conte classique coréen !

Axie Oh est une autrice américaine d’origine coréenne, son roman La fiancée du dieu de la mer est le premier à paraître en France. Outre-Atlantique, son travail est très suivi, et d’autres de ses nouveautés arrivent très bientôt en France.

Un sacrifice à la place d’un autre…

Le dieu de la mer est courroucé, et cela dure depuis un siècle. Pour l’apaiser, chaque année les hommes livrent à la mer une fiancée pour le dieu, en espérant que l’une d’elle sera l’élue et saura calmer sa colère. Mais rien n’y fait… les inondations continuent, les récoltes sont gâchées, le peuple souffre…

Cette année, c’est la jeune, belle et talentueuse Cheong Shim qui a été choisie pour être offert au dieu de la mer. En échange de son sacrifice, les villageois prendrons soin de sa famille. Sauf que Cheong Shim en aime déjà un autre : Joon. C’est ainsi que Mina, la sœur de Joon se sacrifie de son plein gré à la place de sa future belle-sœur. Elle n’a pas d’autre choix selon elle de faire ce sacrifice pour sauver sa famille, son peuple, tout ce qu’elle aime.

Voici que Mina est transportée dans le monde des esprits, un univers proche du notre où dieux et esprits de côtoient. Mais son sacrifice ne semble pas avoir l’effet escompté… A elle de trouver comment prendre son destin en main et atteindre le dieu de la mer pour que les drames cessent dans le monde des hommes.

Magnifiquement onirique et doux, mais également rempli d’aventures !

Ce roman est le parfait équilibre entre la réécriture de contes et la lecture emplie d’action. Et quand l’éditeur Lumen dit qu’il rappelle Le Voyage de Chihiro, je suis parfaitement d’accord. Il y a des symboliques similaires, des éléments qui y font penser comme une évidence… mais non, ce n’est pas une copie du célèbre film Ghibli !

En effet, Axie Oh nous offre un conte à la chevauchée des genres : il y a de la poésie dans ses lignes, de l’action, de nombreuses révélations et une belle romance… Il y a tous les ingrédients d’un bon livre pour adolescent.es.

Une des choses que j’ai préféré dans ce livre, c’est l’hommage constant qui est fait aux anciens. Mina ne cesse de penser à ses ancêtres pour prendre des décisions, aider son entourage. Dans la réalité parallèle du dieu de la mer, elle découvre une chose aussi belle que touchante : les offrandes que les hommes font à leur ancêtres (souvent de l’encens et de la nourriture) arrivent dans le monde des esprit pour les nourrir. J’ai trouvé cela tellement beau de penser que nos ancêtres pouvaient être révérés de cette façon !

De même, autre élément primordial dans ce monde d’esprits, ce sont les dieux. Et certains sont bien loin de l’image idéalisée que les humains se font d’eux. Certains sont terriblement cruels, d’autres totalement égoïstes… Mina va découvrir que tout ce qu’elle pensait solide dans sa vie se délite peu à peu. C’est le second point fort de ce roman, outre son univers, il y a la crédibilité des personnages. La résilience de Mina est inspirante, mais elle n’est pas la seule à être très intéressante (Mask, un de mes personnages favoris !). Vous verrez !

Ainsi donc, ce texte, c’est une foule de détails entre tradition, symboliques fortes et romance moderne. Axie Oh a réussit à transformer un conte classique en roman ado parfaitement bien dosé qui fonctionne à merveille. Il plaira à celleux qui aiment les romances, la culture coréenne, les belles histoires aux images fortes. Vous verrez certaines scènes sont extrêmement touchantes, mais je ne puis en dire plus ici.
Espérons simplement qu’Axie Oh se lancera dans d’autres réécritures de contes !

AUTEUR :
GENRE : Corée, Fantasy
EDITEUR :
TRANCHE d´ÂGE : ,

Chronique ado : D’or et d’oreillers

Flore Vesco a encore frappé ! Après L’estrange Malaventure de Mirella, De cape et de mots et encore plein d’autres, la voici de retour pour un roman encore une fois génial. Plus mûr, plus réfléchis et tout simplement magnifique à découvrir, il nous parle de liberté, de recherche de soi, des premiers émois, d’exploration sensuelle et d’emprise. Et d’amour, sous quantité de formes… dont certaines terrifiantes.

Un mystérieux beau et riche parti cherche à l’amour…

Voici commence l’intrigue de ce roman, quand on découvre que le plus richissime des partis de la région cherche à prendre femme. Et immédiatement, c’est l’effervescence dans la maison Watkins. C’est dans cette demeure que vivent trois sœurs à marier avec leur mère… et donc trois chances de faire véritablement fortune !
Mais le lord qui cherche à se marier a une demande plutôt étrange… chaque postulante doit rester dormir une nuit, une seule dans son château. Pourquoi donc ? En voudrait-il à la vertu des demoiselles qui cherchent à le conquérir ? Ou est-ce autre chose ?

Mystérieux, gothique et passionnant

Dès les premières pages, j’ai adoré l’ambiance à la fois sombre et étrange de ce roman. On sent qu’il se passe des choses bizarres au domaine du beau et jeune Lord Handerson, mais impossible de savoir quoi ni d’en deviner la teneur… C’est ainsi qu’à travers les yeux de Sadima, une simple servante, on va peu à peu s’immiscer dans les quelques failles qui sévissent.

