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Chronique YA : Dear George Clooney, tu veux pas épouser ma mère ?

Mon plus gros coup de coeur de l’année 2023 en jeunesse, c’est CE LIVRE ! (mais comme je mets du temps à publier mes chroniques, vous ne le savez que maintenant…)

Nous ne sommes qu’au mois de juin lorsque j’écris ces lignes, je prends donc le risque de mentir en disant que c’est mon roman préféré de 2023 pour la tranche des 11/14 ans. Mais ce roman est d’une telle finesse que je résiste pas à l’excitation de dire que c’est déjà mon favori !


L’ouvrage est paru initialement chez Hélium en 2011, il vient tout juste de sortir chez Le livre de Poche Jeunesse, soit 12 ans après sa sortie en grand format. La preuve qu’il faut parfois garder espoir sur une sortie poche. C’est justement grâce à sa parution en poche que j’ai pu mettre la main dessus et le découvrir. En grand format, l’ouvrage avait été vendu à 10 000 exemplaires en France, un véritable succès !

Dear George Clooney a été traduit avec talent et amour par Valérie Le Plouhinec, et ça se sent à chaque mot de chaque phrase !

Si vous ne connaissez pas encore Susin Nielsen, sachez qu’elle a écrit quantité d’autres ouvrages : On est tous faits de molécules (Hélium), Les optimistes meurent en premier (Hélium), Partis sans laisser d’adresse (Hélium)… Ils ont tous l’air bien !

La « routine » d’une vie bouleversée

Violette Gustafon est une adolescente dont les parents sont divorcés. Sauf que la situation est difficile à accepter pour elle, d’autant plus que son père a refait sa vie. Violette maintenant deux petites demi-sœurs jumelles en plus de sa petite sœur, et ça, c’est très dur à encaisser. Surtout quand elle voit sa mère tenter par tous les moyens de retrouver un homme dans sa vie, quitte à tomber sur les pires cas possibles : le bizarre chelou, le radin, ou encore celui qui n’aime pas les enfants.

Mais cette fois, Violette a idée lumineuse, il y a bien un homme en effet qui remplit tous ses critères d’exigeance en terme de futur père adoptif, et cette personne c’est le parfait et sexy George Clooney. Il n’y a plus qu’à le contacter et le convaincre d’épouser sa mère ! Facile.

Du l’humour subtil pour panser ses blessures

Le génie de Susin Nielsen réside dans la façon dont Violette gère les choses avec un humour qu’on peux qualifier de monstre. Oui, elle est revancharde et elle en veut à la terre entière alors faire manger des crottes de chats à ses demi-sœurs lui paraît un juste vengeance. Préparer des questionnaires très invasifs pour les petits amis de sa mère aussi fait partie de son rôle de grande sœur, du moins le croit-elle.
Mais ce qui est réellement génial, c’est que l’autrice réussit à parler de sujets complexes au niveau des sentiments tout en les rendant légitimes. On comprend la colère de Violette, son sentiment de perte et d’injustice, sa peur de voir sa mère retomber amoureuse et être à nouveau trahie… Tout cela est magnifiquement mis en mot par Susin Nielsen, bien mieux que tout ce que je pourrais vous dire.

Et surtout, toutes ces problématiques mentionnées plus hauts sont traitées avec un humour incroyable. C’est là la plus grande qualité de ce roman : réussir à tout faire passer par le biais d’un humour grinçant et de haute volée. C’est à la fois subtil et énorme, drôle et parfois atterrant de bêtises, et ça fonctionne !

C’est le genre de roman qu’on a envie de lire pour rire du quotidien et de ses problèmes, et pas besoin d’avoir des parents divorcés pour apprécier ce roman très juste sur les ressentis des ados et préados.

A découvrir dès l’âge de 12/13 ans, puis sans aucune restriction ! Je déclare ce roman d’utilité publique pour redonner sourire et bonne humeur à toute personne qui le lira ! Pour moi, c’est un sans faute, je le mets ex-aequo sur le podium avec La troisième vengeance de Robert Poutifard de Jean-Claude Mourlevat. Ces deux romans mélangent humour et émotions le tout avec un talent fou qui les rend accessibles à tous sans se cantonner à la jeunesse.

Chronique : Le liseur du 6h27

Le liseur du 6h27Un court roman qui met à l’honneur de la littérature sous toutes ses formes, sans prétentions et sans complexes…

Paru en mai 2014 aux éditions au Diable Vauvert, Le liseur du 6h27 est le premier roman de Jean-Paul Didierlaurent. Sa sortie a été très médiatisée et a créée un véritable petit succès de librairie. Il s’agit du premier roman de l’auteur, mais se dernier a déjà vu une de ses nouvelles publiée.

Au service de l’horrible de Zerstor 500

Guylain Vignolles est un homme tout ce qu’il y a de plus commun, hormis peut-être son nom qui peut devenir une malheureuse anagramme. Il se lève très tôt le matin pour prendre son RER de 6h27 afin de se rendre à son travail où il broie des livres à longueur de journée…

Pour lui qui est amoureux des mots, il n’y a pas pire métier que de transformer des livres en pâte à papier. Et c’est là que Guylain Vignolles devient à nos yeux une personne beaucoup moins plate qu’il n’y paraît : il récupère les feuilles rescapées dans les entrailles de la Zerstor 500 (qu’il nettoie quotidiennement) et en fait la lecture à voix haute dans la rame du RER de 6h27. Les extraits n’ont aucun rapport entre eux, et c’est justement ça qui les rend intéressants, vifs, savoureux.

C’est devenu le rendez-vous quotidien de nombreux usagers du RER, leur petite touche de soleil dans le morne de leur journée grise. Ainsi commence l’histoire aussi incroyable qu’ordinaire de Guylain Vignolles.

Des morceaux de vie qui tournent autour de l’amour des lettres

De la petite vieille amoureuse des lectures de Guylain Vignolles dans le RER, en passant par Yvon, le collègue de Guylain fou de bon vers à déclamer sans oublier Giuseppe qui recherche ses jambes broyées  dans la Zerstor 500 en rachetant les livres issus de la pâte à papier qui contient ses deux membres… tout est écrit par et pour l’amour des livres.

L’histoire de Guylain est aussi belle que simple, on apprivoise facilement son univers quotidien et la façon qu’il a de fuir son travail de bourreau des livres.

Et si vous êtes romantique, vous aimerez certainement la tendre histoire d’amour qui se profile au milieu du roman en l’objet d’une toute petite clé USB.

En ce qui concerne l’écriture de Jean-Paul Didierlaurent, elle est facile mais pas simpliste. On est rapidement emporté par l’histoire de chacun des personnages aussi charismatiques que normaux de cette histoire. S’immerger dans cette petite bulle littéraire est aisé. Si vous êtes un amoureux des lettres sous toutes leurs formes, vous serez servis dans ce court roman où tout est une référence à nos classiques littéraires.

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A lire pour se faire plaisir, pour découvrir une nouvelle plume et voir une nouvelle façon de « vivre livre ». L’histoire de Guylain Vignolles donne envie d’aller dans le RER déclamer quelques pages au hasard le temps de quelques stations… Une jolie découverte qui se dévore !

TRANCHE d´ÂGE :