D’or et d’oreiller est un roman pour les adolescents atypique et fort plaisant qui saura charmer par différents aspects. Tout d’abord, comme toujours avec Flore Vesco, l’écriture est travaillée à l’extrême et pourtant d’une fluidité confondante. De plus, comme d’habitude elle s’amuse des mots avec quantité de palindromes, anagrammes et autres formules lettrées.

Autre trait particulier du roman, bien qu’il y ait uniquement des métaphores sur le sujet on parle par moment de plaisir. Sensuel, méconnu et presque interdit (pour l’époque où se déroule le roman) traite de masturbation féminine, de découverte du corps mais cela avec un « doigté » recherché et très imagé. Je trouve ça bien que le sujet soit évoqué car il est extrêmement rare de lire quoi que ce soit là-dessus dans la littérature ado. Encore une fois, quand c’est masculin en général c’est normal, mais la même chose au féminin n’est jamais mentionné ou même imaginable. Flores Vesco s’affranchit totalement de ce qu’on peut lire et ouvre sa propre voix/e et elle a bien raison.

Mais le plus plaisant selon moi, c’est la façon qu’on a de glisser du roman historique au gothique puis au fantastique qui est extrêmement réussie. Si vous arrivez à deviner ne serait-ce qu’un quart de l’intrigue, je vous tire mon chapeau. C’est tellement déstabilisant et inattendu que je ne vois pas comment vous pourriez trouver le pot aux roses !
Pour ce qui est de l’ambiance et du style, D’or et d’oreillers est à classer pile entre Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brönte et Frankenstein de Mary Shelley. Il n’y a pas de monstre ni de fantôme, mais tout réside dans l’atmosphère et l’époque…

Ainsi, c’est encore une texte de très bonne facture que nous offre ce roman de l’autrice française. Pour le moment, je n’ai eu que des coups de cœur concernant ses écrits… C’est rare, aussi je vous conseille vivement de vous pencher aussi bien sur D’or et d’oreillers que sur le reste de ce qu’elle a écrit ! Belle découverte à vous. Dès 15 ans environ.

Chronique ado : Tenir debout dans la nuit

L’histoire d’une adolescente qui va passer toute une nuit, seule dans la Grande Pomme… Va-t-elle tenir dans cette ville où elle ne connaît personne ?

Eric Pessan est un auteur pour les ados et la jeunesse à l’œuvre percutante et marquante. Il aborde souvent dans ses ouvrages des thématiques difficile, mais avec des mots très justes…
Ses livres les plus connus sont notamment La forêt de Hokkaido (L’École des Loisirs) pour lequel il a eu le prix des Sociétés des gens de Lettres, ou encore le livre que je vais vous chroniquer ici : Tenir debout dans la nuit qui est paru en 2020.

C’est mon premier roman de Pessan, mais le septième qu’il a écrit, et une chose est certaine, je vais y revenir tant j’ai trouvé ce texte poignant.


Pour mieux appréhender ce roman, je vous propose de lire un petit extrait de la lettre qu’il a adressé aux libraires : « C’était un vieux rêve, un rêve de môme sans doute : voir le New York de Spiderman et des films de gangster. C’est là que ce livre est né : dans les rues de New York, j’ai tenté de retrouver l’émerveillement de l’adolescent que j’ai été, et je me suis souvenu des discussions avec les élèves.
Tenir debout dans la nuit est mon septième roman jeunesse, tous ces livres sont indépendants mais les personnages circulent de l’un à l’autre, et vieillissent
en temps réel. J’avais envie de retrouver Lalie, la seule fille de la bande de garçon présente dans La plus grande peur de ma vie. A treize ans, elle aimait prendre des photos, maintenant qu’elle en a quinze, elle ne quitte plus son appareil ».

Un cadeau de rêve

Lallie est une adolescente qui aime la vie, les découvertes, les voyages… Mais elle n’a pas les moyens pour cela, c’est tout juste si elle peut rêver de New York. Alors quand Pitor, un de ses amis lui propose de l’accompagner gracieusement dans la fameuse ville qui ne dort jamais, elle dit oui.

Mais elle ne pensait pas que cela le rendait débitrice aux yeux de Piotr… et que pour le remercier, elle va devoir accéder à ses désirs…

Un roman féministe et sociétal touchant

Oui, les hommes peuvent écrire des romans féministes où la jeune femme dépeinte n’est pas un stéréotype. L’histoire de Lallie est aussi simple que tragique : elle pensait avoir un ami généreux et se retrouve à devoir lui céder ses faveurs sexuelles pour le remercier. Hors de question, mais la liberté de choisir à un prix terrible : se retrouver seule à New York en pleine nuit.

C’est ainsi que commence le roman, en nous offrant une Lallie apeurée par tous les hommes qu’elle va croiser durant cette nuit si particulière. Car le monde continue de tourner alors que pour elle tout s’effondre.

Ce roman est superbe et magistral pour de nombreuses raisons. Outre le fait que le récit nous offre une héroïne ordinaire courageuse, c’est aussi un plaidoyer pour une vie meilleure. Car au travers des nombreuses aventures nocturnes de Lallie, nous allons découvrir le portrait d’une société américaine profondément injuste et cruelle. Dès que l’on fait un pas de côté, même léger, le système nous écarte, nous oublie, nous occulte.

L’auteur se concentre notamment sur le cas de ces millions d’américains qui vivent dans des mobile-home ou des trailers parks (ils sont plus de 20 millions aux USA) car ils n’ont pas d’autre endroit où vivre. On y parle aussi du scandale des subprime, des injustices sociales flagrantes que la société américaine laisse perdurer… Que le meilleur gagne et tant pis pour ceux laissés sur le bas-côté.

Je trouve cela très bien de montrer que derrière les paillettes du rêve doré américain se cache une société extrêmement cruelle et égoïste. La France ne fait peut-être pas toujours rêver ceux qui y vivent, mais nous avons une chance incroyable. Mais Eric Pessan le dit bien mieux que moi.

Alors, il ne vous reste plus qu’à lire ce roman MAGISTRAL qui devrait être lu par tout le monde. Garçon, fille, homme, femme… Le message de Tenir debout dans la nuit est indispensable, et surtout subtil et beau. Dès 14 ans.

Chronique : La série Les vilains Disney par Serena Valentino

Une série de romans qui propose de découvrir l’histoire des méchants Disney. Car au début, ils n’étaient ceux que l’on connaît et avaient même de la bonté en eux… du moins pour certains…

Vous connaissez tous Maléfique, La Bête ou encore Ursula ? La série des Vilains se propose de découvrir le passé de chacun de ces méchants emblématiques des dessins animés Disney. La saga des Vilains est composée de six tomes distincts qui se concentrent chacun que un personnage. Mais il y a en plus un trio de sorcières qui lie le tout et dont vous ferez la connaissance…

La novellisation est assurée par l’autrice américaine Serena Valentino, qui a connu un succès fulgurant grâce à cette série.

Miroir Miroir : Tout débute avec l’histoire d’une fille de miroitier. Elle est belle mais semble l’ignorer, tant son père lui fait des réflexions acerbes et terribles sur son physique. Il la trouve laide, mais surtout, il lui en veut d’être née, sa femme étant morte en lui donnant naissance. Mais un jour, un roi envoûté par sa beauté va se marier avec elle. Ce roi a déjà une fille, d’une précédente union. Son prénom : Blanche. Elle est douce, belle et d’une gentillesse incroyable. La nouvelle reine l’aime instantanément et a enfin trouvé une famille aimante.
Mais alors qu’a-t-il bien pu se passer pour que tout se transforme en cauchemar ?

L’histoire de la Bête : Le prince qu’était avant la bête n’était pas une personne recommandable. Avec son meilleur ami Gaston, ils séduisent les belles jeunes femmes, adorent chasser et plient le monde à leur volonté. Alors, quand le prince décide qu’il est temps pour lui de se marier, il recherche une femme belle et sans répartie. En fait, il recherche une personne qu’il peut facilement maîtriser et qui a le moins de cervelle possible, un joli faire-valoir en somme. Il pense avoir trouvé l’amour, mais il n’est en réalité pas capable d’un tel sentiment tant il est égoïste. S’ensuit la malédiction que l’on connaît tous…

Maîtresse de tous maux : Maléfique est une sorcière, certes nous le savons tous. Mais ce que l’on sait moins c’est qu’elle est à l’origine une fée qui n’a jamais acceptée à cause de son apparence. Ses longues cornes ont toujours fait peur à ses semblables, de même que ses talents pour la magie dans tous les domaines. Les gens ont peur de ce qu’ils ne comprennent pas et, Maléfique est en effet totalement incomprise. Une seule personne avait confiance en sa capacité à faire le bien… mais ce n’était pas suffisant.

Des romans intrinsèquement liés

Même si chaque conte est indépendant, il y a un fil rouge dans ces six tomes en la personne des étranges sœurs. C’est à cause d’elles que les choses deviennent biscornues, malsaines, étranges… Elles poussent parfois seulement une pichenette pour faire basculer vers le mal nos vilains. Mais pour d’autres, elles se sont acharnées afin de les transformer en individus mauvais…

Ce fameux fil rouge n’empêche pas de lire le livre que l’on souhaite si l’on a pas envie de lire toute la saga. Personnellement j’ai commencé par L’histoire de la Bête (qui est le tome 2) car il n’est marqué nul part sur la couverture qu’il y a une tomaison. C’est sur l’un des rabats intérieurs que je m’en suis rendu compte. Ce n’est point grave, j’ai enchainé avec Miroir, Miroir, qui est le premier tome de la saga. Puis, n’ayant pas le tome trois, j’ai lu le quatrième volume, centré quant à lui sur Maléfice.

Et à chaque fois, on retrouve les étranges sœurs et leurs obscurs plans qui semblent remonter à des siècles. Je n’ai donc pas lu le troisième tome, qui se concentre sur le personnage d’Ursula, avide de pouvoir. Mais Serena Valentino a pensé à tout et fait une sorte de résumé de ce qu’il s’est passé dans le tome consacré à Maléfique. Car plus on avance, et plus les histoires se mêlent et les personnages se croisent. Ainsi le premier amour de la Bête, Circé, est également dans le troisième tome et citée régulièrement dans le quatrième.
Les passifs imaginés par l’autrice pour chacun des personnages fonctionnent assez bien. Elle se réapproprie les histoires Disney tout en conservant l’essence des histoires que l’on connaît. L’exercice ne doit pas être évident, mais elle y parvient assez bien je trouve.

Cependant, cela n’est pas suffisant, loin de là. J’ai eu beaucoup de mal à m’intéresser vraiment au destin de chaque personnage car même si l’autrice modifie les trames, ce sont des univers très (trop ?) familiers. Cela n’a pas été assez créatif pour moi, et j’avoue que les descriptions m’ont quelque peu lassée par moment, à tel point que je les sautait pour ne lire que les dialogues.

L’idée d’ajouter des personnages malfaisants récurrents qui tirent toutes les ficèles est excellente, mais peut-être n’aurait-il pas fallu faire un tome par personnage. Cela dilue beaucoup trop l’intrigue et donne un sentiment d’ennui assez vite présent. J’ai surtout au ça pour L’histoire de la Bête, qui est pour moi le moins bien réussit des trois que j’ai lu dans la série. Le meilleur étant pour moi l’histoire de Maléfique, car elle commence a regrouper tout ce qu’il s’est passé avant et faire des ponts intéressants avec les précédents tomes. Mais cela arrive trop tard…

Je comprends que d’un point de vue marketing on ait voulu faire un tome pour chaque conte, mais d’un point de vue narratif, c’est beaucoup trop long. Quel dommage, l’essence même de la série des Vilains est intéressante. Mais c’est beaucoup trop long à lire, il y a trop de descriptions inintéressantes et de passages totalement dispensables. C’est donc une saga qu’il faut réserver je pense aux fans absolus de l’univers Disney, ils seront peut-être moins déçus que ceux qui aiment de façon raisonnable l’univers.

Aparté : Mais pourquoi donc refaire la traduction ?

Je souhaitais revenir sur un point important, la traduction. Au début de la sortie de la série des Vilains, Hachette Romans avait fait le choix plutôt logique de reprendre les couvertures américaines (qui sont d’ailleurs les même dans presque tous les pays où ils ont été traduits). Elles sont très sombres, sobres, et on sait immédiatement de quoi ça parle. Mais au bout de quelques titres parus avec cet charte graphique sombre et minimaliste, Hachette Romans a décidé de changer la charte visuelle de la collection avec un graphisme beaucoup plus coloré, et je pense beaucoup plus adapté au public français. D’ailleurs, le succès fut au rendez-vous !

Mais pourquoi donc avoir au passage changé la traduction ? Les lecteurs français n’ont-ils pas le niveau pour comprendre certains mots de vocabulaire ? Faut-il que les choses soient faciles pour vendre mieux ?
La traduction initiale de L’histoire de la Bête est assurée par Caroline Minic, mais la nouvelle est Alice Gallori. Et l’on constate très rapidement la différence de vocabulaire. J’ai eu les deux versions dans ma bibliothèque, j’ai donc pu comparer.

Traduction de Caroline Minic : Chapitre II : La rebuffade.

« La Bête soupira lourdement et se laissa choir sur le banc en pierre, sous l’aile persécutrice des statue.« 
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« Alors que le carrosse de la princesse Tulipe Morningstar se rapprochait du château de son fiancé, la jeune femme fut éblouie par le paysage. Il n’y avait pas peinture plus belle au monde que celle de la demeure du Prince en en saison des frimas, cette grande bâtisse revêtue d’un épais manteau blanc et illuminée pour les lumières du solstice d’hiver. »

Traduction d’Alice Gallori : Chapitre II : Le refus.

« La Bête poussa un soupir et se laissa lourdement tomber sur un banc de pierre. »
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« Lorsque son carrosse s’engagea sur le pont menant au château, Tulipe Morningstar se dit que le palais de son fiancé était tout simplement exceptionnel. Le royaume de son père était remarquable, certes, mais il ne soutenait pas la comparaison avec celui du prince, surtout lorsqu’il était recouvert d’un manteau de neige étincelant et richement décoré pour le solstice. Les murs étaient inondés de lumière dans la sombre nuit d’hiver. »

Voilà qui donne déjà matière à constater la différence. Le mot rebuffade est-il trop complexe ? Cela fera-t-il fuir les lecteurs.ices potentiels ? De même que le verbe choir… trop difficile à comprendre ? Alors mettons tomber à la place. De même que le mot frimas a disparu dans la seconde traduction.

J’avoue ne comprendre cette simplification à l’extrême avec des mots basiques, et une absence de style. On voit même que certaines phrases sont tout bonnement supprimées pour simplifier le tout ! Pourquoi cette volonté de simplifier par l’éditeur ? Car il y a là une volonté éditoriale, ce n’est pas uniquement le fait de la traductrice. Je sais que je n’aurais pas la réponse à cette question, de même que je n’ai pas accès aux textes en langue originale pour comparer, mais je trouve décevant de niveler par le bas le vocabulaire… Et comme il s’agit de la même maison d’édition qui a simplifié le vocabulaire de la série Le Club des Cinq, je me dis qu’il y a ici un lien entre appauvrissement du niveau de vocabulaire et choix éditorial/mercantile. Après tout, le passé simple a quasiment disparu des romans jeunesse pour la même raison !

Si un texte est difficile à lire, on aura peut-être moins envie de lire la suite… alors pour vendre, il faut que ce soit facile, immédiat, quitte à dénaturer le texte original ? Question ouverte, mais vous connaissez déjà mon point de vue sur la question.

Chronique YA : Young blood

Une prestigieuse école d’élite pour vampires bien nés qui cache bien des secrets…

Young Blood est un roman YA fraichement sorti en librairie le 4 mai 2023 aux éditions Nathan. L’ouvrage est écrit par Sasha Laurens, dont c’est le premier ouvrage à paraître en France.

Bienvenue à Harcote School, où la crème de la crème vampirique se forme

Dans le monde imaginé par Sasha Lauren, il y a une chose importante et intéressante à savoir : il y a deux sortes de vampires. Ceux qui ont été transformés en vampire de façon « traditionnelle » telle qu’on la connaît dans la culture populaire, avec une bonne morsure. Et il y a les Youngblood, une nouvelle génération de vampires qui eux sont nés par voie naturelle, comme les humains. Ils sont rares, mais assez nombreux pour intégrer une école regroupant des centaines d’élèves.

Les Youngblood sont ce qu’ont de plus précieux les vampires, la nouvelle génération vampirique, car il est presque impossible de boire du sang humain sans prendre de risque désormais. Depuis l’arrivée d’un virus mortel pour les vampires, le DFC (Dysfonctionnement des facteurs de la coagulation) qui tue les vampires sans possibilité d’y réchapper. C’est ainsi que le sang synthétique nommé Héma est arrivé sur le marché, créé par une grande entreprise vampirique, CasTech.

La grande différence entre les Youngblood et les vampires d’avant, c’est qu’ils grandissent, passent par l’enfance puis l’adolescence avant de devenir adultes et de ne plus vieillir. Ils sont immortels, tout comme les autres vampires.

C’est dans ce monde difficile que vit la jeune Kat, une Youngblood qui est très loin de faire partie de l’élite. Elle est certes une vampire, mais elle travaille pour se payer à elle et à sa mère des doses d’héma (sang synthétique garanti sang DFC). Mais l’héma est de plus en plus cher et elle a de plus en plus de mal à s’en sortir. Sa seule échappatoire, obtenir une bourse dans la prestigieuse école vampirique Harcote School. Et chose incroyable, elle va la décrocher, et y aller, même si ça mère refuse catégoriquement qu’elle se mélange avec l’élite vampirique pour d’obscures raisons.

C’est ainsi que Kat va découvrir le monde des riches vampires, la démesure, la haine, les préjugés… et son ex-meilleure amie à qui elle n’a plus reparlé depuis des années.

Un univers bien pensé et intéressant, mais…

Le plus réussit dans ce roman pour les 14/15 ans, c’est la réflexion économique et sociétale que l’autrice a su créer au travers de son univers. Même si cela reste assez facile et manichéen, elle a au moins le mérite de s’attaquer à des sujets de fonds qui font ce que sont les États-Unis aujourd’hui. Il vous suffit de remplacer l’héma de son roman vampirique par n’importe quel produit pharmaceutique pour comprendre qu’elle dénonce l’accès inégalitaire à tous aux soins.

Pour ce qui est de l’intrigue en elle-même, j’étais assez emballée au début, mais plus l’histoire avance et plus on sait déjà ce qu’il va se passer. Ce n’est pas cousu de fil blanc, mais pas loin. Comme il y a assez peu de personnages, on sait assez vite qui rempli tel rôle et qui se cache derrière certains mystères. C’est dommage, cela dessert le propos intelligent du roman derrière une couche de vernis assez manichéenne.

Autre point intéressant mais pas assez bien exploité pour moi : il y a des personnages LGBTQIA+, mais ils donnent l’impression d’être là pour mettre en avant un mouvement qui a le vent en poupe dans les romans plus que par envie de normaliser les couples lesbiens ou gays. C’est dommage car il y avait de quoi faire quelque chose de bien plus percutant sans tomber dans cet écueil.

En somme, l’univers de Young Blood est intéressant, mais sa construction, son intrigue et ses personnages n’arrivent pas à sortir d’un schéma narratif déjà vu et revu. Cela n’est pas gênant quand les personnages ont de la profondeur, mais ici, ce n’est pas le cas. L’essai n’est donc pas transformé, c’est du déjà lu…

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Chronique ado : Mon beau grimoire

Il ne fait pas bon harceler une jeune fille qui n’a rien à perdre… surtout quand elle décide de se lancer dans la magie noire pour se venger…

Chrysostome Gourio est un auteur français qui écrit pour la jeunesse et les ados mais aussi les adultes. On lui doit notamment Rufus le fantôme (Sarbacane, Pépix), Wilma la vampire (Sarbacane, Pépix) ou encore La brigade des chasseurs d’ombres (Sarbacane, Exprim’). Mon beau grimoire est paru en 2021 dans la très bonne collection d’horreur pour les 14 ans et plus chez Casterman : Hanté.

Les trois K, ou l’horreur du harcèlement personnifiée

La jeune Perséphone a un lieu d’habitation peu commun, sa maison est au beau milieu d’un cimetierre. A cause de cela seulement, elle est harcelée. Certains de ses camarades la prénomment « la sorcière », lui jettent des mots atroces à la figure. Perséphone n’en peut plus d’être une victime. Alors quand on lui propose de devenir actrice de son destin et de se venger par le biais de la magie noire, elle n’hésite pas. Quel qu’en soit le prix. Et il est terriblement lourd…

Parfait pour qui aime les histoires qui finissent mal

Vous aimez les fins pas toutes roses ? Les héros et antihéros qui en bavent ? Les contes de la crypte font partie de vos pulps préférés ? Mon beau grimoire est fait pour vous. Il y a une telle violence latente dans ce roman que ça en fait peur… ça tombe plutôt bien puisque qu’on est dans une collection horrifique !

Le format très court de la collection Hanté fait encore une fois preuve d’efficacité. C’est rapide, terrible et conclu avec une efficacité redoutable. D’autant que l’auteur adore tout ce qui touche à la mort et à ses archétypes. Il a déjà mis en scène (pour des lecteurs beaucoup plus jeunes) quantité de personnages qui vont de pair avec les ténèbres… Mais ici, on s’adresse à des 14 ans et plus et ça se voit !

C’est sombre, glauque et il est difficile de définir une frontière nette entre le bien et le mal. Perséphone souffre, c’est indiscutable, mais cela lui donne-t-il le droit de faire souffrir ? Là est toute la question ! A réserver aux fans d’histoires horribles dignes des meilleurs Chair de poule, le contenu sensible en plus.

Chronique YA : D.R.U.G.S.

Quand l’addiction médicamenteuse détruit des vies et des familles entières. Un roman YA à charge qui dénonce un tabou américain au travers d’un prisme original… Et si l’Oxycodone, la Ritaline, le Sibutral et tant d’autres substances médicamenteuses addictives étaient en réalité des sortes de dieux dont le but est de vous entraîner dans les bas-fonds ?

On ne présente plus Neal Shusterman, l’auteur d’une de mes sagas YA favorites (La Faucheuse) et auteur d’une œuvre atypique et inclassable autant qu’elle est sombre. Son dernier roman en date D.R.U.G.S., coécrit avec son fils Jarrod n’y échappe pas. Encore une fois c’est malin, et ça dénonce au passage un des plus grands scandales sanitaires des U.S.A. qui a toujours cours actuellement… l’abus de médicaments qui conduit à de terribles addictions.

David Joy, autre auteur américain en a fait l’un des sujets principaux de son livre Nos vies en flammes ainsi qu’un article journalistique dans la revue America. Nombreuses sont les personnalité publiques à dénoncer ce fait de société qui reste à l’heure d’aujourd’hui grandement impuni pour les coupables qui se frottent les mains…

Mais je digresse, D.R.U.G.S. est donc un roman pour ados, oui, il dénonce un drame de société typiquement américain, mais d’une façon si originale que l’on ne peux qu’être captivé par l’histoire d’Isaac et de sa sœur Ivy.

Deux vies vie au destin encore incertain, mais sous de bons auspices

Isaac est un jeune homme plein d’ambition. Il est bon élève à l’école, mais il est clairement dépendant de ses performances sportives s’il veut pouvoir intégrer l’université de ses rêves. Sa soeur Ivy quant à elle serait bonne élève si elle n’avait pas de troubles de l’attention qui la font constamment papillonner. Elle a bien des médicaments, mais ne les prends jamais. Elle préfère trainer avec ses amis peu recommandables qui fument et qui boivent à longueur de temps…

Mais un jour, leur destin va basculer. Isaac a un accident lors d’un match et se voit contraint de prendre des antidouleurs puissants pour supporter les séquelles de sa blessure. Quant à Ivy, elle décide de reprendre sa vie en main et de tout faire pour réussir ses études. Elle reprend donc son médicament contre les troubles de l’attention… Et peu à peu, chacun va s’enfoncer dans la douce moiteur de l’engourdissement médicamenteux. La dose normal ne va plus leur suffire, et l’addiction se profile… Vont-ils s’en rendre compte avant qu’il ne soit trop tard ? Ou leur entourage ?

Un roman brillant à dévorer comme un polar

Évidemment, la première chose que l’on a envie de savoir, c’est si Ivy et Isaac vont s’en sortir. Mais il y a encore plus important, c’est comment ? Par quels moyens ? C’est là qu’entre en jeu le génie des Shusterman : les médicaments et drogues de notre monde ne sont pas que des substances, ce sont des dieux qui n’ont qu’un seul but, qu’on les déifie jusqu’à la mort. Qu’on les honore en les (sur)consommant. Qu’on aime qu’eux pour toujours et à jamais, même si on doit tout y laisser.

Ainsi, vous n’aurez pas seulement les narrations du point de vue d’Isaac et Ivy, mais également celles de ROXY (comprendre Oxycodone) et d’Addison (ici Adderall). Et à partir de là, rien ne va plus. Impossible de prédir ce qu’il va pouvoir se passer pour l’un ou l’autre, d’autant que Roxy est un personnage très versatile et passionnant, elle n’a pas l’air si dangereuse, juste perdue.

J’ai adoré ce roman du début à la fin. Pour son sujet si délicat, pour ses personnages criants de vérités, pour son originalité dans la façon de dénoncé un système gangrené qui lasse ce genre de choses arriver quotidiennement.

J’ai adoré aussi les messages cachés à chaque début de chapitre. Il y a à chaque fois des lettres en gras, elle disent autre chose que ce qu’annonce le chapitre. C’est très malin, et peu à peu, ce double-sens va prendre une ampleur à faire froid dans le dos. Bravo pour ce coup de génie.

Ainsi, oui, D.R.U.G.S. est un véritable coup de cœur, une belle claque littéraire. Le sujet n’est pas aussi accrocheur que dans la Faucheuse, et pourtant, on touche encore une fois aux mêmes thématiques : la vie, la mort, le pouvoir… des thématiques si chères à Neal Shusterman. C’est pour moi une réussite totale que ce roman, que je vous conseille de découvrir (et de faire découvrir) dès l’âge de 15 ans.

Chronique ado : Le contrat Dorian Gray

Et si vous pouviez-vivre jusqu’à vos soixante-dix ans tout en gardant la force et la beauté de vos vingt ans ? Signeriez-vous le Contrat Dorian Gray ?

Paru le 8 juin 2022 en librairie, Le contrat Dorian Gray est une dystopie française parue chez Milan. L’intrigue nous offre à découvrir une société où il est possible de garder ses 20 ans… jusqu’à la mort. Mais la contrepartie pour signer le Contrat Dorian Gray pose question à une minorité de libres penseurs.

Ne jamais ouvrir sa porte aux inconnus

Le contrat Dorian Gray est simple, vous pouvez choisir de le signer ou non. Si vous le faites, vous gardez l’apparence et les capacités physique de vos vingt ans jusqu’à vos soixante-dix ans.
Une fois que vous atteignez les soixante-dix ans, vous mourez. Vous tombez en poussière en à peine une minute. Mais vous aurez eu une vie bien remplie, et surtout vous aurez été utile à la société jusqu’au bout.

On le lui a dit maintes et maintes fois, mais Morane n’en a cure…. Il ne faut pas qu’elle ouvre la porte de la maison, sous aucun prétexte. Pourtant, c’est ce qu’elle va faire en recueillant une jeune femme de son âge, blessée et poursuivie par des inconnus. Ouvrir cette porte va avoir des répercussion terribles sur la vie calme et tranquille de Morane, qui vivait à l’écart de la société. C’est le début pour elle d’une course contre la montre et contre un groupuscule qui semble penser qu’elle a la solution pour prolonger le Contrat Dorian Gray. Mais est-ce vraiment le cas ?

Un roman haletant, vraiment ?

J’étais fort emballée lors de la sortie de l’ouvrage car je suis très friande de dystopies, d’autant que ça faisait longtemps que je n’en avait pas lue une. Ce roman étant un gros enjeu des éditions Milan, j’ai foncé tête baissée dans l’ouvrage, malgré la couverture que je ne trouve guère engageante.

Règle 12 : Les seules personnes qui pourront avoir accès à des soins médicaux seront les enfants avant leur traitement, et uniquement si leur état de santé laisse supposer qu’ils seront au meilleur de leur forme lorsqu’ils atteindront l’âge de vingt ans.

Et malheureusement, j’ai été déçue. Là où le roman est présenté comme haletant, on a surtout une suite de courses-poursuites parsemées de quelques révélations. Lesdites révélations étant pour la plus grande part assez prévisibles…

La société imaginée par l’autrice a beau se tenir, elle manque de corps. Ce fameux contrat Dorian Gray que certains tentent à tout prix de prolonger est un postulat intéressant, mais j’ai trouvé la mise en oeuvre laborieuse. Tout la société est basée sur ce contrat que l’écrasante majorité de la population a signé, mais il manque une articulation fluide à tout cela.
Oui, certains en veulent toujours plus, mais ça n’a rien d’extraordinaire que de découvrir cela. On parle de corruption, mais c’est assez peu développé malheureusement. Et surtout, c’est très manichéen… J’ai trouvé que tout cela manquait de subtilité. Dans le même genre, mais en beaucoup mieux selon moi, j’ai trouvé La déclaration bien plus puissant.

La seule chose que j’ai trouvé intéressante et qui aurait pu être creusée plus amplement, c’est le traitement que la société réserve à ceux qui n’ont pas signé le contrat. Ils sont totalement mis à l’écart et traités comme des pestiférés. La vieillesse fait peur, elle est même perçue comme contagieuse… Une extension malsaine de ce que notre société prône déjà : la beauté et la jeunesse, toujours, tout le temps. Pas de place pour quoi que ce soit d’autre.

Ainsi donc, Le contrat Dorian Gray pourra peut-être plaire à celleux qui n’ont lu que très peu de dystopies, pour les autres, passez votre chemin. C’est trop peu élaboré pour convaincre des lecteurs assidus… Dès 13 ans environ.

Règle 35 : Une fois leur contrat signé, les nouveaux Dorian Gray seront entièrement responsables de leurs actes. Un couvre-feu sera instauré pour la sécurité des jeune qui n’ont pas encore reçu le traitement, afin de les protéger d’éventuels individus malintentionnés.

Règle 103 : Ceux qui refuseront de signer le contrat devront apprendre à se débrouiller par leurs propres moyens. Il leur sera aussi demandé de ne pas imposer la vision de leurs physiques défaillants au reste de la société.

EDITEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : Au poil

Un roman ado parfait pour mettre en lumière la pression que subissent les femmes, quel que soit leur âge, pour coller à des critères de beauté imposés par le regard des hommes. Édifiant.

Si vous ne connaissez pas encore la collection La brève, c’est l’occasion de la découvrir ! Des textes très courts – moins de 100 pages – et très actuels à destination des 14 ans et plus. Les sujets vont du harcèlement scolaire à la pilosité des adolescentes en passant par les méfaits d’une mauvaise utilisation des réseaux. 

Avec Au poil, Sophie Adriansen s’empare du sujet des poils, féminins en l’occurrence, et leur perception dans notre société. Encore souvent très mal acceptés, la jeune Omé s’interroge sur ce qu’elle va faire, la pression familiale étant très forte…

Un « problème » qui pousse doucement 

Omé commence à avoir des poils, et surtout, ça commence à se voir, comme le fait si gentiment remarquer sa maman. Ni une, ni deux, elle lui prend illico un rendez-vous chez l’esthéticienne.

Sauf que… Omé ne sait pas encore elle-même ce qu’elle souhaite faire de sa pilosité naissante. Ce dont elle est certaine par contre, c’est que ces poils en devenir semblent être remarqués par tout le monde, et que chacun et chacune a son avis sur la question… 

Un roman efficace qui taille dans le vif du sujet 

J’aime ce genres de romans qui savent parler aux ados avec des personnages réalistes emplis de questionnements. Ils tâtonnent, ne savent pas encore ce qu’ils souhaitent de notre société ou de leur corps. Ils doutent beaucoup, mais peu à peu, ces personnages se forgent leur propre avis ainsi que leur caractère. 

Omé en est d’ailleurs le parfait exemple, elle s’émancipe peu à peu des avis des autres et se créée le sien propre. Ce roman est un bon petit coup de pied dans la fourmillière de nos idées préconçues. Et on va d’ailleurs découvrir qu’en France, on est beaucoup plus obsédés par l’épilation et les peaux lisses qu’en Allemagne par exemple ! 

J’ai donc trouvé ce très court roman intéressant et la façon dont le sujet est abordé parfaite. Et surtout, le personnage d’Omé est tout à fait crédible, aussi bien dans sa répartie et ses questionnements que dans ses réactions. 
Je pense que cet ouvrage pourrait faire partie des indispensables de toute librairie/bibliothèque qui souhaiterai se constituer un fonds féministe. A découvrir dès l’âge de 13 ans environ ! 

Chronique ado : L’aube est bleue sur Mars

Un roman beau et sensible, épique et majestueux… un voyage intersidéral et intérieur qui reste en mémoire !

Florence Hinckel est une autrice française à l’œuvre fort prolifique. Elle a écrit notamment la série de deux romans Renversante (L’école des Loisirs), ou encore le roman Quatre filles, quatre garçons (Talents Hauts) et quantité d’autres ouvrages. L’aube est bleue sur Mars est son dernier ouvrage en date, il est paru en août 2022 aux éditions Nathan

Un destin tout tracé ?

Esther a 22 ans et l’avenir devant elle : brillante étudiante en astrophysique, elle tente une candidature pour devenir astronaute pour la NASA. Elle sait que les chances sont extrêmement réduite, mais y croire et rêver un peu n’a jamais fait de mal… En parallèle, elle découvre l’amour et les plaisirs de la vie, elle qui n’avait consacré que peu de temps au plaisir à cause de ses études. Elle ne le sait pas encore, mais elle va vivre une aventure incroyable qui va l’obliger à se dépasser encore plus, et qui surtout est beaucoup plus grande qu’elle.
Car oui, Esther va bien recevoir une lettre de la NASA, mais ce n’est que le début d’une magnifique histoire…

Un roman aux mille facettes

Il y a de tout dans ce roman, et c’est pour ça qu’il fut pour moi l’un des plus gros coups de coeur de cette année 2022. On y trouve de l’anticipation, de la science-fiction, de la technologie un peu plus avancée que la nôtre mais crédible, quantité d’informations scientifiques passionnantes qui servent l’intrigue, une belle romance, une enquête, et quantité d’autres choses.

L’aube est bleue sur Mars n’est pas simplement le parcours de la combattante d’une jeune astronaute en devenir pour aller sur Mars, c’est bien plus que cela. C’est une réflexion sur l’humanité et son avenir, sur ce que nous laissons faire passivement à notre planète, sur les histoires d’amour longue distance…

Mais c’est aussi un roman rare sur la difficulté du métier d’astronaute : loin des paillettes et des images spatiales qui font rêver, l’entraînement pour y arriver est extrême. Mais une fois toutes ces étapes franchies, c’est encore plus difficile. Psychologiquement, nerveusement, physiquement, moralement… les astronautes sont tout le temps sollicités.
J’ai trouvé cela appréciable que l’autrice nous montre l’envers du métier, bien loin de l’image que peu nous donner Thomas Pesquet et ses confrères de l’ISS. Certes, il faut faire rêver, mais il ne faut pas occulter toutes les difficultés inhérentes à ce métier unique. Florence Hinckel y va à fond, et explore ainsi tous les écueils d’un voyage dans l’espace en huis-clos avec toutes ses difficultés.

L’intrigue ne tourne cependant pas seulement autour du métier d’astronaute et de ses difficultés cachées. En réalité, l’ouvrage traite de tant de sujets liés entre eux que je préfère ne pas trop développer. Tout est interdépendant, rendant l’intrigue très réussie jusqu’à la dernière page. Exprimer tous ces thèmes serait trop long, mais faites moi confiance : c’est captivant.
Esther est peut-être un peu trop lisse par moments, mais vous verrez qu’il n’en est rien au final, c’est seulement que ses brèches ne sont pas immédiatement visibles.

C’est donc un ouvrage hybride et fascinant que nous avons là. Il est un peu à la croisée de la saga de romans Phobos de Victor Dixen et du film Mission To Mars (pas de martiens dans ce roman, c’est pour autre chose que j’y fait référence). L’ambiance y est captivante en très peu de pages, et ensuite c’est fichu, impossible de le lâcher… Et les presque 500 pages se dévorent avec une facilité déconcertante. Dès 14 ans.